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Un nouveau constructeur de tracteur vigneron

Guillet ressuscite le JDS, un tracteur vigneron de légende

Publié le 10/11/2017

Il a un look plutôt dodu, peut-être même rétro. À son châssis surbaissé et étroit, l’on devine ses aptitudes aux viticultures les plus variées et les plus pentues. Le tracteur vigneron JDS est de retour. Entretien avec Fabien Guillet, DG des chaudronneries Guillet à Duppigheim en Alsace, qui est à l’origine de ce pari industriel.

Le retour de l’emblématique tracteur JDS est né de la rencontre entre l’industriel de la chaudronnerie, Fabien Guillet, et Louis Dromson, le concepteur du châssis de ce tracteur vigneron, le plus court et le plus bas sur pattes du marché. Les feu Établissements Dromson avaient réussi, grâce au châssis unique et génial du JDS, la difficile équation étroitesse - 1,05 mètre de large - et stabilité extraordinaire. Le tout doté d’un moteur John Deere, assez puissant et nerveux pour se sortir des passes délicates dans les pentes les plus raides des vignobles. Seul tracteur vigneron équipé de ce moteur, le JDS avait ses vignerons inconditionnels. Jusqu’à cette fatidique année 2008 où les ateliers de montage Dromson ont cessé leur activité. Des soudeurs compagnons du devoir « Écoutes, il y a un parc d’environ 800 tracteurs qui tournent. C’est dommage de laisser tomber ! », lui dit un jour Louis Dromson. L’Alsacien Fabien Guillet et ses équipes de soudeurs à façon, dont certains sont compagnons du devoir, sont des adeptes des défis industriels « made in France » dans leurs réalisations chaudronnières. Capables de répondre à des demandes plus extraordinaires les unes que les autres, comme des charpentes pour la Tour Eiffel, ou des échafaudages scéniques pour les concerts de Johnny Haliday. L’industriel de Duppigheim en Alsace (100 salariés, 13 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires) envisage alors de re-fabriquer ce tracteur de légende à l’heure où bon nombre de constructeurs outre-Rhin comme Holder, Sauerburger ou Bergmeister, arrêtent cette activité. Il n’y avait plus d’équivalent au JDS sur le marché « Certains abandonnent sous l’effet de l’évolution normative et des faibles marges. Chez nous, le tracteur s’inscrira dans une production globale faite de fabrications ponctuelles et régulières. D’autant que nous avons le savoir-faire dans les engins motorisés » hautement normés. Si la production d’un tel tracteur colle à son projet d’entreprise, Fabien Guillet a aussi vu qu’il y a un marché à prendre. « Les vignerons se font peur dans les vignes et ça a été de pire en pire, car il n’y avait plus d’équivalent au JDS sur le marché », résume-t-il. Centre de gravité surbaissé Mais ressusciter le JDS n’a d’intérêt que si le nouveau tracteur conserve tous les ingrédients de sa réussite : outre ses dimensions courtes, son centre de gravité surbaissé et son moteur John Deere, une mécanique simple et fiable, sans ambages technologiques. Problème : entre 2008 et 2018, pour arriver aux normes Tier5, les moteurs se sont entourés d’un ensemble de nouveaux composants pour la dépollution des gaz (filtres catalyseurs) encombrants. « La conception a été un purgatoire ! », confie Fabien Guillet, pour loger tout sous le capot. À l’heure où le vigneron doit plaire au grand public Le capot : un sujet qui d’ailleurs prête à interrogation… Qu’on ne se méprenne pas sur le travail de l’industriel. Il a bien fait appel à un designer. Avec une ligne de signature plutôt rétro que futuriste, « les vignerons ne l’apprécient pas beaucoup pour l’instant », admet Fabien Guillet. Mais, à l’heure où les vignerons doivent plaire pour vendre leur vin, le look assumé de ce tracteur « est fait pour plaire au grand public », assure-t-il. D’ailleurs, « les couleurs seront déclinées selon le souhait des vignerons à l’identité du domaine viticole. Et nous conservons la marque JDS qui est la signature ». Ce JDS pourra également admettre une cabine catégorie 4, à l’atmosphère pressurisée et filtrée sur charbon. Homologué en février prochain « C’est un défi industriel. Nous ne sommes pas soutenus, mais je veux prouver que nous sommes capables de le faire. » Au plus fort, il sortait 100 JDS par an des usines Dromson. Fabien Guillet espère pour sa part en sortir 50 unités par an. « La vocation du JDS sera d’être fort en France pour être exportable, j’espère du soutien », réaffirme l’industriel, et « un certain chauvinisme, car c’est un produit à 70 % français, et à 90 % européen ».

Publié le 10/11/2017

Depuis la rentrée, le supermarché Leclerc d’Obernai se fournit en viande bovine au lycée agricole, de l’autre côté de la rue. Un partenariat gagnant-gagnant qui pourrait sortir l’exploitation du marasme économique. Mais malgré ses perspectives prometteuses, l’accord est toujours en rodage.

Ils se sont côtoyés pendant des années sans se douter du potentiel que renfermait leur voisinage. Jusqu’à la visite, l’an dernier, du directeur du supermarché Leclerc d’Obernai au lycée agricole situé juste en face. Le déclic. D’un côté de l’avenue de l’Europe, une grande surface désireuse de vendre du local. De l’autre, l’élevage bovin de l’établissement scolaire en mal de rentabilité. Hop, le magasin se fournira chez le voisin. Ce circuit de proximité est devenu effectif en septembre et bouleverse le fonctionnement de l’exploitation. Premier challenge pour les équipes de l’école, le contrat porte sur de la viande maturée destinée au rayon tradition. Une catégorie supérieure au « libre-service », les barquettes dans le jargon commercial. Habitués à livrer un produit plus basique à leur client habituel, la coopérative Cloé, les élèves ont dû adapter l’alimentation des taurillons gascons. Avec un menu quatre étoiles ! Des rations de lin ont été testées depuis le début de l’année. Cette graine « apporte beaucoup d’énergie et provoque le gras interstitiel (qui fait la qualité de la viande) », explique Freddy Merkling, le directeur du site. Jusque-là, tout va bien. Retrouver l’équilibre économique Avec un kilo de tradition rémunéré 4,30 €, les comptes de l’exploitation retrouveraient un équilibre perdu depuis quelques années. « On a connu des périodes difficiles, avec des prix bas et des charges élevées », reconnaît le responsable. Alors la perspective d’un tarif fixe négocié à l’année a de quoi séduire. Une offre consentie afin de nouer une relation de confiance, selon le distributeur. « Il n’y a pas eu de grosses négociations sur les prix, précise David Jambois, maître boucher et cheville ouvrière de l’accord pour Leclerc. On a calculé le seuil de rentabilité de l’exploitation et on s’est calé dessus. » Laurent Leclercq, son directeur, a fait de l’approvisionnement local une priorité et un argument de vente. Pourtant, une deuxième exigence du magasin perturbe ce beau tableau. Les carcasses ne doivent pas dépasser les 450 kg, afin de faciliter la découpe. Problème, les gascons sont des animaux tardifs. Ils mettent plus de temps à fabriquer le fameux gras interstitiel, gage de qualité. Le responsable d’élevage est pris entre deux feux. Quand ses taurillons atteignent un niveau de finition satisfaisant, ils sont déjà trop gros ! À l’inverse, quand ils gardent la ligne et restent sous les 450 kg, la qualité n’est pas optimale. Exit le tradition donc, et retour au libre-service payé 4,20 € le kilo. Pour l’instant du moins. Car Freddy Merkling prépare la contre-attaque. Dès décembre, un lot d’aubracs va être testé. « L’aubrac est la race française la plus précoce. Elle arrivera peut-être à maturation sans prendre trop de poids », espère ce passionné. Les nouvelles venues pourraient résoudre un autre problème. David Jambois a en effet constaté que la viande livrée a tendance à noircir une fois sous plastique. Niveau sanitaire et gustatif, cela ne change rien. Pour l’esthétique on repassera. Un souci dû au stress durant les 2 h 30 de transport vers l’abattoir de Mirecourt (Vosges), d’après l’éleveur. « Jusqu’à présent nous n’avions pas eu de mauvais retours car Cloé envoie les bêtes à Holtzheim », à 30 minutes de route. Les aubracs résisteront-elles mieux au mal des transports ? Freddy veut le croire, cette race a la réputation d’être calme. Modifier le calendrier pour répondre aux commandes Alimentation, prix, race… Au chapitre des chamboulements on note aussi la cadence de livraison qui s’accélère. Avant, l’atelier recevait 204 bovins en trois fois, en octobre, novembre, décembre, et les vendait groupés un an plus tard. Simple, efficace. Désormais, le client commande une ou deux bêtes tous les quinze jours environ. Les équipes de l’élevage doivent donc lisser leurs arrivages sur l’année pour pouvoir satisfaire la demande à chaque instant. Un changement qui ne se fait pas du jour au lendemain. Les lots présents doivent d’abord être écoulés et les dates de livraison décalées petit à petit afin de ne pas créer de « trous ». D'ici 2019, le rythme devrait être calé, à raison d’un lot de 68 têtes tous les quatre mois. Et l’été ? Là encore, le personnel de l’exploitation doit s’adapter. Quand les élèves profitent de vacances méritées, les affaires tournent comme d’habitude au Leclerc. Les fonctionnaires cherchent donc des solutions pour manipuler le troupeau en toute sécurité à deux ou trois. « On va installer un tourniquet afin de réguler le passage des animaux lors de la pesée », explique le responsable du site. Décidément, ces derniers mois tiennent plus de la révolution que de la rentrée scolaire. « Tout a changé, la demande est complètement différente », résume le patron qui ne cache pas son excitation. Un peu comme un mathématicien devant une équation à six inconnues. Pour l’avenir, il se prend à rêver d’expansion. « Il y a un Leclerc à Erstein et le lycée a une antenne là-bas », sourit-il. Et cette fois, les discussions ne débuteront pas par hasard.

Projet Life Alister

Des couverts pour le hamster

Publié le 10/11/2017

Pour le grand hamster d’Alsace, les couverts végétaux représentent le gîte et le couvert. Ainsi, pour préserver les populations du rongeur, plus les couverts sont semés tôt, mieux c’est. Une évidence éthologique qui ne l’est pas forcément sur le plan agronomique. Aussi des essais ont-ils été mis en place dans le cadre du projet Life Alister.

Les mesures que les agriculteurs mettent en œuvre dans les zones hamster pour préserver l’espèce peuvent s’avérer contraignantes pour eux. Aussi bénéficient-ils d’une contrepartie financière, qui prend la forme de mesures agroenvironnementales collectives. Dans ce cadre, l’implantation d’un couvert avant le 31 juillet pourrait devenir une obligation (avec des dérogations possibles en cas d’obstacle climatique). C’est pourquoi la Chambre d'agriculture d’Alsace mène une expérimentation où différents mélanges de Cipan sont semés plus ou moins rapidement après la récolte, avec des techniques d’implantation différentes (déchaumage puis semis classique, semis direct, semis à la herse étrille). Les trois mélanges testés (lire en encadré) sont conformes aux préconisations des scientifiques qui ont étudié les effets du bol alimentaire du hamster sur la pérennité des populations. Ils contiennent donc tous au moins une graminée, une légumineuse et du tournesol. En tout, selon les mélanges, de 4 à 12 espèces. « Chaque agriculteur a ensuite choisi les mélanges qu’il souhaitait mettre en place dans les différentes parcelles, notamment en fonction de la culture suivante. Par exemple si le suivant est une betterave, il vaut mieux ne pas avoir de radis dans le mélange », illustre Thomas Blum, président de la Cuma de la Plaine, dont 7 membres ont participé à l’expérimentation, sur 14 agriculteurs au total. Un objectif gastronomique et agronomique Aidée par des étudiants en première année de BTS Agronomie et production végétale (APV) du lycée agricole d’Obernai, Annabelle Revel-Mouroz, conseillère au service environnement et innovation de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), a ensuite effectué toute une série de notations sur ces parcelles. La biomasse produite a notamment été mesurée, « car l’idéal serait de transformer une contrainte environnementale en atout agronomique », avance Thomas Blum. « Nous allons aussi chiffrer la quantité d’azote restituée par les couverts », complète Philippe Osswald. Puis l’effet sur les cultures suivantes d’un mode d’implantation classique, c’est-à-dire un semis tardif d’espèces qui se développent rapidement, comme les crucifères, à l’épandeur à engrais, et d’un semis précoce d’espèces qui se développent moins vite, sera comparé. Vendredi 3 novembre, les agriculteurs situés en zone hamster et les agriculteurs du réseau Base étaient conviés à découvrir les itinéraires techniques mis en œuvre sur une sélection de parcelle. Ils se sont retrouvés à Dorlisheim, sur une parcelle cultivée par Thomas Blum. La moisson y a été effectuée le 10 juillet. Le 26 juillet, il a pratiqué un traitement au glyphosate afin de détruire les liserons, en prévision de l’implantation d’une betterave. Le couvert numéro deux y a été semé quatre jours après, le 1er août, au semoir de semis direct SD 750 A. Mis à disposition de la Cuma de la Plaine, ce semoir a été cofinancé par la CAA et l’Union européenne dans le cadre du projet Life Alister. Semer tôt, mais pas dans le sec À quelques mètres de là, Joffrey Jost a récolté un blé de maïs ensilage le 8 juillet et a semé un couvert le 12 juillet au semoir de semis direct SD 750 A. Cette fois le couvert est un peu particulier, puisque Joffrey Jost a utilisé des semences qu’il avait achetées l’année dernière sans pouvoir s’en servir. On y trouve donc du tournesol, de la phacélie, de la vesce commune, du trèfle d’Alexandrie, du trèfle incarnat, du trèfle de Perse et de l’avoine rude. « Le semis a été effectué en conditions sèches. Il y a eu quelques précipitations après, mais pas très importantes », commente Joffrey Jost, qui avait justement choisi ce couvert pour sa capacité à résister aux aléas climatiques, comme la sécheresse. « Mais, au mois d’août, il ne couvrait pas bien le sol », regrette l’agriculteur, qui envisageait de le valoriser avec une fauche ou du pâturage. C’est aussi pour cela qu’il avait privilégié le semis direct : « Pour avoir moins de terre à la récolte et pour pouvoir semer rapidement, donc profiter d’un maximum de précipitations et d’ensoleillement ». Le 12 octobre, la production de biomasse chez Thomas Blum était de 1,1 tonne de MS/ha, contre 3 t MS/ha chez Joffrey Jost. Un résultat assez surprenant puisque, visuellement, lors de la visite du 3 novembre, la tendance semblait plutôt inverse. Ce qui peut s’expliquer par le fait que le couvert de Thomas Blum a continué à se développer depuis, alors que chez Joffrey Jost il a commencé à régresser. En effet, ce dernier est composé en majorité d’espèces de jours longs, qui sont arrivées à maturité. D’ailleurs, Joffrey Jost est encore dans l’incertitude quant à la manière dont il va gérer la destruction du couvert, le désherbage et l’implantation de la culture suivante. Moins d’adventices après un semis direct Annabelle Revel-Mouroz a présenté les premiers résultats issus de la collecte des données. En commençant par un bilan climatique de l’été 2017, au cours duquel les précipitations ont été déficitaires de plus de 10 % par rapport aux normales saisonnières. Néanmoins, la troisième décade de juillet a été bien arrosée, ce qui a favorisé la levée des couverts semés à cette période. La température moyenne a été légèrement supérieure aux normales en août. Et deux pics de chaleur ont été enregistrés en juillet. « L’effet de la date de semis est important. Plus les semis sont effectués tôt, plus ils cumulent de précipitations et de chaleur, et la production de biomasse en profite. » Autre constat, pour un même couvert et une même date de semis, il peut y avoir une production de biomasse très différente, ce qui suggère que les conditions locales jouent un rôle important. Par ailleurs, la technique d’implantation ne semble pas avoir d’incidence significative sur le développement du couvert. Par contre, davantage d’adventices se développent après un déchaumage qu’après un semis direct. Et c’est dans le mélange numéro deux que les adventices ont le plus proliféré, suggérant qu’une densité de semis plus importante pourrait être envisagée. Cette journée était aussi l’occasion de présenter le dernier outil acquis par la Cuma de la Plaine, un rouleau écraseur de type Faca, qui doit permettre de casser les couverts afin de faciliter l’action du gel en hiver. Une démonstration et des explications à retrouver ici :  

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