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2e dîner avec les Grandes Maisons d’Alsace

« Faire des particuliers des ambassadeurs de nos vins »

Publié le 20/11/2017

Près de 50 convives ont répondu à l’invitation des Grandes Maisons d’Alsace pour le deuxième dîner en présence de viticulteurs du groupe. La cadence est fixée à un diner par trimestre avec l’ambition de reproduire le modèle hors Alsace.

Les quatre viticulteurs s’accordent sur ce point : l’exercice auquel ils vont procéder ce soir n’est pas une nouveauté pour eux. Ce dîner avec les Grandes Maisons d’Alsace ressemble beaucoup aux wine-dinners pour lesquels ils sont sollicités à l’étranger, comme le relève Jacques Cattin Jr. Ici, il s’agit de « faire plaisir d’abord aux Alsaciens », souligne Marie-Paule Sturm Gilardoni, secrétaire générale du groupe des Grandes Maisons d’Alsace. « Nous passons souvent plus de temps à chercher une nouvelle clientèle, mais il ne faut pas délaisser celle qui est plus proche de nous », considère Anaïs Cattin. Cette initiative consiste en une soirée dans un restaurant « prêt à mettre l’Alsace en avant » avec un menu à 50 euros par personne, vins compris. Pour Laure Adam, du domaine Jean-Baptiste Adam à Ammerschwihr, il s’agit de « toucher les particuliers pour qu’ils deviennent les ambassadeurs de nos vins en proposant une belle sélection pour un prix abordable ». « Les dégustations en cave sont hors sol alors que l’on revient ici vers la destinée du vin, la table, ajoute Étienne Sipp, domaine Louis Sipp à Ribeauvillé. La cuisine a tellement évolué, il faut proposer des accords iconoclastes, exploser les modèles, donner confiance et oser. » Pour cela, chaque viticulteur a choisi de donner des cuvées emblématiques et/ou anciennes, absentes de la carte des vins du restaurant. Jean-François Kueny, maître de chais chez Dopff & Irion à Riquewihr, a par exemple sélectionné un riesling grand cru Schœnenbourg de 2000. « C’est un travail de pédagogie envers les consommateurs et parfois les restaurateurs, affirme Marie-Paule Sturm Gilardoni, avec comme objectif final d’avoir des vins d’Alsace au cœur de la carte des vins du restaurant. » Un travail qui n’est pas forcément nécessaire au restaurant de la gare à Guewenheim, son chef Michel Seidel étant un connaisseur de vin avec une cave riche de 1 500 références. « La phase de lancement de ces dîners est déjà très encourageante sachant que nous avons démarré en septembre », conclut la secrétaire du groupe. À partir de 2018, un dîner de ce type devrait être proposé par trimestre, toujours en Alsace, pour commencer.

Mois de la bio. Au Gaec de Rosen-Guth à Dettwiller

Concilier robot et pâturage en bio

Publié le 17/11/2017

Même s’ils pratiquaient déjà un élevage extensif, la conversion du Gaec de Rosen-Guth à l’agriculture biologique a bouleversé les assolements, l’alimentation et les pratiques d’élevage. Grâce à des portes intelligentes, ils arrivent à concilier robot de traite et pâturage des vaches, un élément fondamental en agriculture biologique.

Le Gaec de Rosen-Guth est situé à Dettwiller. Plus précisément sur les hauteurs de Rosenwiller, pas très loin de l’autoroute A4 et de la LGV Est européenne depuis qu’une sortie d’exploitation a été réalisée en 1987. À l’époque, la SAU était de 90 hectares, et 50 vaches laitières (VL) produisaient quelque 300 000 l de lait par an. Guillaume Guth a rejoint l’exploitation familiale en 2009. Au départ avec un plan d’installation en conventionnel. Mais la conjoncture en lait bio est bonne, une aide à la conversion incitative est en place… Aussi les agriculteurs procèdent-ils à une étude d’impact de la conversion à l’agriculture biologique, qui s’avère intéressante. La décision est prise en quelques semaines. « Nous pratiquions déjà un élevage extensif et, sortir avec le pulvérisateur, ce n’était vraiment pas ce que j’aimais faire… », argumente Guillaume Guth. « C’était un choix de conversion rapide, confirme Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il a été stimulé par plusieurs facteurs : une coopérative demandeuse, ce qui représente l’assurance d’être collecté et de bénéficier d’un accompagnement, des parents qui n’étaient pas réticents, un mode d’élevage déjà assez extensif, herbagé, avec des vaches pas trop poussées. » La principale difficulté, c’est que les vaches ne pâturaient plus du tout. « Or, même si le cahier des charges de l’agriculture biologique ne donne pas d’objectif chiffré, le pâturage est une obligation », indique Philippe Le Stanguennec. « Nous avons donc recommencé à faire pâturer les vaches en implantant 10 ha de pâture derrière l’étable. Et nous avons ensemencé progressivement de plus en plus de prairies temporaires autour de l’exploitation », rapporte Guillaume Guth. « Au début, c’était une contrainte, reconnaît-il. Mais plus maintenant. Certes c’est du travail, il faut déplacer les clôtures, changer les batteries. Mais nous y trouvons du plaisir et de l’intérêt. » Tant et si bien qu’ils seraient encore prêts à développer la surface pâturée s’ils n’étaient pas coincés par la ressource en foncier. Pas de traite, pas de pâture En 2011, face à la perspective de devoir travailler seul sur l’exploitation - son frère, Jérémy, ne l’a rejoint qu’en 2016 -, Guillaume Guth procède à une extension et à un réaménagement de l’étable afin de faciliter le travail. Les génisses rejoignent le bâtiment principal, le sens des logettes est modifié pour permettre un raclage automatique… Et c’est dans la même optique de diminuer la charge de travail qu’il investit dans un robot de traite Delaval. Les vaches circulent alors librement entre l’étable, la pâture et le robot, ce qui ne va pas sans occasionner quelques difficultés : « Quand on ouvrait les portes de l’étable, toutes les vaches sortaient, et le robot était quasiment inutilisé pendant cinq heures. Or comme il était déjà un peu limite par rapport à la taille du troupeau, il aurait mieux valu qu’il fonctionne tout le temps. Car si on doit tout le temps pousser les vaches pour qu’elles aillent au robot, on perd l’avantage du gain de temps qu’il est censé apporter ! » En 2015, le stade de 90 vaches pour un robot est atteint. Pour le désengorger, Guillaume Guth investit dans un second robot et, pour rationaliser le déplacement des vaches, dans des portes intelligentes. Elles permettent de donner accès ou non aux vaches au pâturage en fonction du délai avant la prochaine traite : si sa dernière traite remonte à trop longtemps, la vache n’aura pas accès à la pâture tant qu’elle ne sera pas retournée au robot pour se faire traire. Leur circulation reste donc libre, mais contrôlée. Du méteil pour l’autonomie fourragère La SAU et l’assolement actuel de l’exploitation ne permettent pas d’atteindre l’autonomie fourragère. Les agriculteurs achètent donc de l’herbe sur pied et des céréales à une exploitation de Weyersheim. Pour accroître l’autonomie fourragère de l’exploitation et mieux compléter le maïs ensilage, Guillaume Guth a essayé cette année sur 10 ha une double culture : du méteil (200 kg de semences fermières de triticale + 50 kg de pois fourrager), suivi d’un maïs ensilage. « L’avantage d’un méteil par rapport à un ray-grass, c’est qu’il va couvrir le sol sans consommer la réserve en eau qui doit bénéficier au maïs », indique l’éleveur, qui avance un second argument : les prairies qui souffrent de manière de plus en plus récurrente de la chaleur et du manque d’eau en début d’été. Le méteil étant récolté avant, il constituerait une forme d’assurance. Pour cet essai, le méteil a été fauché et ensilé le 1er juin, puis le maïs a été implanté au strip-tiller derrière : « J’avais peur d’assécher le sol en le travaillant », témoigne Guillaume Guth. Avec 17 tonnes de MS/ha (10 pour le méteil, 7 pour le maïs), l’essai est concluant. Ainsi les agriculteurs prévoient de réitérer l’expérience cette année, mais sur 30 ha et en enrichissant le méteil avec de la féverole afin d’améliorer la teneur en matière azotée totale (MAT) du fourrage. Un « challenge personnel » que Philippe Le Stanguennec encourage pour des raisons avant tout économiques : « Par rapport au conventionnel, les prix des correcteurs azotés ou du soja bios sont doublés. » Retrouvez aussi notre reportage vidéo :  

Chez Corinne Diemunsch à Balbronn

Soigner la vigne par les plantes

Publié le 16/11/2017

Tanaisie, achillée, absinthe, reine-des-prés, saponaire, rue, bardane… : l’exploitation viticole de Corinne Diemunsch - Domaine de Gunterhof - n’a vraiment rien de commun. Depuis 2013, cette viticultrice produit des plantes aromatiques, tandis que ses raisins bios sont livrés à la cave du Roi Dagobert.

L’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) proposait une journée de rencontre avec Corinne Diemunsch qui soigne ses vignes par les plantes et qui a fait de la production de plantes séchées pour le soin de la vigne et des cultures, sa deuxième activité. Un événement auquel tous les vignerons du Grand Est étaient conviés. Nul n’est prophète en son pays, ce dicton n’a jamais résonné aussi fort, jeudi 8 novembre vu l’intérêt suscité par cette formation auprès des vignerons lorrains, qui sont venus en force en Alsace : 18 participants sur les 25 présents. Après la présentation des installations, le séchoir et la pièce de stockage, des locaux bien ventilés mais plutôt sombres pour préserver les propriétés des plantes séchées, les vignerons avaient rendez-vous à la cave du Roi Dagobert, pour deux heures d’introduction à l’usage des plantes. Un propos de Corinne Diemunsch, inspiré par le formateur Éric Petiot, qui s’est voulu très modéré. Ces préparations peu préoccupantes tombent sous le coup d’une législation contraignante sur la communication des pratiques phytosanitaires alternatives aux produits de synthèse. « Je peux commercialiser des plantes, mais je ne peux pas vendre des préparations et en revendiquer des effets, faute d’AMM (autorisation de mise en marché). » Pour les usages, il existe une bibliographie abondante… Pour être efficace, la phytothérapie des vignes s’inscrit dans une approche viticole globale. Les méthodes sont douces et peu agressives pour la terre et la plante : les vignes sont taillées en Guyot-Poussard de manière à ce que les mutilations de la taille entravent au minimum les flux de sève. La fertilisation vise à nourrir la vie microbienne des sols, mais pas à perfuser les vignes d’azote minéral. Corinne Diemunsch applique par exemple des oligoéléments et du saccharose. Et s’agissant des travaux des sols, selon l’approche de la trophobiose de Francis Chaboussou, il n’y a pas de remuage de la terre après la mi-juillet pour ne pas provoquer de minéralisation des sols. Et d’une manière générale, elle n’utilise pas d’outils de travail des sols à dents animées telles que la herse rotative et la fraise. « J’aime bien varier les plantes » Corinne Diemunsch centre la protection de sa vigne autour du cuivre, avec un premier traitement à la très très faible dose de 50 g/ha en Cu métal dès le stade 2 feuilles, et du soufre Thiovit. « Mes plantes « premiers secours » sont l’ortie, la consoude, la prêle, la fougère et l’achillée. » Les traitements s’appliquent autant au sol que sur la plante. Le bouillon moléculaire élaboré à partir de décoction ou d’infusion « est reconnu par la plante, et est donc très assimilable ». Ces applications de plantes exercent « un effet nutritif, SDN, biostimulant ou phytostimulant, et créent une atmosphère défavorable à l’implantation des maladies. Les plantes que j’utilise sont l’ortie, la reine-des-prés, la prêle, l’origan, la consoude, la tanaisie. » Et contre les insectes, la tanaisie, la lavande, la menthe, l’absinthe, la rue, la santoline, et la fougère sont appliquées pour leur effet insectifuge : « J’aime bien varier les plantes et apporter des éléments différents, des phénols différents. »      

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