A la une

Publié le 14/08/2019

C’est une culture peu commune qui a refait son apparition dans le secteur de Sundhouse : 6 hectares de chanvre vont être récoltés mi-août. Il sera utilisé dans la composition de plats végétariens.

Dans la plaine du Ried, la culture du chanvre était fréquente jusqu'au milieu du XIXe siècle. Ses fibres étaient utilisées dans la corderie. Ses graines fournissaient de l’huile. De nos jours, les débouchés sont les industries pharmaceutique, cosmétique et alimentaire. En effet, le chanvre est source d’oméga 3 et de protéines non-allergènes. Et il entre aujourd’hui à grands pas dans la composition de plats végétariens. Olivier Hartz est ingénieur agronome spécialisé en agroéconomie. Il croit dur comme fer au retour du chanvre dans le Ried. De par ses anciennes fonctions professionnelles au sein de filiales du groupe agroalimentaire Japonais Ajinomoto, Olivier Hartz est devenu un spécialiste des ingrédients alimentaires et de leurs applications. Et il a noué de nombreux contacts avec les industriels du secteur alimentaire intéressés dans l’utilisation du chanvre. L'Alsacien a initié le projet « Hartz’Riedland ». Il vise à faciliter la mise en culture de 6 000 hectares de blé, soja, maïs et colza bios, destinés à des produits alimentaires, tout en consolidant les débouchés. Un projet dans lequel la culture du chanvre trouve toute sa place, puisqu’Olivier Hartz vise une production annuelle de 1 000 tonnes de graines de chanvre à court terme pour alimenter le marché du bassin rhénan en partenariat avec les acteurs locaux classiques de la filière agroalimentaire. « Les outils existent », affirme Olivier Hartz. Adapter les cultures alsaciennes à la demande contemporaine La demande en produits bios et locaux existe déjà et va se développer. En outre la demande pour des plats végétariens est de plus en plus forte, car les habitudes des consommateurs - notamment des jeunes - ont changé ces dernières années. Pour répondre à cette évolution des comportements, « une coordination entre l'agriculture, l’industrie agroalimentaire locale et les réseaux de distribution est nécessaire car ces trois métiers se connaissent mal, explique Olivier Hartz. Dans mon projet, je compte les reconnecter. » Pour lui, le bio et le local font partie du haut de gamme que souhaite tout industriel, garantissant ainsi au consommateur alsacien une influence sur son environnement au bénéfice de sa santé, de l’environnement et de l'économie. Des graines de chanvre dans nos assiettes C’est ce que fait déjà la société Epi & Co, implantée sur le site de Tereos à Marckolsheim et qui emploie une quinzaine de salariés. « Nous produisons 200 000 portions d’un substitut de viande 100 % végétale par mois », explique Andreas Redl, responsable développement de l’entreprise. La firme élabore aussi des plats végétariens, comme la bouchée végétale, l’aiguillette végétale, le sauté ou l’émincé végétal… « Il y a un véritable intérêt pour le 100 % végétal, les consommateurs qui y ont goûté en redemandent », ajoute Bertrand Huberty, chef de projet d’Epi & Co. Les collectivités, notamment, en sont friandes : « Pour le personnel de cuisine, c’est pratique parce que c’est rapide à préparer et les plats peuvent facilement être accommodés. C’est une alternative à la viande et une offre complémentaire », ajoute-t-il. Un défi à relever pour les agriculteurs et pour l’Alsace Développer le chanvre permet d’introduire une nouvelle culture dans la rotation, ce qui constitue un atout agronomique. D’autant que le chanvre ne requiert ni traitement phytosanitaire ni irrigation. Reste que pour les agriculteurs qui se sont engagés dans la culture, c’est un défi à relever. « Quand Olivier Hartz, mon filleul, m’a proposé de semer du chanvre, j’ai souscrit à sa demande », explique Philippe Grosshans, agriculteur à Sundhouse. « Dans la culture du chanvre, tout reste à découvrir, il y a toujours une part de risque », explique Michel Roesch, qui cultive une parcelle de chanvre bio à Breitenheim. « Le retour en grâce des protéines végétales auprès des consommateurs est une opportunité sans précédent pour la première transformation des produits agricoles. Le mouvement s’accélère et s’installe dans les habitudes de consommation. Cette demande va de pair avec le développement du bio. L’Alsace, en plus de bénéficier de conditions agronomiques favorables, est proche de l’axe rhénan, un bassin de consommation de protéines végétales et de produits bios très développé. L’opportunité pour l’agriculture et l’industrie agroalimentaire alsaciennes est énorme », conclut Olivier Hartz.

Publié le 09/08/2019

Michaël Meyer s’est lancé dans l’élevage d’escargots l’an dernier. Cette activité complémentaire lui a permis de quitter son deuxième emploi et de se consacrer totalement à sa ferme. Un saut dans l’inconnu salutaire pour ce fils d’informaticien.

La coquille paraît minuscule dans la paluche du paysan. « Il va sortir, rassure Michaël Meyer. Avec la chaleur ils font la sieste. » L’armoire à glace effleure la carapace du bout du doigt. Bingo. Le mollusque sort la tête de sa carapace. « C’est curieux ces bêtes-là », approuve l’éleveur, marcel, short et chaussures de sécurité aux pieds. Aujourd’hui, les escargots n’ont plus de secrets pour lui. Depuis deux ans, il leur consacre une attention particulière. Grâce à eux, l’Ebersheimois a pu s’installer à temps plein comme chef d’exploitation. Encore un mirage deux ans plus tôt.     Pour comprendre l’histoire, il faut remonter quelques années en arrière. En 2015, l’oncle de Michaël, céréalier, prend sa retraite. Avec une mère infirmière et un père informaticien, c’est une occasion unique de s’installer sur sa propre ferme. « Mais 38 ha de maïs, c’est trop peu pour vivre », regrette Michaël. À 31 ans, il est obligé de cumuler les travaux des champs et un mi-temps dans une entreprise de maintenance de gravières. Bien loin de son rêve de gosse. Michaël a toujours voulu être agriculteur à temps complet. Essai transformé Le jeune homme cherche alors un moyen de diversifier sa production. « Quelque chose pour faire du chiffre. » Sans trop d’investissements non plus. Les gros tracteurs et les dettes qui vont avec, très peu pour lui. Le maraîchage ? « Il y en a déjà à tous les coins de rue autour de Sélestat », écarte-t-il. Hors de question de marcher sur les plates-bandes des collègues. En revanche, les héliciculteurs (éleveurs d’escargots) ne se bousculent pas au portillon. Le pluriactif affine ses recherches. Lit des articles. Se renseigne auprès des quelques professionnels du département. Il fait même un stage dans un lycée de Besançon. Bref, il apprend les bases du métier. Mais quels résultats économiques attendre ? La Chambre d'agriculture ne possède aucune étude chiffrée. L’héliciculture est un monde secret. Personne ne dévoile ses livres de comptes. Une seule option s’offre à Michaël : le coup d’essai. En 2017, il achète 5 000 bébés escargots (naissains dans le jargon) et installe un petit parc dans le jardin. Quelques planches pour délimiter l’enclos et un filet pour protéger les mollusques des rats et rapaces. « Avec mon épouse Élodie, on les a cuits, préparés et beurrés dans la cuisine », se souvient le fermier. Résultat : toute la production est vendue en deux semaines via le bouche-à-oreille. Essai transformé. Un Smic dès la deuxième année L’engrenage se met vite en route. De mars à septembre 2018, l’éleveur fait construire un petit local de vente et un atelier de transformation à l’arrière de sa maison. 50 000 € subventionnés à 40 %. En mai, il reçoit sa première vraie bande : 70 000 naissains. Des gros gris. En parallèle, il prend un congé sans solde auprès de l’entreprise de maintenance industrielle pour laquelle il travaille. C’est le début de sa carrière de paysan à plein temps. De septembre à décembre, Michaël dédie ses journées à la transformation des escargots. Son oncle donne un coup de main aux champs. La première saison de vente suit la lancée de 2017. Sur les 5 100 douzaines produites, 4 000 partent entre novembre et décembre. « On fait 80 % de notre chiffre à Noël », confirme Michaël. Avec sa marge de 25 % sur les ventes et les revenus des céréales, le producteur s’octroie un salaire de 800 €. Pas mal pour une première année. La vente d’escargots représente désormais 50 % du chiffre d’affaires de la ferme. Ces résultats donnent des ailes à l’exploitant. En 2019, il double son cheptel. À 140 000 coquilles réparties dans deux parcs. « Si tout va bien, je devrais me verser un Smic », dit-il, confiant. Un luxe comparé à de nombreux agriculteurs en phase d’installation. Désormais, Michaël affiche à haute voix son objectif ultime. Vivre à 100 % des escargots. Et abandonner le maïs ? Jamais de la vie. « Les céréales, c’est mon métier. » « On est plus cuisinier qu’éleveur » Ce projet ressemble aussi à une plongée dans l’inconnu. Michaël a dû tout apprendre. À commencer par la cuisine. Les bestioles passent dans un bain-marie. Puis il leur enlève l’appareil digestif. Elles sont ensuite blanchies à l’eau bouillante. Puis surgelées. Et cuites de nouveau dans un bouillon de légumes avant d’être mises en coquilles et beurrées. Un parcours du combattant. « On est plus cuisinier qu’éleveur », sourit le professionnel. Il a aussi dû accepter de déléguer. L’an dernier, il a embauché un saisonnier pendant le mois de décembre. Pas suffisant pour affronter les 14 heures de travail quotidiennes. La fatigue et le stress ont envoyé le fermier chez le médecin. Verdict : une semaine de repos forcé. Ça fait réfléchir. Alors cette année, une dame va épauler Michaël à mi-temps durant toute la période de transformation. Magasin à la ferme, livraison aux drives, marchés… Ce père de deux enfants a aussi découvert le monde de la vente. À l’arrache. « Au début je n’avais pas de carte de visite, pas de terminal de paiement, même pas d’écriteau pour les prix », rougit-il. Aujourd’hui, il a trouvé sa routine sur les marchés. Il a investi 1 200 € dans une tonnelle et un congélateur qu’il installe à l’arrière de son utilitaire. « Au début c’était stressant, mais maintenant j’adore, confie-t-il. Quand les gens disent qu’ils sont contents de mes produits, c’est la meilleure des récompenses. » Et l’héliciculteur arrive à vivre de son métier. Un rêve devenu réalité.

Filière forêt-bois

La forêt en urgence sanitaire

Publié le 08/08/2019

Touchée par les sécheresses à répétition, la forêt a subi de plein fouet les deux dernières canicules de cet été qui ont entraîné des dégâts visibles dans le paysage. La forêt haut-rhinoise est même considérée comme en « urgence sanitaire ». Localement, on tente de trouver des solutions. Le président de la Région Grand Est, Jean Rottner, a rencontré le 31 juillet, les élus de la région de Masevaux pour échanger sur ce phénomène inquiétant.

Le dépérissement de la forêt est en cours. La couleur rouge devient omniprésente. Ces constats viennent de nombreux observateurs d’une forêt qui brûle. « Nous sommes vraiment très inquiets. Il s’agit de notre patrimoine, de notre cadre de vie. Mais également de questions environnementales et économiques. On a tout d’abord évoqué les problèmes des maladies du bois avec les scolytes. Il y a ensuite eu ces canicules et cette sécheresse. Nous nous interrogeons sur un possible phénomène de pollution atmosphérique. Il y a un gros problème, c’est une certitude. » C’est en ces termes que Laurent Lerch, maire de Masevaux-Niederbruck, a ouvert la réunion qui s’est dérouéle en présence d’élus locaux, de conseillers régionaux et de représentants de l’Office national des forêts (ONF) et de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).     L’image est en effet frappante. En visitant, notamment, le col du Schirm, les sapins rougis occupent de plus en plus d’espace au milieu de la forêt. « Je suis attristé par cette situation dans cette vallée qui est ma vallée d’origine. C’est pourquoi je suis venu rencontrer les élus, scientifiques et techniciens. Pour évoquer des solutions et répondre aux enjeux économiques et de développement durable », explique le président de la Région Grand Est, Jean Rottner. La conséquence économique de la mortalité des sapins ? La commune de Masevaux-Niederbruck craint de devoir emprunter au budget principal pour abonder le budget forêt. « Les coûts d’entretien, mais aussi les frais d’exploitation seront plus importants pour couper le bois sec, qui ne nous rapporte rien en comparaison du bois frais », déplore Raymond Trommenschlager, l’adjoint au maire de Masevaux chargé des finances. Il appréhende de voir fondre comme neige au soleil les 120 000 € de recettes annuelles que représente la forêt pour la commune. Le problème des sangliers Pour tenter de trouver des solutions à ce phénomène qui se prolonge, le maire de Masevaux a fait appel à l’Inra. « L’objectif est de mettre en place une expérimentation. Il faut tester et diversifier. On pourrait sélectionner des essences de sapins qui ne sont pas natives d’ici et les planter. Il faut aller vite. On va d’abord tester le reboisement par îlots, puis nous ferons d’autres expériences », précise le directeur de recherche, Laurent Saint-André. Sachant qu’un « site atelier » pour replanter en îlot coûte 200 000 €. « La Région accorde des aides spécifiques pour les scieries et la replantation, qui peuvent monter jusqu’à 40 %. Mais j’ai le sentiment qu’il faut aller plus loin. Nous pourrions débloquer de nouvelles aides cet automne, à condition qu’elles soient adaptées aux besoins », prévient Jean Rottner. « Nous sommes prêts à ce que Masevaux devienne ce laboratoire, ce territoire d’expérimentations. Nous avons pris un peu d’avance et j’espère que notre vallée servira à d’autres, également concernées par ce phénomène », réagit Laurent Lerch. Un travail d’autant plus immense que ce problème est européen. Plus de 80 millions de m3 d'épicéas sont touchés sur tout le continent. Et l’Allemagne est encore plus impactée sur les résineux. « Au niveau commercial, deux années de récolte sont arrivées en six mois. Il y a saturation du marché. Ici en France, mais aussi dans des pays comme l’Allemagne et l’Autriche. La plupart des arbres n’ont même plus d’écorce. Le bois est difficilement vendable », constate l’ONF. Préserver la filière bois Tout en gérant le présent, il va falloir adapter les forêts au futur. « Un travail s’impose avec les acteurs de la forêt, chasseurs, pêcheurs, randonneurs. Les sangliers surconsomment en forêt. Et c’est un problème pour les jeunes pousses d’arbres et pour les insectes. Il faut donc contenir cette population. Si on ne permet pas à la nature de se développer, la végétation ne pourra plus s’exprimer et la forêt va continuer de dépérir », prévient Laurent Saint-André. En conclusion, Jean Rottner a proposé aux élus locaux une rencontre plus importante en septembre. « La filière forêt-bois est un modèle d’économie durable que nous devons préserver. Elle est identifiée comme l’une des filières majeures du Grand Est. À ce titre, la Région s’est dotée d’une politique ambitieuse, à travers le contrat de filière bois 2017-2020 qui vise à valoriser une ressource régionale significative et à développer les activités économiques des territoires, notamment ruraux. Nous devons désormais aller plus loin. Surtout après ces canicules et cette sécheresse. Et sachant que ces événements climatiques sont amenés à se répéter de plus en plus souvent. En parallèle, nous soutenons la filière dans la crise du scolyte à travers la mise en place de plusieurs mesures, comme le soutien aux entreprises de transformation du bois pour les inciter à acheter ce bois malade. À la rentrée, nous devrons reparler de tout cela », conclut Jean Rottner.

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