Distillerie
Le spiritourisme, plus qu’une vue de l’esprit
Distillerie
Publié le 12/08/2020
Treize distilleries ou musées ouvrent leurs portes au public en Alsace. Au moins sept d’entre eux proposent des visites. L’occasion pour les « spiritouristes » de découvrir ce savoir-faire local. Exemple chez Meyer’s à Hohwarth dans le Bas-Rhin, et chez Théo Preiss à Mittelwihr dans le Haut-Rhin.
Une campagne de communication appelée « Voyage en distillerie » a été lancée par la Fédération française des spiritueux (FFS). Jusqu’au 16 août, l’objectif est de « suggérer des courts séjours ou des escapades à la journée au plus proche du domicile ou des lieux de vacances des Français ». D’après la FFS, le spiritourisme attirerait deux millions de visiteurs par an dans plus de 120 sites en France. La fédération y voit un véritable potentiel : le spiritourisme contribue au développement économique de la filière. En Alsace, contactés uniquement par e-mail et ajoutés d’office sur la carte du spiritourisme, certaines distilleries ou musées proposent des parcours de visite, des dégustations et, bien sûr, de la vente directe. Zoom sur ces distillateurs qui ouvrent leurs portes, ou presque, malgré le contexte particulier d’après crise sanitaire. « On ne prend pas de risque » Épidémie oblige, l’accès aux distilleries se fait un peu différemment, voire difficilement pour certaines. C’est le cas à la distillerie Théo Preiss à Mittelwihr. Son président, Didier Koenig, 25 ans de bouteille dans l’entreprise, y met un point d’honneur. « Une secrétaire a été touchée par le virus, on ne prend pas de risque », affirme-t-il. Les mesures de sécurité sanitaire sont « trop nombreuses et trop difficiles » à mettre en place, ajoute-t-il. Les visites de la chaîne de production sont donc impossibles dans cet établissement. Lorsque la visite est possible, il faut alors compter une bonne heure pour remonter toute la chaîne. Si la distillerie s’adapte, elle propose néanmoins toujours la dégustation et la vente. En juillet et en août, la distillerie Théo Preiss est à l’arrêt mais la mise en bouteille continue. Même si les clients se font rares, Didier Koenig ne perd pas espoir et compte sur les fidèles : « Ce sont souvent des habitués qui passent dans le coin pour déguster. » Il assure également avoir été informé par la FFS du « Voyage en distillerie ». Il encourage d’ailleurs l’idée et la pratique : « Parler des distilleries est positif. On a des alcools français et on oublie souvent de le dire. » Dans une filière où la garantie d’origine protège essentiellement le savoir-faire, les fruits utilisés pour les alcools Preiss proviennent d’ailleurs tous de France, « sauf la framboise », souligne Didier Koenig. De la chaine de production au musée À la distillerie Meyer’s de Hohwarth, les visites sont possibles. Dans une douce odeur de cerises en fermentation, Francis Wolff, artisan distillateur depuis plus de vingt ans, est le guide du jour pour partir à la découverte de la chaîne de production. Cette visite de A à Z est le tour présenté au public. Le départ se fait au milieu des cuves de fermentation, Francis montre et explique absolument tout, même le tuyau qui passe sous la route afin de relier les cuves à la pièce abritant les alambics, de l’autre côté. Là-bas, un film sur l’histoire de la distillerie est projeté, au beau milieu d’immenses alambics en cuivre de fabrication allemande. Après cette parenthèse vidéo, Francis se dirige vers la pièce où plus d’une trentaine de cuves de stockage attendent patiemment les doux breuvages. Chaque cuve est destinée à un fruit. Trente variétés de fruits et de baies sont transformées en alcool dans l’entreprise, soit près de 600 tonnes par an. D’après Francis, « certains fruits viennent encore de France mais beaucoup viennent de l’étranger ». Mi-juillet, cerise, gentiane, framboise et kirsch étaient en préparation. Francis est fier de présenter la dernière étape de la chaîne, la ligne d’embouteillage, avec les bouteilles à étiquettes personnalisées, pouvant servir « pour des mariages, et même des divorces », plaisante-t-il. La plupart du temps, la visite de la distillerie est précédée d’un passage au musée « La Maison du distillateur », à Châtenois. Sur place, Valérie Hamm accueille les curieux. À la distillerie comme au musée, la campagne de communication « Voyage en distillerie » n’a pas marqué les esprits. Chacun fait à son idée. Malheureusement, les visites se font rares par rapport à l’an passé, et les annulations de bus touristiques se multiplient. « Cinq bus ont été annulés en juin, deux bus rassemblant 120 personnes pour septembre ont été annulés, ce matin », se désole Valérie. Le tourisme en distillerie est presque au point mort, pas sûr que le « Voyage en distillerie » y change quelque chose cette année.












