Auteur

Anny Haeffelé

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Groupe Kuhn à Saverne

Sept engagements pour une route plus sûre

Technique

Publié le 16/01/2017

Stéphane Fratacci, préfet de la région Grand Est, préfet du Bas-Rhin, a effectué un périple dans l’arrondissement de Saverne, récemment. Cette visite l’a mené notamment au tribunal de grande instance de Saverne, à la sous-préfecture de Saverne où il a rencontré les agents et les chefs de service de l’État, et au château des Rohan à Saverne. Là, il a participé, au titre de l’action de soutien de l’État à la ruralité, à une réunion d’information sur les écoquartiers et le contrat de ruralité.

Cette réunion s’est déroulée en présence du référent national ÉcoQuartier, du directeur régional de la Caisse des dépôts et consignations et du sous-préfet d’arrondissement de Saverne. Elle avait pour but de fournir aux conseillers régionaux et départementaux, aux maires et présidents des communautés de communes, aux associations de maires et aux services de l’État des explications détaillées sur les écoquartiers et le contrat de ruralité, sur l’offre de service de l’Ademe et de la Caisse des dépôts et consignations en faveur des collectivités et des entreprises.

Ne pas prendre de risque au volant

Le préfet Stéphane Fratacci a également fait escale au Kuhn Center for Progress à Monswiller, où le président directeur général du groupe, Thierry Krier, l’a accueilli pour la signature de la première charte de sécurité routière dans le Bas-Rhin. Cette charte est la déclinaison départementale de l’Appel national des entreprises en faveur de la sécurité routière au travail, lancé officiellement le 11 octobre dernier à Paris par 21 chefs d’entreprise. Il encourage les entreprises à tout mettre en œuvre pour que la quête légitime de performance ne pousse pas leurs collaborateurs à prendre des risques au volant. Les signataires se mobilisent pour respecter sept engagements forts pour la sécurité des déplacements professionnels de leurs collaborateurs :

  • limiter aux cas d’urgence les conversations téléphoniques au volant
  • prescrire la sobriété sur la route
  • exiger le port de la ceinture de sécurité
  • ne pas accepter le dépassement des vitesses autorisées
  • intégrer des moments de repos dans le calcul des temps de trajet
  • favoriser la formation à la sécurité routière des salariés
  • encourager les conducteurs de deux-roues à mieux s’équiper.

Les accidents de la route sont la première cause de mortalité au travail. En 2015, 483 personnes ont perdu la vie dans un déplacement lié à l’activité professionnelle et 4 520 ont dû être hospitalisées à la suite d’un accident sur le trajet domicile-travail ou au cours d’une mission. La population masculine est surreprésentée dans les accidents liés au travail : 77 % dans un trajet domicile-travail et 87 % lors d’un trajet professionnel.

En signant cette charte le 15 décembre dernier, le groupe Kuhn rejoint des entreprises prestigieuses comme Airbus, Axa, la Caisse des dépôts, Danone, Disneyland Paris, Engie, Johnson & Johnson, Keolis, La Poste, MAIF, Michelin, NRJ Group, Orange, PSA, Renault, Sanef, SGS, SNCF, Total et Vinci. Qu’elles soient grandes, moyennes ou petites, toutes les entreprises, de tous les secteurs d’activité, sont invitées à les rejoindre en signant à leur tour l’Appel national en faveur de la sécurité routière. Il est proposé à leurs dirigeants de se rendre sur le site entreprises.routeplussure.fr.

Un espace dédié est mis à leur disposition avec un kit d’adhésion qui décline les sept engagements pour une mise en chantier rapide à l’intérieur de leurs structures. Les chefs d’entreprise peuvent ainsi signer électroniquement la charte d’engagement et ainsi voir leur nom et leur logo apparaître en ligne dans la liste des signataires. La première signature électronique déposée sur ce site est celle de Nicolas Théry, président du Crédit Mutuel.

Comptoir Élevage et Cloé

« Le défi de demain est de produire pour un marché »

Élevage

Publié le 10/01/2017

« Avant sa liquidation judiciaire, le groupe Copvial avait trois activités : la coopérative, l’abattage (Holtzheim) et la transformation (Reichstett), rappelle Denis Fend, directeur général du Comptoir agricole. Depuis, trois nouveaux intervenants ont pris le relais : Bigard (abattage), Cloé (commercialisation des animaux) et le Comptoir agricole (logistique). » Le groupe Bigard a rapatrié sur le site de Holtzheim les ateliers de découpe qu’il exploitait au marché gare de Strasbourg et à Sélestat. 120 personnes travaillent aujourd’hui sur ce site qui regroupe des unités d’abattage, de viande et de découpe. La charcuterie de Reichstett, quant à elle, a fermé ses portes.

La coopérative Copvial comptait auparavant 21 salariés qui s’occupaient de l’organisation de la production, du conseil technique, de l’achat des animaux en élevage et de la logistique. Huit salariés ont rejoint Comptoir Élevage, sept autres travaillant désormais pour Cloé. Les volumes traités s’élèvent à 12 000 bovins et 80 000 porcins. « Comptoir Élevage n’a pas la même ambition que Copvial. Nous n’avons pas de coûts fixes, puisque nous n’avons pas d’abattoir à gérer. Nous nous sommes dotés d’une équipe légère. » Placée sous la responsabilité de Romain Gerussi, elle comprend deux vétérinaires, Marc Peterschmitt et Hugues Lejeune, trois techniciens, Pascal Daul, Maximilien Bradhering et Gabriel Knoerr, ainsi que Sylvie Constantini et Chantal Bapst, chargées de l’administration des ventes. Par ailleurs, Alain Burg, salarié détaché de Cloé, s’occupe de la logistique, du planning et des agrofournitures.

Optimiser la collecte et la logistique

Bruno Colin, éleveur laitier en Lorraine, a présenté l’union Cloé, dont il est le président. En 2002, deux coopératives spécialisées, CAPV et CAPVL, ont décidé de travailler ensemble pour être plus performantes sur le plan commercial et logistique. En 2008-2009, elles se sont rapprochées des coopératives céréalières, la CAL et Lorca, qui ont créé des sections élevage. À l’origine, elles avaient une activité bovine, porcine et ovine. « Mais nous nous sommes vite rendu compte qu’il fallait se concentrer sur les bovins. », souligne Bruno Colin. Aujourd’hui, Cloé dispose de trois centres d’allotement pour faire le tri des animaux et livrer les abattoirs de Metz (Charal), Verdun (EMC2), Mirecourt (Elivia), Sarrebourg (abattoir multi-espèces de proximité) et Holtzheim (Bigard).

« Lorsque nous avons accueilli le Comptoir agricole, il a fallu coordonner les actions commerciales, logistiques, financières, ainsi que la facturation. Les choses se sont mises en place en un temps record. » La première mission de Cloé est commerciale : mettre en marché les animaux collectés par les coopératives de base, CAL Élevage, Lorca Élevage et Comptoir Élevage, dans un contexte de concentration des abatteurs. « Notre préoccupation essentielle, explique Bruno Colin, c’est la couverture des paiements. Nous recherchons la valeur ajoutée, mais nous voulons être sûrs d’être payés. La contractualisation représente 20 à 25 % de notre activité, que ce soit avec le groupe Bigard-Socopa-Charal ou Elivia. Nous avons aussi une activité bio - nous avons été reconnus comme organisation de producteurs bios. C’est le défi de demain de produire pour un marché. »

Sur le plan logistique, Cloé assure la gestion et l’organisation des transports. « L’optimisation de la collecte est déterminante. » Le planning est établi en début de semaine mais il évolue constamment : « On travaille avec du vivant. » Cloé emploie un logisticien qui a une vue globale de tous les animaux et un responsable par centre d’allotement. « Nous avons la chance d’avoir un bon maillage territorial. Cela permet de ramasser les animaux pour répondre à la demande des abatteurs, voire d’alloter des broutards pour les mettre à la disposition des éleveurs. »

Un petit groupe, de grosses responsabilités

Comment se structure l’organisation ? « La relation amont reste du domaine des coopératives de base, qui sont reconnues organisations de producteurs », explique Bruno Colin. L’éleveur est en relation avec sa coopérative de base. L’agent relation élevage remonte le stock à Cloé. « Nous avons une vue d’ensemble sur les trois coopératives, nous savons ce que veulent les abatteurs, nous cherchons à optimiser le flux commercial par rapport à la valeur ajoutée et au flux logistique. » Lorsque les animaux sont collectés, ils sont acheminés à l’abattoir. « Notre priorité, ce sont les acteurs locaux, poursuit Bruno Colin. Nous voulons créer de la valeur ajoutée sur notre secteur. Dans le Grand Est, les capacités d’abattage sont plutôt bien structurées. De ce fait, nous avons une diversité de débouchés qui nous permet d’optimiser les flux commerciaux et de chercher de la valeur ajoutée, comme la filière qualité Carrefour. »

Cloé fonctionne avec 29 salariés, une petite équipe par rapport au chiffre d’affaires qui s’élève à 90 millions d’euros (M€). La gouvernance est assurée par un conseil d’administration, avec une demande d’adhésion du Comptoir agricole et de la Coopérative agricole de céréales (CAC). La fonction commerciale est assurée par le directeur (à temps partiel), les fonctions support - informatique, back-office - par les coopératives de base. « L’adaptation produits-marché se fait à travers les coopératives de base. C’est le commerce qui dicte ce que l’on doit faire, en termes de développement technique. »

Conclusion de Bruno Colin : « Cloé est un petit groupe qui a de grandes responsabilités, un gros chiffre d’affaires mais un petit résultat. Tout le résultat est reversé aux coopératives de base pour le redistribuer aux éleveurs. »

 

Comptoir agricole

Accompagner les adhérents

Cultures

Publié le 09/01/2017

Cette année-là, le groupe Comptoir agricole collecte 874 000 tonnes de céréales, contre plus d’1 million de tonnes en 2014. Le tonnage de blé collecté progresse de 16 %, frôlant les 240 000 t, celui du maïs chute de 24 % pour atteindre 806 000 t. Les autres productions totalisent 20 000 t, le colza représentant à lui seul 9 540 t (+ 4 %). Le rendement moyen du blé s’établit à 80 q/ha en 2015 contre 74 q/ha en 2014 (+ 8 %) dans le Bas-Rhin, à 84 q/ha contre 82 q/ha dans le Haut-Rhin. Le maïs atteint à peine 92 q/ha en 2015 contre 111 q en 2014 dans le Bas-Rhin, les rendements haut-rhinois s’élevant à 112 q/ha en 2015 contre 120 q/ha en 2014. Les surfaces de maïs baissent de 6 à 7 % selon les départements ; à l’inverse, celles du blé sont en progression.

Les performances de la coopérative ayant été largement débattues lors des assemblées de section, le président Marc Moser a choisi d’insister sur la dimension du groupe Comptoir agricole. Un groupe dont la coopérative est la maison mère, les principales filiales étant Gustave Muller, Eurépi, Viti.com et Eurappro, détenues à 100 %. Le groupe a également des participations dans Lorial, Floraly et Optisat et la SCI Synergie Alsace, propriétaire jusqu’à récemment du terrain et des murs de l’abattoir de Holtzheim.

Son chiffre d’affaires frôle les 299 millions d’euros (M€), soit un recul de 12 M€ par rapport à l’exercice antérieur. La collecte et la commercialisation de céréales, activité qui constitue le cœur de métier du groupe, génèrent à eux seuls 165,50 M€. Les agrofournitures contribuent pour 86,40 M€ au chiffre d’affaires, les aliments du bétail pour 22,80 M€, les prestations pour près de 14 M€, un poste en nette diminution par rapport à l’année antérieure. Les filières représentent 19 M€, un chiffre d’affaires qui reprend des couleurs du fait de la montée en puissance de l’usine de semences de Marlenheim, mais aussi d’une meilleure valorisation des pommes de terre et du houblon.

Un résultat en nette baisse

La marge contributive passe de 54,40 à 49,20 M€, sous l’effet de la baisse de la prestation séchage et de la réduction des marges sur les activités céréales et approvisionnement, explique le directeur financier, Marc Belleil. Le résultat d’exploitation s’établit à 1,50 M€, le résultat final à 500 000 €, contre 3,10 M€ l’exercice précédent. « Ce résultat marque notre volonté d’accompagner nos adhérents en accordant des compléments de prix et en réduisant nos marges dans un marché particulièrement tendu », souligne le directeur général, Denis Fend.

Le bilan fait apparaître 223 M€ d’actifs immobilisés et 135,90 M€ de capitaux propres. « Après trois années de gros investissements, on revient à des niveaux d’investissement standards, avec 5,60 M€ », précise encore Marc Belleil. L’effectif du groupe est en hausse, grâce notamment au développement de la filière maïs semences.

Le groupe Comptoir agricole s’est doté des atouts nécessaires, sur le plan technique, financier et humain, pour affronter l’avenir : des capacités de stockage bien dimensionnées, des produits de qualité, des investissements importants, de la création de plus-value, souligne le directeur général. « Nous sommes un groupe céréalier avec des filières de diversification. Nous nous devons d’être bons en céréales, et même les meilleurs. Fournir des produits de qualité à nos clients est la première de nos missions. Mais les autres filières doivent atteindre l’équilibre. C’est le cas pour le houblon et, demain, cela devra être le cas pour l’élevage. Les céréales n’ont pas vocation à sponsoriser les autres filières. »

Dispositif Réagir

Intervenir avant qu’il ne soit trop tard

Pratique

Publié le 04/01/2017

Dans le canton de Truchtersheim, on recense 350 exploitations sur une superficie de 12 000 hectares. Des exploitations de 32 à 40 ha en moyenne, très diversifiées : elles produisent 20 % des volailles, 20 % des porcs charcutiers, 25 % des betteraves à sucre et 19 % du tabac du Bas-Rhin. Petite mise au point de Dominique Daul, président du canton de Truchtersheim de la FDSEA : « On a souvent une image idyllique du Kochersberg, avec ses bonnes terres, ses exploitations diversifiées, ses agriculteurs spécialisés. Mais derrière ce tableau se cachent parfois des situations dramatiques, des exploitations en crise conjoncturelle ou structurelle. » Certaines se trouvent dans une situation critique qui compromet leur pérennité. D’où l’importance de la cellule Réagir, mise en place récemment.

« Il existait déjà une cellule, baptisée Agridiff, permettant de venir en aide aux agriculteurs en difficulté lorsqu’une production était ponctuellement en crise, explique Denis Ramspacher, membre de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Mais avec la succession de mauvaises années, ce dispositif a montré ses limites. » Ces derniers temps, de nombreux responsables agricoles ont été contactés par des agriculteurs qui traversent une situation difficile. « C’est pourquoi nous avons décidé de créer la cellule Réagir et de confier sa responsabilité à une personne proche du terrain et des partenaires de l’agriculture. » C’est Pierre-Paul Ritleng qui a été chargé de cette mission. « Pour fonctionner de manière optimale, la cellule Réagir intègre l’ensemble des partenaires de l’agriculteur, la Chambre d'agriculture, la MSA, les centres de comptabilité, les banques et les OPA. »

Des expertises bienvenues

Le dispositif d’accompagnement aux agriculteurs en difficulté Réagir a été mis en place dans les dix départements du Grand Est, précise Pierre Paul Ritleng. « Les revenus sont en chute libre dans les dix départements, même s’il y a des variations d’un département à l’autre. » Selon les estimations, 70 à 75 % des exploitations de la région passeront le cap, 20 % passeront par la cellule Réagir, mais pour 5 % d’entre elles, la solution s’avère plus délicate.

Par ses compétences, la MSA est très impliquée dans ce dispositif, de même que le Centre de fiscalité et de gestion et les autres centres de comptabilité. Les organisations agricoles interviennent ponctuellement pour apporter leur expertise (Comptoir agricole, Armbruster, Alsace Lait, Unicoolait, etc.), ainsi que les banques, les syndicats (FDSEA, JA, Association des viticulteurs d'Alsace). « Le rôle des banques est essentiel », indique Pierre-Paul Ritleng, saluant la présence de Florence Clémenceau, responsable du marché de l’agriculture et de la viticulture à la direction régionale Nord du Crédit Mutuel, et de Katia Ebersold, responsable de ce marché au Crédit Agricole Alsace Vosges.

Détecter les exploitations fragilisées le plus tôt possible

« Notre rôle est d’identifier les exploitations fragilisées le plus tôt possible, de les aider à appréhender l’ensemble des problèmes, à redresser l’équilibre de l’activité. Mais aussi, le cas échéant, d’accompagner, l’agriculteur vers une autre solution socioprofessionnelle réaliste. » Car il ne faut pas se leurrer : « Certaines exploitations ne pourront pas continuer ». Ce travail s’accomplit bien sûr dans une confidentialité absolue.

Dans le Bas-Rhin, les exploitations en difficulté sont signalées par un appel au numéro vert (03 88 19 17 65) ou par un signalement à la MSA ou aux OPA, poursuit Pierre-Paul Ritleng. « L’agriculteur nous donne l’autorisation d’accéder à sa comptabilité. Avec l’aide du comptable, nous établissons un prédiagnostic qui est transmis à la MSA pour avis. Ensuite, nous analysons la situation avec les différents référents et nous prenons une décision. » Plusieurs cas peuvent se présenter : « Soit la solution est simple et rapide et l’exploitation peut sortir du dispositif, soit une adaptation du système est nécessaire, pouvant aller jusqu'à un audit complet de l'exploitation. Fréquemment, une réunion avec l’exploitant et les différents partenaires est organisée pour trouver une solution viable. Quant aux entreprises en difficulté structurelle majeure, elles sont orientées vers la cellule Réagir. »

Mise en place fin octobre, la cellule Réagir recensait 29 dossiers à la mi-décembre. « Mais nous nous attendons à recevoir de nouveaux dossiers lorsque les échéances de fin décembre tomberont et qu’il faudra acheter les intrants pour la nouvelle campagne », indique Pierre-Paul Ritleng. Ils concernent des éleveurs laitiers, des producteurs de viande, des céréaliers, des producteurs de légumes et des viticulteurs. « 4 dossiers peuvent être réglés facilement, 20 nécessitent un audit d’approfondissement et 5 rencontrent des difficultés majeures, et ce depuis plusieurs années, ce qui fait que nous sommes devant un mur. Il faudra approfondir ces dossiers. »

« Les dettes fournisseurs ont explosé »

20 exploitations ont déjà fait l’objet d’un prédiagnostic. « 16 d’entre elles ont un excédent brut d’exploitation (EBE) inférieur aux annuités à long et moyen terme, et toutes ont un EBE inférieur aux dettes fournisseurs et court terme. » Des dettes fournisseurs qui ont littéralement explosé, les agriculteurs s’acquittant prioritairement de leurs dettes auprès de la MSA et des banques. « Certaines situations sont incroyables. Ce qui fait que les banques ne sont pas enclines à accorder un financement. Pour qu’elles acceptent de jouer le jeu, il faut analyser cette dette, voir comment la restructurer. » Bien sûr, il existe des dispositifs pour permettre aux exploitants de souffler, comme l’année blanche que certains ont déjà utilisée par le passé. « Le syndicalisme a demandé la possibilité de cumuler deux années blanches. »

Joseph Behr, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin, en est persuadé, la crise aura encore des répercussions en 2017, d’où l’importance de la cellule Réagir. « Pour la majorité des exploitations, le problème n° 1 est un problème de trésorerie. Nous nous sommes fortement mobilisés pour obtenir des enveloppes financières (fonds d’allégement des charges, remise de cotisations sociales). Nous avons également obtenu un dégrèvement de 30 % de la taxe foncière sur le non-bâti sur les terres et les prés, qui doit profiter à l’exploitant en cas de perte de récolte. » Par ailleurs, en cas d’année blanche, la Région Grand Est prendra en charge le tiers du coût des intérêts normalement à la charge de l’agriculteur.

Katia Ebersold et Florence Clémenceau indiquent que les banques ont mis en place une palette de solutions pour assurer la pérennité de l’exploitation : pause sur les prêts à moyen terme, modulation ou report d’échéances à la fin du prêt dans le cadre de l’année blanche, révision des lignes de crédit, financement de stocks ou d’investissements récents qui auraient été initialement autofinancés, etc. Des solutions qui sont étudiées au cas par cas par des conseillers spécialisés, proches du terrain.

Enseignement agricole

Le CFPPA d’Obernai souffle ses 40 bougies

Vie professionnelle

Publié le 02/01/2017

Créé à l’origine afin d’assurer le stage 200 heures obligatoire pour obtenir les prêts à l’installation des jeunes agriculteurs, le CFPPA d’Obernai s’est progressivement ouvert à d’autres publics, les adultes demandeurs d’emploi, les actifs en reconversion professionnelle, les personnes en situation de handicap, les chefs d’entreprise, les techniciens, et même les détenus. Le centre forme chaque année 130 à 150 stagiaires, les formations pouvant aller du niveau V (BPA) au niveau II (licence professionnelle), auxquels s’ajoutent les stagiaires en formations courtes et en formations qualifiantes. « Nous dispensons 100 000 à 150 000 heures/stagiaires par an », indique Joëlle Clouchoux, qui dirige le CFPPA d’Obernai depuis dix ans.

Le CFPPA, c’est aussi une équipe d’hommes et de femmes (formateurs, personnel administratif), ainsi que de nombreux partenaires (État, Région Grand Est, Chambre d'agriculture d’Alsace, Organisation professionnelle pour l’agriculture biologique en Alsace, Mutualité sociale agricole, CFPPA de Rouffach, Fongecif, Pôle Emploi, Vivea, Fafsea, etc.). Son credo ? « L’accompagnement, l’égalité des chances, les partenariats, l’adaptabilité ». Sa force ? « Nous avons fait face à de nombreux bouleversements et nous avons toujours su rebondir ». Heureusement, car de nouveaux défis attendent le CFPPA, avec l’évolution de la réglementation sur la formation professionnelle continue et l’adaptation aux modalités de fonctionnement de la Région Grand Est.

« Merci pour votre diversité, pour vos projets qui nous enrichissent, s’exclame Joëlle Clouchoux, en s’adressant aux stagiaires, actuels et anciens, présents à cette cérémonie. Merci aux partenaires, aux financeurs, qui permettent aux stagiaires de concrétiser leurs vœux. Merci enfin à toutes les personnes qui contribuent à la réussite de ces formations. » La directrice a eu une petite pensée pour ses prédécesseurs, Claude Holl et Bernard Wentz, qui n’ont pas pu assister à cette cérémonie. « Bien sûr, nous eûmes des orages », rappelle-t-elle, parodiant une chanson de Jacques Brel. Mais l’équipe se caractérise par sa capacité à faire face : « Ces dix dernières années, nous avons surmonté des difficultés financières, des travaux, des mouvements de personnel ».

Faire émerger de nouvelles formations

Le CFPPA d’Obernai a été créé il y a quarante ans sous l’impulsion de Paul Schiellein pour organiser le stage 200 h, rappelle l’actuel président du CFPPA, Laurent Fischer. Depuis lors, il s’est ouvert à une multitude de formations, biodynamie, maraîchage bio, licence professionnelle. « Il faut faire émerger de nouvelles formations dans un monde qui bouge avec les nouvelles technologies. Nous avons des locaux qui permettent d’assurer une formation de qualité. Merci à Paul Schiellein, qui a présidé le CFPPA durant 29 ans, avec deux directeurs emblématiques, Claude Holl et Bernard Wentz. » Laurent Fischer a lui aussi remercié l’équipe du CFPPA « qui a toujours envie d’aller de l’avant », et sa directrice, Joëlle Clouchoux.

« Ancien de Château Salins, mon élection à la présidence du CFPPA a d’abord été très contestée, rappelle Paul Schiellein. Mais j’ai eu la chance d’accompagner l’évolution de cet établissement durant près de trente ans, de suivre la construction des nouveaux locaux. La capacité d’adaptation du CFPPA est incroyable. Il est à la fois accompagnateur et précurseur. Il a formé de nombreux chefs d’exploitation, mais aussi de nombreux cadre de l’agriculture. » Reprenant la métaphore de Joëlle Clouchoux, il ajoute : « Après chaque orage, le ciel est à nouveau devenu bleu ».

 
 
 

Comptoir agricole

Les perspectives d’avenir en débat

Vie professionnelle

Publié le 28/12/2016

Le local a-t-il de l’avenir ? Oui, à certaines conditions, répond Antoine Wuchner, directeur d’Eurépi : « En Alsace, la situation a bien changé, ces dernières années : nos céréales sont en concurrence permanente avec d’autres origines, ukrainienne entre autres. Notre région est devenue la roue de secours des clients néerlandais. » Dans un contexte de prix bas, il faut capter la valeur ajoutée sur place, en Alsace, plutôt que de concurrencer des origines tiers. « Il y a des opportunités à saisir en maïs corné, en waxy, et sans doute en blé meunier, mais cela exigera du professionnalisme, de la part des producteurs comme des collecteurs. » La même équation est vraie pour d’autres filières, comme le houblon, souligne Antoine Wuchner.

Tout comme l’agrochimie, le secteur de la bière vient de vivre une très grosse fusion d’entreprises, celle de SAB Miller et AB Inbev, explique François Loos, président des Brasseurs de France. Pendant ce temps, on assiste à un foisonnement de nouvelles brasseries : on compte 1 000 brasseries en France, contre 750 il y a trois ans. « Ce sont des entreprises durables », précise-t-il. La bière est un secteur innovant, et pas seulement pour des raisons culturelles. Sous la pression de la grande distribution, les grandes brasseries sont obligées de créer des produits innovants pour conserver leur marge. Pendant ce temps, les petites brasseries lancent de nouvelles marques et des systèmes de distribution intéressants : commande par internet, livraison à la maison. « Tout est en place pour une croissance durable », estime François Loos.

Des opportunités à saisir

Ce n’est pas neutre pour l’agriculture : la France est leader mondial pour la production d’orge de brasserie et l’exportation de malt, mais la production d’orge bio est insuffisante pour satisfaire la demande. « Il y a des opportunités à saisir. » Autre réflexion à mener, la multiplicité des bières passe par la diversité des houblons. « Les brasseurs sont à la recherche de nouvelles variétés. » Le dynamisme du marché est une réalité, au niveau national et international.

Et la Pac, dans tout cela ? En instaurant les aides uniques à l’hectare et en démantelant les outils de régulation, la Pac a introduit la volatilité des prix sur le marché européen, estime Bruno Colin, président de l’union Cloé. « La Pac 2020 devra faire la part belle à la régulation, à la ruralité, à l’emploi. » Le système assurantiel est un bon outil pour maintenir le revenu des agriculteurs, mais il faut abaisser le taux de franchise à 15 % pour qu’il soit efficace. Bruno Colin suggère d’introduire de la flexibilité dans les aides directes : « Durant les bonnes années, nous en avons moins besoin. Inversement, elles devraient être plus importantes dans les mauvaises années. » Mais le risque est que le budget agricole soit revu à la baisse…

« Arrêtez de fustiger le monopole de l’endive »

L’Union européenne a opté pour la gestion libérale des marchés, introduisant ainsi la volatilité des cours, souligne Lucien Bourgeois. Cela fait pourtant 300 ans qu’on sait que l’insuffisance ou l’excès de l’offre de produits agricoles produisent des variations de prix beaucoup plus importantes que les variations de volumes constatés. C’est un statisticien anglais, Grégory King, qui l’a mis en évidence… Pendant ce temps, les Américains ont mis au point un système d’assurance privé dans lequel l’État met des fonds. « C’est plus facile de placer des assurances dans ces conditions. »

Dans un système libéral, les États ne peuvent pas intervenir dans la gestion des marchés. Du coup, de méga-entreprises se forment et imposent leur loi - et leurs prix -, comme dans le secteur de la distribution ou de l’agrochimie. Mais alors, il faut accepter que l’agriculture s’organise, elle aussi, et laisser faire les interprofessions. Pour Lucien Bourgeois, il est aberrant de vouloir condamner le « cartel de l’endive » et d’être incapable de lutter contre le monopole de la grande distribution…

Marc Moser, président du groupe Comptoir agricole, estime lui aussi qu’il faut donner la priorité aux débouchés locaux. « Le houblon est un exemple réussi de retour aux marchés locaux. La diversité des productions que nous accompagnons est la meilleure garantie que nous pouvons apporter à nos adhérents pour assurer l’avenir. »

Comptoir agricole

« Il est vital de garder une politique agricole commune »

Vie professionnelle

Publié le 26/12/2016

Que se passe-t-il au niveau de l’économie mondiale ? « Des événements inquiétants et des opportunités à saisir », affirme Lucien Bourgeois. Il commence par les bonnes nouvelles : le prix bas du pétrole, la dépréciation de la parité euro-dollar au profit du dollar, la croissance plus forte, le CAC 40 à 4 800 points, l’inflation relativement maîtrisée, la politique monétaire accommodante qui favorise les taux d’intérêt bas. Mais il y a aussi des « éléments traumatisants » : la stagnation des échanges mondiaux, le ralentissement de la croissance chinoise, les incertitudes liées à l’élection de Donald Trump. « On nous a chanté les mérites du marché mondial mais on se pose des questions sur la stratégie américaine. » Sans oublier des bouleversements politiques induits par l’embargo russe, le Brexit et l’incapacité de l’Europe à réagir face au conflit syrien et à l’afflux de réfugiés.

« L’épicentre de ce phénomène climatique est en France »

Lucien Bourgeois a évoqué « la triple peine » que subissent les producteurs de céréales français. « Nous nous pensions à l’abri des grands événements climatiques qui ravagent certains continents à intervalles réguliers. Mais c’est arrivé ! » Au final, ce sont 13 millions de tonnes de blé qui manquent à la France, soit la plus grande partie du déficit européen qui s’élève à 17 millions de tonnes (Mt). « L’épicentre de ce phénomène climatique est clairement en France. » L’environnement international est totalement différent : la production mondiale dépasse les 2 milliards de tonnes, un record historique. Les stocks mondiaux s’élèvent à 498 Mt. « Cela correspond à une fois et demie les échanges sur le marché mondial et cela explique l’évolution des cours. »

Le maïs devient la première céréale au monde, avec plus de la moitié de la production mondiale. « Il s’en est produit 1 042 Mt, un autre record historique », annonce Lucien Bourgeois. L’enjeu énergétique n’est pas étranger à cette ascension : « Le grand changement s’est produit après l’attaque des Twin Towers, le 11 septembre 2001. » Les États-Unis, voulant renforcer leur indépendance énergétique, ont soutenu massivement la production de biocarburants. Désormais, 35 % de la production américaine de maïs et 13 % de la production mondiale sont consacrés à l’éthanol. « L’irruption des agrocarburants a provoqué une tension sur les prix qui a entraîné une augmentation de la production de céréales. »

Pour l’économiste, l’un des problèmes majeurs est la grande instabilité des prix des produits agricoles. Considérés comme des matières premières, leur cotation est étroitement liée au cours du pétrole. « Les hommes politiques devraient s’interroger sur cette corrélation. » « L’irrationalité du marché des matières premières agricoles a un rôle sur l’alimentation. L’insécurité risque de produire un mouvement massif de migrants », prévient Lucien Bourgeois.

« Nous avons su maintenir les dépenses agricoles »

La France fait partie des pays contributeurs nets de l’Union européenne. Premier pays agricole, elle est logiquement le premier bénéficiaire des retours agricoles. La valeur ajoutée nette de la ferme France s’élève à 14,6 milliards d’euros (Md€), les aides directes et les subventions atteignant 9,50 Md€. « La Pac a des défauts, mais la politique agricole américaine est encore pire. Nous avons réussi à traverser la crise de 2008 dans de meilleures conditions que les Américains qui ont vu leurs dépenses agricoles exploser, de même d’ailleurs que les Chinois. » Pour Lucien Bourgeois, il est vital de garder une politique agricole commune à l’avenir. « L’Union européenne a reconquis son marché intérieur et maintenu sa part des exportations. Nous sommes spécialisés dans les produits transformés et résistons parfaitement bien, alors que les États-Unis, spécialisés dans l’exportation de matières premières agricoles, sont passés de 17 à 10 Md€ de 1980 à 2014. Nous n’avons pas augmenté le budget agricole, ce qui n’est pas le cas ailleurs. »

Maison Feyel Artzner à Schiltigheim

Pas de pénurie de foie gras !

Pratique

Publié le 23/12/2016

Indétrônable des tables de réveillon des Français, le foie gras a pourtant failli manquer à l’appel, cette année. La crise sanitaire provoquée par l’influenza aviaire fin 2015 a poussé les pouvoirs publics à mettre en place un plan d’assainissement qui a conduit, à compter du 18 janvier 2016, à l’arrêt de mise en élevage de volailles dans la zone de restriction jusqu’au 18 mai. Environ 4 000 élevages de 18 départements du Sud Ouest étaient concernés par cette mesure qui s’accompagnait de l’arrêt total des abattages pendant quatre mois. Avec pour conséquence la perte de 25 % de la production de palmipèdes gras.

Du fait de cette crise sanitaire, la production mondiale de foie gras a connu en 2015 une baisse de 700 tonnes, pour atteindre 25 600 t. « La France a enregistré une baisse beaucoup plus importante, de l’ordre de 4 750 t », explique Nicolas Schwebel, PDG de la maison Feyel Artzner à Strasbourg. Mais d’autres pays européens, comme la Bulgarie et la Hongrie, ont augmenté leur production, ce qui a partiellement comblé le déficit.

Une production française en net recul

La filière avicole n’est pas sortie de l’auberge pour autant, puisqu’une nouvelle épidémie s’est déclarée récemment : 27 foyers de H5N8, un virus hautement pathogène, ont été confirmés dans les élevages et quatre cas dans la faune sauvage. Par ailleurs, la mise en œuvre de mesures de biosécurité suite à la crise sanitaire de l’an dernier a conduit la filière française à investir et à ralentir sa production, du fait notamment du passage en bandes uniques. « La productivité de la filière française de palmipèdes gras a diminué de 25 % en 2016 », indique Nicolas Schwebel, se basant sur les chiffres de l’interprofession (Cifog). Cette situation a bien entendu provoqué un renchérissement du foie gras frais, que les transformateurs ont dû répercuter sur le prix final de leur produit. Pour autant, le foie gras restera un produit accessible : « La tranche de foie gras (40 g) n’augmentera que de 20 à 40 cts », indique Nicolas Schwebel. Soit une augmentation de 10 à 15 %.

Par contre, les exportations françaises ont été fortement pénalisées par cette baisse de la production. Car si les ventes sont restées stables dans la grande distribution, le marché export est en net recul, du fait notamment de la fermeture du marché japonais : - 27 % pour le foie gras cru, - 15 % pour le foie gras transformé. Pour la première fois depuis très longtemps, la balance commerciale du foie gras est dans le rouge : elle passe de 15,9 millions d’euros en 2015 à - 2,80 M€ au premier semestre 2016.

Surfer sur la vague des apéritifs dînatoires

Malgré cette pénurie, Nicolas Schwebel se veut rassurant : il y aura du foie gras dans les rayons. « La priorité de la maison Feyel Artzner est d’approvisionner les tables de réveillon. Mais nous avons dû faire des choix, en privilégiant les produits à fort savoir-faire et à marque. » Une certaine incertitude règne toutefois à l’approche des fêtes de fin d’année : « Les achats sont de plus en plus tardifs, d’autant que la configuration calendaire n’incite pas les consommateurs à anticiper leurs emplettes », explique Patricia Houdebert, directrice marketing et communication.

De belles surprises ont été préparées à leur attention. Feyel propose un foie gras de canard en torchon à l’orange et au Grand Marnier, dans lequel le caractère prononcé du foie gras de canard se mélange aux notes fruitées de la liqueur pour une belle aventure des papilles. Et pour multiplier les occasions de déguster du foie gras, Artzner lance la gamme « Les Apérissimes », des tranches de mousse de foie de canard préparée avec 50 % de foie gras et agrémentée de poivre de Sichuan ou d’orange fraîche pour des apéritifs exotiques et raffinés.

De son côté, Artzner remet au goût du jour une recette ancienne, la terrine en porcelaine de foie gras d’oie. Un écrin digne d’un produit d’exception ! Par ailleurs, le chef de la maison Artzner revisite un grand classique, le foie gras en croûte, inspiré de la célèbre recette du pâté de foie gras à la Contades. Bref, de belles idées à savourer !

Comptoir agricole

Un exercice 2015-2016 à l’équilibre

Vie professionnelle

Publié le 21/12/2016

« Tout le monde se souvient de la campagne 2015 », souligne Marc Moser, président du Comptoir agricole, lors de la dernière assemblée de section, le mardi 6 décembre au restaurant Windhof à Burbach. La récolte de céréales à paille est abondante, cette année-là. « Nous n’avons jamais collecté autant de blé », rappelle-t-il. La situation se complique dès le mois de mai avec l’excès de chaleur qui fait fondre les rendements du maïs.

Avec un rendement moyen de 80 q/ha en 2015 et des surfaces en progression de 11,5 % (à 30 766 hectares), la collecte de blé est en hausse de 23,5 %, précise Denis Fend, directeur général du Comptoir agricole. « Nous avions quelques inquiétudes au printemps, mais la qualité technologique (poids spécifique et temps de chute Hagberg) des blés était satisfaisante, la teneur en protéines honorable (autour de 11 %). Compte tenu de la dilution qu’aurait pu provoquer l’augmentation des rendements, nous nous en sommes bien tirés. » La qualité sanitaire est elle aussi au rendez-vous, les mycotoxines brillant par leur absence.

Pour le maïs grain, le scénario est totalement différent. Il fait chaud dès le semis, ce qui contrarie la floraison et la fécondation. « Au final, le rendement moyen s’établit à 92 q/ha au niveau de la coopérative, contre 111 q/ha en 2014. C’est le pire rendement depuis 2003 », souligne Denis Fend. Cette contre-performance se conjuguant à une baisse des surfaces de 7,5 % (à 69 205 ha), la collecte de maïs est en chute de 23,3 %. De ce fait, la collecte totale de la coopérative passe de 572 000 à 495 000 tonnes, en recul de 13, 5 %.

Ventes de céréales en hausse

Malgré cela, le chiffre d’affaires du Comptoir agricole ne baisse que de 2,2 %, passant de 183 à 179 millions d’euros (M€). Les céréales constituent le poste le plus important : avec près de 89 M€, il est en légère progression. 40 % du chiffre d’affaires de la coopérative proviennent de l’ancienne collecte, enchaîne le directeur financier, Marc Belleil. « Nous avons vendu légèrement plus de céréales que durant l’exercice précédent. » Ainsi, 495 000 t de céréales sont collectées durant la campagne 2015-2016, contre 574 000 t l’année précédente, mais 518 000 t sont vendues. Le taux d’humidité du maïs, en revanche, est nettement plus faible (27,7 % en moyenne contre 30,9 %). « Nous avons beaucoup moins séché de maïs », explique Denis Fend. Du coup, le poste prestations est en forte baisse : il passe de 16 à 10,70 M€.

La production de maïs semences contribue pour 4,10 M€ à ce chiffre d’affaires, en nette progression par rapport à l’année précédente. « Nous avons commercialisé 1 600 t de semences, contre 950 t l’année précédente, explique le directeur financier, Marc Belleil. Mais la météo a impacté les rendements, nettement inférieurs aux prévisions. » Le houblon représente 4,80 M€. Les tonnages vendus sont en léger recul, mais le chiffre d’affaires est en nette progression du fait d’une meilleure rémunération. L’activité pommes de terre génère un chiffre d’affaires de 2 M€. 3 700 t sont commercialisées en 2016, contre 4 300 t en 2015. « Les rendements faibles ont été compensés par une meilleure valorisation. » Le poste alimentation animale s’élève à 22,80 M€, celui des agrofournitures à 45,60 M€.

Recul des ventes d’engrais

L’exercice 2015-2016 est difficile pour les ventes d’agrofournitures, qui sont en recul de 2,2 %, explique Dany Muller, responsable de ce secteur. Des trésoreries d’exploitation sous pression et une baisse des surfaces de maïs expliquent en grande partie cette évolution. Le chiffre d’affaires « engrais » baisse de 8 %, à 19,40 M€. « Nous en avons vendu 67 000 t, contre 75 000 t en moyenne. » Dany Muller annonce une baisse notable des prix pour la nouvelle campagne. « Des investissements importants ayant été consentis dans les unités de production d’urée et de solutions azotées, les volumes ne devraient plus être déficitaires. »

À 19 M€, les ventes de produits phytosanitaires connaissent une relative stabilité. « Les négociations avec nos fournisseurs nous ont permis de juguler les hausses de tarifs. » Là aussi, la forte tension sur les trésoreries entraîne un recul de la protection insecticide, que ce soit contre la chrysomèle ou la pyrale. « De ce fait, on constate une croissance importante de la population de chrysomèles. » Dany Muller conseille de profiter des offres d’hiver particulièrement intéressantes proposées par la coopérative en matière de produits phytosanitaires.

Les ventes de semences sont stables, à 11,10 M€. La baisse des semences de maïs est compensée par l’augmentation de celles de blé, de colza, de soja et de tournesol. Par contre, les ventes de Cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) sont en baisse, du fait de la sécheresse qui a régné après la récolte de céréales à paille. Concernant le maïs, Dany Muller relève une hausse des ventes de variétés de maïs tardives, du fait des ressemis, un maintien des variétés cornées destinées à la semoulerie et une ouverture du marché waxy, en raison des primes intéressantes sur les variétés tardives. « Pour le maïs ensilage, il est possible d’acheter des hybrides à des prix plus intéressants que d’autres variétés classiques. »

Investissements en baisse

Le rapport financier, présenté par Marc Belleil, montre que les investissements sont en net recul : ils se cantonnent à 1,90 M€, alors qu’ils s’élevaient à 13,50 M€ l’exercice précédent. « Ces trois dernières années, nous avons massivement investi dans le silo de Lauterbourg et l’unité de traitement de semences de Marlenheim. Nous revenons sur des tendances plus classiques. »

Les frais de personnel sont en légère augmentation du fait d’un recours plus important aux saisonniers pour le traitement des semences de maïs. L’effectif total s’élève à 176 salariés permanents. Le résultat financier est positif, du fait de reprises de provisions, mais le résultat exceptionnel est négatif du fait de la dotation aux provisions de 1 M€ de la SCI Synergie (abattoir de Holtzheim).

Le résultat net chute de 2,20 M€ à 60 000 € pour l’exercice 2015-2016. « C’est le plus faible résultat du Comptoir agricole depuis sa création. C’est le reflet d’une activité morose, d’une collecte très faible et d’un événement exceptionnel, la faillite du groupe Copvial. »

Au bilan, le niveau des stocks est relativement élevé, ce qui est une bonne nouvelle pour l’exercice 2016-2017. « Ces stocks élevés vont profiter au chiffre d’affaires du nouvel exercice », explique Marc Belleil. À 107 000 €, les capitaux propres sont en légère diminution du fait de la redistribution d’une partie du bénéfice de l’exercice 2014-2015.

« 60 000 € de résultat net pour 183 M€ de chiffre d’affaires, cela peut paraître peu, souligne Marc Moser. Nous avons fait le maximum pour soutenir les trésoreries des exploitations, qui sont sous tension pour la troisième année consécutive. Nous avons versé des compléments de prix sur les livraisons de céréales au mois d’août et consenti des ristournes en « appro ». Malgré tout, l’exercice est à l’équilibre. De plus, les projets que nous avons réalisés les années précédentes pour augmenter nos capacités de séchage et de stockage nous permettent d’affronter l’avenir sans gros investissements. Et heureusement ! »

 

Le prélèvement à la source, en agriculture aussi

Pratique

Publié le 16/12/2016

Le dispositif Macron, qui introduit une déduction exceptionnelle en faveur de l’investissement, communément appelée « suramortissement », est prorogé, annonce Rémy Uffler, directeur adjoint de l’AGC-CFG 67. Les biens immobiliers (bâtiments de stockage et d’élevage, mais aussi matériel de transport, de stockage et de magasinage), sont exclus de ce dispositif, précise-t-il. Toutefois, les matériels roulants concourant à la réalisation d’une activité de production ou de transformation sont éligibles, ce qui inclut les tracteurs, les moissonneuses-batteuses, les ensileuses, les outils de travail du sol et de semis, ainsi que les pulvérisateurs et épandeurs. De même, les cuves de vinification, les pressoirs, les robots de traite et les matériels de serre horticole sont éligibles.

L’autre nouveauté est le remplacement du forfait collectif agricole par le micro-bénéfice agricole (micro-BA). « Ce régime est applicable de plein droit lorsque la moyenne des recettes mesurées sur trois années consécutives n’excède pas la limite de 82 200 € hors taxes pour l’année 2016. » Il s’applique aussi aux exploitants au réel dont la moyenne de recettes redevient inférieure à cette limite. « Une entreprise au réel en 2015, dont le chiffre d’affaires moyen sur trois ans est inférieur à 82 200 €, passera d’office au micro-BA », précise Rémy Uffler.

Les sociétés créées après 1997 sont exclues de ce régime, les Gaec constituant l’exception à la règle. Par contre, les entreprises du monde du cheval, écartées du forfait agricole, pourraient également bénéficier de ce régime d’après les discussions parlementaires en cours. Le nouveau « micro-BA » est équivalent à 13 % de la moyenne des chiffres d’affaires de l’année en cours et des deux années précédentes, c’est-à-dire que 87 % de cette base représentent les frais de l’exploitation.

Un mode de calcul transitoire est prévu, le régime de croisière de ce nouveau dispositif devant être atteint en 2018, indique Rémy Uffler. Attention, l’administration impose aux agriculteurs concernés, sur conseil de leur comptable, de se positionner avant le 31 décembre 2016, mais la parution tardive des textes ne leur facilite pas la tâche !

La TVA sur l’essence progressivement récupérable

Le projet de loi de finances 2017 apporte, comme chaque année, son lot de nouveautés. À commencer par un relèvement des tranches du barème de 0,1 % pour l’imposition des revenus de 2015. Il instaure une réduction de l’impôt de 20 % pour les petits contribuables et généralise le crédit d’impôt « services à la personne » : ainsi un retraité pourrait bénéficier d’un crédit remboursable suite à l’emploi d’un salarié à domicile. Par ailleurs, il proroge le crédit d’impôt pour la transition énergétique, ainsi que les dispositifs de défiscalisation immobilière Pinel (logements en zones sensibles) et Censi-Bouvard (résidences pour étudiants et seniors).

Autres bonnes nouvelles, les agriculteurs pourront récupérer progressivement la TVA sur l’essence, comme ils le faisaient jusqu’à présent pour le fioul et gazole. Le taux de l’impôt sur les sociétés est progressivement réduit pour arriver à 28 % en 2020. Par ailleurs, le taux du CICE (crédit d’impôt calculé sur les salaires payés) passera de 6 à 7 % pour les salaires de 2017. Des dispositions sont également prévues pour favoriser les véhicules non polluants, qu’ils soient électriques ou hybrides.

Un changement d’envergure

Un changement d’envergure se profile à l’horizon : le gouvernement a annoncé la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu à compter de 2018. Une mesure déjà appliquée dans de nombreux pays. L’objectif est de supprimer le décalage entre la perception des revenus et le paiement de l’impôt correspondant. Ce prélèvement à la source s’applique aux salaires, aux revenus des indépendants, et donc aux agriculteurs, ainsi qu’aux revenus fonciers. Les revenus des capitaux mobiliers et les plus-values immobilières ayant déjà un système de recouvrement particulier, sont exclus du champ d’application

Ce prélèvement à la source sera effectué par un collecteur (employeur, caisse de retraite, pôle emploi), à charge pour lui de le reverser à l’administration fiscale. Cependant, les agriculteurs, de même que les commerçants ou les professionnels libéraux, devront s’acquitter directement de cet impôt par paiements trimestriels.

« Le taux du prélèvement à la source sera communiqué par l’administration au collecteur. Il sera modulable si un changement important de situation intervient en cours d’année », explique Rémy Uffler. Un agriculteur devra donc payer des acomptes trimestriels sur ses revenus de 2016 en 2017 ; en 2018, il paiera des acomptes pour l’impôt sur ses revenus de 2018 qu’il pourra plus facilement moduler s’il pressent une baisse de revenus cette année-là. Il devra ensuite faire une déclaration des revenus 2018 en mai 2019, afin de calculer l’impôt définitif. Et, en tant qu’employeur, il devra s’acquitter d’acomptes mensuels qui seront imputés au salarié sur sa fiche de paie. « L’année 2017, dite année blanche, sera dans le collimateur de Bercy, car les revenus exceptionnels seront inexorablement taxés », poursuit Rémy Uffler. Toutefois, ce nouveau « prélèvement à la source » devra résister à l’épreuve des élections présidentielles du printemps prochain, certains candidats y étant hostiles.

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