Vigne

Publié le 14/12/2019

À Hunawihr, le domaine François Schwach profite de la fête de Noël pour animer son caveau de façon minimaliste, mais pertinente.

Quatre fois en décembre, le mardi en début d’après-midi et le jeudi en fin de matinée, le domaine François Schwach organise le « temps de la gourmandise ». Son concept est des plus simples. Ludovic Hypolite, le responsable commercial, guide un tour de cave en cinq étapes et quelque quarante minutes. De retour au caveau où un sapin expose ses boules rouges et ses guirlandes argentées, les participants s’attablent pour déguster des bredeles de Noël accompagnés d’un vendanges tardives. « Des collègues jouent sur la décoration et théâtralisent la chose. Il faut en avoir l’envie et le temps. Je préfère me concentrer sur l’échange avec les personnes », affirme Ludovic. La dégustation peut prendre une demi-heure, mais aussi jusqu’à deux heures, selon l’intérêt manifesté. Pour simplifier la gestion du moment, aucune réservation n’est demandée. « La visite est effective dès l’arrivée d’une seule personne. Au plus, il y en a eu huit et au total une trentaine de personnes sur toutes les dates proposées en 2018. » Le choix a été fait de faire payer 7 €/tête à l’issue du passage au caveau. « Mobiliser un salarié représente un coût. Les participants sont bien souvent des étrangers. Mettre un prix ne dérange pas. C’est une activité où, comme pour aller au musée, on paye son billet d’entrée », justifie Ludovic. Le positionnement des dates en semaine et en journée, hors congés scolaires, interpelle. « Les vacances correspondent à un pic de passage au caveau qui nous interdit de nous consacrer à ce type d’accueil. Nous ciblons les gens qui séjournent à proximité, qui veulent s’éloigner de la foule, prendre leur temps, qui recherchent autre chose que de fréquenter un marché de Noël. Cette clientèle existe. Elle souhaite connaître les coulisses du travail du viticulteur, échanger sur la dégustation au chaud, installée au caveau », explique Ludovic qui s’est forgé sa conviction lors d’une précédente expérience dans l’hôtellerie. Cet après-midi, Jean-Claude et Monique confirment cette impression à leur manière. Ils habitent le Sundgau. Devant une assiette de bredeles au beurre, aux noisettes et au miel-café, Jean-Claude confie que, comme Ludovic, il apprécie « les vins avec de la minéralité », à l’image du riesling Muehlforst 2015 qu’il a dans son verre. Il délaisse volontairement le pinot blanc mais est un peu marri d’apprendre que le muscat médaillé 2015 qu’il demande est épuisé. « Je vous verse du 2018. Il est un peu plus frais en bouche, plus sec », enchaîne Ludovic. Il sert enfin au couple un gewurztraminer vendanges tardives Kaefferkopf 2008 à 30 € la bouteille. Jean-Claude et Monique rivalisent d’adjectifs élogieux pour qualifier le nectar. Il n’était pas dans leur intention de départ d’en acheter. Mais ils en prendront une bouteille. Un panier moyen de 135 € La plus modeste des dégustations prévoit cinq vins, dont deux crémants, la spécialité de la maison qui en a cinq sur sa carte. « Deux des trois vins restants sont fonction du goût des participants. Mais dépasser cinq vins n’est pas un problème. Tous sont disponibles. Il y a tout le temps des bouteilles ouvertes. Je propose des vins de cépage aux non connaisseurs, les vins de terroir aux amateurs. Je les sers le plus souvent au bar car il induit plus de proximité entre les clients et moi », précise Ludovic. Il laisse toujours la personne qui déguste se faire son propre avis sur le nez, le palais du vin servi. Il intervient ensuite pour le raccrocher souvent à la géologie qui est à l’origine de sa naissance. 95 % des gens ayant participé à la visite et à la dégustation repartent avec des bouteilles, immanquablement choisies parmi celles ayant été dégustées. À Noël, le domaine réalise 30 % de ses ventes par expédition et 15 % de son chiffre d’affaires au caveau. La cuvée particulière de gewurztraminer à 13 € et le crémant blanc de blancs à 8,50 € constituent les meilleures ventes. Le prix moyen à la bouteille s’affiche à 11 € à Noël contre 10,40 € en août. Le panier moyen s’élève à 135 €, 15 € de plus qu’en août. L’an prochain, l’opération ne se contentera plus seulement de figurer dans le calendrier imprimé de l’office de tourisme de Ribeauvillé et diffusé sur les réseaux sociaux. Ludovic l’annoncera en 2020 sur les dépliants du domaine distribués aux hôteliers de la région colmarienne qui achètent ses vins. L’offre sera complétée par le « moment d’exception » que doit constituer un accord mets/vins avec foie gras et caviar à 59 €/personne. Début janvier, le « temps de la gourmandise » se transforme en « petite année », en référence à la période des douze jours qui suivent Noël. Le scénario est le même, sauf que les bredeles sont remplacés par une galette des rois.

Cave du Roi Dagobert à Traenheim

Trebogad, « la nature se déguste en ville »

Publié le 12/12/2019

Après le pinot gris Trebogad, la gamme de vin naturel de la Cave du Roi Dagobert s’étoffe avec du gewurztraminer et du riesling. La cave cible le public strasbourgeois avec un plan d’attaque sur les réseaux sociaux qui allie subtilement les valeurs urbaines et rurales sur des notes résolument contemporaines.

Après un premier tir d’essai de pinot gris nature en 2017, c’est-à-dire bio, sans soufre et sans intrants œnologiques, avec sa cuvée Trebogad, la Cave du Roi Dagobert à Traenheim propose deux nouvelles versions de sa cuvée naturelle en riesling et gewurztraminer. Le lancement officiel avait lieu jeudi dernier dans un bar branché du quartier Austerlitz à Strasbourg. Car Trebogad ambitionne de devenir le vin identitaire des Strasbourgeois. L’équipe de la Cave du Roi Dagobert en association avec l’agence de communication Auguste & Louise a mûri « un plan com' » très élaboré « pour faire vivre Trebogad sur les réseaux sociaux strasbourgeois », via Instagram, Facebook, Pinterest…. À l’envers comme à l’endroit, à la ville comme à la campagne, mi-roi Dagobert, mi-rockeur Tregobad, l’idée c’est de faire déguster « la nature en ville », explique Amandine Maglott, community manager de l’agence. 500 abonnés Instagram Deux mois à peine après son lancement sur les réseaux sociaux, Trebogad enregistre 500 abonnés sur Instagram. Objectif avoué des communicants : « générer du trafic, créer un mouvement de groupe » par des citations régulières où les Strasbourgeois, régulièrement interpellés, pourront s’identifier à Trebogad. Avec des messages « très portés lifestyle, ou des accords culinaires », explique Mélanie Bour, community manager. « On lance des punchline, on tutoie la cible, on est au plus proche d’elle, on est à proximité… » Si l’agence Auguste & Louise n’a pas encore mis les deux pieds dans l’univers vigneron, elle n’en est néanmoins pas à son premier projet pour « accompagner des marques ou des services adossés aux marques d’entreprises. Afin de pérenniser la notoriété, améliorer la visibilité, renforcer un déficit d’influence dans une région », explique Mélanie Bour. « Typiquement, nous faisons connaître les marques alsaciennes à Paris ou ailleurs. » Le renouveau des vins du Roi Dagobert ? Mais l’univers du vin est un monde spécifique avec ses codes et sa propre législation, reconnaît Carole Ziegler, directrice de production. Tout le travail de Yann Bouchardy, concepteur graphique, et d’Ayoub Redjem, motion designer, a donc consisté à donner à Trebogad « une image nouvelle dans un style urbain contemporain ». Tout en alliant l’histoire de la Cave du Roi Dagobert à celle de Trebogad. D’où une charte graphique très structurée, urbaine sur un ton décalé. Les cuvées Trebogad marquent-elles le renouveau des vins de la cave du Roi Dagobert ? Pour l’instant, seuls quelques milliers de bouteilles sont disponibles, indique Lilian Andriuzzi, l’œnologue de la cave. S’il reste attaché à présenter une gamme relativement classique, il ne fait pas mystère de son ouverture pour ces vins naturels aux goûts peut-être déroutants pour des œnologues conventionnels : le gewurztraminer, notamment, s’inscrit résolument dans une tendance oxydative telle qu’on la rencontre chez son proche cousin ampélographique jurassien, le savagnin, où l’oxydation fait ressortir toutes les morphologies minérales en bouche.

Publié le 09/12/2019

À Rosheim, le trio que forment Christine Affolter avec Yves, son mari, et Émilien, son fils, base le développement de ses ventes sur les vins de cépage.

L’histoire de Christine est celle d’une vocation contrariée. Elle se destinait au métier d’infirmière. Son mariage avec Yves Affolter va lui faire complètement revoir son plan de carrière. Les parents d’Yves possèdent un hectare de vigne. Ils le vinifient et servent leurs propres vins dans leur restaurant. Christine découvre ainsi la vigne et s’y essaye. Elle y prend goût et suit, à l’époque, une formation viti-oeno de trois ans au CFPPA d’Obernai. Elle s’installe en 1994. « Le chef d’exploitation, c’est elle », insiste Yves, qui finit par la rejoindre en tant que salarié une fois que la surface est suffisante. « Je ne regrette rien. Je m’épanouis au contact des gens », complète Christine. Il faut dire qu’elle exige d’entrée de ne pas juste se contenter de « livrer du raisin à un acheteur ». Les premières années, elle gère de concert la constitution d’une clientèle de particuliers et le développement de la surface par achat, location et plantation de trois hectares au total, essentiellement du pinot gris, mais aussi du riesling, du pinot noir, de l’auxerrois et du muscat. En 2015 enfin, le domaine déménage de quelques dizaines de mètres dans une maison dont la cave lui offre davantage d’espace. La HVE prévue pour 2020 Christine conduit son vignoble de manière classique. Un rang sur deux est naturellement enherbé. Il pourrait être alterné dans les années à venir. Un outil combiné passe dans le rang travaillé pour tout à la fois griffer, décompacter le sol et couper les racines de la végétation à quinze centimètres de profondeur. Le cavaillon est encore désherbé avec un passage de glyphosate par an, mais Émilien, présent à mi-temps sur le domaine, se verrait bien utiliser bientôt des disques émotteurs associés à des étoiles Kress. Il a commencé à revoir la taille en 2019 après s’être formé à la technique Poussard en 2018. Christine s’y convertit aussi. En végétation, elle positionne encore un systémique à la floraison. En 2020, elle compte obtenir la certification HVE avec l’appui d’un de ses acheteurs de raisin. Le bio est-il une option ? « Pourquoi pas, c’est dans ma mentalité ! », lance Émilien qui compte s’installer à moyen terme. Deux prestataires interviennent pour le prétaillage et l’effeuillage côté est. Une demande de vins plus légers Le domaine ne revendique pas son lieu-dit Westerberg pour ne pas brider son rendement. Il vendange neuf de ses dix hectares à la main. Les 70 à 75 hl/ha sont de règle. Christine effectue des macérations de cinq à six heures pour son gewurztraminer, son pinot gris et son muscat. « Cela fait dix ans que je pratique ainsi. Je veux rester sur le cépage, privilégier des vins qui sont sur le fruit », commente-t-elle. À la sortie du pressoir elle sulfite légèrement les jus, les laisse débourber vingt-quatre heures, ne les enzyme pas, mais les levure pour les faire fermenter à 19-20°. Sur l’avis d’Émilien, elle a ajouté en 2018 un blanc de noir tranquille à 6,60 € sur sa carte. « La clientèle demande de nouveau des vins plus légers, plus secs », remarque-t-elle, même si des cépages comme l’auxerrois, le pinot gris et le gewurztraminer sont en tête des ventes. « Le sylvaner a ses acheteurs. Certains pieds doivent bientôt être centenaires. Mais sa proportion dans l’encépagement est encore forte. L’objectif est de le diminuer progressivement à 80 ares », analyse pour sa part Yves. Une clientèle fidèle Le caveau est la plaque tournante commerciale du domaine. Le défilé de personnes peut y être quasi ininterrompu. Christine s’est créé une clientèle de particuliers en partant de zéro. En 1994, elle participe au marché nocturne organisé deux fois par an par les professionnels du canton de Rosheim. Elle en est toujours une habituée même s’il ne se tient plus qu’une fois par an. « Le bouche-à-oreille est depuis toujours le meilleur vecteur de communication. C’est long. Mais la clientèle est plus fidèle. » Christine ne s’inscrit à aucun salon, mais monte son stand trois jours durant sur deux marchés de Noël, l’un en Picardie depuis plus de dix ans et l’autre en Normandie, pour la première fois cette année. Yves l’accompagne. Les commandes de Noël qui arrivent de plus en plus fréquemment par courriels sont expédiées par transporteurs. « On ne sait jamais à l’avance ce qui va mieux se vendre. Nous emmenons donc de tout et expédions en cas de rupture », indique Christine. D’ici quelques années, Émilien prévoit d’accentuer l’effort commercial en France et à l’export afin d’augmenter la part de la bouteille. Avant cela, le domaine prévoit de rapatrier ses cuves en inox, bois et fibre sur son site actuel. Le contexte viticole actuel n’angoisse pas trop Émilien. « Je reste confiant. J’aime ce que je fais. Il y a toujours eu des hauts et des bas. Le tout est de surmonter les bas. »

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