Vigne

Concours européen des jeunes professionnels du vin

Des vins au féminin

Publié le 22/02/2018

Deux étudiantes en BTSA Viticulture-Œnologie, Thérésa Moran et Mathilde Wisselmann, ont été sélectionnées pour participer à la 20e session du Concours européen des jeunes professionnels du vin, qui se déroulera dans le cadre du Salon international de l’agriculture à Paris en mars prochain.

Thérésa Moran et Mathilde Wisselmann font partie des 45 jeunes sélectionnés au niveau national, après la présélection qui a eu lieu en décembre dernier à Colmar. Au cours de la finale parisienne, trois épreuves départageront les candidats : caractérisation sur cinq échantillons, notation sur quatre échantillons et dégustation commentée réservée aux trois meilleurs Français et aux trois meilleurs Européens à l’issue des deux premières épreuves. Enfin, une épreuve facultative de communication permettra de récolter des points au-dessus de la moyenne. Une passion tardive, mais tenace Formées par leurs enseignantes, Roxane Nibaudeau et Liza Munch, les deux jeunes candidates sont très motivées par ce défi qui valorise leurs aptitudes à la dégustation des vins, mais qui constitue aussi un enjeu professionnel pour leurs projets à venir. Même si Thérésa Moran, de Wuenheim, a vu sa passion des vins se révéler tardivement, elle a toujours été attirée par l’analyse sensorielle, développée en famille, par la dégustation de plats et d’épices d’autres contrées. « Au lycée, c’est le thé qui me passionnait, et finalement c’est un produit assez similaire. J’ai suivi le chemin du thé pour arriver à une autre destination, celle du vin », explique-t-elle maniant la métaphore avec habileté. Émue lors de l’annonce de sa sélection, elle ne pensait pas accéder à ce niveau, même si elle avait travaillé intensivement la dégustation de monocépages. Trois semaines ne seront pas de trop pour poursuivre son entraînement en puisant notamment dans la cave familiale avant d’affronter les meilleurs candidats français et européens. Participer à ce concours est également pour elle un tremplin puisqu’elle a une attirance pour l’événementiel, les accords mets et vins qu’elle souhaiterait approfondir dans un master à l’Inseec de Bordeaux. Un bel héritage familial Native de Wintzfelden, Mathilde Wisselmann a grandi dans le vignoble où ses grands-parents exploitaient 1 hectare de vignes. Vendangeant depuis l’enfance, les rangs de vignes sont devenus une passion qui lui a donné envie de suivre une formation en Sciences et technologies de l’agronomie et du vivant au lycée de Rouffach, puis un BTSA Viticulture Œnologie pour s’inscrire dans la continuité de son plaisir à travailler les vins. « Lors de la sélection, j’ai suivi une logique qui a fonctionné, en m’appuyant sur les appellations. J’ai hâte d’aller à Paris. Je vais encore relire des livres sur les vins et m’entraîner avec Thérésa », indique-t-elle. Son projet est de poursuivre sa formation avec une licence des Sciences de la vigne à Dijon ou une classe préparatoire pour obtenir le diplôme national d’œnologie. Née dans les vignes, elle y a puisé et dessiné son avenir professionnel. Quelle que soit l’issue de ce concours destiné à mettre en évidence les aptitudes à la dégustation des futurs professionnels de la filière viticole, le destin de ces deux étudiantes est d’ores et déjà scellé aux pieds de vignes…

Speed tasting des œnologues d’Alsace

Une occasion de dégustation objective

Publié le 21/02/2018

Parmi les dégustations d’appréciation des tout premiers vins du millésime, le speed tasting des œnologues a ceci de particulier que la dégustation rassemble des échantillons issus de toutes les familles professionnelles, cave coopérative, négoce, récoltant manipulant, et de l’ensemble du vignoble.

Une dégustation à l’aveugle très opportune pour permettre à chaque œnologue alsacien de bien situer les vins dont il est co-géniteur et son travail dans l’univers des vins d’Alsace. Et qui offre un véritable scan de l’appellation et du millésime sur le plan technique notamment. « Nous avons ce soir les vins de quatre négoces, quatre caves coopératives et de huit viticulteurs, à parts égales issus du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, essentiellement des vins génériques, de manière à avoir une vue précise sur le millésime », indique Carole Keller, présidente de l’Union des œnologues d’Alsace. Un millésime marqué par « un hiver froid et sec, des gelées assez dramatiques, une floraison précoce et un été caniculaire qui ont avancé les vendanges ». S’affranchir des « a priori » Organisé par l’Union des œnologues d’Alsace, le speed tasting se déroulait le 1er février dans la salle de dégustation de la Maison des vins d’Alsace à Colmar. Le caractère de cette dégustation « à l’aveugle » mélangeant des vins bios, non bios, issus de toutes les familles permet de s’affranchir des « a priori » et « des jugements par rapport au style de vinification », souligne pour sa part Cécile Gresser, œnologue à Andlau. Pour encore plus d’objectivité, cette dégustation pourrait s’étendre à l’avenir aux vins rhénans et mosellans, ou autrichiens, toujours à l’aveugle, suggère Carole Keller. La question est aussi peut-être d’ouvrir l’événement aux vignerons qui souhaiteraient venir faire déguster leurs vins dans ce panorama global des vins d’Alsace : ce qui serait une occasion d’objectivité technique, et non pas hédonique. Ce speed tasting s’inscrit dans la continuité de la présentation du millésime, manifestation publique qui se tenait il y a quelques années, et qui offrait une tribune exceptionnelle de mise en avant du tout jeune millésime, pas encore enflaconné, explique Francis Klee. Une occasion également « de faire connaître la profession d’œnologue dont l’objectif est d’élaborer des vins pour le meilleur du vignoble alsacien », souligne Carole Keller, dont le propos est de défendre la place du rôle des œnologues dans la filière. « Tout est arrivé en même temps » De l’avis de Carole Keller, les vendanges du millésime 2017 « étaient techniquement difficiles à maîtriser pour préserver la qualité car tout est arrivé en même temps. La difficulté était de vinifier en conservant les authenticités de terroirs, de cépages », résume la présidente. Cependant, les raisins de ce millésime avaient la caractéristique qualitative de présenter des maturités phénoliques, aromatiques et technologiques bien synchrones, explique Sylvain Kamm, œnologue chez Bestheim. Des maturités parfois même très ou trop avancées pour les crémants, ajoute Cécile Gresser. Mais il en ressortira des crémants de terroir extraordinaires, selon Sylvain Kamm. Point confirmé dans la dégustation avec une cuvée de Wolfberger 100 % chardonnay exceptionnelle, appelée à être élevée cinq ans sur lattes, indique l’œnologue Jérôme Keller. De même pour un vin de base rosé de la maison Arthur Metz bien apprécié. Du côté des AOP cépages, un sylvaner Steinstuck et un pinot blanc Strangenberg Bestheim ont fait la quasi-unanimité. Un riesling Arthur Metz et un autre d’André Gruss, ainsi qu’un riesling grand cru du Domaine des Marroniers à Andlau ont séduit les dégustateurs. Pinots noirs : moins d’extraction et pureté des arômes S’agissant des pinots noirs, deux vins, l’un du domaine Bernard Scherb, l’autre du domaine Schneider à Eguisheim, ont été remarqués : « C’est un millésime favorable aux pinots noirs, il ne fallait pas exagérer sur l’extraction », observe Carole Keller. La carte à jouer des alsaces rouges pour se démarquer de la Bourgogne consiste, selon elle, à obtenir des « arômes les plus purs et à moins surextraire en cuvaison ». Stéphane Grapp, vigneron à Hunawihr, confirme : « Nous recherchons globalement les extractions avant fermentation », explique-t-il, de manière à jouer davantage sur le fruit que sur des charpentes et éviter éventuellement des goûts de marc. Lesquels viennent facilement lors d’extractions tardives en fermentation sous l’effet des solubilisations de matière phénolique par l’alcool et la chaleur. Vinification au feeling Côté sylvaners, c’est une cuvée Bestheim, 100 % Westhalten Steinstuck vieilles vignes, explique Sylvain Kamm, qui a emporté l’adhésion. Westhalten : un immense terroir à sylvaner qui a la même génétique géologique que le grand cru Zotzenberg. Et que Sylvain Kamm conduit « au feeling » avec un sulfitage extrêmement léger, un débourbage léger, un séjour sur lies prolongé jusqu’en juin. La table de la vingtaine de pinot gris, « très homogène » aux dires des dégustateurs, a permis d’identifier deux vins d’exception, l’un de Michel Ginglinger « tout en délicatesse », et l’autre d’André Gruss, sec, construit sur la charpente et la puissance. Des différences de styles en conjonction avec les terroirs d’Eguisheim, marno-gréseux pour le premier, et des sols argileux et profonds pour le second. Enfin, chez les gewurztraminers, un vin de Michel Ginglinger a été fort apprécié, tandis qu’une sélection de grains nobles du domaine Cattin, présentée par Corinne Pérez, concluait de fort belle manière la dégustation.

Publié le 20/02/2018

À Itterswiller, Rémy Kieffer oriente son domaine vers l’œnotourisme. Décoration, accueil, étiquette forment un tout qui doit déclencher la vente.

« C’était facile de reprendre. Tout était là ». Installé en 1992 avec un BEP viti-œno, Rémy Kieffer se félicite du travail abattu par Robert et Marie-Reine, ses parents. Ce sont eux qui achètent et louent des vignes pour atteindre assez rapidement 10 ha sur la commune, mais aussi à Epfig et à Bernardvillé. Encore eux, qui dès 1975 rachètent une cave pour y installer leur cuverie inox, aménagent et construisent les bâtiments de production et de stockage sur la bande de propriété qui s’étire vers le sud depuis la rue principale. Toujours eux qui passent du vrac à la bouteille à partir de 1959. Robert développe son commerce en livrant des particuliers sur Strasbourg ainsi que des relations qu’il croise dans diverses associations dont il est un membre actif. Rémy prend la suite opérationnelle du domaine au début des années 2000. Le Gaec qu’il forme avec sa mère se transforme en Earl. Rémy ne se montre pas révolutionnaire à la vigne. Il préfère le terme de « pratiques traditionnelles » pour évoquer son choix de continuer à désherber chimiquement le cavaillon, de ne pas refuser l’emploi d’une spécialité systémique pour protéger sa récolte. Avant de décider d’une intervention, il s’informe cependant en parcourant le Bulletin de santé du végétal, et « fait la part des choses » en comparant les avis des techniciens de ses deux revendeurs. Mais Rémy quitte aussi les sentiers battus en pulvérisant une préparation d’algues qui doit stimuler les défenses naturelles des plantes. Il envoie de même un de ses salariés se former à la taille Poussard. Aux vendanges, Rémy espère au moins rentrer 70 hl/ha en moyenne. Il y parvient à 2 hl près en 2017. Il fait le plein autorisé en 2016, mais se contente de 50 hl/ha en 2015. Cinq hectares sont récoltés à la machine. En cave, Rémy adopte un itinéraire classique. Il presse entre quatre et six heures, sulfite le moût à 3 g/hl plutôt qu’à 5-6 g, réalise un débourbage de dix-huit heures, ajoute des enzymes et 10 à 15 g/hl de levures pour laisser fermenter entre 19 et 21° pendant dix à quinze jours. Il oxygène ses cuves pour s’assurer d’une fin de fermentation tranquille. « Je recherche des vins digestes et délicats qui sont sur le fruit et la finesse » justifie-t-il. Depuis deux ans, il incorpore à son rosé au débourbage une levure préfermentaire. Il laisse aussi macérer une heure en statique son gewurztraminer et son muscat avant pressurage. « Où que le regard porte, c’est joli » Chaque année, Rémy cède 3 ha de raisins à un négociant. Il n’inscrit pas d’échantillons aux concours, ne démarche pas et n’exporte pas. Il se limite à un seul salon par an, démarré par son père en 1984. Rémy mise en revanche beaucoup sur l’emplacement du domaine pour écouler ses bouteilles. « Itterswiller, la route des vins et les touristes, c’est une synergie qui fonctionne bien » remarque-t-il. Ce public réclame du temps à Rémy comme à Michel Haensler, son partenaire chargé de la vente. Le viticulteur concède qu’il fait parfois « beaucoup d’épicerie ». Mais il ne regrette pas l’investissement consenti. En 2007, il commence par aménager un parking d’une dizaine de places juste de l’autre côté de la rue. Entre terrassement, béton drainant et éclairages, il dépense 30 000 €, mais « disposer d’un stationnement ici, ça vaut de l’or ». En 2014, Rémy place encore davantage l’œnotourisme au cœur de sa stratégie. Pour donner envie aux touristes qui parcourent l’artère principale du village de descendre dans sa cour, il confère une atmosphère chaleureuse au lieu. Les murs reçoivent un bardage bois. Les coins se transforment en recoins douillets. L’été, palmier et bananier procurent un surcroît d’ombre aux tables installées sous la verrière. « Où que le regard porte, c’est joli » résume Rémy qui songe encore à installer des spots pour éclairer indirectement bouteilles et cartons séjournant dans la pièce réservée à l’étiquetage quand il la fera visiter. La même année, Rémy fait appel à un graphiste pour revoir ses étiquettes. Un code couleur jaune et blanc identifie les vins « tradition », un autre jaune et noir, sa gamme terroir. Il est décliné pour les crémants. Selon l’étiquette, une ou plusieurs cigognes prenant leur envol apportent une touche symbolique à chaque vin. Le même oiseau est repris sur la coiffe de l’effervescent. « Tout est dans le détail. Il faut une logique entre l’accueil réservé au client et ce qu’il voit » glisse Rémy. Pour marquer les esprits et se différencier des deux autres domaines du village qui portent le même patronyme, le viticulteur a utilisé une typographie particulière pour mettre en avant son prénom. Cette signature saute aussi aux yeux sur le site internet modernisé en 2014. « Mes ventes de crémant en Allemagne se développent bien grâce à la boutique en ligne » constate Rémy.  

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