Vie professionnelle

Dominique Potier, député et référent sur le foncier agricole

Le foncier agricole en proie aux spéculations

Publié le 08/06/2020

Le député Dominique Potier est intervenu début mars à la Maison de l’agriculture du Bas-Rhin. Il s’est posé comme lanceur d’alerte pour dénoncer les spéculations et les risques d’accaparements dont font l’objet les terres agricoles françaises. En tant que parlementaire, il propose aussi de réformer le système de régulation du foncier agricole.

Dominique Potier, ancien agriculteur et député socialiste de Meurthe-et-Moselle, dénonce les failles du système de régulation du foncier agricole, dans lesquelles s’engouffrent les spéculateurs. Par deux fois, l’élu a tenté des propositions de réforme foncière, retoquées par le Conseil constitutionnel. Mais les débats de la loi Egalim lui ont donné l’opportunité de remettre le sujet sur la table : « J’ai pris à bras-le-corps cette question du foncier. Je suis, je pense, le référent à l’Assemblée nationale sur ce dossier. J’ai d’ailleurs été interpellé par une série de plaintes du monde paysan. » Ces plaintes corroborent des informations d’autres députés, ce qui confirme aussi qu’un « grand désordre est en train de s’installer ». Avec Pierre Blanc, docteur en géopolitique, et Benoît Grimonprez, docteur en droit, il a publié en 2019 « La terre en commun, plaidoyer pour une justice foncière » aux éditions de la Fondation Jean Jaurès. « Pas d’agroécologie sans justice foncière » En pointe sur la question agroécologique avec Stéphane Le Foll, Dominique Potier estime qu’il ne peut y avoir de transition sans régulation du foncier, et « qu’il n’y a pas d’agroécologie sans justice foncière ». Seulement, « les ingénieurs du ministère n’en avaient pas l’intuition », explique-t-il. Et « si on ne régule pas le foncier, on va vers une agriculture dépendante de la phytopharmacie. On n’en serait pas là au niveau de l’agribashing si on avait anticipé dès 2013 », insiste-t-il. Au-delà, la question foncière est un sujet universel : « Le partage de la terre est la politique mère d’une société démocratique prospère. Il y a la dimension « sol-homme-santé » très actuelle. Le partage est au cœur de la prospérité. » Selon l’homme politique, nous serions donc engagés, depuis 2010, dans un grand mouvement libéral qui menace l’agriculture française et finalement toute la société.     Reprenons le fil de l’histoire Dominique Potier s’inspire de Bertrand Hervieu, sociologue, historien de l’agriculture. La révolution française, c’est l’âge premier, la naissance de la politique foncière, avec le passage du servage à la propriété et l’émancipation du paysan. « Gambetta a dit : donnez des limites cadastrales aux paysans et ils défendront la patrie comme ils défendent leurs terres. » Ainsi « la paysannerie devient républicaine ». Après la Seconde Guerre mondiale, le Conseil national de la Résistance, qui rassemble plusieurs tendances politiques, engage de grandes réformes pour préparer l’avenir. Le député François Tanguy-Prigent instaure des mécanismes de régulation foncière. Le statut du fermage et la Safer réaffirment la puissance publique. L’idée est de donner la primeur au travail et à l’entreprise par rapport au capital et à la rente. « Certains pourraient y voir une lecture marxiste, mais la réforme est d’esprit social libéral, commente Dominique Potier ; elle privilégie une génération d’entrepreneurs, dans la mouvance des Trente glorieuses où il fallait produire et moderniser l’agriculture. » Le XXe siècle touche à sa fin. « Jusqu’à la fin des années 2000, tout va bien… Les fermes françaises connaissent un développement relativement harmonieux, dans le même ordre que l’économie française ». Certes, continue Dominique Potier, « chacun a à raconter une histoire de corruption, de cumul illégitime, mais globalement ce sont des exceptions, et les régulations jouent leurs rôles ». C’est autour des années 2010, avec la mondialisation exacerbée, que la régulation se délite. Avec la crise des subprimes à partir de 2007, les fonds spéculatifs se reportent sur le foncier non bâti, portés par « l’idée d’une trajectoire tragique de 9 à 10 milliards d’habitants en 2050 ». Ce mouvement spéculatif est couplé à une autre tragédie : « Celle du changement climatique où des inondations et des sécheresses raréfient les terres arables. » Des rapports onusiens dénoncent l’accaparement de terres par des fonds spéculatifs de multinationales dans des pays qui n’ont pas d’État de droit, pas de cadastres, et qui pâtissent d’une forte corruption d’État : « Dans les sociétés paysannes et rurales, c’est la cause essentielle des misères et des violences, et ce, dans des proportions supérieures aux conséquences des guerres. »     Des impacts forts et symboliques Certes, les investisseurs mondiaux restent aux portes de la France. On observe cependant des phénomènes frontaliers marginaux, liés à des marchés spécifiques comme celui de la pomme de terre, assez prospère, ou celui des semences non loin de l’Espagne. La Safer rappelle d’ailleurs que le marché international des terres ne représente qu’1 % des transactions foncières en France. On note cependant des impacts symboliques forts, d’acquisitions de terres agricoles ou de domaines viticoles pour le compte de Chinois. C’est donc plutôt en interne que se joue la libéralisation à cause de failles dans les mécanismes de régulation par lesquelles s’engouffrent les spéculateurs. Un deuxième phénomène s’ajoute à cette dérégulation rampante et menaçante : le délitement du « syndicalisme de vigie ». Explication du député : « La figure du syndicaliste présent aux réunions de mairie pour veiller sur les hectares disponibles et qui renonçait personnellement à s’agrandir » a disparu dans ces années 2010. « La figure locale du syndicaliste exemplaire veillant sur le non-cumul de terres », a malheureusement cédé trop souvent la place au « responsable cumulard ». Des départements « très bien gérés » échappent à cette tendance. Dominique Potier cite le Maine-et-Loire, le Bas-Rhin, le Doubs… « Partout où il y a un syndicalisme militant, le prix du foncier est stable, il ne flambe pas et on y installe des jeunes. » Ailleurs, c’est-à-dire « dans 90 % des départements », déplore-t-il, « il y a démission de la veille syndicale pour des raisons multiples, et notamment l’affaiblissement de l’État et des directions départementales, ou encore du fait de la méconnaissance du territoire par les agents de l’État » car « l’expertise foncière n’a plus de moyens ».     L’État et la mission de veille de la profession affaiblis Au final, « l’affaiblissement des deux régulateurs que sont l’État et la profession favorise des failles législatives », d’autant que certains acteurs ne manquent pas d’imagination pour contourner la loi. S’ajoute à ces démissions « une loi de simplification de 2008 qui a ouvert des vannes et fragilisé tout l’édifice du contrôle du marché foncier agricole. Depuis, en Île-de-France, une affaire sur deux échappe au contrôle public ». Dans le viseur du député : les marchés de la propriété, des actifs immobiliers, des fermages mais également des parts sociales qui transportent du foncier. « Tout ceci maquille la spéculation, avec de plus en plus souvent du travail à façon intégral. »     Pourtant, « le partage et la régulation du foncier sont au service d’une authentique liberté d’entreprise. Si on laisse des monopoles s’installer, il n’y a plus de liberté d’entreprise. Car on voit bien que des monopoles contrarient d’autres libertés d’entreprise tout aussi légitimes », justifie Dominique Potier. « Il est donc malsain, qu’au nom de la liberté de propriété et d’entreprise, des lois qui visent à réinstaurer la régulation pour les sociétés aient été censurées par le Conseil constitutionnel. Par deux fois, j’ai proposé une réforme de la Constitution sur le thème du bien commun et du bien équilibré, hélas retoquée par le Conseil constitutionnel. » Alors, plutôt que de se heurter à la Constitution, avec la nouvelle majorité à l’Assemblée nationale, le député a obtenu qu’une mission d’information reprenne le sujet dans son ampleur. À commencer par une cartographie de la dérive libérale du foncier en France.

Agriculture et protection de l’environnement

Vers une intelligence artificielle de « coopération »

Publié le 07/06/2020

Comment l’innovation peut-elle transformer l’agriculteur en acteur de la « performance environnementale » ? Des solutions, fonctionnelles et rentables, existent déjà, d’autres restent à inventer. Pour être efficaces, démocratisées et acceptées par le plus grand nombre, elles devront mêler la performance de l’intelligence artificielle avec le « bon sens » de l’intelligence humaine.

Face aux défis - climatiques, économiques, sociaux, alimentaires - qui se dressent devant elle, l’agriculture aura fort à faire dans les décennies à venir. Comment concilier protection de l’environnement, éthique, capacité à nourrir des milliards de personnes, rentabilité économique, tout en étant pleinement acceptée par une société qui a l’agribashing facile ? Des solutions existent déjà, fonctionnelles et financièrement intéressantes, d’autres restent à expérimenter, d’autres à imaginer. Un point les relie toutes : l’innovation. Pour certains, elle est forcément numérique, robotique, et assistée des dernières technologies de communication. Pour d’autres, elle passe davantage par un changement de regard sur les pratiques agricoles, une « autre façon de faire » qui remet l’humain au milieu du process. Deux formes d’innovation - humaine et technologique - qui ont tout intérêt à converger aux yeux de Caroline Flaissier, responsable d’Engie Entreprises et Collectivités. Mardi dernier, elle était l’une des trois invités à la première conférence - en visio cette année, Covid oblige - du LF Day 2020, la journée dédiée à l’innovation agricole.     Valoriser le « big data » Pour elle, le « monde de demain » mêlera le numérique et les « bonnes idées ». La crise du Covid-19 et ses nombreux effets secondaires seraient ainsi une « belle opportunité » pour faire émerger de nouvelles solutions. Sur le plan énergétique, elle estime que les « boucles courtes » ont de l’avenir, à savoir la capacité à produire soi-même l’électricité qu’on consomme. « Chez Engie, nos clients veulent de plus en plus être acteurs de leur énergie. Depuis qu’on a lancé notre solution d’autoconsommation en 2018, les demandes affluent de partout. On arrive à développer des projets avec des rentabilités intéressantes, même dans le nord de la France. » Le monde agricole a un rôle majeur à jouer dans cette transition énergétique « inévitable ». Plusieurs pistes sont à explorer : la mise à disposition des toits des bâtiments pour des investisseurs dans le photovoltaïque, ou l’optimisation de structures existantes, grâce à la collecte et la valorisation des données, le fameux « big data » qui apparaît de plus en plus comme étant le nerf de la guerre. « Nous pensons que la meilleure énergie est celle qui n’est pas consommée. Sur ce point, il y a encore beaucoup à faire et à améliorer en agriculture », estime Caroline Flaissier. En combinant des données collectées sur place (température du hangar, pluviométrie, etc.) avec celles issues de l’énorme base d’Engie (qui bénéficie de l’historique important de Gaz de France), les chaînes de froid pourraient être optimisées. « On se rend compte que, dans certaines situations, il vaut mieux réfrigérer davantage en ajoutant des panneaux solaires. Le processus est ainsi bien mieux optimisé. En parallèle, il y a aussi l’isolation des bâtiments à améliorer. Ces actions rentrent dans le cadre du dispositif des Certificats d'économies d’énergie, qui impose aux vendeurs d’énergie de réaliser des économies d’énergie. »   #LFDayLive le 2 juin, rien que pour vous, une 2e conférence s'invite chez vous à 13h30 ? "Comment l'#innovation transforme l'#agriculteur en acteur de #performance #environnementale ?" Sujet passionnant présenté par des acteurs passionnés. Inscrivez-vous?https://t.co/BxyC2R7VyU pic.twitter.com/OzWtrYljLq — La Ferme Digitale (@FermeDigitale) May 25, 2020   Une approche « globale » des problèmes et solutions Antoine Nogier, responsable de Sun’R Groupe, a une autre idée en tête : se servir de la production d’énergie solaire pour protéger les cultures les plus exposées aux conséquences du changement climatique. C’est le concept de l’agrivoltaïsme, mettre des panneaux photovoltaïques capables de protéger les plantes des excès de chaleur tout en laissant passer la pluie et la lumière nécessaires. L’installation fait entre quatre et cinq mètres de haut, pour laisser passer les engins au-dessous. Elle est d’abord conçue pour la culture, pas pour la production d’électricité. « Ce qui compte avant tout, c’est de réduire significativement la consommation d’eau de la plante, avant la production électrique. Celle-ci ajoute néanmoins un critère de transition énergétique qui offre un double intérêt à ce dispositif », explique Antoine Nogier. Comme pour une installation classique, l’électricité produite est revendue sur le réseau ou utilisée directement par des agriculteurs ou viticulteurs situés à proximité. Le gros intérêt réside surtout dans la capacité à pouvoir produire de l’énergie « propre » sans rogner sur des terres agricoles. L’agrivoltaïsme combinerait le meilleur des deux mondes. Une nécessité aux yeux du responsable de Sun’R Groupe. « Nous vivons désormais dans un système de rareté. Je pense qu’il faut désormais sanctuariser les terres agricoles, et non plus les détourner de leur utilisation première. On ne peut pas les défricher pour y mettre des centrales à panneaux photovoltaïques. » L’agrivoltaïsme serait-il la solution miracle à installer sur toutes les parcelles agricoles françaises ? « Non, ce n’est pas possible et pas nécessaire. Déjà, elle s’adresse avant tout à la viticulture et l’arboriculture, deux filières particulièrement exposées aux changements du climat. Ensuite, il faut savoir qu’il ne faudrait qu’un pourcent des terres agricoles françaises pour faire la transition énergétique complète du pays. Mais encore une fois, pour atteindre un tel objectif, il est indispensable de travailler de manière multisectorielle. Par exemple, sur les terres agricoles, nous devons avoir une approche globale. Si on interdit la déforestation chez nous mais que, dans le même temps, on importe des produits du Brésil où la déforestation est très présente, on ne fait que déplacer le problème. » Le partage des données, la clé du succès Cette vision large, multiple et irrémédiablement « coopérative » sera la clé de voûte d’une agriculture qui saura concilier productivité, rentabilité et protection de l’environnement, aux yeux d’Aline Bsaibes, responsable de la société ITK. Celle-ci édite des outils d’aide à la décision pour les agriculteurs depuis 17 ans. On retrouve des solutions pour améliorer la gestion de l’eau, pour établir le besoin énergétique de la plante, pour piloter l’irrigation, la fertilisation organique, ou encore pour gérer les cultures intermédiaires ou les couverts végétaux, ces dernières pratiques ayant un gros rôle à jouer dans le stockage du carbone dans le sol. Un enjeu « majeur » rappelle Aline Bsaibes, pour l’instant absent du « Pacte vert pour l’Europe », la feuille de route présentée par la Commission européenne visant à « rendre l’économie européenne durable ». « On évoque plein de choses dans ce document, mais pas du stockage de carbone. Pourtant, avec 4,8 millions de tonnes de carbone stockées dans le sol, l’agriculture pourrait diminuer ses émissions de CO2 de 40 %, ce qui représente 7 % des émissions françaises par an. Mais, là encore, si l’on veut avoir un réel impact sur le changement climatique, cette question du carbone doit être gérée à l’échelle globale, sinon on ne fera que décaler le problème chez les autres. » Le calcul est simple : 1 + 1 + 1 + 1 + 1 = 1. Le temps du « chacun pour soi » doit être laissé derrière au profit d’un « vrai partage » de services et de données. En France, particulièrement, il y a encore du chemin à faire constate-t-elle avec un brin de désarroi. « Ici, tout le monde veut réinventer la roue alors qu’il suffirait d’empiler les briques existantes. D’autres pays, les États-Unis en tête, l’ont bien compris. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ITK se développe plus à l’export. En France, il y a encore trop cette notion de compétition. » En pratique, il faudrait, selon elle, accepter d’agréger les données récoltées par les uns et les autres pour aboutir à des solutions « environnementales » et « économiques » qui soient réellement bénéfiques à l’agriculteur. « Lui ne veut pas saisir ses données. Il faut que ça soit fait de manière automatique grâce à la robotisation et la numérisation. Et pour cela, il faut des systèmes intéropérables, comme dans les autres pays. Il ne pourra pas y avoir d’intelligence artificielle sans une intelligence humaine de coopération. »  

Pisciculture Bihl à Friesen

Le poisson trouve son public

Publié le 06/06/2020

Depuis 1948, les établissements Bihl à Friesen commercialisent toutes sortes de poissons d’eau douce. Le grossiste s’est adapté aux contraintes de la crise sanitaire en livrant davantage les grandes et moyennes surfaces, et en assurant des livraisons à domicile.

L’histoire de l’entreprise débute après la Seconde Guerre mondiale. Camille Scherrer œuvre avec Raymond Bihl, son neveu, autour de la carpe. Au courant des années 1950, le second Raymond Bihl, grand-père de l’actuel gérant Gilles Kiené-Bihl, les rejoint dans le but de développer l’activité du poisson d’eau douce dans la région. Les deux Raymond, beaux-frères à la ville et associés en affaires, travaillent main dans la main et débutent les transports longue distance en camion vivier avec système d’oxygénation, pour importer des truites depuis la Normandie notamment. Dans les années 1970, pour faire face à la demande croissante en carpes, la priorité est de se fournir en France aussi longtemps qu’il existe des disponibilités et de compléter l’approvisionnement en fonction des besoins à l’étranger. Cette philosophie demeure encore aujourd’hui. À la fin de des années 1980, les deux Raymond décident de passer la main à leurs enfants. « Durant ces années, le métier a évolué et nous sommes passés à l’ère du prêt à consommer. Nous assurons la transformation dans nos ateliers des carpes et truites en fonction de la demande de nos clients. Notre politique est l’hyper fraîcheur. Le poisson est transformé dès réception de la commande et livré le lendemain. Le poisson transformé, a toujours été et reste le cœur de notre activité », explique Gilles Kiené-Bihl qui, depuis le 1er février 2020 poursuit l’activité dans un domaine qui lui est cher, en cultivant les valeurs familiales en place depuis 1948. L’entreprise compte une dizaine de salariés, tous sur le site de Friesen, pour le laboratoire de transformation, le travail administratif. Il y a aussi les chauffeurs. « Avant d’être commercialisés, nos poissons sont élevés en pisciculture. Ensuite, ils sont acheminés dans notre laboratoire pour répondre à la demande de nos clients. Nous disposons d’infrastructures répondant aux normes pour transformer et conditionner nos poissons dans les meilleures conditions », ajoute Gilles Kiené-Bihl. Les supermarchés visés pour la vente « Il y a quatre bassins situés dans un entrepôt et une dizaine de bassins de stockage non loin. L’idéal est de laisser les poissons dans ces bassins une quinzaine de jours, grand maximum », enchaîne Gilles Kiené-Bihl. Ces deux derniers mois, le travail a été d’autant plus important qu'il a fallu faire face à la crise sanitaire. « Comme les restaurants étaient fermés, nous avons essentiellement livré les grandes et moyennes surfaces, représentant 10 % du volume habituel. C’était nécessaire car cette période coïncidait avec l’ouverture théorique de la pêche à la truite et, en avril, du week-end de Pâques. Habituellement, ces deux mois représentent une grosse partie de notre chiffre d’affaires. L’écoulement de la marchandise vers les supermarchés nous a donc bien aidés, tout comme le chômage partiel mis en place par l’État », assure Gilles Kiené-Bihl.     L’entreprise s'est également davantage tournée vers l’alevinage en livrant, juste au début du confinement, de nombreuses associations de pêche. « Nous sommes spécialisés dans le repeuplement et l’alevinage d’étang. Nos poissons sont élevés durant une période de 10 à 36 mois, en vue d’assurer leur croissance. Ils suivent un cycle de développement très bien défini : la fécondation et l’incubation, l’éclosion, le prégrossissement et le grossissement. Ils seront ensuite prêts à être livrés. Nous commercialisons plusieurs espèces comme les carpes, les truites, les tanches, les gardons, les brochets, les perches, ou encore les sandres », précise le chef d’entreprise. Livraisons à domicile C’est actuellement la grosse saison. La demande est plus axée sur la truite en raison des nombreux concours de pêche qui se déroulent habituellement, dans la région, au printemps. L’entreprise Bihl travaille sur toute l’Alsace mais également sur la Franche-Comté, sur la Suisse proche et le Bade-Wurtemberg. Pendant le confinement, un nouveau service a été proposé via les réseaux sociaux : la livraison à domicile. « Nous en avons fait l’annonce et elle a été massivement partagée. Cela a été bénéfique pour les ventes. À Pâques, deux chauffeurs ont livré de nombreux clients. Ce n’est pas notre métier. Mais cela a permis de compenser le volume. Nous avons livré sur toute l’Alsace en regroupant les commandes pour faciliter les tournées des chauffeurs. J’ai moi-même assuré des livraisons sur la partie ouest du Sundgau », se félicite Gilles Kiené-Bihl. A minima, la commande devait être de 3 kg de poissons de différentes espèces. Sur le site de l’entreprise, il est également possible de venir s’approvisionner grâce à la vente au détail. Il faut au préalable appeler pour faciliter la préparation de la commande. Ce service existe depuis toujours. « Mais pas dans les mêmes proportions qu’actuellement. Les gens en ont entendu parler. Du coup, ils viennent plus facilement chez nous. Cette crise sanitaire a fait naître chez eux de nouvelles habitudes de consommation. Et comme nos poissons sont hyper frais, les gens apprécient. Il y a donc des aspects positifs dans cette période que nous venons de vivre. Nous avons eu de nouveaux clients. Cela a atténué l’impact économique », conclut Gilles Kiené-Bihl dont l’entreprise a toujours pu livrer en Allemagne.  

Pages

Les vidéos