Vie professionnelle

Publié le 15/07/2020

Dans un premier dossier paru dans notre édition du 5 mai 2020, le député de Meurthe-et-Moselle Dominique Potier, qui milite pour une plus grande régulation du foncier agricole en France, pointe des risques de dérive d’accaparement du foncier agricole à cause de failles réglementaires dans les outils législatifs. Nous revenons aujourd’hui sur le second volet de son intervention à la Chambre d'agriculture Alsace, où il développe des propositions de réforme.

« Il faut recréer du droit plutôt que de laisser faire. Ce n’est pas l’intérêt qui va nous guider mais la question morale », déclare Dominique Potier, rapporteur à l’Assemblée nationale sur la question foncière. Nos choix ont des conséquences mondiales La question foncière est éminemment internationale et touche à des sujets transversaux tels que le climat, la biodiversité… « Je prétends que nos choix sur le foncier ici en France ont des conséquences, par exemple, sur la culture du mil en Afrique subsaharienne. Or une baisse de 10 % de production de mil, ce sont 50 millions de migrants potentiels. De même, les choix politiques faits en Australie ont des conséquences ici en France, par exemple sur nos dates de récolte du raisin ou de la mirabelle. Le Giec nous dit que le sol et l’agriculture représentent 15 à 25 % de la solution au dérèglement climatique. Une bonne agriculture, c’est une agriculture qui stocke du carbone. » Le partage des terres : une question de survie Benoît Grimomprez, docteur en droit, développe l’idée qu’il n’y a pas de bonne santé chez l’homme s’il n’y a pas de santé chez l’animal, et que la santé des animaux est dépendante de celle des plantes. Et au bout, que la santé des plantes dépend de celle des sols. « Ceux qui combattent les épidémies, savent qu’il faut travailler sur l’ensemble des écosystèmes », expose-t-il. « C’est un message humaniste, observe Dominique Potier. C’est-à-dire qu’il faut remettre l’humain au centre et nous souvenir cependant que la santé de l’homme dépend de celle du sol. » Or, poursuit Dominique Potier, nos choix socioéconomiques de partage des terres ont des conséquences directes sur la qualité des sols, sur la biodiversité, leur teneur en matière organique, sur leur capacité de résilience, leur capacité à jouer un rôle sur la production alimentaire. « Plus on partage les terres, plus il y a d’hommes pour cultiver la terre et plus elle est saine, soutient-il. Les hommes sont le premier facteur de prospérité écologique des sols. Les modèles à taille humaine sont objectivement au service de la planète, aujourd’hui, si on considère la question climatique et la santé. On peut penser que celui qui agrandit sa ferme va être plus riche. Mais ramené à l’échelle d’un territoire, dans un monde fini, avec des ressources limitées, l’extension - par les modes de changement de pratiques agronomiques qui en découlent - provoque un appauvrissement écologique des sols et un appauvrissement social qui ont des conséquences sur l’ensemble de la capacité de la génération suivante à survivre. » Il y a, selon Dominique Potier, un devoir de partage pour laisser les jeunes entreprendre. « C’est une question non seulement de morale, mais aussi de survie. Partout où il y a partage des terres - la première ressource économique - il y a des sociétés démocratiques et prospères. Et partout où il y a accaparement de terres, il y a des sociétés fracturées, duales et avec de la pauvreté. » Redéfinir le métier de paysan, rétablir l’égalité de droit « La pierre angulaire de toute politique foncière, c’est la définition de l’actif agricole. » Juridiquement, « le paysan est celui qui vit, décide, travaille et possède une partie de son exploitation ». Toute autre définition ouvre la voie à une dérégulation complète du métier. Ce sujet est difficile à cerner reconnaît Dominique Potier, mais philosophiquement, c’est la ligne qu’il faut retenir. Un tiers des exploitants partira en retraite d’ici cinq ans ; l’idée, c’est d’être au rendez-vous de cette relève générationnelle, de redéfinir ce qu’est le paysan et instaurer une régulation. Deuxième proposition : il s’agit de rétablir l’égalité de droit, pour le contrôle des cessions de parts sociales. Tandis que le capitalisme coopératif est sanctionné à travers les droits de mutation, le capitalisme des parts sociales lui, échappe à ces mêmes droits de mutation. « Je privilégierais la voie constitutionnelle pour une remise à niveau radicale. » Selon le député, la Safer et la profession agricole, pour leur part, opteraient plutôt pour un contrôle des prises de participations sociétaires par des personnes au sein des sociétés détenant du foncier. Ce qui éviterait une réforme constitutionnelle. La question des instruments de régulation Benoit Grimonprez, l’école de Poitiers (dont l’université est spécialisée en droit rural) et d’autres estiment qu’il faut créer une autorité foncière, non pas à la manière du fonctionnement d’une agence, mais d’une autorité indépendante ; soit l’équivalent juridique de l’autorité de la concurrence, ou d’une autorité sanitaire. C’est-à-dire qu’il s’agirait de doter cette autorité des moyens pour résister aux pressions qui visent in fine à s’approprier le foncier. « L’idée-force, c’est de moderniser les instruments de régulation foncière et de renforcer la puissance publique. L’autorité de régulation doit donc être autonome et dotée de moyens financiers. » La question de sa gouvernance par l’État, avec ou sans la profession, fait débat et Dominique Potier ne se prononce pas dessus. La quatrième proposition porte sur la création d’un livret vert qui financerait la transition agroécologique et la relève générationnelle. « L’idée, c’est de donner la possibilité à chaque actif qui s’installe d’être en capacité d’acheter le foncier à un prix maîtrisé, soit a minima 50 % de son exploitation, ceci pour favoriser un capitalisme familial », qui est, selon le député, « la meilleure résistance au capitalisme spéculatif ». En dix ans, la ferme moyenne française est passée de 52 à 62 ha, et il n’y a pas 50 % des surfaces actuelles en faire valoir direct. Il s’agirait donc de redonner à chaque actif la capacité à redevenir propriétaire. Des outils pour résister aux spéculations Globalement, les propositions visent à favoriser les solutions foncières qui résistent aux spéculations : par exemple, l’association citoyenne Terre de lien, qui permet à des collectifs citoyens de favoriser l’accession au foncier pour des paysans. Dominique Potier cite également des fonds d’investissement transitoires qui aident au portage pour des jeunes agriculteurs. Le statut du fermage en danger Autre proposition : redonner ses lettres de noblesse au statut du fermage. Il crée un rapport d’égalité entre le preneur et le bailleur. « Le statut du fermage a donc une vertu écologique, observe Dominique Potier, car il projette la gestion des terres sur le long terme. Or cet instrument de régulation qu’est le statut du fermage est aujourd’hui en danger. Une mission parlementaire vise à le remettre en cause. Elle agit sous la pression de lobbies très actifs car énormément de gens rêvent de se faire de l’argent sur le dos du foncier. Des mouvements spéculatifs très puissants sont prêts à déstabiliser la loi. » NDLR : le 22 janvier 2020, une commission des lois de l’Assemblée nationale a créé une mission d’information sur le régime juridique des baux ruraux, conduite par Jean Terlier, député LREM du Tarn, et Antoine Savignat (LR, Val d’Oise) désignés co-rapporteurs. Le statut du fermage limite la disponibilité de l’actif foncier. Ils préconisent plutôt d’ouvrir cette disponibilité. À l’échelle des intercommunalités Autre proposition : protéger la terre. « 55 000 hectares de terres arables sont artificialisés chaque année. » Chaque communauté de communes connaît ses surfaces commerciales à l’hectare près, elle ne connaît pas ses hectares agricoles. « Il faudrait que dans les bilans des intercommunalités apparaissent les surfaces de terres agricoles comme un capital naturel de long terme. » Ceci afin que chacun puisse se représenter son bien commun agricole, et puisse aller vers une neutralité en termes de dégradation des terres artificialisées. Pour le député, il s’agit donc de reconsidérer les terres agricoles « comme un capital agricole naturel de long terme, un patrimoine de la nation », au même titre que l’eau, les littoraux ou d’autres biens naturels… L’idée à l’échelle d’une intercommunalité serait de créer, sur le principe des PLU, « des zones agricoles protégées en droit de façon définitive ». Cette mesure ne demande que du courage politique tout comme celle qui consisterait à taxer la spéculation fondée sur les changements d’affectation de valeur des terres lorsqu’elles deviennent constructibles : « Il y aurait moins d’intérêts à ce qu’elles soient urbanisées, ou urbanisables. En fait, on a les instruments, il suffit de les activer. » Mais l’idée la plus « novatrice », selon Dominique Potier, consisterait à mettre « le territoire au centre des décisions s’agissant des orientations agricoles et de la destination des terres agricoles. Cela suppose que les élus locaux deviennent codécideurs des orientations de l’agriculture à l’échelle d’un territoire de Scot (Schéma de cohérence territoriale) », poursuit-il. Une solution face à la problématique « de mondes qui ne se comprennent plus aujourd’hui. » Ce qui aurait pour vertu de responsabiliser les élus locaux quand ils décident d’artificialiser des terres.  

La préfète de la Région Grand Est sur le terrain

Une immersion dans l’agriculture alsacienne

Publié le 10/07/2020

Lundi 6 juillet, Josiane Chevalier, préfète de la Région Grand Est et du Bas-Rhin, a effectué une plongée dans la campagne alsacienne. En une journée, elle a visité des fermes, observé des parcelles, écouté de nombreux praticiens… de quoi lui donner des clés pour avoir une bonne lecture de l’agriculture alsacienne.

L’agriculture alsacienne est multiple. Une journée pour en prendre le pouls, cela exige un timing millimétré. Aussi la journée de rencontre entre Josiane Chevalier et la profession agricole a été menée tambour battant par la FDSEA et les JA du Bas-Rhin. Après une matinée consacrée à des visites d’exploitations (lire en encadrés), la pause déjeuner, partagée à la cave du Roi Dagobert à Traenheim, n’a eu de pause que le nom puisque de nombreux responsables professionnels ont pris la parole. L’ambiance est cordiale mais n’empêche pas quelques étincelles lorsque les sujets qui fâchent sont abordés. Et c’est le retard dans le traitement des dossiers des Installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) qui ouvre le bal : « Trente dossiers sont en souffrance, dont certains depuis 2017, c’est honteux », lance Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. « On ne peut pas se permettre de bloquer ainsi l’économie », renchérit Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. La préfète s’est engagée à demander à la Draaf d’aider la DDT à traiter rapidement ces dossiers. Dans le registre des tracasseries administratives, Gérard Lorber cite le cas d’agriculteurs qui ne toucheront pas de prime à l’assurance récolte parce qu’ils n’ont pas renvoyé un courrier à temps, la complexité des transferts de DPB, l’intransigeance de l’administration face aux erreurs de saisie dans les déclarations Pac, se traduisant par des pénalités : « Déjà qu’on ne roule pas sur l’or, un peu de souplesse, un peu d’humanité », plaide-t-il. Des griefs entendus par Christophe Fotré, directeur départemental des territoires du Bas-Rhin, qui rappelle qu'« en droit communautaire, le droit à l’erreur n’existe pas ». Autrement dit, si les contrôles menés par l’Europe révèlent des irrégularités, les sanctions tombent. Julien Koegler, président des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin enchaîne sur d’autres dossiers perdus dans les arcanes administratifs : « Le solde des DJA (dotations jeunes agriculteurs) n’arrive pas dans les fermes. Nous en sommes à quinze mois de retard ! » Les représentants de la viticulture alsacienne décrivent une filière très fragilisée par les conséquences du Covid-19. Dans une région où 20 % des ventes se font en direct, ce sont 10 millions de bouteilles qui n’ont pas été vendues : « Des exploitations ont le couteau sous la gorge. Et l’État ne répond pas », déplore Jérôme Bauer, président de l’Ava. Son vice-président, Didier Pettermann, liste une série de mesures qui permettraient d’apaiser la situation : « défiscalisation des stocks, enveloppe pour accompagner une distillation de crise, exonération de charges ».     Retraites agricoles : victoire et désappointement Après 17 ans de négociations, Paul Schiellein, président de la section des anciens exploitants de la FDSEA du Bas-Rhin, peut se féliciter d’une victoire : la revalorisation des retraites agricoles actuelles et futures à 85 % du Smic. Une victoire ternie par un oubli qui provoque un haussement de sourcil mi-surpris mi-désappointé chez la préfète : le texte adopté exclut les conjoints d’agriculteurs, dont la pension minimum reste fixée à… 555 €/mois. Une discrimination pour Paul Schiellein qui plaide aussi pour que la réforme soit mise en place dès 2021 au lieu de 2022, et que « la solidarité nationale joue son rôle ». Si Alsace Lait a passé la crise sans trop d’encombre, son président Michel Debes exprime tout de même quelques craintes, car les cours restent bas, et comme le prix du pétrole est bas, les gros pays importateurs de lait, qui sont aussi les pays producteurs de pétrole, en importent moins. Le Comptoir agricole a également pu continuer à travailler, malgré quelques affréteurs qui ne s’approvisionnaient plus en Alsace. À long terme, Marc Moser est préoccupé de constater que les grandes cultures « ne sont jamais soutenues et sans cesse décriées. Ce que nous récoltons au quotidien, ce sont des contraintes réglementaires alors que nous sommes confrontés aux prix et aux marchés mondiaux ». À court terme, les craintes de la coopérative concernent surtout le houblon. Bernard Ingwiller, président de l’association générale des planteurs de houblon de France (AGPH), évoque les conséquences du Covid-19 : le surcoût de main-d’œuvre et la perspective de voir la récolte ne pas trouver preneur. « J’ai l’espoir que les brasseries françaises privilégient le houblon français. Sinon, l’interprofession explosera. » David Herrscher, président de la MSA d’Alsace, rappelle ce qui a été mis en œuvre pour accompagner les agriculteurs face à la crise sanitaire. Joseph Lechner, président de la commission Emploi à la FRSEA Grand Est, fait de même sur les diverses initiatives pour la main-d’œuvre. Il évoque un point de désaccord entre la Direccte et les employeurs agricoles portant sur une majoration du travail du dimanche qui n’est pas inscrite dans la convention collective. La préfète s’est engagée à examiner ce point. Rémy Losser, président de la fédération Alsace de Groupama, souligne que les assureurs ne peuvent pas financer à eux seuls les pertes d’exploitations liées au Covid-19, mais qu’ils contribuent au fonds créé par l’État à cette fin. En outre, il souligne la difficulté pour Groupama de trouver des mesures d’accompagnement qui soient équitables entre les différents profils d’adhérents. L’abattement de deux mois sur la cotisation tracteur mis en place pour tous les exploitants agricoles en est l’illustration : « Elle est insuffisante et discriminante », concède Rémy Losser. Mais elle a le mérite d’exister, en attendant les résultats d’une étude menée au niveau national qui doit apporter un éclairage sur « ce qu’il y a lieu de faire, au regard de la très grande disparité des situations ». Il évoque aussi un nécessaire réarbitrage des produits d’assurance multirisques climatiques (MRC).     Compensations environnementales : revoir la copie Jean-Michel Schaeffer, président d’Anvol, l’interprofession de la volaille de chair, s’appuie sur l’exemple de cette filière pour souligner que la vente directe, si elle est « une chance », ne constitue pas un moteur de croissance : « Les ventes de viande de volaille n’augmentent que dans le secteur de la RHD. » Aussi, plaide-t-il notamment pour des mécanismes permettant de privilégier les produits français dans les restaurants scolaires. Pascal Wittmann, président de la FDSEA du Haut-Rhin, regrette que le renouvellement des MAEC (Mesures agroenvironnementales et climatiques) montagne pour cinq ans soit bloqué parce qu’il manque les fonds de l’État, alors que les autres partenaires ont tenu leurs engagements. Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture Alsace, souligne que les produits issus de l’agriculture biologique ont encore gagné des parts de marché durant la crise : « Il faut répondre à cette demande. Les agriculteurs doivent s’adapter et ne pas laisser passer le train. » Autre point positif évoqué par Dominique Daul, membre du bureau de la FDSEA : le chantier du grand contournement ouest de Strasbourg, qui avance bien. Les indemnités sont versées, les tas de terre diminuent et les aménagements fonciers avancent. Seule ombre au tableau : les compensations environnementales. Plutôt que de boiser des terres agricoles, les responsables agricoles s’interrogent : pourquoi ne pas allouer ces sommes aux forestiers pour investir dans la forêt existante qui en a bien besoin ? Le conseiller régional Patrick Bastian conclut en annonçant une inévitable réduction des aides régionales mais aussi la volonté du président Jean Rottner de soutenir l’agriculture. Enfin, Josiane Chevalier s’engage à organiser des réunions sur les dossiers les plus urgents (ICPE, DJA, MAEC, dégâts de gibier) et à plaider en faveur des viticulteurs alsaciens et d’une revalorisation des retraites des conjoints d’agriculteurs au niveau national.     Parcelle de houblon à Stutzheim Devant la plus vieille houblonnière d’Alsace, les représentants de la filière houblon ont exposé à la préfète les difficultés de cette production, lundi après-midi. Située sur le ban de Stutzheim, elle a été érigée en 1964, explique Olivier Holveck, qui s’est installé en 2017 en hors-cadre familial avec deux autres associés sur une exploitation de polyculture diversifiée. Implanter 1 ha de houblon requiert un investissement de 20 000 €, explique Bernard Ingwiller. Il faut prendre soin de la culture tout au long de la saison, ce qui nécessite de la main-d’œuvre et des produits de traitement. Or les planteurs de houblon ont du mal à trouver des saisonniers et sont de plus en plus limités quant au choix des produits : pour lutter contre le mildiou, illustre Sébastien Holtzmann, producteur à Wingersheim, ils doivent demander chaque année une dérogation car aucun produit n’est homologué. Lorsqu’il est mûr, le houblon doit être récolté très rapidement, sinon sa qualité se dégrade. D’où la nécessité d’investir dans du matériel coûteux, qui ne tourne que trois semaines dans l’année, souligne Jean-Paul Ulrich, président de l’association des planteurs de houblon d’Alsace. Ces difficultés, ajoutées au manque de visibilité quant à l’avenir, compromettent le renouvellement des générations. À Josiane Chevalier, la filière réclame un « coup de pouce », en particulier que les houblonniers puissent émarger à l’enveloppe prévue par FranceAgriMer pour aider les agriculteurs à adapter leur matériel de pulvérisation pour traiter les parcelles aux abords des habitations.     Gaec de l’Hirondelle à Duttlenheim et viande bovine   Nicolas Heckmann du Gaec de l'Hirondelle à Duttleheim, est l’un des derniers jeunes à s’être installé et à avoir investi dans la production de viande bovine en construisant un bâtiment dédié à l’élevage de taurillons. C’était en 2015. Un an plus tard, en 2016, la filière alsacienne vacillait. « Depuis, elle a bien rebondi », note Franck Sander. S’il confirme qu’une certaine sérénité a été retrouvée en matière d’achats d’aliments, d’enlèvement des animaux, il reste que « les producteurs n’arrivent pas à répercuter leurs coûts de production sur le prix de vente des animaux, et que cela ne permet pas de dégager du revenu », note Dominique Daul, président de Comptoir élevage, graphique à l’appui. En outre, le Covid-19 a entraîné une baisse des prix, déjà bas, du fait de la baisse des exportations, de l’arrêt de la restauration hors domicile… « Au lieu de 15 jours à 3 semaines de stock, nous sommes face à un mois et demi de stock d’animaux, qui restent sur les bras des éleveurs, et la demande ne suit pas », décrit l’éleveur. Aussi plaide-t-il auprès de la préfète pour une intervention du médiateur de l’État afin de « remettre l’interprofession en route ». En effet, pour lui, la filière souffre d’un manque d’organisation, mais certains secteurs de marché sont porteurs d’espoir. Ainsi, à côté des charolaises, Nicolas Heckmann élève des jeunes bovins montbéliards, pour lesquels il y a un marché.  

Publié le 21/06/2020

Dans les Caisses locales comme à l’échelon de la fédération Alsace ou du Grand Est, Groupama s’est mobilisé pour apporter une aide matérielle aux soignants engagés dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19. En Alsace, agriculteurs et viticulteurs ont reçu des masques de protection grâce à une opération menée en partenariat avec les organisations professionnelles agricoles.

La fédération Alsace de Groupama s’est fortement mobilisée face à la gravité de l’épidémie de Covid-19 dans la région. « Personne ne pouvait rester insensible à ce qui s’est passé dans les hôpitaux de Mulhouse, Colmar, Sélestat, Strasbourg… », résume Rémy Losser, son président. Voyant les différentes initiatives prises par les présidents de Caisses locales au bénéfice des Ehpad, des cabinets infirmiers et des hôpitaux (lire en encadré), la fédération Alsace de Groupama Grand Est a décidé de coordonner les efforts et de dégager une enveloppe globale de 130 000 €. Un tiers de cette enveloppe a été utilisé pour l’achat de gel hydroalcoolique, de masques FFP2 et de matériel de protection (gants, lunettes…) qui ont été mis à la disposition des Conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin durant la crise sanitaire. Des interlocuteurs à même de centraliser et de redistribuer ce type de matériel, souligne Rémy Losser. Un montant équivalent a été mis à disposition des mêmes collectivités sous forme de don en numéraire. Des masques pour les agriculteurs Le dernier tiers a servi à l’acquisition de matériel de protection pour les agriculteurs, viticulteurs et les employeurs de main-d’œuvre agricole d’Alsace. « Il nous paraissait important qu’on n’oublie pas le monde agricole », souligne Rémy Losser. Une action collective a été entreprise avec les Caisses d’assurance accident agricoles du Bas-Rhin et du Haut-Rhin et la MSA d’Alsace. Elles ont réuni autour d’elles plus d’une dizaine d’organisations économiques et professionnelles agricoles, de manière à organiser les achats de façon concertée et cohérente, alors que la pénurie de masques n’était pas encore résolue. 40 000 masques ont ainsi été commandés en Alsace. Reconditionnés en sachets de cinq masques grâce au concours des organismes stockeurs, ils ont été envoyés par voie postale à quelque 8 000 personnes qui commencent à les recevoir dans leurs boîtes aux lettres. Une opération d’ampleur à laquelle les différentes organisations agricoles ont apporté leur contribution financière ou logistique dans un vaste élan de solidarité, souligne Pascal Wittmann, vice-président de la fédération Alsace de Groupama.      

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