Vie professionnelle

Publié le 20/10/2020

Joseph Lechner achève son premier mandat de président du Geopa, le Groupe des employeurs des organisations professionnelles agricoles. Une instance créée en 1963 pour défendre les intérêts des employeurs du secteur agricole au niveau européen.

Pouvez-vous nous présenter le Geopa dont vous êtes le président ? Joseph Lechner : « Le Geopa, Groupe des employeurs des organisations professionnelles agricoles, est une organisation créée en 1963, qui réunit à ce jour 19 pays européens sur les 27 que compte l’Union européenne. Notre travail est de nous mettre en relation avec les autorités communautaires pour négocier et défendre les intérêts des employeurs de salariés agricoles, spécifiquement dans les domaines de la formation, de la santé et de la sécurité au travail, de la mobilité et sur un certain nombre de sujets d’actualité, comme le détachement des travailleurs ou les saisonniers intra et extracommunautaires. »   Quelle est la composition du Geopa ? « Chaque pays est représenté par une ou plusieurs organisations, tout dépend de sa structuration politique. L’Autriche, par exemple, est représentée par sa Chambre d’agriculture, l’Italie par trois syndicats agricoles et la France par une seule organisation, la FNSEA, qui compte trois membres de droit, dont moi-même et Pierre Marin, de Meurthe-et-Moselle. »   Quels sont vos liens avec le Copa (Comité des organisations professionnelles agricoles de l’UE) et avec la Commission européenne ? « Nous sommes adossés au Copa qui nous aide à travers la mise à disposition de moyens : cela inclut des locaux au siège du Copa, le coût des traductions et de l’interprétariat lors de nos rencontres - qui nous sont refacturés - et un appui logistique lors de nos séminaires, qui ont habituellement lieu tous les deux ans et sont consacrés à des sujets tels que le coût de la main-d’œuvre ou l’attractivité de nos métiers. Nous devions en avoir un à Riga, en Lettonie, prochainement, mais il a été annulé pour raisons sanitaires. Nous avons également des relations avec la Commission européenne : c’est la Direction générale Emploi qui préside nos réunions lorsque nous sommes en comité de dialogue social avec la Fédération européenne des syndicats de salariés agricoles, l’Effat. Nous faisons du lobbying pour faire remonter les doléances patronales de notre secteur et cela passe par des relations régulières avec la Commission, via mon assistant à Bruxelles, Manuel Delgado, mais aussi par des rencontres avec les députés européens, la collaboration à certains documents tels que le forum de liaison, qui est une plateforme d’information à laquelle nous contribuons. »   Le contexte sanitaire a-t-il eu des incidences sur vos travaux ? Lesquelles ? « Le problème le plus urgent à régler était celui de la pénurie de main-d’œuvre. Tout le monde s’est retrouvé sans salariés à cause de la fermeture des frontières et du confinement qui a été mis en place de façon très dure dans certains pays comme l’Espagne. Le 15 mai, nous avons écrit un courrier au commissaire à l’agriculture, Janusz Wojciechowski, et au commissaire à l’emploi, Nicolas Schmit, pour demander le retour à la circulation des travailleurs saisonniers intracommunautaires. C’était un courrier signé conjointement par notre organisation et par l’Effat, qui s’est associée à notre demande en échange de garanties sur la protection des travailleurs. Par la suite, lorsque les gros chantiers de récolte sont arrivés et qu’une nouvelle pénurie de main-d’œuvre menaçait, nous avons adressé une nouvelle lettre, avec le Copa-Cogeca, pour demander la circulation des salariés extracommunautaires. Ces courriers ont pesé dans les décisions européennes. »   En dehors de cette actualité, sur quelles autres problématiques travaillez-vous ? « Nous travaillons sur des documents de position car l’Union européenne fait régulièrement des consultations publiques sur des projets de directives. Actuellement, un travail est en cours sur le salaire minimum équitable. Il y a une énorme disparité des coûts du travail au sein de l’UE : cela va de 19 € de l’heure au Danemark à 3,50 à 4 € de l’heure au Portugal. Ces différences entraînent des flux de salariés d’un pays vers l’autre. Nous travaillons également sur l’apprentissage, sur la contribution au développement rural : il faut réfléchir à des solutions à moyen et long terme sur ces différents sujets, sachant que lorsque nous sommes sollicités par la Commission européenne, notre réponse porte uniquement sur le volet social. Lorsque nous sommes interrogés sur le climat par exemple, nous ne pouvons pas nous prononcer sur l’aspect agricole, qui est du ressort du Copa. »   Vous parliez du coût du travail, très différent d’un pays de l’UE à l’autre, ce qui entraîne des distorsions de concurrence. La situation peut-elle évoluer ? Y aura-t-il un jour une convergence sociale européenne ? « Nous avons terminé en 2019 un rapport sur le coût du travail que nous avons remis à nos partenaires et à la Commission européenne. Ce document permet à nos différents pays de se rendre compte de la place où ils sont, de mettre en avant le dialogue social auprès des pays qui sont en retard sur ce plan-là. Mais on ne peut pas changer les règles du jour au lendemain, c’est un long travail d’arriver à une convergence. Notre rôle, au Geopa, c’est d’emmener tout le monde, y compris ceux qui sont très loin derrière, de discuter et d’avancer. C’est lent mais ce temps est nécessaire. »

Publié le 19/10/2020

Un moment menacée de disparition, la filière Alsépi se remet en marche, sous l’impulsion des meuniers qui ont décidé de reprendre les rênes de l’association.

À la veille de la moisson, un courrier adressé aux membres du conseil d’administration et aux adhérents de la filière Alsépi avait semé l’émoi : Francis Maurer, président de l’association de la filière pain artisanal d’Alsace, prenait acte de l’échec des tentatives de redynamisation d’Alsépi. « Il est grand temps de prendre la décision difficile d’arrêter la filière et de dissoudre l’association », écrivait-il dans un courrier daté du 11 juin en appelant à la convocation d’une assemblée générale. Les agriculteurs, les organismes stockeurs, les meuniers et les boulangers alsaciens avaient créé la filière à la fin des années 1990 dans le but de proposer aux consommateurs alsaciens du pain fabriqué à partir de blé cultivé en Alsace et transformé en farine par des moulins locaux. Une façon de valoriser l’origine régionale du produit, bien avant que les circuits courts ne soient plébiscités par les consommateurs. Mais au fil du temps, la filière Alsépi s’est étiolée, le nombre de boulangers adhérents, et donc de cotisants, n’étant plus suffisant pour engager un réel travail de promotion. L’annonce d’une disparition pure et simple d’Alsépi n’a pourtant laissé personne indifférent. À l’assemblée générale du mois de juin, les meuniers ont exprimé leur volonté de s’impliquer pour relancer la filière en reprenant la certification à leur compte. Des discussions se sont donc engagées dans ce sens et ont permis d’aboutir à un compromis. La certification porterait désormais sur la farine Alsépi, et non plus sur le produit final, ce qui déchargerait les boulangers des obligations qui y sont liées, telles que l’enregistrement des livraisons de farine et la comptabilité séparée. Ceux qui souhaitent vendre du pain Alsépi devront toutefois respecter une charte d’engagement. Des possibilités supplémentaires pour la filière Cette évolution ouvrira des possibilités supplémentaires aux meuniers qui, jusqu’à présent, ne pouvaient vendre la farine produite sous cahier des charges Alsépi qu’aux artisans boulangers d’Alsace. Ils pourront, par exemple, la commercialiser auprès des industries agroalimentaires régionales qui utilisent de la farine dans leurs fabrications (fabricants de pâte à tartes flambées ou à pizzas, de pâtés en croûte…) et pourront à ce titre utiliser la marque Savourez l’Alsace-Produit du terroir. Signe de l’engagement des meuniers, c’est une de leurs représentants, Isabelle Welsch, du moulin Burggraf-Becker à Dossenheim-sur-Zinsel, qui prend la présidence de l’association de la filière pain artisanal d’Alsace. De nouveaux statuts ont été approuvés lors d’une assemblée générale extraordinaire qui a eu lieu début octobre. Les boulangers restent présents dans le troisième collège de l’association, celui des utilisateurs, mais ne sont plus représentés au conseil d’administration.

ZNT – Le projet de la FDSEA du Bas-Rhin

Des fleurs pour rapprocher les cœurs

Publié le 07/10/2020

Depuis le 1er janvier 2020, les agriculteurs sont tenus de respecter des zones de non-traitement à proximité des habitations. Dans ce dossier épineux qui avance au rythme un peu lent des consultations publiques, la FDSEA du Bas-Rhin a décidé de prendre le taureau par les cornes. Le 3 octobre, le syndicat a proposé aux maires du canton de Soultz-sous-Forêts une solution pour aménager ces espaces, dans l’espoir de satisfaire les intérêts de tous : agriculteurs, élus et riverains.

Plusieurs fois par an, l’Amicale des maires du canton de Soultz-sous-Forêts organise des sorties de terrain. Mais, à cause des restrictions sanitaires actuelles, difficile de s’attrouper dans les entreprises. Alors, samedi 3 octobre, le rendez-vous est donné, en plein air, à la ferme de Georges et Mathieu Werly, à Birlenbach. Voilà six ans que le groupe d’élus n’a pas visité d’agriculteurs, les hôtes du jour s’en donnent donc à cœur joie, avec deux objectifs : partager leur savoir-faire et discuter d’une solution concrète pour aménager les fameuses zones de non-traitement. Le fils, Mathieu, casquette vissée sur la tête, introduit d’abord son étable où une cinquantaine de vaches laitières cohabitent et produisent près de 700 000 litres par an, une performance qui tient au robot acquis en 2015 et qui impressionne les 23 élus. Un peu plus haut, c’est Georges, le père, qui présente ses « athlètes de haut niveau » : les futures génisses. Dans ce deuxième bâtiment, certaines apprennent à manger seules de la pulpe de betterave et des fourrages tirés de leurs 110 hectares, à marcher sur du caillebotis, d’autres séjournent pendant leur congé maternité, avant de vêler.     Sur invitation de @FDSEA67 les maires du canton de #Soultz à la découverte du monde #agricole et explications #ZNT @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/1U3Fq0WfmF — Germain Schmitt (@germain_schmitt) October 3, 2020     Des bandes mellifères de cinq mètres Désormais assis au pied des ballots de paille, les visiteurs reprennent leur fonction, car il faut parler des « zones de non-traitement » imposées par l’État depuis le 1er janvier auprès des habitations, et qui suscitent de nombreux débats. Pour cela, la FDSEA du Bas-Rhin, en collaboration avec les Jeunes Agriculteurs, est venue avec une proposition : sur cinq mètres de large, et non trois comme prévu initialement, les agriculteurs s’engageraient à mettre en place et gérer des bandes mellifères. En retour, les maires verseraient 100 € par bande de 5 m de largeur et 100 m de longueur, pour compenser les pertes de rendement et rémunérer l’entretien des espaces. « Ce n’est pas anodin, en passant de 3 à 5 m, nous voulons surtout tendre la main aux riverains, leur montrer que les agriculteurs sont prêts à faire un effort », développe Yohann Lecoustey, le directeur de la FDSEA 67 devant son auditoire. « Ensuite, nous faisons le choix de couverts mellifères pour trois raisons. D’abord, pour favoriser la biodiversité, comme le souhaite la population, ensuite pour s’inscrire dans la tradition des villages fleuris d’Alsace, enfin pour éviter les dépôts sauvages ou la circulation comme cela peut arriver sur les bandes enherbées », argue-t-il. « Mais, si on attire les abeilles, l’interrompt un maire, les gens pourraient être piqués. Qui en sera responsable ? » Ce à quoi le syndicaliste a une réponse toute trouvée. « La société de consommation nous demande de faire plus pour protéger la nature, donc je rigolerai dans ma moustache si quelqu’un nous reproche la présence d’insectes pollinisateurs. » Il lui faut aussi expliquer la question du coût. « Pour calculer la compensation envers les agriculteurs, nous nous sommes appuyés sur les barèmes de la Chambre d’agriculture, et sur le chiffre d’affaires moyen d’un exploitant auquel on a retiré les charges opérationnelles non réalisées, et ajouté le coût d’implantation », complète le syndicaliste. Quelques moues accueillent son argumentaire. « Mais cette perte doit être compensée par qui ? N’est-ce pas le rôle de l’État ? », demande un élu. « L’État compense rarement », lâche Yohann Lecoustey, cynique et désabusé à la fois. Un investissement justifié C’est pourquoi, avec sa proposition, la FDSEA mise sur la mobilisation locale pour s’attaquer rapidement au problème et surtout y apporter une réponse durable. « Dans votre secteur, nous n’avons pas trouvé de communes concernées par des distances folles, tente de rassurer Yohann Lecoustey. Nous pourrons vous aider à identifier les parcelles cadastrales concernées. » La FDSEA a déjà soumis cette idée de convention entre maires et agriculteurs lors de la consultation publique pour la charte départementale sur les ZNT, en étude actuellement à la préfecture. Même si le texte est rejeté, rien n’empêchera les collectivités et les agriculteurs de signer un contrat de droit privé. Cet automne, Elisabeth Weinling-Hamel, la nouvelle maire de Lobsann, a prévu d’organiser une réunion avec les agriculteurs qui ont des terres en bordure du village, car les relations se tendent avec les 640 habitants du village. Elle leur soumettra cette convention. « C’est la boîte à outils qui va me sauver la vie, s’enthousiasme l’élue. Et la meilleure solution sur le fond, car elle permet de régler les problèmes des risques sur la santé des gens, et de renforcer l’image des agriculteurs. C’est d’ailleurs très appréciable que cette idée vienne d’eux. » La question du coût ne l’inquiète pas trop. Sur sa commune, seule une centaine de mètres entre dans les zones de non-traitement. « C’est un investissement certes pour notre petit budget de fonctionnement, mais une dépense qui se justifie. Je ne veux pas que dans 50 ans, on reproche aux communes de n’avoir rien fait », ajoute-t-elle. Mais, la proposition de la FDSEA est-elle applicable à des communes plus grandes ? Certains maires en doutent. « Moi, j’ai 200 mètres linéaires à couvrir, donc ce ne sera pas trop embêtant, mais pour les agglomérations, ce sera plus compliqué financièrement », évalue Dominique Schneider, maire de Merkwiller-Pechelbronn. En attendant l’aide de l’État Des municipalités du secteur ont d’ailleurs déjà adopté une autre solution, plus accessible. Fraîchement élue au printemps, la nouvelle municipalité de Soultz-sous-Forêts-Hohwiller a conclu avec les agriculteurs de transformer les ZNT, qui couvrent un peu plus d’un kilomètre, en bandes enherbées. « Nous nous sommes inspirés des chiffres prévus pour le dédommagement des surfaces à abandonner contre les coulées de boue, et cela nous revient à quatre fois moins cher que les bandes mellifères », compte le maire, Christophe Schimpf. Mais il ne s’interdit pas d’opter pour un embellissement floral, si l’État apporte la dotation nécessaire. « Normalement, l’État doit verser 0,10 € par m2 pour compenser le manque à gagner, c’est prévu, mais ça traîne. Après, il faudra aussi que les agriculteurs s’y retrouvent », pondère l’élu. Car, les bandes mellifères ne rapporteront rien aux premiers concernés. « Je ne pourrai pas me le permettre », dit franchement Jean Walter, un jeune exploitant de 30 ans. Il possède 40 hectares, dont 20 ares en bordure du village de Lobsann, qui lui rapporte quelque 80 quintaux de blé et 100 quintaux de maïs à l’hectare par an. Il accueille aussi des chevaux en pension. « Je suis déjà obligé d’acheter du fourrage à l’extérieur à cause de la sécheresse, donc je transformerai ces zones en herbage pour ne pas trop perdre, surtout que par endroits, je devrai sûrement sacrifier toute la parcelle, regrette celui qui est déjà passé à l’agriculture raisonnée sur ses parcelles situées entre des maisons. Ce n’est pas tant le fait d’être indemnisé qui m’intéresse, mais de pouvoir continuer à produire. » Ce projet devra donc s’adapter aux besoins de chacun et la FDSEA en est consciente. « Tout cela ne peut être que volontaire et s’il le faut, nous développerons une option herbage », concède Yohann Lecoustey. Avant Birlenbach, la FDSEA a déjà présenté son projet devant les maires de la Communauté de communes du Kochersberg. Une première convention devrait être signée dans les prochains jours à Truchtersheim. « Notre objectif, c’est que tous les maires du département adoptent la même posture. Notre département pourrait être pionnier car, à ce jour, nous sommes les seuls à proposer ça », rêve Yohann Lecoustey. À voir si ce modèle est duplicable ailleurs en France car rares sont les villages où les habitations sont aussi regroupées qu’en Alsace. Mais rien n’est impossible pour gagner en sérénité.

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