Viticulture

Fête de la vigne et du vin de Traenheim

Un nouveau sentier viticole

Publié le 05/06/2018

Les vignerons de Traenheim ont célébré la vigne et le vin, samedi 26 mai. Ils ont profité de l’occasion pour inaugurer leur nouveau sentier viticole.

Jean Dreyfuss est le nouveau président du syndicat viticole de Traenheim. Il a succédé à Guillaume Mochel en mars dernier. Pour sa première année de présidence, il a été gâté : l’inauguration du sentier viticole entièrement relooké s’est déroulée samedi dernier, en ouverture de la balade gourmande qu’organisent chaque année les vignerons du village. « Nous avons remplacé les anciens panneaux par des pierres de grès où nous avons fixé des panneaux transparents. Sur ces panneaux, un artiste local, Éric Bonin, a mis en forme et illustré les textes que nous avons rédigés », explique-t-il. Résultat, un subtil mélange d’authenticité, de modernité et d’originalité, à l’image des vins de Traenheim. Pour la cérémonie inaugurale, de nombreux élus s’étaient donné rendez-vous au château d’eau : Laurent Furst, député de la circonscription de Molsheim, Gérard Strohmenger, maire de Traenheim, et de nombreux élus des villages environnants. Sans oublier bien sûr les personnalités du monde viticole, avec à leur tête Didier Pettermann, président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, et la reine des vins d’Alsace, Justine Schmitt. Place ensuite à la marche gourmande des Loejelgücker qui a fait le plein cette année. Si l’apéritif se déroulait au château d’eau, décidément un haut lieu de la vie traenheimoise, la suite du parcours a mené les convives d’un domaine viticole à l’autre, de l’entrée au dessert, chaque halte étant ponctuée d’une dégustation de vins du cru. Et comme le beau temps était de la partie, c’était un réel plaisir de s’attabler dans les cours de ces somptueuses fermes qui ont vu des générations de vignerons s’efforcer de tirer la quintessence de leurs vignes. Au total, 360 personnes se sont inscrites pour cette balade gourmande. Les organisateurs en attendaient 250 de plus pour les dégustations au verre et les tartes flambées. Et, vu la foule qui se pressait au centre du village, ils ne se sont guère trompés dans leurs estimations…

Publié le 04/06/2018

Le cycle de conférence organisé par l’École de management de Strasbourg et la marque Alsace a fait étape à Colmar. Le thème de l’œnotourisme a été décliné à l’international, mais aussi localement autour de trois exemples : la maison Zeyssolff à Gertwiller, la maison Cattin à Vœgtlinshoffen et la maison Hauller à Dambach-la-Ville.

Avec 10 millions d’adeptes en France en 2016, l’œnotourisme est en croissance constante depuis 2009, de 4 % par an. « En Europe, l’œnotourisme croît entre 7 et 12 % par an, précise Isabelle Hess-Misslin, diplômée en 2017 du master 2 Management du tourisme de l’École de management (EM) Strasbourg. Le contexte est favorable au développement de cette activité. Cependant, la France a un certain retard à combler. Nous sommes deuxième producteur mondial et deuxième consommateur, alors que la Californie, quatrième producteur mondial, accueille deux fois plus d’œnotouristes que la France. » Ludovic Hauller, responsable du développement commercial dans le domaine familial de Dambach-la-Ville, était six mois en Californie pour son stage de fin d’étude. Il a œuvré au Castello di Amorosa, château inspiré du XIIIe siècle, mais construit en 2007 et accueillant 2 000 visiteurs par jour. « Les clients ne sont pas forcément des amateurs de vin. Ils paient 20 dollars ($) pour une visite avec dégustation de cinq vins. L’entrée de gamme est à 25 $ et le best-seller est un vin de type lambrusco à 7° d’alcool, vendu 35 $. » Si tous ces éléments ne sont pas adaptables à l’Alsace, Ludovic Hauller s’est cependant inspiré de cette expérience pour organiser des événements. « S’inspirer de ces initiatives en prenant en compte nos particularités » Anne-Céline Lamberger, diplômée 2017 du Master international Wine Management and Tourism de l’EM Strasbourg et conseillère caviste chez Klipfel à Barr, était en Afrique du Sud dont le vignoble de 1 330 hectares est sept fois plus petit que celui de la France mais propose des « offres surprenantes ». Les domaines s’ouvrent aux visiteurs à travers des winerise : « Élégants et exclusifs, ils ont pour caractéristiques de toujours allier vin et gastronomie, car la législation oblige à servir des repas chauds ». L’art est souvent associé à ces caves avec expositions et galeries. Et l’aspect environnemental est mis en avant à travers des safaris dans le vignoble. Le Dr Coralie Haller, enseignante-chercheure à l’EM Strasbourg, responsable du Master 2 Management du tourisme, porteuse de la chaire Vin et tourisme de l’EM Strasbourg, évoque sa visite dans le Wine Wonder Land, du réalisateur Francis Ford Coppola en Californie, qu’elle surnomme le Walt Disney du vin. « Il se caractérise par une winery mise en scène avec des éléments de films où l’on vend des goodies (produits dérivés) et de l’autre côté un resort (hôtel avec piscine, etc.), indique celle qui a également vécu quatre ans en Australie. Il n’y a pas qu’un seul œnotourisme étranger, ni un seul mode de consommation mondiale. L’approche globale n’est pas intéressante, mais l’on peut s’inspirer de ces initiatives en prenant en compte nos particularités. » Une recherche d’authenticité Les particularités du vignoble alsacien ont été analysées dans le mémoire de recherche mené l’an dernier par Isabelle Hess-Misslin : « L’Alsace est la troisième destination œnotouristique de France, derrière le Bordelais et la Champagne. L’étude repose sur deux panels : les experts viticoles et touristiques entendus en entretiens et les visiteurs sondés à travers un questionnaire trilingue. Elle permet de constater que la découverte du vin est une raison secondaire à la visite. La première volonté est la découverte de villages authentiques et de paysages. Pourtant, les répondants professionnels considèrent que l’aspect principal de l’offre œnotouristique doit être la connaissance des vins d’Alsace. Pour les visiteurs, c’est la dimension esthétique qui prime. 91 % d’entre eux veulent profiter d’un environnement agréable et vivre un moment convivial. Ils souhaitent apprendre à déguster le vin et des accords mets vins et connaître le domaine. Ils ne sont plus dans la recherche d’expériences extraordinaires, mais d’authenticité. » Sans connaître ces données, le domaine C & Y Zeyssolff à Gertwiller a fait évoluer son offre en ce sens. Céline Zeyssolff rappelle que le domaine, créé en 1574, a été repris par son époux en 1997. Alors, la clientèle était à 80 % constituée de restaurateurs. En 2005 naît la première boutique, Au Péché vigneron : « Elle est boostée par notre implantation géographique, en face de la biscuiterie Fortwenger ». En 2008, elle est complétée par un salon de thé. En 2015, l’ensemble est repensé. Le salon de thé devient un bar à manger de 20 places ; la boutique un « lieu d’échange, ouvert à tous, à la fois culturel et émotionnel. Elle met en éveil les cinq sens avec de la musique, des supports vidéo et bien sûr la dégustation ». Parallèlement, cinq gîtes ont été ouverts au fil des ans. À Vœgtlinshoffen, la Maison Cattin a puisé son inspiration à l’étranger. « La douzième génération est la première à être allé voir ce qui se fait ailleurs en viticulture et en œnotourisme », déclare Anaïs Cattin, responsable export et œnotourisme. Le résultat est le Belvédère, un lieu à la fois bar à vin, espace de vente, de visite et de dégustation ouvert tous les jours de 10 h à 19 h, des visites de la vigne à vélo et en gyropodes Segway, mais surtout des événements inspirés des winedinners. Le prochain est une soirée accord mets et vins aux saveurs thaïlandaises, en juin ce sera une soirée « art et vins » avec ventes aux enchères de street art. Les initiatives étrangères ont également inspiré Ludovic Hauller. « Depuis 2005, avec mon frère Guillaume, nous avons développé les bouchons en verre Vino Lock, des cuvées spéciales et plus récemment des bouteilles sérigraphiées. » Au titre des événements passés et amenés à se renouveler annuellement, Ludovic et Guillaume ont imaginé deux soirées rassemblant 400 personnes chacune : l’Après-ski du vignoble et l’Olejito Beach Party. La dernière nouveauté est le Wine Truck ou camion de Léon. Il ira bientôt à la rencontre des clients et sera présent lors de la prochaine foire aux vins de Colmar. L’Alsace : terre d’expérience des vins blancs d’exception Isabelle Hess-Misslin dresse le bilan et les pistes de développement de l’œnotourisme en Alsace. Elle propose de transformer la destination vignoble d’Alsace en « Terre d’expérience des vins blancs d’exception ». « Il faut accompagner les entreprises vinicoles dans ces démarches à travers les organismes professionnels viticoles ou touristiques. » La réflexion est menée actuellement par le réseau d’acteurs de la filière vin InVinotech. L’œnotourisme est un défi encore plus grand pour les petites structures : « Il faut inventer de nouvelles compétences pour délester les petites entreprises de certaines visites-dégustations, par exemple ». Enfin, « il faut unir l’identité alsacienne autour d’une image forte à travers la refondation en cours du site route des vins d’Alsace ». Isabelle Hess-Misslin suggère également la création d’une cité de l’expérience des vins d’Alsace. « Cela se fait en Bourgogne, alors pourquoi pas chez nous », conclut-elle.

Publié le 17/05/2018

La diversité de la flore présente dans une vigne est un atout de premier plan pour bien la conduire. La préserver ou la restaurer demande souvent la révision des choix techniques en place.

« Il y a des pratiques viticoles qui font diminuer la biodiversité floristique du vignoble. La plante ressent les traitements et la fauche comme des stress au même titre que la disponibilité en eau ou des températures excessives. Les choix de semis ne sont pas anodins non plus. Le pire est d’implanter, ou une seule espèce, ou des mélanges à base de graminées gourmandes en eau, ou encore des espèces fleuries comme les zinnias ou les cosmos que l’on choisit parce qu’elles vont faire jolies à l’œil alors qu’elles ne sont pas inféodées au milieu ». Chantal Rabolin-Meinrad, ingénieur au département agronomie et environnement de l’Inra, a les preuves de ce qu’elle avance. Avec son équipe d’évaluation de la flore présente, elle a effectué des relevés depuis 2010 dans le vignoble. Elle a pu y observer le séneçon du Cap (Senecio inaequidens). Cette toute petite fleur jaune colonise l’espace en désorganisant complètement les communautés végétales en place. Elle n’offre surtout pas le gîte et le couvert aux auxiliaires et prédateurs qui vivent d’habitude dans ces parcelles en se nourrissant de pucerons ou de vers de la grappe. La peur de ne pas parvenir à maîtriser leur flore pousse certains viticulteurs à revenir au labour, parfois de manière annuelle. Pour Chantal Rabolin-Meinrad, il faudrait plutôt penser à l’abandonner, au pire n’y avoir recours que tous les dix ans. « Le passage de la charrue perturbe le sol. Il produit à peu près le même effet qu’un herbicide. Il fait disparaître les plantes à bulbes. Il récrée un lit de semences et réveille les semences dormantes, notamment d’amarantes, de chénopodes et de mercuriales très gourmandes en eau. Il vaut mieux griffer le sol pour libérer les graines de nouvelles espèces » explique-t-elle. La fauche est une seconde pratique à appliquer avec discernement. « Les fauches rases et répétées sont à proscrire, principalement de mai à juin. La volonté de redynamiser la flore de son vignoble demande à ce que l’on laisse épier les espèces locales qu’on souhaite voir s’installer. Cela revient à décaler la première fauche en juillet. Dans tous les cas, il faut au moins conserver une dizaine de centimètres de végétation » poursuit Chantal Rabolin-Meinrad. Semer des graines d’espèces locales Comment favoriser le développement d’une communauté d’espèces peu concurrentielles pour la vigne ? Le principal levier qui peut être actionné est de semer des mélanges avec de fortes proportions d’espèces traçantes au chevelu racinaire éclaté comme le bleuet, le souci, la marguerite, le sainfoin, le coquelicot ou encore la luzerne lupuline qui contribue à fournir de l’azote. L’emploi de semences d’espèces locales et s’interdire tout insecticide est un plus. L’initiative du syndicat viticole de Ribeauvillé en fournit le premier exemple. En octobre 2017, ses adhérents ont commencé par travailler l’interrang libre et par y pratiquer deux faux-semis. Ils ont semé à 5 g/m² sur une surface de 7,5 ha un mélange de vingt espèces fleuries (70 % de la dose) et de cinq graminées (30 % de la dose). Elles ont été retenues en raison de leur intérêt pour le milieu et de leur faible concurrence pour l’eau et les éléments nutritifs. L’ensemble des graines d’origine avait été fourni par le Conservatoire des sites alsaciens (CSA). « Il faudra de trois à quatre ans d’observations pour confirmer que, comme l’équipe de l’Inra le pense, ce type de mélange n’a pas d’effet négatif » estime Chantal Rabolin-Meinrad. Un tel mélange est considéré adapté à un bassin-versant présentant une exposition solaire et des pentes similaires. Dans le cas de Ribeauvillé, cette zone homogène s’étend sur une trentaine de kilomètres pour des espèces similaires. Des corrections sont cependant susceptibles d’être apportées à la composition déjà citée en fonction des types de sol spécifiques aux différents terroirs de cette zone. Le cas du cavaillon n’est pas désespéré. De la petite luzerne (Medicago lupulina), la potentille rampante ou argentée, la piloselle peuvent constituer une communauté à prélèvements réduits. Une stratégie de buttage/débuttage avec un léger déplacement de la butte par des disques suffit à affaiblir ces plantes au moment où la vigne a ses plus gros besoins nutritifs, sans pour autant les empêcher de repartir après coup. Une diversité floristique s’établit à partir de quarante espèces présentes sur 500 m² au centre d’une parcelle. Ce chiffre peut doubler dans les milieux les plus riches. Les facteurs qui influencent la densité de ces communautés de plantes ne tiennent pas uniquement dans l’espace restreint de la parcelle. « L’environnement d’une parcelle viticole est aussi important que la façon de travailler du viticulteur. Il est certain que la distance existant entre les ceps et d’autres éléments du paysage joue un rôle et l’étude en cours doit permettre de préciser l’impact de cet éloignement. La proximité d’une haie comportant des arbustes comme des cornouillers sanguins, des noisetiers, (voir sous http://haies-vives-alsace.org/), constitue un abri pour les abeilles sauvages et domestiques, les bourdons, les syrphes ou les lépidoptères qui interviennent dans la pollinisation des espèces fleuries. Planter une haie favorise le retour d’une parcelle à un équilibre général » note Chantal Rabolin-Meinrad.  

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