Bâtiments d’élevage
Contre les odeurs, plantez des haies
Bâtiments d’élevage
Publié le 01/02/2018
Situés à 300 mètres des premières maisons de Witternheim, les cochons de Sébastien Haug incommodent le voisinage. Le jeune éleveur a donc entouré ses bâtiments d’une haie censée retenir les odeurs et masquer les murs de béton. Un phénomène qui pourrait bientôt conquérir toute l’Alsace.
Attention, ça pousse ! D’ici deux ou trois ans, les bâtiments d’élevage de Sébastien Haug auront disparu des abords de Witternheim. L’éleveur de cochons n’envisage pas de déménager, mais il a planté une haie autour de son terrain, en décembre. Cet aménagement doit cacher les murs disgracieux et freiner l’odeur qui dérange le voisinage. Un problème bien connu de nombreux agriculteurs alsaciens. Installés à quelques centaines de mètres du village, les 2 000 porcs de la ferme Haug font jaser. « On nous a beaucoup critiqués parce qu’on ne faisait rien pour le paysage, ni contre les odeurs », explique Sébastien, à la tête de l’affaire familiale depuis 2010. Si bien que la mairie a décidé de limiter l’extension de l’élevage dans le nouveau plan local d’urbanisme. Dans la crainte de se retrouver bloqué, le paysan passe un accord avec l’édile. Il recevra l’autorisation de construire un troisième bâtiment s’il plante des haies. Chose faite le 19 décembre dernier. Au total, près de 400 mètres d’arbres et arbustes sont plantés. « Le rang va maintenir la lame de vent en hauteur, commente Jacques Detemple, président de l’association Haies vives d’Alsace, qui a conseillé l’agriculteur. L’odeur devrait passer au-dessus des maisons. » Petit hic, une haie maintient le vent en altitude sur cent mètres. Passée cette distance, le vent retombe avec les odeurs dans son sillage. « Pour être efficace au maximum, il faudrait une haie tous les cent mètres », constate l’expert. Mais Sébastien Haug ne peut pas planter des arbres sur des terrains qui ne lui appartiennent pas. Services maximum, entretien minime Selon les deux hommes, la rangée installée en décembre devrait tout de même atténuer l’odeur. Pour Sébastien, cette solution est idéale. L’entretien de ses nouveaux arbres s’avère minime. « Passer un coup de sécateur une fois par an et remettre les protections grillagées autour des arbres de temps en temps », résume Jacques Detemple. Le propriétaire a reçu une subvention de la Région Grand Est pour financer les plans et études des sols effectués par Haies vives d’Alsace. Au final, l’achat des plants et leur installation par le chantier d’insertion SAVA lui ont coûté 6 500 €. Selon l’associatif, ses protégés présentent de très nombreux avantages cachés. « On utilise les haies comme perchoirs pour rapaces, pour lutter contre l’érosion et même contre le ruissellement, avance-t-il. Ici, on va observer un retour de la biodiversité. Les arbrisseaux vont attirer les passereaux ; la chouette chevêche nichera dans les plus grands arbres. » Ces oiseaux devraient se nourrir d'insectes, dont des nuisibles. De fiers services que commencent à s’arracher agriculteurs et collectivités dans toute l’Alsace. Haies vives intervient par exemple à Ungersheim, Laubach, ou encore Strasbourg. « Nous avons même commencé une concertation entre de nombreux agriculteurs pour limiter le ruissellement dans une vallée vosgienne. » Les haies n’ont pas fini de faire parler d’elles.












