ovins

Diversification

L’agneau fait un tabac

Publié le 15/04/2017

Thomas Lehmann s’est lancé dans la production ovine en 2008 pour remplacer la culture du tabac, trop gourmande en main-d’œuvre. Il adhère à l’association Agneau Terroir d’Alsace depuis l’an dernier.

Agriculteur à Boofzheim, à une dizaine de kilomètres de Benfeld, Thomas Lehmann a « basculé » dans l’élevage ovin en 2008, en reprenant la troupe d’un agriculteur de son village, qui cessait son activité. « Historiquement, on faisait du tabac sur l’exploitation mais il fallait remplacer cette culture qui était très gourmande en main-d’œuvre et qui ne donnait pas un rendement suffisant sur nos sols », explique Thomas Lehmann. La reprise de la centaine de brebis croisées et d’un bâtiment lui permet de démarrer son élevage. Il augmente progressivement la troupe, qui compte aujourd’hui 200 brebis, et l’oriente en race pure île de France. « Je suis parti sur cette race pour pouvoir étaler les naissances et profiter de la conformation. » La prolificité de l’île de France étant limitée - 1,6 agneau par an en moyenne dans son élevage - il va prochainement tester en parallèle la race romane, connue pour sa prolificité et ses qualités maternelles. « J’ai eu la chance d’être soutenu et aidé au départ par l’éleveur qui m’a cédé sa troupe, Paul Weiss. Il m’a fait bénéficier de ses conseils et de son expérience. Et j’ai aussi beaucoup profité de l’appui technique dispensé par le conseiller de la Chambre d’agriculture, Jean-Pierre Saulet-Moes », précise Thomas Lehmann. Depuis l’an dernier, il peut aussi compter sur l’association Agneau Terroir d’Alsace, dont il est l’un des plus récents adhérents. Il a intégré l’association suite à la faillite de Copvial, à qui il vendait jusqu’alors ses agneaux. Cet épisode malheureux l’a laissé avec des impayés, mais lui a permis de rejoindre une filière dynamique, portée par la demande croissante de viande d’agneau produite localement. Une prévision de débouché sur l’année « Cela impose quelques contraintes : il faut pouvoir livrer toute l’année. Mais en échange, j’ai un prix fixe sur l’année. Je sais ce que je vais toucher à l’avance, c’est quand même sécurisant en termes de revenu », explique l’éleveur, qui apprécie aussi de connaître la destination de sa viande : le supermarché Leclerc d’Obernai. « C’est important d’avoir une prévision de débouché sur l’année », souligne Thomas Lehmann. Étant l’un des deux éleveurs ovins à approvisionner la grande surface, il se concerte régulièrement avec son collègue d’Agneau Terroir d’Alsace pour assurer la continuité des livraisons. « La mutualisation fonctionne très bien », affirme-t-il. L’éleveur pratique la conduite par lots. « J’ai trois pics d’agnelage dans l’année : septembre-novembre, janvier-février et mai-juin. Cela me permet d’étaler les ventes. Cela lisse également la charge de travail durant l’année. » Les brebis sont mises en lutte naturelle, en bergerie ou en pâture selon la saison. Les agneaux sont élevés en bergerie, sauf les agneaux d’été qui naissent en mai-juin. Nourris au lait maternel, ils sont sevrés autour de 70 jours, puis reçoivent un mélange de foin et de paille produits sur l’exploitation, de l’orge et un complément azoté pour l’apport de protéines. Seules les protéines sont achetées à l’extérieur. Pour l’instant tout au moins. Thomas Lehmann, qui cultive une douzaine d’hectares de soja, étudie la possibilité de devenir autonome en protéines. Son nom en haut de l’affiche Réguler la vitesse de croissance des agneaux en prévision de sorties exige une certaine technicité. « Il faut jouer sur l’alimentation pour éviter que les animaux ne fassent du gras », explique l’éleveur. Quand le moment est venu, les agneaux sont livrés à l’abattoir de Haguenau, où ils sont abattus. Ils affichent un poids de carcasse compris entre 19 et 21 kg en moyenne. Au final, Thomas Lehmann est satisfait de s’être lancé dans l’élevage ovin. « Ça a permis de valoriser nos surfaces fourragères - une vingtaine d’hectares - et de remplacer le tabac sans gros investissement : j’ai reconverti un tunnel de séchage en bergerie et en bâtiment de stockage pour le foin », illustre l’éleveur. L’élevage ovin offre une bonne complémentarité avec les céréales : du point de vue de la charge de travail, mais aussi parce que les ovins fournissent la matière organique nécessaire aux terres labourables. En épandant le fumier sur ses champs, Thomas Lehmann réalise des économies non négligeables sur ses achats d’engrais. En semant des mélanges de graminées et de trèfle après son orge, il optimise également la production de fourrage tout en améliorant la couverture de ses sols à l’intersaison. Cette production a aussi permis à son épouse, Annick, de rester sur l’exploitation, où elle est salariée. Enfin, en rapprochant l’éleveur du consommateur, elle lui offre une gratification qu’il ne trouvait pas dans les cultures végétales : celle de voir son produit sur l’étal, parfaitement identifié grâce à une affiche indiquant la provenance de la viande dans le rayon boucherie du supermarché client. Le contact régulier avec le boucher donne l’opportunité d’un retour direct sur la qualité des agneaux livrés. Un retour stimulant, qui permet à Thomas Lehmann d’être parfaitement en phase avec les attentes du marché.

Publié le 07/04/2017

Une vingtaine d’éleveurs ovins commercialisent leurs agneaux sous la marque Agneau Terroir d’Alsace. Lancée il y a cinq ans, cette marque leur permet de valoriser la viande provenant d’animaux nés, élevés et abattus localement.

Pour fêter ses cinq ans d’existence, l’association Agneau Terroir d’Alsace organisait une rencontre éleveurs-abatteurs-bouchers, lundi 27 mars à la ferme Huchot à Preuschdorf. La filière, qui regroupe aujourd’hui 19 éleveurs, 2 abattoirs, et 41 points de vente, a été montée pour offrir « un cadre protecteur » aux éleveurs ovins, qu’une précédente tentative d’organisation de la production avait laissés insatisfaits. Stéphane Huchot et Jean-Pierre Saulet-Moes, respectivement président et animateur de l’association, l’ont rappelé aux élus présents lors de cette rencontre, le député Frédéric Reiss, le sénateur Guy-Dominique Kennel, la conseillère départementale Nathalie Marajo-Guthmuller et le maire de Preuschdorf Stéphane Wernert. En créant une marque à destination du marché alsacien, les membres de l’association souhaitaient vendre leur production sans intermédiaire, à un prix suffisamment rémunérateur pour offrir des perspectives d’avenir. Cet objectif est aujourd’hui rempli, constate Stéphane Huchot. « Agneau Terroir d’Alsace est une marque pérenne et reconnue », se réjouit-il. Les 19 éleveurs concernés - ils n’étaient que 15 au départ - commercialisent 5 500 agneaux par an auprès des bouchers-charcutiers et des GMS de la région. Jean-Luc Hoffmann, boucher à Haguenau, est l’un des premiers à avoir franchi le pas. Au début, il achetait deux agneaux par semaine à la ferme Huchot. Désormais, il écoule jusqu’à sept à huit agneaux par semaine dans ses deux magasins de Haguenau et sur les marchés où il est présent. « Mon père et mon grand-père achetaient déjà en filière courte, témoigne le boucher, qui est aussi vice-président de la corporation des bouchers-charcutiers du Bas-Rhin. C’est une démarche qui me plaît bien et qu’il faut soutenir. J’aimerais bien qu’on arrive à persuader nos confrères de n’acheter que de l’agneau local. » Étaler les agnelages Pour pouvoir approvisionner les points de vente tout au long de l’année, les éleveurs s’astreignent à étaler les agnelages, ce qui engendre un surcroît de travail et renchérit le coût de production. « En général, sur une exploitation, il y a un ou deux lots d’agnelage. Passer à quatre ou cinq lots est plus compliqué, explique Jean-Pierre Saulet-Moes. Pour pouvoir rallonger la période d’agnelage, nous avons demandé à nos adhérents de produire à contre-saison. » C’est ainsi que Stéphane Huchot a introduit la race romane dans son troupeau, une race qui agnelle naturellement à partir de septembre, sans utilisation d’hormones. Soucieuse de ne pas « trop chambouler les systèmes de production individuels », l’association Agneau Terroir d’Alsace mise aussi sur la mutualisation de l’offre pour pouvoir répondre à la demande toute l’année et au pic de consommation de Pâques. Lorsqu’un éleveur ne peut fournir les agneaux demandés, d’autres membres de l’association prennent le relais. Cinq ans après son lancement, la marque Agneau Terroir d’Alsace est maintenant bien installée dans le paysage alsacien. « Rares sont les filières où on n’a pas de souci pour écouler sa production. Quand il y a un jeune qui prévoit de s’installer derrière, ça ouvre une voie », remarque Stéphane Huchot. Le prix de vente des agneaux, déterminé en janvier, est fixe sur l’année, ce qui assure aux adhérents une visibilité qui fait défaut dans d’autres secteurs. Reste tout de même quelques points noirs. Le dépôt de bilan de Copvial, l’an dernier, a affecté plusieurs adhérents de l’association, qui ont toujours des créances non réglées. Dans cette situation, Agneau Terroir d’Alsace a réussi à nouer un partenariat avec l’abattoir de Haguenau. Un outil de proximité construit en 1969 dont l’avenir est cependant incertain. « Notre souci, c’est que cet abattoir reste en place. Il y va de la survie de notre filière », fait valoir Stéphane Huchot. Une préoccupation partagée par Jacqueline Riedinger-Balzer, présidente de la corporation des bouchers-charcutiers du Bas-Rhin. « Il est vital de conserver cet abattoir, car le transport rajoute au prix, le consommateur n’en a pas conscience », insiste-t-elle. Des frais d’abattage trop élevés L’abattoir est la propriété de la communauté d’agglomération de Haguenau, après avoir été longtemps celle de la Ville de Haguenau, précise Dominique Platz, en charge du développement économique auprès de la collectivité. Son exploitation est confiée à la société Muller, dans le cadre d’une délégation de service public. « L’abattage est une activité complexe : il y a toute une série de normes à respecter, pour lesquelles des investissements sont faits régulièrement. La communauté d’agglomération injecte chaque année 50 à 60 000 € pour avoir un outil aux normes. Elle se rémunère par une taxe d’usage. » Suite au placement en redressement judiciaire de l’abattoir en 2013, la collectivité avait renoncé à percevoir cette taxe. Un plan d’apurement est toujours en cours. « Comme toute entreprise, l’abattoir doit parvenir à un équilibre économique permettant sa viabilité. Si demain, il n’y a pas d’équilibre financier, c’est le contribuable qui paie », prévient Dominique Platz. Interpellé sur le montant des frais d’abattage, que les membres d’Agneau Terroir d’Alsace jugent trop élevés, le représentant de la communauté d’agglomération accepte d’en discuter. « Haguenau est l’un des abattoirs où les frais sont les plus élevés. Nous sommes au taquet, nous ne pouvons plus répercuter ces frais sur le prix de vente », argumente Stéphane Huchot. « Haguenau est un petit abattoir multi-espèces de proximité. Il n’arrivera jamais à faire des économies d’échelle comme un abattoir spécialisé, précise Ilan Fuks, son directeur. C’est cette proximité qui fait sa valeur ajoutée. » « Si on fait un abattoir spécifique pour les ovins, on sera liquidé tout de suite », ajoute David Bloch, cogérant de la société Muller, qui se base sur le rapport entre le coût de la main-d’œuvre et le tonnage de viande traitée, défavorable à la viande ovine. David Bloch dénonce par ailleurs l’accumulation des normes imposées aux abattoirs, qui pèse sur la viabilité des entreprises. Sur ce point, Guy-Dominique Kennel fait état des 20 propositions émises par la délégation aux entreprises du Sénat, à laquelle il appartient. Parmi ces propositions figure l’interdiction de toute nouvelle norme si elle n’est pas compensée par la suppression de deux autres normes dans le même domaine et l’interdiction de surtransposer la norme européenne.

Sia. Défilé des animaux du Grand Est

Un échantillon d’agrobiodiversité

Publié le 03/03/2017

De l’imposant gabarit des ardennais aux petits shetlands, des très typées laitières prim’holstein au caractère mixte des simmental et des vosgiennes, en passant par les texel et les île de France, la diversité des animaux élevés dans les fermes du Grand Est a été mise en avant dans un défilé hétéroclite.

On est loin des standards du mannequinat humain. Dans ce défilé agricole, tous les gabarits sont permis : gros, gras, petit, trapu, puissant, élégant… La région Grand Est ne jouit pas d’une réputation de terre d’élevage aussi affirmée que celle de la Bretagne ou de la Normandie, néanmoins, « elle produit de vraies réussites et bénéficie d’un potentiel énorme en matière d’élevage que le Conseil régional a vocation à développer », indique Philippe Richert, président du Conseil régional. Régulièrement, des animaux issus de la région Grand Est arrivent sur les plus hautes marches des concours de race organisés au Sia et ailleurs. Des performances qui font la fierté de Jean-Luc Pelletier, président de la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est, et lui-même éleveur. Deux berceaux de race Les premières représentantes du savoir-faire des éleveurs du Grand Est étaient deux prim’holstein, une meusienne et une mosellane, suivies de deux simmental, une meusienne et une haut-marnaise. Ce qui a permis au public de bien différencier les caractéristiques des races laitières et mixtes. La région Grand Est abrite deux berceaux de race : celui de la race bovine vosgienne, et celui de la race de cheval de trait ardennais, toutes deux étant des races à petits effectifs. Les vosgiennes étaient représentées par deux vaches alsaciennes, et les ardennais par deux juments, une alsacienne et une ardennaise. Ces deux imposantes juments étaient suivies de trois représentants de la race de poney shetland, un des plus petits équidés du monde, puis de deux races ovines bouchères un spécimen texel, originaire des Ardennes, et un spécimen île de France, originaire de la Marne. Découvrez ou revivez ce défilé en images !  

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