Publié le 18/01/2022
Les pucerons vecteurs de la jaunisse ont tendance à se nourrir préférentiellement des betteraves les plus fragiles, jeunes ou chétives. En favorisant la croissance des jeunes betteraves et en obtenant une levée régulière, le risque d’une nuisibilité forte de la jaunisse est limité.
Alors que la dérogation pour pouvoir continuer à utiliser des néonicotinoïdes pour protéger les betteraves contre la jaunisse arrive à mi-parcours, Michel Butscha, responsable technique du service betteravier de la sucrerie d’Erstein, a fait le point sur l’état des connaissances qui doivent permettre d’élaborer des méthodes de lutte alternatives. Contrairement aux autres régions françaises, les betteraviers alsaciens ont d’ores et déjà moins semé de betteraves traitées aux néonicotinoïdes en 2021 : elles représentaient 42 % de la surface pour Erstein. Bonne nouvelle pour les betteraviers alsaciens, l’Inrae de Colmar fait partie des organismes de recherche qui travaillent sur la question. « Cela nous permet d’échanger avec les chercheurs, de faire remonter des observations de terrain », se félicite Michel Butscha. Les chercheurs de l’Inrae de Colmar participent notamment au projet Modefy, initié par le groupe Deleplanque, avec un travail de criblage des betteraves et de sélection des variétés les plus tolérantes aux pucerons vecteurs de la jaunisse. « Un autre volet de recherche consiste à mieux connaître la biologie et la vie des pucerons afin de déterminer quand ils piquent, quand ils se nourrissent, et comment les virus se transmettent aux plantes ». L’azote : un coup de pouce à utiliser avec parcimonie Les connaissances sur la maladie ont déjà bien progressé. Par exemple, il est acquis que le puceron noir est peu vecteur mais qu’il constitue un bon indicateur de l’arrivée des pucerons verts qui, eux sont vecteurs. On sait aussi que le virus BYV est le plus agressif. Le BMYV l’est aussi, mais moins, et toutes les formes du virus ne sont pas transmises de la même manière. Les pucerons ont tendance à s’attaquer aux betteraves les plus jeunes et chétives. « Il y a donc tout intérêt à avoir des plantes les plus développées possible lors de l’arrivée du vol des pucerons », souligne Michel Butscha. Comment ? En améliorant la vigueur au départ, donc en soignant le lit de semence, en semant à une profondeur adaptée, pour obtenir une levée homogène. Une protection complémentaire en positionnant du Force 1,5 G dans la ligne de semis présente également un intérêt indirect. « La téfluthrine va protéger les plantules des ravageurs du sol et a un effet phytotonique qui peut stimuler leur pousse, donc faire gagner quelques jours », indique Michel Butscha. Un effet qui peut être renforcé avec un traitement des semences au Rampart (penthiopyrade). « Cette protection fongicide remplace le traitement Vibrance pour lutter contre les attaques précoces de rhizoctone brun et de pythium, toujours dans le but de garder des plantules vigoureuses à l’arrivée des pucerons », précise Michel Buscha. Autre précaution utile : un apport d’azote, de l’ordre de 30 à 40 u/ha au moment du semis, « surtout dans les parcelles non labourées où la dégradation des pailles en surface peut mobiliser de l’azote, ce qui risque de pénaliser les betteraves », pointe Michel Butscha. Cette année, étant donné le prix des engrais, les analyses de reliquat sont plus que jamais pertinentes, afin d’apporter la juste dose d’azote. Si la betterave semble peu sensible à la forme d’azote apportée, « des essais suggèrent une meilleure valorisation des apports d’engrais localisés », rapporte Michel Butscha, qui conseille aussi de réaliser des analyses de sol afin de connaître la fertilité réelle de la parcelle et d’ajuster les doses de fumure de fond aux exportations de la culture en place. Miser sur les auxiliaires en relais de la chimie Pour les semis de 2022, une option consiste à semer des betteraves F8 (protégées avec 8 g de téfluthrine), et à surveiller de près l’arrivée des pucerons afin de déclencher les traitements au plus tôt, pour être le plus performant possible. « Le suivi terrain sera renforcé en avril pour bien déterminer l’arrivée des pucerons dans les betteraves alsaciennes et lancer les avertissements. » Les spécialités les plus efficaces pour lutter contre les pucerons sont Teppeki et Movento. Et la stratégie la plus pertinente, surtout sur des betteraves chétives ou à croissance lente, consiste en un traitement très précoce, suivi d’un deuxième assez rapproché. Cela permet de laisser la place aux auxiliaires après la protection chimique, ces derniers arrivant en général 10-15 jours après les ravageurs dans les parcelles, à condition qu’ils n’aient pas été éradiqués par des traitements à large spectre. Désherbage : la mécanisation pour réduire les IFT Les programmes de désherbage élaborés par les services techniques de la sucrerie intègrent de plus en plus d’interventions mécaniques, que ce soit du binage, ou des passages de herse étrille, même si cette technique peut « perturber la ligne de semis et conduire à des levées échelonnées », pointe Marion Humbrecht, responsable relations culture à la sucrerie d’Erstein. Cette stratégie doit notamment permettre à la sucrerie d’accompagner ses adhérents qui souhaitent atteindre la certification HVE. Pour ce faire, les agriculteurs peuvent aller chercher des points en matière de gestion de la fertilisation, de l’irrigation, de la biodiversité et de la protection des plantes, ce qui suggère de réduire l’IFT, notamment en actionnant le levier du désherbage mécanique. Les essais menés par Cristal Union mettent en évidence que les stratégies qui combinent un traitement en plein, deux binages et trois traitements localisés permettent d’atteindre une bonne efficacité, de préserver le rendement, et de diviser l’IFT par deux. À noter que la labellisation HVE sera valorisée financièrement par Cristal Union, ce qui contribuera à rentabiliser les investissements dans les outils de désherbage mécanique.












