Grandes cultures

Publié le 13/05/2017

Dans le cadre de sa thèse, Mathilde Tissier a étudié la biologie du grand hamster, et notamment les conséquences de son alimentation sur sa reproduction. Elle a démontré que certaines associations culturales lui sont nettement plus bénéfiques que d’autres, et surtout qu’une alimentation peu diversifiée. De quoi donner des pistes aux agriculteurs qui s’efforcent de contribuer à restaurer la population locale de rongeur. Et, au-delà, de préserver l’équilibre de la faune alsacienne.

Dans le cadre de son master en écophysiologie et en éthologie à l’Université de Strasbourg, Mathilde Tissier avait effectué un stage à l’Institut pluridisciplinaire Hubert Curien (IPHC) sur l’effet du stress sur la reproduction des oiseaux. Puis, comme 31 autres personnes, elle a postulé pour effectuer sa thèse sur la conservation du grand hamster au CNRS-Université de Strasbourg. Yves Handrich, l’un de ses directeurs de thèse, la décrit : « Il s’agissait d’étudier d’une part l’effet de la fragmentation de son habitat sur le grand hamster. Et d’autre part d’identifier des éléments de paysage, de culture, donc d’alimentation, qui lui sont favorables. Car, en améliorant l’habitat du hamster, on favorise la faune d’Alsace en général. » Mathilde Tissier a donc notamment cherché à identifier des cultures favorables à la survie de l’espèce, c’est-à-dire qui conduisent à des portées nombreuses, une hibernation de qualité… « Nous avons par exemple testé le soja, pur ou en association avec du blé, ou encore le tournesol… Il s’est avéré que l’association blé-soja est l’une des plus favorables au hamster. Et, de manière générale, les associations blé-légumineuses. L’association maïs-tournesol, très riche en nutriments, apparaît aussi favorable au hamster, aux oiseaux, aux abeilles… » À l’inverse, d’autres associations, comme maïs-soja, se sont révélées moins bénéfiques. Des carences délétères Le 21 avril dernier, Mathilde Tissier a soutenu sa thèse et obtenu les félicitations du jury. « La thèse de Mathilde apporte une réelle nouveauté, constate Yves Handrich. Jusqu’ici, on considérait que ce qui était important, c’était la macronutrition, c’est-à-dire la quantité de protéines, de lipides, de glucides, qui comptait. Mais on a découvert avec ces travaux que c’est une vitamine qui est au cœur de l’inadaptation du maïs au grand hamster. » Mathilde Tissier a en effet démontré que la faible teneur en tryptophane dans le maïs induit une déficience de la synthèse de vitamine B3 chez les hamsters dont l’aliment de base est le maïs, ce qui les amène à adopter des comportements déviants, comme l’infanticide, peu propice à la survie de l’espèce. Francis Humann est agriculteur biologique à Ernolsheim-sur-Bruche, où il produit des volailles et des céréales. Les conclusions de la thèse de Mathilde Tissier apportent de l’eau au moulin de cet adhérent de la Cuma de la Plaine : « En bio, ce n’est pas facile d’apporter l’azote au bon moment. Donc l’idéal serait d’associer une légumineuse aux céréales. » Exactement ce que le hamster préfère ! Francis Humann a donc procédé à des essais. D’abord de sous-semis de trèfle dans le blé, mais qui s’est soldé par un échec, le blé ayant pris le dessus sur le trèfle. Puis de semis de pois dans le blé avec un semoir de semis direct. « L’année dernière ça a très bien fonctionné. J’ai eu de meilleurs poids spécifiques pour les blés associés au pois que pour les blés purs », témoigne-t-il. Cette année, l’essai est reconduit, avec cinq variétés de blé différentes, afin d’évaluer leur comportement avec le pois. Et l’essai prévoit également une association blé-soja, ce dernier étant implanté en sous-semis dans le blé. Si la valorisation de l’association blé-pois ne pose pas de problème dans le cas de Francis Humann qui peut utiliser la récolte comme aliment pour les volailles, il en va autrement de l’association blé-soja puisque les périodes de maturité ne sont pas les mêmes. Francis Humann temporise : « On décidera de la valorisation en fonction de la météo et de la qualité de la récolte ». Au pire il restera toujours l’option de la méthanisation. L’agriculteur préfère voir les bénéfices à long terme de telles associations pour « la biodiversité et la fertilité du sol ». D’ailleurs, le hamster ne se nourrit pas que des cultures semées par les agriculteurs, mais aussi d’insectes, d’invertébrés… Mathilde Tissier dévoile le menu préféré du rongeur : « Limaces, pissenlit et coquelicot ». Le hamster est donc aussi un régulateur potentiel d’espèces nuisibles ! Le gîte et le couvert Les objectifs de ces associations sont aussi de procurer au hamster un couvert protecteur contre les prédateurs, et de lui laisser la possibilité de s’alimenter le plus longtemps possible. C’est aussi pour cela que le sous-semis de pois est intéressant : il a été effectué le 20 mars, soit lorsque les hamsters achèvent leur hibernation, affamés. « Il lui suffit de sortir de son terrier pour déterrer les graines et les manger. On observe pas mal d’enveloppes de graines de pois autour des terriers », désigne Mathilde Tissier. Et, sur cette parcelle, quand le blé et le pois auront été récoltés, il restera du soja pour préparer l’hiver ! Les acteurs du programme Life Alister n’oublient pas que la rentabilité économique des exploitations agricoles doit être préservée. « Il ne s’agit pas d’implanter ces associations partout, mais çà et là, pourquoi pas en bordure de parcelle… », précise Mathilde Tissier. Ce que confirme Laurent Fischer, président de l’association Agriculteurs et faune sauvage Alsace (Afsal) : l’objectif n’est pas de refaire du hamster le nuisible qu’il a été par le passé, mais d’arriver à « une population stable », acceptable par les agriculteurs. Il a par ailleurs souligné leur engagement, et leur capacité à accepter le risque que représentent de tels essais. « Nous avons voulu montrer que nous sommes capables de prendre des mesures pour éviter qu’on nous en impose », souligne Francis Humann. Reste à les vulgariser et à les transposer.

Betteraves à sucre

L’heure est au désherbage

Publié le 05/05/2017

Les betteraves ont été relativement épargnées par le gel : 80 ha ont été retournés sur 7 480 ha. Hormis ces parcelles qui viennent d’être ressemées, les betteraves sont désormais levées. L’heure est désormais au désherbage.

Vendredi 28 avril, la sucrerie Cristal Union d’Erstein organisait des réunions de bout de parcelles. Les précipitations bienvenues du 1er mai n’étaient encore qu’annoncées. Aussi Aline Barbière, technicienne au service agro-betteravier, a-t-elle commencé par faire le point sur le manque d’eau : « En moyenne, en un mois, il n’y a eu que 10 mm cumulés. C’est très hétérogène selon les secteurs, parfois il y a eu plus d’eau, mais parfois il n’y a eu que 5 mm ». Pas de quoi faire exploser la végétation. Là-dessus s’est ajouté le gel. Les températures sont descendues jusqu’à -7 °C au plus bas. Certaines betteraves n’y ont pas survécu : « En tout, 80 ha ont été retournés », annonce Aline Barbière. Ça peut sembler beaucoup, mais comparé aux 7 480 ha de betteraves ensemencées en Alsace, cela reste raisonnable. Les experts sont passés constater les dégâts dès le samedi, et les resemis ont eu lieu dans la foulée. « Nous avons vu des cas de betteraves avec les feuilles grillées et le cœur qui repart. Là c’est bon. Mais aussi des cas où les feuilles sont restées vertes mais où le cœur a gelé et noirci. Et là, c’est perdu », rapporte Aline Barbière. Désormais, les dés sont jetés. Mais, les températures restant fraîches, elle conseille de surveiller les bas de parcelle, les cuvettes, les bords de forêt, soit toutes les zones où il peut potentiellement faire plus froid afin de ne pas passer à côté de dégâts localisés. Gare aux tipules et aux limaces Hormis ces betteraves grillées qui ont été resemées, les levées sont désormais achevées. Et force est de constater que « les plus belles sont les premières à avoir été semées. Elles ont désormais quatre vraies feuilles. Les betteraves de semis plus tardifs sont moins belles. Elles ont été semées dans le sec, ont souffert du gel, elles patinent ». Côtés ravageurs, les dégâts de taupins, lièvres et autres mulots restent anecdotiques. Même les limaces sont restées jusqu’à présent discrètes. Mais le retour des précipitations doit conduire à la prudence. Aline Barbière s’est plus longuement attardée sur les tipules (aussi appelés cousins), dont les larves se repaissent de la base des tiges de betteraves. « Les adultes pondent dans la matière organique. Les parcelles en TCS, qui reçoivent du fumier sont donc à risque. ». Maîtriser les liserons Le vif du sujet de cette réunion, c’était le désherbage. Aline Barbière a d’emblée abordé le sujet d’actualité : les liserons. « Ils sont arrivés tôt et nombreux. Nous sommes inquiets car les récoltes ont été rendues difficiles par endroits l’an passé parce que les traitements sur chaumes n’avaient pas bien fonctionné », indique-t-elle. Or l’histoire semble se répéter cette année. Elle a donc rappelé quelques stratégies qui fonctionnent. Il est indispensable de lutter contre le liseron dans les autres cultures et plus particulièrement dans le maïs, dès les prochaines semaines. Elle a incité les planteurs à faire preuve de vigilance, parce que des parcelles infestées de liseron sont très difficiles à récolter. S’adapter à la flore En l’absence de précipitations significatives et afin de préserver l’efficacité des traitements effectués, Aline Barbière a évoqué quelques leviers : augmenter la quantité d’huile dans la bouillie, raccourcir le délai entre deux traitements… « Si vous appliquez la bonne dose dans le bon timing, le résultat sera au rendez-vous », assure-t-elle. Globalement, les deuxièmes passages ont été effectués. La question du jour était donc : quand réaliser le T3 ? Aline Barbière répond : « En fonction de l’état des betteraves. Si elles ont été cognées par le T2, attendez un peu. Et cela dépend aussi de l’état de salissement de la parcelle. Si les adventices reviennent, n’attendez pas trop. Maximum une semaine après le T2. » Et que mettre dans ce fameux T3 ? « Il faut s’adapter à la flore qui reste », répond Aline Barbière. Une chose est sûre : il faut miser sur des racinaires avant une pluie. Aline Barbière a également évoqué un produit en particulier, le Centium 36 CS. Pourquoi ? Parce que bien utilisé il présente une bonne persistance d’action sur chénopodes et mercuriales et constitue donc un produit intéressant. Mais, mal utilisé, il peut pénaliser les betteraves, notamment en provoquant un blanchissement. Pour éviter ce genre de déconvenues, Aline Barbière conseille donc de réserver Centium 36 CS aux betteraves de plus de six feuilles, au T4, de ne pas dépasser une dose de 0,150 l/ha et de ne pas pratiquer d’autres mélanges que le seul préconisé par la sucrerie, à savoir Fasnet SC 1 l + Centium 36 CS 0,15 l.

Publié le 06/04/2017

Avec les conditions météorologiques clémentes, les semis de printemps battent leur plein. Après la betterave, le maïs est progressivement implanté. Les céréales à paille, le colza, les prairies profitent également des températures clémentes. Il manque juste un peu d’eau pour couronner le tout !

Après un hiver plutôt rigoureux, les cultures se portent plutôt bien. En blé « il n’y a pas eu de pertes, certains blés ont mis du temps à lever, mais finalement les densités sont bonnes, voire élevées. Il faudra alors être vigilant au risque de verse », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Les blés atteignent pour la plupart le stade épi 1 cm, sauf les semis les plus tardifs. « On se situe de fin tallage à plus de 1 cm, soit dans les clous pour la saison. » Le premier apport d’azote a été effectué il y a un mois et, les besoins allant croissants à partir de la montaison, il serait temps d’effecteur le second apport, généralement le plus important. De nombreux agriculteurs l’ont d’ailleurs déjà effectué la semaine dernière, espérant un peu d’eau durant le week-end pour valoriser l’apport, sauf qu’il n’y en a quasiment pas eu. « Il faut 10 mm d’eau pour bien valoriser un apport d’azote », rappelle Laurent Fritzinger. Donc, si le stade optimal est atteint, les conditions ne sont pas réunies pour bien valoriser les apports : « Les températures clémentes et le vent ont asséché le sol en surface, il faudrait plus d’eau pour amener l’engrais jusqu’aux racines ». L’idéal serait donc d’effectuer cet apport, avant une pluie annoncée. Il est également temps de procéder au désherbage : « La portance est bonne et, plus on attend plus on aura de mal à toucher les adventices qui seront de plus en plus développées ». Puis, il sera temps de procéder aux applications de régulateurs de croissance sur les parcelles à risque, c’est-à-dire avec une densité élevée, une variété sensible… Pour l’instant, les pucerons se font discrets : « Je n’ai rien vu, rien entendu », constate Laurent Fritzinger. Mais, comme les dégâts provoqués par la Jaunisse nanisante de l’orge (JNO), maladie virale transmise par les pucerons, ne sont visibles qu’à partir du moment où la montaison est bien engagée, il n’est pas dit que des contaminations se révèlent dans les jours à venir. Reste que le niveau de risque est plutôt faible. Maïs : c’est parti pour les semis Alors que les semis de betteraves s’achèvent, « les plus courageux ont commencé à semer les maïs à la fin de la semaine dernière », indique Laurent Fritzinger. Pourquoi pas ? Puisque, hormis dans les sols lourds, les conditions peuvent être réunies : portance, sols suffisamment ressuyés et réchauffés… « Semer tôt, cela se justifie surtout si on a des variétés tardives », rappelle Laurent Fritzinger. Histoire de sécuriser la fin de cycle. Donc, si les conditions anticycloniques se maintiennent, la cadence devrait s’accélérer dans les prochains jours. Premier constat, positif : grâce au gel hivernal, les conditions de préparation du sol sont bonnes. Pourvu que ça dure ! Colza : la floraison écarte le risque méligèthes Les colzas se sont « bien retapés » depuis l’hiver. Les premières fleurs sont désormais ouvertes sur les colzas les plus précoces, ce qui éloigne le risque de constater des dégâts liés aux méligèthes. En effet, Laurent Fritzinger rappelle que l’insecte ne cause de dégâts qu’en perçant le bouton floral pour atteindre le pollen qui se trouve à l’intérieur. Une fois que le bouton est ouvert, les méligèthes ont libre accès au pollen. Et comme en plus ils sont attirés par la couleur jaune, ils délaissent les boutons floraux au profit des fleurs, participant alors à leur pollinisation. En outre le conseiller rappelle qu’au stade E (boutons séparés), un colza vigoureux supporte la présence de six à sept méligèthes. Et, de toute façon, la floraison va très vite s’installer. Prairies : il ne manque qu’un peu d’eau Malgré un mois de janvier froid, les températures plus clémentes en février et en mars ont permis un redémarrage assez précoce des prairies. Contrairement au blé, les apports d’azote qui ont été effectués au bon moment (lorsque la somme des températures atteint 200 °C depuis le 1er janvier) ont pu être valorisés puisqu’ils ont été suivis de précipitations. « Cependant, les apports d’azote n’ont pas encore été effectués sur toutes les prairies, et risquent alors de manquer d’efficacité », constate Laurent Fritzinger. Déjà, la portance permet de mettre des animaux à la pâture. Pour les premières fauches, il faudra attendre encore un peu : « Certains ray-grass dérobés après céréales pourront être fauchés dans une quinzaine de jours pour bénéficier de bonnes valeurs alimentaires. Sur les prairies naturelles, un peu d’eau ferait vraiment du bien. Sur des sols bien réchauffés comme on a, cela ferait exploser la végétation », projette Laurent Fritzinger.

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