Cultures fourragères

Publié le 19/01/2017

Lors des réunions techniques dédiées aux productions fourragères qui ont eu lieu début janvier, les conseillers agricoles de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont dressé le bilan d’une année où le maïs fourrage a grillé sur pied en quelques jours, perdant en valeur alimentaire. Et ils ont présenté les variétés préconisées pour les semis 2017.

En raison des précipitations excédentaires au printemps, les semis de 2016 ont souvent dû être décalés, ce qui a eu tendance à allonger la période d’ensilage. « Les semis tardifs ont eu moins de pluie que les précoces. Ce sont ces maïs issus de semis tardifs qui ont le plus souffert et qui ont perdu le plus de rendement », note Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Sans doute parce qu’après leur implantation dans des conditions humides leur système racinaire est resté en surface, ce qui leur a été préjudiciable lorsque l’eau est venue à manquer. La fin de cycle sèche, avec quatre semaines sans pluie et des températures élevées en août, a fait augmenter rapidement le taux de matière sèche (MS), « plus par sénescence que par maturité ». Résultats : de bonnes conditions de chantier d’ensilage, mais un déficit à la fois de matière (avec un rendement en baisse de 10 à 30 %) et de valeur alimentaire. Assez étalée, la période d’ensilage s’est néanmoins concentrée mi-septembre, avec une évolution des MS assez similaire à celle de 2014. Des maïs grillés sur pied Cette année, la CAA a mené quatre essais comportant des variétés de maïs fourrage, dont un à Bitschhoffen où 21 variétés, de demi-précoces (indice 300-340) à demi-tardives (indice 360-400), ont été semées le 7 mai et récoltées le 14 septembre. Globalement, l’essai a fourni de grands gabarits (de 2,6 à 3,3 mètres), ce que Laurent Fritzinger explique par un semis en jours longs, ce qui a pour effet de rallonger les entre-nœuds et de produire des tiges plus fines. Dans la catégorie des variétés demi-précoces, le rendement moyen était de 21 tonnes de MS/ha. Cet essai a été récolté trop tard, à 40 % de MS, car les maïs ont « grillé en une semaine ». Autres enseignements : des écarts de rendement et de valeur alimentaire importants entre les meilleures et les moins bonnes variétés, et une absence de relation entre hauteur et rendement. La teneur moyenne en amidon était de 36 %, donc assez élevée, mais la valeur énergétique n’était que de 0,89 UFL/kg MS (allant de 0,84 à 0,93 UFL/kg MS). « Les variétés qui présentent les meilleures valeurs alimentaires sont aussi celles qui ont le moins d’amidon, ce qui démontre l’importance de la digestibilité », note Laurent Fritzinger. Pour avoir une bonne valeur d’UF, les variétés doivent en fait combiner une bonne valeur Dinag (digestibilité du non-amidon et non glucides, c’est-à-dire pour schématiser de la matière verte, des tiges et des feuilles) et une bonne teneur en amidon. « Si on a de l’amidon à digérer, mais avec du bois, ça ne va pas », illustre le conseiller. Pour comparer des variétés à destination fourragères, le critère à considérer est le rendement énergétique par hectare, qui combine « le rendement des variétés et ce qu’elles ont dans le ventre, car c’est ce qui permet de faire de la viande ou du lait ». Sur ce critère, parmi les variétés demi-précoces ES Floreal sort en tête grâce à son bon rendement et sa bonne digestibilité. Kamponi CS, Corioli CS, LG 30.311, Pauleen sont d’autres variétés intéressantes. Concernant les autres composantes de la valeur alimentaire, cette série présentait une MAT (teneur en azote) de 3,8, ce qui est peu comparé aux valeurs de 6-7 généralement enregistrées. La valeur PDIN (protéines digestibles dans l’intestin grêle permises par l’azote apporté par l’aliment) n’est pas bonne non plus. La DMO (digestibilité moyenne), à 70, est également moyenne, tout comme la Dinag et l’encombrement (UEL). La comparaison de ces valeurs de 2016 à celles de 2015, pour des variétés de précocité similaires, révèle une hausse de la teneur en amidon de 30 %, mais une perte de 3 points de Dinag qui se traduit par une réduction de l’UFL de 3 %. La digestibilité l’emporte sur l’amidon Dans la catégorie des variétés demi-tardives, le rendement est le même, à 21 t MS/ha, mais la teneur en matière sèche s’approche davantage de la norme, à 35 % en moyenne. La teneur moyenne en amidon est de 30,5 %, et la valeur énergétique est plus élevée, à 0,95 UFL/kg MS, une moyenne qui masque un écart de 10 points entre les moins bonnes et les meilleures variétés, et qui est en baisse par rapport à 2015. Alors que, par rapport à la série précédente la teneur en amidon baisse, les UF augmentent, ce qui tend à prouver que « dans la formation des UF, le poids de la digestibilité est plus élevé que celui de l’amidon », indique Laurent Fritzinger. Le rendement énergétique par hectare moyen de cette série est de 19 700 UFL/ha. Les meilleures variétés sont Basmati CS, Futurixx, P0319, Mas 49 G, ou encore RGT Luxxida, qui pèche en rendement mais se rattrape avec de bonnes valeurs alimentaires. La teneur en azote (MAT) moyenne de cette série est de 6, les PDIN s’élèvent à 38,8, les PDIE à 69,8, la DMO est meilleure, à 73, la Dinag s’élève à 54,1, et l’encombrement (UEL), à 0,93, est réduit. Le même essai a été réalisé dans le Sundgau, afin de tester la robustesse des variétés, c’est-à-dire leur capacité à faire des UFL/ha quelles que soient les conditions pédoclimatiques. Résultats : parmi les variétés demi-précoces, ES Floreal et Pauleen affichent de bons résultats sur les deux sites. Parmi les variétés demi-tardives P0319 et Futurixx, apparaissent comme des variétés à la fois performantes et robustes. Enfin les résultats obtenus au cours de cette campagne 2016 très atypique sont à tempérer avec des résultats pluriannuels. C’est la combinaison de tous ces éléments qui a permis l’élaboration des préconisations variétales en maïs fourrage pour les semis 2017, compilées dans le tableau ci-contre.

Publié le 13/12/2016

Après une saison de récolte du fourrage difficile, la production laitière est en baisse. La Chambre d'agriculture d’Alsace, en collaboration avec le Conseil élevage de la Moselle et la laiterie Unicoolait, a organisé une réunion afin de faire le point sur les stratégies de complémentations des rations en élevage laitier bio.

« La collecte laitière totale pour 2016 est estimée à 148 millions de litres (Ml) contre 150 Ml en 2015 », annonce Jérémy Stammbach, d’Unicoolait. Ce litrage est produit par 315 producteurs, dont 59 en bio, qui produisent 24 Ml de lait soit 16 % du volume total collecté par la laiterie. Pour le mois de novembre, la collecte enregistre une baisse de 10 %, plus marquée en bio (- 12,5 %) qu’en conventionnel (- 9,5 %). Or, comme le lait bio d’Unicoolait représente 20 % de tout le lait bio collecté par Laclatis, « il est important de pouvoir continuer à produire du lait, même avec des fourrages peu qualitatifs », poursuit Jérémy Stammbach. Des valeurs alimentaires disparates en fonction des coupes Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace, est revenu sur la campagne fourragère 2016. Ceux qui ont pu faire des premières coupes tôt, autour du 8 mai, ont eu le nez creux. En effet, la valeur alimentaire de ce fourrage s’avère bonne à très bonne : « Très digestible, avec peu de cellulose, ce fourrage a donné du lait, mais il y en a eu peu. » La majorité des éleveurs ont en effet effectué la première coupe autour du 22 mai, après une période humide. Résultat, la valeur alimentaire a plongé, surtout au niveau de la Matière azotée totale (MAT). L’ingestion de ces fourrages est donc plus faible. La deuxième coupe affichait en moyenne un niveau azoté bas, et des unités fourragères (UF) comprises entre 0,8 et 0,9, conséquence d’un faible niveau de tallage, donc d’une faible proportion de feuilles par rapport aux tiges. La troisième coupe est « un peu meilleure », surtout du point de vue des matières azotées. Des stocks limités À ces fourrages de maigre qualité il faut ajouter d’autres contraintes. Le stock d’ensilage d’herbe risque de s’avérer parfois limitant. Le rendement du maïs ensilage est faible (de 2 à 6 t MS/ha) donc cela représente une perte de fourrage qu’il faut combler. Or la rareté du maïs ensilage le rend cher. Le foin est de qualité médiocre : « Même si parfois l’appétence est sauvée, sa valeur alimentaire est pénalisante ». Le stock de céréales est insuffisant puisque les rendements oscillent entre 15 et 35 q/ha, la moyenne se situant entre 22 et 25 q/ha. Enfin, de manière généralisée, les systèmes sont de plus en plus tendus en matière d’autonomie fourragère : « La productivité augmente mais pas les surfaces, donc il y a moins de surfaces dédiées aux céréales puisque celles dédiées à la production de fourrages augmentent », analyse Philippe Le Stanguennec. Des baisses de production liées aux fourrages Philippe Le Stanguennec a comparé deux types de rations. La première est élaborée avec de « bons » fourrages, elle permet une ingestion totale de 19,4 kg de MS et autorise une production de lait de 25 l. La seconde a été élaborée avec des fourrages dont les valeurs alimentaires correspondent à ceux de 2016. L’encombrement étant plus élevé, l’ingestion diminue à 16,9 kg de MS donc la quantité de lait permise à 16 l. En imaginant une complémentation avec 3 kg de VL 35, Philippe Le Stanguennec estime qu’on arriverait au même niveau d’ingestion, mais pas à atteindre les 25 l/vache. Complémenter sans acharnement Voilà pour le constat. Philippe Le Stanguennec a énuméré une série de propositions de solutions pour complémenter les rations : acheter des céréales en Alsace ou en Lorraine, voire dans d’autres régions, mais alors de manière groupée afin de réduire les coûts de transport et de logistique, garder son blé, acheter des bouchons de luzerne et les mélanger avec des céréales aplaties (compter 260 €/t par camion de 30 t et 310 €/t par 3 t), acheter du maïs grain ou du maïs épi, « il y a souvent une bonne réponse mais le manque de disponibilité entraîne des prix élevés » (260 €/t pour du maïs épi ensilé), compléter les rations avec du VL 18 (500 €/t) sur des fourrages riches en MAT ou du VL 26 à 35 (650-750 €/t) sur les fourrages moins riches en MAT. Mais l’intérêt d’acheter de l’aliment se discute : « Il s’agit de comparer la réponse obtenue et le coût. Car l’investissement ne se justifie pas toujours, notamment sur des déficits de production marginaux ». Et puis la réponse des vaches n’est pas la même selon leur état : « Une vache fraîchement vêlée, ou qui va vêler, répond mieux qu’une en fin de lactation. En moyenne en 2013-2014, 1 kg de VL 32 permettait de gagner de 1,5 à 2 l de lait. » Enfin, l’alternative à l’achat d’aliments, c’est le panachage des coupes sur l’hiver, en fonction des stocks, pour essayer d’équilibrer et d’homogénéiser la ration sur tout l’hiver, et de la complémenter avec du correcteur azoté et les céréales disponibles. Et puis il est aussi possible d’acheter en commun du fourrage de base si les stocks venaient à s’épuiser trop tôt.

Concours prairies temporaires du Gnis

Le lycée agricole d’Obernai se distingue

Publié le 30/11/2016

Cette année encore le lycée agricole d’Obernai s’est distingué lors du concours des prairies temporaires organisé par le Groupement national interprofessionnel des semences et plants (Gnis). Deux binômes d’étudiants se classent deuxièmes ex aequo sur quelque 736 participants.

« Dans les exploitations d’élevage, la maîtrise des prairies est le premier moyen pour les éleveurs de sécuriser le système fourrager tout en améliorant le revenu. Choisir des espèces et des variétés adaptées aux conditions de l’exploitation et aux contraintes de production, c’est incontestablement améliorer son système fourrager tant au niveau de la qualité et de la productivité de la prairie, que de l’organisation du travail et de la rentabilité de l’exploitation. Il est important que les futurs techniciens et techniciennes y soient sensibilisés », explique le Gnis sur la page internet dédiée au concours des prairies temporaires qu’il organise. Regroupés en binômes, les étudiants doivent choisir une exploitation support comportant un atelier d’élevage et des surfaces fourragères. Dans une première partie de leur dossier, ils sont invités à décrire cette exploitation avec des éléments techniques et économiques. Dans une seconde partie, ils doivent poser un diagnostic sur la situation existante, l’analyser et proposer des améliorations : introduction d’une nouvelle prairie, rénovation d’une prairie existante, choix et conduite d’espèces prairiales adaptées. Les conséquences technico-économiques de l’évolution proposée doivent également être présentées et chiffrées. Un capital de connaissances Pour la 31e édition de ce concours, tous les étudiants de BTS Acse du lycée agricole d’Obernai ont participé, guidés par Caren Bulte, professeur de zootechnie, et Guillaume Bapst, professeur d’agronomie, qui a présélectionné les dossiers les plus aboutis pour les présenter au concours. « Je suis content du travail que vous avez fourni. Nous nous étions fixé des objectifs, vous les avez tenus, notamment en termes de respect des délais de remise de vos travaux », constate Guillaume Bapst qui souligne que « les connaissances acquises en participant à ce concours pourront être réinvesties sur vos exploitations ». Thierry Girodot, proviseur du Legta d’Obernai, a quant à lui décrit ce concours comme « une situation interactive et professionnalisante ». Le lycée agricole d’Obernai concourait avec les autres établissements agricoles des régions Nord et Est, soit environ 450 participants, le plus gros des 736 participants au niveau national. Les travaux ont été jugés par des professionnels issus d’instituts techniques, de Chambre d'agriculture… Ils ont particulièrement apprécié le travail fourni par les étudiants d’Obernai puisque deux binômes constitués d’une part de Stéphane Hoenen et Audrey Lossel et d’autre part de Stéphanie Reeb et Nicolas Richert se classent parmi les dix premiers. Et que deux autres binômes constitués d’une part de Léo Brandt et Xavier Thuet et d’autre part de Jonathan Risch et Jérémy Herr terminent deuxièmes ex aequo. Venu récompenser les étudiants, Jonathan Pétry, inspecteur semences fourragères au Gnis, a souligné la qualité des dossiers présentés par le lycée : « Ils étaient tous d’un très bon niveau ». Tous les étudiants primés ont d’ailleurs été récompensés d’un diplôme et d’une revue technique sur la luzerne. Les quatre finalistes ont en plus reçu une caméra GoPro. « Prochaine étape : 100 % de réussite au BTS », a lancé Gilles Cadieu, proviseur adjoint, pas peu fier des résultats obtenus par les étudiants.

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