Nungesser Semences
Des semences ? Oui, mais locales !
Nungesser Semences
Publié le 06/05/2017
Cela fait plus de 30 ans que la société Nungesser, spécialisée dans la production de semences, multiplie des graines de plantes sauvages. Mais la montée en puissance des préoccupations écologiques contribue à donner un coup d’accélérateur à cette activité.
Un champ de coquelicots. Qui jouxte un champ de sainfoin. À côté d’un champ de bleuets. Pas loin d’un champ de marguerites… Voilà de quoi laisser les agriculteurs perplexes, eux qui s’attachent le plus souvent à maîtriser le développement des adventices (ce que sont la plupart des plantes sauvages) dans leurs parcelles. Et pourtant, la culture de plantes sauvages existe. Et si ce n’est pas un mythe, c’est bel et bien une niche ! Fabien Binnert, agriculteur à Limersheim, fait partie des cinq agriculteurs multiplicateurs de plantes sauvages qui travaillent sous contrat avec la société Nungesser Semences. Par ailleurs producteur de céréales, de maïs, de colza et de soja sur 90 ha de SAU, Fabien Binnert a commencé à produire des semences locales il y a 5 ans. Depuis, la surface qu’il y consacre a progressivement augmenté pour atteindre 6 ha. « Ce n’est pas évident, rien que pour le semis… », constate-t-il. Néanmoins, ses surfaces en plantes sauvages pourraient encore augmenter dans les années à venir, tout comme l’effectif des agriculteurs multiplicateurs, portés par l’engouement pour les espèces locales. Un engouement que Bernard Heitz, président de Nungesser Semences, explique en revenant dans le passé : « Il y a quelques années, dans les espaces verts, on plantait du gazon, qu’on entretenait avec de l’irrigation et des traitements chimiques. Mais l’interdiction programmée des produits phytosanitaires dans les espaces verts publics incite les collectivités, les communes, les administrations à chercher des alternatives. Il y a d’abord eu des mélanges commerciaux de plantes ornementales qui ne se sont pas révélés adaptés à cet usage car ils ne sont pas pérennes, et peu productifs en nectar et en pollen… D’où l’intérêt pour des mélanges d’espèces locales. » De tels mélanges permettent en effet d’éviter d’introduire des espèces exotiques, qui risquent de devenir invasives. Ensuite, la flore sauvage, contrairement à la flore horticole, est riche en pollen, en nectar, et présente donc un réel intérêt pour l’entomofaune. C’est pourquoi, même si ce type de mélanges reste marginal, « on assiste à un retour vers ce type de produits. Dans l’Eurométropole, il ne se sème déjà quasiment plus de gazon », constate Bernard Heitz. C’est pour légitimer ces productions, promouvoir la filière de production de plantes endémiques, et garantir leur origine locale que le label Végétal local a été créé. Pour y prétendre, non seulement la semence de base doit avoir été récoltée localement, mais elle doit aussi avoir été multipliée localement. Soit dans l’une des 11 régions d’origine, établies sur la base d’une synthèse d’éléments hydrographiques, climatiques, pédologiques… et un travail d’experts. Et puis toutes les espèces du mélange doivent être produites localement. Une contrainte difficile à honorer, mais qui n’empêche pas de grandes entreprises (EDF, GDF, LVMH, Hermès) de faire appel à Nungesser Semences pour élaborer des mélanges destinés à restaurer des sites après travaux. « Pour eux, ce sont des vitrines, même s’ils ne peuvent pas prétendre au label, ils communiquent sur le fait qu’ils utilisent des plantes sauvages », constate Bernard Heitz. On n’est certes pas très loin du greenwashing, mais pour Bernard Heitz, ce sont des signaux encourageants : « Nous en sommes au début du processus. Mais nous avons la volonté de ramener davantage de flore sauvage et locale sur le marché, donc de développer cette activité sur tout le territoire national ». Si Bernard Heitz estime que « la machine ne reviendra plus en arrière », il constate aussi que « les mentalités évoluent à un rythme de sénateur ». Aussi n’envisage-t-il pas de développer de produits de ce type à destination du grand public, « trop habitué à l’horticole », et qui « manque de patience ».












