Cultures fourragères

Récolte des fourrages 2016

Les effets en chaîne d’un printemps pourri

Publié le 05/05/2017

Les mauvaises conditions météo du printemps 2016 ont durement affecté la qualité des fourrages récoltés. Dans les élevages laitiers, les effets se sont fait sentir pendant tout l’hiver.

« Ceux qui ont réalisé leurs premières coupes avant le 8 mai ont obtenu des fourrages de bonne qualité. Après, les valeurs ont énormément chuté », explique Philippe Le Stanguennec, technicien à Alsace Conseil Élevage, en évoquant la récolte des fourrages 2016 dans les élevages laitiers. Les premières coupes réalisées après le 8 mai et les secondes coupes effectuées cinq semaines après une première coupe précoce ont souffert des mêmes problèmes : l’herbe a été récoltée à un stade jeune après avoir poussé en période humide et sans soleil. Résultat : des valeurs fourragères médiocres proches de 0,8 UFL et autour de 65-70 PDI. Les éleveurs ont récolté beaucoup plus de tiges que de feuilles car l’herbe n’a pas correctement tallé, explique le technicien. Pour les coupes suivantes, la situation n’a pas été forcément meilleure. « Le foin réalisé à la toute fin juin et début juillet n’a pas bien séché, il aurait mieux valu attendre huit jours de plus pour récolter. En appétence et en conservation, ça allait encore, mais la valeur fourragère était vraiment médiocre. » Du correcteur azoté en plus Chez les éleveurs laitiers bio, qui nourrissent leur troupeau principalement à l’herbe, la situation a été encore plus durement ressentie que chez les éleveurs conventionnels. Philippe Le Stanguennec ne manque pas d’exemples pour montrer les conséquences en production de cette situation. Dans un élevage bio qu’il suit techniquement, la moyenne de production par vache, qui était de 26 kg en avril 2016, a chuté à 23,8 kg le mois suivant. « Et quand l’éleveur a complémenté avec la deuxième coupe début juillet, il est descendu à 21,5 kg car la deuxième coupe était encore plus mauvaise que la première. Il est même descendu à moins de 20 kg à un moment donné, ce qui ne lui était jamais arrivé ». Il lui a fallu rajuster la ration durant l’hiver en ajoutant 2 kg de correcteur azoté. Mais même avec cet apport supplémentaire, « il lui manquait toujours 2 à 3 kg de lait par rapport à un hiver normal. » L’ajout de ces 2 kg de correcteur azoté a tout de même permis au troupeau de ne pas descendre trop bas en production. Mais sur le plan strictement économique, l’éleveur n’y a pas gagné grand-chose, constate Philippe Le Stanguennec. Même situation dans un autre élevage bio d’Alsace Bossue, passé de 26 kg de lactation par vache à moins de 20 kg lorsque l’éleveur a commencé à distribuer le fourrage de première coupe, réalisé le 21 mai. « Un tel écart, c’est énorme. Il aurait fallu au moins 3 kg de VL 35 pour compenser complètement la perte », commente le conseiller. La mauvaise qualité des fourrages a également eu des incidences sur la qualité du lait. La présence de terre, dans l’ensilage comme dans le foin, a fait déraper les spores butyriques. Ce qui s’est traduit par des réfactions sur les paies de lait, qui n’étaient déjà pas brillantes. « Il valait mieux dérouler le foin que de le distribuer à la mélangeuse. Ainsi, les animaux peuvent trier, ce qui n’est pas possible quand tout est mélangé. » La croissance des génisses pénalisée Les vaches laitières n’ont pas été les seuls animaux affectés par la mauvaise qualité des fourrages 2016. « La croissance des génisses a été énormément pénalisée elle aussi, constate le technicien. Et avec ce fourrage carencé, les éleveurs ont eu beaucoup de difficultés à repérer les chaleurs. » En mesurant le tour de poitrine des génisses, Philippe Le Stanguennec a pu constater qu’elles n’avaient pas du tout poussé. Face à cette situation, la plupart des éleveurs laitiers ont fini par complémenter les animaux pour éviter de pénaliser trop sévèrement la croissance ou les débuts de lactation. Les éleveurs bio ayant généralement peu de céréales, ils ont acheté des bouchons de luzerne bio ou un aliment concentré qu’ils ont mélangés avec des céréales pour obtenir plus de protéines. Ceux qui avaient des coupes différentes ont aussi pu panacher pour distribuer un fourrage plus homogène. Les éleveurs conventionnels ont eu le plus souvent recours aux coproduits, comme le corn-feed ou les drèches, qui ont permis d’augmenter le niveau de la ration. « À la fin de l’hiver, vers le mois de mars, avec une complémentation un peu plus poussée, ils ont eu tendance à retrouver des niveaux de production à peu près normaux », constate le conseiller. Dans la majorité des élevages, alors que la récolte 2017 démarre, il reste encore du foin de 2016. « Comme il est mauvais, les génisses en ont moins consommé ». Cela va sans doute conduire les éleveurs laitiers à faucher davantage en ensilage ce printemps et un peu moins en foin. Ils distribueront alors plus d’ensilage d’herbe jusqu’à la récolte du maïs cet automne.

Publié le 04/05/2017

Qu’elle soit dictée par la conjoncture ou par la volonté d’innover, la recherche d’autonomie protéique est une tentation qui resurgit régulièrement dans les élevages laitiers. Philippe Le Stanguennec fait le point sur les différentes stratégies possibles.

L’augmentation des prix des tourteaux de soja, la nécessité de donner un peu de mou à une trésorerie tendue sont quelques-unes des raisons invoquées par les éleveurs qui souhaitent aller vers des rations plus autonomes. Mais il y en a d’autres : la volonté d’innover, de diversifier les itinéraires agronomiques en implantant une interculture peuvent constituer une motivation tout aussi forte. Une chose est sûre : la recherche d’autonomie protéique offre une meilleure résistance à la conjoncture et rend moins dépendant des marchés. Reste à ne pas surestimer les économies induites par un tel choix, prévient Philippe Le Stanguennec, conseiller à Alsace Conseil Élevage. « Certains dispositifs incitent, par des aides, à l’implantation d’une interculture. On peut par exemple implanter des légumineuses comme de la luzerne. À l’enfouissement, la légumineuse apporte de l’azote pour la culture suivante et, avec ses racines pivotantes, elle a un effet sur la structure du sol », explique le conseiller. Valoriser les surfaces en herbe d’abord Dans une ration à base de maïs et de foin, telle qu’on en trouve dans les élevages de plaine, calculée pour une production de 30 kg de lait, l’incorporation 4 kg de MS de luzerne en remplacement d’une partie du maïs se chiffre par un coût de ration de 2,86 €/vache laitière. « C’est un tarif rendu silo, qui tient compte du coût d’implantation et des charges de mécanisation, précise le conseiller. Par rapport à une ration sans luzerne, on est au même coût. On gagne un peu plus si on a des surfaces en herbe, des prairies qu’on arrive à récolter au stade précoce, avec des valeurs alimentaires de l’ordre de 0,9 UFL-80 PDIE- 82 PDIN, qui sont de bonnes valeurs, sans être exceptionnelles » D’où ce premier conseil donné par le l'expert en élevage : « Avant de vouloir implanter de nouvelles cultures, il faut chercher à valoriser les surfaces en herbe existantes en les récoltant à un stade jeune. » En incorporant un quart d’herbe dans la ration en remplacement du maïs, on réduit effectivement le coût de la ration à 2,80 €/VL, ce qui n’est pas énorme, mais tout de même appréciable. Une autre stratégie consiste à implanter des prairies multi-espèces. Les éleveurs peuvent par exemple associer du dactyle avec de la luzerne ou du dactyle, de la fétuque et de la luzerne. Ils peuvent même y ajouter un peu de trèfle blanc. « Cela requiert de la technicité, admet Philippe Le Stanguennec. Le rendement est toujours lié au potentiel maïs de la parcelle. En général, on constate un différentiel de rendement de 20 à 25 % par rapport à un maïs. Donc il faut prévoir un peu plus de surfaces fourragères au détriment des cultures de vente. » Méteils d’été : leur laisser le temps de pousser La troisième stratégie consiste à implanter des cultures dérobées, en utilisant les « surfaces d’intérêt écologiques » (SIE) pour y implanter des mélanges riches en légumineuses. « Ce sont des surfaces intéressantes à valoriser pour gagner en autonomie protéique », confirme le technicien d’Alsace Conseil Élevage. Dans cette optique, les éleveurs peuvent semer un mélange de ray-grass italien et de trèfle ou implanter des méteils d’été ou d’automne. « Le méteil d’été s’implante après un orge, idéalement fin juin, et il est récolté après réimplantation d’une céréale à l’automne. » Philippe Le Stanguennec recommande de ne pas le semer après le 15 juillet pour lui laisser le temps de pousser. « Compte tenu du coût d’implantation, si c’est pour sortir 1 ou 2 t à l’hectare, ce n’est plus aussi intéressant que cela. » Quelques exemples de méteils d’été : un mélange de ray-grass italien et de trèfle d’Alexandrie, semé à raison de 21 kg/ha pour le premier et 9 kg/ha pour le second ; un mélange avoine classique-vesce (65 kg/ha - 15 kg/ha) ou avoine classique-vesce-pois. De la moutarde et des radis fourragers sont également envisageables. Du côté des méteils d’automne, les éleveurs ont la possibilité d’associer des céréales (blé, avoine, seigle, triticale) à des légumineuses ou à des protéagineux (pois, vesce, féverole). Ce type de méteil s’implante à l’automne et se conduit comme une interculture : on le récolte pour remettre un maïs derrière. « À l’origine, ces méteils sont faits pour faire du stock et être récoltés à un stade laiteux-pâteux. Si on veut de la valeur alimentaire, il faut récolter à un stade plus précoce, mais on n’aura pas le même rendement », précise Philippe Le Stanguennec. Si l’on vise l’autonomie protéique, il faut donc les récolter au stade début épiaison de la céréale. Un exemple de méteil fourrage d’automne : le mélange triticale-avoine-pois fourrager (75-75-25 kg/ha). Les méteils peuvent aussi être récoltés en grains, mais avec des rendements peu élevés qui ne « suffiront jamais à corriger une ration qui contient du maïs. » Au final, la recherche d’une meilleure autonomie protéique nécessite d’être attentif à plusieurs points : la technicité - « On n’implante pas une prairie temporaire comme un maïs », relève Philippe Le Stanguennec -, la main-d’œuvre - « Il faut récolter quatre fois au lieu d’une » - et le stade de récolte. Les prairies multiespèces, comme les méteils d’automne, doivent en effet être récoltées assez précocement si l’on veut engranger le maximum de protéines.

Publié le 24/01/2017

Le sorgho est un fourrage aux propriétés intéressantes, qui peut par exemple accompagner avantageusement des fourrages riches en amidon. Mais sa culture comporte quelques difficultés, notamment de désherbage, ou encore de date de récolte.

Traditionnellement cultivé dans le Ried, parce qu’il se sème plus tard que le maïs, et qu’il est donc moins soumis aux risques d’inondations, le sorgho s’est développé en Alsace suite à l’installation de la chrysomèle des racines du maïs et l’obligation de rotation qui en a découlé. « La Chambre d'agriculture d’Alsace a commencé à mener des essais sur le sorgho en 2004, avec une difficulté principale : l’absence d’équation pour calculer la valeur énergétique de ce fourrage », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Pas un, mais des sorghos Cinquième céréale la plus cultivée au monde, le sorgho est une plante très hétéroclite. On en distingue trois grandes familles : grain, fourrager et sucrier. Le sorgho grain présente un petit gabarit. Comme son nom l’indique il est généralement cultivé pour ses grains qui sont récoltés à la moissonneuse. « Il peut être ensilé mais il faut alors éclater ses grains pour en valoriser l’amidon », précise Laurent Fritzinger. Au sein de la famille des sorghos fourragers il faut distinguer les monocoupes des multicoupes. Les premiers ne se récoltent qu’une fois. Dans cette catégorie, le plus fréquent est le sorgho sucrier, qui présente une bonne aptitude à l’ensilage, mais dont la teneur en amidon est faible car il n’a quasiment pas de grains. Autre représentant de cette catégorie, le grand sorgho grain, plus riche en amidon. Les sorghos multicoupes ont la faculté de repousser, donc de procurer plusieurs coupes dans la même saison. Le sorgho le plus classique dans cette catégorie, le sudangrass, ressemble à une grande graminée, qui émet une panicule, mais qu’il faut récolter avant l’émission de l’épi car ensuite sa valeur alimentaire diminue. Ce sorgho affiche un démarrage rapide, qui permet de faire une première coupe au bout de huit semaines. Théoriquement les repousses de sorgho fourrager sont pâturables, « mais il y a un risque de paralysie respiratoire lié à la présence d’acide cyanhydrique si le sorgho est pâturé à un stade trop jeune ». Généralement les coupes sont donc ensilées, et l’acide cyanhydrique disparaît avec la conservation. Dans la famille des sorghos sucriers, il faut faire la distinction entre le type normal et les BMR, identifiables grâce à leur nervure centrale brune, qui sont à la fois plus faciles à ingérer et plus digestibles, et qui constituent donc une bonne source d’énergie avec peu d’amidon, mais qui sont aussi plus sensibles à la verse. Ils peuvent être mono ou multicoupes. Une culture de la patience Pour réussir un sorgho, il faut d’abord choisir les parcelles qui se prêtent le mieux à cette culture, c’est-à-dire celles dont les sols se réchauffent vite, qui ne sont pas trop sensibles à la battance, ni trop superficiels, ni trop envahis d’adventices. Les semis doivent être soignés, dans un sol suffisamment chaud, à 2-3 cm de profondeur, à une densité de 220 000 à 300 000 grains/ha, de préférence avec un semoir monograine. Il est en effet important d’obtenir une levée homogène, pour que les plantes atteignent le plus simultanément possible le stade trois feuilles avant lequel aucun désherbage chimique n’est possible au risque de détruire aussi les plantules de sorgho. La culture est peu gourmande en phosphore et en potasse. « Les sorghos monocoupes ne doivent pas recevoir trop d’azote pour éviter la verse. Pour les sorghos multicoupes, il est conseillé d’apporter 30 unités au semis et 30 unités après chaque coupe. » L’une des principales difficultés de la culture du sorgho, c’est le désherbage. Peu de matières actives sont homologuées pour cet usage : il n’y a que deux produits en prélevée. Ils permettent de limiter le développement des adventives au départ, « mais il faut souvent procéder à un rattrapage car leur spectre d’efficacité n’est pas complet ». Pour faciliter le contrôle des adventices, il est donc aussi conseillé de pratiquer un faux semis, et/ou de choisir un écartement entre les rangs compatible avec le binage. Une autre difficulté de la culture relève du timing : « Plus on attend pour atteindre le stade de récolte optimal, plus le risque de verse augmente. Il n’est donc pas toujours facile d’atteindre les 28 % de matière sèche recommandés. D’autant que, contrairement à l’aspect du grain pour le maïs fourrage, il n’y a pas de repère qui permette de détecter le stade optimal d’ensilage. » Lorsque ce stade est atteint, le maïs est déjà ensilé depuis un mois environ, ce qui signifie qu’il faut rouvrir le silo, le retasser, le refermer… Et, même si la teneur en matière sèche de 28 - 30 % est atteinte, il est conseillé d’avoir déjà quelque chose dans le silo, sous le sorgho, pour en absorber les jus riches en sucre afin de ne pas les perdre. En termes de productivité, on peut compter sur 4 à 6 tonnes de MS/ha de potentiel pour une première coupe de sorgho multicoupe. Un sorgho BMR pourra produire 12 t MS/ha. Les rendements des sorghos sucriers sont comparables à ceux des BMR en termes d’UF/ha car le fait qu’ils fassent moins d’UF est rattrapé par le fait qu’ils font plus de rendement.

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