Publié le 21/01/2022
La Chambre d’agriculture d’Alsace a récemment organisé des réunions techniques dédiées aux fourrages, et notamment au maïs ensilage. Les aléas climatiques incitent à décliner cet ingrédient incontournable des rations alsaciennes en différentes versions : ensilé en épi, cultivé et récolté associé à une légumineuse, agrémenté de sorgho… Objectifs : autonomie et résilience.
Après plusieurs étés chauds et secs, l’une des principales difficultés de cette année fraîche et pluvieuse a été de déterminer avec précision la date optimale d’ensilage des maïs. Pour y parvenir, les techniciens de la Chambre d’agriculture d’Alsace, ont cherché à affiner leurs prévisions en valorisant les données accumulées depuis les années 1990. Ils ont notamment considéré l’été le plus chaud (2018) et le plus froid (2010) de ces 10 dernières années. « 2010 a été un été encore plus froid que 2021, qui a pourtant été l’année où on a ensilé le plus tard », note Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Ceci s’explique par un retard déjà marqué à la floraison en 2021, retard que les maïs n’ont pas pu rattraper durant l’arrière-saison, notamment parce que les jours raccourcissent. « La date de floraison femelle, soit de la sortie des soies, constitue le point crucial de la détermination de la date d’ensilage. Chaque variété a besoin d’une certaine somme de température, à partir de ce stade, pour atteindre 32 % de MS plante entière. Ces dates de floraison ayant été tardives cette année, on a su assez tôt qu’on se dirigeait vers des récoltes tardives », poursuit-il. En plus du suivi des maturités, réalisé en direct sur le terrain, les techniciens ont aussi utilisé les données, pour calculer combien de points de MS étaient gagnés par semaine en année froide et chaude. En 2018, le gain de MS était en moyenne de 3,9 % par semaine, contre 2,6 % en 2010. En 2021, ce gain a été de l’ordre de 2 % par semaine, soit 41 jours pour gagner 12 points de matière sèche (MS) ! Conclusion de Laurent Fritzinger : « 2021 a été une année exceptionnellement tardive, où il fallait savoir attendre, et ne pas ensiler en se fiant au calendrier des dernières années, mais à l’observation des parcelles, en prenant pour repère la date de floraison femelle ». Encore fallait-il pouvoir attendre ! Certains éleveurs ont sans doute ensilé un peu trop tôt cette année, surtout lorsque cela devenait nécessaire pour faire la jointure, ou que des parcelles étaient trop menacées par les sangliers… Maïs ensilage 2021 : des fibres moins digestibles La qualité du maïs ensilage a-t-elle pâti de cette récolte tardive ? Sa valeur alimentaire a été analysée sur 76 échantillons. La valeur de MS médiane était de 31 %, contre 34 % en 2020. L’analyse de la distribution des MS révèle des valeurs très basses, de l’ordre de 22 %, « ce qui tend à confirmer des récoltes trop précoces, liées à des problèmes de soudure », constate Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace. La teneur en amidon, à 304 g/kg MS, est « correcte », et en hausse de 3 % par rapport à 2020. « La teneur en fibre globale est dans les standards. Mais, dans les détails, elle apparaît davantage constituée de lignine et de cellulose, plus difficiles à digérer que d’hémicellulose, que l’année dernière. Cela se traduit par une DMO (digestibilité), à 71 %, en légère baisse, donc aussi des UF en léger retrait, que ce soit en UFL ou en UFV. La teneur en protéine, à 68 g/kg MS est en baisse de près de 7 % par rapport à 2020, sans doute par un effet dilution. » Pour expliquer ces valeurs alimentaires, Philippe Le Stanguennec rapporte des données issues d’Arvalis- Intitut du végétal, qui tendent à démontrer que la digestibilité des fibres est inversement proportionnelle à la durée de la végétation. Physiologiquement, cela pourrait s’expliquer par « une tendance à l’enchevêtrement des fibres ainsi qu’à l’apparition de composants de la paroi secondaire qui empêchent l’attaque des fibres digestibles avec l’allongement de la durée de la végétation », avance le conseiller. Maïs épi : densifier la ration et gagner en autonomie L’ensilage de maïs épi est une pratique qui se développe chez les éleveurs. « En Alsace bossue par exemple, près de la moitié des éleveurs en conventionnel en ont fait au moins une fois », rapporte Philippe Le Stanguennec. Le principal objectif recherché est l’autonomie. En effet, le maïs est largement cultivé en Alsace, et le maïs épi constitue un aliment qui présente une densité énergétique élevée. « C’est presque plus proche d’un concentré que d’un fourrage », constate le technicien. Et donc, le maïs épi permet de densifier les rations. Pour obtenir un maïs épi de qualité, l’épi doit être récolté à 53-55 % d'humidité, ce qui correspond à un grain à 36-37 % d’humidité, soit 200 degrés jour (base 6), ou environ deux semaines après la récolte d’un maïs ensilage à 32 % de MS. Pour optimiser le chantier, qui s’effectue avec une ensileuse équipée d’un bec cueilleur, Philippe Le Stanguennec conseille de détourer au préalable les parcelles en ensilage pante entière. « La longueur de coupe doit être réglée au plus court, et l’éclateur serré au maximum », précise-t-il encore. Une partie de la plante restant à la parcelle, le nombre de bennes à prévoir peut être réduit de moitié, et le volume de silo nécessaire divisé par trois par rapport à un ensilage de maïs plante entière. En effet, le rendement est de 60 % de celui de l'ensilage plante entière, mais la densité est proche du double. « Moyennant le respect de quelques précautions, le maïs épi se conserve bien. Comme il contient moins de sucre et que sa teneur en MS est plus élevée que celle d’un maïs ensilage plante entière, sa vitesse de vitesse de fermentation est plus lente », explique Philippe Le Stanguennec, qui préconise néanmoins de dimensionner le silo pour obtenir une vitesse d’avancement du front d’attaque de minimum 10 cm en hiver et 20 cm en été. En outre, comme la stabilité aérobie diminue avec la teneur en matière sèche, il conseille de finir les silos avant l’été, pour limiter les risques d’échauffement, ou alors d'utiliser un conservateur. À noter aussi que le maïs épi peut être conservé en boudin ou en balles rondes enrubannées. Philippe Le Stanguennec a présenté les résultats d’une étude menée par Arvalis - Institut du végétal, dans laquelle le maïs épi est utilisé dans les rations pour remplacer des céréales, ou pour complémenter de l’herbe ou méteil. Cette étude met notamment en évidence l’importante dégradabilité ruminale du maïs épi, qui se traduit par une bonne valorisation de l’azote soluble. Cette étude révèle aussi que plus la part d’herbe dans la ration est augmentée, en étant soutenue par l’introduction de maïs épi, plus le coût alimentaire baisse, mais le produit aussi, en lien avec une baisse des taux. Au final, quelles que soient les rations, l’étude conclue à des différences de marge brute non significatives. En outre, si d’un côté le maïs épi permet de réaliser des économies de compléments énergétiques. De l’autre, l’augmentation de la part d’herbe dans les assolements se fait au détriment des cultures de vente. « Avec l’introduction du maïs épi et l’augmentation de la part d’herbe dans les rations, le niveau de performance technique et la marge brute sont maintenus. Avec, en plus, une moindre dépendance à la volatilité des prix des concentrés, un gain de souplesse face à la quantité d’herbe récoltée et à la physiologie du maïs », pointe Philippe Le Stanguennec. Autre avantage, et non des moindres, cette stratégie constitue une solution pour répondre aux labellisations qui exigent une alimentation à l’herbe. « Si la labellisation s’accompagne d’une meilleure paie du lait, alors la stratégie s’avère économiquement encore plus intéressante ! » Maïs associés : soigner le semis pour assurer les résultats Depuis trois ans, la Chambre d’agriculture d’Alsace teste des maïs associés à d’autres espèces, comme du lablab ou du soja, avec pour objectif de sécuriser le rendement du maïs, tout en ramenant de la matière azotée dans le fourrage, dont manque le maïs ensilage. « Pour que la formule soit intéressante il faut gagner en valeur alimentaire et en rendement, en énergie comme en protéines, ce qui n’est pas systématique », pointe Laurent Fritzinger. Dans les essais réalisés, lorsque les deux espèces sont semées simultanément au semoir Aerosem, « il manque deux tiers du lablab à la récolte, ce qu’on peut imputer au semis combiné. Il vaut mieux effectuer un double semis au semoir monograine pour obtenir une levée et un peuplement réguliers », conseille Laurent Fritzinger. Pour sécuriser la technique, il est aussi possible d’avoir recours à l’inoculation, qui est désormais homologuée. « Elle permet d’avoir des nodules actifs. Reste à vérifier qu’elle permet vraiment de réaliser des économies d’engrais azotés… » La nature n’est pas figée, les éleveurs et leurs pratiques non plus !












