Chambre d'agriculture

Publié le 16/12/2016

Pour la 12e édition des Ovinpiades des jeunes bergers au niveau national et la 7e au niveau territorial, 34 candidats issus du lycée agricole d’Obernai et du lycée agricole de Rouffach se sont affrontés au cours de cinq épreuves pratiques et d’un quiz théorique. En participant aux Ovinpiades, les élèves ont pu se projeter dans cette production, mieux la connaître et ainsi s’en faire une image plus positive.

Il est 14 h à Preuschdorf, la bergerie de Stéphane Huchot est calme, on entendrait presque les mouches voler, si elles n’étaient frigorifiées par les températures hivernales. Seules quelques brebis et leurs agneaux bêlent de temps à autre. Le calme avant la tempête. Car les 34 élèves participants aux Ovinpiades des jeunes bergers en Alsace sont sur le point de revenir de leur pause déjeuner et de passer les ultimes épreuves avant la divulgation des résultats. Faire connaître une filière qui recrute Tout l’objet de cette compétition organisée par Interbev Ovins et l’ensemble de la filière ovine est de promouvoir le métier d’éleveur ovin et de susciter de nouvelles vocations auprès des élèves des établissements agricoles. En effet, depuis quelques années, la filière ovine cherche à installer des nouveaux éleveurs de brebis en France. Car au cours de la prochaine décennie, 61 % des éleveurs de brebis allaitantes et 39 % des éleveurs de brebis laitières partiront à la retraite. Pour assurer le renouvellement de ses générations mais également le maintien de sa production, la filière ovine doit donc installer près de 10 000 éleveurs dans le même temps. Et les atouts de cette production ne manquent pas : une Politique agricole commune favorable, un bon maintien des prix, une adaptabilité remarquable des animaux offrant un large panel de conduites d’élevage possibles, une demande en viande d’agneau supérieure à l’offre, des débouchés variés, des opportunités dans les démarches qualité… Et argument non négligeable, les investissements nécessaires étant modérés, le retour sur investissement est rapide. Avec le programme Inn’ovin, la filière se mobilise pour relever les défis de demain : créer plus d’emplois sur l’ensemble du territoire pour satisfaire la demande en agneaux et en lait, et rendre ce métier plus attractif en permettant à l’éleveur de dégager un meilleur revenu tout en travaillant dans de meilleures conditions. Des axes de travail ont été identifiés pour favoriser les installations, accroître les performances technico-économiques, améliorer les conditions de travail et produire durable. Plus qu’un concours, une découverte Dans le cadre de ce recrutement de nouveaux éleveurs, les Ovinpiades des jeunes bergers sont une invitation à découvrir le métier d’éleveur ovin de l’intérieur, à travers des gestes concrets et des échanges avec des professionnels. Ces quatre dernières années, le concours a permis à plus de 4 000 élèves de manipuler des brebis et de se projeter dans cette production qu’ils connaissent peu ou pas du tout, et en même temps d’en avoir une image plus positive. Outre la technicité et la modernité de cet élevage, ils découvrent aussi son potentiel : organisation du travail, équipement, aide à l’installation, conduite d’élevage… Car avant les épreuves proprement dites, les élèves se sont entraînés au sein de plusieurs exploitations ovines, encadrés par les éleveurs, leurs professeurs de zootechnie et Jean-Pierre Saulet Moes, conseiller ovin à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Une manière de se familiariser aux épreuves (qui ne sont autres que la reproduction de gestes quotidiens d’un éleveur ovin) et de découvrir la diversité des modes de production ovine. Et mardi 13 décembre, c’était le grand oral : les élèves se sont soumis à différentes épreuves alliant théorie et pratique. Pour chaque épreuve, le jury était composé de deux membres (éleveur, technicien et/ou enseignant agricole). Trier les brebis avec un lecteur électronique Apprécier la santé d’une brebis Manipuler et évaluer l’état corporel d’une brebis Évaluer l’état d’engraissement des agneaux Parer les onglons Avant ces épreuves pratiques, les élèves avaient auparavant participé à un quiz destiné à valider les connaissances sur l’élevage ovin : filière, alimentation, reproduction, génétique, santé, reconnaissance de races… Comme au niveau national, c’est en partie ce quiz qui a permis de départager les deux vainqueurs puisque Thomas Schneider et Tania Werly, les deux finalistes, y ont obtenu de bons résultats. Ils iront tous les deux défendre les couleurs de l’Alsace lors de la finale nationale, qui se déroulera le samedi 25 février au Salon international de l’agriculture à Paris. Mais avant cela, Jean-Pierre Saulet-Moes et Hervé Wendling, président du syndicat ovin du Bas-Rhin, les ont incités à s’entraîner. En tout cas, ils ne couperont pas à quelques séances d’entraînement pour peaufiner une épreuve qui a été écartée lors de cette finale territoriale et qui consiste à choisir le bélier le plus qualifié pour répondre à une problématique d’élevage tirée au sort.  

Publié le 13/12/2016

Après une saison de récolte du fourrage difficile, la production laitière est en baisse. La Chambre d'agriculture d’Alsace, en collaboration avec le Conseil élevage de la Moselle et la laiterie Unicoolait, a organisé une réunion afin de faire le point sur les stratégies de complémentations des rations en élevage laitier bio.

« La collecte laitière totale pour 2016 est estimée à 148 millions de litres (Ml) contre 150 Ml en 2015 », annonce Jérémy Stammbach, d’Unicoolait. Ce litrage est produit par 315 producteurs, dont 59 en bio, qui produisent 24 Ml de lait soit 16 % du volume total collecté par la laiterie. Pour le mois de novembre, la collecte enregistre une baisse de 10 %, plus marquée en bio (- 12,5 %) qu’en conventionnel (- 9,5 %). Or, comme le lait bio d’Unicoolait représente 20 % de tout le lait bio collecté par Laclatis, « il est important de pouvoir continuer à produire du lait, même avec des fourrages peu qualitatifs », poursuit Jérémy Stammbach. Des valeurs alimentaires disparates en fonction des coupes Philippe Le Stanguennec, conseiller élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace, est revenu sur la campagne fourragère 2016. Ceux qui ont pu faire des premières coupes tôt, autour du 8 mai, ont eu le nez creux. En effet, la valeur alimentaire de ce fourrage s’avère bonne à très bonne : « Très digestible, avec peu de cellulose, ce fourrage a donné du lait, mais il y en a eu peu. » La majorité des éleveurs ont en effet effectué la première coupe autour du 22 mai, après une période humide. Résultat, la valeur alimentaire a plongé, surtout au niveau de la Matière azotée totale (MAT). L’ingestion de ces fourrages est donc plus faible. La deuxième coupe affichait en moyenne un niveau azoté bas, et des unités fourragères (UF) comprises entre 0,8 et 0,9, conséquence d’un faible niveau de tallage, donc d’une faible proportion de feuilles par rapport aux tiges. La troisième coupe est « un peu meilleure », surtout du point de vue des matières azotées. Des stocks limités À ces fourrages de maigre qualité il faut ajouter d’autres contraintes. Le stock d’ensilage d’herbe risque de s’avérer parfois limitant. Le rendement du maïs ensilage est faible (de 2 à 6 t MS/ha) donc cela représente une perte de fourrage qu’il faut combler. Or la rareté du maïs ensilage le rend cher. Le foin est de qualité médiocre : « Même si parfois l’appétence est sauvée, sa valeur alimentaire est pénalisante ». Le stock de céréales est insuffisant puisque les rendements oscillent entre 15 et 35 q/ha, la moyenne se situant entre 22 et 25 q/ha. Enfin, de manière généralisée, les systèmes sont de plus en plus tendus en matière d’autonomie fourragère : « La productivité augmente mais pas les surfaces, donc il y a moins de surfaces dédiées aux céréales puisque celles dédiées à la production de fourrages augmentent », analyse Philippe Le Stanguennec. Des baisses de production liées aux fourrages Philippe Le Stanguennec a comparé deux types de rations. La première est élaborée avec de « bons » fourrages, elle permet une ingestion totale de 19,4 kg de MS et autorise une production de lait de 25 l. La seconde a été élaborée avec des fourrages dont les valeurs alimentaires correspondent à ceux de 2016. L’encombrement étant plus élevé, l’ingestion diminue à 16,9 kg de MS donc la quantité de lait permise à 16 l. En imaginant une complémentation avec 3 kg de VL 35, Philippe Le Stanguennec estime qu’on arriverait au même niveau d’ingestion, mais pas à atteindre les 25 l/vache. Complémenter sans acharnement Voilà pour le constat. Philippe Le Stanguennec a énuméré une série de propositions de solutions pour complémenter les rations : acheter des céréales en Alsace ou en Lorraine, voire dans d’autres régions, mais alors de manière groupée afin de réduire les coûts de transport et de logistique, garder son blé, acheter des bouchons de luzerne et les mélanger avec des céréales aplaties (compter 260 €/t par camion de 30 t et 310 €/t par 3 t), acheter du maïs grain ou du maïs épi, « il y a souvent une bonne réponse mais le manque de disponibilité entraîne des prix élevés » (260 €/t pour du maïs épi ensilé), compléter les rations avec du VL 18 (500 €/t) sur des fourrages riches en MAT ou du VL 26 à 35 (650-750 €/t) sur les fourrages moins riches en MAT. Mais l’intérêt d’acheter de l’aliment se discute : « Il s’agit de comparer la réponse obtenue et le coût. Car l’investissement ne se justifie pas toujours, notamment sur des déficits de production marginaux ». Et puis la réponse des vaches n’est pas la même selon leur état : « Une vache fraîchement vêlée, ou qui va vêler, répond mieux qu’une en fin de lactation. En moyenne en 2013-2014, 1 kg de VL 32 permettait de gagner de 1,5 à 2 l de lait. » Enfin, l’alternative à l’achat d’aliments, c’est le panachage des coupes sur l’hiver, en fonction des stocks, pour essayer d’équilibrer et d’homogénéiser la ration sur tout l’hiver, et de la complémenter avec du correcteur azoté et les céréales disponibles. Et puis il est aussi possible d’acheter en commun du fourrage de base si les stocks venaient à s’épuiser trop tôt.

Quelles perspectives pour l’agriculture alsacienne ?

« Se projeter pour écrire l’avenir »

Publié le 03/12/2016

Ne pas se laisser tétaniser par la crise, telle est l’injonction lancée par Laurent Wendlinger, président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. C’est pourquoi il a inscrit à l’ordre du jour de la session du 25 novembre un point consacré aux projets et aux perspectives de l’agriculture alsacienne.

« La crise doit nous inciter à nous remettre en cause, à explorer de nouvelles solutions, à nous engager dans de nouveaux projets. » Pour Laurent Wendlinger, le rôle de la Chambre d'agriculture est aussi de s’inscrire dans une réflexion professionnelle à moyen terme. D’où l’idée d’interroger les agriculteurs alsaciens sur leurs attentes, leur vision de l’avenir, leurs projets. Les résultats de cette enquête ont été présentés par Emmanuel Mollard, du service politiques publiques et services aux collectivités de la CAA. Et là, belle surprise ! Malgré les difficultés, les agriculteurs gardent leur esprit d’entreprise. Ils sont lucides et confiants, ce qui ne les empêche pas de faire des projets, d’avoir envie d’investir. « Un signe qui ne trompe pas : 85 dossiers ont été déposés et agréés dans le cadre du plan bâtiment, preuve que les éleveurs croient en l’avenir de leur production », souligne Laurent Wendlinger. Autre signe encourageant, plusieurs filières spécialisées offrent de réelles opportunités de développement. La betterave à sucre, le tabac, le houblon recrutent de nouveaux planteurs. Même chose pour le maïs semences et le tournesol semences. « Même en élevage, il y a des opportunités à saisir, notamment en volaille, et une nouvelle dynamique se fait jour dans la production porcine. » Laurent Wendlinger cite aussi l’agriculture biologique, où les projets de conversion se poursuivent à un rythme soutenu, et l’éclosion de magasins de vente directe, dans un cadre individuel ou collectif. La viticulture n’est pas en reste : jamais elle n’a autant investi dans la modernisation de ses structures, grâce aux fonds du Feaga. « Se servir de 2016 pour bâtir les années à venir » « Si la prudence et le réalisme économique doivent toujours guider nos actions, force est de reconnaître que l’agriculture alsacienne offre des perspectives diverses et variées », affirme Laurent Wendlinger. Ce ne sont pas Albert Binder, Sébastien Stoessel ou Denis Digel qui le contrediront ! Ils ont témoigné de leur envie d’entreprendre. « Antifatalistes. » C’est ainsi que se définissent les frères Binder à Sessenheim. « Tabac, asperge, maïs semences, betterave à sucre, énergie photovoltaïque, nous avons toujours cherché à nous diversifier », explique Albert Binder. Pour réussir, ils misent sur leur réactivité et leur capacité de travail, mais aussi sur le progrès technique et des coopératives solides et porteuses de projets. Président du service élevage, Sébastien Stoessel produit des céréales, du lait et des poules pondeuses. « Par les temps qui courent, pas évident de garder la gnaque ! » Mais certains secteurs se portent bien, comme la montagne qui a depuis longtemps misé sur une stratégie centrée sur la transformation, en accord avec la demande du marché. Il voit de l’avenir pour la filière porcine, qui a investi dans le bien-être animal, ainsi que la production ovine ou caprine, source de diversification à moindres frais. Pour accompagner ces porteurs de projets, le Plan bâtiment s’est ouvert aux petites filières, comme la volaille et le porc. Une ouverture qui a contribué à les renforcer. Sébastien Stoessel a salué les équipes techniques de la CAA, ainsi que la Région et l’État qui ont fait en sorte qu’aucun dossier ne soit laissé au bord du chemin. « Nous devons nous servir de 2016 pour bâtir au mieux les années à venir », a-t-il conclu. Le Cœur paysan ouvre ses portes le 7 décembre Président des Maraîchers réunis de Sélestat, une coopérative tournée vers la vente en gros à la grande distribution et aux grossistes, Denis Digel est également présent toutes les semaines sur le marché de Sainte-Marie-aux-Mines. La vente directe, il maîtrise… Le maraîcher souligne un paradoxe : la demande est de plus en plus locale, alors que l’offre est de plus en plus mondiale, avec des prix étriqués. Comment répondre à cette demande locale dans les territoires ? « Les distributeurs profitent de l’aubaine, usurpant notre plus-value. Elle arrive même à mettre la main sur notre envie de produire et de nourrir les citoyens. » En réaction, les points de vente directe se multiplient. « Il faut s’efforcer de répondre à cette demande locale sur les marchés, dans les cours de ferme, faire gonfler l’offre, saisir toutes les opportunités de s’approprier la plus-value. » Lui-même s’est engagé dans un point de vente collectif à Colmar, route de Neuf-Brisach : avec cinq autres agriculteurs, il a acheté un ancien supermarché et l’a transformé en un magasin de producteurs où une trentaine d’agriculteurs individuels et de structures collectives proposeront leurs produits, conventionnels et bios. Le Cœur paysan ouvre ses portes le 7 décembre. Autre filon à exploiter : « Les collectivités demandent de plus en plus de proximité. C’est une vraie aubaine, même si les marchés publics sont compliqués. »

Pages

Les vidéos