Le bien-être animal est une problématique relativement récente mais de plus en plus prégnante au sein de la société. Déjà, en France, en Allemagne comme en Suisse des progrès ont été accomplis. Un colloque, organisé récemment dans le cadre de la Conférence du Rhin supérieur, a permis d’échanger sur les bonnes pratiques, et de nourrir la réflexion en matière de bien-être animal.
Un animal de rente, qu’il soit élevé en France, en Allemagne ou en Suisse, reste un animal de rente, avec des besoins et des comportements identiques. Et, les bactéries et les virus ne s’arrêtant pas aux frontières, la gestion des épizooties requiert une coopération internationale. C’est pourquoi, dans le cadre de la Conférence du Rhin supérieur (CRS), le groupe de travail dédié aux questions agricoles a comparé les pratiques d’élevage, leur encadrement réglementaire et les mesures d’accompagnements existantes dans les trois régions transfrontalières (Alsace pour la France, une partie du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat pour l’Allemagne, les cantons de Bâle-Ville et Bâle-Campagne pour la Suisse).
L’objectif, à terme, étant de réfléchir à des pistes de coopération transfrontalières. Mercredi 8 novembre, les travaux ont été restitués lors d’un colloque organisé au lycée agricole d’Obernai. « Il s’agit du point d’orgue d’une démarche entamée en juin 2016, et qui réunit l’ensemble des parties prenantes du bien-être animal, des éleveurs aux consommateurs », a indiqué Benoît Fabbri, directeur régional adjoint de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt Grand Est.
Être prêt à payer le prix juste du bien-être animal
La France, l’Allemagne, et tous les pays membres de l’Union européenne sont tenus de transposer dans le droit national la directive 98/58/CE, qui définit les exigences concernant les conditions d’élevage. Sur cette base, chaque pays peut mettre en place une réglementation plus contraignante. La Suisse n’est pas concernée par la directive 98/58/CE, ce qui ne l’empêche pas de poser des exigences plus élevées en matière de bien-être animal, comme le montrent les travaux du groupe expert.
Karl Silberer, vice-président du BLHV (Badische Landwirtschaftliche Hauptverband), a donné le point de vue du professionnel, soulignant les progrès considérables déjà atteints par la profession, notamment en matière de bâtiments d’élevage, et le fait que le bien-être animal ne se résume pas à des normes, mais qu’il s’agit aussi d’une « relation de confiance » entre l’éleveur et ses animaux. Peter Zbinden, conseiller scientifique à l’Office fédéral de l’agriculture de Berne, s’est exprimé sur les aspects économiques. En Suisse, a-t-il rapporté, les consommateurs et les contribuables sont les fondements du bien-être animal grâce à leur contribution financière. En effet, les labels mettant en avant le bien-être animal rencontrent un vif succès sur le marché. Et les consommateurs sont prêts à en payer le prix juste.
Accompagner les producteurs
Différents ateliers de réflexion ont permis d’évoquer au cas par cas les différentes espèces, ainsi que la valorisation des produits respectueux du bien-être animal, ou encore la santé et la biosécurité. Sébastien Stoessel, président du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace, participait à l’atelier dédié aux volailles. De la discussion qui a eu lieu entre les différents acteurs, il ressort que « nos objectifs ne sont pas si différents, mais il faut accompagner les producteurs pour qu’ils puissent répondre aux demandes des consommateurs. En effet, les éleveurs réalisent des investissements sur des périodes longues, aussi les changements nécessitent-ils de l’accompagnement. Et l’amélioration des pratiques passe généralement par une hausse de la charge de travail qu’il faut rémunérer. »
À l’issue du colloque, le groupe de travail a proposé la mise en place d’un réseau de vétérinaires destiné à la gestion de crises sanitaires par le biais de rencontres régulières, de formations et d’exercices communs. En effet, la biosécurité est gérée de manière différente dans chaque pays. En cas de crise sanitaire, en France, la surveillance, les prises de décision sont centralisées au niveau national, tandis qu’en Allemagne et en Suisse cela relève de la responsabilité des Lander. Autres propositions faites à l’issue du colloque : la poursuite des échanges transfrontaliers à travers des journées professionnelles, le développement de l’information et de la communication, que ce soit en direction des professionnels ou du grand public.
Au cours de ce colloque, le bien-être des animaux et des opérateurs au sein des abattoirs n’a pas été évoqué. Pour autant, le sujet n’est pas écarté : « Il faut en parler car, contrairement à ce que montre le marketing, les animaux ne passent pas du pré au gril », a estimé un participant.