bio

Élevage de volailles bios à Spechbach-le-Bas

Du confort en plus pour les animaux et les hommes

Publié le 04/02/2018

Le Gaec Pflieger, à Spechbach-le-Bas, a mis récemment en service ses deux nouveaux bâtiments destinés à son élevage de volailles bios et sa culture de pommes de terre. Des investissements qui permettent d’améliorer le confort de travail au quotidien, la croissance des animaux et les performances économiques de l’entreprise.

Avec leurs nouveaux bâtiments, Jérémy Pflieger et son père José ont pu améliorer leurs conditions de travail et le confort de leur élevage de volailles bios situé à Spechbach-le-Bas. Tout a commencé en 1989 quand José a repris l’exploitation familiale historiquement tournée vers les grandes cultures et l’élevage de bovins. Il a d’abord pris la décision de développer la culture de pommes de terre. En 2000, il a fait une sortie d’exploitation pour lancer un élevage plein air de poulets de chair dans six bâtiments mobiles de 60 m2 chacun. « C’était pour répondre à la demande des consommateurs pour ce type de produits », se souvient Jérémy. L’exploitation se convertit à l’agriculture biologique en 2011 et, en 2012, une chambre froide à pommes de terre et une chaîne d’abattage de volailles sont mises en place dans l’un des bâtiments historiques de la ferme, au cœur du village. Jérémy s’installe à son tour en 2013 avec le double projet de faire de la pomme de terre transformée et des poules pondeuses. Pour ce faire, il réalise une nouvelle sortie d’exploitation sur un autre site isolé du village et fait construire un bâtiment comprenant trois espaces distincts : deux - totalement indépendants l’un de l’autre - abritant chacun 1 200 poules, et le troisième, situé au milieu, servant de chaîne de conditionnement pour les œufs. L’année 2016 constitue un tournant pour la ferme Pflieger. « On a tout d’abord été contacté pour s’inscrire dans le Plan Bâtiment et ainsi remplacer nos bâtiments mobiles qui étaient vieillissants et plus fonctionnels », explique Jérémy Pflieger. Le projet est donc lancé de créer un autre bâtiment plus spacieux et plus confortable à côté du bâtiment de poules pondeuses. Le deuxième fait marquant de cette année 2016 est l’incendie, au mois de mai, du hangar abritant la chaîne d’abattage et la chambre froide des pommes de terre. « Du coup, on a entrepris la construction d’un nouveau bâtiment à côté des deux autres pour y mettre ces activités, mais aussi pour stocker le matériel et, prochainement, un atelier de transformation des pommes de terre », poursuit Jérémy Pflieger. Une meilleure croissance pour les poulets Ces deux ouvrages ont été mis en service à l’automne dernier. Celui destiné aux poulets de chair fait 850 m2 et se divise en six espaces distincts (avec des lots de poulets d’âge différents à chaque fois) et isolés les uns des autres. « Cela nous permet d’avoir des poulets en permanence tout en gardant un espace pour le vide sanitaire qui dure trois semaines. Si on avait fait une bande unique, on aurait eu une période de plusieurs semaines pendant laquelle nous n’aurions plus eu de poulet. Avec cette disposition, nous pouvons assurer une production continue », indique Jérémy Pflieger. L’exploitation reçoit 1 400 poussins toutes les trois semaines et en abat 420 par semaine. Avec les bâtiments mobiles de l’époque, elle ne pouvait abattre « que » 310 à 320 poulets par semaine. Si les performances économiques ont été améliorées, le confort des animaux a lui aussi été bonifié. Comme le stipule la réglementation pour ce type d’élevage, il n’y a pas plus de dix poulets au m2 à l’intérieur du bâtiment, et le parc extérieur - obligatoire en élevage biologique - fournit au moins 4 m2 par poulet. « Du coup, on obtient de meilleures performances au niveau de la croissance des animaux, étant donné qu’ils ont plus de place pour se développer », précise le jeune agriculteur. Un tel confort a un prix. Ce bâtiment a coûté 350 000 €, dont une partie subventionnée par le Plan Bâtiment de la Région. « Et vu qu’on a six espaces indépendants à l’intérieur, tout est multiplié six fois : les ordinateurs, les distributeurs d’alimentation, etc. » La régulation de la température (avec des lanterneaux) ainsi que la gestion de l’alimentation ont été automatisés. Et dans quelques semaines, le confort sera encore amélioré puisque l’alimentation sera directement versée dans un silo via un quai de chargement. « Ça va clairement nous changer la vie », s’enthousiasme Jérémy Pflieger. « Un chargement assurera deux jours d’autonomie alimentaire. On gagnera encore en confort de travail. »

Publié le 30/01/2018

Pionnière dans les prescriptions de produits de soin des plantes pour la viticulture biologique, AB2F proposait une après-midi technique avec le chercheur Christophe Bertsch, dont les équipes s’activent à trouver des solutions aux maladies du bois.

Après la reprise il y a 15 ans, des établissements Lucien Schroeter, avant-gardiste dans la prescription de produits de protection pour la viticulture et l’arboriculture biologiques, l’équipe AB2F n’a cessé de s’affirmer sur ce marché de l’agrofourniture et vitifourniture bio. En aval de la chaîne, la demande connaît une croissance à deux chiffres. Les techniciens d’AB2F tiennent donc à leur image de marque porteuse. Et c’est au Petit Wettolsheim, chez Annick Buecher, qu’ils ont proposé une après-midi technique, avec à l’étage, une multitude de fabricants de solutions pour la protection biologique, la fertilisation biologique et la stimulation des fonctions biologiques de défense, protection et nutrition des vignes. Et dans la salle de conférence, AB2F a fait appel au chercheur Christophe Bertsch qui présente l’état d’avancée des travaux de son équipe, financés notamment dans le cadre du Plan national dépérissement. Des solutions, soit par greffe de bois de variété du genre Vitis histocompatibles avec Vitis vinifera, mais résistantes aux maladies, « comme on le fait pour le phylloxera », soit par injection dans la souche de produits - à bon profil écotoxicologique de préférence - permettant « un curetage chimique » des bois morts de la souche. Cet amadou à l’origine de la fameuse expression des feuilles tigrées de l’esca, signe avant-coureur de l’apoplexie de la souche, par la sécrétion de gommes qui obstruent les canaux de sève. Si les espoirs de solution sont de mise, grâce aux travaux de cette équipe, Christophe Bertsch aime à rappeler qu’en 1921, René Lafon, avait déjà bien cerné la problématique des maladies du bois, dans son ouvrage culte La taille Guyot-Poussart dans les Charentes. Ce qui fait dire à Christophe Bertsch, reprenant une citation du prix Nobel de médecine Charles Nicolle (1866-1936) : « Ce qui est nouveau, ce n’est pas la survenue d’une maladie antérieurement inconnue, c’est cette survenue au sein d’un monde qui se croyait définitivement aseptisé, protégé et tranquille ». À méditer !

Conversion en grandes cultures bio

« On y va pas à pas »

Publié le 17/01/2018

À Petit-Landau, Mathieu Hermann et Benoît Sutter ont décidé de convertir leurs parcelles de grandes cultures à l’agriculture biologique. Une démarche qu’ils ont choisi d’entreprendre progressivement pour atteindre le « tout bio » d'ici 2022-2024.

Avec seulement 1,7 % des surfaces céréalières, on ne peut pas dire que le bio a suscité un véritable engouement dans la filière grandes cultures alsacienne. Si le nombre d’exploitations converties est bien moins marqué que dans d’autres filières - arboriculture en tête - on remarque néanmoins une augmentation légère, mais constante, de céréaliers bios depuis 2007. En parallèle, le nombre d’opérateurs spécialisés « grandes cultures bios » grandit. Ils sont aujourd’hui quatorze (voir carte) à offrir des débouchés aux agriculteurs. Avant de pouvoir en arriver là et de vendre sa production sous le label « agriculture biologique », il convient de réussir l’étape cruciale de la conversion. Une période de deux ans un peu ingrate puisque l’agriculteur est contraint de produire selon le cahier des charges bio sans pouvoir vendre sous le label bio. « Il est clair qu’en termes de trésorerie, il ne faut pas être au fond du trou pendant ce laps de temps. C’est pour cela qu’il existe des aides à la conversion », explique Benoît Gassmann, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d'agriculture d’Alsace. La problématique de l’azote bio Si certains exploitants prennent la décision de convertir la totalité de leur SAU du jour au lendemain, d’autres en revanche font preuve d’un peu plus de prudence et de patience en choisissant de convertir progressivement leur exploitation tout en maintenant une production conventionnelle (voir tableau). Une option qu’ont retenue Mathieu Hermann et Benoît Sutter, tous deux agriculteurs à Petit-Landau. Le premier est installé depuis le 1er mars dernier. Il possède 68 ha, dont 75 % de maïs. Il a souhaité se lancer dans le bio par « défi technique et personnel » et pour emmener l’exploitation familiale vers « quelque chose de neuf ». Le second est installé depuis 1999 en Gaec. Il possède 81 ha et pratique une diversification qui mêle céréales, légumes et poules pondeuses. À la base, il avait décidé de convertir sa production légumière en bio en 2016. « C’est une filière dans laquelle les légumes anciens sont mieux valorisés », note Benoît Sutter. Puis les deux agriculteurs se sont motivés mutuellement pour franchir le cap de la conversion en grandes cultures au printemps 2017. Sans Benoît, Mathieu n’y serait pas allé, et réciproquement. « C’est plus rassurant de se lancer à deux dans une telle aventure, surtout quand on vient de s’installer comme moi », poursuit Mathieu Hermann. Ils sont actuellement en pleine réflexion pour une conversion totale de leurs activités vers un mode de production biologique. Au début pourtant, ils ne pensaient convertir qu’une partie de leur SAU. « On a avant tout un salaire à sortir », justifie Benoît Sutter. Ils ambitionnent alors de mettre en place un système mixte conventionnel/bio. « Le truc, c’est qu’en faisant cela, on se ferme beaucoup de marchés. Beaucoup d’opérateurs ne prennent pas la production bio si on est dans un système mixte. La mixité crée une porosité dans la certification. » En Alsace, huit opérateurs ne prennent que du « 100 % AB », tout comme l’ensemble des opérateurs suisses. À la seule différence que là-bas, l’agriculteur est mieux rémunéré dès sa première année de conversion, histoire de traverser cette période un peu plus sereinement. Autre élément qui a poussé les deux agriculteurs à franchir le cap du « tout bio » d'ici 2022 ou 2024, l’impossibilité de produire une céréale en mode bio et la même en mode conventionnel. Du coup, ils conservent pour l’instant le maïs conventionnel pour assurer les revenus et commencent à convertir d’autres parcelles. Mathieu Hermann a fait le choix de la luzerne pour ces deux années de conversion. Une plante qui présente l’avantage de nettoyer les parcelles, de pouvoir être vendue à un éleveur et de capitaliser l’azote dans le sol. « Du coup, avec un reliquat plus important, on s’y retrouve lors de la troisième année quand on plante du maïs. » Grâce à ce « stock » d’azote, il prévoit de semer du maïs au printemps 2019. Le choix de la luzerne par Mathieu Hermann s’explique par la difficulté de trouver de l’azote bio pour les grandes cultures. « C’est un facteur limitant », reconnaît Benoît Gassmann. Du coup, l’agriculteur doit réfléchir à la meilleure manière d’en produire ou d’en trouver. S’il n’a pas d’élevage, il peut intégrer des légumineuses (pois, féverole, soja) dans sa rotation - option retenue par Mathieu Hermann -, planter des Cipan, en acheter à un voisin qui en dispose, ou acheter des engrais organiques qui se présentent sous la forme de bouchons. Un silo de stockage mutualisé Plus globalement, les deux agriculteurs recommandent de démarrer avec une culture de printemps lorsqu’on se convertit en bio. « C’est plus facile. Pour le blé par exemple, il n’y a pas un moulin qui ne soit pas demandeur. En alimentation animale, il y a aussi des débouchés intéressants avec le triticale. Et la culture est plus facile à travailler, notamment le désherbage », justifie Benoît Sutter. L’autre intérêt de passer en bio, à leurs yeux, est la diversité de cultures possibles dans ce mode de production. « Le souci est que beaucoup n’ont pas un potentiel de commercialisation viable à l’heure actuelle. Certaines sont très rentables, d’autres pas vraiment », reconnaît objectivement Benoît Sutter. Dans sa rotation, Mathieu Hermann envisage du maïs, du blé, de l’orge, du tournesol et des lentilles. Il prévoit même de tester le chia, une plante originaire d’Amérique centrale de plus en plus plébiscitée pour ses vertus diététiques. « Je pense qu’il faut rester le plus ouvert possible pour agrandir sa palette de cultures. L’essentiel est que cela s’adapte à son contexte économique et agronomique », détaille le jeune agriculteur. Reste la question du stockage qu’ils gèrent pour l’instant de manière totalement autonome. « Nous mutualisons notre silo et le proposons à des collègues qui ne sont pas équipés. C’est avec de petites choses comme cela qu’on pourra créer progressivement une filière grandes cultures bios dans notre département. »

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