Fruits et légumes bios d’Alsace
Vers un cahier des charges plus restrictif
Fruits et légumes bios d’Alsace
Publié le 02/11/2018
Les ventes de produits issus de l’agriculture biologique progressent quels que soient les circuits de distribution. Et la conversion de la production à l’agriculture biologique emboîte le pas à cette tendance. En Alsace, les producteurs construisent un cahier des charges spécifique à la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, plus restrictif.
Les ventes de fruits et légumes bios progressent depuis plusieurs années. Au premier semestre 2018, elles représentent 14,3 % du volume de vente tous circuits de distribution confondus. Tous les autres critères permettant de décrypter les tendances de consommation vont dans le même sens : « La fréquence d’achat de produits bios a augmenté de 5 % en GMS, le nombre de clients progresse, le chiffre d’affaires et les volumes de vente aussi. À ce niveau-là, le bio n’est plus un marché de niche. Et il faut pouvoir proposer des fruits et légumes bios toute l’année », indique Boris Wendling, chef de groupe Scofel Auchan. Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), confirme : « La grande distribution, la restauration hors domicile, les collectivités, tout le monde demande du bio. Il est donc nécessaire de développer ces productions. » Pour plus de visibilité, à double sens La production alsacienne s’adapte. « En 2017, 31,3 % des vergers étaient bios, soit quelque 380 hectares et 160 fermes, dont 36 en orientation principale », décrit Thomas Burger, arboriculteur et administrateur à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). En 2018, 11 nouveaux producteurs ont rejoint les rangs des arboriculteurs bios, surtout sur des projets de diversification. En légumes bios, la tendance est similaire. 15 % des surfaces alsaciennes en légumes sont en bio, ce qui représente 545 ha et 149 fermes dont 84 en orientation principale. « 21 nouveaux producteurs se sont convertis en 2017, autant en 2018 », indique Dany Schmidt, producteur de légumes et trésorier de l’Opaba. Il analyse : « Avec une demande de plus en plus soutenue pour les produits bios, on assiste à une véritable orientation de la grande distribution vers ces produits, ce qui pose la question de la répartition des volumes. » Pour se positionner, les producteurs aimeraient pouvoir se fonder sur des prévisionnels de mise en marché, qui permettraient d’anticiper la mise en culture. Mais si les producteurs ont besoin de visibilité sur leurs débouchés, les distributeurs ont aussi besoin d’en avoir sur leurs sources d’approvisionnement. En effet, Boris Wendling pointe un achalandage en produits bios parfois difficile, ne serait-ce que parce que l’impact de la météo sur le niveau de production est plus difficile à gérer en agriculture biologique. Aussi appelle-t-il de ses vœux « une collaboration plus poussée entre producteurs et distributeurs ». C’est dans cet objectif, et afin de mettre en avant la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, que l’Ifla et l’Opaba ont récemment invité leurs acheteurs à visiter la ferme du Château à Buswiller (lire en encadré). « L’un des piliers de la bio, c’est de parvenir à établir des relations commerciales équitables entre les différents acteurs de la filière, rappelle Julien Scharsch, président de l’Opaba, d’où l’importance de nous rencontrer pour mieux connaître nos métiers respectifs. » « Nous n’avons pas l’intention de nous orienter vers des méga structures » Pour que cette collaboration reste fructueuse, il faudra que les contraintes économiques des uns et des autres s’accordent. Soumis à d’autres contraintes de production, les produits alsaciens bios sont souvent un peu plus chers que ceux d’autres origines. Au risque d’être boudés par les consommateurs et, dès lors, par les distributeurs. Les raisons qui expliquent ce différentiel de coût de production sont multiples : rareté et cherté du foncier, morcellement du parcellaire limitant la mécanisation, volonté de préserver un modèle agricole familial… « Nous n’avons pas l’intention de nous orienter vers des méga structures », prévient Dany Schmidt. C’est incompatible avec les fondements de la bio : « Nous sommes responsables d’un capital agronomique et humain à transmettre et à faire fructifier », décrit-il. Dès lors, hors de question de cultiver des carottes sur des centaines d’hectares, aussi bios soient-elles réglementairement parlant. Mais, pour Dany Schmidt, ce qui augmente le coût de production alsacien, c’est la main-d’œuvre : « Nous avons toujours cherché à favoriser l’emploi local, mais nous avons de plus en plus de mal à en trouver localement. Cela nous interpelle quant à nos possibilités de développement futur. Car nous songeons à abandonner les cultures trop gourmandes en main-d’œuvre. » Le deuxième élément d’inquiétude qu’identifient les producteurs bios, c’est l’accès à l’eau. Mais, avec une nappe phréatique abondante, relativement accessible selon les secteurs, et le soutien des collectivités locales, ce frein devrait pouvoir être levé par une irrigation raisonnée des cultures. Pour contrebalancer ces freins les producteurs bios locaux veulent valoriser leurs atouts en élaborant un cahier des charges spécifique à la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, « plus restrictif et plus régionaliste » que le cahier des charges national de l’agriculture biologique. Objectif : aboutir à un cadre qui « réponde mieux à nos attentes et à celles de la distribution, notamment en incluant des règles éthiques », précise Dany Schmidt.












