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Communes forestières d’Alsace

Les maires, conciliateurs dans l’âme

Publié le 27/04/2018

Réunis en assemblée générale à Haguenau, les maires des communes forestières d’Alsace sont un maillon essentiel de la filière forestière. Ils s’impliquent dans la gestion de la forêt avec le souci de concilier des intérêts parfois très différents.

« Tout le monde veut s’occuper de la forêt ». Le constat est de Pierre Grandadam, président de l’association des communes forestières d’Alsace (ACF), qui ouvrait l’assemblée générale de l’association, samedi 14 avril à Haguenau : l’Union européenne, la France, la Région, le Département, les communautés de communes interviennent, plus ou moins directement et chacun à leur échelle, dans la gestion de la forêt. Tout comme les maires qui, placés en bout de chaîne, sont au coeur de demandes - parfois d’injonctions - contradictoires. Ils ont beau avoir la légitimité pour gérer l’espace forestier, ils doivent faire face à des attentes très diverses. Dans ce contexte, reconnaît Pierre Grandadam, les maires doivent concilier l’exploitation des ressources forestières avec la préservation des milieux et la fréquentation des publics. Autant de missions pour lesquelles ils ont besoin de l’aide de toutes les collectivités, souligne le président de l’association des communes forestières. Gibier et chalarose L’ACF, qui compte 310 adhérents représentant plus de 80 % de la forêt communale en Alsace, travaille de plus en plus étroitement avec ses homologues du Grand Est, au sein du comité Cofor Grand Est. « Il est important de travailler collectivement car désormais, tout se passe à cette échelle », souligne Mona Garandel, chargée de mission ACF Alsace. Une communication commune va se mettre en place grâce à un site internet et des fiches techniques communes seront diffusées. Outre le suivi de l’emploi en forêt communale, la restauration de l’équilibre forêt-gibier a constitué un des gros dossiers de l’année 2017, avec plusieurs réunions techniques organisées avec les élus et les chasseurs. L’ACF a également participé à la mise en œuvre du projet collectif des communes forestières du Piémont des Vosges consacré à l’équilibre forêt-gibier. Ce projet comporte notamment la mise en place, étalée sur trois ans, de 140 enclos-exclos (lire aussi en page 12). En 2017, 51 enclos-exclos ont ainsi été mis en place en forêts communales sous le pilotage de l’ONF. L’ACF s’est aussi impliquée pour dynamiser l’investissement en forêt communale, en prenant part aux projets Fibalsace et Remobio. Cédric Luneau, chargé de mission Fibalsace, a accompagné une dizaine de communes forestières dans leurs démarches foncières visant à acquérir des biens vacants et sans maître et en proposant des aides pour l’amélioration des peuplements forestiers et pour la création ou l’agrandissement d’aires de dépôts. Plus de 12 ha ont ainsi été subventionnés en 2017 et une aire de dépôt a été créée. Six autres sont en projet en 2018. Le projet Remobio, quant à lui, consiste à soutenir financièrement la replantation dans les zones touchées par la chalarose du frêne et qui doivent être récoltées précocemment. L’ACF a réalisé un diagnostic sylvicole sur une centaine d’hectares potentiellement concernés, ce qui constitue un préalable à la replantation. Une réunion d’information à l’attention des élus est prévue au printemps 2018. Valoriser les ressources en bois Directeur territorial de l’ONF Grand Est, Jean-Pierre Renaud a fait le point sur le marché du bois. L’Alsace est bien placée pour les volumes vendus en 2017, avec 750 000 m3 qui ont généré près de 40 millions d’euros (M€) de recettes. Près de la moitié des ventes sont contractualisées (45 %), ce qui est bien supérieur à la moyenne nationale. « Cela dénote une relation très étroite avec le tissu industriel et de transformation », souligne Jean-Pierre Renaud. Les forêts communales ne sont « ni en sous-exploitation, ni en surexploitation », précise le directeur territorial de l’ONF. Les prix moyens du bois sont stables (+ 0,7 % en 2017), mais il y a de grandes différences selon les essences. Les prix du chêne s’envolent depuis 2015, sous la pression des marchés extérieurs, « une situation inédite qui préoccupe les transformateurs. » Les prix du hêtre sont quant à eux à un niveau trop bas et ceux des résineux, en légère baisse, tendent à remonter depuis la mi-2017. La conjoncture générale est assez favorable au bois, note encore Jean-Pierre Renaud. Malgré tout, les scieurs peinent à fournir les bois dont l’industrie a besoin.  Au niveau du Grand Est, la réflexion se poursuit pour élaborer le Programme régional de la forêt et du bois (PRFB), une déclinaison du programme national institué par la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt. Le directeur territorial de l’ONF en a présenté les sept axes. La valorisation des ressources en bois énergie et bois d’industrie est le premier axe de ce plan. Sur 5 millions de m3 de bois récoltés dans le Grand Est, 2 millions sont des bois de qualité secondaire. « Il y a un gros enjeu à les valoriser car cela conditionne les bois d’oeuvre de demain », explique Jean-Pierre Renaud. Le deuxième axe du programme consiste à trouver des solutions pour résoudre la crise du chêne. Les scieries ont du mal à s’approvisionner et réclament des contrats d’approvisionnement pour se mettre à l’abri des fluctuations trop importantes. Un plan d’action va être lancé au niveau national, le Grand Est n’étant pas la seule région concernée par cette problématique.  Le troisième enjeu est de faire face au changement climatique, qui accélère les crises sanitaires. « En 2050 surviendront les premières graves crises sur les essences forestières. Les forêts qu’on régénère aujourd’hui seront jeunes en 2050 », souligne le directeur territorial. Des actions sont déjà en cours comme l’introduction en forêt de Verdun de chênes de la Sainte-Baume, près de Marseille. Le PRFB devrait également comprendre un volet consacré au déséquilibre forêt-gibier, un volet sur la mobilisation des bois au service d’une gestion durable, un volet sur l’investissement en forêt, le dernier axe étant consacré au renforcement de la place de la forêt au cœur des attentes de la société.

Impact du gibier en forêt

Des enclos pour témoins

Publié le 24/04/2018

Face à une population de gibier en hausse, qui exerce une pression croissante sur la forêt, au risque de pénaliser la régénération naturelle et de déséquilibrer le peuplement au profit de l’épicéa et au détriment du sapin, le Centre régional de la propriété forestière du Grand Est veut déployer l’installation de dispositifs d’enclos témoins afin d’illustrer l’impact du gibier sur les milieux forestiers et leur évolution.

Si les promeneurs sont ravis de voir une biche ou un chevreuil détaler au détour d’un sentier, les forestiers voient la situation d’un autre œil. Car si gracieux qu’ils soient, ces animaux ont un solide appétit, et se repaissent de jeunes pousses d'arbres. Et, surtout, leur population augmente. À tel point que l’équilibre entre le gibier et la forêt est parfois rompu. C’est-à-dire que la population de gibier est trop importante et exerce une pression pénalisant la régénération naturelle de la forêt. En outre, cerfs et chevreuils sont particulièrement friands du sapin. L’épicéa, lui, se fait bien moins abroutir. Conséquence : « On assiste à une inversion du peuplement, au profit de l’épicéa et au détriment du sapin », constate Pascal Ancel, ingénieur au Centre régional de la propriété forestière (CRPF) du Grand Est. Or c’est justement le sapin que les forestiers aimeraient pouvoir préserver. Car cette essence fait partie de celles qui résisteraient le mieux au changement climatique. « Comme nous assistons à un déséquilibre entre la population de gibier et la forêt dans son état actuel, il s’agit d’adapter la population de gibier à la forêt », indique Pascal Ancel. Les intérêts des gestionnaires forestiers et des chasseurs étant divergents sur la question, les premiers doivent être en mesure de prouver ce déséquilibre, et d’évaluer son ampleur, afin de prendre les mesures qui s’imposent pour rétablir la situation d’équilibre. Dispositif simple et sélectif C’est pourquoi le CRPF du Grand Est souhaite développer l’installation d’enclos/exclos témoins, des dispositifs qui permettent d’évaluer l’étendue des dégâts. La version simple consiste en l’implantation d’un enclos de 5 mètres sur 5, permettant d’apprécier l’impact des cervidés en globalité sur les essences de production, les essences secondaires et la biodiversité, mais sans pouvoir faire de distinction entre la responsabilité du cerf et du chevreuil. Une seconde version, sélective, permet de distinguer la pression exercée par les cerfs de celle exercée par les chevreuils. Ce dispositif se compose d’un enclos de 25 x 25 m équipé de portes à chevreuil laissant pénétrer uniquement ce dernier (zone hors cerf). Et d’un deuxième enclos de 10 x 10 m sans portes (hors chevreuil et cerf) disposé dans un coin de l’enclos 25 x 25 m en ajoutant une clôture de 10. Les portes à chevreuil font 20 à maximum 25 cm de large sur une hauteur de 50 cm maximum. Les bonnes conditions pour la bonne interprétation Pour mesurer l’impact du gibier, ces enclos sont équipés de piquets numérotés. Des photos de chaque placette de 1,5 m de rayon sont prises en regardant vers le centre de la placette. Ce qui permet, pour chaque piquet, de noter le nombre total de tiges présentes et le nombre de tiges non viable de chaque essence présente. Pour que les résultats de ces investigations soient exploitables, les enclos doivent être placés dans de bonnes conditions, c’est-à-dire en premier lieu dans une zone suffisamment éclairée afin de permettre la germination et la croissance des essences ciblées. En outre, les zones situées à l’intérieur (enclos) et à l’extérieur (exclos) doivent être comparables en termes de conditions pédoclimatiques, donc pas trop éloignées (5 à 20 m idéalement), mais suffisamment éloignées pour limer l’influence de la clôture sur l’exclos (certains animaux sont attirés par les abords des clôtures). Il est donc envisageable d’implanter ces dispositifs dans des trouées, une plantation après une coupe à blanc, sous un peuplement où la régénération naturelle est recherchée… Afin d’encourager l’installation de ces enclos, le CRPF a organisé une réunion, où deux exemples ont été présentés. Tout d’abord un enclos simple, en forêt communale de Steige, sous un peuplement installé. Pour Pascal Ancel, la luminosité du site choisi est insuffisante : « Il faudrait avoir moins de 35 m2 de surface terrière par hectare. Ici il y a encore trop de volume de bois sur pied pour avoir une régénération abondante », indique-t-il. Avant de préciser que « le CRPF contrôlera l’implantation des enclos dont il financera les fournitures ». La deuxième étape a conduit les participants dans la forêt domaniale du Hohwald, pour observer un enclos installé il y a cinq ans dans un puits de lumière. « La surface terrière est plus basse, il y a donc plus de lumière et plus de végétation », commente Pascal Ancel. Avec une population de gibier raisonnable, il devrait donc y avoir à peu près autant de végétation dans l’enclos que dans l’exclos, ce qui n’est objectivement pas le cas. Dans l’enclos, les participants repèrent de l’épicéa, du sapin pectiné, du pin sylvestre, de l’alisier… Il semble y avoir davantage de tiges juvéniles dans l’enclos qu’à ses abords. Mais ce qui frappe le plus le regard, c’est la différence de taille entre les myrtilliers de part et d’autre de la clôture. Ceux-ci sont significativement plus hauts dans l’enclos, car moins abroutis. Autre élément très visuel : la présence de ronce dans l’enclos, alors que l’extérieur en est totalement dépourvu. Retrouvez cette visite en vidéo :  

Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace

La saison est lancée !

Publié le 20/04/2018

Après des débuts timides, les asperges profitent de conditions météorologiques favorables pour pointer le bout de leur nez. La saison a officiellement été lancée mardi 17 avril par l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace sur l’exploitation de la famille Merius à Horbourg-Wihr.

Sur les parcelles les plus précoces, les premières récoltes ont débuté vers le 10 avril. Mais, les asperges étaient encore peu nombreuses le 17 avril. « Avec ce soleil et ces températures estivales que l’on va avoir tout au long de la semaine, elles vont sortir pour ce week-end. Tout laisse à penser que les rendements vont être importants », constate Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. Le léger retard observé en début de campagne sera vite oublié. Après une météorologie hivernale tardive favorable à l’asperge, les travaux dans les champs ont été retardés par l’arrivée d’un épisode de froid intense. Les buttages ont été réalisés dans des conditions très moyennes. « Une nouvelle fois, la météo n’était pas de notre côté au mois de mars. On a parfois été contraints de forcer la culture. Toutes les parcelles ont ensuite été bâchées », ajoute Jean-Claude Jost. Depuis, l’asperge se développe et sort petit à petit de terre. Seul problème : si dans la région, le calendrier est normal, ce n’est pas le cas dans le reste de l’hexagone. « Il va y avoir un télescopage avec les asperges des autres régions, notamment dans le sud de la France qui accuse beaucoup de retard, précisément à cause de la météo. Il risque donc d’y avoir sur le marché beaucoup de marchandise au même moment. Cela ne va pas favoriser les prix vente. Et nous savons que nous ne pourrons jamais rivaliser avec nos collègues des autres régions ou d’Allemagne. Ils n’ont pas les mêmes charges de travail, les mêmes structures, les mêmes exploitations. Quoi qu’il en soit, l’association a un message à faire passer. À vous les producteurs : valoriser vos asperges. Aux consommateurs : achetez-les à leur juste prix », insiste Jean-Claude Jost. Deux atouts Deux conditions d’autant plus nécessaires que les producteurs sont confrontés à la réalité économique et à la difficulté de trouver de la main-d’œuvre. Cette dernière se fait rare et implique d’investir dans un budget conséquent. Il faut pourtant être prêt au bon moment, sachant que la récolte des asperges doit durer jusqu’au 15 mai environ. « Nous avons deux atouts, nous producteurs alsaciens : un terroir idéal pour l’asperge et un bassin de consommation important », conclut Jean-Claude Jost. Présent lors de ce lancement officiel de l’asperge d’Alsace, Denis Digel, spécialiste des questions économiques et sociales à la FDSEA, complète ces propos en évoquant le poids des contraintes administratives en France. Pour l’emploi, il cite l’exemple de l’exonération de charges pour les entreprises sur les salariés saisonniers. « Avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), ces 6 % d’exonération de charges sont une réalité jusqu’en 2019. Après, on ne pourra plus y prétendre. On parle là, quand même de 6 à 7 points de charges nouvelles pour nos entreprises. » Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) a, quant à lui, salué les producteurs, mais également les grossistes et les distributeurs présents pour le début de cette campagne sur l’asperge. « Ce produit est emblématique en Alsace. Il y a une bonne communication. Nous avons encore les capacités d’augmenter la production en accueillant de nouveaux producteurs », précise-t-il. Avant de rappeler que l’Ifla va organiser de nombreux événements dans les semaines à venir pour promouvoir les fruits et légumes d’Alsace : le « primeur tour » en mai pour lancer les produits de printemps, la « saga des fruits d’été » pour les cerises, framboises et myrtilles, mais également un salon professionnel, le 18 septembre à Sélestat, pour intégrer tous les professionnels agricoles en lien avec la Chambre régionale d’agriculture Grand Est. Ou encore une manifestation qui permettra aux chefs de rayon des grandes et moyennes surfaces de se rendre sur les exploitations pour rencontrer les producteurs. 4 hectares En attendant, producteurs, responsables professionnels agricoles, distributeurs et grossistes étaient tous présents, ce mardi sur l’exploitation de la famille Merius à Horbourg-Wihr. Cette dernière a, pendant longtemps, été exclusivement céréalière. La famille a d’ailleurs son siège et des terres à Brognon, près de Dijon, en Bourgogne. On y cultive du maïs, du blé, du colza, du soja, parfois du tournesol et, en libre-service, des fraises. À Horbourg-Wihr, Michel Merius exploite 45 hectares, longtemps essentiellement consacrés aux seules productions de maïs et de betteraves. C’est toujours le cas. Mais, la volonté est, d’une part de se diversifier, d’autre part de préparer l’avenir. « Nous avons planté des asperges il y a quatre ans. Nous avons fait notre première récolte l’année passée. C’est un retour aux sources puisque, par le passé, il y a toujours eu des producteurs d’asperges à Horbourg-Wihr. Nous avons aujourd’hui 4 ha qui y sont consacrés. 2 ha sont déjà en production, et 2 ha sont sur une parcelle encore jeune. Nous sommes sur des terres limoneuses qui s’y prêtent assez bien. Nous couvrons nos asperges avec des films plastiques qui permettent d’éviter la gadoue en cas de pluie, de favoriser la pousse et d’aller cueillir les asperges une fois par jour », explique Michel Merius. L’agriculteur reconnaît cependant qu’il n’est pas un spécialiste de la culture. Il a engagé cette diversification pour permettre l’installation de belle-fille, Anne-Sophie. Âgée de 25 ans, elle n’était pas intéressée par les céréales. L’asperge a été l’une de ses motivations. « Je m’occupe de la culture de l’asperge pendant la saison jusqu’au mois de mai, ensuite de la cabane « point de vente » au rond-point entre Horbourg-Wihr, Sundhoffen et l’autoroute où nous proposons des fruits et légumes jusqu’en octobre. En hiver, je fais un peu de comptabilité et en décembre, je suis occupée à la vente de sapins de Noël. Nous commercialisons toute notre production en direct. Cela favorise le contact avec la clientèle et nous permet de tenir un prix. C’est aussi pour cela que nous préférons ne pas agrandir les parcelles consacrées aux asperges », explique Anne-Sophie Merius. Outre ce point de vente, il y a également, devant l’exploitation à Horbourg-Wihr, un distributeur automatique où l’on retrouve ces asperges (et d’autres produits). « Nous y mettons les asperges récoltées le matin même. Pour le moment, cela marche bien, même si ce n’est que le début de la campagne », ajoute la jeune femme.

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