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Marchés fermiers

Mesures barrière en plein air

Publié le 20/05/2020

Fermé pendant deux semaines au début du confinement, le marché fermier d’Holtzwihr fonctionne depuis à plein régime, avec une application drastique des mesures barrière obligatoires contre le Covid-19. Vendredi dernier, le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, aux côtés d’élus et de responsables agricoles, est venu constater la bonne mise en œuvre de ce protocole sanitaire « indispensable. » Tous les marchés alimentaires sont officiellement autorisés depuis le 11 mai.

Même « masqué », le marché fermier d’Holtzwihr fait le plein. Fermé pendant deux semaines au début du confinement, il fonctionne depuis à plein régime, moyennant quelques adaptations sanitaires. Dès l’entrée de la cour de ferme, un gel hydroalcoolique est mis à disposition des clients. Au sol, un marquage fléché indique le sens de circulation. Au stand fruits et légumes, les clients se tiennent à au moins un mètre de l’étal ou du vendeur, et n’ont pas le droit de manipuler les produits. Dans la file d’attente, chacun respecte la distance minimale. Chez les agriculteurs commerçants, tous portent un masque. Les clients, dans leur grande majorité, font de même. Par rapport à un supermarché, les risques d’être en contact avec une personne porteuse du Covid-19 sont bien moins importants. Pourtant, les marchés alimentaires de plein air ont d’abord été interdits quand les grandes surfaces restaient ouvertes. Progressivement, la préfecture du Haut-Rhin a apporté de la souplesse, d’abord en permettant à un agriculteur de vendre sa production devant son exploitation, puis en autorisant les marchés alimentaires dans les communes de moins de 5 000 habitants. Un soulagement pour le marché fermier d’Holtzwihr, une institution dans le Ried haut-rhinois depuis vingt ans.       Une fermeture « incompréhensible » Pour autant, la décision de fermer les marchés alimentaires reste toujours aussi « incompréhensible » aux yeux de Vincent Meyer, éleveur laitier et hôte de ce marché fermier. Vendredi dernier, il n’a pas manqué de le rappeler au préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, venu constater par lui-même la bonne application du protocole sanitaire signé par la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), l’association des maires du Haut-Rhin et l’administration. Vincent Meyer déplore le « deux poids, deux mesures » qui a été décidé au sommet de l’État. « Nous, dès le premier jour, nous avons mis en place les gestes barrière. Ici, les clients ne peuvent plus toucher les légumes. Dans les supermarchés, n’importe qui peut les toucher, n’importe comment. En plus, on est ici en plein air, contrairement à un supermarché qui reste un lieu fermé. Il y a donc moins de risques ici sur le plan sanitaire », fait-il remarquer. Laurent Touvet le conçoit, la fermeture des marchés n’était pas en « parfaite cohérence » avec l’ouverture des supermarchés. « Pour autant, un préfet est là pour faire appliquer la loi et la réglementation nationale. Le Gouvernement avait décidé de fermer tous les marchés, sauf exception. Et je ne voulais pas que dans le Haut-Rhin, département le plus touché de France par le coronavirus, il y ait trop d’exceptions. Je ne voulais pas donner de signaux qui auraient incité au relâchement. Néanmoins, dans ce contexte de confinement, j’ai été sensible, depuis le début, à la nécessité pour les agriculteurs de pouvoir écouler leurs produits dans les circuits courts. C’est pour cela que j’ai d’abord accepté qu’un agriculteur puisse vendre ses produits devant la ferme, puis la réouverture des marchés, en tenant compte de la taille de la commune. Si on avait ouvert partout, tout le monde aurait cru qu’on repartait comme avant. Aujourd’hui, l’épidémie est jugulée mais pas encore vaincue. Nous ne sommes pas dans un déconfinement, mais dans une levée progressive du confinement. C’est pour cela que nous devons tous restés mobilisés pour éviter un éventuel rebond de la maladie. C’est grâce à cette organisation intermédiaire mise en place pour des semaines, voire des mois, que des marchés fermiers comme celui d’Holtzwihr pourront fonctionner presque normalement. » Une nécessité « vitale » pour le premier vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace, Denis Nass : « Grâce à ce type de marché, l’agriculteur peut expliquer ses contraintes, ses difficultés et le coût de ses produits. Pour le consommateur, c’est la garantie d’une réelle transparence du produit qu’il achète. Il y a ici un lien social très fort qu’il est indispensable de maintenir et de pérenniser. À ce titre, nous ne pouvons que nous féliciter du travail collaboratif qui a été mené entre la Chambre d’agriculture, l’association des maires et l’administration pour trouver une solution à la fermeture des marchés. J’espère maintenant que cette connexion sera durable. » Pas question de se tourner vers les supermarchés Au-delà de l’aspect social, le marché fermier a un rôle économique évident pour ceux qui l’animent. Pour beaucoup de paysans présents, c’est souvent le seul mode de commercialisation. Hors de question, d’ailleurs, d’aller vendre leurs produits aux supermarchés en guise de compensation. Vincent Meyer n’en revient d’ailleurs toujours pas du mail qu’il a reçu, lui proposant d’aller voir des grandes surfaces pour vendre. « Ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Nous, cela fait des années qu’on se débrouille pour vendre une grande partie de notre production laitière directement, sans intermédiaire. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir une entreprise qui tourne, qui est saine. Et ça, c’est grâce à la vente directe. » Un constat que partage Colette Obrecht, éleveuse bovine à Andolsheim, et membre historique du marché fermier d’Holtzwihr. Malgré les difficultés qu’elle a rencontrées dans les premières semaines du confinement, il était impensable de faire appel à des grandes surfaces. « C’est bien mais ce n’est pas l’objectif qu’on s’est fixé en développant la vente directe. » Heureusement pour elle, des clients fidèles ont répondu présents pour soutenir l’activité de la ferme en effectuant des commandes par téléphone. Et quand la possibilité de rouvrir le marché d’Holtzwihr s’est présentée, la municipalité s’est investie en mettant des flyers dans les boîtes aux lettres. Une action qui a porté ses fruits pour Colette Obrecht. « Des habitants du village sont venus pour la première fois au marché. Ils ont découvert son existence pendant le confinement. » Depuis, elle n’a pas à se plaindre. La demande est importante, quel que soit le morceau de viande. « Ici, les gens apprécient vraiment la rigueur de l’hygiène. Tous les morceaux de viande sont filmés, sans contact avec l’extérieur. C’est quelque chose qui semble les rassurer dans le contexte que nous vivons. » C’est d’ailleurs le point qui l’a le plus marqué : le changement de comportement de la clientèle pendant ces semaines de confinement. « Beaucoup apprécient le marché fermier car c’est non seulement en plein air, mais c’est aussi plus sécurisé à leurs yeux. Maintenant, reste à savoir si cet état d’esprit va rester quand l’épidémie sera derrière nous. » Vers une prise de conscience des consommateurs ? Sur le stand à côté, Fabienne Dirringer vend ses volailles et ses œufs qui partent comme des petits pains. Elle aussi a noté un changement d’attitude de ses clients. « Ils viennent moins souvent mais prennent plus à chaque fois. Du coup, nous avons dû revoir notre organisation. » Comme Colette Obrecht, elle a pu compter sur ses clients fidèles lorsque le marché a fermé ses portes. « On avait un peu peur au début. Et finalement, ça s’est très bien passé. On a beaucoup fonctionné avec des commandes prises par téléphone. Et ça continue aujourd’hui. Ce qui fait que je n’ai presque plus rien à vendre aujourd’hui ! Il va falloir maintenant trouver un nouveau compromis pour satisfaire tout le monde. » Dans ce contexte épidémique, l’adaptation et la souplesse sont devenues des clés indispensables pour continuer à avancer sereinement. Fabienne Dirringer essaie de relativiser la fermeture des marchés de plein air car elle reconnaît que c’était une décision « difficile à comprendre ». « C’est là qu’on voit que ce sont les Parisiens qui font nos lois ! Après, il faut aussi comprendre qu’à un moment donné, il fallait agir. Alors, même si la décision était injuste pour les petits producteurs comme moi, je l’accepte malgré tout. » Comme sa collègue, Fabienne Dirringer attend de voir si cet attrait pour le marché fermier et le « petit producteur du coin » va perdurer. « Pour l’instant, beaucoup de gens consomment différemment, tant mieux. Mais rien ne dit qu’ils ne retourneront pas au supermarché quand la crise sera derrière nous. »

Publié le 20/05/2020

Fondateur du blog Œnophil, chroniques œnophiles d’Alsace, Philippe Bon était un observateur avisé de la filière des vins d’Alsace. Il y a une dizaine d’années, il s’impliquait dans l’organisation de dégustations informelles entre vignerons, pour les aider à comprendre les goûts et les styles du vin d’Alsace. Puis, en parallèle, il s’était consacré à de multiples sujets historiques sur les vins d’Alsace. Fréquentant les archives de l’administration, de l’université, de nos journaux viticoles et rassemblant un nombre impressionnant d’ouvrages historiques, il a rédigé des chapitres consacrés pêle-mêle aux grands crus d’Alsace, aux crémants d’Alsace, au syndicalisme viticole, à Andlau, au vignoble sous le Reichsland, etc. Il travaillait avec une rigueur dans la précision, en se fondant sur les faits, les chiffres et en interrogeant les historiens. Il déplorait souvent les histoires romancées sur les vins d’Alsace. Il expliquait, par exemple, que leur renommée au Moyen-Âge était autant, sinon plus, liée à un commerce fluvial florissant dans un contexte géopolitique favorable. L’un de ses derniers travaux portait sur l’histoire des rendements du vignoble alsacien. Il travaillait également à la traduction de l’ouvrage de Médard Barth (1886-1976) « Der Rebbau des Elsass. » Aussi discret que rigoureux et passionné, Philippe Bon n’a jamais publié. Mais certains de ses travaux, partagés sur Internet, ont été presque intégralement repris, comme l’histoire des crémants d’Alsace. Il avait ainsi été sollicité par le syndicat viticole de Molsheim pour donner une conférence lors de la foire aux vins du 1er mai. Sportif, mélomane, cinéphile, Philippe Bon avait été, par ailleurs, directeur de Solibio, une coopérative de distribution, commerce en gros de produits bios frais, installée sur le Marché-Gare à Strasbourg. Principal instigateur du développement de cette coopérative, avec son équipe, Philippe Bon avait hissé Solibio au rang de principale interface entre les producteurs bios d’Alsace et les cantines scolaires du Conseil départemental, via des centrales de restauration. À son départ pour une retraite méritée, il a légué une situation saine mais devant toujours faire face à des opérateurs très concurrentiels sur ce marché du bio frais. Phillipe Bon a été foudroyé par une crise cardiaque. Sa disparition brutale laisse un grand vide dans la communauté vigneronne et le monde de l’édition viticole qui savaient compter sur ses connaissances. Les témoignages ont abondé : « Terrible et frustrant » pour Marcel Blanck ; « Cet homme a tant apporté au vignoble » pour Florian Beck-Hartweg ; « Triste nouvelle » pour Samuel Cogliatti ; « Une terrible nouvelle » pour Sonia Lopez Calleja de la revue Le Rouge et le Blanc ; « Un colossal travail d’archiviste qui nous apportait le recul nécessaire » pour un autre vigneron ; « J’estimais sa rigueur et sa liberté de ton » pour Jean-Michel Deiss ; « Il nous laisse un grand vide » pour Lucas Rieffel ; « Une perte énorme pour un soutien aussi dévoué que précieux » pour André Ostertag… La rédaction et la communauté vigneronne adressent à la famille de Philippe Bon, sa maman, son épouse Fabienne, ses enfants, ses plus sincères condoléances.

Publié le 19/05/2020

À Obermorschwihr, Stéphane Bannwarth a régulièrement recours au curetage pour soigner les ceps montrant des symptômes de maladies du bois. Il préserve leur potentiel de production dans 80 % des cas.

« J’ai pris ma tronçonneuse au lendemain de la fin d’une formation dispensée par François Dal. C’était en 2013. Je n’ai pas arrêté depuis », raconte Stéphane Bannwarth. Les premières années, il a surtout l’œil sur ses parcelles d’auxerrois, de riesling et de gewurztraminer. Depuis trois ans, il ne fait plus de distinction. Il inspecte chaque parcelle lors de chaque passage après la floraison, soit après le 15 mai, en 2020. Une feuille qui change de couleur ou un raisin qui flétrit un peu sont considérés comme une alerte. Tout pied déficient est immédiatement marqué par une rubalise. « L’idéal serait d’intervenir de suite, mais je risque de blesser une végétation qui n’est pas aoûtée et c’est une période où j’ai toujours du travail ailleurs. Depuis deux ans, je coupe la moitié de la branche à fruits pour diminuer le risque d’apoplexie avant curetage. Je privilégie le cep. Je le laisse souffler. Il donnera encore quelques raisins. Je ne perds qu’une demi-récolte », calcule Stéphane. L’expérience lui a appris qu’une apoplexie survient souvent après une séquence humide suivie d’une période chaude (entre 25 et 30 °C) qui raréfie l’eau. « Dès qu’elle vient à manquer, les canaux de la plante se ferment et la maladie s’exprime plus fortement. Si on loupe ces ceps dans les deux à trois jours après un pareil épisode, on les perd », décrit Stéphane. Le curetage se déroule après la chute des feuilles. La première tronçonneuse utilisée par Stéphane pour nettoyer le pied était thermique. « Elle est très performante et coûte quatre fois moins cher qu’un modèle électrique. Mais elle est bruyante, émet des fumées et vibre beaucoup. Au bout de quelques jours, les membres souffrent », dit-il. Cette année, il a investi 2 000 € dans une tronçonneuse électrique, plus silencieuse et qui vibre nettement moins. La batterie logée dans le sac à dos octroie une autonomie qui dépasse la journée de travail. Le hic est que sa chaîne est un peu moins fine. « Pour bien travailler sur le cep, il faut une machine avec un guide-chaîne de 25 cm (le plus court existant sur le marché) et une chaîne d’un quart-de-pouce », explique Stéphane. Comme l’outil travaille toujours avec la pointe, la chaîne résiste deux jours et le guide-chaîne une semaine. Comptez 18 à 19 € pour changer la première et 40 à 50 € pour le second. Il ne faut oublier non plus casque anti-bruit, lunettes et gants de protection. Stéphane ne porte pas de pantalon anti-coupures. « Dans l’essentiel des cas, on est à genoux », précise-t-il. Ne rien laisser passer « Les petits bouts de bois mort constituent une voie royale pour le champignon et il se développe toujours entre les parties mortes et vivantes », rappelle Stéphane. Face à un pied à cureter, il le nettoie d’abord à la main du maximum d’écorces mortes. Il lui arrive de le toucher du bout de la tronçonneuse pour « voir s’il est vert ou brun. Dans le second cas, j’y vais ». Il commence généralement par le haut et par la plus grosse plaie de taille. S’il trouve de l’esca à l’intérieur, il réalise une fente jusqu’à la greffe. « Deux points sont importants à vérifier : la tête et la greffe », rappelle Stéphane. « N’hésitez pas à tourner autour du pied pour ne rien laisser passer. Parfois, des pieds se divisent en deux pour se sauver car leur centre est attaqué. Les cas de figure sont multiples. Il n’y a pas deux pieds pareils. Il faut de l’expérience pour attaquer au bon endroit sans blesser le pied. Se montrer aussi soigneux qu’un dentiste qui soigne une carie. Le pire, c’est d’oublier du champignon. Une petite boule de cinq millimètres suffit pour qu’il refasse une barrière derrière laquelle il va à nouveau prospérer et détruire le cep en un ou deux ans. » Après l’opération, un pied peut avoir perdu beaucoup de sa substance. Stéphane conseille de ne pas le tailler pendant deux à trois ans, le temps que la vigne refasse des couches et des vaisseaux qui vont de nouveau conduire la sève. Cureter reste une opération chronophage. Intervenir peut se limiter à trois minutes ou monter à quinze, quand il faut contourner le cep. Stéphane calcule avec une moyenne de dix pieds curetés à l’heure. Depuis 2016, il confie l’essentiel de ce travail à deux occasionnels polonais qu’il a formés. Ils sont payés à l’heure et interviennent avec leur matériel chez les adhérents de Vignes Vivantes. Ils ont remarqué que les pieds malades ont plutôt été plantés après les années 1975 à 1980. « Arracher et replanter coûte de 7 à 8 € le pied. Cureter avec un taux de réussite de 80 % revient entre 3 et 3,50 €, matériel, main-d’œuvre, amortissement, consommables compris », calcule Stéphane. « Le curetage sauve mes ceps. Ils peuvent continuer à s’appuyer sur le système racinaire en place. Les plus dynamiques repartent comme si on les avait libérés d’un poids. Quand je vois de telles réponses, je me dis que c’est dommage de ne pas s’intéresser davantage à cette technique. »

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