Auteur

Florence Péry

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Place Gutenberg à Strasbourg

Le miel d’Alsace plein pot

Vie professionnelle

Publié le 31/10/2019

Dans la famille des miels d’Alsace, il y a le miel de fleurs, d’acacia, de tilleul, de forêt, de châtaignier et enfin le miel de sapin. Pourvu qu’ils proviennent de ruches installées en Alsace et qu’ils respectent un cahier des charges spécifique, ils peuvent prétendre à l’indication géographique protégée (IGP) Miel d’Alsace. Décerné en 2005, ce signe de qualité garantit à la fois l’origine du produit et sa composition.

Les 13 producteurs réunis dans l’organisme de défense et de gestion (ODG) Miel d’Alsace sont soumis à des contrôles réguliers d’un organisme indépendant, à raison d’un contrôle annuel au moins. Leurs miels subissent différentes analyses : une analyse au microscope des pollens présents, une analyse physico-chimique et une analyse sensorielle afin de garantir la typicité de leurs produits. En contrepartie, ils peuvent afficher sur leurs pots le macaron jaune et bleu caractéristique de l’IGP. Et brandir bien haut le slogan : « Miel d’Alsace certifié : un miel qui n’a rien à cacher ».

Une année 2019 difficile

La production de miel d’Alsace certifié - comme celle du miel en général - fluctue de manière importante d’une année à l’autre. C’est ainsi qu’après une année 2018 abondante, la saison apicole 2019 s’avère décevante : les conditions climatiques du printemps et de l’été ont pesé sur les volumes récoltés. Les 60 à 200 tonnes de miel IGP produites annuellement ces dernières années par les membres de l’ODG, tous producteurs professionnels, ne représentent qu’une part du miel produit en Alsace. Et qu’une toute petite part du miel consommé dans la région. C’est pour sensibiliser les consommateurs aux qualités de leurs miels que les membres de l’ODG ont mis sur pied une fête du miel. Celle-ci se déroulera les samedi 2 et dimanche 3 novembre sur la place Gutenberg à Strasbourg.

Une petite dizaine de producteurs se relaiera durant ces deux jours pour faire connaître les caractéristiques du miel d’Alsace. De 10 h à 19 h (18 h le dimanche), un marché de producteurs côtoiera des stands d’associations partenaires et une exposition sur la vie dans la ruche. À 10 h 30 et 16 h 30, des ateliers permettront au public d’apprendre à goûter le miel. Une conférence sur la situation de l’abeille en Alsace est programmée les deux jours à 15 h. Elle sera précédée, le samedi, par une démonstration du graffeur Dan 23. Un stand de dégustation de gaufres et de crêpes est annoncé, ainsi qu’un food truck, qui assurera une petite restauration sur place.

Distillerie Hagmeyer à Balbronn

Une visite-dégustation au pied des alambics

Vie professionnelle

Publié le 25/10/2019

Plus de 50 maisons ont participé aux Visites privées organisées les 11 et 12 octobre à l’initiative de la Fédération française des spiritueux. Et parmi elles, la distillerie Hagmeyer, de Balbronn, proposait une visite-dégustation dans son atelier de distillation, au pied des alambics. Une visite animée par Elsa et Willy Hagmeyer. Au fil de cinq étapes, la fille et le père se passent le relais pour évoquer l’histoire familiale et les grands principes de la distillation. Cinq accords mets-eaux-de-vie, réalisés en collaboration avec le chef Cédric Kuster (restaurant La Casserole à Strasbourg) ponctuent la déambulation. Tout commence avec un whisky d’Alsace maison - une nouveauté - accompagné alternativement d’un tataki de bœuf aux piquillos et d’un sandwich de pata negra.

 

 

Devant les participants munis d’un verre à spiritueux, Elsa remonte le temps : les Hagmeyer, famille de paysans installés en polyculture-élevage à Balbronn depuis deux siècles, distillent pour leur consommation personnelle. À la fin des années 1960, le grand-père, Auguste, décide de commercialiser les eaux-de-vie fabriquées à partir des vergers familiaux pour ne plus subir les aléas du marché du frais. Il s’attelle à la tâche avec ses fils, André et Willy, qui développent l’entreprise en créant une SARL au début des années 1980. Christophe, le fils d’André, les rejoints dans l’entreprise en 1996 et dès l’année suivante un nouveau bâtiment est construit au cœur du village, abritant les installations nécessaires à la production, au conditionnement et la boutique de vente. Une décennie plus tard, l’achat d’une « fratrie » de quatre alambics de 400 litres chacun déclenche la construction d’un second bâtiment, situé route de Flexbourg à la sortie de Balbronn : le site est aujourd’hui entièrement dédié aux fermentations et aux distillations, précise Elsa Hagmeyer, dernière arrivée dans l’entreprise en 2014.

Des paysans-distillateurs

Les Hagmeyer tiennent beaucoup à leur identité de « paysans-distillateurs ». Ils cultivent une soixantaine d’hectares, détaille Willy Hagmeyer, dont 20 ha de vignes, 12 ha de vergers et 8 ha de fraises en libre-cueillette. S’y s’ajoutent des céréales cultivées en agriculture biologique, et notamment de l’orge qui sert à fabriquer du whisky ou de la bière. L’orge est envoyé dans une malterie à Lahr, et l’élaboration de la bière - baptisée l’Augustine - est confiée à la brasserie Perle à Strasbourg. Quant à la paille issue des champs de céréales, elle est utilisée pour couvrir le sol des fraiseraies. La boucle est bouclée et le verre se remplit d’un kirsch d’Alsace médaillé d’or à Paris en 2018 servi avec du saumon flammé au sel de sésame et un tartare de daurade.

Dans les vergers, tous les soins apportés aux arbres concourent à la qualité des fruits, explique le distillateur. De la densité de plantation des quetschiers aux caractéristiques des cerises utilisées pour la distillation, en passant par les précautions prises pour récolter les poires, rien n’est laissé au hasard. « Il faut entre 5 et 6 kg de cerise pour faire une eau-de-vie », précise Willy Hagmeyer à une participante qui l’interroge sur la différence avec le « kirsch fantaisie », un spiritueux à base d’alcool de betterave désormais interdit.

Au milieu des cuves de fermentation, Elsa Hagmeyer sert une baie de houx, accompagnée d’un bonbon à l’anguille fumée et d’un club sandwich de saumon fumé. La fermentation résulte de la transformation des sucres du fruit en alcool. « On utilise des levures sélectionnées pour faire démarrer les fermentations plus rapidement car les moûts de fruits sont sensibles aux bactéries. Lorsque la fermentation démarre, un chapeau se forme à la surface et les protège », explique la jeune femme. Pour la baie de houx, qui contient peu de sucre, le distillateur procède à une macération, à raison de 1 l d’alcool pur pour 5 kg de fruits : c’est ce mélange qui est distillé dans l’alambic. « On essaie de distiller au plus près de la fin de la fermentation, complète Willy Hagmeyer car on veut rester très fidèle au fruit. Quand on distille de la poire, on veut sentir la poire. »

Une chauffe ou deux chauffes successives

Le groupe se déplace vers la série de quatre alambics. Des Holstein, du nom de leur fabricant allemand installé près du Bodensee et connu mondialement. Comme les cuves, ils ont été achetés d’occasion. La distillation consiste à séparer les corps par différence de température d’ébullition. « On peut distiller en une chauffe - c’est ce qu’on fait pour la majorité des fruits - ou en deux chauffes successives, c’est le cas pour la poire et les marcs ». Le distillateur écarte les têtes et les queues, qui contiennent des éléments indésirables, pour ne retenir que le meilleur, c’est-à-dire le cœur de chauffe. Sa sélection requiert du savoir-faire : elle est d’autant plus difficile que le produit contient peu d’alcool. Le cœur de chauffe titre entre 65 et 75° : pour rester dans les degrés autorisés, il faut le rallonger à l’eau, ajoute Willy Hagmeyer. Le moment est bien choisi pour servir une framboise d’Alsace. Cette eau-de-vie a obtenu une médaille d’argent à Paris en 2019, précise Michèle Hagmeyer, son épouse. Ses arômes s’harmonisent avec un foie gras framboise-géranium et un baba choco-framboise, sortis tout droit de l’imagination de Cédric Kuster.

La dernière étape s’achève autour d’une liqueur quetsche-gingembre, d’une linzertorte aux quetsches et d’un financier au gingembre. Elsa Hagmeyer dresse le portrait de l’entreprise Hagmeyer aujourd’hui : elle compte huit collaborateurs salariés ou associés, jusqu’à 20 saisonniers en période de récolte et produit l’équivalent de 35 000 bouteilles de 70 cl par an. Parmi ses 25 variétés d’eaux-de-vie, plusieurs bénéficient d’une IGP (indication géographique protégée), tels le kirsch, la mirabelle ou la quetsche d’Alsace. Le whisky, commercialisé depuis quelques semaines, représente un relais de croissance pour l’entreprise qui espère toucher un autre public que celui des eaux-de-vie de fruit. « Nous sommes sur un marché de niche. C’est pour cela que nous essayons de nous diversifier. » Dans le même esprit, la famille Hagmeyer a lancé il y a quatre ans son Amer Michèle, une liqueur à base de plantes macérées avec des écorces d’agrumes. Elle a aussi entrepris d’acheter du frêne pour en faire des merrains qui, une fois séchés, serviront à confectionner des tonneaux pour faire vieillir les eaux-de-vie blanches.

Diversification

Buhl : un point relais à la ferme

Vie professionnelle

Publié le 24/10/2019

Cela faisait un moment que Kathia et Christian Lang, éleveurs à Buhl dans le nord de l’Alsace, réfléchissaient à une diversification. Vu l’évolution du prix du lait, ils se demandaient quelle activité pourrait compléter leur revenu sans empiéter sur les contraintes de leur élevage laitier. En lisant la France agricole, ils sont tombés sur une publicité d’Agrikolis. Ce réseau, alors en phase de lancement, est constitué de fermes servant de points relais pour la livraison et le stockage de gros colis (meubles, abris de jardin, appareils de fitness…) jusqu’à leur récupération par les acheteurs. « J’ai rempli le formulaire sur leur page d’accueil et nous sommes rentrés en contact », relate Kathia Lang. Les concepteurs sont en train de constituer le réseau dans le Nord et l’Ouest et envisagent de s’étendre dans le Nord-Est.

 

 

Les choses se concrétisent cet été. « Ils sont venus faire un audit pour vérifier si on répondait bien à leurs exigences », indique Kathia Lang. Pour pouvoir être référencé Agrikolis, il faut que la ferme soit accessible et qu’un camion de livraison puisse s’y garer en toute sécurité. Il faut aussi posséder des moyens de manutention pour pouvoir décharger les colis ou les palettes, ainsi qu’une surface de stockage couverte et sécurisée pour les entreposer. Dernière condition : être « suffisamment accueillant » pour traiter avec les clients lorsqu’ils récupèrent leur colis. Toutes les conditions étant remplies, la ferme Lang devient donc l’un des trois relais Agrikolis du Bas-Rhin.

Pas de gros investissements

Pour la famille Lang, cette diversification a l’avantage de ne pas nécessiter de gros investissements : tout juste l’acquisition d’un transpalette est-elle envisagée. Elle a un autre avantage. « C’est un moyen de rencontrer des personnes extérieures au milieu agricole, de les faire venir à la ferme. » Et de leur montrer que les agriculteurs proposent d’autres services utiles à leurs concitoyens, en dehors de la production alimentaire. Pour les clients qui ont commandé leurs articles par internet, la livraison en relais Agrikolis est aussi un atout : ils n’ont pas besoin de poser une demi-journée de congé pour réceptionner leur colis. Ils peuvent le récupérer après leur journée de travail, entre 17 h et 20 h. « La plupart des gens passent sur le trajet du retour à la maison. Nous avons des horaires attractifs par rapport à un relais colis ordinaire, qui ferme aux horaires de bureau », confie Kathia Lang, qui a ajouté au planning une tranche matinale trois fois par semaine.

 

 

L’adhésion au réseau Agrikolis a conduit la famille Lang à libérer un espace dans son hangar afin de recevoir les colis. « Le premier mois, on en a réceptionné une trentaine. On est livré deux fois par semaine, à jours fixes, et on sait, au plus tard la veille, le nombre de colis qu’on va recevoir », précise l’exploitante. Celle-ci est présente au moment des livraisons : elle vérifie le nombre et l’état des colis, elle valide ou non la livraison et elle scanne chaque colis. Les clients sont alors avertis de l’arrivée de leur commande au point relais. Kathia Lang est aussi présente au moment du retrait : ce qui l’oblige à quitter momentanément la traite. Si besoin, elle et son mari aident au chargement. Une contrainte dont elle était consciente dès le départ, et qui se révèle gérable. « Grâce à mon application, je sais quel jour le client vient chercher sa commande. Je la lui délivre sur présentation d’une pièce d’identité et contre une signature. La plupart du temps, en cinq minutes, c’est réglé ». Les exploitants sont payés quelques euros par colis.

Un rayon d’environ 30 km

En dehors des périodes promotionnelles, où l’activité connaît un pic, le nombre de colis est à peu près stable. Compte tenu de l’implantation du réseau dans le département, la ferme Lang couvre un rayon d’environ 30 km. L’ouverture à de nouveaux adhérents se fera de manière à limiter la concurrence entre les points relais, précise Kathia Lang. Elle est conditionnée au développement de partenariats avec d’autres grandes enseignes : car pour l’instant, Agrikolis fonctionne en relation avec Cdiscount, le leader français du e-commerce discount. Des pourparlers sont en cours avec d’autres enseignes.

Projet agricole de territoire de Batzendorf et environ

Irrigation : la gravière remplacera la rivière

Cultures

Publié le 17/10/2019

Agriculteurs à Harthouse, Agnès et Cédric Brandt se sont lancés dans la production de myrtilles il y a une vingtaine d’années. Au début, ils utilisaient l’eau d’un puits pour irriguer leurs plantations, ce qui était suffisant puisqu’il pleuvait régulièrement. Lorsqu’ils ont augmenté leurs surfaces, ils ont creusé un deuxième puits, mais celui-ci a commencé à se tarir il y a cinq ans. Ils ont dû se rendre à l’évidence : « Même avec deux puits, on n’arrivera jamais à avoir assez d’eau pour nos myrtilles », d’autant que cette culture nécessite des apports fréquents et réguliers.

Dans ce secteur proche de Haguenau, de nombreux agriculteurs sont confrontés au même problème. L’équilibre de leur exploitation, basé sur les cultures spéciales (houblon, légumes, petits fruits), dépendent de l’irrigation. Cette problématique commune les a amenés à se réunir autour d’un projet : la création d’un réseau collectif d’irrigation à partir de l’eau pompée dans la gravière communale de Batzendorf. Une station de pompage flottante sera installée sur le plan d’eau et alimentera, à compter de l’été 2020, les 15 km de réseau principal et 2 km de réseau secondaire permettant d’irriguer 210 ha. 23 agriculteurs sont concernés sur quatre communes (Batzendorf, Ohlungen, Harthouse et Wintershouse), réunis au sein d’une Cuma présidée par Pascal Fuchs, agriculteur à Ohlungen.

 

 

Une ressource existante mais non encore exploitée

Lorsqu’ils sont venus lui présenter le projet, Isabelle Dollinger, maire de Batzendorf et vice-présidente du Conseil départemental du Bas-Rhin, a tout de suite été séduite. D’abord par sa dimension collective, qui permettra aux agriculteurs concernés de réaliser des économies d’échelle. Mais aussi par les enjeux de développement durable et de bonne gestion de l’eau qu’il induit. En effet, les membres de la Cuma - dont certains prélevaient de l’eau en rivière - vont pouvoir utiliser « une ressource existante mais non exploitée à ce jour », l’eau de la gravière de Batzendorf, qui est alimentée par la nappe du pliocène de Haguenau. Les prélèvements se limiteront à 200 000 m3 par an, pour un potentiel estimé à 350 000 m3/an.

L’élue départementale a aussi vu dans ce projet un moyen de contribuer à l’attractivité du territoire, en permettant de maintenir les exploitations agricoles en place et d’assurer leur transmission. Il devrait aussi, s’agissant de fermes employant de la main-d’œuvre permanente ou saisonnière, contribuer à l’emploi local. Un groupement d’employeurs devrait s’y greffer pour assurer le recrutement dans de bénéficiaires du RSA. De la même façon, un groupe de travail coordonnera la commercialisation locale des produits, avec pour objectif de développer des points de vente et d’approvisionner la restauration collective. Autant d'initiatives qui cadrent pleinement avec la politique du Conseil départemental du Bas-Rhin, a fait valoir Frédéric Bierry, son président, en rappelant le rôle joué par la collectivité dans l’insertion des bénéficiaires du RSA et l’approvisionnement local dans les cantines scolaires.

L’aide de la Région et du Département

Entre la première réunion organisée sous la houlette de Mathieu Trauttmann, agriculteur à Batzendorf, pour faire adhérer les agriculteurs au projet et sa réalisation effective, de nombreuses concertations ont été nécessaires. La société Quartz de Haguenau, qui exploite la gravière pour en extraire du sable de quartz, s’y est associée, en étroite collaboration avec la commune de Batzendorf, a expliqué Martina Tauern, cogérante de la société. Les services du Conseil départemental ont apporté leur contribution. De même que ceux de la Chambre d’agriculture d’Alsace, a rappelé Denis Ramspacher, son président. La Communauté d’agglomération de Haguenau, quant à elle, a joué le rôle de « chef d’orchestre », selon Jean-Michel Staerlé, vice-président de la collectivité, qui œuvre pour une meilleure utilisation des ressources à l’horizon 2030.

Vu le coût de l’investissement - 1,46 million d’euros (M€) - « il n’était pas pensable que les agriculteurs financent seuls cette infrastructure », a souligné Isabelle Dollinger. Il a donc fallu « frapper à toutes les portes ». La Région Grand Est et le Conseil départemental du Bas-Rhin ont participé à hauteur de 30 % chacun, soit 366 746 €. « Nous préférons aider l’irrigation qu’abonder le plan sécheresse », a fait remarquer Jean Rottner, président de la Région Grand Est, rappelant tout de même que 8,60 M€ ont été mis sur la table pour compenser les pertes agricoles liées au manque d’eau. Cette somme s’ajoute aux aides à l’irrigation accordées par la Région, qui concernent 90 dossiers dans le Grand Est pour une surface de 3 000 ha. Sur ce projet en particulier, Jean Rottner a émis le vœu qu’il devienne « un vecteur pédagogique d’un monde qui est en train de se transformer ». C’est aussi ce qu’espèrent les irrigants de Batzendorf et environs, bien décidés à faire de leur réseau d’irrigation « une vitrine de l’agriculture » de ce territoire.

Agriculture et handicap

Des outils pour continuer à travailler après un accident

Technique

Publié le 11/10/2019

Victime d’un accident en 2015, alors qu’il procédait à l’entretien de sa presse à balles rondes pour l’hivernage, Yannick Fischer a eu le bras droit arraché. Hospitalisé durant huit semaines, il a subi huit opérations, avant d’entamer une période de rééducation et d’être appareillé d’une prothèse en 2017. « Heureusement que mes parents étaient là pour faire tourner l’entreprise », se souvient Yannick Fischer. Il a aussi pu compter sur sa compagne, Anne-Catherine, pour le volet administratif. Et sur ses amis Thomas, Adrien, Jean-Luc et Julien pour seconder ses parents, ainsi que sur le service de remplacement et les membres de sa Cuma.

Passé ce moment dramatique, il a fallu reprendre le travail sur son exploitation. « Le plus gros souci, ça a été tous les travaux qui demandent deux mains : utiliser une pelle, un balai, un râteau, ou même poser un tube intramammaire pour le tarissement, c’est impossible avec une seule main », raconte Yannick Fischer. Sans parler de la conduite des engins de ferme.

Un taxi à lait pour les veaux

Lors de sa prise en charge au centre Clémenceau à Strasbourg, Yannick Fischer est suivi par Comète, une association dont l’objectif est de préparer la réinsertion socioprofessionnelle des patients. C’est avec cet organisme qu’il prépare un dossier pour adapter à son handicap les différents postes de travail de son élevage, qui compte actuellement 90 laitières pour une production proche du million de litres. « On est parti d’une journée-type et on a regardé où ça coinçait », se remémore l’éleveur. Il s’équipe ainsi d’une machine à curer les logettes avec épandeur à chaux, d’un repousse-fourrage et d’un taxi à lait pour distribuer le lait aux veaux. Ce dernier équipement lui permet de ne pas porter de seau de lait à bout de bras : car s’il lui reste un bras valide, il faut penser à ne pas trop le solliciter.

Pour effectuer les travaux d’élevage et aux champs, Yannick Fischer doit remplacer un de ses tracteurs par un modèle plus adapté à son handicap, un 4 cylindres polyvalent, au gabarit plus compact que le précédent et doté d’un système d’autoguidage. « Mettre les commandes à gauche l’aurait rendu impossible à revendre, explique l’éleveur. Mais avec l’autoguidage, je peux lâcher le volant et me concentrer sur l’outil. » Le tracteur enregistre toutes les séquences en bout de champ : une simple pression sur un bouton permet de les rappeler. Les autres tracteurs sont équipés de boîtes à variation continue, ce qui permet une conduite à la pédale. D’autres investissements, plus modestes, viennent lui faciliter la tâche tels qu’une clé à choc pneumatique pour changer les roues du tracteur et une grue d’atelier pour soulever les charges. Pour la traite, Yannick Fischer est déjà équipé d’un robot, acquis en 2010 mais celui-ci étant arrivé à saturation, il ajoute une deuxième stalle en 2017.

Les commandes déportées à gauche

Dernièrement, pour remplacer un tracteur d’élevage avec boîte mécanique, l’éleveur a investi dans un chariot télescopique MLT 741-140 V +. La machine facilite les travaux de manutention, le transport des balles rondes et le curage de l’étable. Manitou, son constructeur, l’a adapté spécialement pour Yannick Fischer en déportant sur un accoudoir à gauche les commandes qui se situent à droite sur un modèle classique. Une première pour l’entreprise, qui a mobilisé son bureau d’études sur ce projet. « La principale modification, c’est le positionnement du joystick et de toutes les commandes à gauche, mais il y a aussi les automatismes de fonctionnement : la remise à plat du godet, la sortie du télescope et le système de secouage, utilisable quand on travaille avec du fumier », explique Arnaud Van’t Klooster, chef des ventes pour l’Alsace chez Somatec Manutention, le concessionnaire exclusif Manitou dans la région.

 

 

L’engin est doté d’une boîte à variation continue, pour une conduite souple et sans à-coups. Les vitres et les rétroviseurs sont électriques et l’appareil est doté de deux caméras de recul. Une arrière et une latérale. Le verrouillage des accessoires est hydraulique, ce qui permet de changer d'outil et de verrouiller sans quitter son poste de conduite. À l’avenir, l’éleveur pourra accrocher à son chargeur un plateau à freinage pneumatique.

« Manitou était le seul à pouvoir répondre à ma demande de manière rapide », avance Yannick Fischer, qui avait sollicité plusieurs marques. Invité à l’usine d’Ancenis (Loire Atlantique), le berceau historique de Manitou, l’éleveur a rencontré les salariés du bureau d’études de la marque. Il a pu visualiser en 3 D la cabine modifiée et valider le projet. « C’est vraiment un engin sur-mesure », souligne Jean-Marc Millée, directeur commercial et opérationnel de Somatec Manutention.

Yannick Fischer a bénéficié d’une aide de l’Agefiph, un organisme œuvrant pour l’emploi des personnes handicapées. La subvention couvre 50 % de l'achat d'équipements liés à son handicap. Des aménagements vitaux pour Yannick. Grâce à eux, il peut continuer à exercer son métier.

Manifestation

Un premier avertissement

Vie professionnelle

Publié le 09/10/2019

« Stop à la stigmatisation », « Stop aux incohérences », « Non au Mercosur, non au Ceta »… Autant de maux exprimés haut et fort sur des panneaux accrochés aux tracteurs. Les agriculteurs n’ont plus la place qu’ils méritent dans la société française. Mardi 8 octobre, ils l’ont reprise symboliquement. Environ 650 tracteurs ont bloqué cinq nœuds routiers dans le Bas-Rhin, entre 11 h et 14 h.

 

 

En fin de matinée, une longue file de tracteurs contourne le rond-point d’entrée de Brumath pour monter sur l’autoroute A4, banderoles tendues sur les chargeurs. Avertis par talkie-walkie, les gendarmes ferment la bretelle d’accès à l’autoroute aux automobilistes et les dirigent vers les déviations mises en place par la préfecture. Même scène à Strasbourg. Près de 150 engins stationnent sur l’A35, au niveau de l’échangeur de Cronenbourg.

Pour ce « premier avertissement », la FDSEA et les JA du Bas-Rhin n’ont eu aucun mal à recruter. La mobilisation se révèle même « au-delà de nos espérances », selon Julien Koegler, président des JA. Les syndicats espéraient 80 tracteurs à Strasbourg. Ils en ont eu près du double. « Ça traduit bien un sentiment d’exaspération », analyse Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA. Quelle que soit sa production, chaque manifestant se sent concerné par le dénigrement de l’agriculture. Anthony, qui s’est installé « par passion » en élevage laitier à Ohlungen il y a deux ans, s’élève contre « toux ceux qui nous disent qu’on fait mal notre travail, sans même connaître le sujet. Ils ne savent pas tout le mal qu’on se donne, les heures qu’on y passe et le prix qu’on touche au bout du compte ».

« Vivre ensemble, ça devient compliqué »

« Vivre ensemble, ça devient compliqué, constate Joseph Lechner, producteur de houblon et président de la FDSEA du canton de Hochfelden. Tout le monde a un avis sur tout et les responsables politiques ne nous aident pas. » Dernier exemple en date : les confusions de Ségolène Royal devant les caméras de BFM-TV, début octobre. L’ancienne ministre a pointé du doigt les produits phytosanitaires comme cause principale des cancers du sein. « Le problème c’est que même si des scientifiques l’ont contredite, c’était trop tard, le coup était parti », regrette Yohann Lecoustey. Et la cote de popularité des paysans de dégringoler un peu plus.

 

 

« C’est la première fois qu’on bloque l’ensemble du département », remarque Franck Sander. L’objectif est de frapper fort, de dénoncer « les incohérences » du gouvernement et de toucher le consommateur, explique le président de la FDSEA 67. « Dans ce département, on n’a jamais parlé de mal-être agricole tant qu’on avait l’impression que les élus étaient avec nous », dit-il. Ce temps semble révolu. Les promesses faites lors des États généraux de l’alimentation n’ont pas été tenues, estime le responsable syndical en dénonçant un revenu agricole toujours en berne.

La question du modèle agricole

Pour lui, c’est la question du modèle agricole qui est posée. « On ne peut pas dire : moins de phytos, plus de bien-être animal, plus de bio et accepter tous les accords bilatéraux. » En cause, l’accord commercial avec les pays du Mercosur, mais aussi celui passé avec le Canada, qui va permettre d’importer des aliments produits dans des conditions bien moins contraignantes que celles imposées aux agriculteurs français. « 42 molécules interdites en Europe vont être importées », pointe Julien Koegler, des JA. Des traités signés alors même que le solde agroalimentaire de la France avec l’Union européenne est devenu déficitaire en 2018.

Le président de la FDSEA du Bas-Rhin pointe d’autres incohérences : les agriculteurs ont beau se démener pour changer leurs pratiques, les faire évoluer vers une meilleure prise en compte de l’environnement, leurs efforts ne sont pas payés en retour. « Le consommateur réclame des produits biologiques, mais le poulet label ne trouve pas preneur », regrette-t-il. Dans certains cas, il doit être vendu en conventionnel, faute de marché.

Même incompréhension pour le projet d’arrêté pour les ZNT (zones de non-traitement) autour des habitations. Le dispositif mis en consultation publique prévoit des distances minimales à respecter entre les zones d’épandage et les habitations, avec une possibilité d’adaptation dans le cadre d’une charte validée au niveau départemental. Entre les 150 mètres de distance réclamés par certains maires et les 5 m minimum prévus par le gouvernement, de quel côté va pencher la balance ? Tout en rappelant les précautions prises lors des traitements, Franck Sander appelle à continuer à se mobiliser sur le sujet et à maintenir le dialogue avec les maires : « 150 mètres de ZNT autour des habitations, vous vous rendez compte de ce que cela donnerait en Alsace ? ». Et Denis Ramspacher, président de la Chambre d'agriculture, de lui répondre : « La viticulture disparaîtrait de certains villages et le maraîchage reculerait à Sélestat. »

« Cette opération n’est qu’un début », promet Marc Moser, en dénonçant la surcharge réglementaire imposée à l’agriculture. Pour un collecteur comme le Comptoir agricole, qu’il préside, celle-ci se traduit par un surcoût de 5 € la tonne de céréales. Julien Koegler, lui, critique les distorsions de concurrence entre pays de l’Union européenne. Avec un chiffre : « Un paysan français paie 5 500 € de charges de plus qu’en Allemagne pour un salarié. »

Vers 14 h, les agriculteurs ont repris le chemin de leurs fermes. Avec l’espoir d’avoir engendré une prise de conscience de la société et des élus. Sinon, tous se disent prêts à lancer de nouvelles actions.

Agrimat

Trois marques pour une démonstration

Technique

Publié le 03/10/2019

Mardi 24 septembre, Agrimat avait donné rendez-vous à ses clients pour une démonstration de matériels entre Hochfelden et Schaffhouse. Une présentation axée sur le matériel de fenaison avec la marque Krone, sur le travail du sol et les semis avec les machines Amazone, et sur les tracteurs Case IH. « L’objectif est de montrer les nouveautés et l’étendue de la gamme dans chacune des marques en profitant de la présence des inspecteurs commerciaux », confiait Christian Kieffer, d’Agrimat. Chez Krone, c’est l’occasion de présenter le combi-enrubanneur Comprima CV150 Xtreme, une machine dédiée aux entreprises de travaux agricoles et aux Cuma, qui complète la gamme des presses à balles rondes. Outre qu’elle offre un important débit de chantier, « elle a la capacité d’avaler du fourrage extrêmement sec comme de l’extrêmement humide, d’où son nom », explique Frédéric Bertin, inspecteur commercial Krone pour le Nord-Est. Cette machine traînée présente un autre avantage : elle est autonome au niveau de son hydraulique.

En présentation également, un ensemble combiné faucheuse avant ECF 320-faucheuse arrière ECR 320. Cet ensemble sans conditionneur a la particularité d’associer une faucheuse frontale en version poussée, avec un gabarit réduit qui facilite le transport sur route, avec une faucheuse arrière en version pendulaire permettant un suivi du terrain au plus près. La combinaison des deux permet de faucher plus large - 6 mètres de largeur de coupe - en un seul passage et avec un seul tracteur, ce qui économise du temps et du fuel, précise Frédéric Bertin. Du côté des faneuses, l’accent est mis sur la semi-portée KWT 8.82, d’une largeur de travail de 8,80 m. Elle peut être accrochée à un tracteur de faible puissance et ne nécessite aucun entretien journalier. Sa transmission entre toupies sans croisillon est un gage de fiabilité et de simplicité d’entretien, selon l’inspecteur commercial de la marque.

L’andaineur traîné Swadro 710.26T est doté de 13 bras par toupie pour une qualité de ramassage optimale. La vitesse de rotation des toupies lui permet de préserver les fourrages, notamment les légumineuses. Le Swadro est capable de former un ou deux andains, sur une largeur de travail de 6,80 m. Comme c’est une machine « très maniable, elle permet de travailler en terrains accidentés, dans les vergers, partout où il y a du relief », assure Frédéric Bertin. Du côté des presses à balles rondes, c’est la Fortima V1800 MC qui est exposée : avec sa chambre variable de 0,90 m à 1,80 m, ses 17 couteaux avec sécurité individuelle chacun, son pick-up sans came, elle offre un bon débit de chantier et ne nécessite aucun entretien. La presse à balles carrées Big Pack 1290XC, quant à elle, est dotée de 26 couteaux à sécurité individuelle escamotable. On retrouve le pick-up sans came. Elle est dotée de deux essieux pour améliorer le confort de travail et éviter le tassement au champ. Son autre atout réside dans la régularité et la densité des bottes qu’elle confectionne, d’un format de 120 x 90 cm.

Charrue ou CombiDisc

Chez Amazone, c’est le matériel de travail du sol et de semis qui tient la vedette : la charrue 5 socs réversibles, matériel récent chez le constructeur, n’est pas dans des conditions de travail idéales, tant le sol est dur. Place alors au CombiDisc Catros, un déchaumeur à double rangée de disques et rouleau de rappui Matrix. « C’est un outil qu’on peut utiliser pour le déchaumage ou les préparations d’automne en remplacement d’une charrue », explique Laurent Kubler, inspecteur commercial de la marque. Il permet de travailler le sol sur 5 cm, le rouleau venant appuyer la terre pour garder la fraîcheur dans le sol. « On retrouve ce rouleau sur la gamme de semis pour rappuyer la ligne de semis et assurer une levée régulière. » Les disques crénelés, de 510 mm de diamètre, sont complètement indépendants et dotés d’une sécurité indépendante. La gamme Catros est disponible de 3 à 12 m.

Pour le semis, le combiné Cataya fait figure d’innovation. « C’est un semoir hybride avec une distribution mécanique entraînée électriquement », souligne Laurent Kubler. L’avantage de ce système : une plus grande facilité d’étalonnage, de mise en œuvre et de réglage du débit. Le combiné de semis Cataya innove aussi par sa ligne de semis Twintec. Il peut être combiné à un CombiDisc ou à une herse rotative. Dans ce dernier cas, précise l’inspecteur commercial, il peut travailler dans des sols moins préparés, avec un débit de chantier moindre et davantage de prise de puissance.

Côté tracteurs, Agrimat a choisi de mettre en avant le nouveau Maxxum C150 CVX en 6 cylindres, ainsi que le Puma 200 CVX de Case IH. Tous les deux sont équipés d’un système de guidage automatique avec une précision RTK de 2 cm. « La précision RTK est transmise au tracteur par le réseau RTK Plus de Case IH, souligne Yvan Thiebaut, commercial chez Agrimat. Ce système passe par les ondes téléphoniques des trois opérateurs nationaux, le tout sur un réseau prioritaire. Grâce à la mise en réseau des balises, les clients passent automatiquement de l’une à l’autre. » Grâce à ce signal, tous les travaux agricoles sont réalisables.

Aux côtés de ces deux tracteurs, Agrimat présente la gamme Luxxum, dont un tracteur équipé d’un chargeur avec transmission 4 rapports sous charge. Des tracteurs plus polyvalents avec cabine et pont suspendu pour le confort du conducteur.

Strasbourg

Brasserie Perle : dix raisons de faire la fête

Pratique

Publié le 02/10/2019

Située rue de l’Ardèche, au cœur de la Plaine des bouchers à Strasbourg, la brasserie Perle fêtait récemment ses 10 ans. Ou plutôt les 10 ans de sa renaissance, sous l’impulsion de Christian Artzner, maître brasseur et arrière-arrière-petit-fils du fondateur de la brasserie.

Créée en 1882, la brasserie Perle s’est hissée parmi les plus grandes entreprises brassicoles de la région durant l’entre-deux-guerres. « Dans les années 1930, elle a produit jusqu’à 300 000 hectolitres », raconte Christian Artzner. L’actuel patron de la brasserie Perle a appris le métier en Écosse avant de parcourir le monde pendant dix ans, mettant ses compétences au service de petites et de grandes brasseries. Jusqu’au jour où il décide de relancer la bière Perle. Le premier fût - une pils - est mis en perce à la fête du houblon de Haguenau en août 2009.

« Je voulais faire une bière de qualité à l’échelle artisanale », se remémore Christian Artzner, dont l’ambition est restée la même depuis. Sans locaux, il fait d’abord appel à un prestataire pour élaborer cette blonde « subtile et savoureuse ». Il faut attendre 2015 pour qu’il s’installe rue de l’Ardèche et s’équipe de tout le matériel nécessaire à l’élaboration de la bière. L’investissement dans les cuves et le matériel de conditionnement se monte à 1 million d’euros (M€). Il dispose à présent d’une capacité de cuve de 360 hl, ce qui lui permet de brasser 4 500 hl à l’année. Un volume qui reste modeste, mais qui lui permet de maîtriser la qualité des matières premières et du processus d’élaboration.

Après une fermentation en cuve, qui dure généralement une semaine, Christian Artzner privilégie les longues gardes à froid, pour obtenir des bières « fines, fraîches ». Il n’utilise pas de stabilisant, ni de CO2 exogène. La gamme Perle se compose actuellement de six bières, auxquelles s’ajoutent trois à cinq spéciales, dont la recette est liée à la saison ou « à l’inspiration du moment ». Comme la Mondiale, une bière aux dix ingrédients ressortie à l’occasion des 10 ans de la brasserie, ou la Perle Hop Meloncolia, une blonde houblonnée élaborée avec du melon.

Une belle aventure humaine

À propos de la renaissance de la brasserie Perle, Christian Artzner parle d’une « belle aventure humaine » qui associe les sept salariés, les fournisseurs et les clients, professionnels ou simples amateurs de bière. En anticipant sur l’essor des petites brasseries en Alsace, l’artisan brasseur de la Plaine des bouchers a pris une longueur d’avance sur un marché qui reste dynamique, mais ne pèse jamais que 1 % des volumes produits dans la région.

En déclinant le nombre 10 de dix manières différentes, la Perle a réussi à faire de son dixième anniversaire « un grand moment de convivialité » auquel se sont associés les amis, clients ou futurs clients de la brasserie. Visite guidée des installations, exposition de pièces de collection liées à l’histoire de la brasserie, dégustation de bière et d’en-cas, concours de sous-bocks ont émaillé les trois jours.

Association française du cheval fjord (AFCF)

La France, une pépinière pour le fjord

Pratique

Publié le 01/10/2019

Créée par Jean-Georges Bastian, d’Engwiller, l’Association française du cheval fjord (AFCF) a fêté ses 50 ans cet été au pôle hippique de Lorraine, à Rosières-aux-Salines. « Suite à un voyage aux Pays-Bas, Jean-Georges Bastian avait ramené cinq juments et un étalon pour ses fils. C’était en 1968. L’association a été créée l’année suivante pour faire reconnaître la race auprès du ministère de l’Agriculture », raconte Jacky Ernwein, éleveur de fjords à Oberhausbergen et président de l’association depuis 2014. Pendant une longue période, les contacts sont restés limités avec le berceau de la race - la Norvège. Mais à partir de 1995, les relations sont devenues plus étroites, notamment avec la création de l’association internationale du fjord regroupant les stud-books de tous les pays dans le monde.

C’est cette association internationale qui, aujourd’hui encore, décide des orientations de la race. Mais selon les pays, les objectifs peuvent varier : en Allemagne et au Danemark, la race fjord est très orientée sport et les éleveurs sont particulièrement attentifs aux allures. Dans les autres pays, on recherche plutôt « un cheval avec une belle tête et des membres solides, proche du standard de la race », indique Jacky Ernwein, citant la crinière taillée en arc de cercle et la robe isabelle, déclinée en différentes nuances claires ou foncées.

Souvent considéré comme un cheval de famille, le fjord est un animal très polyvalent, actif au travail et d’un tempérament calme. « Il y a eu une évolution importante du type de la race, souligne l’éleveur d’Oberhausbergen. Les fjords d’aujourd’hui ne sont plus tellement des poneys, surtout en France. Ce sont des chevaux de grande taille qui doivent garder un très bon caractère en servant de cheval de loisir, monté ou attelé, et en même temps, être capables de faire de la compétition de saut d’obstacles et du dressage. » C’est cette grande polyvalence que recherchent les éleveurs français.

90 naissances par an

Actuellement, environ 90 naissances sont enregistrées en France chaque année, dont une trentaine en Alsace. « Le nombre des naissances a beaucoup baissé comparé à il y a 20 ans, mais la qualité des chevaux, au contraire, a progressé », souligne le président de l’AFCF. Les éleveurs se sont professionnalisés : à l’image de l’élevage Ernwein, ils produisent des chevaux pour un marché, à 80 % celui du cheval de loisirs. Dans cette optique, ils font naître des poulains qu’ils dressent pour pouvoir les vendre à 3-4 ans.

Le 50e anniversaire de l’AFCF, célébré en présence de huit délégations étrangères dont beaucoup venaient pour la première fois, a été l’occasion de montrer la qualité de l’élevage français. Celle-ci se confirme dans les échanges de reproducteurs désormais. « Avant, la flèche n’allait que dans un sens : du berceau de la race vers les autres pays, maintenant, elle va dans les deux sens », témoigne Jacky Ernwein, qui lui-même vend et achète fréquemment des reproducteurs à l’étranger. Au moins 40 % de ses chevaux partent à l’export, vers l’Allemagne, la Suisse, la Belgique et parfois, des destinations bien plus exotiques, comme la Malaisie, où il a vendu un étalon, trois juments et un hongre cet été.

À Rosières-aux-Salines, les fjords français ont fait la preuve de leurs capacités lors de différentes épreuves - saut d’obstacles et dressage, labellisation qualification loisirs - et lors des spectacles et démonstrations qui ont émaillé les trois jours. Prouvant ainsi que « la France est devenue une pépinière pour le fjord », souligne Jacky Ernwein. Au concours national de la race, qui a réuni 80 chevaux le samedi, les chevaux issus de l’élevage d’Oberhausbergen ont remporté la mise. Et au concours international, c’est une pouliche de 2 ans issue du même élevage qui a fini à la première place.

Foire européenne de Strasbourg

« Nous rentrons dans un monde économique totalement nouveau »

Vie professionnelle

Publié le 14/09/2019

C’est en « ami de l’Alsace » que Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, est venu inaugurer la 87e foire européenne à Strasbourg, vendredi 6 septembre. Il a été accueilli par de nombreux élus et personnalités, réunis au Palais de la musique et des congrès pour une série de discours préalables à un traditionnel tour de foire. Cette 87e édition se déroule sur un nouveau site, lui a rappelé l’adjointe au maire de Strasbourg et présidente du conseil de surveillance de Strasbourg Événements, Nawel Rafik Elmrini. Un site qui préfigure le futur complexe événementiel strasbourgeois de 100 000 m2 qui mettra la ville « au premier rang » pour l’accueil des congrès en France.

Cet équipement a été « inspiré par le désir d’offrir à la place forte strasbourgeoise un environnement économique à la hauteur de son rôle et de son prestige institutionnel », a précisé Roland Ries, maire de Strasbourg, en détaillant les projets engagés pour conforter la place de Strasbourg comme capitale européenne : le nouveau parc des expositions, construit à proximité immédiate du Palais de la musique et des congrès ; le quartier du Wacken, qui accueillera des sièges sociaux d’entreprises, des logements, des commerces, ainsi qu’une réserve foncière de 45 000 m2 pour le développement des institutions européennes. « Ville ouverte et solidaire », Strasbourg ambitionne de « construire des ponts sur le territoire européen », expose son maire. C’est dans cet esprit qu’a été aménagé le quartier des Deux-Rives relié à la ville voisine de Kehl par un tram transrhénan. 20 000 habitants s’installeront à terme dans ce nouveau quartier, que la municipalité a voulu « écologique et durable », précise Roland Ries.

Ville siège du Parlement européen, Strasbourg a vocation à le rester, l’a rassuré Bruno Le Maire. Le ministre de l’Économie, qui se dit « attaché à l’Alsace », se réjouit de la naissance de la collectivité européenne d’Alsace. « Vous avez été un modèle de travail coopératif », lance-t-il aux élus qui se sont rassemblés autour de ce projet.

Politique de l’offre

Revenant à la politique économique, Bruno Le Maire constate que « les résultats sont là ». La France affiche « une des croissances les plus solides de la zone euro : 1,4 % » et a réussi à créer 500 000 emplois en un peu plus de deux ans. L’économie française redevient attractive, se réjouit le ministre de l’Économie, qui promet que les allégements de charges seront maintenus et que l’impôt sur les sociétés sera limité à 25 % en 2022 pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. « Cette politique de l’offre a remis l’économie en marche, ce n’est pas le moment d’en changer. Nous la maintiendrons. »

Cette satisfaction est tempérée par le contexte international, que Bruno Le Maire juge « instable et menaçant ». La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis ne fera que des perdants, pronostique le ministre de l’Économie et des Finances. Elle risque surtout de freiner la croissance mondiale. Le Brexit et le ralentissement économique de l’Allemagne sont d’autres sources d’inquiétude. « Nous rentrons dans un monde économique totalement nouveau, avec une croissance faible, une inflation faible et des taux d’intérêt très bas, voire négatifs », relève Bruno Le Maire pour qui les taux faibles « ne sont pas la solution au retour de la croissance et de la prospérité en France et en Europe. »

Investir dans la recherche

Des défis restent à relever. Le ministre de l’Économie en mentionne quatre : le chômage, l’innovation, la compétitivité et la politique industrielle de la France. Sur le chômage, « nous devons viser les 7 % en 2022 », estime Bruno Le Maire qui souhaite apporter des réponses aux entreprises « pour trouver les qualifications dont elles ont besoin ». L’innovation constitue une question d’indépendance nationale. Pour la soutenir, il faut investir dans la recherche : « Nous ne toucherons pas au crédit impôt recherche », promet Bruno Le Maire, qui croit à la nécessité d’un lien étroit entre la recherche publique et l’industrie. Renforcer la compétitivité passera par la baisse des impôts de production : le ministre de l’Économie se dit déterminé à y contribuer. Enfin, Bruno Le Maire mise sur le Pacte productif 2025 pour relancer la politique industrielle française. « La France est une grande nation agricole. Elle doit rester une grande nation industrielle », dit-il, reconnaissant que cela passera par « des choix compliqués ».

La relance de la politique industrielle se fera avec les partenaires européens, estime le ministre de l’Économie, qui cite l’exemple de la filière des batteries électriques montée en partenariat avec l’Allemagne. Peut-être faudra-t-il aussi « repenser les dogmes qui ont fait du tort » : fusionner des entreprises pour rivaliser avec les géants chinois ou américains ou accepter de donner des aides publiques aux industries naissantes, suggère Bruno Le Maire.

Le ministre de l’Économie plaide pour un pacte de croissance pour la zone euro afin de sortir de l’« atonie économique européenne ». « Nous n’allons pas rester les bras croisés à regarder la croissance baisser », prévient-il. Dans le cadre de ce pacte, il appelle les États qui ont des marges de manœuvre budgétaire, en particulier l’Allemagne, à investir davantage dans les mois qui viennent, afin de soutenir l’innovation et la croissance dans la zone euro.

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