En Alsace, l’association Tyflo naît en 1998. C’est un regroupement de vignerons alsaciens qui pratiquent la production intégrée selon les directives de l’OILB (Organisation internationale de lutte intégrée et biologique). Sébastien Huber du domaine Huber et Bléger à Saint-Hippolyte s’inscrit dans cette démarche dès le départ. « C’était alors la seule certification d’une agriculture durable avec l’objectif de favoriser la vie des sols, l’enherbement, limiter les intrants. Pour notre domaine, cela s’est concrétisé aussi par la quasi-disparition des herbicides ». En 2014, la plupart des membres de Tyflo créent l’antenne alsacienne de Terra Vitis en partenariat avec Alsace Qualité où l’association est hébergée. En parallèle, le nombre d’adhérents diminue à la faveur de leur passage en bio. « Bien sûr, la question du passage en bio s’est posée pour notre exploitation, reconnaît l’actuel président de l’association Terra Vitis Alsace, mais ne pas pouvoir intervenir quand la pression sanitaire est forte ne nous convient pas. L’association Terra Vitis correspond le mieux à notre philosophie », souligne le vigneron. Ils sont actuellement trois adhérents dans le Bas-Rhin, six dans le Haut-Rhin. En France, il y a sept associations locales. Les résistants de l’association alsacienne Terra Vitis reçoivent lors de leur assemblée générale la directrice de la fédération nationale, Anne-Laure Ferroir : « Terra Vitis est née avec la vocation d’accompagner de manière technique les vignerons, viticulteurs et caves coopératives. Dans la jungle des labels, nous ne sommes pas toujours très visibles. Pourtant, nous sommes passés de 500 adhérents en l’an 2000 à 1 947 adhérents aujourd’hui. Cet essor s’est fait naturellement, sans action spécifique de notre part. L’association représente désormais 45 000 ha de vigne, 5 % du vignoble et 300 millions de bouteilles. Nous avons un socle technique rigoureux reconnu, presque rigoriste aux yeux de certains ». La certification est reconnue par le ministère de l’Agriculture. Terra Vitis est par ailleurs une marque déposée.
Des choix cohérents à tous les stades de production
L’association a été créée par des vignerons du Beaujolais en 1998. « Dans cette région, elle a été aussi une aide pour des viticulteurs en difficulté, technique ou personnelle, grâce au groupe d’entraide et d’échange que forment les adhérents », note la directrice. Pour être certifié Terra Vitis, il faut valider 80 points d’exigence contrôlés annuellement. « À partir de cette année, les domaines certifiés AB pourront bénéficier d’un audit allégé ». Anne-Laure Ferroir détaille le fonctionnement du label : « Au moment de l’adhésion, un diagnostic de l’exploitation est réalisé et si nécessaire une formation est proposée. Tous les ans, un audit interne ou externe valide la certification pour l’année. Ce fonctionnement garantit la traçabilité de la vigne jusqu’au verre et la cohérence de l’ensemble de l’exploitation. Les vignerons ont pour mission de préserver l’eau, l’air, le sol, la biodiversité ». 80 % des adhérents sont certifiés HVE et Terra Vitis. 5 % sont certifiés AB et Terra Vitis.
Alors quelle différence avec HVE ou AB ? À cette question, Anne-Laure Ferroir répond développement durable et RSE (Responsabilité sociétale des entreprises). « L’objectif est que les vignerons puissent vivre dignement de leur métier et qu’un jour ils transmettent une exploitation viable. Ainsi, les adhérents doivent s’engager dans des choix durables pour toutes les actions entreprises. On les invite à avoir une réflexion globale sur leurs usages et ceux de leurs fournisseurs. Cela signifie la limitation du SO2, mais aussi garantir la sécurité de ses salariés. Ils doivent également respecter le « protocole voisinage », c’est-à-dire, informer les voisins quand ils interviennent dans les vignes même s’il ne s’agit pas de traitement ». Les exigences évoluent et s’affinent dans le temps. « Par exemple, il est interdit depuis toujours pour nos adhérents de brûler leurs déchets », cite la directrice. « Depuis 2023, nous demandons aux adhérents de relever leur consommation en eau. Tous les éléments de l’entreprise doivent être cohérents et tendre vers le développement durable ». À ce titre, le domaine Huber et Bléger utilise depuis quatre ans des bouteilles réalisées avec moins de colorant et davantage de verre recyclé et des bouteilles plus légères pour le haut de gamme (-20 % par rapport aux précédentes).
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Bien-être des salariés
Tous les salariés des adhérents Terra Vitis doivent avoir à disposition du matériel de protection de qualité et en bon état pour prévenir les accidents du travail. Ils doivent bénéficier de formations régulières sur différents aspects de leur métier : utilisation des outils de taille, prévention des troubles musculo-squelettiques, éco-conduite, agro-écologie… Les vignerons doivent identifier, évaluer et limiter les risques professionnels à l’aide du DUERP (Document unique d’évaluation des risques professionnels). « Pour certains marchés, prendre soin de ses salariés est plus important que le travail à la vigne ou en cave », affirme Anne-Laure Ferroir. « La certification Terra Vitis montre que le viticulteur est engagé pour le bien-être de ses salariés, c’est un levier pour trouver de la main-d’œuvre et la garder ».
En termes de commercialisation, l’argument phare de la directrice est la reconnaissance du label à l’export notamment par « les monopoles scandinaves, le Québec, les États-Unis, le Brésil… ». À Saint-Hippolyte, Sébastien n’a pas encore développé de marché à l’étranger, mais le label est un argument en plus : « Nous affichons le logo sur la contre-étiquette et nous ajoutons un macaron en façade pour la grande distribution. La GMS et les cavistes ont un intérêt pour notre engagement. Bien sûr, l’argument essentiel reste la qualité du vin à la dégustation. Le label ne fait pas la vente, mais elle fait pencher la balance de notre côté ». « Des exigences RSE pourraient bientôt être demandées par certains groupes de la grande distribution », réagit Régis Huss, directeur adjoint de la chambre d’agriculture d’Alsace.