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David Lefebvre

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Données de maturité, retour du terrain

La fraîcheur comme atout du millésime 2016

Vigne

Publié le 16/09/2016

La vendange a débuté globalement ce lundi dans le Haut-Rhin et ce jeudi dans le Bas-Rhin avec la récolte des raisins à crémant d’Alsace. Les premiers accueils dans les vendangeoirs font apparaître de beaux raisins et un état sanitaire impeccable, à la faveur des dernières semaines caniculaires qui ont écarté les risques botrytis et drosophile.

Les fortes chaleurs n’ont finalement pas trop engendré de décuidage. Et les premières estimations de volumes engrangés font état de rendements qui ont résisté à la sécheresse. Sauf bien évidemment dans les parcelles impactées par la météorologie erratique, où il a été difficile d’intervenir pour traiter, en raison des sols détrempés.

Les premières données analytiques au pressoir indiquent que si les raisins ont brûlé du malique, ils ont aussi concentré l’acidité. Il en résulte, malgré la sécheresse, des pH bas qui conféreront une certaine fraîcheur paradoxale dans un millésime chaud. Les premiers degrés mesurés ne sont pas exceptionnels pour les crémants qui requièrent ni trop, ni trop peu de sucres.

Reste que le millésime n’a pas connu de pluies tout au long de la véraison. Les raisins rentrent donc intacts. Les vinificateurs devront redoubler de vigilance sur le débourbage afin de bien éliminer toute trace de résidus, d’autant que le millésime a nécessité une protection phytosanitaire rapprochée.

Bestheim

Agostino Panetta succède à Thierry Schoepfer à la direction

Vigne

Publié le 14/09/2016

« Un chef d’orchestre n’est pas obligé de savoir jouer du violon, par contre il doit savoir faire en sorte que l’orchestre travaille ensemble pour jouer une belle symphonie. » Tels sont les propos du nouveau et futur directeur de Bestheim, Agostino Panetta. Rompu au pragmatisme américain, il va devoir cependant jouer de la musique dans un vignoble où les bruits de fond de journalistes prescripteurs sont souvent trop peu élogieux à l’égard du cœur de gamme des vins d’Alsace dans leur globalité, et nocifs à l’image du vignoble. Des journalistes pourtant choyés grâce aux deniers interprofessionnels…

Agostino Panetta vient de l’industrie chimique : l’américain Bell Laboratories (lire en encadré). Il n’est donc pas un spécialiste du vin. « Je salue Bestheim d’avoir fait le choix de l’audace. C’est dans l’ADN de Bestheim de ne pas faire les choses comme tout le monde. Tout comme d’ailleurs Thierry Schoepfer lorsqu’il a pris les rênes de Bestheim et qu’il n’avait pas encore 28 ans », indique le nouveau et futur directeur. La passation de pouvoir devrait être effective lors de l’assemblée générale. « Je suis spécialisé dans la gestion des hommes et des ressources. Chez Bestheim, j’observe beaucoup de belles compétences », explique aussi Agostino Panetta, dont l’expérience commerciale lui a conféré « une aisance par rapport aux différentes cultures de marché ». « J’apporte mon expérience internationale. Bestheim est une société extrêmement saine. Je ne suis pas spécialiste du vin, mais je suis très intéressé et passionné par le vin. C’est un milieu de gens passionnés. »

De nouveaux enjeux

Après l’ère Schoepfer qui a abouti à la constitution d’un outil industriel performant, rationalisé (1 450 hectares, 49,3 millions d’euros de CA en 2015), la question posée aujourd’hui au premier opérateur en vins d’Alsace consiste à construire l’image de marque, avec tous les moyens dont dispose le marketing moderne du vin : œnotourisme, réseaux sociaux, ciblage de la communication en phase avec les nouvelles connaissances neurophysiologiques sur les comportements consuméristes. « La question qui se pose est comment Bestheim doit imposer sa marque, résume Agostino Panetta. C’est ce que j’ai fait chez les laboratoires Bell qu’on a implantés sur les différents marchés. »

Le retour à la terre pour Thierry Schoepfer

Quant à Thierry Schoepfer qui donne à son successeur toutes les clés possibles pour relever ce challenge et réussir la transition, nous reviendrons ultérieurement sur son parcours dans un entretien exclusif pour L’Est Agricole et Viticole et le Paysan du Haut-Rhin. Il se destine désormais au métier de vigneron. Mais il ne dévie pour autant aucunement de ses convictions : « Un vignoble comme le nôtre passera par de belles entités à la champenoise, et des structures petites et moyennes prestigieuses, où je compte retourner. » Être soit « small is beautiful », soit « grand avec une belle assise », résume Thierry Schoepfer. « Je n’ai pas encore 50 ans et j’espère une autre vie, rebondir et tenter une nouvelle aventure », sur le domaine familial de 12 ha, où exploite son frère.

« Ça a été un crève-cœur pour moi de voir partir Thierry Schoepfer. Il préfère quitter l’entreprise au top », déclare Pierre-Olivier Baffrey, le président. « On est à l’aube de la transformation de l’entreprise. On va muer doucement », ajoute-t-il en constatant que « dans de nombreuses dégustations à l’aveugle, les vins Bestheim sont souvent bien classés.» «C’est dingue que nous n’arrivons pas à capitaliser dessus», ajoute le futur directeur.

Portes ouvertes de l’Inra de Colmar

Un public qui manifeste son attachement à la recherche agronomique

Vigne

Publié le 09/09/2016

Les portes ouvertes de l’Inra de Colmar, qui se tenaient ce dimanche 4 septembre, s’inscrivent dans le cadre du 70e anniversaire de l’institution. Environ 700 visiteurs ont été comptabilisés. « Cette affluence montre qu’il y a une curiosité pour ce qui se passe ici et un attachement au centre. C’est important pour nous dans le contexte de régionalisation, avec des processus de rapprochement entre les centres de Nancy et de Colmar, et la mutualisation de certaines directions », explique la présidente du centre de Colmar, Frédérique Pelsy.

Centre de recherche dédié surtout à la viticulture, l’Inra de Colmar profitait de cette veille de vendanges pour dévoiler toute la panoplie des recherches entreprises sur le site, dans des domaines aussi variés que la virologie, la création variétale de vignes résistantes aux maladies, l’ampélographie, le développement de pratiques en viticulture durable ou encore la sociologie des relations entre la recherche, la société, l’agriculture et la viticulture.

Plusieurs ateliers étaient proposés comme la dégustation en cave de vins issus de nouvelles variétés résistantes, une présentation de la diversité florale inventoriée au vignoble, ou plus technique, un atelier de phénotypage d’évaluation de la résistance, un atelier de marquage moléculaire et la visite de la collection ampélographique. L’objectif général consistait à « jouer la transparence et à toucher le maximum de public », indique Frédérique Pelsy avec un message principal : « C’est à partir de cette connaissance fondamentale des mécanismes en jeu entre la vigne et ses pathogènes que nous pouvons innover de façon pertinente ».

En très bonne voie

À l’atelier virologie, Monique Beuve, ingénieur, présentait l’évolution des techniques d’identification des virus de la vigne, depuis l’indexage biologique, puis la méthode Élisa faisant appel à des anticorps spécifiques du virus dont la présence est ensuite révélée par colorimétrie. Les techniques nouvelles d’analyse génétique sont plus sensibles, comme le NGS (Next generation sequencing) qui, par bio-informatique, permet d’identifier plusieurs virus en même temps, et même des virus inconnus jusqu’alors.

Sur la base des connaissances acquises sur les gènes de défense naturelle, l’Inra de Colmar engage un long travail de création variétale de vignes résistantes à l’oïdium et au mildiou par croisements sexués, puis sélection. L’idée consistera à obtenir des cépages qualitativement intéressants pour les vignobles qui revendiquent des typicités. C’est Christophe Schneider qui présentait ces travaux, avec, plus surprenant pour les initiés, des plants à la vigne en parcelle qui ont bien résisté aux soubresauts du mildiou de ce millésime. Si la partie résistance est en très bonne voie dans les essais au champ, reste donc à régler la partie qualitative, dans un travail de recherche qui est engagé en collaboration avec sept interprofessions viticoles françaises. Mais l’Inra a déjà présenté à l’inscription (l’étape finale) quelques variétés.

Une journée qui a finalement permis de rencontrer des chercheurs passionnés, dynamiques, ayant une foi inébranlable dans leur mission de contribuer à l’amélioration du bien-être.

Univa. Assemblée générale de pré-vendanges

Prix du raisin en hausse, ventes Arthur Metz en baisse

Vigne

Publié le 09/09/2016

L’assemblée générale de l’Univa, union des apporteurs de raisins à la maison Arthur Metz, se tenait ce mardi soir à Dorlisheim, sous la présidence de Christian Kohser, qui reprend le flambeau de François Bernhard. L’ouverture des vendangeoirs des vignerons livrant pour la maison Arthur Metz a été fixée au lundi 12 septembre pour les crémants à Colmar. Les vendangeoirs de Scharrachbergheim et d’Epfig ouvriront à partir de mercredi 15 septembre.

Les prix du raisin en hausse

Les vendanges manuelles et mécaniques ne sont plus rémunérées de la même manière, avec entre 10 et 15 centimes d’euro du kilo de différence selon les cépages. Soulignons quelques prix : les crémants passent de 1,47 à 1,52 €/kg. En vendanges manuelles : rieslings à 1,55 €/kg (plus ou moins 5 %), pinot gris à 2,05 €/kg (plus ou moins 5 %), pinot blanc - auxerrois à 1,40 €/kg (plus ou moins 5 %), muscats à 1,50 €/kg, gewurztraminer à 2,35 €/kg, pinots noirs à 2,05 €/kg. Les discussions ont été âpres, indique Christian Kohser. « Nous faisons partie des meilleurs rémunérateurs du vignoble, a assuré Serge Fleischer, directeur d’Arthur Metz. Plutôt que des annonces de prix comme nos confrères dans la presse, nous publierons un tableau comparatif en décembre de ce que nous avons réellement payé. Pour l’heure, entre les préconisations syndicales et les annonces de nos confrères, nous sommes équivalents. »

Le système de livraison sur rendez-vous, initié en 2015 par Nicolas Secondé ayant été un succès et ayant quasiment supprimé les files d’attentes, est reconduit. L’idée cette année sera d’optimiser le temps de déchargement, afin d’optimiser les temps de pressurage, et donc la qualité. « On avait une notion de grands apporteurs, nous allons affiner la réflexion et raisonner en grand apporteur cépage par cépage », indique Nicolas Secondé. L’idée sera d’améliorer encore les temps de déchargement. La prise de rendez-vous se fera soit physiquement, soit par téléphone. Mais ces prises de rendez-vous seront cette année mieux planifiées avec notamment un code apporteur, et des propositions par tranche de 3 h. « Des petits détails qui vont faciliter la vie de tout le monde. »

Attention, le cahier des charges crémant est modifié sur la manière de transporter les raisins. Avant, il limitait à 100 kg le poids des bottiches pleines ; désormais, la hauteur de raisin est limitée à 75 cm pour limiter l’auto-tassement de raisins destinés à arriver en entier au vendangeoir.

Le rendement a été fixé à 83 hl/ha, « je ne suis pas persuadé que nous y arriverons », précise Serge Fleischer. « D’ailleurs, je déplore aussi les annonces faites sur les volumes probables du vignoble à 1,180 Mhl, vis-à-vis de nos acheteurs en vin. Au regard des ventes en baisse de vins d’Alsace, ils constateront qu’on risque d’avoir du stock », ajoute Serge Fleischer, un mauvais signal donc pour les négociations commerciales.

« On perd des parts de marché »

Des baisses de ventes qui inquiètent d’ailleurs les dirigeants d’Arthur Metz : « On perd des parts de marché partout dans le monde. D’ailleurs nos fortes baisses chez Arthur Metz, jusqu’à 20 % pour certains créneaux de produits, doivent peser sur la régression globale des ventes du vignoble d’Alsace sur les douze derniers mois », analyse froidement Serge Fleischer.

La cause ? « Dans certains marchés, les vins d’Alsace ont été remplacés par des produits qui donnent une meilleure marge au distributeur. » Et Arthur Metz, n’a comme d’autres opérateurs, pas réussi à répercuter les hausses notamment sur l’achat des prix du raisin. Pour la maison de Marlenheim, c’est 1,50 M€ de plus qui ont été déboursés en 2015 pour l’achat des raisins. « Nous sommes inquiets parce que les frais de structure augmentent, les coûts d’achat de matières premières aussi, les marges et les volumes diminuent. Un certain nombre de structures ne passeront pas 2016 parce qu’elles n’ont pas répercuté la hausse des matières premières chez leurs clients », prévient le directeur d’Arthur Metz. La solution serait que les vins d’Alsace regagnent en « image qualitative et en valeur ajoutée ». Mais pour cela, il faudrait « avoir un produit identifié et identifiable par le consommateur. Et ne pas avoir sous le même nom des produits avec des valeurs qualitatives très différentes. Si nous gardons cette structuration d’appellation, nous allons au-devant de gros problèmes. Des rapprochements seront inéluctables, dictés soit par le commerce, soit par les banques, soit par les deux. »

GCF deuxième opérateur de Bourgogne

Une situation d’Arthur Metz qui n’entrave pas la marche et les ambitions de la maison mère Grands chais de France. Il y a 24 mois, les « Grands chais » étaient inexistants en Bourgogne. Ils devraient incessamment devenir le deuxième opérateur de ce vignoble, après l’acquisition en 2015 de François Matenot à Beaune, de la maison Paul Sapin en Beaujolais en 2016, et d’un troisième opérateur important, dont Serge Fleischer tait le nom, tant que la signature n’est pas officielle. Les négociations Klipfel ont laissé des traces… « Nous avons un protocole, mais pas encore de signature définitive pour la reprise d’une structure. Nous avons donc des ambitions grandissantes pour cette région. Et nous disposons dans notre portefeuille des sept appellations crémant de France, il ne manquera que la Savoie », indique Serge Fleischer, qui a dit s’employer à inciter les producteurs à dédier leur vigne à la production de crémant.

Les choix du géant de Petersbach pèsent de plus en plus lourdement sur les destinées du vignoble français en général et alsacien en particulier à mesure que des rapprochements, fusions et reprises s’y opèrent.

Sauerburger FXS, Firmin Hoffner et le tracteur Grip4

Quand l’inventivité française rencontre la technicité allemande

Technique

Publié le 09/08/2016

Sorti en 2013, le Grip4 fait aujourd’hui la fierté du constructeur Sauerburger FXS : un tracteur porte-outils de montagne de haute technicité, de conception originale pour des performances de stabilité exceptionnelles. Près d’une cinquantaine d’unités cultivent les montagnes et entretiennent les bordures d’autoroute à ce jour. Ce qui fait déjà du Grip4 un succès commercial.

Le Grip4 est une histoire rhénane, il est le fruit de l’inventivité d’un fils d’agriculteur, Firmin Hoffner de Fellering (68), concepteur en mécanique de métier, et qui a longtemps cherché un partenaire industriel avant de trouver l’âme sœur en l’entreprise Sauerburger FXS à Wasenweiler, non loin de Colmar.

Firmin Hoffner avait présenté en 2007 un premier prototype de tracteur à la foire aux vins d’Alsace. Et c’est en 2009, au cours du salon Agritechnica que la famille Sauerburger le rencontre. Le constructeur de machines agricoles était alors à un tournant. Soit il renouvelait son tracteur vigneron, soit il se tournait vers un autre projet. Le secteur vigneron, très concurrentiel, la taille de l’entreprise - 70 salariés - plutôt mieux positionnée pour performer dans les engins spécifiques, font que l’industriel a opté pour investir dans ce projet de tracteur de montagne. Outre une gamme de matériels déjà bien fournie avec un valet de ferme, et des broyeurs à canes de maïs.

Tenue en pentes améliorée

« Mais il a fallu repartir d’une feuille blanche », indique Firmin Hoffner tout en reprenant son idée de base, complètement novatrice. En quoi consiste-t-elle ? Le Grip4, c’est un tracteur dont le châssis est en deux parties, et dont la partie avant est une sorte de berceau pendulaire monté sur pivot surélevé au-dessus du centre de gravité (voir photo ci-contre à gauche). D’où une tenue dans la pente améliorée. Quand d’autres tracteurs de ce type utilisent un châssis classique intégré dans le tube central de transmissions. La stabilité en pentes du Grip4 fait qu’il peut être attelé à des outils plus lourds. Le Grip4 est le plus puissant dans la catégorie des tracteurs à barycentre surbaissé : jusqu’à 113 ch.

Si le châssis est construit à Wasenweiler, et si l’assemblage est bien sûr effectué dans les ateliers Sauerburger, plusieurs organes proviennent de différents fournisseurs, comme les essieux, les refroidisseurs, roues, pompes de transmission hydrostatique, moteurs hydrauliques, boîtes de vitesses, boîte de prise de force. Certains ont été conçus par Sauerburger spécifiquement pour le Grip4, mais sont fabriqués à l’extérieur. « Le travail de recherche pour trouver les bons fournisseurs a été long. »

Voyons en détail les composants de ce tracteur. La cabine est entièrement isolée du châssis, montée sur silentblocs, ce qui donne un niveau de confort sonore à 72 dB, nettement supérieur à la concurrence. La conduite et les manœuvres sont rendues intuitives grâce à une centralisation des commandes sur un seul joystic. Il n’y a aucune liaison mécanique entre la cabine et la machine.

Motorisé par des Perkins Tier3B, le Grip4 dispose de quatre roues directrices, dont l’essieu arrière peut être commandé indépendamment. Le tracteur peut donc avancer en crabe notamment pour compenser les dérapages en dévers. Ajoutez à cela un déport latéral de l’attelage, et le Grip4 peut cultiver quel que soit le sens de la pente. La transmission hydrostatique couplée à la boîte mécanique à dentures hélicoïdales permettent au Grip4 d’obtenir une variation de vitesse sur 100 % de la plage d’avancement, comme un système Vario. L’embrayage à commande électrohydraulique permet d’embrayer sous charge. Côté hydraulique, le Grip4 dispose d’une pompe à débit variable jusqu’à 105 litres/min, en load sensing. Elle ne débite pas s’il n’y a pas d’utilisation. L’hydraulique alimente quatre prises double effet avant et arrière. Les concepteurs Sauerburger ont opté pour deux ponts avec freinage intégré, multidisques à bain d’huile, et blocage différentiel par commande électrohydraulique.

De l’idée géniale de base, à la conception, puis la réalisation, le Grip4 représente un modèle de technologie qui agrège l’inventivité française et la technicité allemande.

Le lauréat du prix de l’innovation EAV-PHR 2016

La greffe F2 des Pépinières Hébinger

Vigne

Publié le 06/08/2016

Imaginer et inventer une chose dans sa tête, c’est bien. Mais réaliser son invention, en prenant en compte les critères économiques, c’est encore mieux. Et bien souvent le chemin du développement de l’invention nécessite de la force de caractère, de l’abnégation, de l’obstination. Bref de la volonté.

Ce que vient d’inventer Christophe Hébinger est incroyable : une nouvelle forme de greffe plus appropriée à la qualité de soudure du point de greffe, et la machine qui va avec, destinée à réaliser les greffes F2 en série, pour rendre le process économiquement viable.

De l’idée de la greffe F2 à la réalisation de la machine pour effectuer cette greffe, il a fallu déployer des trésors d’ingéniosité, agréger des compétences dans des disciplines parfois bien éloignées : la physiologie de la plante, le métabolisme de la greffe végétale, l’électrotechnique, l’automatisme, l’informatique… Ce que le pépiniériste d’Eguisheim a réussi, bien entouré d’amis. Compétents.

Une qualité de soudure optimisée

Venons-en à cette nouvelle greffe F2, « une greffe pensée dans l’intérêt du végétal », et non pas dans celui de l’optimisation des coûts de production des plants greffés soudés racinés. Christophe Hébinger considérait que la greffe classique en oméga, la plus courante, n’était pas tout à fait idéale pour optimiser la qualité de la soudure entre les deux bois de greffon et le porte-greffe. Avec la greffe F2, la surface d’interface du point de greffe est simple, et améliore la simplicité de connexion des vaisseaux de sève, comparée à la greffe Oméga… Cette qualité de greffe est de plus géométriquement homogène sur toute la circonférence des bois, contrairement à la greffe Oméga.

Par ailleurs, la greffe Oméga utilise, pour tenir l’ensemble greffon/porte-greffe, un emboîtement sous contraintes mécaniques, mais qui rend difficile ensuite l’appréciation de la qualité de soudure. Dans le cas de la greffe F2, le test de la qualité de soudure ne laisse aucun doute sur le fait de savoir si la greffe a pris et si la continuité des vaisseaux de sève est bien rétablie.

Si l’imagination de Christophe Hébinger est une prouesse, la réalisation de la machine à greffer en est une autre, particulièrement technologique, où il a fallu mettre au point la cinématique, avec prise douce en étau du bois et découpage aux couteaux à greffer des biseaux.

Opaba. Réunion technique viticole

Une protection des vignes bios rendue difficile par les pluies

Vigne

Publié le 01/08/2016

Année bissextile disent les vignerons. En tout état de cause, ce printemps s’est montré extrêmement difficile à appréhender au niveau des maladies de la vigne. Jean-Jacques Muller et Martine Becker, les deux représentants vignerons à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba), ont souhaité faire un point d’étape. L’introduction était proposée par Marie-Noëlle Lauer, de la Fédération régionale de lutte et de défense contre les organismes nuisibles (Fredon).

Mildiou, près de 40 cycles depuis le 9 mai

« On part d’un hiver hyper favorable. On savait donc très tôt que le mildiou allait contaminer, sous réserve que les conditions soient favorables. Les toutes premières pluies de mai n’ont rien donné. On a ensuite eu une première vague de pluies à partir du 9 mai au stade 3-4 feuilles. Dès les premières réunions et bulletins, nous avions lancé l’alerte, introduit Marie-Noëlle Lauer. On a lancé les traitements à partir du 17 mai, plus tôt que d’habitude, sachant que dans la stratégie Alsace nous attendons les premières tâches pour intervenir. » Les précipitations avant floraison sortent complètement des normes locales : il y a eu autant d’eau avant floraison qu’il en tombe sur une année.

Le tour de table fait état de traitements débutés très souvent à partir du 23 mai, avec des doses en cuivre métal cumulées à 3 kg/ha et une couverture un rang sur deux. Si le premier traitement a été a priori léger en quantité, ce sont surtout les pluies à répétition qui ont sévèrement limité la qualité de couverture, déterminante cette année pour contenir la maladie. « On touche du doigt les limites de la pulvérisation alsacienne un rang sur deux », indique Jérôme Attard, de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Mais au-delà, les pluies n’ont pas permis d’alterner la couverture, au risque de s’enliser. Et surtout, elles ont lessivé rapidement les produits de contact. « Une des solutions serait l’augmentation du litrage à l’hectare », cependant délicat à mettre en œuvre entre deux pluies rapprochées. Semble également se démarquer, parmi les témoignages, le facteur de la précocité de la parcelle pour diverses raisons agroclimatiques (orientation, labour, cépage) qui aurait favorisé l’installation très tôt d’un mildiou qu’il aurait donc fallu contrer très tôt.

Si au début 100 % des parcelles présentaient des symptômes, les pluies et grêles nocturnes du 24 et 25 juin ont été plus particulièrement fatales aux stratégies bios, sur des stades post-floraison fragiles, estime Marie-Noëlle Lauer. « Contre une quinzaine de cycles du mildiou en année normale, on en a enchaîné près de 40 depuis le 9 mai. » Au final, si les gewurztraminers et les rieslings s’en sortent, les pinots noirs et gris sont particulièrement pénalisés. Les vignerons en sont au traitement 7 ou 8 avec jusqu’à présent entre 2 et 3 kg de cuivre métal appliqués par hectare. « Il faut se dire que nous avons fait le maximum. Je lis sur des informations de la Fédération nationale d’agriculture biologique que des vignobles sont touchés à 85 % », rappelle Martine Becker.

Cicadelle et drosophiles

Une larve de cicadelle de la flavescence dorée a été identifiée par un organisme privé. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a bien confirmé qu’il s’agit d’une cicadelle vectrice. Reste donc à valider la présence dans la vigne par des organismes indépendants. Tant que ce n’est pas acté, les techniciens conseils font preuve de prudence. Jérôme Attard a tout de même rappelé que les bois de pépinières produits dans le vignoble portent la mention ZPD4 (Zone protégée contre la flavescence dorée). Et pour les plants extérieurs, il y a la protection du traitement à l’eau chaude.

L’année climatique est favorable à la drosophile. Le réseau interfilières de piégeage suit les populations et les pontes. Un projet Interreg finance la recherche de solutions alternatives. Nous reviendrons ultérieurement sur la menace drosophile qui pèse sur ce millésime et qui sera dépendante des conditions à venir.

Journée des vignerons bios, petit bilan

La journée des vignerons bios qui se tenait au Cref, la veille du salon Millésimes Alsace, a enregistré 95 entrées. Le retour à l’ancienne formule du 1er mai au château de la confrérie Saint-Étienne est en réflexion.

Danaé Girard et Julie Ambry, les deux nouvelles salariées dédiées à la structuration filière et communication, ont présenté les projets d’événementiels : Manger bio local, l’événement du réseau Biocoop du 17 au 25 septembre prochains, et la route des vins bios d’Alsace en site internet, rappelant que les 14 % de vignerons bios constituent un maillage important du vignoble. Troisième projet : les marchés de Noël « off » de Strasbourg auxquels devrait participer l’Opaba.

Étude de filière

Marjorie Henrion a présenté une enquête sur la filière à partir de questionnaires envoyés aux vignerons. Il en ressort que la part de vente directe au domaine a clairement baissé ces dernières années, au profit des CHR et magasins spécialisés. Globalement, les prix départ cave sont de l’ordre de 25 % plus chers, tandis que le vrac valorise très mal le label bio. Au domaine, une comparaison des ETP montre sans surprise que l’approche bio demande plus de main-d’œuvre : x 2 pour le chef d’entreprise, x 5 pour les salariés et x 3 pour les saisonniers.

Vitisphère Alsace. Journées techniques

La qualité de la couverture de pulvérisation en question

Vigne

Publié le 27/07/2016

Les journées techniques Vitisphère Alsace ont été l’occasion pour les clients vignerons - plusieurs centaines -, pour les trois coopératives d’appro, de se retrouver et de faire le point sur un printemps qui a laissé des traces dans les mémoires, tant les maladies ont été difficiles à contenir. Soucieuses de proposer des solutions à la viticulture, les équipes technico-commerciales du groupement Vitisphère Alsace ont axé la thématique des ateliers sur la qualité de pulvérisation.

Car s’il est « un peu tôt pour tirer des enseignements sur les différentes stratégies de protection chimique contre le mildiou », indique Philippe Kuntzmann, il apparaît que la qualité de la couverture des traitements a été l’un des éléments déterminants pour échapper cette année, tant bien que mal, à la maladie, dans un contexte agroclimatique très perturbé. Un point tout de même à relever sur ces différentes stratégies, les phosphites ont particulièrement bien réussi (NDLR : également en Champagne), avec un premier traitement à la dose de 1 800 g/ha diminués proportionnellement à la surface du stade foliaire.

Une technicité qui peut s’avérer payante

Un atelier avait pour propos de présenter une évaluation de la qualité d’application de pulvérisateurs à jet porté ou pneumatique, avec une disposition de buvards hydrosensibles sur les parties hautes, médianes et basses, et sur les grappes, de part et d’autre du rang traité. « Vu les pressions en maladie, la moindre erreur et le moindre problème techniques étaient cette année très chers payés », indique Christophe Poitout de Viti.com.

Point important de l’atelier : un pulvérisateur bien réglé avec un dosage liquide adapté obtient finalement une bonne couverture, également sur la face extérieure du rang non traité dans le cadre d’un traitement un rang sur deux. Ce qui serait donc suffisant, encore faut-il s’assurer de la bonne couverture avec des buvards, et de prendre en compte des paramètres techniques, tels que la bonne taille des gouttelettes, la pression, le débit, et également le vent et l’hygrométrie ambiante. L’atelier « pulvé » montrant finalement qu’il faut être précautionneux sur son pulvérisateur, la propreté des filtres, les quantités de bouillie exactement appliquées.

Enrichir ses sols en matière organique fugitive

Des années comme 2016 montrent que la technicité en matière de pulvérisation peut s’avérer très payante. Pour l’améliorer, il y a également la question de la qualité des eaux que la société Atiben, basée à Zellenberg, propose de maîtriser. C’était un autre atelier animé par Benoît Pintat. 2016 est un excellent millésime pour démontrer l’efficacité de cette approche et valider auprès des quelques utilisateurs du vignoble, l’intérêt de cette technique pour optimiser la qualité de couverture des traitements.

Lors de ces deux journées techniques, Vitisphère Alsace proposait également un atelier couverts végétaux de mélanges annuels et pluriannuels Alsamix et Wolfmischung, entre autres. À la coopérative du Piémont, Nicolas Maetz, qui pratique les couverts sur ses vignes, a insisté notamment sur la nécessité d’enrichir les sols viticoles en matière organique « fugitive », des sols qui sont par ailleurs très (ou trop) pourvus de matière organique stable.

Maïsadour. Maïs en strip-till sur trèfle

Restitution de trois années d’expérimentation

Cultures

Publié le 27/07/2016

C’est Sylvain Pons, conseiller agronomie pour le groupe coopératif Maïsadour, qui présentait l’expérimentation et ses résultats le 1er juin dans le cadre du salon Agriculture de demain à Rouffach. L’idée est de répondre à plusieurs enjeux entourant la production du maïs grain irrigué sur les sols de sables forestiers de la plaine d’Aquitaine : érosion éolienne, salissement, structure du sol, dépendance en azote… Les sols forestiers sableux des landes où a lieu l’expérimentation contiennent 3,5 % de matière organique et 90 % de sable. Des sols à très faible autofertilité. Le maïs y est conduit avec un objectif de 150 q/ha. La gestion des adventices datura par désherbage y est réglementée.

L’essai débute au printemps 2012, avec un mulchage et semis en plein de trèfles à 10 kg/ha au semoir Delimbe sur rotavator. Le traçage des lignes au strip-till est effectué le 13 avril, les maïs sont semés début mai. Le désherbage sélectif pour préserver le trèfle est effectué à la bentazone et à la sulfotrione. La fertilisation est localisée à la bande de strip-till à la dose de 400 kg de triple 15, puis du sulfonitrate au semis, puis de l’urée, soit 290 unités au total. Le couvert de trèfle ne s’est finalement développé qu’en août à la faveur de l’irrigation. À la récolte, le broyage est différé à janvier pour éviter que les pailles étouffent le maïs. Le trèfle se développe bien durant l’hiver.

Au printemps 2013, climatiquement difficile, la reprise de végétation met en évidence l’importance du choix des variétés de trèfle pour obtenir une couverture pérenne. Les semis de maïs se déroulent au 1er avril, le 13 mai, il n’en est qu’au stade 3 feuilles, un démarrage lent lié aux pluies. Un désherbage sur le rang à base d’hormones s’avère nécessaire pour limiter la concurrence. Au 27 mai, le maïs au stade 4 feuilles exprime la concurrence des adventices.

En 2014, des actions correctives sont mises en place. La reprise au strip-till avant semis est effectuée deux fois pour bien nettoyer la bande de semis. Un désherbage est appliqué aux semis, localisé à la bande, avec un produit non sélectif, ce qui permet d’éviter la concurrence. Le désherbage de post-levée est fractionné en trois applications pour limiter la phytotoxicité sur le trèfle. Décision est prise de réduire l’apport d’azote de 290 à 210 unités. Au stade 10 feuilles, la levée et la couverture du maïs sont homogènes, mais un stress hydrique apparaît, lié à la concurrence du trèfle.

Les ingénieurs agronomes effectuent un profil de sol et constatent avec stupéfaction que l’enracinement du maïs descend verticalement jusqu’à 1,50 mètre de profondeur, d’où une meilleure capacité à gérer les fuites de nitrates.

Pour les semis de 2015, décision est prise de re-semer le trèfle. Ce qui est fait en octobre 2014, sur mulch, non pas au Delimbe mais avec un semoir en ligne. Au 27 mars 2015, le couvert est bien implanté. Une seule préparation de strip-till suffit, puis semis des maïs, puis désherbage sur le rang… Pour la première fois, il n’y a pas de besoin d’antilimace. Les comptages de carabes confirment qu’un équilibre biologique régule les populations de limaces. Au 6 mai, le maïs en est au stade 3 feuilles. La question du stress hydrique précoce se pose de nouveau, il faut démarrer l’irrigation plus tôt.

Pour 2016, une réflexion a porté sur l’amélioration du rappui des semis au strip-tillage avec un rouleau et une languette de semis. Avec l’observation des profils, l’apport d’engrais est mieux localisé à la ligne de semis.

Flavescence dorée

La cicadelle vectrice identifiée dans le vignoble

Vigne

Publié le 20/07/2016

Qu’on se rassure : pour déclencher la lutte insecticide obligatoire, il faut la maladie déclarée sur des plants porteurs du phytoplasme responsable de la flavescence dorée (FD), et il faut l’insecte vecteur, la cicadelle au nom taxonomique de Scaphoideus titanus.

Jusqu’à présent, quelques pieds flavescents avaient été identifiés dans le vignoble alsacien, de façon très éparse, avec peut-être une introduction par des bois contaminés en pépinière provenant d’autres régions viticoles déjà touchées par la maladie. Mais le petit insecte piqueur suceur, vecteur du phytoplasme, donc susceptible de propager la maladie, n’avait jusqu’alors pas été identifié en Alsace. Quand bien même on trouvait ici ou là un pied contaminé, le vignoble bénéficiait donc d’une relative tranquillité vis-à-vis de cette maladie qui décime des vignobles plus méridionaux.
Depuis la semaine dernière, les choses semblent changer. C’est Philippe Kuntzmann, de Vitisphère-Alsace, qui « au cours d’un prélèvement pour comptage en acariens et en typhlodromes, dans une vigne à proximité de Colmar », a identifié des larves de Scaphoideus titanus. L’identification a été validée par le laboratoire d’entomologie de l’Anses.
Après avoir procédé à l’élevage des larves, il a obtenu un adulte. Et il se trouve que la cicadelle de la flavescence dorée est bel et bien installée dans la parcelle observée. « Avec une densité de sept larves pour cent feuilles. » Pas de quoi déclencher des traitements donc, puisque le phytoplasme infectieux n’est pas présent et qu’il faut les deux - l’insecte et le parasite, sorte de protoplasme informe qui obstrue les vaisseaux de sève - pour déclencher les traitements.

Plus de génotypage, de prospection…

Cependant, la présence de la cicadelle de la FD, va notablement changer la donne de la surveillance de la maladie dans le vignoble alsacien. Et il va falloir recourir à davantage d’analyses de génotypes dès lors qu’un pied présente la maladie. En effet, le simple aspect visuel d’un pied flavescent ne permet pas de distinguer s’il s’agit de FD ou de la maladie du bois noir. Et même s’il présente les symptômes, il peut aussi être atteint d’un autre phytoplasme, celui de la jaunisse de l’aulne, qui ne présente pas de risque de transmission épidémique par S. titanus. Seule une analyse poussée permet de dire si le pied malade est infesté par un phytoplasme de la FD à transmission épidémique par Scaphoideus titanus.
En tout état de cause, la présence de l’insecte vecteur ne va pas manquer de relancer le débat sur la nécessité d’obtenir une traçabilité en pépinière totalement étanche, avec des bois indemnes de phytoplasmes. Car si un pied est atteint, la présence de l’insecte vecteur fera que la lutte insecticide risque d’être rendue obligatoire par arrêté préfectoral. Par ailleurs, les campagnes de prospection rapprochée menées dans le vignoble seront également à l’ordre du jour. Celles pratiquées en Bourgogne ont montré à ce jour leur efficacité pour raisonner la lutte à la zone touchée, et pour endiguer la maladie.

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