Laboratoire conseil Duo Œnologie à Châtenois
La malo pour résoudre l’équation vin sec - buvabilité
Laboratoire conseil Duo Œnologie à Châtenois
Vigne
Publié le 08/10/2016
C’est un peu la marque de ce laboratoire de conseil en œnologie. La fermentation malolactique (FML ou malo dans le jargon) est une fermentation bactérienne qui transforme l’acide malique en acide lactique, dont l’acidité ressentie est moins tranchante. Si, ces cinquante dernières années, la fermentation malolactique déclenchée naturellement dans les vins d’Alsace a plutôt été vécue comme une maladie du vin, elle est désormais souhaitée par de nombreux vignerons, observent les deux conseillers fondateurs du laboratoire.
« Historiquement pourtant, tous les vins accomplissaient naturellement cette malo. Pourquoi en sommes-nous arrivés à ne pas faire la malo ? Ce n’est que lorsque l’on a commencé à rentrer des vendanges manquant de maturité à partir des années 1970, et à faire du rendement avec des engrais, que la malo n’était plus souhaitée, parce qu’on avait des goûts de malo peu agréables sur des vendanges pas mûres », explique Xavier Couturier. « Mais aujourd’hui, nous revenons à des vendanges très mûres, ajoute-t-il. Et il nous faudrait désormais adapter l’œnologie à cette viticulture où nous récoltons de belles matières. Il n’y a plus de raisons de pratiquer des collages sévères ou de débourber serré. » Sauf que les habitudes, à la fois gustatives et mentales, ont été prises de ne considérer la fermentation malolactique que comme un défaut.
La malo : un gros mot ?
Le laboratoire d’œnologie Duo Œnologie a donc décidé de revenir aux origines. « Si, il y a quelques années, la malo était un gros mot dans le chai, nous constatons que de plus en plus de domaines laissent cette fermentation malolactique s’accomplir. On assiste à un changement d’équilibres gustatifs. Même sur des vins d’entrée de gamme, et même dans des grandes unités vinicoles », observe Pierre Sanchez. « On a peut-être des vins d’aromatique moins clinquante, mais ils présentent des qualités de bouche intéressantes », ajoute-t-il. À commencer par les « crémants malo », des vins jugés « moins durs et qui se boivent plus facilement ».
En arrière-plan de ce débat œnologique « malo ou pas malo » se trame la question prégnante de la sucrosité des vins d’Alsace : « Quand on souhaite réduire les sucres résiduels et donc forcément allonger les fermentations, souvent la FML se déclenche naturellement pendant la fermentation. En fait, la recherche de moins de sucre nous oblige à faire la malo », explique Xavier Couturier. « Du coup, on s’éloigne des propositions variétales telles que nous les trouvons sur les marchés internationaux, comme celle du pinot griggio, peu mur et plutôt acidulé. Et on s’oriente sur des styles plus vineux, avec plus de caractères en bouche. »
Mieux appréciés commercialement
Pour autant, les vins avec malo n’auraient pas tout à fait la cote dans les dégustations d’appellation des vins d’Alsace. « Je ne trouve pas, rétorque Xavier Couturier. Il est vrai que le caractère malo est parfois associé au caractère oxydatif à cause de la perte du fruité variétal. » « Si le vin sans malo fait des vins qui claquent, commercialement les vins avec malo sont mieux appréciés, car ils sont plus digestes. Nos clients qui font la malo sur leurs crémants ne reviendront jamais sur le « sans malo », que ce soit des négociants, des coopératives ou indépendants », ajoute Pierre Sanchez, qui souligne que les dégustations syndicales ou d’appellation peuvent avoir des critères gustatifs parfois éloignés de ce que recherchent les amateurs.
« Nous avons des clients qui éprouvent de plus en plus de difficultés dans les salons, car le sucre pose énormément de problèmes sur les marchés de la gastronomie. Leurs clients veulent des vins secs mais ils les trouvent trop acides. Dans ce cas, la malo estompe cette acidité tranchante », explique Pierre Sanchez. De plus, « les goûts évoluent et imposent des changements : on a une génération de dégustateurs moins formatés sur la typicité du cépage, moins enclins sur la reconnaissance du cépage ou du boisé. Le plaisir se trouve ailleurs. »
Prise de risque technique ?
Cependant, la malo peut être vécue par les vinificateurs comme une prise de risques techniques, avec des départs en acidité volatile et des montées en acidité lactique. Pour Xavier Couturier et Pierre Sanchez, c’est l’inverse : avec l’évolution du climat et avec des raisins beaucoup plus mûrs et des jus plus sucrés, il devient en réalité « plus difficile techniquement de lutter pour empêcher la malo de se déclencher que de la laisser s’accomplir ». Et ceci n’est pas une observation propre à tel ou tel type de viticulture. « On s’aperçoit qu’il devient de plus en plus difficile techniquement d’empêcher la malo de se propager dans les caves. Éviter la malo s’obtient aux prix de manipulations œnologiques importantes, ainsi que de fortes doses de sulfites. De plus, nous observons de plus en plus de vins qui n’arrivent plus à fermenter totalement leurs sucres, tant que la malo n’a pas été faite. » Et pour l’avenir, ils estiment que « la typicité cépage va demander de plus en plus le recours à des technologies exigeantes, hypothétiquement l’irrigation et d’autres technologies très poussées ».












