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David Lefebvre

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L’accompagnement des exploitants agricoles en période de crise

Humanité, humilité, confidentialité, concertation et anticipation

Vie professionnelle

Publié le 23/11/2016

La situation conjoncturelle et structurelle de l’agriculture n’est pas bonne. « 2016 est la pire année que nous ayons connue », indique Yves Jauss, directeur adjoint de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), avec plus de la moitié des entreprises affiliées à la Mutualité sociale agricole, qui ont déclaré un revenu net inférieur à 4 200 €. Sur 8 600 affiliés à la MSA, 400 agriculteurs ont demandé des échelonnements de paiement, annonce Sylviane Fargeon, directrice adjointe de la MSA d’Alsace.

Si la situation est difficile à vivre pour de nombreux agriculteurs, l’agriculture alsacienne recèle toujours du potentiel : « Il y a une grande variabilité et variation de cas d’exploitation dans une même zone, une même filière de production, pour une même taille d’exploitation. Un conseiller peut rencontrer le même jour des entreprises dynamiques, porteuses de projet, et à l’opposé, un agriculteur au bout du rouleau », constate Yves Jauss.

De l’endettement à trop court terme

Toute la difficulté initiale réside dans le repérage des cas de détresse. « Nous ressentons la détresse par le biais de la facture des cotisations qui pèse lourd dans les comptabilités », soulève Sylviane Fargeon. Mais l’indicateur du paiement des cotisations MSA n’est pas pertinent pour détecter des signes avant-coureurs de détresse : « Souvent les exploitants sont à jour avec la MSA et la banque, mais pas avec les fournisseurs », observe Pierre-Paul Ritleng, référent de la cellule Réagir pour le Bas-Rhin. « L’endettement à trop court terme est un état de fait, confirme Yves Jauss. On a pourtant une chance : nos entreprises disposent d’un capital important, parce que nécessaire pour produire. C’est un axe de travail dans les tout prochains mois. »

Repérer, comprendre et agir

« Repérer, comprendre et agir », résume en introduction Thomas Blum, vigneron, élu Vivea et MSA. Il insiste auprès des organisations agricoles sur l’extrême nécessité de « mettre l’homme au centre du débat ». Car face à la détresse de l’agriculteur, un salarié d’organisation agricole pourrait avoir le réflexe de « se protéger derrière sa mission institutionnelle », explique Marie-Irène Glé, responsable de l’accompagnement des adhérents à la MSA d’Alsace.

La situation requiert plusieurs exigences de la part des salariés des OPA : « Il faut bien connaître le terrain, bien connaître l’exploitation. Il faut rester humble, faire preuve d’empathie et de modestie. C’est excessivement difficile pour un agriculteur d’exposer sa situation face à quatre ou cinq organisations agricoles », souligne Pierre-Paul Ritleng. « Nous devons prendre conscience que l’agriculteur est une personne qui ose prendre des risques, une posture que nous, les salariés, n’avons pas », ajoute Marie-Irène Glé. « Et attention à notre terminologie qui peut être vécue comme dégradante », prévient la conseillère de la MSA.

Confidentialité absolue

Alors comment lutter contre cet isolement, ce repli social qui anime l’exploitant confronté à la crise ? En sa qualité d’exploitant, et donc d’entrepreneur, « il est important que l’agriculteur retrouve confiance en lui », et qu’il ne focalise pas le problème sur l’argent, ajoute Marie-Irène Glé. Une des clés de la médiation d’accompagnement réside dans la confidentialité. « Un agriculteur a droit à la confidentialité absolue, et à l’oubli », face aux difficultés qu’il a pu connaître dans son parcours, rappelle Sylviane Fargeon. Pour rompre l’isolement, le préalable consiste d’abord à établir un bilan des droits sociaux auxquels à droit l’agriculteur, car « il est important pour lui de prendre du recul sur son exploitation ».

« Nous disons déjà : pensez à vous. N’hésitez pas à exprimer votre mal-être », indique Sylviane Fargeon. Et, il y a sur ce point des dispositifs - service de remplacement, arrêt de travail - que l’agriculteur ne sollicite pas assez… Dans ces circonstances de mobilisations de dispositifs, la MSA insiste « sur le fait que l’exploitant garde la main sur sa vie, sur son entreprise ».

Des dispositifs de formation ciblés et financés

Ce sont souvent les proches, plutôt que l’agriculteur lui-même, qui prennent l’initiative de se rendre à l’antenne locale MSA. Ce premier contact permet ensuite d’actionner d’autres leviers d’accompagnement, et en particulier celui de la formation. C’est l’un des sujets importants de ce colloque, pour anticiper les crises, ou les résoudre.

Catherine Carry, déléguée Est pour Vivea, énumère quelques dispositifs : la gratuité des bilans de compétences, les prestations rattachables qui permettent de mixer la formation individuelle et collective, le congé formation qui s’adresse aux personnes en cessation d’activités, et pour les reconversions, la prise en charge par Vivea, jusqu’à 2 500 €, d’une formation a minima de 35 heures. Mais il existe également des dispositifs plus anticipatifs, co-construits avec les OPA et bien ciblés, comme pour les céréaliers, une formation concernant la gestion de la trésorerie, ou du financement à moyen terme.

Les formations initiales (scolaire) et permanentes apparaissent aujourd’hui comme inéluctables pour anticiper ou faire face aux crises. « Nos demandeurs ont de nouvelles exigences, des demandes précises en technicité, en management », explique Jean-François Maréchal, directeur du CFPPA du Haut-Rhin. Mais c’est souvent un public « d’anticipateurs ». « Notre difficulté est de convaincre les personnes que la formation peut contribuer à la solution », admet Joëlle Clouchoux, directrice du CFPPA du Bas-Rhin. L’offre de formation peut répondre à des demandes en vue de diversification ou de reconversion, avec des formations montées ad hoc, précise Jean-François Maréchal.

Le management en agriculture, nouveau paradigme

Et en particulier dans le domaine du management, où de nouveaux besoins se font sentir : « Les agriculteurs vont plus facilement sur des formations techniques ou économiques. Mais l’accompagnement humain, sensibiliser les agriculteurs à la problématique du fonctionnement relationnel, est un nouveau paradigme de l’agriculture », souligne Marianne Subra, formatrice « Bien réussir ensemble », en médiation sur le fonctionnement relationnel entre associés, souvent à l’origine d’exploitations en difficultés.

Il s’agit pour elle de détecter les premiers symptômes de tension, de poser un diagnostic de fonctionnement, de redéfinir des objectifs de chacun des associés, et de revoir l’organisation pour mieux fonctionner ensemble. C’est un accompagnement au long cours, pour régulièrement renouer les liens entre associés, prévenir les rechutes. Sur ces problématiques relationnelles, Yves Jauss insiste sur le rôle des comptables, qui exposent une fois par an les comptes, « en présence normalement de tous les associés. C’est un impératif ! »

Plus de solidarité entre les organisations agricoles

Outre la formation, les organisations agricoles souhaitent améliorer la concertation entre elles pour anticiper et déceler les situations de crise. Qu’une forme de solidarité s’installe dans l’accompagnement des exploitants, d’où la « nécessité de centraliser, de communiquer, et d’échanger ». « On sera de toute façon de plus en plus amené à avoir des raisonnements transversaux. La cellule Réagir va impulser une dynamique pour une meilleure identification », estime Yves Jauss. Si les comptables ont un rôle important, « comme fil conducteur puisqu’ils se retrouvent chez l’exploitant », d’autres OPA ont également des moyens d’alerter sur des situations fragilisées. L’exemple est soulevé par Joëlle Clouchoux où des visites de stage d’apprentissage permettent de relayer des problématiques. On a aujourd’hui un référent cellule Réagir « qui sera le fil conducteur pour mieux coordonner les diagnostics, l’audit, l’accompagnement et les préconisations » élaborées conjointement avec l’exploitant.

Les 40 ans du crémant d’Alsace

« L’une des plus belles aventures du vignoble alsacien »

Vigne

Publié le 14/11/2016

530 metteurs en marché, 27 % de la surface du vignoble, 35 millions de cols vendus en 2015 : il n’aura pas fallu plus de 40 ans pour que le crémant d’Alsace s’impose dans l’univers des vins d’Alsace. L’occasion pour toute la famille professionnelle réunie, et ses partenaires, de fêter l’événement comme il se doit, dans une certaine euphorie, sous l’œil averti de journalistes nationaux, de représentants politiques, et en présence des deux Miss France, Lætitia Bléger et Delphine Wespiser. Dégustations de cuvées prestiges anniversaires, repas de presse, lâcher de ballons, visite et dégustation de la cave Dopff au Moulin - l’opérateur historique qui n’a jamais cessé son élaboration en vins effervescents depuis 1900 -, cette journée du 4 novembre s’est conclue par une célébration d’anniversaire au Paradis des sources de Soultzmatt en présence de 500 convives.

« Le crémant a bousculé les habitudes du vin d’Alsace en général, et son économie. Il a rajeuni les vins tranquilles, dynamisé la région. C’est l’une des plus belles aventures du vignoble alsacien, et aussi faut-il le rappeler, pour le revenu du vigneron », estime Pierre Hussherr, directeur honoraire de la cave d’Eguisheim-Wolfberger. Une success-story qui doit, selon lui, « interpeller les acteurs du vignoble », « leur suggérer un effort de réflexion et d’innovation, pour provoquer une nouvelle aventure valorisante, avec un nouveau produit pour les 40 ans à venir ».

Une méthode (politique) champenoise

Si l’histoire de l’appellation des crémants d’Alsace commence officiellement un certain 24 août 1976, par un décret signé de Jacques Chirac, alors Premier ministre, il faut remonter très tôt, vers 1900, « pendant l’occupation allemande » pour trouver des mousseux élaborés sur la base de vins alsaciens.

Au tout début des années 1970, Pierre Hussherr, assisté de son président de la cave d’Eguisheim, Xavier Ehrhart, et de son œnologue, Roland Guth, cherchent une nouvelle voie de valorisation, autre que l’edelzwicker, pour les pinots blancs. Il demande à la cave de Saint-Pourçain-sur-Sioule dans l’Allier de champagniser quelques bouteilles de pinot blanc. « Un an après, nous avons pris la décision d’élaborer des essais - secrets - à Eguisheim. Nous étions suivis par le syndicat des restaurateurs lorrains. Notre produit amélioré a été apprécié. Mais encore fallait-il le faire connaître », raconte Pierre Hussherr, qui reconnaît avoir en quelque sorte forcé le destin de ce mousseux qui au départ n’avait pas d’existence réglementaire : « Des débuts difficiles et dangereux »

Le comité du syndicat des producteurs de mousseux d’Alsace est créé le 7 novembre 1974, avec Jean-Jacques Wagner, Pierre-Étienne Dopff, René et Charles Sparr, feus Pierre Dopff, Xavier Ehrhart, Ernest Dauer (cave de Westhalten). Lequel comité s’accorde sur l’élaboration en méthode champenoise rebaptisée ensuite méthode traditionnelle. Et c’est en accord avec le SGV et le CIVC de Champagne, que ces nouveaux vins alsaciens pourront s’appeler crémant, une dénomination relative aux champagnes basse pression, dits crémeux. Dans un contexte où « l’Inao avait été sensibilisé à certaines visées de la viticulture allemande, qui avait pour ambition d’amener ses sekts au même niveau que l’image du champagne », rappelle Pierre Hussherr. L’arrivée du crémant, une nouvelle strate en guise de rempart, « a permis au champagne de se situer au-dessus de la mêlée et de rester un produit représentatif du luxe à la française, d’un certain art de vivre ».

En phase de maturité

Mais, « il faut reconnaître que cette image du champagne a profité aux différents crémants français ». « Dans une telle démarche novatrice, l’union sainte de la profession sur les plans régional et national a été un élément déterminant pour la connaissance et la reconnaissance de ce nouveau produit », estime encore Pierre Hussherr. Autre raison du succès selon lui : « La politique de marque entreprise à l’identique de la Champagne ».

Mais aujourd’hui le crémant, avec ses 35 millions de cols, « est en phase de maturité, or un produit quel qu’il soit a une vie ». Pierre Hussherr appelle à « tout entreprendre pour qu’il reste dans cette phase, par l’amélioration qualitative, la diversification, et se donner la possibilité de le relancer continuellement ».

Depuis le décret de 1976, les règles d’élaboration sont allées dans le sens de l’amélioration qualitative, avec en 2002 l’agrément des centres de pressurage, de manière à mieux respecter l’intégrité des raisins avant pressurage, et éviter tout développement microbien préliminaire, précise le directeur du syndicat, Olivier Sohler. Et avec, le 28 octobre 2013, une modification du cahier des charges visant à allonger la durée d’élevage sur lattes de 9 à 12 mois. Enfin dernièrement, en août 2016, la hauteur de raisins maximale pour leur transport avant pressurage a été diminuée, toujours dans ce même souci de préserver l’intégrité des baies.

« Nous respecter comme le crémant respecte le champagne »

Cependant, la réussite du crémant d’Alsace, et plus généralement des crémants de France, aiguise les appétits envieux. Le terme crémant a définitivement été protégé en 1992 au niveau européen, dans l’affaire dite Cordorniù, rappelle Olivier Sohler. Au niveau intérieur aussi, la fédération conteste l’attribution par l’Inao à certaines IGP de la possibilité d’élaborer des mousseux en méthodes traditionnelles ou en cuve close. Pour Jacques Cattin et Olivier Sohler, il faut faire en sorte que le consommateur sache ce qu’il achète. « Nous avions fait une Procédure nationale d’opposition (PNO) à l’Inao, qui ne nous a pas entendus, et nous en sommes au Conseil d’État. » « Je dis : il faut respecter le crémant, comme le crémant respecte le champagne », résume Jacques Cattin. Et ce d’autant que les producteurs de crémants ne font pas de protectionnisme syndical, preuve en est l’intégration récente de la Savoie dans le giron des appellations productrices de crémants.

C’est que la concurrence dans ce créneau de gamme des effervescents, juste en-dessous du champagne, est âpre. Mais en affichant l’objectif de 40 millions de cols, Olivier Sohler et Jacques Cattin ont de bonnes raisons d’envisager l’avenir sereinement, avec des pays importateurs qui disposent de bonnes marges de progression comme le Canada ou les États-Unis : « Quand c’est de l’export lointain, le crémant d’Alsace est en général joint à une commande en vins tranquilles, donc notre objectif est de faire en sorte que le crémant soit acheté par rapport à la typicité qu’il représente. Et le consommateur américain commence à le comprendre, à travers la méthodologie de production qualitative insufflée par notre cahier des charges. »

C’est donc sur cette note optimiste que Jacques Cattin achève son second mandat de président des producteurs élaborateurs de crémant d’Alsace, dans une ambiance « sereine et conviviale », malgré « la complexité des décisions à prendre ». Deux mandats qui ont été marqués par les modifications qualitatives du cahier des charges, la recherche de valorisation des productions par les cuvées fer de lance Émotion, et les partenariats fructueux avec les rallyes WRC.

Université des grands vins

Dimensions géosensorielles des rouges d’Alsace

Vigne

Publié le 11/11/2016

La fréquentation aux soirées de l’Université des grands vins (UGV), attire généralement entre 100 et 150 convives présents pour un fichier de 500 adhérents, amateurs de grands vins. Depuis deux ans, ce projet d’un noyau dur de vignerons de terroirs alsaciens, a attiré à chaque soirée mensuelle des centaines d’amateurs, venus écouter des intervenants de qualité pour élever le débat professionnel. Mais force est de reconnaître que, si une centaine de vignerons assistent régulièrement ou épisodiquement à ces soirées de dégustation et de débat, ce projet de l’UGV est à l’œuvre pour réaliser son objectif d’universalité et vise à toucher toute la viticulture alsacienne : faire venir les vignerons afin qu’ils prennent conscience du potentiel de leurs terroirs alsaciens à faire naître de grands vins.

En ce 2 novembre, l’UGV a donc changé de braquet en se consacrant pour la première fois à des vins d’Alsace, neuf rouges de terroirs alsaciens, des maisons Sipp, Pfister, Barthel, Ginglinger, Schoenheitz, Fuchs, Agapé - Sipp, Boxler, parmi un chambolle-musigny du talentueux vigneron bourguignon Bruno Clavelier, le tout sous l’œil avisé de l’universitaire Jacky Rigaux, du philosophe Olivier Assouly, invité d’honneur et conférencier, et bien sûr des adhérents de l’UGV, venus en nombre. Avec en accompagnement des vins, des fromages choisis et affinés par Jacky Quesnot. Point notoire de la soirée, soulevé par le philosophe, par Bruno Clavelier et par Jacky Rigaux : la jeune génération de vignerons alsaciens est bien en marche, connaisseuse, passionnée, volontaire et ambitieuse. Si elle ne dispose pas encore de tous les instruments pour élaborer de grands vins d’émotion, elle en a toute la capacité. Et les vins présentés, élevés en méthode naturelle ou plus classiquement, en sont les prémices. Ce qui a occasionné des débats respectueux sur la densité de plantation, la qualité du matériel végétal, les méthodes de cuvaison, en raisin non égrappés ou pas, avec ou sans soufre ajouté. Et en particulier sur le niveau de maturité physiologique à obtenir avant vendange, sujet cher à Jean-Michel Deiss, président de l’UGV.

Autre enseignement de la soirée : la dégustation a mis en évidence la diversité des géologies alsaciennes, entre les granites, argilo-calcaires, les grès ou les schistes… Le collectif de l’UGV avait d’ailleurs pris soin de classer les vins par couple, soit un terroir sédimentaire et un terroir cristallin (métamorphique), de manière à bien distinguer l’effet des dimensions gustatives induites par ces génétiques géologiques : des vins plutôt sphériques et centrés dans la bouche, et des vins plutôt verticaux, ouverts sur l’œsophage. Une manière d’initier à la dégustation géosensorielle, qui n’est pas centrée sur les expressions organiques du cépage, ainsi que l’explique Jacky Rigaux, mais sur toutes les dimensions sensorielles, exprimées par ailleurs dans les biotopes des terroirs, la faune et la flore spécifiques et inféodées à chaque et unique terroir.

Le lien entre la perception sensorielle du vin et les perceptions sensorielles du lieu d’où il est issu - puisqu’il est une des expressions du lieu - n’a ni de support, ni d’explication scientifique. Ce lien trouve en revanche une certaine compréhension dans l’approche anthroposophique. C’était le propos préliminaire à cette dégustation, tenu par Olivier Assouly, lequel ne s’est pas posé en juge arbitre pour ou contre ce que certains, comme Michel Onfray, appellent la supercherie anthroposophique, mais en proposant une explication historique aux propos de Rudolf Steiner dans son « cours aux agriculteurs » de 1924. Ils visent en particulier à émanciper les paysans et leurs fermes, de toutes formes d’aliénations techniques, politiques, d’où le concept de ferme autarcique en tant qu’organisme vivant. Ce qui pose en soi la question de la codification des productions, et donc de la production sous cahier des charges d’appellation : un débat philosophique ouvert et respectueux s’est alors ouvert à l’UGV faisant appel à des références telles que Gaston Bachelard, Michel Serre, Sir Albert Howard ou Ivan Illich.

Institut transfrontalier d’application et de développement agronomique

Faire du biogaz de toute biomasse

Cultures

Publié le 27/10/2016

Le 38e forum de l’Institut transfrontalier d’application et de développement agronomique (Itada), consacré au biogaz agricole, se tenait de part et d’autre du Rhin et de la centrale de Fessenheim dont les deux réacteurs nucléaires sont arrêtés. Faut-il y voir un symbole ? La matinée de conférences se tenait à Hirtzfelden, et l’après-midi était dédiée à la visite de l’importante unité de méthanisation Badenova à Grissheim. « Formidable réservoir potentiel d’énergie grâce à sa biomasse », introduit Danielle Bras, vice-présidente de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), la méthanisation agricole pose cependant de nombreuses questions sur les implications de cette nouvelle filière dans les équilibres alimentaires, économiques et agronomiques. Et l’Itada a pour rôle de « structurer les échanges » transfrontaliers autour de tels dossiers, rappelle la vice-présidente.

Les mix énergétiques allemand et français sont radicalement différents. L’état des lieux national de la méthanisation, présenté par Christophe Gintz, de la CAA, indiquait 439 unités au 31 mars 2016, dont 270 en méthanisation agricole, et plus localement, 76 dans le Grand Est. En Allemagne, rien que dans le Bade-Wurtemberg, on compte 893 installations en 2014, réparties plutôt à l’est du land à vocation d’élevage, que du côté rhénan, présente Jörg Messner, du ministère du Land. Si bien que la part de l’électricité cogénérée par du biogaz représente en Allemagne 5 % de l’électricité totale.

« En Allemagne, il n’y a plus eu de gros méthaniseur construit depuis cinq ans, seulement quelques petits de moins de 75 kW pour la valorisation du lisier. » Conséquence, l’essor de la méthanisation repose désormais sur le côté français. On note un bon développement de l’injection où le biométhane est directement injecté dans le réseau de distribution. Il y a, à ce jour, 17 sites injecteurs. Plus généralement, « la pérennité économique reste cependant trop souvent conditionnée aux aides. Et le parcours administratif est contraignant », souligne Christophe Gintz. Il y a également l’incertitude sur les tarifs de rachat d’électricité qui brouille la visibilité économique des porteurs de projets. Actuellement : 17,5 centimes d’euro du kWh pour les unités de moins de 80 kW et un tarif dégressif jusqu’à 500 kW, jusqu’au plancher de 15 cts d’€ du kWh.

9 % de la SAU en maïs à biogaz

Pour l’agriculture, ces projets de méthanisation inaugurent de nouvelles formes partenariales (collectivités, entrepreneurs privés, Cuma, GIEE), explique Christophe Gintz. « Les projets collectifs multiressources sont plus complexes car ils demandent de la coordination entre partenaires. »

Côté allemand, les tarifs de rachat, cadrés par la loi EEG, sont plus avantageux pour les petites unités. Et pour 2017, ce sera 23,14 cts d’€ du kWh pour les petites unités de 75 kW ou moins ; 13,32 cts d’€ du kWh jusqu’à 150 kW et 14,88 cts d’€ jusqu’à 500 kW.

Le point central de l’évolution de la future loi EEG réside dans le conditionnement de la tarification au type de biomasse valorisée en électricité. Clairement, les tarifs de la loi EEG vont inciter les méthaniseurs à se tourner vers d’autres ressources en biomasse que le maïs fourrage plante entière, prévient Martin Strobl, de l’institut agronomique de Bavière. Ce maïs énergie qui absorbe à lui seul 900 000 ha en Allemagne, 9 % de la SAU. Et qui représente 52 % de toute la biomasse méthanisée. Outre-Rhin, on s’active donc à trouver de nouvelles ressources en biomasse.

Il y a de l’énergie dans les cannes

Martin Strobl a présenté une étude technico-économique qui compare différentes techniques de ramassage de la paille de maïs grain. Laquelle n’est actuellement pas exploitée. On retiendra qu’1 ha de paille de maïs représente l’équivalent énergétique de 0,45 ha de maïs plante entière. Il y a donc de l’énergie à récupérer ! D’autant que la productivité en méthane de la paille de maïs n’est pas si éloignée de celle du maïs plante entière (coefficient de 86 %). Mais après les pertes liées au ramassage, à la minéralisation au stockage, etc., on arrive à 20 % de l’énergie de la plante entière, selon la donnée de rendement de méthane par hectare. Donc, cela vaut-il le coup économiquement ?

Intéressante s’il en est, cette étude intègre différents procédés, andainage, broyage, ramassage en vrac, la stabilité aérobie au stockage, etc., pour évaluer le rendement méthanogène/ha récupéré en final. L’étude est complexe, si l’on prend en compte d’autres paramètres tels que les exportations minérales et humiques à compenser. Et il faudra encore intégrer les bonus sur les rachats de la loi EEG.

Cultures intermédiaires à valorisation énergétique

Mais la paille de maïs n’est pas la seule ressource non vivrière issue de nos champs, méthanisable. Florence Rigel, de la CAC, et Jean-François Strehler, de la CAA, se sont penchés sur les Cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan), jachères, bordures, qui sont autant de cultures énergétiques potentielles : les Cultures intermédiaires à valorisation énergétique (Cive). Soit plus de 10 000 ha en Alsace.

La réussite d’une culture dérobée n’est cependant pas évidente et dépend des conditions pédoclimatiques. Les essais présentés dans le Sundgau et le Ried indiquent de forts écarts en rendements en matière sèche : de 14 tonnes de MS/ha pour un seigle-vesces dans le Ried à 4-6 t MS/ha pour un ray-grass dans le Sundgau, en Cive d’hiver. Et de 2 à 10 t MS/ha pour des Cive d’été, particulièrement dépendantes de l’alimentation hydrique. Ramené à la tonne de matière sèche, on note peu de différence de potentiel méthanogène entre les espèces : le colza, le blé, le sorgho, etc. Et sur le plan de la rentabilité économique, « c’est possible mais les conditions de culture déterminent la rentabilité ». Il faut donc régler la question des limitations hydriques, principal facteur impactant le rendement, et conduire les Cive avec le même sérieux qu’une culture.

Marcs, tiges de tabac, fleurs mâles de maïs, rebuts de légumes

D’autres ressources en biomasse sont possibles, indique Lars Meyer, directeur de production renouvelable chez Badenova, opérateur badois en énergies. Concrètement, Badenova méthanise déjà 5 000 tonnes de marc de raisin et de pomme, 3 000 t de légumes au rebut, 5 500 t de lignées mâles de maïs semences au moyen d’une microensileuse, 500 t de tiges de tabac, et encore 600 t d’issus de maïs. Badenova mise sur une collecte locale autant que faire se peut. L’entreprise badoise mise clairement sur la paille de maïs, mais il lui faudra affiner les coûts de collecte et de prétraitement par défibrage. C’est ce que propose la société Hantsch à Marlenheim, spécialisée dans les techniques forestières, qui importe les Unimog et équipe les plateformes de traitement de biomasse de broyeur Willibald. Lequel était d’ailleurs proposé en démonstration par Christophe Siffert, responsable développement chez Hantsch.

Plutôt qu’une alternative radicale au maïs, les chercheurs du LTZ Augustenberg travaillent aussi à des associations culturales. Le maïs offre en cultures associées la meilleure productivité. C’est pour cela qu’il était une culture pilier des Mayas, rappelle la chercheuse Kerstin Stolzenburg. Avec des topinambours, des pois, des haricots, des courges, les associations dopent la production de biomasse. Plus globalement, difficile pour les autres cultures de rivaliser avec la productivité du maïs, à l’exception du sorgho, mais qui présente un potentiel méthanogène plus faible, car riche en lignines. Et c’est du côté d’une plante pérenne, la sylphie, que se sont tournés les agronomes (lire en encadré). La matinée s’est conclue par une vidéo sur l’installation de Florian Christ à Wœllenheim, qui utilise déjà de la paille de maïs.

Ce forum Itada s’est terminé par la visite de l’unité de méthanisation Badenova de Grissheim, dont la production couvre les besoins en gaz et en chaleur de 5 000 foyers. Avec une démonstration du broyeur défibreur mobile Willibald de la société Hantsch à Marlenheim. Le prochain forum de l’Itada posera la question plus précise de la gestion agronomique des terres d’où l’on exporte davantage de biomasse et où l’on réintroduit des digestats.

Chez Henri Schoepfer-Muller à Wettolsheim

Dernière vendange avant Intervitis

Vigne

Publié le 25/10/2016

Marcus Hoffmann et son père, Peter, de Piersport en Moselle allemande, ont conçu une machine capable de vendanger dans des pentes à 70 %, c’est-à-dire 70 cm de dénivelé pour 1 m de plat, grâce à un ensemble treuillé optionnel. La machine intéressait Henri Schoepfer-Muller, à Wettolsheim, qui l’avait essayée en 2015. Depuis, la machine a connu des évolutions notables. Henri Schoepfer-Muller l’a acquise sans l’option de treuillage et se montre particulièrement satisfait de son usage.

 

 

La tête de récolte de la CH500 est montée sur une chenillette Andreoli de 100 ch, qui peut admettre par ailleurs d’autres outils, tels que des appareils à traiter. Le développement a commencé avec Andreoli il y a cinq ans. Peter Hoffmann avait d’abord adapté une technique de récolte mécanique propre aux olives avec une tête de récolte sans fléaux secoueurs donc, mais un ensemble de roues étoilées vibrantes qui prennent le cep et le font vibrer dans le sens du plan de palissage. Puis il est revenu aux classiques bras secoueurs qui font vibrer le cep dans une direction perpendiculaire au plan de palissage. La maison Hoffmann avait d’abord jugé que le mode de battage longitudinal préserve mieux l’intégrité des baies et des grappes avant de revenir au battage classique à fléaux.

Au total, l’ensemble pèse 4 tonnes, cependant le poids étant bien réparti grâce à de larges et longues chenilles, la pression au cm2 est réduite à celle des pieds d’un homme. Depuis, quatre machines tournent actuellement en Allemagne. L’équipement complet - à savoir le tracteur à chenilles, la tête de récolte, le treuil et la remorque adaptée pour gérer le treuillage de manière télécommandée, et le cuvon de déchargement - représente la coquette somme de plus de 200 000 €. Rappelons que les cahiers des charges des grands crus et lieux-dits n’admettent pas la vendange mécanique. Mais Henri Schoepfer insiste particulièrement sur l’usage à façon que permet sa vendangeuse, au gré des caprices météorologiques et phénologiques de la maturité de ce millésime 2016 qui s’est fait attendre.

Vendangeuse Grégoire

G3 220 E spéciale « Alsace »

Vigne

Publié le 22/10/2016

La G3 220 E est une vendangeuse tractée de conception robuste, simple et économique, adaptée aux viticultures en recherche de rentabilité productive, mais à vigne étroite. Cette G3 220 E « Alsace » était récemment en démonstration dans les vignes de Gertwiller, présentée par Florian Vacheret, inspecteur commercial. Elle était tractée par un Holder de 70 ch.

Son gabarit a été spécialement développé pour le vignoble alsacien. Les ingénieurs de Grégoire, société de 180 salariés basée à Cognac, l’ont pensée pour optimiser les coûts de fonctionnement, d’entretien et de nettoyage. « Il faut compter 30 à 45 minutes pour un nettoyage parfait. » Ses pièces d’usure, notamment autour de la tête de récolte, sont conçues pour résister en fonction de la durée de vie de la machine.

Nouveauté : la centrale hydraulique est fixée sur l’attelage avant de la flèche, pour une plus grande maniabilité en tournières, à gauche ou à droite. La tête de récolte dispose d’une largeur de canal de 60 cm, deux tâteurs réalisent le centrage, tandis que le chauffeur contrôle les différents paramètres depuis sa cabine : vitesse des tapis, écartement, fréquence des battements des secoueurs, puissance des deux aspirateurs arrières, avec deux supplémentaires en option. Les écailles escamotables sont légèrement inclinées jusqu’au tapis. La G3 dispose également d’un fort débattement de hauteur.

Cette vendangeuse tractée est mue par deux roues motrices équipées chacune d’un moteur hydrostatique de 1 260 cm3, son assiette s’adapte aux dévers au moyen d’un unique joystick. Cette G3 220 E est équipée de deux bacs de 900 litres, et d’une passerelle, démontable pour le remisage. Il faut compter 88 000 € en prix standard. À noter que Grégoire détient environ 50 % du marché des tractées en Alsace.

Salon Viti-Vini en Champagne

Les équipementiers vitivinicoles profitent de l’image du champagne

Vigne

Publié le 21/10/2016

Viti-Vini, c’est un salon de taille modeste, dédié aux techniques connexes aux vins effervescents, la méthode champenoise en tête. Organisé par le Club des entrepreneurs champenois, et soutenu par les collectivités locales, ce salon a attiré quelque 15 000 visiteurs pour 180 exposants. Il est l’occasion de prendre le pouls de la viticulture champenoise, qui accuse cette année une récolte en demi-teinte, marquée dans sa partie méridionale par les aléas climatiques, que nous avons également connus en Alsace : gelées noires, mildiou et grêle. Mais la Champagne dispose de réserves qualitatives que les vignerons comptent bien utiliser pour stabiliser leur marché.

Nouveautés : design et praticité

Techniquement, cette édition 2016 de Viti-Vini n’est pas marquée par des innovations révolutionnaires. Mais elle consacre le dynamisme des acteurs équipementiers vitivinicoles champenois. Avec cette année quelques propositions techniques remarquées de la profession vigneronne : Advanced Track & Trace (ATT) invente Cloé, une « coiffe intelligente », dotée de deux QR-Codes, d’un code Datamatrix (code-barres haute densité d’informations) invisible, pour lutter contre la contrefaçon et le re-remplissage des flacons. Du côté des bouchons, citons chez Barangé, un bouchon « low carbone », et un bouchon avec un blason ornemental incrusté et détachable et à offrir créé par Eos Innovation. Chez Sparflex, les techniques d’impression numérique recto-verso sur coiffes permettent des designs plus sophistiqués.

Côté cuverie, Kit-bag propose un big-bag chaussette monté sur châssis, à double paroi autofiltrante, pour une première séparation liquide-solide à 500 µm ou 250 µm, de manière à prétraiter des filtrations plus fines de matières grossières. Toujours en cuverie, le Syndicat général des vignerons et Vauchet Beguet ont développé un robot de déchargement des caisses de raisin et reprises des caisses vides pour empilement. À noter que l’Alsacien Humus et Collard a été remarqué pour son intercep simple sans asservissement hydraulique. Citons aussi le très dynamique vigneron Henri Giraud qui réhabilite le chêne local d’Argonne avec un tonnelier local.

Du club au label

Le vignoble champenois draine derrière lui toute une industrie d’équipementiers viticoles et vinicoles, qui exportent dans le monde entier, là où il est question de vins effervescents. Les industriels sont en passe aujourd’hui de se structurer à travers le label (Champagne excellence partners). En tant qu’équipementiers du vignoble champenois, ils s’appuient sur l’image du champagne reposant sur la qualité et l’excellence. Pour l’heure, une douzaine d’entreprises a été labellisée, et une soixantaine devrait l’être incessamment. Ces entreprises, soutenues par l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), bouchonnier, tonnelier, imprimeur, fabricant de produits œnologiques, de cuverie, de machines viticoles, entendent à travers ce label se fédérer pour mieux exporter.

À Viti-Vini, le Club des entrepreneurs champenois remettait deux prix Vitiv’Innov. Le premier pour récompenser l’initiative en œnotourisme de la fête du champagne, conçue par un patron de bar à vin, Benjamin Carteret, un tour-opérateur, Matthias Collard, et un organisateur d’événementiel, Franck Moussié. Et dont la première édition prometteuse s’est tenue en juin 2016 à Reims. Et côté matériel, c’est un vigneron innovant, Dominique Lefèvre, qui est récompensé pour l’intercep Déver, avec une lame à correction de dévers.

La multiplication des trophées

Signe de ce dynamisme champenois, les trophées en tout genre se multiplient. Le plus reconnu étant celui organisé par notre confrère, directeur de Bulles & Millésimes, Jean-Baptiste Duteurtre, les Trophées du champagne, qui se déroulaient en la compagnie du « Champenois de l’année », l’humoriste Raphaël Mezrahi.

Autre récompense : les Jeunes Talents du champagne, événement coorganisé par l’Agence de développement touristique de la Marne (ADT), ont récompensé des vignerons qui élaborent des cuvées créatrices. Et enfin, un autre trophée industriel, a été remis à la société Champagel pour son remarquable parcours, qui a débuté avec les bacs de dégorgement, et qui aujourd’hui se consacre également à la robotisation des lignes de champagnisation.

Journée herbe Baehrel

La nouvelle fenaison Kuhn avec des Massey

Technique

Publié le 19/10/2016

La nouvelle génération de faucheuses, faneuses, andaineuses Kuhn se veut plus robuste et plus aboutie. Les ingénieurs Kuhn ont également souhaité optimiser les commandes depuis la cabine pour plus de confort et de sécurité. Enfin, « et c’est la signature Kuhn », souligne l’inspecteur commercial régional Denis Delcey, le matériel présente de nombreuses pièces de fonderie moulée, appréciable tant pour le design que la robustesse des machines.

Les modèles ont été présentés sur des Massey Ferguson, de dernière génération, à Ittenheim le 6 octobre dernier, par Jean-Baptiste Andréas et Nicolas Walter, commerciaux de la maison Baehrel, et par Denis Delcey.

Sur la faucheuse GMD 310, un grand classique chez Kuhn, la robustesse a été améliorée au niveau de la tête d’attelage et des pieds de lamier. Le repliage arrière est à commande hydraulique depuis la cabine, avec un positionnement spécial pensé pour le transport.

La FC 314 est une faucheuse à disques disposant d’un châssis de conception nouvelle, avec une poutre secondaire, permettant de n’avoir aucun besoin de réglage sur le bras de relevage ; le lamier est renforcé pour des usages plus intensifs. Le design a été soigné avec, dans le carénage, un boîtier de stockage des clés et couteaux. En option sur cette machine, un conditionneur à fouets en polyéthylène ou le conditionneur en acier Digidry pour les fourrages lourds. À noter que la gestion de la suspension LiftControl est indépendante de la gestion de la machine.

Au look futuriste, la faucheuse GMD 3120 F (comme frontale) dispose d’un débattement vertical important de 700 mm et angulaire de 30 °. La cinématique a été pensée pour une plus grande adaptabilité au terrain. Cette faucheuse frontale gère sa pression au sol au moyen d’une boule d’azote. Le lamier est équipé de deux tambours de recentrage de l’andain pour passer entre les roues du tracteur.

Derrière l’unité frontale était attelée une GMD 9530, nouvelle faucheuse composée de deux unités à repliage vertical et à sécurité indépendante gauche droite. Elle est très aboutie dans sa conception industrielle, l’effort d’innovation porte sur le repli automatique en phase de transport, sur l’attelage facilité, et sur la suspension verticale LiftControl, grâce à un ensemble vérin-embiellage-boule d’azote qui allège le groupe de fauche et assure une garde au sol régulière et sécurisée face aux obstacles en mode non-stop.

Stables et modulaires

Côté faneuse, deux GF portées et traînées étaient présentées, dont une 8,70 m avec de petits diamètres de rotor, deux matériels bien dans la « culture Kuhn » et ses pièces de fonderie moulée.

Du côté des andaineurs, un GA 6620 B semi-porté en 6,50 m, à andain central, ainsi qu’un 8030 à 8,30 m de largeur de travail, étaient en démonstration. Doté d’un rotor Masterdrive G3 à carter breveté, cet andaineur dispose d’un puissant couple rotatif pour les usages intensifs et fourrages en vert. Son attelage Stabidrive répartit le centre de gravité de l’engin pour une plus grande stabilité tout terrain. Quant au Stabilift, il stabilise le rotor et permet un débattement de 510 mm en un andain ou de 760 mm en deux andains. Réglage de la largeur de travail et repliage se font depuis la cabine. Les rotors de 12 bras à 4 fourches ont un diamètre de 3,40 m.

Enfin était présenté un andaineur GA 6632, très modulaire, en 1 ou 2 andains, avec 2 rotors de 2,90 m et 4 fourches, mus par le carter Masterdrive, dont le brevet revendique un effort de couple conique et de couple cylindrique soulagés.

Taillés pour l’agriculture alsacienne

Cette journée herbe Baehrel était l’occasion de présenter quelques Massey Ferguson taillés pour l’agriculture alsacienne. Un 4709 de 95 ch, sorti à Agritechnica, conçu et fabriqué à Beauvais, compact et bas, dernier né de la gamme en 3 cylindres, idéal pour la polyculture-élevage. Avec le 4707 et le 4708, ce tracteur est doté d’une boîte mécanique avec un doubleur inverseur sous charge. En plus puissant, le 7716 Dyna 6 de 160 ch est monté sur châssis intégré monobloc. Il était présenté avec un 7718 Dyna 6, lui aussi avec un pont avant suspendu autorisant 140 mm de débattement, et un embiellage de pont prenant sur le milieu du châssis, pour plus de confort de conduite.

Les Jeunes pousses de Planète Légumes

Une réunion constructive

Cultures

Publié le 18/10/2016

Avant d’aborder des questions plus structurelles sur le fonctionnement et la constitution du groupe des « Jeunes pousses » de Planète Légumes (nous y reviendrons dans une prochaine édition), les jeunes producteurs rencontraient Thibaut Diemer à Kolbsheim. Il a partagé son expérience professionnelle, avec ses passions techniques, ses incertitudes foncières avec le Grand contournement Ouest (GCO), et retracé le parcours de l’exploitation familiale.

Thibaut Diemer reprend l’exploitation en 2014. Son projet d’installation consiste en l’implantation d’une serre Richel, 1 000 m2, au coût de 44 €/m2 pour la structure, à laquelle il ajoute une cuve de rétention de 100 m3 des eaux pluviales pour doper la pression du réseau d’irrigation. Coût : 20 000 €.

Cinq marchés

Les grands-parents de Thibaut étaient éleveurs laitiers. Ses parents, éleveurs de taurillons, puis de lapins, se lancent dans les années 1990 dans le maraîchage. Progressivement, l’activité monte en puissance avec les asperges et la diversification des productions végétales.

La ferme propose aujourd’hui tomates, aubergines, poivrons, patates douces, choux, poireaux, choux-fleurs, brocolis, mâche, oignons, épinards sous serre, bref tout ce que peut offrir un jardin, mais en grandeur nature. Thibaut Diemer cultive également 30 ares de vignes en raisin de table et 30 ares de vergers, le tout complété par des grandes cultures reposant sur une surface totale de 65 hectares.

La diversification s’est accompagnée d’un développement de la vente directe sur cinq marchés de producteurs, plus le magasin à la ferme, la vente à deux restaurateurs et à la Ferme fruitière Rothgerber à Traenheim. Thibaut Diemer complète ses étals par quelques achats au marché gare. Son exploitation fonctionne avec une employée à temps plein, des saisonniers pour les asperges et les récoltes estivales.

GCO et avenir

L’exploitation est extrêmement morcelée avec 110 parcelles. Elle est directement impactée par le GCO en particulier sur la zone « grandes cultures, vergers, vignes à raisin de table, là où nous réalisons beaucoup de production pour la vente directe ». Thibaut Diemer dénonce l’insuffisance des barèmes d’indemnisation de l’emprise GCO, sur la prise en compte de la perte de clientèle. Par ailleurs, « nos perspectives de développement sont pour l’heure très contraintes par le GCO ».

Sur le plan agronomique, la ferme Diemer fait partie du réseau des fermes de référence Ecophyto pour les grandes cultures. Thibaut Diemer procède à des essais de réduction de dose avec Grégory Lemercier, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Côté maraîchage, ses productions sont conventionnelles sous cahier des charges Fruits et légumes d’Alsace, avec cependant de la production biologique intégrée et l’usage d’auxiliaires de culture Biobest : « Nous avons supprimé les insecticides ». Thibaut Diemer dit ne pas ignorer la demande de ses clients sur les marchés de réduire les produits phytosanitaires, mais cela implique des répercussions sur les coûts de production, qu’il faut expliquer. « Ça prend beaucoup de temps », et la réactivité pour protéger les cultures est parfois limitée faute de disponibilité immédiate des auxiliaires. Côté amendements, le jeune maraîcher utilise de l’Orga-pur et du Soluplant en fertigation permanente à la pompe doseuse. Il dit avoir de meilleurs résultats que des à-coups de fertilisant.

Thibaut Diemer porte un soin tout particulier aux couleurs dans sa serre avec des fleurs qui sont tout aussi intéressantes pour le bien-être visuel qu’en bio-indication de maladie ou de pression parasitaire. En juillet, ses portes ouvertes ont attiré 300 visiteurs.

Synvira. Vendangeurs d’un jour

La « promo » auprès des tour-opérateurs

Vigne

Publié le 12/10/2016

Au domaine Fritz-Schmitt à Ottrott, on dispose du cadre et du savoir-faire pour accueillir les œnotouristes. C’est donc en ce lieu fort agréable qu’une dizaine de tour-opérateurs avaient rendez-vous samedi 8 octobre pour découvrir « le produit œnotouristique » Vendangeur d’un jour, organisé par le Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira) en partenariat avec les offices de tourisme.

La dizaine de tour-opérateurs, venus d’Indonésie, des États-Unis, de Chine, Pologne, Tchéquie et Australie, sont actuellement en mission de reconnaissance pour œnophiles. Emmenés par Jean-Christophe Harrang, responsable de la promotion dans les pays tiers à l’Agence d’attractivité d’Alsace, ils ont donc testé Vendangeur d’un jour, cette opération des Vignerons indépendants d’Alsace qui consiste à proposer aux touristes de s’immerger dans l’ambiance des vendanges. « Ils ont adoré parce que ça répond vraiment à une demande forte. Le touriste aspire à se retrouver en interaction avec le milieu, ce qui lui permet de mieux comprendre le processus d’élaboration du vin et surtout d’avoir un contact direct avec les vignerons. Et donc de vivre l’expérience des vendanges qui constituera un véritable souvenir. Cette convivialité, c’est ce qu’ils recherchent pour des clients haut de gamme », commente Jean-Christophe Harrang.

Après cette vendange à Ottrott, le groupe devait ensuite visiter encore quelques domaines, puis le musée Unterlinden de Colmar, avant de se rendre à Reims pour le salon de l’œnotourisme Destination vignobles. « Toutes les régions du France profitent de l’événement pour attirer à elles les tour-opérateurs actuellement en visite dans l’hexagone pour leur montrer leurs produits », précise Jean-Christophe Harrang. C’est donc une opportunité que l’Agence d’attractivité d’Alsace et que le Synvira ont su saisir. En espérant bien sûr recevoir bientôt des vendangeurs du monde entier.

Les vidéos