Auteur
Image

DL

David Lefebvre

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

ExpoBiogaz, conférence Freddy Merkling

Le digesteur est un animal vivant

Technique

Publié le 16/07/2016

Le matériel allemand est globalement inadapté à la problématique des digestats français, plus fibreux et contenant plus d’indésirables. Ce qui entraîne des révisions à la baisse des schémas prévisionnels d’exploitation des installations françaises. La question posée à ExpoBiogaz consistait donc à faire témoigner des exploitants, dont Freddy Merkling, responsable de la ferme du lycée agricole d’Obernai, qui gère l’unité de méthanisation du lycée. L’objectif étant de donner quelques clés de gestion pour qu’au final, un moteur de cogénération ne s’arrête pratiquement jamais.

« Je préfère le terme matières organiques à celui de déchets »

« L’objectif de l’unité de méthanisation consistait pour nous, à valoriser la chaîne carbonée, explique Freddy Merkling. Nous avons des partenaires qui fournissent de la matière organique. Je préfère ce terme à celui de déchets. » Initialement, l’unité de méthanisation du lycée était dimensionnée pour 8 000 tonnes et 180 kWe. Mais très rapidement, il a fallu revoir la puissance à la hausse, le rendement méthanogène étant plus élevé que prévu avec notamment les graisses de l’usine voisine Stoeffler, et une bonne gestion de la ration. « Chez nous, c’est du fumier, du lisier, des cultures intermédiaires, des marcs de raisins, des bacs à graisse et restes de cantines. »

« Il faut tenir compte de son bien-être »

Cette diversité de matières peut présenter un inconvénient en période de transition alimentaire, prévient Freddy Merkling. « Le digesteur est un animal vivant. Il faut tenir compte de son bien-être, veiller à la régularité et l’équilibre de l’alimentation, souligne-t-il. Nous appliquons finalement les mêmes raisonnements qu’à nos jeunes bovins. » Et nous nous posons la question : « Jusqu’où faut-il ne pas aller dans la volonté d’extraire le dernier pourcentage de méthane de la MO ? Et quelles conséquences cela a sur l’équilibre bactérien et général du digesteur ? » Une question prolongée jusqu’à la qualité agronomique des digestats épandus sur les sols : « S’ils sont complètement vidés de leur MO, quelles conséquences cela a sur les sols ? Et sur la valeur fertilisante des sols ? » Alors Freddy Merkling délivre quelques conseils : « On doit bien connaître sa matière organique, respecter le rapport C/N, et faire des transitions alimentaires longues entre les rations estivales et hivernales. »

« L’unité a atteint 98 % de taux de cogénération »

Autre aspect, tout aussi essentiel dans l’objectif d’avoir des taux de cogénération performants supérieurs à 96 %, c’est-à-dire que le moteur ne s’arrête pas plus de 4 % du temps : l’entretien. « Attention à ne pas trop mégoter sur les investissements », prévient Freddy Merkling. « Quand un moteur s’arrête, le revenu s’arrête, mais les charges explosent. Donc chaque minute d’arrêt compte ! C’est la base du raisonnement. »

D’où l’importance de l’entretien, « l’objectif étant zéro panne ». En la matière, il vaut donc mieux prévenir plutôt que subir. Et disposer d’un stock de pièces de rechange vitales, comme des pompes. « C’est un coût à relativiser au regard de ce que reviendrait un arrêt du moteur » et des pertes sèches en production d’électricité, irrécupérables. L’entretien, « c’est le nerf de la guerre. Attention à la qualité des matériaux », prévient encore Freddy Merkling qui donne l’exemple d’une hélice d’agitateur érodée en 14 mois d’usage : « Au lieu de l’inox, nous aurions dû choisir des pales en hardox (acier anti-abrasion). L’extraction de l’agitateur n’est pas anodine. On a fait appel à des professionnels car on travaille en milieu gazeux sous réglementation Atex (gaz explosif). »

Aussi Freddy Merkling souligne-t-il que la conception des méthaniseurs doit « s’entourer de précautions » et par exemple intégrer ces opérations d’entretien, avec des regards d’accès bien dimensionnés pour les interventions rapides… De même, l’entretien du groupe de cogénération est fondamental : « Il faut avoir de bons contacts avec son fournisseur, avoir si possible toujours le même, qui connaît bien l’installation, pour ne pas avoir à tout réexpliquer ». Attention donc au contrat d’entretien tenant compte des heures du moteur.

En près de trois années, l’installation d’Obernai a connu deux pannes réelles qui ont entraîné un arrêt du moteur. L’unité a atteint 98 % de taux de cogénération. Une belle performance, dit-on dans le milieu des méthaniseurs.

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace - Stéphanie Dumont

Une économiste très opérationnelle

Vigne

Publié le 15/07/2016

Après un DESS en analyse économique, Stéphanie Dumont a bifurqué vers les analyses marketing, analyses d’études qualitatives et de sondages d’opinion. Pour un cabinet d’études au service des constructeurs automobiles, elle s’est occupée notamment d’un observatoire sur les tendances des intérieurs de véhicules, puis s’est orientée dans le secteur de la chimie en Suisse pour restructurer un portefeuille de marques d’une entreprise américaine. Elle était enfin chargée de tests de produits et de décryptage de tendances de marchés pour des designers : « J’y testais des prototypes afin de vérifier qu’émotionnellement et fonctionnellement ils reflétaient bien la demande et séduisaient le client ». Des postes très opérationnels donc.

« Au-delà de l’animation de l’observatoire économique du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, ma mission aujourd’hui est de me rapprocher des réalités nationales et internationales, pour produire des données pertinentes, pédagogiques qui puissent aider les acteurs du vignoble à prendre les bonnes décisions », explique Stéphanie Dumont. Pour cette analyste très opérationnelle, intégrer le monde viticole « est un retour aux sources », puisque ses grands-parents étaient viticulteurs dans le Jura près d’Arbois.

Certains vignerons ont eu l’occasion d’accueillir chez eux Stéphanie Dumont qui réalise actuellement une enquête de besoins auprès des viticulteurs de différents profils. « Ils me réservent un très bon accueil. J’ai besoin de discuter, de comprendre leurs besoins, qu’ils soient spontanés ou plus ou moins latents. »

De beaux chantiers en perspective

Les deux pôles intelligence économique et marketing du Civa sont désormais amenés à entretenir des liens étroits, notamment dans le cadre du séminaire sur l’avenir des vins d’Alsace. Un des principaux objectifs assignés à l’économiste du Civa, est d’alimenter les réflexions sur les moyens de revaloriser les vins d’Alsace, « avec un accompagnement proche du terrain ». « Au cours de ce séminaire, on a dressé un portrait des forces et faiblesses des vins d’Alsace, des menaces et aussi des opportunités qui s’offrent à nous. Ce qui nous a permis de hiérarchiser un certain nombre de projets permettant de travailler sur la valorisation des vins d’Alsace. »

Le premier axe touche à l’identité des vins d’Alsace : « Des études montrent qu’on a une bonne notoriété en vins blancs, mais l’image des vins d’Alsace mérite d’être précisée. L’idée est d’avoir une stratégie de marque plus forte. Il nous faut avoir une vision globale collective et cohérente qui véhicule de manière claire et précise ce qui nous identifie », précise Stéphanie Dumont. Pas simple. « Cela dit, en Alsace, nous ne sommes pas sur des produits à style standardisé, et c’est une super force, lance Stéphanie Dumont. Car on est très vite agréablement surpris. L’important, c’est d’inciter à spontanément consommer nos vins. Et surtout, les vins d’Alsace ne doivent pas décevoir. Notre force réside aussi dans notre large gamme qui permet de couvrir différentes demandes dans différents contextes. »

Il va ensuite s’agir de travailler sur les « valeurs extrinsèques au produit : l’étiquette et la bouteille. Est-ce qu’elles reflètent une identité particulière ? Qu’est-ce qu’elles renvoient comme émotion ? Est-ce que ça séduit ? ». Se pose également la question des prix en sortie de chais et des prix de revient : « On réfléchit à comment aider les vignerons à mieux les maîtriser, souligne Stéphanie Dumont. L’idée serait de faire prendre conscience collectivement de toutes les démarches à mener pour la valorisation des vins et ensuite accompagner les vignerons. »

Enfin autre chantier, la connaissance du marché aval : « Il nous faut mieux connaître le consommateur de vin d’Alsace, connaître sa perception des vins d’Alsace, ce qui le motive à acheter, ce qui influence son comportement afin de pouvoir agir sur les leviers de conversion aux vins d’Alsace. »

Œnologie cognitive

Les notions de beau, d’harmonieux et de toucher

Vigne

Publié le 14/07/2016

Comment comprendre les notions d’harmonie, de beauté, d’émotion lorsque nous dégustons ? Ce sont des réalités sensorielles essentielles dans l’économie du vin, dont la complexité du sujet fait appel aux sciences cognitives. Chercheur à l’unité perception et mémoire de l’Institut Pasteur, Gabriel Lepousez a proposé une réactualisation des connaissances en neurosciences sensorielles afin de comprendre ce qu’est un grand vin, le propos central du colloque de l’Université des grands vins - Vitae.

« Il ne faut pas cloisonner les perceptions, les unes par rapport aux autres, car le cerveau ne fonctionne pas comme ceci. Le cerveau est une machine pour voir dans le futur, il va donc essayer de prédire. La vue et le contexte sont importants, mais beaucoup d’informations scientifiques émergent sur les perceptions olfactives. » Le jeune chercheur indique que nous avons identifié 400 types de récepteurs moléculaires pour percevoir les odeurs. À titre de comparaison, la rétine de l’œil n’en utilise seulement que trois types pour percevoir l’ensemble des couleurs. Ce qui nous permet de discriminer 1 million de couleurs. « Donc avec 400 types de récepteurs olfactifs, on a une palette de sensibilités gigantesque. On serait ainsi capable de discriminer 1 000 milliards d’odeurs. » Problème, soulève Gabriel Lepousez, « nous avons à peine 100 milliards de neurones ». En fait, si le système visuel est très analytique et dissèque les perceptions, le système olfactif perçoit de façon synthétique, d’où les limites quand des dégustateurs tentent de disséquer les différents composants du vin. Par exemple, avec une pomme, il ne va pas essayer de discriminer chacune des 400 molécules olfactives qui s’en échappent, mais va construire « une image olfactive globale ». « Même chose pour le vin, où on estime qu’il y a entre 800 et 1 000 molécules olfactives. »

Mémoire et émotion

« Le système olfactif a un accès direct au siège des émotions. Il y a seulement deux connexions entre la muqueuse nasale et le siège des émotions. Pour les autres systèmes sensoriels, on est entre quatre et six connexions différentes. Ce qui donne un accès direct aux émotions et par extension à la mémoire, car une mémoire est d’autant plus robuste qu’il y a une émotion associée. On est par exemple capable ici de se remémorer où on était et ce qu’on faisait le 11 septembre 2001… L’émotion imprime la mémoire, et si l’olfaction est capable de jouer sur les émotions, on a donc là un levier pour agir sur la mémoire. L’odorat est donc capable par l’expérience olfactive de convoquer le passé, et est capable de faire passer ce passé du compartiment inconscient au conscient. C’est la faculté d’éveil de l’odorat, bien décrite par Marcel Proust, et la quête du passé qui s’ensuit, à la recherche du temps perdu, où l’odorat est capable de réactiver dans le conscient cette mémoire enfouie dans le passé. »

Le toucher

« L’appareil buccal concentre 20 % de nos récepteurs du toucher de notre corps. La résolution du toucher concentrée dans cette petite zone qu’est la bouche est très délicate. » Donc, une fois que le vin est en bouche, on convoque cette perception du toucher. « Au-delà des nouvelles dimensions gustatives, sucré, salé, acides, amer, umami, on a découvert des récepteurs capables de sentir d’autres paramètres comme les ions calcium et magnésium. Une Contrex n’a pas le même goût qu’une Volvic. On serait également sensible aux acides gras. Et à certains sucres. Quand on prend un verre vin, on convoque le toucher, les saveurs, la rétro-olfaction, et probablement d’autres perceptions encore indéterminées à ce jour. »

L’harmonie

En fait, il y a peu d’actes sensoriels qui convoquent à la fois trois sens en même temps, souligne Gabriel Lepousez : « On le voit au niveau de l’activité cérébrale. »

Par ailleurs, « il faut prendre en compte le fait que le vin ne s’inscrit pas seulement dans l’espace multisensoriel, mais aussi dans le temps. Comme la musique, ce n’est pas une image figée, mais c’est une séquence temporelle, un film. Et nous avons la responsabilité de prendre le temps de voir ce film, de déguster le vin, y compris le générique. D’où toutes ces notions classiques temporelles, d’attaque, de milieu et fin de bouche. » Pour le neurophysiologiste, « chaque contemplation est une interaction dynamique, à la manière d’effleurer un tissu, et ne pas seulement poser le doigt dessus, pour sentir la vibration. Même chose dans le vin, en le remuant en bouche, on touche à l’étoffe du vin. »

Cela lui rappelle « la notion de contrepoint en musique, où plusieurs mélodies se jouent ensemble. Cela renvoie à la notion d’harmonie, de précision, de cohérence. Platon dit que l’harmonie est un rapport entre les parties et un tout, dans lequel le tout s’impose à la multiplicité des parties. C’est-à-dire mathématiquement, que le tout est plus grand que la somme des parties. » Baudelaire dit d’un tableau harmonieux qu’il consiste en une série de tableaux superposés où chaque nouvelle couche donnerait plus de réalité. « Les sensations en harmonie doivent être précises pour ne pas induire de confusion. Dans l’harmonie il y a une sorte de continuité entre les sensations. »

Le concept de beauté

« Un grand vin, ce n’est pas ce qui est bon, mais beau, ça n’a aucune utilité. Et si un vin est beau, il faut qu’il y ait un code, à décoder, ce qui suggère la notion d’apprentissage, de communication intersubjective entre le vigneron et le dégustateur. Donc le travail d’élaboration est double, et nécessite de gérer l’échange, une intersubjectivité avec son dégustateur, une communication. De son côté, le dégustateur doit être capable de développer son goût, de dépasser l’impression de beauté superficielle, d’examiner ses propres préjugés, ses prototypes, et d’écouter le vin pas seulement à la lumière de ses prototypes. Donc on peut considérer que le vin est art partagé, social. »

Press camp Lemken - Krone 2016 en Hongrie

L’innovation Lemken et Krone au banc d’essai hongrois

Technique

Publié le 10/07/2016

À 50 km de la frontière austro-hongroise, la région très céréalière de Bück fait preuve d’un dynamisme économique qui n’a rien à envier aux campagnes reculées et désertées abandonnées de l’État français. De plus, les récoltes de maïs et de blé sont extrêmement belles cette année. Les Hongrois démontrent par ailleurs que la platitude céréalière n’est pas un frein au tourisme, puisque Bück admet, et qui plus est, un important complexe hôtelier touristique, particulièrement réputé.

C’est donc en ce lieu que les équipes de Nicola Lemken et Anthony Van der Ley, d’une part, et de Bernard Krone d’autre part, ont accueilli les 177 journalistes de 27 nations des 5 continents. Afin de découvrir concrètement les nombreuses nouveautés des deux constructeurs, présentées au dernier salon Agritechnica. Nous remercions particulièrement en Alsace Nicolas Soehnlen, responsable commercial Lemken de la région Alsace, qui a assuré le voyage. Et que l’on peut découvrir sur notre page Facebook dans une vidéo présentant les charrues Juwel 8.

L’histoire de la maison Lemken débute il y a 236 ans, avec une entreprise typiquement fondée sur le modèle capitalistique familial rhénan, comme chez Krone d’ailleurs. Un modèle permettant de voir et d’investir sur le long terme, étant préservé des aléas financiers et des investisseurs boursiers volages. Lemken, c’est 1 300 salariés. Le chiffre d’affaires (CA) a été multiplié quasiment par dix depuis 1999, à 327 millions d’euros en 2015, dont 33 % réalisés en charrues, 32 % en matériels de préparation du sol, 13 % en semoirs. Et 7 % en pulvérisateurs, une toute nouvelle activité prometteuse du groupe, avec Véga, sa fameuse rampe alu mono-poutre et sa coupure buse à buse pour une précision extrême.

De Krone, l’on connaissait surtout les remorques de camion. Il en sort 150 par jour de ses usines. Quand la famille Krone décide d’investir, elle ne le fait pas à la légère et pas sur le court terme, que ce soit d’ailleurs sur un secteur d’activité donné ou sur un marché, avec la création de Krone France SAS le 1er juillet. Le groupe vise en 2016, 1,7 milliard d’euros de CA, dont 550 M€ en agriculture. Un exemple édifiant est celui des presses : la première sort en 1977, Krone propose aujourd’hui 43 modèles en balles cylindriques ou carrées. Avec des innovations marquantes telles que le hachoir Varicut des BigPack, ou encore des presses qui pèsent et même envoient directement la facture de prestation, et dernièrement le prototype Premos, première presse à pellets, dont la démonstration publique en Hongrie a fait crépiter les flashs…

Mildiou

Relisons Joseph Capus

Vigne

Publié le 05/07/2016

Si l’on reprend le suivi des courbes de contamination-incubation en mildiou cette année, le cycle s’est enclenché extrêmement tôt dans la région, qui s’est finalement retrouvée ce printemps dans une situation climatique plutôt océanique que semi-continentale, avec des cumuls de précipitations rarement égalés en avril, mai et juin. Dès le débourrement, la vigne était sous pression, mais il a fallu attendre la floraison, stade de fragilité de la plante, pour voir s’exprimer la maladie jusqu’alors invisible. Les premières taches d’huile sur feuille n’ont été visibles qu’autour du 19 mai, indique le Bulletin de santé du végétal. Mais les pluies des 11 et 12 mai étaient déjà extrêmement contaminatrices de façon invisible si l’on en croit les modèles météorologiques de contamination.

Pour aider à comprendre ce qu’il faut bien appeler certains échecs de protection contre le mildiou cette année, on peut relire Comment combattre le mildiou de la vigne, publié en 1930 par Joseph Capus, ministre de l'Agriculture sous la présidence de Raymond Poincaré. Il dit : « Les invasions sont précoces chaque fois que l’hiver ou le début de printemps sont pluvieux. La première période pluvieuse qui suit le débourrement provoque une contamination qui peut donner lieu à une invasion très grave. […] Or ces invasions redoutables sont celles contre lesquelles les viticulteurs se prémunissent le moins. Parmi les contaminations les plus redoutables que j’ai vues sont celles qui se sont accomplies le 6 mai et 11 mai 1908. » Et le père des appellations d’insister : « Aucun traitement (NDLR : de contact, car on est au début du siècle) ne peut arrêter l’extension de la maladie à l’intérieur des organes. Il faut donc à tout prix empêcher une première invasion sur les grappes. » Quand ? « Les premières incubations vont de 18 à 26 jours. Ce n’est donc pas 8 à 10 jours avant la date à laquelle s’observent d’ordinaire les taches qu’il faut effectuer les premiers traitements, mais beaucoup plus tôt, 26 jours avant si on veut procéder avec prudence », écrit l’académicien de l’agriculture.

On en déduit, si l’on en croit Joseph Capus, qu’il fallait cette année protéger la vigne extrêmement tôt, avant les pluies des 10-12 mai si l’on utilise des produits de contact. Les vignerons qui ont utilisé des produits curatifs systémiques, mais plus tard, ont finalement réussi à « arrêter l’extension de la maladie à l’intérieur des organes », pour reprendre les termes de Capus. Qui explique par ailleurs que « les sulfatages effectués au cours des périodes pluvieuses sont efficaces ».

Conséquences : le climat étant de plus en plus aléatoire, les vignerons devront s’armer des modèles mathématiques de contamination portés à la connaissance du plus grand nombre. À la date du 10 mai, ils auraient aidé à prendre conscience de la pression extrême, même s’ils restent à la libre appréciation de chacun. Les domaines touchés à 50 % et plus doivent désormais s’unir pour demander des mesures socio-économiques de soutien.

ŒnoFrance Sofralab

Cuivre et autres métaux : effets préjudiciables sur les arômes du vin

Vigne

Publié le 27/06/2016

ŒnoFrance Sofralab s’intéresse de près depuis treize ans à la question des métaux lourds, qui ont des conséquences œnologiques insoupçonnées. Le groupe a mis au point une gamme de produits de collage sur moût qu’il présente actuellement dans les vignobles.

Dans les sols, la contamination peut provenir de l’altération de certaines roches mères donnant un bruit de fond. Ou avoir une origine anthropique : les produits phytosanitaires, dont le cuivre ; les engrais minéraux, sources de cadmium ; les effluents de porc, pourvoyeurs de cuivre et de zinc ; les fientes ; les retombées atmosphériques d’origine industrielle ou liées au transport ; ou les effluents de boues urbaines liste Régis Castan, responsable filière vinicole de Frayssinet, qui produit et vend des amendements.

Il rappelle également que seuls les cahiers des charges et la norme NFU 44 051 garantissent des amendements organiques qui ne contiennent pas de « miates » (matières d’intérêt agronomique issues du traitement des eaux) d’épuration. Une partie des métaux lourds du sol est transférée, une autre est fixée. Les proportions dépendent des facteurs pédoclimatiques qui agissent sur la mobilité des éléments. L’effet accumulatif important entraîne des effets de toxicité sur les micro-organismes telluriques, réduit leur diversité, et diminue notamment une activité enzymatique (dite déshydrogénase) qui intervient dans la libération des éléments nutritifs dans le sol.

Certaines plantes sont tolérantes, certaines accumulent et concentrent les métaux lourds et peuvent être utilisées en phytoremédiation des sols. Hélas, nous ne disposons que de peu de données sur le comportement de la vigne vis-à-vis de ces métaux lourds. Globalement, les tassements de sols accélèrent les transferts vers les eaux souterraines. Inversement, la matière organique limite les transferts. En action plus curative, le chaulage permet aussi de limiter les flux de métaux. 

Les métaux dans les vins : origines, rôles et conséquences

La question des métaux lourds ne doit pas être prise à la légère. Hervé Alexandre, de l’Institut universitaire de la vigne et du vin Jules Guyot (IUVV) Bourgogne, relève quelques articles internationaux alarmants sur la question. « Puisque les métaux sont catalyseurs d’oxydation, nous avons émis l'hypothèse que les métaux pouvaient être impliqués dans les problèmes d’oxydation prématurée des vins. » Une étude analytique sur plusieurs centaines de moûts et de vins, de toutes origines, révèle que les teneurs en métaux peuvent dépasser les doses admissibles. Rappelons que la limite dans le vin est de 1 mg/l pour le cuivre, 0,2 mg/l pour l’arsenic, 0,15 mg/l pour le plomb et 5 mg/l pour le zinc.

40 % des vins analysés contiennent entre 0,5 et 1 mg/l de cuivre dans une étude nationale montrant une distribution gaussienne autour de ces 40 %. En Alsace, sur 35 vins analysés, huit dépassent les 1 mg/l, et 14 sont entre 0,45 mg/l et 1 mg/l. Ce cuivre du vin n’a pas pour origine le sol. Il est éliminé à 69 % et jusqu'à 98 %, par l’adsorption extra-cellulaire et accumulation intracellulaire de la levure. Mais si le séjour est prolongé sur les lies, alors peut se produire un phénomène de désorption du cuivre si les lies en contiennent. Le plomb ne pose pour sa part pas de problème, étant éliminé par les rhamnogalacturonanes, qui sont les composés monomères des pectines.

Les études montrent que le cuivre n’a pas d’impact sur la biomasse levurienne, mais réduit en revanche sa diversité. Et a également un effet sur la cinétique fermentaire. En revanche, la biomasse bactérienne est très perturbée. Et attention : le cuivre œnologique entrave aussi la synthèse de composés aromatiques soufrés « nobles » participant à la complexité aromatique du vin, tels que les arômes de café, de pamplemousse, etc. L’effet du cuivre n’est donc pas seulement d’atténuer les composés soufrés indésirables tels que le H2S.

Dans une thèse publiée en 2013, Vivier et al. ont validé une hypothèse permettant d'expliquer des mécanismes d’oxydation prématurée : la présence de fer peut catalyser en milieu réducteur (après mise et bouchage) des réactions d’oxydation. De l’oxydation en milieu réducteur… Donc si le cuivre du vin ne pose pas en soi de problème sanitaire, le cuivre du moût altère le profil aromatique des vins. Par ailleurs, d’autres métaux catalysent des réactions d’oxydation par voie biochimique ou chimique. Les souches de levure les plus sensibles au cuivre sont celles qui sont les plus révélatrices de thiols aromatiques supérieurs.

Le groupe ŒnoFrance a donc développé DiWine, une gamme de produits de collages des moûts, donc en traitement préfermentaire, destinée à extraire des jus ces métaux dont on ne soupçonne pas assez l’effet néfaste sur la richesse aromatique des vins. Il est donc important pour les vinificateurs de ne pas mésestimer cette question des métaux résiduels du moût et d’y remédier. 

Université des grands vins

Pontet-Canet, le projet global

Vigne

Publié le 23/06/2016

Une soirée à dominante très viticole, où il a été possible d’écouter tour à tour les explications de Mélanie Tesseron, propriétaire du château, de comprendre le travail du régisseur Jean-Michel Comme, et de déguster en verticale dix millésimes successifs de 2004 à 2013, en commençant étonnamment par le plus ancien. Explication.

Il s’agissait de comprendre, verre en main, les choix viticoles et les évolutions stylistiques induites, de ce pauillac qui alimente tant les commentaires d’amateurs. Une occasion unique pour les vignerons alsaciens et les régisseurs de domaines, proposée par Mélanie Tesseron, qui a effectué ses premières armes comme stagiaire au domaine Marcel Deiss à Bergheim. C’était en 2008.

Bien qu’il soit agronome de formation, Jean-Michel Comme ne pratique pas une viticulture qui consiste à mettre en équation des unités d’azote et des hectolitres de vin. Le régisseur aborde les questions agronomiques par une lecture goethéenne de la nature qui l’entoure : chaque expression de forme, de couleur, de goût, d’odeur et de bruit dans toutes les formes de vie de ses parcelles, sont autant d’éléments de compréhension de l’expression vitale. Car au final, le vin est une - parmi tant d’autres - expression vitale du lieu où pousse la vigne : « Dans mes parcelles, je lis le vivant avec tous mes sens. Chaque couleur ou forme de plante qui y pousse, le bruit du feuillage, s’il est plus ou moins sourd ou strident, le toucher des feuilles, l’odeur des fleurs, la forme des grappes sont autant d’informations pour aller dans la direction la plus appropriée à la nature du lieu. Tout a une signification », explique-t-il. Aussi sera-t-on surpris de voir ce régisseur goûter les feuilles des vignes, toucher le feuillage, sentir les parfums de la fleur : « C’est par là qu’on apprend. Le bio ce n’est pas important », souligne Jean-Michel Comme qui considère la biodynamie, et l’approche par les quatre éléments - eau, air, terre, feu - comme simplement une clé d’entrée pour comprendre le vivant, mais certainement pas comme des recettes appliquées à la vigne. D’ailleurs, « on a autant de pratiques biodynamiques que de parcelles », précise-t-il.

Aussi, le projet Pontet-Canet est-il global : « Nous allons passer à 14 chevaux, et nous commençons à avoir des vaches », indique Mélanie Tesseron, qui rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, les vignes du Médoc étaient pâturées par des troupeaux d’estive venus des Pyrénées. Un projet qui est également social, le château investissant dans des logements de grande qualité environnementale, tant pour certains salariés des 40 permanents qui le souhaitent, que pour l’accueil saisonnier des 300 vendangeurs. Mais au-delà encore, le domaine est guidé par une volonté d’autonomisation globale et notamment énergétique, indique la propriétaire, avec un projet géothermique d’envergure. 

Un tiers des vins sont élevés en amphores

L’évolution œnologique du domaine n’est pas en reste, étonne et détonne dans l’univers bordelais. Tous les flux utilisent la gravité naturelle. Les raisins récoltés à maturité parfaite en cagettes sont triés deux fois, avant un encuvage puis une cuvaison qui consiste simplement à entretenir l’humidité du chapeau de marc. La biodynamie a permis de préciser la trame des vins, partant d’une texture « farineuse », observe un dégustateur pour les millésimes 2004 et 2005, et évoluant sur une texture de « velours », mieux construite et identifiée sur les quatre millésimes 2008, 2009, 2010 et 2011 : « Les arômes, c’est votre histoire, dit Mélanie Tesseron. Pour nous, l’attaque, le milieu et la fin de bouche nous importent. Nous recherchons le soyeux et le salin. Une minéralisation dans le respect du fruit. »

2012 marque un tournant avec l’abandon partiel du fût neuf, pour élever un tiers des vins en amphores dessinées par Jean-Michel Comme, avec inclusion de pierres des parcelles. « On était fatigué du bois », dit la propriétaire. Plus largement, la cuvaison abandonne l’extraction forcée des matières phénoliques. Pontet-Canet modifie quelque peu les canons gustatifs des pauillacs et même médocains, donnant moins d’importance à la puissance organique des tanins veloutés, et plus d’importance à la matière minérale qu’ils transmettent à la phase liquide en se condensant avec le temps.

Une soirée Université des grands vins (UGV) finalement extrêmement instructive. Pour finir, l’on peut vous recommander de lire le dernier numéro de la revue Le Rouge & le Blanc, n° 120, consacré à ce domaine emblématique. Et vous donner rendez-vous les 2 et 3 juillet prochains à Saint-Hippolyte pour le colloque de l'UGV et de Vitae, sur les terroirs et le patrimoine viticole, notamment soutenu par le député Jean-Louis Christ, qui œuvre actuellement à un projet d'inscription du patrimoine viticole alsacien par l'Unesco, au patrimoine mondial de l'humanité.

Concours holstein

Consécration pour les éleveurs français

Élevage

Publié le 23/06/2016

Devant près de 5 000 supporters de 17 nations, dans un théâtre du Parc des expositions de Colmar chauffé à blanc, les éleveurs français ont brillé samedi 18 juin, trustant les podiums avec Héline, Galys Vray et Ashlyn Vray. Le juge international, Markus Mock, avait à départager environ 75 vaches dans chacune des trois catégories junior, intermédiaire 2e lactation et seniors. Au final, sur les quelque 180 concurrentes, c'est un triplet pour les éleveurs français, avec trois vaches holstein nées en France, aux trois premières places du concours final toutes catégories : Galys Vray, Ashlyn Vray et Héline.

« Un niveau exceptionnellement élevé »

Chez les juniors, dans la troisième section, citons l’alsacienne Gwenn Izaray, de l’élevage Wilt, qui arrive cinquième. Mais la finale ne retient que les deux premières places des trois sections, et c’est la vache suisse Pandora, une fille d’Aftershock, « aux caractères laitiers affirmés » qui se place première devant l’autrichienne Naomi (par Yorick et une fille de Théo), « un modèle exceptionnel, bien balancé ».

Les 73 concurrentes en classe intermédiaire étaient réparties en trois sections. Markus Mock a souligné « un niveau exceptionnellement élevé » pour ces vaches en 2e lactation. La bretonne Cap J Irana (par Numéro Uno et une fille de Goldwin), du Gaec Cabon (29), est la gagnante évidente de la première section. Mais c’est Héline (par Chelios et une fille d’Umanoir), la favorite, qui remporte cette finale intermédiaire : « La perfection, le top de la race », pour le juge. Une consécration pour l’élevage breton de Patrick Rabin, peu habitué de ce genre d’épreuve, mais qui détient la vache la mieux pointée de sa génération en Europe.

Trois vaches nées en France aux trois premières places

Place ensuite aux 75 seniors, départagées en trois sections, d'un niveau global extrêmement élevé, selon Markus Mock qui a parfois pris beaucoup de temps pour scruter les caractères morphologiques des concurrentes. Dans la finale senior, ce sont deux habituées des podiums, Galys-Vray (par Atwood et une fille de Damion), et Ashlyn Vray (issue de Goldwin et Uzes Vray par Lheros), qui arrivent aux deux premières places. Ces vaches suisse et espagnole sont nées dans le même élevage, celui de Jean-Paul et Françoise Bichon, à Trovay en Loire-Atlantique, qui avec ces deux vaches sont passés à la dimension internationale, après avoir renouvelé leurs courants de sang, avec de la génétique canadienne et américaine.

Les vainqueurs des trois classes se sont retrouvés dans la finale européenne toutes catégories. Markus Mock a placé les deux seniors Galys Vray et Ashlyn Vray en tête devant Héline, concluant ce championnat européen, finalement par trois vaches nées en France, aux trois premières places. 

La moisson de victoires se poursuivant avec la grande finale par équipes nationales. 12 juges avaient à noter les lots de toutes les nations, excepté celui de la leur. L’équipe des éleveurs français faisait retentir la Marseillaise devant des milliers de supporters européens surchauffés. 

Mildiou

Un climat propice…

Vigne

Publié le 21/06/2016

Alors que la floraison est en cours dans les zones les plus précoces, l’inquiétude a gagné le vignoble avec un mildiou que l’on avait plus vu depuis longtemps. La pression en mildiou déclarée sur grappe inquiète à ce stade, alors que la floraison n’est pas terminée. Il n’y a pas de différence évidente entre les stratégies, ce qui incite les vignerons à l’humilité. Aucune stratégie n’a davantage réussi qu'une autre, observe-t-on dans le vignoble, à l’exception peut-être de ceux qui ont fait le premier traitement hâtivement dès le stade feuille étalée à 3 - 4 feuilles.

Mais au-delà de la date du premier traitement, c’est la tenue des cadences qui a été perturbée par les pluies incessantes, altérant d’ailleurs autant le moral des vignerons que les inflorescences courbant l’échine. Molécules systémiques, de contact ou différentes formes de cuivre, aucune stratégie ne semble se révéler cette année plus en réussite qu’une autre. Les services techniques établiront le bilan cet été, en particulier sur ces nouvelles stratégies prétendues tenir à 21 jours.

Le mildiou a aussi été favorisé par des métabolismes de la plante fortement perturbés par la mauvaise alimentation minérale en raison de racines baignées dans des sols gorgés d’eau. L’hydromorphie des sols accentuant ces problèmes d’alimentation de la vigne, et atténuant les défenses naturelles.

L’espoir d’un millésime « plein » s’éloigne

Et ce sont souvent les pinots en zone humide, et étonnement cette année en haut de coteaux, qui ont particulièrement souffert. Certains vignerons du Bas-Rhin constatent des parcelles avec 100 % d’inflorescence décimées. Ils n’ont pu endiguer une superposition de repiquages du mildiou. Il est encore trop tôt pour faire les comptes, mais après des zones gelées, après des zones grêlées, et après ce mildiou, l’espoir d’un millésime « plein » s’éloigne de nouveau. Il reste encore l’oïdium que les vignerons entendent maîtriser, en espérant que la météo s’améliore pendant la floraison, afin de pouvoir bien souffler les capuchons floraux et bien soufrer la vigne.

Une première mondiale en géothermie profonde à Rittershoffen

Lancement d'un nouveau modèle géothermique français

Pratique

Publié le 20/06/2016

Mardi 7 juin a été inaugurée à Rittershoffen, par Ségolène Royal et Philippe Richert, la première centrale de géothermie profonde à vocation industrielle. Qui substituera l’équivalent énergétique de 12 000 t de pétrole par de l’eau chaude, au bénéfice de l’amidonnier Roquette à Beinheim. De l’avis des intervenants, lors de l’inauguration, Jean-Bernard Lévy, président d’EDF, Édouard Roquette, Pierre-René Lemas, directeur de la Caisse des dépôts, Bruno Léchevin, président de l’Ademe, Ségolène Royal et Philippe Richert, président de la Région Grand Est, cette inauguration revêt un caractère historique.

Ségolène Royal prend l’exemple de l’Islande : « Si elle s’est sortie si rapidement de la crise profonde dans laquelle elle était plongée en 2008, c’est notamment grâce à ses ressources géothermiques qui couvrent 90 % de ses besoins nationaux. » L’Alsace dispose également d’un gisement géothermique exploitable conséquent qui, selon la ministre, lui autorise de grands espoirs pour répondre au « nouveau modèle énergétique français » et aux défis économiques.

Risques sismiques maîtrisés

Déjà en 1920, les frères Schlumberger avaient dans l’idée d’exploiter ce « fameux gradient géothermique » si favorable en Alsace, raconte Philippe Richert. À Rittershoffen, « c’est une technique sans précédent dans tout le Rhin supérieur » qui inaugure une nouvelle ère pour la géothermie profonde. Car désormais les risques sismiques sont maîtrisés. « Huit autres permis de recherche ont été accordés. » « Nous vivons un moment de réconciliation entre le développement durable et industriel », a exprimé la ministre, car la géothermie profonde n’a pas la mauvaise presse de la fracturation (pour extraire des gaz de schistes), fait remarquer Jean-Bernard Lévy. Et elle résout une problématique énergétique majeure : la question du stockage de l’énergie, souligne Ségolène Royal.

Par son caractère local, cette énergie aura le mérite d’ancrer l’industriel qui en bénéficie, en l’occurrence l’amidonnier Roquette, sur le territoire. De surcroît, il améliore considérablement son bilan carbone.

2 600 m de profondeur

La technique de l’exploitation des ressources de géothermie à 2 600 m de profondeur à Rittershoffen nécessitait cependant d’être éprouvée, car le bon rendement thermique sur le lieu de forage n’est pas une certitude. Il fallait donc « une ingénierie financière innovante et originale », explique Pierre-René Lemas, directeur de la Caisse des dépôts. Une ingénierie qui prenne en compte ces risques financiers. Autour d’Ecogi - la société gérante réunissant Roquette Frères, ÉS et la Caisse des dépôts -, « beaucoup de travail a été nécessaire pour aboutir à la constitution d'un fonds de garantie alimenté par l’État et la Région, un fonds dont la gestion a été confiée à Saf Environnement, filiale de la Caisse des dépôts. C’est le rouage indispensable pour amorcer le projet. » Pierre-René Lemas souligne que la Caisse des dépôts est totalement ouverte à de tels financements verts en énergie durable « qui représentent l’équivalent énergétique d’une tranche de centrale nucléaire ». « Je souhaite la création du fonds Géodip, qui permettra de partager le risque de forage et de sécuriser le risque géothermique à l’investissement lié aux incertitudes de rentabilité des forages », a précisé la ministre.

Un arrêté ministériel du 24 avril 2016 affiche d’ailleurs des objectifs ambitieux - estime la ministre - d’utilisation d’énergie calorifique géothermique de l’ordre de 53 MWe. La centrale de Rittershoffen fournit à elle seule en chaleur l’équivalent de 24 MWe.

Les vidéos