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David Lefebvre

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Alsace crus et terroirs, DiVINes, Vignerons bios

Trois « off » de Millésimes Alsace, et deux réussites

Vigne

Publié le 18/06/2016

« Une invitation comme ça, ça ne se refuse pas. On vient vous chercher devant chez vous », explique Patrick Bottcher, blogueur belge bien connu, fondateur du salon Vini Ribelli, le salon des « vins rebelles » à Bruxelles à l’orientation très « nature ». Pour la troisième édition de Millésimes Alsace, l’interprofession alsacienne a fait le maximum pour faire venir à Colmar tout ce que la planète du vin compte de journalistes, blogueurs et prescripteurs, tout frais payés, et qui viennent parfois de loin : Canada, États-Unis, Suède, Asie… Certains d’entre-eux resteront toute la semaine et compléteront ce voyage de presse par des visites plus personnelles chez des opérateurs du vignoble. De la prise en charge des transports pour venir en Alsace, de la logistique pour déplacer les invités dans le vignoble, ainsi que de l’annonce du programme des événements, dépendent la réussite des différentes manifestations satellites, et des éventuelles retombées médiatiques qui peuvent en découler.
En préliminaires de Millésimes Alsace qui se tenait lundi, se déroulaient dimanche trois manifestations « off » proposées par les groupes ACT (Alsace crus et terroirs), les DiVINes et les vignerons bios d’Alsace. Les vignerons entendaient ainsi saisir un tant soit peu l’opportunité de cette manne journalistique en terre alsacienne. Les deux premiers événements, organisés par ACT et les DiVINes, ont complètement rempli les objectifs qu’ils s’étaient assignés. Le groupe ACT, revendiquant une volonté de faire redécouvrir « des grands vins d’Alsace authentiques, exprimant leur terroir, taillés pour la garde », a réussi à faire venir à lui, au musée Unterlinden, les prescripteurs de revues de vin dites influentes - Robinson, Bettane, Burtschy…- pour une dégustation de magnums de riesling des 19 vignerons du groupe, après une contemplation du retable d’Issenheim de Grünewald en guise de métaphore avec les vins présentés comme autant de chefs-d’œuvre. Soirée privée à l’auberge de l’Ill ensuite, avec quelques vignerons et une brochette de journalistes, triés sur le volet.

Dimanche soir également, le très dynamique groupe des DiVINes proposait dans la cour et les caves du domaine Adam à Ammerschwihr, un parcours gastronomique renvoyant une image moderne et distinguée des vins d’Alsace. Ces deux manifestations ont bénéficié de l’appui interprofessionnel, ou de membres de l’interprofession à titre personnel, assure le vice-président du Civa Didier Pettermann.

Baisse d'affluence au salon des vignerons bios

Le salon des vignerons bios, qui se tenait au Cref, n’a en revanche - et pour la première fois - pas connu l’affluence qu’il avait quand il se déroulait le 1er mai au château de Kientzheim, lieu de rassemblement traditionnel du vignoble d’Alsace pour ses manifestations de prestige. Tout au plus une centaine de visiteurs, contre 500 à 700 depuis 10 ans au château de la confrérie. Si le Cref n’offre pas à proprement parler un cadre pittoresque prédisposant à la dégustation des alsaces, il donne toute satisfaction pratique pour organiser le salon, estime Joseph Weissbart, directeur de l’Opaba : « On a de l’espace, et il n’y a pas d’escaliers et d’étages pour transporter les bouteilles ». Cette treizième édition du salon des vins bios a mobilisé 40 domaines ou caves pour 120 vins proposés à la dégustation, deux conférences sur l’histoire par Claude Muller et Jacky Rigaux, et une dégustation d’accords mets et vins orchestrée par le sommelier Pascal Léonetti et le restaurant L'atelier de Raphaël.

Retombées médiatiques inéquitables

Mardi, c’était au tour des gestions locales de grands crus d’accueillir la cohorte de journalistes. Une douzaine de gestions locales s’est mobilisée, et 18 au total par extension de grands crus locaux adjacents, ont proposé des visites (pluvieuses), des dégustations et des accords mets et vins. Au Frankstein à Dambach, par exemple, le dynamique groupe de vignerons a proposé quelques originalités gustatives après avoir procédé à l’inauguration du nouveau sentier viticole. 25 « invités Civa » étaient présents, une quinzaine pour l’Eichberg d’Eguisheim, et trois pour le Goldert de Gueberschwihr où il y avait finalement plus de vignerons et d’amateurs locaux pour écouter les conférences en histoire, géologie et sur la minéralité du cru. « Nous aurions dû lancer nos invitations nous-mêmes », résume Vincent Gross. Un peu esseulé, Wilson Kwok, arrivé de Hong-Kong depuis le vendredi, a néanmoins apprécié la proposition des vignerons de Gueberschwihr, et leurs muscats d'âge, si singuliers.

Reste le salon Millésimes Alsace qui a connu une forte affluence, et qui s’inscrit pour sa troisième édition comme le rendez-vous international des vins d’Alsace. Dans les rangs du vignoble, on s’agace, comme Serge Fleischer, de captations médiatiques inéquitables. « Nous ferons un débriefing le moment venu », assure Didier Pettermann, globalement satisfait de la manifestation qui anime le vignoble.

Rumeurs de reprises dans le vignoble

Opérations de désamorçage en cours

Vigne

Publié le 10/06/2016

La toute dernière rumeur en date a concerné Bestheim qui reprendrait un négoce alsacien. Thierry Schoepfer, le directeur, dément formellement. « Nous y sommes régulièrement confrontés hélas ! » Et son président, Pierre-Olivier Baffrey, déplore : « Nous avons même dû appeler le propriétaire négociant en question, le prévenir que nous déplorions ces rumeurs. Et j’ai fait part de ma désapprobation dernièrement à propos de la Une d’un quotidien régional », ajoute le président de Bestheim. La Une en question faisait état, au conditionnel, d’un rapprochement entre la maison Arthur Metz et un autre négoce familial : « Le quotidien a lancé une page de couverture un peu rapidement, sans aucune certitude, et en plongeant les gens dans l’embarras », explique le directeur d’Arthur Metz, Serge Fleischer.

Vignerons, propriétaires négociants, viticulteurs coopérateurs ou indépendants, ou apporteurs de raisin, goûtent très mal le fait d’apprendre par voie de presse que les entreprises vinicoles avec lesquelles ils travaillent, fournissent du raisin ou du vin en vrac, seraient reprises par un tiers : « Les entreprises ont des obligations commerciales. Quant à ce genre de tractations, elles se font dans un cadre juridique précis. Je trouve donc l’attitude d’informer sans certitude négligente, voire incorrecte », commente Serge Fleischer.

Si la volonté d’informer avant l’heure n’est pas nouvelle, il reste que le vignoble d’Alsace est actuellement confronté à une difficulté majeure qui alimente ces rumeurs : les trois années successives de petite récolte ont raréfié les vins en vrac et ont fait bondir leurs cours, obligeant nombre d’opérateurs négociants à envisager de revoir leur modèle économique. Certains s’approvisionnent en vin de cépage rhénan en provenance d’autres régions, pour continuer d’être présent sur les marchés d’entrée de gamme. D'autres, à l’image de marque familiale fortement ancrée à l’Alsace et à ses vins font le dos rond en attendant une meilleure récolte. Et les rumeurs sont assez souvent alimentées de déductions à partir des prix pratiqués en linéaires de supermarché et les cours du vrac, qui laissent trop peu de place à des marges bénéficiaires.

Sur la route des vins d’Alsace

37 000 « slowUpeurs »

Vigne

Publié le 09/06/2016

Le temps s’annonçait menaçant, mais n’a pas entamé la détermination des « slowUpeurs » qui sont venus en nombre ce dimanche 5 mai pour la 4e édition du slowUp de la route des vins d’Alsace. Avec 15 000 slowUpeurs il y a 4 ans, l’événement, dont les maîtres d’œuvre sont les Conseils départementaux et les Agences de développement touristique (ADT), s’inscrit comme un événement majeur de la route des vins d’Alsace. Cette année, le slowUp c’était : 3 villages d’accueil, 40 exposants, 12 places festives, 50 animations, 60 associations et 1 000 bénévoles. Et de plus en plus de maisons vigneronnes qui proposent des animations, des dégustations. Le compteur affiche cette année 37 000 œnotouristes et cyclotouristes.

L’on comprend à travers les mots de Marcel Bauer, maire de Sélestat, que le slowUp fait des envieux : « Faisons en sorte que ce slowUp reste au pied du Haut-Koenigsbourg. » « Des remparts de Bergheim aux ruines de l’Ortenbourg à Scherwiller, le slowUp constitue une parfaite vitrine de notre patrimoine », a déclaré la conseillère régionale, Marie-Reine Fischer. Ce slowUp, avec les moyens à mobilité douce qui y sont associés, est la meilleure manière de mettre en valeur les richesses de notre territoire et promouvoir les leviers d’attraction touristique et culturelle, a-t-elle ajouté, pour « ressentir l’Alsace, éprouver ses paysages, la célébrer, la fêter ». Une réussite qui est à mettre à l’actif des deux Conseils départementaux, des ADT, des Communautés de communes, des neuf communes et partenaires privés, Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa), Batorama et Conseil régional. Robert Dietrich, président du Civa, a pour sa part fait la promotion de la route des vins d’Alsace, « un lieu de ressourcement et de dépaysement, dans un paysage idyllique modelé par le vigneron, un lieu d’épicurisme, de culture ». Le slowUp donne l’occasion inédite de « contempler la beauté de ce tableau naturel ». Selon les mots du député Éric Straumann, le vélo constitue « un axe de développement », notamment autour de la route des vins, « artère fémorale de l’Alsace ».

Intempéries 

Des vignes copieusement arrosées

Vigne

Publié le 08/06/2016

Les pluies ont été de nouveau localement intenses samedi 4 juin au soir en certains endroits du vignoble, ce qui a causé quelques montées des eaux. Globalement, ces intempéries compliquent la tâche des vignerons voulant traiter sans abîmer et tasser les sols, mais assurer une protection contre le mildiou dont la pression reste élevée. Des zones comme à Steinseltz ont reçu jusqu'à 80 mm en 3 jours, note le Bulletin de santé du végétal du 30 mai. Qui ajoute que le risque mildiou est très élevé. 

GIE Sur les pas du Wurzel

Conjuguer œnotourisme et autres intérêts touristiques

Vigne

Publié le 07/06/2016

Sur les pas du Wurzel est un tout nouveau Groupement d’intérêt économique (GIE) à vocation touristique et œnotouristique dans le val de Villé. Les quatre acteurs du tourisme local ont mis en commun leurs intérêts : Les Ateliers de la Seigneurie à Andlau, centre d’interprétation du patrimoine local, la Maison du distillateur de la distillerie Meyer à Châtenois, le jardin Lilaveronica à Thanvillé, et le domaine Christian Barthel et fils à Albé.

Le groupe propose ainsi une offre relativement complète à vocations culturelle, patrimoniale, arboricole, œnologique et gastronomique. Il emploie une salariée à 20 % dont le rôle est de démarcher efficacement les autocaristes et autres tour-opérateurs avec un programme complet intégrant les acteurs du GIE. « Les autocaristes seront sensibles à l'offre packagée », estiment les protagonistes

Lors de l’inauguration du GIE vendredi 29 mai à la Maison du distillateur, les élus locaux ont salué cette initiative économique : « Vous nous donnez l’exemple de ce qu’il faut faire », a dit l’un. « Vous avez eu la bonne idée de capitaliser sur Wurzel, sachant que Rêve d’une nuit d’été - le spectacle son et lumière de Saint Gilles - a attiré beaucoup de monde », a ajouté la conseillère régionale Marièle Colas-Wies. S’ajoutent à l’offre du GIE des opérations saisonnières telles que la visite du palais du pain d’épices à Gertwiller, du musée du val de Villé à Albé et une rencontre avec les arboriculteurs du val de Villé, réunis en association. Ce GIE entre en service en ce début juin. Pour le vigneron Christian Barthel, c’est une réelle opportunité de développer l’œnotourisme.

Concours des vins d’Alsace de Colmar

1 113 vins d’Alsace en lice

Vigne

Publié le 05/06/2016

D’entre toutes les grandes confrontations viniques, la dégustation de sélection des vins d’Alsace pour la foire aux vins d’Alsace est celle qui offre le plus large panorama de ce qu’élabore le vignoble d’Alsace en AOC cépages. 1 113 vins étaient à déguster cette année, des millésimes 2014 et 2015 pour les AOC cépages et 2014, 2013 et 2012 pour les crémants d’Alsace. Le tout réparti en 58 tables de 4 jurés.

Le Conseil interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa) et l’Association des viticulteurs d'Alsace (Ava), organisateurs de ce 45e concours, avaient, comme à l'accoutumée, réservé le grand hall du Parc des expositions de Colmar, pour cette grande confrontation. Environ 200 dégustateurs ont été accueillis par Jean-Louis Vézien et Frédéric Bach, les directeurs respectifs des deux institutions du vignoble. Après avoir souhaité la bienvenue, Frédéric Bach s’est appesanti sur le dernier épisode de gelées noires, certes moins destructeur qu’en Bourgogne, qui n’a pas épargné le vignoble touchant certains secteurs comme Obernai, Goxwiller, Herrlisheim, Dambach. Quant à Jean-Louis Vézien, il a rappelé les nouvelles obligations réglementaires qui entourent le déroulement du concours, depuis un arrêté paru en 2013, mais qui vont nécessiter quelques ajustements.

Un tiers approximativement des vins recevront une médaille d’or ou d’argent et auront ainsi le privilège d’être dégustés lors de la foire aux vins d’Alsace, qui se tiendra du 5 au 15 août prochains. Notons que le concours offre la possibilité aux vins de contenir des sucres résiduels. Jusqu’à 4 grammes par litre pour le sylvaner, 7 g/l pour le riesling, 16 g/l pour le pinot gris et le gewurztraminer ou 20 g/l s’ils ne sont pas chaptalisés. 16 g/l pour ces deux cépages signifie que les sucres résiduels peuvent provenir de sucres de betterave ajoutés s’ils n’ont pas été fermentés. Notons également que l’acidité totale est exprimée en méq/l, c’est-à-dire en milli équivalent d’acide sulfurique. 1 gramme d’équivalent acide sulfurique correspond à 20,5 meq.

La filière des asperges d’Alsace prend l’eau

La pire situation depuis 20 ans

Cultures

Publié le 31/05/2016

Jamais la production d’asperges d’Alsace n’a subi un tel enchaînement de conditions climatiques défavorables : un été sec, un hiver trop doux, un printemps très froid et une récolte sous des trombes d’eau. Avec les orages dévastateurs de ces 28 et 29 mai, on peut même parler de déchaînement et d’acharnement climatique : aspergeraies inondées, inter-buttes ravinées, kg de boues collés aux bottes rendant la récolte harassante, bâches sens dessus dessous… Très tardive à cause du printemps exceptionnellement froid, la production 2016 n’a pour ainsi dire pas connu de réel démarrage et la voici déjà engloutie sous les eaux, avec de surcroît un ciel éternellement lourd qui plombe le moral.

« La pire année qu’on ait connue »

Après déjà trois années bien mauvaises, cette quatrième année 2016 est « la pire qu’on ait connue », témoigne Jean-Jacques Nonnenmacher, président de la coopérative de Hoerdt. « Du jamais vu », ajoute Jean-Charles Jost, président de l'association pour la promotion de l'asperge d'Alsace. Les producteurs d’asperges d’Alsace tirent donc la sonnette d’alarme et en appellent aux pouvoirs publics. Réunis chez Rémy Friess, producteur à Rohr, ce mardi matin en présence de la FDSEA du Bas-Rhin, et de son président Franck Sander, ils ont d’abord dressé le bilan de « la saison catastrophique » déjà quasiment terminée et regardé ensemble ce qu’il va être demandé.

« Une demi-année en volumes »

« Les parcelles sous mini-tunnel sont entrées en production mi-avril, celles sous bâche noire et blanche traditionnelle début mai. Le 8 mai, nous avons enfin connu des températures de saison. Et nous avons eu une production normale seulement autour du week-end de la Pentecôte », commente Jean-Charles Jost. Hormis ce répit de Pentecôte, la météo n’a pour ainsi dire pas permis de production : froid avant, précipitations incessantes et orages dévastateurs après. « On s’achemine vers une demi année en volumes », estiment les producteurs.

Des pertes en fond importantes

Las ! Les pertes ne se limitent pas à la seule production annuelle, l’asperge étant une plante pérenne. Les pluies de ces derniers jours ont inondé les parcelles : or « les plantations inondées ne vieillissent pas, l’asperge déteste la stagnation d’eau », expliquent les producteurs qui envisagent de devoir replanter les aspergeraies avant l’heure.

« Il faut compter 25 000 €/ha d’investissements de mise en terre, puis deux années avant de commencer la récolte, c’est colossal », indique Jean-Charles Jost. Les griffes, la formation des billons, le nylon, auxquels s’ajoutent le matériel de conditionnement, et bien sûr la main-d’œuvre. Cette dernière représente en année normale 50 % du prix de revient. Cette année, elle pèsera au bas mot 75 % : « Le travail est physiquement très dur, le rendement horaire est faible, il faut sortir tous les jours, débâcher et rebâcher le billon pour au final un rendement faible, expliquent les producteurs. Nos charges de main-d’œuvre explosent ! »

« On prend ce dossier très au sérieux »

« On prend ce dossier très au sérieux, on va faire notre maximum », indique Franck Sander. Pour les producteurs, la saison est déjà pratiquement achevée et déjà se profile l’heure du bilan. Ils vont devoir faire face aux charges incompressibles, payer les salaires, les charges sociales, avec ce coût horaire qui a explosé. Une fin de saison qui laisse place à une certaine forme d’exaspération face à ces charges, doublée d’une ambiance morose.

« Beaucoup d’autres productions viennent de subir les aléas climatiques, mais pour les asperges, force est de constater que nous sommes déjà à l’heure du bilan, la saison étant pratiquement close, constate Franck Sander. Nous allons demander l’enclenchement du système des calamités agricoles, en précisant bien qu’on a affaire à un enchaînement climatique et climatologique exceptionnellement défavorable depuis l’été dernier. Il suffit de voir les volumes écoulés par la coopérative pour constater le sinistre. »

Par ailleurs sur la question des charges, Franck Sander a souligné les récents acquis : baisse de charge sociale avec le passage de 45 à 35 % et la possibilité de calcul sur l’assiette n - 1. « Même si on ne peut pas se satisfaire de la situation, ces deux dossiers étaient en négociation depuis longtemps et viennent suite aux fortes mobilisations. Nous avons d’autres demandes que nous continuerons d’appuyer pour réduire les distorsions de concurrence notamment. »

La filière des asperges vient par ailleurs de consentir de gros investissements pour la vente locale, le conditionnement. Les producteurs voudraient un allégement des charges s’ajoutant au début de convergence opéré depuis l’été dernier sur le taux de charges allemand.

Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Groupe vin

Faire reconnaître un terroir : mode d’emploi

Vigne

Publié le 30/05/2016

Une vingtaine de jeunes vignerons ont répondu à l’invitation du président du groupe vin des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, Clément Fend, jeune vigneron à Marlenheim, très impliqué dans les dossiers de la viticulture. Les JA avaient invité pour exposer le projet de hiérarchisation des vins d’Alsace et expliquer comment présenter un dossier de reconnaissance en appellation, Yves Dietrich.

Membre du conseil de l’Association des viticulteurs d'Alsace et de l’Inao, Yves Dietrich siège dans trois des cinq comités qui constituent l’institution : le comité vin, IGP vin et Agriculture biologique, puisque l’institution a en charge désormais la gestion des labels de qualité ; les deux autres comités étant les autres labels que l’AB, et le Conseil agrément et contrôle de l’Inao (CAC). Yves Dietrich, qui achève son troisième mandat quinquennal, s'est notamment impliqué pour la reconnaissance en appellation des eaux-de-vie alsaciennes. Il préside à l'Inao la commission des vins bios avec pour projet une réglementation de la mention « nature ».

L’échelle temps d’un processus de reconnaissance en appellation est telle que le dossier de hiérarchisation devrait concerner plus particulièrement les jeunes viticulteurs, introduit Yves Dietrich. « L’offre en vins d’Alsace que nous proposons aujourd’hui résulte de ce qui s’est mis en place il y a bien longtemps. » D’où une nécessité pour les jeunes « de se projeter dans l’avenir », insiste le représentant de l’Inao, vigneron à Scherwiller. Avant d'énumérer les atouts du vignoble : son climat qui lui permet d’échapper aux fléaux de certaines maladies, une pression phytosanitaire globalement faible, une mosaïque unique de terroirs. Ses faiblesses : une valorisation faible, quelques défauts de notoriété, une appellation pas forcément incontournable dans les linéaires et substituable par d'autres vins, une histoire compliquée et des approches « cépages » obligées d’être remises en question pour les années à venir. Yves Dietrich présente ensuite l’architecture de la nouvelle hiérarchie des vins d’Alsace. « Nous passons de deux à quatre strates : les grands crus, les premiers crus et premiers crus lieux-dits, les crus communaux et crus communaux lieux-dits, et les AOC Alsace et AOC Alsace lieux-dits. Avec à chaque niveau, un rendement différencié. »

Quels éléments pour réussir un dossier de reconnaissance en premier cru ?

D’entre tous les éléments nécessaires à la réalisation d’un dossier, le plus important est le vin dégusté, insiste Yves Dietrich : « Ce qu’il y a dans le flacon. Clairement, nous identifions les intentions viticoles à la dégustation. Les vins qui se démarquent font saliver, ils participent d’un travail sur le terroir et sur le rendement. »

L’exigence qualitative étant posée comme condition sine qua non, il faut ensuite présenter une cohérence d’ensemble d’abord sur les composantes gustatives de base (sucrosité, acidité). Et il faut également « identifier un air de famille, une originalité » inhérents au terroir et communs à plusieurs millésimes.

Las ! Le chemin de la reconnaissance n’est à ce point pas accompli. « La valorisation est un point important, avec des grilles de tarification différenciée », d’où l’intérêt de la rémunération à l’hectare plutôt qu’au kg de raisin, note au passage Yves Dietrich, autant « de solutions incitatives efficaces ». Point également notoire : les vignerons doivent faire preuve de mobilisation collective et d’implication dans leurs dossiers. Et donc saisir les opportunités événementielles qui se présentent à eux, pour faire valoir et connaître leur démarche.

Les jeunes vignerons se sont montrés interrogatifs sur le « timing » des démarches. En ce qui concerne les premiers crus et crus communaux, le projet a commencé l’année dernière. « Il y a 170 dossiers et une dizaine de dossiers communaux. On a sorti une quinzaine de dossiers types, avec des cas de figure très différents, pour avoir une réponse préliminaire sur ce qui sera possible de présenter », explique Yves Dietrich : cas de premier cru sur deux communes, cas de premier cru enserré dans un grand cru, etc. « Nous sommes face à une situation très ouverte. » L’ODG a donc fait connaître à l’Inao son intention de demander des reconnaissances en appellation.

Parallèlement, une petite commission, constituée de représentants vignerons et administratifs, a commencé à procéder à la dégustation des projets : « On en est à la moitié. Les dossiers présentés progressent, car les vignerons tirent des enseignements des dégustations. » Ça prendra du temps, prévient Yves Dietrich. Lorsque le dossier, comportant une batterie de reconnaissances en appellation, sera jugé recevable, il passera au crible juridique, et l’Inao nommera une commission d’enquête composée de trois vignerons d’autres régions, et « ce sont eux qui présenteront le dossier au comité vin, qui recueillera également l’avis du président du Crinao ». Il est donc important de créer des conditions préalables politiquement constructives avec l'instance nationale.

Yves Dietrich insiste sur la préparation des dossiers, en premier lieu, le choix des vins : « Nous limitons à dix vins par demande. C’est vous qui choisissez les millésimes. Plus la démarche est individuelle, par exemple un seul vigneron, plus l’exigence est élevée. » La logique veut en effet que l’effet de groupe facilite la possibilité de démontrer une identité de terroir. Selon les textes européens, « toute proposition est recevable, remarque Yves Dietrich, mais l'objectif est d’aboutir. »

Alsace crus et terroirs (ACT)

L’imaginaire autour des terroirs d’Alsace se construit

Vigne

Publié le 29/05/2016

Comment comprendre que le vignoble alsacien, qui dispose de la plus grande diversité géologique au monde, n’a toujours pas réussi à acquérir la notoriété de la Bourgogne ? Alors qu’il dispose pourtant d’un terrain de jeu exceptionnel afin de permettre aux amateurs de vin d’apprendre à percevoir comment s’exprime la géologie, parmi tous les autres facteurs du terroir, que sont l’homme, sa personnalité, les choix stylistiques, sa viticulture, l’orientation de la parcelle, son encépagement…

Le groupe de vignerons Alsace crus et terroirs, qui rassemble pour l’instant 19 domaines alsaciens de renom, se proposait d’approcher la compréhension des terroirs d’une manière assez novatrice dans le vignoble : les vins étaient classés par type de géologie, et les vignerons du groupe avaient choisi de ne présenter qu’un seul cépage dominant et relativement sensible aux variations géologiques : le riesling.

La dégustation, plus à caractère didactique que commercial, se tenait dans le cadre pittoresque de la Seigneurie à Andlau, haut lieu dédié à l’interprétation du patrimoine alsacien, qui dispose d’une salle d’exposition et d’une salle de dégustation très bien équipées. C’est le sommelier Jean-Marie Stoeckel qui assurait les animations de dégustation.

Le point de départ au renouveau

Sur l’invitation était écrit « un itinéraire (…) de huit terroirs qui magnifient le riesling », où il fallait en réalité lire que c’est le riesling qui magnifie les terroirs : « C’était une première avec toutes les imperfections et tous les aspects positifs que cela comporte. Il faut maintenant affiner notre communication et renforcer notre dynamique de groupe afin de pouvoir l’élargir à d'autres », indique André Ostertag, vigneron membre d’ACT.

Au-delà du travail de compréhension des terroirs, le groupe ACT a pour ambition de « faire comprendre à la restauration alsacienne que le vignoble alsacien, si riche et divers, mérite un traitement plus noble. Il y a un travail de longue haleine à mener pour que la restauration redevienne fière des alsaces. Pour nous, c’est un point de départ au renouveau ».

« Je note la venue d’une soixantaine de sommeliers, restaurateurs, dont beaucoup de jeunes qui se sont montrés sensibles à la classification par type de sol. C’est très encourageant », ajoute Séverine Schlumberger, présidente du groupe ACT.

Quelles manifestations pour l’avenir ? « ACT n’a pas aujourd’hui vocation à faire du commercial, insiste Séverine Schlumberger. C’est un outil de cohésion de communication. Nous souhaitons donner aux professionnels les mêmes arguments et les mêmes outils de compréhension des vins d’Alsace. »

Des outils de communication pragmatiques

Le groupe entend communiquer positivement, d’autant que les dégustateurs recherchent à travers le vin une certaine distraction. Et entend éviter d’étaler sur la place publique les débats internes à la profession. « Et par exemple ne pas opposer la production de masse à la production paysanne, tout a sa place », explique Séverine Schlumberger, soucieuse d’impulser un état d’esprit complice et convivial entre les vignerons, qui se sont par exemple pris au jeu de présenter chacun des vins autres que les leurs.

« Notre charte constitue une excellente base, mais il va nous falloir mettre au point nos outils pragmatiques de communication, ajoute-t-elle. Par exemple, je préfère dire que je vends un grand cru français qu’un riesling d’Alsace. » Il ne s’agit bien évidemment pas là de renier l’origine régionale, mais si le cépage aide à la compréhension du vin, il n’est plus en soi un élément fondateur de l’identité régionale, surtout depuis que sa mention peut être désormais attribuée aux vins de table. La construction de l’imaginaire des grands terroirs alsaciens est en marche.

Université des grands vins (UGV)

Inauguration de la salle des Prélats

Vigne

Publié le 27/05/2016

La Cave des Prélats à Sélestat, sous l’Hôtel d’Ebersmunster face au parvis de l’église Saint-Georges, au cœur de la vieille ville du Centre Alsace, rappelle que « Schlesstadt » était une ville foncièrement marquée par l'économie du vin d'Alsace. Au Moyen-Âge, à la Renaissance, jusqu’à la fin du 19e siècle, les vins y étaient goûtés et authentifiés par les gourmets avant d’être embarqués pour leur long voyage, parfois jusqu’en Suède ou en Russie. Ville d’art et d’histoire, Sélestat était alors un port vinique, c’était un point de départ central pour l’exportation des vins.

En cet endroit chargé de l’histoire des terroirs d’Alsace et comme un retour aux sources, l’Université des grands vins (UGV) proposera une formation qualifiante sur le concept de « terroir », intégrant les notions de dégustation géo-sensorielle. « Avec l’ambition de former les gourmets du 21e siècle, ceux qui sauront nommer les caractéristiques tactiles de chacun de nos terroirs », annonce Jean-Michel Deiss, président de l’UGV. Cette dégustation particulière est en effet centrée sur « les relations tactiles qui unissent le lieu et le goût, dès lors qu’on y pratique réellement une viticulture malthusienne, une viticulture de raisins vendangés à maturité ». 

«Ne pas confondre excellence et élitisme »

La salle des Prélats sera par conséquent « cet outil extraordinaire » où des vignerons et des amateurs pourront retrouver les descripteurs de chaque cru, « un outil pour discriminer noblement les terroirs et comprendre leur style respectif, participant ainsi à reconstruire l’imaginaire de chaque haut lieu alsacien ». Pour Jean-Michel Deiss, cet imaginaire est un préalable « indispensable au fondement d’une économie viticole d’excellence ». Dans les prochains mois, des producteurs, des entreprises, des syndicats viticoles pourront profiter du lieu et des compétences dédiées pour ce travail sur la compréhension et la caractérisation des terroirs. Dès ce samedi 28 mai à 14 h, puis à 16 h 30, le chercheur Jordi Ballester, spécialiste de la dégustation tactile, « viendra préciser les mots afférents au toucher de bouche des vins blancs, comme deuxième volet de son travail bourguignon sur le toucher de bouche des vins rouges ».

Une démarche élitiste ? « Il ne faut pas confondre excellence et élitisme, prévient Jean-Michel Deiss. L’excellence, c’est l’envie de proposer un projet culturel à chacun, avec des valeurs humanistes solides, une ambition viticole réellement collective, intégrant une vision économique rentable à moyen terme. L’élitisme, c’est continuer de faire de la premiumisation du riesling grand cru, où il n’y a qu’un seul vainqueur et beaucoup de déçus, c’est continuer de se revendiquer le meilleur. Ça n’a rien de collectif et ça ne peut pas être un projet mobilisateur pour nos jeunes. »

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