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David Lefebvre

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Intervitis - Hortitechnica à Stuttgart

Irrigation, GPS, drones : un salon très technologique

Vigne

Publié le 20/05/2016

En novembre prochain, Stuttgart verra affluer beaucoup de vignerons alsaciens à l’assaut de nouvelles idées en technique œnologique et viticole, lors du salon Intervitis. Les nouveautés ? Une branche Hortitechnica, dédiée comme son nom l’indique à l’horticulture et aux cultures spéciales (fraises, houblon, asperges). Et un nouveau partenaire, outre la DWV (Deutscher Weinbauverband) : la DLG (German Agricultural Society). Fondée en 1885, cette association comprend 27 000 adhérents. Ce qui marque donc un rapprochement avec le salon Agritechnica.

Comme il est de coutume, les vignerons de la fédération DWV tiendront au même moment leur congrès avec des séminaires complets dans tous les domaines du secteur vin. Et toujours, seront proposées la dégustation des essais œnologiques, 250 vins en tout, et la présentation mécanisée du matériel qui se déroule désormais dans un hall.

L’édition 2016 d’Intervitis - Hortitechnica s’annonce comme un salon très tourné vers les nouvelles technologies. Et pour appuyer la tendance, les organisateurs ont invité lors de la présentation du salon, le Pr Hanz Peter Schwarz, spécialiste à Geisenheim en engins autoguidés, et développeur du Phenobot, un appareil d’évaluation phénologique (mildiou, rendement) complètement autonome, et qui condense les dernières acquisitions technologiques en matière de viticulture de précision.

Cette évolution ne manquera pas de susciter de la curiosité dans le public et également du débat. Invité à cette présentation, le président Francesco Colpizzi, président des vignerons de Toscane, a posé la question : « Qu’est-ce que la qualité aujourd’hui ? » L’état sanitaire des raisins, la précision du goût, la qualité de la maturité ? « Certes des conditions nécessaires mais pas suffisantes en appellation », a commenté le représentant italien qui rappelle qu’en appellation, « la qualité combine aussi un milieu géographique, un savoir-faire humain, une typicité reconnaissable et originale. Original signifie qui ne peut être reproduit nulle part ailleurs dans le monde ». À terme, la question de la robotisation va également se poser dans les cahiers des charges d'appellation concernant la non-reproductibilité des savoir-faire. Par exemple les robots de taille… Déjà en France, dans l’appellation Comté, la question des robots de traite a été soulevée cet hiver. Et au final, l'immense majorité des éleveurs a choisi de ne pas introduire le robot de traite, considérant que l'acte de traite fait partie des savoir-faire de l'appellation comté à protéger.

Prévention des risques

Avoir l’esprit critique

Vie professionnelle

Publié le 17/05/2016

« C’est un enseignement optionnel que nous avons rendu obligatoire », explique Gilles Cadieu, directeur adjoint du lycée agricole d’Obernai. Le 10 mai dernier, les élèves de 1re bac pro avaient rendez-vous sur l’exploitation de polyculture-élevage de Gérard Lorber à Scherwiller, avec les conseillers prévention de la Caisse d'assurance-accidents agricoles (CAAA), pour un exercice d’analyse des risques au travail et de réalisation du « Document unique d’évaluation des risques sur l’exploitation ». Une opération menée en partenariat avec Groupama.

La prévention des risques ne doit pas être prise à la légère : « Il est inconcevable d’envoyer les élèves en stage sans les sensibiliser à ces aspects du danger au travail. Très souvent, on recherche la faille dans l’accident pour faire porter la responsabilité juridique et financière à celui qui est responsable dans la chaîne de l’événement qui a conduit à l’accident. Prudence, vigilance et observation sont donc requises », ajoute Gilles Cadieu.

Des accidents moins nombreux, mais plus graves

Accompagnés de leur professeure Marie-Laure Couvet, de Sébastien Rohmer et Denis Litt, conseillers prévention à la CAAA, les élèves ont donc passé en revue toute l’exploitation : les bâtiments, l’atelier, le stockage et le matériel, les machines, les tracteurs, le matériel d'affouragement, la herse lourde et l’atelier lait. « L’objectif est de les faire réfléchir et trouver par eux-mêmes des solutions techniquement réalisables pour prévenir les risques, soulager la pénibilité, en intégrant le rapport bénéfice/contrainte de sécurité (gain de temps, moins de pénibilité/contrainte sécurité) », explique Sébastien Rohmer.

Un rapport pas toujours bien évalué dans les exploitations, si l’on en juge les propos de Thomas Blum, président de la commission prévention de la CAAA : « Les accidents sont moins nombreux, mais plus graves, et parfois liés à des choses anodines. Sur les quatre derniers mois, six accidents ont donné lieu à des sectionnements de membre. Le plus souvent à cause d’intervention sur des engins en rotation. Ça ne coûte rien d’arrêter et de redémarrer… »

La formation de 40 heures de ces élèves de bac pro touchait également à des thématiques telles que les troubles musculo-squelettiques, les maladies à zoonoses (brucellose, Lyme, teigne). Les élèves ont dû, dans ce cadre, rédiger le Document unique d’évaluation des risques sur l’exploitation de Gérard Lorber. Globalement, si le groupe d’élèves n’était pas tout à fait au point pour la partie rédactionnelle, il a en revanche fait preuve de compétence sur le terrain, a résumé Marie-Laure Couvet.

Couverture végétale des silos

Fini les bouts de bâche et les pneus usagés

Cultures

Publié le 17/05/2016

La couverture végétale consiste simplement à semer très densément des graines de plantes à chevelure racinaire touffue, formant un matelas protecteur. A priori, il apparaît difficile de penser que la couverture végétale assure une protection efficace, en remplacement des traditionnelles bâches et des pneus usagers.

Pour vérifier l’intérêt de la couverture végétale sur les silos couloir, Denis Chapuis et A. Leuthreau, de la Chambre d'agriculture de Saône-et-Loire, ont analysé les couvertures de dix silos d’ensilage de maïs. L’étude a porté sur la qualité des fourrages, la qualité finale induite sur le lait et la validité économique de cette pratique.

De 0,5 à 3 kg de semences d’orge ont été déposés sur le silo par mètre carré au moment de l’ensilage. La couverture meurt en fin d’hiver, et il se forme une couche protectrice de 10 à 24 cm d’épaisseur, selon les silos, avec un chevelu racinaire dense « qui s’enlève aisément par plaque ».

Perte en MS moyenne de 1,8 %

La perte en matière sèche « est en moyenne de 1,8 % pour tout le silo ». Elle correspond à l’épaisseur superficielle de la couche dégradée de 0,6 % à 3,21 % pour la partie hors pentes aux extrémités ; où les couches dégradées sont plus importantes accroissant la perte globale de 0,6 à 0,8 %. Notons que ces couches constituent de la matière organique qui peut être recyclée en compost ou en méthanisation.

Sur le plan sanitaire, « aucun développement de moisissures n'a été observé sur les fronts d'attaque ni dans la masse des silos, notent les expérimentateurs. Le nombre de spores butyriques est très variable de 16 000 à 110 000 spores/g pour la partie haute et de 9 000 à 15 000 spores/g pour la partie basse, mais en moyenne très nettement plus élevé en partie haute (23 280 spores/g versus 3 343). »

Quant à la valeur alimentaire du fourrage, « celle de la partie haute est systématiquement plus faible de 5 à 12 % que celle de la partie basse (UFL : 0,88 vs 0,92 ; PDIN : 47 vs 54) ». Quant au lait, la teneur en spores butyriques est difficile à interpréter.

Les techniciens ont également évalué le temps de travail, jugé plus faible pour la couverture végétale, pour l’installation. Et en intégrant cette composante dans le coût final bâche vs couverture végétale, ils trouvent 0,84 €/m3 contre 0,77 €/m3 pour la bâche, correspondant également à l’intégration des pertes en MS, coût semence, coût bâche.

Les données technico-économiques des exploitations ne font pas état de dégradation des performances. Le facteur qualité de récolte étant prépondérant. Cependant, la couverture végétale permet d’éviter le risque d'accumulation de corps étrangers - armatures de pneus - dans la panse des ruminants.

Portes ouvertes au domaine Josmeyer à Wintzenheim

Biodynamique et forcément dynamique

Vigne

Publié le 13/05/2016

Pour leurs portes ouvertes, le 2 mai dernier, Isabelle et Céline Meyer ont placé leur dégustation sous le thème « Les ailes du désir », avec un caveau redécoré pour l’occasion. Et un thème presque récurrent dans les références artistiques choisies, celui du mouvement, de la dynamique et la beauté du geste, de l’envol, de la danse : le Boléro de Ravel, la victoire de Samothrace, le livre Une Confession de Maxime Gorki, des citations de Saint-Exupéry, ou encore la photo de Christopher Mac Candless embrassant l’immensité devant un océan d’oiseaux, dans le film Into the wild de Sean Penn.

Avec, pour chaque œuvre artistique, une série de vins choisis, alternant entre tensions et détentes, jouant sur les perceptions sensori-motrices, censées stimuler les représentations émotionnelles.

Mais chez Isabelle et Céline Meyer, le vin sert de support à l’œuvre artistique… « Nous ne saisissions pas d’abord le sens de la chose, puis nous en avons compris l’esprit », est-il écrit dans le programme proposé par les deux sœurs, reprenant les propos du musicologue Henri de Curzon, spectateur de la première représentation du Boléro de Ravel. C'était en 1928.

Pour parfaire la présentation de leurs vins, Isabelle et Céline ont concocté des recettes très personnelles, totalement créatives, et des accords mets - vins selon une certaine harmonie anthroposophique basée sur les quatre éléments.

Par exemple, un accord à la tonalité tellurique très apprécié entre un pinot gris Brand 2014 et une terrine de lapin, patate douce, carottes et pruneaux ; et un soupçon de caramel d’érable pour rappeler l’épopée dans l’immensité du grand nord de Christopher Mac Candless. Ou encore, un pinot gris Sélection de grains nobles 2010 avec un duo de nougats catalans pour accompagner un Boléro de Ravel dansé dans une posada espagnole, et raconté par Henri de Curzon.

Domaine Barthel à Albé

Une nouvelle génération très axée sur le terroir

Vigne

Publié le 11/05/2016

Le domaine Barthel à Albé connaît actuellement de grands changements. Christian Barthel cède progressivement les rênes de l’entreprise qu’il a fondée à ses deux fils Michel et Clément. L’installation de Clément était l’occasion de réaliser des investissements. Les Barthel ont entièrement réhabilité l’ancienne épicerie du village, devenue au rez-de-chaussée un caveau de dégustation-vente et des bureaux, et dans les étages un gîte et un appartement.

Un nouvel outil au service de la promotion du terroir d’Albé. Christian Barthel et ses deux fils, ainsi que les vignerons du village, attendent de pied ferme la reconnaissance en appellation communale Rouge d’Albé. L’exigence des usages significatifs longtemps invoquée par l’ODG avait freiné les vignerons dans leur volonté d’initier une demande en reconnaissance d'appellation. Il est vrai qu’il y avait peu de metteurs en marché revendiquant la spécificité des pinots noirs sur schistes à Albé. Mais aujourd’hui, les vignerons affichent le terroir : il y a les maisons historiques Gilbert Beck et Barthel, et également Klein, Pettermann, Frey… De quoi constituer une belle œnothèque, d’autant qu’Albé dispose de superbes caves anciennes d’architecture remarquable, voûtées et avec piliers en pierre de taille. Il y a d’ailleurs la cave partagée de la maison commune du val de Villé qui pourrait accueillir les flacons.

Achevant un remembrement entamé en 2001, Albé dispose par ailleurs d’une belle réserve foncière en appellation de 20 hectares. Reste à obtenir les fameux droits contingentés.

Ces 1er et 2 mai, Michel et Clément ont donc présenté leurs nouvelles cuvées d’où il ressort qu’ils segmentent encore davantage leurs productions de pinot noir, pour dégager des climats dans un terroir très marqué par sa géologie, sa toponymie. Citons notamment le Sonnenbach, un clos de 7 ha sur schistes bruns. Mais également de multiples autres cuvées, dont un pinot noir nature apprécié.

Salon des vins libres à Strasbourg

Une nouvelle génération présente ses cuvées nature

Vigne

Publié le 08/05/2016

Pour la 5e fois, le salon bisannuel des vins libres itinérant en Alsace, initié il y a dix ans, se tiendra les samedi 14 et dimanche 15 mai à Strasbourg. 41 vignerons français et 4 italiens exposants investiront la capitale alsacienne, à la Villa Sturm, près de la place de la République. Parallèlement, non loin de là, près de la place Broglie, 13 vignerons alsaciens feront de même au Salon Rouge. Avec en plus un « bar à vins des découvertes » pour les « cuvées libres » du vignoble alsacien, où des vignerons nouveaux venus qui s’essaient à une ou plusieurs cuvées sans soufre auront l’occasion de les faire déguster au grand public.

« Potentiellement, il y a une vingtaine de vignerons », indique Julien Albertus, du domaine Kumpf et Meyer à Rosheim. « On souhaite présenter les vignerons impliqués dans une intention morale, leur montrer qu’il y a une ouverture très internationale pour ces vins », explique le vigneron agro-écologiste Patrick Meyer à Nothalten. « Beaucoup de jeunes n’osent pas franchir le pas, étant donné le contexte anxiogène. » De fait, les vins naturels font toujours débat au sein de l’appellation, qui cependant « se montre ouverte », estime Patrick Meyer.

Un écho favorable parmi la clientèle urbaine

Mais les vins dits naturels « contaminent-ils le vignoble alsacien » ? Christian Binner, l’un des organisateurs et initiateurs de ce « mouvement de fond », observe une véritable dynamique en marche parmi la jeune génération, le tout cohabitant en bonne intelligence avec le vignoble « dont 80 % des vins sont écoulés en filière longue » et ne peuvent donc raisonnablement pas envisager les processus sans soufre.

Si les vins naturels se développent, c’est également parce qu’ils trouvent un écho très favorable parmi une clientèle urbaine, bobo, branchée. D’ailleurs, la veille du salon, le vendredi 13 mai au soir, cinq bars à vins et restaurants branchés de la capitale alsacienne proposeront une soirée dédiée, afin de rencontrer les vignerons du salon hors Alsace. « L’essentiel est que les vignerons aillent à la rencontre des amateurs et réciproquement, qu'ils passent une soirée conviviale, qu’il y ait des échanges. » Citons Au fil du vin libre, Entre deux verres, In vino veritas, Jour de fête, À bout de soufre et le Pont du Corbeau, cette winstub qui dernièrement avait accueilli le président de la République, François Hollande, et la chancelière allemande, Angela Merkel. Le patron, Christophe Andt, est un inconditionnel des cuvées sans soufre ajouté. Sans compter un autre restaurateur, l’étoilé Thierry Schwartz du Bistro des saveurs à Obernai, qui proposera pour sa part deux repas gastronomiques, l’un le samedi soir et l’autre, un brunch le dimanche.

Semaine des alternatives aux pesticides

Beau succès pour les démonstrations de semis direct

Vigne

Publié le 06/05/2016

Vincent Fleith est un vigneron passionné qui insiste « sur la dimension solidaire et le partage des informations et des savoirs pour progresser ». Il souhaite faire partager au plus grand nombre par la voie professionnelle ses acquis et ses expériences en agro-écologie. Il a présenté ses démarches de réflexion et ses pratiques viticoles. « Je vise entre 45 et 55 hl/ha. Ma fertilisation est adaptée à la capacité de rétention des sols ; et afin de ne pas gommer le lien au terroir, c’est-à-dire de ne pas gommer la minéralité du sol, car je pense que cette minéralité a une incidence dans le goût des vins », explique-t-il. « Par exemple, dans les argilo-calcaires, je mets 5 tonnes de compost tous les 3 à 5 ans, car le sol a une bonne capacité de rétention. Et dans les galets roulés, c’est 1,5 t tous les ans, car ces sols n’ont pas de capacité de rétention. C’est le pédo-géologue, Yves Hérody, au sein de Vignes Vivantes, qui nous a aidés à adapter nos pratiques en fonction de chaque lieu. Sur nos types de sols, il nous a par exemple conseillé de retirer les bois, car ils monopolisent la vie microbienne. »

Selon Vincent Fleith, Yves Hérody a également « permis de comprendre le paysage dans lequel on se situe. Nous sommes ici sur un cône de déjection. Je cultive sur des granites éboulés de la Fecht, sur des galets érodés et sur des lœss pour mes vins plus génériques. »

«Ne pas parier que sur un seul outil»

En ce qui concerne le travail des sols, Vincent Fleith estime qu’il lui faut cinq ans pour que ses vins deviennent intéressants : « Chaque année, je récupère une vigne, j’adapte progressivement mon travail pour éliminer les racines superficielles. Et au bout de cinq ans, je sème des plantes concurrentes et qui décompactent. Alors, ce n’est plus nécessaire de travailler en profondeur et je diminue les à-coups de minéralisation. Et à ce moment-là, les vins commencent à devenir intéressants, grâce aux échanges microbiens. » Mais il faut globalement une dizaine d’années pour arriver à maîtriser les à-coups de vigueur et les maladies cryptogamiques, ajoute le vigneron. Et au final, gommer l’effet millésime dans les vins.

Concernant le travail des sols, « c’est aussi une règle que de ne pas parier sur un seul outil, explique-t-il. Il en faut une panoplie. J’étais contre la fraise parce que ça lisse les sols, mais aujourd’hui les dents, qui sont inclinées, ne lissent plus, ce qui me permet par exemple de calmer la concurrence en printemps sec. »

Concernant l’aspect phytosanitaire, le vigneron applique quatre traitements liquides. Il encadre la fleur, avec soit un liquide ou un poudrage avant la fleur. Je commence au premier traitement à 80 l/ha et je termine à 140 l/ha. L’application a lieu au Turbocoll (Tecnoma), dont les ouvertures sont adaptées au plan de palissage. « Je ne traite jamais entre 11 h et 17 h en plein soleil, et de préférence quand le temps est couvert. Je suis à moins de cuivre sur toute ma saison qu’avant en un seul traitement. Et deux sacs de soufre pour 10 ha par traitement. »

À ces faibles doses de cuivre et de soufre, Vincent Fleith s’aide des plantes qui sont cueillies fraîches quand elles sont disponibles, appliquées en tisane ou en décoction, le matin juste avant application. « Entre la cueillette, la décoction, la filtration, il faut compter le temps de préparation. Nous allons, avec l’Atelier paysan, concevoir une tisanière pour faciliter notre travail. Chaque traitement a au minimum deux plantes. En printemps humide, c’est plutôt de la prêle, et en printemps sec, plutôt de l’ortie. Et à chaque fois de l’osier, pour l’acide salicylique. Cette année, j’ai fait une prêle à la période de Pâques. Je peux aussi utiliser de l’arnica et de la valériane pour les lendemains de grêle. »

Plusieurs rencontres m'ont fait progresser, indique Vincent Fleith : « Yves Hérody au sein de Vignes Vivantes, on a une dynamique de groupe, on avance plus rapidement, et  le conseiller en biodynamie Pierre Masson. »

Semaine des alternatives aux pesticides

Produits phytosanitaires, agriculture, santé, débat

Vie professionnelle

Publié le 05/05/2016

La première table ronde sur le thème « La santé des agriculteurs et des consommateurs » faisait notamment intervenir le Dr Isabelle Koscinski, spécialiste des problèmes de fertilité, dont les pesticides peuvent être responsables. Dans un rapport de l’Inserm corédigé, les pesticides DBCP (dibromochloropropane), et les insecticides chlorpyrifos, pyréthrines, organophosphorés sont bien identifiés comme responsables ou facteurs aggravant le risque.

Selon l’étude Agrican, certains cancers sont plus fréquents en milieu agricole : le mélanome de la peau, le myélome multiple, les lymphomes qui sont des cancers hématologiques. Des études étrangères ajoutent des cancers de la prostate, de l’estomac et du système nerveux central. Les cancers du poumon, du sein et du rectum chez la femme, du colon, de la vessie, du foie, pancréas, œsophage et larynx sont moins fréquents. Les lymphomes de Hodgkin, non hodgkiniens et les cancers des lèvres seraient plus fréquents, informations à confirmer. Le Dr Isabelle Koscinski insiste sur l'urgence à réagir. 

Pour Arnaud Issenhuth, agriculteur, administrateur à la Mutualité sociale agricole, « on est conscient. L’exposition ne concerne que certaines périodes d’application. Et il y a le délai avant récolte, comme protection. » Philippe Bunner, viticulteur, dit ne pas ignorer l’effet perturbateur endocrinien des pesticides. « On attend des solutions pour traiter moins. Mais quel prix sommes-nous prêts à payer par exemple pour avoir des eaux du réseau propres ? », sous-entendu totalement exemptes de traces de cocktails de résidus de pesticides, interroge le Dr Isabelle Koscinski.

Prévention et usages : réglementation et état des lieux

Le système d’homologation des produits phytosanitaires a évolué, puisque l’évaluation est effectuée par l’Agence européenne de santé (Efsa), indique Odile Rochigneux, de la Draaf. Alfred Klinghammer, animateur Écophyto à la Chambre d'agriculture d'Alsace, souligne pour sa part que les produits phytosanitaires servent à protéger les plantes et donc à nourrir la population. Problème, le budget consacré à l’alimentation est passé de 40 % à 12 %. Il faut donc produire le moins cher possible, observe-t-il. Quelques chiffres, la France consomme 60 000 tonnes de substances actives, dont 10 % vendues en jardinerie. En Alsace, c’est 900 t, dont 13 % en jardinerie. Un tiers du glyphosate est vendu en jardinerie. En ramenant ces chiffres à l’hectare, la France se situe au huitième rang en Europe.

La réglementation a fortement évolué, ajoute Odile Rochigneux avec le Certiphyto. En 2017, les collectivités ne pourront plus utiliser de pesticides dans les lieux publics. Pour Alfred Klinghammer, Écophyto représente un vaste travail, reposant sur trois piliers : la formation, la surveillance en réseau d’observation et les fermes Dephy pour expérimenter et démontrer des systèmes économes en intrants. « Les choses ne sont pas faciles, il faut du temps. » Et puis on se heurte à la demande sociétale, ajoute-t-il : des pommes sans tavelure, des feuilles de radis sans perforation d’altise… De son côté, Denis Litt, conseiller prévention à la Caisse d'assurance-accidents agricole du Bas-Rhin, souligne l’implication de la Caisse qui cofinance les protections individuelles et incite à utiliser les produits les moins dangereux. « Mais réduire, c’est du stress, témoigne Arnaud Issenhuth. Il y a deux ans, j’ai supprimé un fongicide, avec à la clé, le risque mycotoxine, et un déclassement de la récolte. »

Et le bio ? Maurice Meyer, maraîcher bio à Valff, dit qu’il ne voyait pas « l’intérêt de polluer plus pour manger » quand il s'est installé, d'où son choix. Mais le passage en bio suppose de tout changer : les rotations, les techniques, les circuits de ventes, les clients. « Ce n’est pas simple ! » Quant aux produits phytosanitaires de biocontrôle, ils visent à fortifier la plante. Ce ne sont pas des biocides. « Mais si vous mettez beaucoup d’azote, la plante est fragilisée par rapport aux maladies. » Donc la bio suppose aussi de baisser les rendements. « Une étude doit sortir. Elle indique que le coût global, et donc sociétal aussi, des produits phytosanitaires est plus cher que les bénéfices qu’ils apportent. »

Mobilisation de la recherche agronomique et des acteurs

Selon Nicolas Munier-Jolain, de l’Inra, l’agriculture est dépendante des pesticides. Mais il faut y regarder de plus près. Par exemple, la culture du maïs est beaucoup moins nécessiteuse en pesticides. Mais en Alsace, l’Indice de fréquence des traitements (IFT) du maïs est de 2,5, contre 1,5 au niveau national, ceci en raison de l’aspect monocultural. Mais peut-on changer de culture aussi facilement en plaine d’Alsace sans mettre en péril l’équilibre économique des exploitations ? L’Inra observe que les systèmes culturaux de polyculture élevage consomment deux fois moins de pesticides. Et que d’une manière générale, le retour à la rotation des cultures peut singulièrement diminuer les pressions en ravageurs et en adventices. Toute la difficulté est économique, et de trouver des filières et débouchés quand on est en rotation. La diversification des rotations doit donc être accompagnée en filière. Le problème « pesticide » est donc plus vaste qu'il n'y paraît.

En viticulture, le projet de recherche participative Pep’sVi, 1 million d’euros de budget, a pour but d’expérimenter, de concevoir des systèmes innovants à bas intrants, d’évaluer et de proposer, explique Marie Scholtus de l’Inra. Les agriculteurs ne sont pas hostiles au changement, témoigne Arnaud Issenhuth, mais il faut être sûr du résultat. Il compte sur la robotique et la génétique.

Et le bio, une voie d’innovation ? Un observateur de la salle pointe une faille du cahier des charges bio avec un produit perturbateur endocrinien notoire. Maurice Meyer objecte : « Si on est ici en débat, c’est bien qu’il y a un problème. Comprenez que les gens ne sont pas contre les paysans, mais contre les pesticides de synthèse. Certains phytosanitaires bios sont certes toxiques, mais ne sont pas rémanents dans l’environnement, à la différence des produits de synthèse. » Dans la salle, quelques agriculteurs retraités font remarquer qu’il y a une évolution notoire par rapport à leur époque, « où l’on mélangeait la bouillie à mains nues ». Alfred Klinghammer confirme : « On a évolué, mais on a mal communiqué ».

La conclusion revient au président de la MSA, David Herrscher : « Il faut avoir conscience qu’on a le ventre plein. Souvenons-nous en 2006, la crise alimentaire. Le paysage va changer d’ici dix ans. On va avoir des robots dans les champs. » Mais le président de la MSA met en garde : certains veulent de l’électricité verte, mais ne veulent pas d’éolienne. Il ne faudrait pas que ce soit pareil avec les robots. Par ailleurs, il a réitéré son souhait de ne pas se fermer sur les OGM pour remplacer les produits phytosanitaires.

Rencontre de traction animale en viticulture à Nothalten

Inciser, cicatriser, germer...

Vigne

Publié le 02/05/2016

Étaient présents les vignerons Hubert Haussherr à Eguisheim, Jérôme François à Ostheim, Dominique Meyer à Gunsbach (domaine Zind Humbrecht), Pierre Simler à Westhouse, Pierre Eiché à Ammerschwihr, Éric Altermath à Pfaffenheim, Aurélien Lurquin à Romery en Champagne, et Axel Lefebvre d'Orléans avec ses outils à taillant. Cinq chevaux de traction et 80 observateurs éparpillés dans les vignes pour apprécier les différents chevaux et leurs meneurs, les outils à l’œuvre, un rolofaca, des charrues de buttage et débuttage, covercrop, diverses griffes…

Dans d’autres situations, la pluie abondante de la matinée aurait entravé la qualité du travail des sols. Mais les sables filtrants du Muenchberg, couplés à la traction animale, ont largement permis aux meneurs d’exprimer leur savoir-faire sans altérer la structure de la terre. Certes, l’on pourrait penser que le cheval de trait pèse lourd et compacte le sol sous ses sabots selon la loi de physique P = F/S où la pression exercée au sol est inversement proportionnelle à la surface. Et comme la surface sous les sabots est réduite, la pression exercée au cm2 est forte. Mais c’est oublier que le lien au sol en traction animale est également biologique, et que le cheval n’exerce pas d’impulsion qui damerait le sol, à la différence d’engins motorisés dont les vibrations ont un effet de compaction de la terre d’autant plus important, qu’il n’y a pas d’amortissement.

Outils à taillants

Mais le propos de la matinée concernait aussi les outils de travail des sols, le réglage et les types de dents. Le taillandier Axel Lefebvre, qui fabrique des outils à taillant pour la viticulture, avait apporté notamment différentes pioches tirées de ses recherches historiques. Crouet, mare, bêche, pelle de vigne, binette, raclette : il existe un type d’outil par type de sol et par type de travail. Les outils à taillant sont auto-affûtants en raison de leur fine lame d’acier-trempé sertie entre deux couches de fer doux. Ce qui leur procure longévité et une qualité de tranchage inégalée.

Axel Lefebvre fabrique désormais des dents ce de type à monter sur étançon pouvant équiper les charrues. Comparant la facilité de travail de traction avec une charrue équipées de ces dents taillandées, le meneur Pierre Simler a constaté un grand soulagement pour son cheval. (voir les vidéos sur notre page Facebook EAV/PHR). La qualité du tranchant permet un travail de la terre plus précis, plus propre, à l’image d’une incision de la peau au scalpel plutôt qu’avec un couteau dégrossis.

Kirchheim

Une plateforme phytosanitaire high-tech, à visiter

Cultures

Publié le 30/04/2016

« On a visité Geudertheim et encore d’autres stations », explique Hervé Trappler, le président de la Cuma Kirchheim et environs, qui gère la plateforme phytosanitaire de Kirchheim. La construction a demandé trois années de réflexion, menée parallèlement avec Grégory Lemercier de l’Adar du Kochersberg.

La plateforme de Kirchheim est véritablement intercommunale avec des exploitants des villages avoisinants de Wangen, Marlenheim, Furdenheim, Osthoffen, Dahlenheim, Scharrachbergheim, Odratzheim, et Westhoffen. « Certaines communes ont aidé et pas d’autres, donc on a mis en commun les aides », poursuit Hervé Trappler. Le montage financier a été mis au point par l’Adar et le service Cuma : « Il en coûte 230 euros de part sociale, on a demandé un premier versement de 500 € par exploitation, et on a fait une quote-part fixe de 1 600 € déductibles de la somme finale à payer. Vignes et asperges ont un coefficient de trois par rapport aux terres labourables. L’investissement me revient à 4 000 € pour 40 hectares, amortissables sur 5 ans », précise-t-il. Par ailleurs, selon les exigences de l’Agence de l’eau, chacun doit également s'équiper d'un volucompteur et d'une aire bétonnée. Au total l’investissement s’élève à 255 000 €HT, dont 133 000 € de subventions. La trentaine d’agriculteurs affiliés a voulu parer au maximum d’éventualités, et jouer l’avant-gardisme par rapport aux évolutions de normes.

Les agriculteurs ont opté pour une plateforme couverte de macadam plutôt que de concassé, avec des aires bétonnées, deux aires de remplissage, une aire de lavage tracteur entièrement autonome avec un débourbeur, un déshuileur, relié à un puits sans fond. « On a multiplié les débourbeurs et les déshuileurs. Le système est high-tech », avec une gestion centralisée des électrovannes qui orientent les flux selon leur origine et leur nature (pluies, lavages, effluents phytos). Le bac phyto dispose d’un humidificateur avec sondes pour entretenir l’humidité et d’une sécurité de débordement. Le site dispose également d’une citerne d’eau propre tirée d’un puits.

Tout est contrôlable depuis l’armoire centrale, « avec badge et clé, programmation des volumes, permettant de savoir qui fait quoi et comment », précise le président de la Cuma. Le site n’est pas agréé pour l’entreposage permanent des phytosanitaires et du gasoil pour le surpresseur. Outre les pulvérisateurs et effluents phytosanitaires qu’ils pourront ramener, les exploitants pourront y aller avec leurs moissonneuse-batteuse, charrue, machine à vendanger sans marcs…

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