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David Lefebvre

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Interview de Thomas Montagne, président des Vignerons de France (VIF)

« Faisons attention de ne pas avoir trop peur ! »

Vigne

Publié le 25/04/2016

Sur l’action générale des VIF

Thomas Montagne : « Nous sommes un syndicat de TPE, nous n’attendons pas que l’environnement s’adapte, on va de l’avant, on fonce et c’est nous qui créons notre environnement. Mais il est clair, qu’avec un appui politique, ça va plus vite. Sur notre stand du Salon international de l’agriculture, nous avons dit aux politiques : Foutez-nous la paix ! Laissez-nous travailler ! Cessez de nous mettre des poids que d’autres n’ont pas. C’est un vrai problème de société. Nous avons besoin d’air pour respirer. Nous cherchons à améliorer l’écosystème de nos vignerons, notre environnement économique et juridique. On a trois conditions pour être efficace : l’unité, l’intelligence et le nombre. Les vignerons indépendants comme les coopératives se sentent assez mal représentés dans les interprofessions au niveau national. En Alsace vous l’êtes, mais il y a des dissensions, pourtant j’ai la ferme conviction que vous allez trouver à vous entendre, car cela est nécessaire. »

Sur l'œnotourisme

TM : « C’est Philippe Blanck qui est en charge du dossier au plan national. Il est clair que l’œnotourisme ne se fera pas de manière intelligente en France sans les vignerons indépendants. L’âme de la viticulture, c’est nous qui la représentons. Nous seuls sommes capables d’apporter ce supplément d’âme, c’est ce que nous allons expliquer aux ministres pour obtenir les retombées qui naturellement doivent nous échoir. Nous souhaiterions être référencés comme il se doit sur le site Atout France. Notre site a été refondu, il comporte un volet œnologique avec des offres packagées - comprenant l’hôtel, le transport, la visite de cave, la dégustation, le restaurant -, proposées avec des prestataires. À chacun son métier : nous n'avons pas l’intention de prendre des licences de tour-opérateur. L’œnotourisme est une des réponses à cette question des vins d’importation comme ce pinot blanc à 1,33 €. »

Sur la protection des appellations

TM : « Faisons attention à ne pas avoir trop peur de l’avenir. Les lignes Maginot sont toujours contournées et finissent par céder. Ayons le courage de dire les choses. De gérer nos appellations de manière différente. Vous vous êtes battus pour que certains cépages ne puissent figurer sur des étiquettes de vins de France et finalement le boomerang revient par l’extérieur. Finalement on a mis une barrière réglementaire. Au lieu de s’élever par l’excellence, le système des appellations a tendance à vouloir contraindre les autres strates IGP et VSIG avec des fardeaux administratifs. C’est bien l’excellence qui nous sauvera, et pas d’exercer des contraintes chez les voisins. Soyons visionnaires. Contre ce pinot blanc sud-africain à 1,33 €, nous avons un moyen de nous défendre, c’est notre logo, il est gage de traçabilité. On a une histoire à raconter derrière ce logo. Nous dépensons beaucoup d’argent pour en faire la promotion : 300 000 €. Si nous ne l’utilisons pas, on a tout faux. Il véhicule des images de terroir, d’authenticité, des valeurs qui nous touchent. Nous en sommes les premiers gestionnaires. »

Sur la simplification des taxations douanières

TM : « Si on doit expédier 36 bouteilles en Europe, ça se complique sérieusement, y compris là où on n’a pas de droits d’accises à payer. Pour les ventes à distance en Europe, on doit faire appel à un transitaire fiscal, d’où la complexité administrative. Avec la Confédération européenne des vignerons indépendants (Cevi), nous sommes intervenus à Bruxelles : l’idée, c’est d’obtenir un guichet unique, il ne s’agit pas d’éluder les accises, ce serait utopique, mais il s’agit d’obtenir un système unique, faute de quoi, j’ai expliqué, lors d’un colloque à Bercy, que le business n’attend pas, on se débrouille et on ne se situe pas exactement dans la légalité européenne. »

Sur le label HVE

TM : « Je pense que le risque phytosanitaire pourrait s’avérer nettement plus préjudiciable que les messages sur l’alcool. Il faut en avoir conscience, prendre les options maintenant, être le plus propre possible et le faire savoir. C’est bon pour nous, pour le terroir et pour nos clients. Il n’y a pas trop de questions à se poser. Le label HVE a un spectre plus large que le bio, puisqu’il intègre aussi la biodiversité. Mais ces deux labels (NDLR : ou Terra Vitis) ne sont pas à opposer. 38 % des adhérents sont engagés en démarche environnementale, dont 20 % en bio. Nous sommes donc en avance. »

Suspension du diméthoate sur les cerises

La clause de sauvegarde doit-elle s’appliquer aux importations de vins ?

Vigne

Publié le 15/04/2016

Puissant insecticide organophosphoré, le diméthoate est utilisé depuis l’après-guerre. Son efficacité permet notamment de lutter contre la drosophile, insecte ravageur des petits fruits rouges et du raisin, en recrudescence avec le réchauffement climatique. Efficace mais présentant un profil écotoxicologique extrêmement défavorable, le diméthoate est classé comme perturbateur endocrinien, dangereux pour les abeilles.

La matière active figurait depuis 2012 sur une liste européenne de retrait programmé du marché en 2016. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), estime que « le diméthoate fait courir des risques inacceptables aux utilisateurs, aux consommateurs et à la faune ». Un plan de contrôle en 2012 avait révélé par exemple que sur 546 échantillons prélevés à la récolte, tout végétaux confondus, 55 présentaient des résultats non conformes. Huit échantillons affichaient une concentration en résidus supérieure aux limites maximales autorisées. Le diméthoate était en cause dans six échantillons de cerises*, mais également dans des raisins. En conséquence, il a été retiré du marché à partir du 1er février 2016 dans l’hexagone.

Un avantage technico-économique

Mais cette année la pression en drosophile est importante au vu des piégeages d’hiver. Reçues au ministère de l'Agriculture le 24 mars avec la FNSEA, les organisations professionnelles ont demandé une dérogation de 120 jours afin de sauvegarder les productions de cerises, présentes notamment autour du sillon rhodanien, des attaques de drosophiles. Elles ont invoqué le fait que les autres pays européens peuvent toujours utiliser le diméthoate, ce qui leur procure un avantage économique. Les alternatives techniques sont limitées. Les autres insecticides, comme les spinosines ou le cyantraniliprole, ne sont pas aussi efficaces sur les cerises. Les filets anti-drosophile sont efficaces, mais leur coût, entre 20 000 et 30 000 €/ha, est limitant.

Déjà très concurrencée sur des dossiers comme les charges sociales et le coût de main-d’œuvre, la profession des fruits et légumes, et notamment les producteurs de cerise, ont fait savoir qu’ils ne survivront pas à cette distorsion technico-économique provoquée par l'avantage donné aux exportateurs de fruits espagnols ou turcs, qui utilisent le diméthoate sans restriction d’usage.

Plutôt que de proroger l’Autorisation de mise sur le marché (AMM) du diméthoate, Stéphane Le Foll a opté pour une autre stratégie : le 29 mars, il a saisi la Commission européenne pour demander l'interdiction immédiate du diméthoate dans toute l'Union européenne sur les fruits et légumes. Ceci afin de préserver les intérêts économiques des producteurs tout en protégeant ceux des consommateurs. À la date butoir du 5 avril, la Commission européenne n’avait toujours pas rendu de décision. Désormais se posent deux choix : soit l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) reconnaît le danger et applique l’interdiction à toute l’Europe, soit la France sera amenée à déclencher une clause de sauvegarde nationale ayant pour effet d’interdire la commercialisation dans l'hexagone de toutes cerises traitées au diméthoate.

« S'il est dangereux en France, il l'est dans toute l'Europe »

Lors d'une réunion entre les professionnels et le préfet du Vaucluse le 29 mars, ce dernier a reconnu logiquement que « si le produit est considéré comme dangereux en France, il l’est également ailleurs en Europe ». Et il l’est également pour d’autres productions végétales… Cette clause de sauvegarde s’appliquera-t-elle donc in extenso aux autres productions ? « Haricots non écossés, raisins de table, pêches, aubergines, endives, céleri et laitues », liste l'Anses. Par exemple, l’Espagne autorise le diméthoate sans restriction sur les vignes. De même la Suisse, ou même encore l’Allemagne dont le vignoble avait connu en 2014 une attaque sévère de drosophile. En toute logique, si la clause de sauvegarde nationale s'appliquait aux cerises d'importation, elle devrait être étendue à d'autres productions végétales d'importation comme aux vins ibériques ou allemands dont les vignes ont été traitées au diméthoate.

En 2013, l’Efsa a renvoyé aux États membres le soin de statuer produit par produit et usage par usage sur le niveau de risque pour le consommateur. Pas d'extension automatique donc sans l'avis circonstancié de l’Anses, qui pourrait cependant être amenée à rendre des avis similaires pour d'autres productions végétales, dont les analyses font état de dépassements chroniques de Limite maximale de résidus (LMR).

Terra Vitis Alsace

Une démarche environnementale en constante amélioration

Vigne

Publié le 13/04/2016

L’association Tyflo défunte, les vignerons n’avaient plus de label sur lequel s’appuyer pour avoir un discours crédible auprès des consommateurs. Avec l’aide de Catherine Hammer d’Alsace Qualité, comme cheville ouvrière, ils peuvent depuis 2014 s’appuyer sur un autre label : Terra Vitis. Bien implanté au niveau national puisque 500 vignerons adhérents revendiquent ce label certifié par l’organisme Certipaq.

En Alsace, ils sont une trentaine à appliquer le cahier des charges Terra Vitis avec trois nouveaux adhérents en 2015. Sa philosophie : une approche très technique, avec des obligations de moyens sur les méthodes viticoles et d’élaboration, et des objectifs de réduction d’intrants. Au sein de la fédération nationale Terra Vitis, les vignerons alsaciens, fidèles à leur image environnementale, se sont d’ailleurs illustrés en proposant des avancées comme la suppression des herbicides de prélevée, et la limitation à un seul anti-botrytis. Une démarche extrêmement raisonnée donc, sans toutefois s’interdire en année difficile le recours à des matières actives.

Engagés à faire connaître leur label

Terra Vitis présente en outre la particularité de n’avoir comme adhérents que des vignerons récoltants-manipulants. Terra Vitis s’est retrouvé malgré lui en concurrence avec le label Haute valeur environnementale (HVE, lire en encadré), quand la fédération nationale des Vignerons indépendants de France a opté pour le soutien de ce dernier.

Comme la certification représente un coût, « l’idée serait de faire converger les audits de manière à ce que le label Terra Vitis valide de facto la certification HVE », explique le vigneron adhérent Frédéric Arbogast. Cependant, ce projet de convergence se heurte à une difficulté : le label HVE diffère dans sa philosophie, dans la mesure où il repose plutôt sur une obligation de résultat. « Et donc les moyens mis en œuvre ne sont pas aussi cadrés que Terra Vitis qui repose sur un cahier des charges très technique. »

« Les consommateurs sont plus attentifs, on a de plus en plus de questions sur les résidus, modes d’élaboration, sur les traitements. Les gens sont soucieux de ce qu’ils mangent », explique le nouveau président Jean-Paul Ostermann, vigneron à Ribeauvillé, qui succède à Frédéric Arbogast. C’est pourquoi, les vignerons de Terra Vitis déploient beaucoup d’efforts de communication pour faire connaître leur label. Une importante délégation alsacienne est régulièrement présente sur les salons internationaux, comme ProWein ou Vinexpo, mais également dans les manifestations viniques plus locales comme le Slow up de la Route des vins d’Alsace, qui se tiendra le 5 juin entre Sélestat et Bergheim.

Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira)

Structurer l’offre, les prix, la distribution et la communication

Vigne

Publié le 05/04/2016

Le Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira) tenait son assemblée générale le 23 mars dernier à Châtenois, avec un ordre du jour chargé sur des dossiers récurrents et des sujets d’actualité : notamment la hiérarchisation, la prémiumisation de l’offre en vins d’Alsace, l’arrivée des VSIG cépages rhénans en linéaire, la signature de la convention A Cœur avec la Région…

En toile de fond des débats de cette journée, la mise en marché tonitruante d’un vin (VSIG) ostensiblement étiqueté pinot blanc en flûte et originaire d’Afrique du Sud, au prix de 1,33 € la bouteille, par un opérateur alsacien. Chassez les VSIG cépages rhénans du foncier, ils arrivent par les linéaires en masse. « Les politiques de protectionnisme, la limitation des plantations et la protection des cépages, ont échoué », analyse le jeune vice-président du Synvira, Florian Beck-Hartweg. « Quand on monte des lignes Maginot, ça ne dure qu’un temps, ajoute Thomas Montagne, président national des Vignerons indépendants de France. Vous vous êtes battus pour que vos monocépages soient interdits ailleurs en France, mais les VSIG arrivent de l’extérieur. Le boomerang est revenu. »

La situation n’inquiéterait pas outre mesure les vignerons si l’offre des alsaces était bien structurée. Mais tel n’est pas le cas, estiment les vignerons indépendants. La politique de prix n’est pas claire : des grands crus autour de 5 €, des offres promotionnelles d’AOC cépages autour de 3 €. Mais pour Jérôme Bauer, président de l’Association des viticulteurs d'Alsace, « cela ne va pas massacrer la consommation des vins d’Alsace, car nous ne pourrons jamais jouer dans cette cour des 1,33 € de vins italiens, ou sud-africains. »

Hiérarchisation

Structurer l’offre, c’est ce que réclament à cor et à cri les vignerons indépendants avec la hiérarchisation et le classement des lieux-dits : « Cette banalisation des cépages que nous avons vu arriver comme une menace est désormais réalité. Ne cédons pas au catastrophisme, mais nous avons le devoir de réagir. Le Synvira réfléchit à une sortie par le haut, avec des vins à forte personnalité portés par la bannière collective du terroir », explique Florian Beck-Hartweg. Aujourd’hui, les vignerons de 160 lieux-dits ne demandent qu’à baisser leurs rendements à 57 hl/ha pour monter en gamme, gagner en personnalité. Hélas, déplore-t-il, « nous avons la preuve que l’ampleur du dossier proposé à l’Inao pour la valorisation de nos terroirs, est bien trop faible. A-t-on le droit de leur dire non ? Selon nos informations, il n’y en aurait que 25, avec tel ou tel cépage, peu ou pas d’assemblage. »

Jérôme Bauer s'est voulu rassurant : « Ce ne sont pas les seuls dossiers qui seront présentés à une commission d’enquête. Cette première série de dossiers sera présentée pour ouvrir le chantier. Donc ce ne sont pas 20 dossiers qui seront présentés, mais j’ose espérer que ce sera beaucoup plus. Par contre, en faire aboutir dès demain 170, je ne suis pas sûr que cela soit possible. Ce n’est pas nous qui avons la main, c’est l’Inao qui nous dira, là on est bon, là on ne l’est pas. On n’a pas le droit de se louper sur ce dossier, donc soyons efficaces, ne partons pas en ordre dispersé. »

« La transition est mûre »

Le Synvira continuera pour sa part « à encourager les vignerons motivés à aller dans le sens de la valorisation de nos terroirs, à construire des projets ambitieux, d’ampleur bien plus large et immédiate ». Pour Florian Beck-Hartweg, « la transition est mûre, les projets sont prêts. Il faut les lancer et les appliquer. Mais aurons-nous la place politique pour le faire ? »

Face à cette situation Thomas Montagne propose également de « s’élever par l’excellence, plutôt que de se fixer des barrières réglementaires ». Quels outils et leviers pour s’en sortir, interroge Pierre Bernhard, le président du Synvira ? Appliquer les trois valeurs : « le partage, l’engagement et le respect ». Mais encore ? Certes les grands crus – 3 % de l’offre, le haut de la pyramide - devraient afficher des prix de 50 €, estime-t-il. Et donc « avoir du courage et de l’ambition », mais trop de clichés négatifs collent encore aux vins d’Alsace : « Les gewurztraminers et rieslings ont toujours des soucis d’image. L’on entend encore sur Paris qu’ils font mal à la tête », déplore le président du Synvira. « Il nous manque ce côté sexy pour passer le cap, les Allemands et Autrichiens ont réussi. Je suis convaincu qu’il nous faut peu de chose pour réussir. »

Reste que la structuration ne doit pas se limiter à la production et aux prix, mais doit également s’appliquer à la communication et aux circuits de distribution.

C’est pourquoi, Pierre Bernhard a invité Jean HansMaennel, vice-président des brasseries Kronenbourg jusqu'en 2016. Il a expliqué comment en dix ans la marque alsacienne est sortie de l'image du « pack de kro » pour reprendre le chemin de la croissance.

Université des grands vins (UGV)

Dimensions tactiles du vin, une base solide pour caractériser le terroir

Vigne

Publié le 05/04/2016

« Depuis 25 ans que nous analysons les sols, nous sommes intimement convaincus du lien entre le goût du vin et du lieu », introduit Lydia Bourguignon. La notion de terroir est indissociable de la qualité du sol et du matériel végétal, qui sont hélas fortement dégradés, poursuit-elle. « On commence à comprendre comment la biologie du sol interfère sur le goût. »

De quelle manière le sol agit sur le goût ?

« Les minéraux n’ont aucune odeur, mais interfèrent sur le goût de façon extrêmement importante, explique Claude Bourguignon. La vigne se nourrit dans l’atmosphère, elle y prélève 94 % de sa matière sèche, à travers quatre atomes : le carbone, l’hydrogène, l’oxygène et l’azote. Quant au sol, il ne fournit à la vigne que 6 % de la matière sèche, mais sous forme de 24 atomes différents. » Qui vont notamment servir de cofacteurs enzymatiques à la synthèse des parfums, explique-t-il. Et il n’y aura de synthèse d’arômes particuliers au lieu, que si le sol est vivant. « On connaît des milliers d’enzymes à cofacteur, comme la potasse, le fer, le sélénium, le zinc, le cuivre, etc. Or ces éléments métalliques ne viennent pas de l’atmosphère, mais du sol. »

Par contre « nous ne connaissons pas les chaînes enzymatiques qui aboutissent à la synthèse des arômes. Mais on sait que chaque roche, chaque lieu a des teneurs en oligoéléments particulières. » Ce que d’ailleurs les vignerons savent empiriquement : « Par exemple quand on dit que le manganèse fait « morgonner » le gamay et que le vin « morgonne », on attribue ceci à la synthèse d’arômes liés au manganèse des sols de Morgon. On le retrouve très bien quand les sols sont vivants. »

Rendre les éléments absorbables

Pour Claude et Lydia Bourguignon, les microbes jouent un rôle fondamental pour rendre les éléments solubles pour nourrir la vigne. « Il faut que ces éléments soient sous forme ionique. Pour des éléments tels que le soufre, le phosphore, l’azote, le rôle des microbes va consister à les charger en ions négatifs. Ils vont utiliser la voie de l’oxydation, l’azote (N) en nitrate, le phosphore (P) sera oxydé par les mycorhizes en phosphate, le soufre (S) en sulfate. » Mais pour qu’ils soient oxydés, il faut de l’oxygène et donc un sol aéré par la microfaune, fait remarquer Claude Bourguignon.

Quant à la transformation des oligoéléments, tels que le fer, le magnésium, le cuivre, etc., en éléments solubles, c’est beaucoup plus complexe. Car, à l’état oxydé, ils deviennent totalement insolubles. « La stratégie chimique consiste à chélater ces oligoéléments, c’est-à-dire à les attacher à un acide organique que le microbe va synthétiser, et former par exemple du citrate de fer, du succinate de fer, de l’oxalate de fer, cela va dépendre du sol et de la microflore du sol, ce mécanisme nécessite aussi de l’oxygène. »

Ce qui explique, pour Claude Bourguignon, que les micro-organismes du sol sont incontournables pour assimiler les éléments minéraux. « Je peux vous montrer des vignes chlorosées sur des sols rouges totalement pourvus de fer, uniquement parce que les sols sont morts. » Pour les deux agronomes, la vie du sol n’est ni plus ni moins que la base fondamentale de l’alimentation : dans 1 gramme de sol, il y a 10à 108 actinomycètes, 107 à 1010 bactéries, des milliers d’algues, de protozoaires, de champignons, « c’est l’équivalent de 1 000 êtres humains à l’hectare ».

L’absorption

Une donnée fondamentale dans l’absorption minérale par les plantes est le rôle des argiles, dont la surface interne varie de 30 m2/g à 800 m2/g. Les argiles servent de réservoir aux cations, c’est-à-dire aux ions à charge positive. Elles vont échanger plus ou moins de cations selon cette surface interne. « Pour attirer les minéraux, la plante fonctionne comme une pile électrique. Elle se charge positivement grâce à la "pompe électrique", l’ATP, qui stocke sur la membrane cellulaire les cations (positifs) monovalents sodium et potassium en tant que charge électrique, ce qui permet d'attirer les anions (de charge opposée négative) nitrates, phosphates, sulfates, que les microbes fabriquent. »

Claude Bourguignon résume : « Un système astucieux où la plante va emprunter au complexe argilo-humique des charges positives K+ et Na+, pour absorber les ions négatifs nitrates, sulfates, phosphates, fabriqués par les microbes. Et absorber les oligoéléments que les microbes vont également lui donner sous forme de complexe organominéral. »

On voit que l’absorption minérale repose sur un équilibre de charges électriques et que l’absorption des cations monovalents et des oligoéléments dépend de l’absorption des anions sulfates, phosphates, nitrates. « Ce qui explique que si on apporte du NPK, on perturbe totalement l’absorption minérale. Si on apporte du phosphore, on surexcite la pompe, à l’exemple des gamins surexcités en buvant trop de coca-cola, riche en acide phosphorique », illustre Claude Bourguignon.

De même, l’apport de potasse provoque une « absorption de luxe », une « surcharge positive des cellules avec le potassium », et par conséquent une attraction massive dans la cellule d’ions de charge opposée, comme les nitrates. La plante est salinisée : « Pour ne pas mourir, elle dilue le sel en absorbant de l’eau, on dilue la récolte », explique l’agronome. Autre effet néfaste, l’apport d’ion potassium (K+) fait que la membrane cellulaire repousse d’autres cations positifs tels que le calcium ou le magnésium, ce qui crée des carences. En outre, le calcium est un élément protecteur des cellules. Donc on fragilise la plante face aux agresseurs bien connus de la vigne. « Et finalement, on retire cet élément subtil de l’alimentation du sol. »

La fermentation révèle le goût du lieu

Dans le raisin, puis le vin, une partie de ces éléments minéraux positifs reste à l’état libre. Ils interréagissent avec la dégustation. Par exemple, le magnésium diminue l’impression de sucrosité, le calcium masque les alcools et les sucres, observe Lydia Bourguignon. Dans le cadre de l’expression gustative de ces éléments, la fermentation joue un rôle particulier : « Les minéraux prennent de plus en plus d’importance par rapport au jus de raisin de départ. On minéralise la matière. La fermentation est un des instruments que l’humanité a inventé pour goûter le terroir : fermentation des pommes, raisin, charcuterie, chocolat, café, tabac, parce qu’on augmente la partie minérale, par rapport à la partie organique », résume Claude Bourguignon.

Mais il reste cependant bien des mystères à percer : « Comment se fait-il que l’on perçoit la granulométrie du sol dans le vin par le toucher de bouche ? » En effet, selon Claude et Lydia Bourguignon, par exemple « les argiles confèrent un côté collant. Il y a des correspondances de textures, entre le sol et le toucher de bouche du vin, cela reste un mystère ». Quels sont ces éléments qui transmettent la texture du sol au vin ?

Inra de Colmar

2015, année fertile en science pour les généticiens

Cultures

Publié le 18/12/2015

2015 restera une excellente année pour l’équipe des généticiens de l’Inra de Colmar qui se sont succédé depuis 15 ans dans les travaux de recherche sur la génétique des cépages et la couleur des pinots en particulier : Frédérique Pelsy, Vincent Dumas, Lucie Bévilacqua, Stéphanie Hocquigny et Didier Merdinoglu. La revue « PloS Genetics » a autorisé en avril dernier la publication de la synthèse de leurs travaux qui leur permettent d’établir un distinguo clair entre ce qu’est un clone et une variété, et de décrire les événements génétiques qui ont conduit à l’expression des différentes couleurs des pinots.

La question était de savoir quand nous observons des différences ampélographiques entre deux plants de vigne où se situe la limite génétique entre une différence clonale et une différence variétale. Car, même un clone multiplié par voie végétative, tel que cela est opéré chez les pépiniéristes, ne donne jamais des individus ayant rigoureusement le même génome que la souche de multiplication. Peuvent survenir par exemple des mutations sur le génome au cours de la multiplication cellulaire, classiquement appelée mitose. Donnant ainsi des variations d’expression phénotypique aux conséquences agronomiques bien visibles, comme des différences de sensibilité de clones à diverses maladies, et aussi des différences d’expression aromatique entre la souche clonale et les individus multipliés. « Par la force des usages technologiques » et agronomiques, inéluctablement le génome évolue au gré d’événements mutagènes, que l’équipe de génétique de l’Inra de Colmar s’attache à décrire. La question était aussi de savoir si l’événement génétique est suffisamment important pour engendrer une nouvelle variété, ou engendrer seulement un variant clonal.

En utilisant des marqueurs moléculaires neutres, les chercheurs ont évalué le taux de « similarité génétique » sur d’importantes collections de cépages et de clones, permettant de bien discriminer s’il s’agit de variété ou de clone.

Comprendre l’évolution du génome

Pour comprendre l’évolution du génome, il s’agissait ensuite de comprendre quels événements génétiques modifient à la marge le génome ou le modifient significativement. Il apparaît que la perte ou l’apparition de couleur - une différence phénotypique a priori importante - peut provenir d’un événement génétique mineur.

En 2004, la thèse de Stéphanie Hocquigny avait permis de révéler que la couche de cellules colorées de la pellicule du pinot noir n’a pas tout à fait le même génome que les cellules internes de la baie qui sont non colorées. Et que c’est dans la différence de génome que réside l’expression ou l’extinction de la synthèse des pigments colorés. L’on apprenait ainsi que le pinot noir est une plante chimérique, avec toutefois des génomes variant à la marge entre les cellules de la pellicule et de la pulpe. Restait aussi à expliquer pourquoi il y a des variants phénotypiques du blanc et du noir, comme le rose ou le gris, ce que l’on observe par exemple chez les pinots, les chardonnays, les savagnins… Et quels événements génétiques font que les gènes de biosynthèse des pigments (anthocyanes) sont parfois inactivés ou réactivés partiellement ou totalement. Et conduisent ainsi à ces expressions de couleur ?

Des événements jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes

Entrent en compte des phénomènes de mutation, de délétion, d’échanges de chromosomes comprenant « l’haplotype » des gènes de la couleur, c’est-à-dire plusieurs gènes sur le même chromosome. Les chercheurs ont ainsi reconstitué un savant enchaînement de phénomènes génétiques, fondamentalement intéressant pour la génétique des plantes en général et de la vigne en particulier, avec des événements jusqu’alors insoupçonnés chez les plantes qui contribueront à éclaircir d’autres mystères de l’évolution botanique.

Ceci nous rappelle également que ces études permettent d’en savoir davantage sur la phylogénie ampélographique, permettant d’éviter des erreurs sur les liens de parentés entre cépages, certains si éloignés en apparence et si proches génétiquement, ou inversement, d’autres si proches en apparence, mais ayant des génomes très différents.

Confrérie Saint-Étienne

Le grand maître rompt avec les codes du classicisme

Vigne

Publié le 02/12/2015

Musique psychédélique, lumières flash, sons mécaniques, spectacles artistiques évocateurs de sens : jamais les murs du château de la confrérie Saint-Étienne n’avaient abrité une telle ambiance, très inhabituelle pour le vin d’Alsace.

Le chapitre de la confrérie consacré au vin virtuel concluait une quadrilogie avant-gardiste : le vin des philosophes, le vin des savants, le vin des artistes. Elle est le résultat de la volonté du grand maître 2015, Bruno Schloegel, et de son équipe de confrères, encadrée par le chancelier Éric Fargeas. Tous ont fourni un immense travail pour ouvrir l’univers des alsaces, marier grand classicisme et modernité dans le cadre de ce chapitre dédié au vin virtuel.

« Redonner le sens humain à ce vin d’aujourd’hui et de demain »

« Associer vin et virtuel, c’est une inquiétude. Une de plus pour mes confrères…, commente le grand maître avec un soupçon d’humour. Et pourtant c’est à notre génération de redonner le sens humain à ce vin d’aujourd’hui et de demain, de combiner notre respect du vivant avec la nécessité de technique et de technologies pour faire face aux défis qui attendent l’humanité. Il ne s’agit ni d’être passéiste, ni de rejeter la technique, mais bien de les associer pour définir le vin de demain », explique le grand maître.

Bref, une synthèse du propos qui anime la sphère viticole alsacienne souvent très partagée quant à ses choix esthétiques (monocépages, assemblages, secs, sucrés) et éthiques (vins naturels, bios, raisonnés…) « C’était déjà le propos du chapitre le vin des philosophes, où il s’agissait de voir comment l’esthétique peut s’allier à l’éthique, le comportement, la science et la connaissance », explique le grand maître.

Le vin d’Alsace « online »

Au programme de la soirée, après les intronisations de nouveaux ambassadeurs, inconditionnels des vins d’Alsace, un fooding orchestré par le chef Henri Gagneux, animé par Geneviève Charras, danseuse et chanteuse, et trois compagnies musicales, Mangrove, Hanatsumiroir et Léo Maurel. Un assemblage peu commun de sons, de chants, de poésies, de lumières, de cuisine moderniste, moléculaire, le tout interconnecté avec des QR Codes, le hashtag #vinvirtuel pour tweeter, et des cuvées de grands vins d’Alsace, somme toute d’un très grand classicisme. « Le vin virtuel est la combinaison du vin ancien et de cette arrivée de nouvelles technologies qui rend le vin moins palpable, moins physique… », commente le grand maître. « Un fooding de haute volée pour des dégustations géo­sensorielles dans des univers sonores, visuels, scéniques, chorégraphiques multiples, permis par les techniques numériques », était-il annoncé sur le programme.

Et pour couronner la soirée, les confrères ont prononcé quelques harangues, dont l’une de Jean Adam qu’il faudra bien un jour faire interpréter par un spécialiste des neurosciences des perceptions sensorielles, et l’autre de Jean Louis Vézien, citant des vers de Baudelaire, et démontrant que le vin virtuel existe bel et bien, puisque « c’est le vin chaud, à qui l’on a ôté son esprit, l’alcool, et qui est épicé, pour le plus grand plaisir des touristes de Noël ».

Aujourd’hui, tout se sait instantanément

Plus sérieusement, Jean-Louis Vézien a rappelé combien il est important de se montrer performant sur le terrain de la qualité à l’heure de la communication numérique : « Les consommateurs de la génération millénium, née entre 1980 et 2000, sont moins attirés par la propriété ou par l’image qu’elle peut donner, que par l’usage qui peut être fait du produit ou du service et donc par le bien-être qui peut en découler ». En conséquence, « cette nouvelle génération est moins sensible à la publicité statutaire qu’au contenu adapté des médias virtuels qu’elle consulte, poursuit-il. Et donc avec internet nous n’avons plus droit aux erreurs et aux approximations car avec internet tout se sait, et se sait très vite. »

Affaire Albrecht

Entretien avec l’avocate Marie-Odile Goefft et Jérôme Bauer

Vigne

Publié le 06/08/2015

EAV/PHR : Où en est la procédure ?

Jérôme Bauer : « L’enquête est ouverte depuis l’automne 2012. L'Ava a dressé un portrait plus global de l’affaire, et porté plainte au pénal en novembre 2012 pour banqueroute, non dépôt des comptes, infraction en matière de chèque, escroquerie et toute infraction qui pourra être relevée dans le cadre de l'enquête ».

Marie Odile Goefft : « L'Ava dispose d’un accusé de réception de plainte. Un dossier est ouvert auprès du tribunal de Colmar avec un numéro de procédure. C’est le fonctionnement habituel de la justice. Ce qui signifie que des gendarmes ou des policiers font des investigations. Pour l’heure, nous n’avons pas accès au dossier tant que l’enquête n’est pas menée à son terme. L’enquête déterminera si l’affaire relève ou non d’une qualification pénale. La plainte de l’Ava a interrompu la prescription ».

EAV/PHR : Des vignerons ont cependant le sentiment que rien ne se passe…

Marie Odile Goefft : « En fait, l’enquête est à un stade où la gendarmerie fait son travail de recherche, un travail de fourmi, de collecte de l’information. Pour le moment, tout cela est dans les services de gendarmerie ou de police concernés. Une enquête peut déboucher sur un placement en garde à vue, sur une instruction ou un classement sans suite. Lorsque les faits sont complexes et nécessitent des investigations complémentaires, la phase d’enquête prend du temps. D’autant que le dossier Albrecht est inhabituel, c’est un dossier tentaculaire. Ensuite, dans l'hypothèse où l'enquête mettrait en évidence de possibles infractions, cette information sera traitée soit par une juridiction de jugement, soit par un juge d’instruction si des investigations complémentaires sont nécessaires. Je ne verrai les éléments de l’enquête que lorsque celle-ci sera terminée. Elle reviendra alors au Parquet, et l’on pourra consulter les actes ».

EAV/PHR : Que faire dans l’immédiat pour accélérer le cours de la justice ?

Jérôme Bauer : « L’Ava joue un rôle pivot entre la profession viticole et le monde judiciaire. Les gens peuvent s’adresser directement à la justice, mais l'Ava propose de centraliser pour qu’il n’y ait pas de problème de procédure et de faire les choses comme il faut et dans les formes. Chaque personne qui le souhaite peut remonter des informations à l’Ava, sur tout ce qui leur a semblé anormal. Ce qui suppose que chacun doit prendre sa plume. On ne demande que ça. En réalité, dès qu’on demande des éléments tangibles, peu de personnes acceptent de remonter l’information. Les informations qui sont transmises à l'Ava sont remontées à la justice, par le biais de notre avocat, pour que les enquêteurs puissent s'en servir et que ce soit joint au dossier. L'Ava travaille à remonter les informations. J’ajoute que nous avons une obligation de confidentialité, par le secret de la procédure pénale et collective ».

EAV/PHR : Étant donné l’importance du préjudice à l’échelle de la filière, impliquant peut-être des opérateurs finaux, on peut comprendre que des vignerons hésitent à passer par l’Association des viticulteurs…

Jérôme Bauer : « Que des vignerons agissent directement auprès du tribunal, je le comprends, mais je condamne l’instrumentalisation politique qui peut être faite de ce dossier. La question n’est pas de s’opposer les uns les autres. Je suis le président de tous les vignerons. Je ne veux pas de politisation. Si un jour l’enquête devait démontrer une responsabilité quelconque d’un membre de la production, je serai le premier à soutenir les victimes contre ce responsable. Et ce, quelle que soit l’entreprise concernée ».

 

Prévision de récolte 2015

À peine un million d’hectolitres

Vigne

Publié le 23/07/2015

L’hiver 2014/2015 a été relativement doux, bien que plusieurs jours en dessous de 0 °C sont à noter au courant des mois de janvier et février. Le débourrement a eu lieu aux alentours du 14 avril, ce qui le place dans la moyenne des 30 dernières années pour l'Alsace. Les vignes ont par la suite eu de bonnes conditions de croissance avec des températures douces en journée et des précipitations régulières qui ont occasionné un développement rapide en termes de stade. La floraison s'est déroulée correctement vers le début du mois de juin. Dans le vignoble du Bas-Rhin, la pluviométrie plus faible ainsi que la floraison en deux temps interrompue par une petite période fraîche, a provoqué de la coulure sur plusieurs cépages tels que les pinots et gewurztraminer.

L'oïdium bien installé

Les conditions humides et voilées du mois de mai et juin ont permis à l’oïdium de s’installer. Tout au long du printemps, le climat était favorable à cette maladie : des nuits fraîches, des journées peu lumineuses et une humidité relative importante. Les premiers symptômes d’oïdium sur feuille ont été observés très tôt, dès le stade 6-7 feuilles. La maladie s’est développée par la suite sur inflorescences puis sur grappes. Ce sont les 10 jours de canicules début juillet qui ont permis de la freiner. À la fermeture de la grappe, environ 12 % des grappes sont touchées soit une fréquence deux fois plus importante qu’en 2014 au même moment. Le mildiou reste très discret cette année : au courant des mois de juin et juillet, quelques dégâts sur inflorescences et sur feuilles ont pu être observés, mais sans aucun impact sur la récolte à l’échelle du vignoble.

Brûlures de grappes

L’épisode caniculaire de début juillet a été spectaculaire notamment au niveau des températures extrêmes. Ces fortes chaleurs ont occasionné de nombreuses brûlures sur feuilles et sur grappes. Les vignes sur sols légers montrent des signes de stress hydrique. Certaines vignes, dont l’enracinement est encore superficiel, souffrent de la sécheresse. C’est principalement le cas pour les jeunes vignes ainsi que les vignes installées sur des terrains de faible profondeur (à faibles réserves hydriques). Si les conditions climatiques persistent, la sécheresse devrait se généraliser sur l’ensemble des terrains légers et sur les vignes faibles.

En 2015, les tordeuses de la grappe ont été peu présentes. Les vols ont été modérés sur l’ensemble des pièges. Quelques pontes ont été observées sur l’ensemble des secteurs. La seconde génération a nécessité une intervention afin d’éviter les risques de botrytis aux vendanges.

Le millésime 2015 est précoce, ce qui amènera une période de maturation sur le mois d’août. Généralement, dans cette configuration, il est bon de maintenir les grappes à l’abri du feuillage pour éviter la perte d’arômes liée à la chaleur et au rayonnement du soleil.

Prévision de récolte 2015 : 1 019 000 hl

Depuis 2011, la prévision de récolte du vignoble alsacien est réalisée par le groupe de coordination technique selon une méthodologie élaborée par Christophe Schneider de l’Inra de Colmar. Les parcelles de chasselas du réseau n’ont pas été estimées.

Les observations de terrain ont été réalisées les 6 et 7 juillet par les techniciens du Civa, de l’IFV, de la Chambre d’agriculture de région Alsace, de l’Ava, de la Fredon avec l’aide d’Alsace-Vitae et des enseignants de l’Eplefpa.

Le nombre de grappes par souche est en diminution d’une à quatre grappes par souche en moyenne par rapport à 2014, sauf sur gewurztraminer et pinot blanc (tableau 1). Ce résultat confirme les craintes émises l’année dernière quant aux conséquences du stress hydrique de 2014 au moment de l’initiation florale. C’est généralement dans le cœur des souches qu’il y a le moins de grappes.

Des grappes plus petite

La taille des grappes est également plus faible que l’année dernière, sauf sur muscat. La différence est notable pour la famille des pinots, y compris l’auxerrois. Les grappes sont un peu plus grandes qu’en 2013. Par conséquent, la prévision établie à partir des modèles de l’Inra (volume « Dépassement de rendement » inclus) se chiffre à 1 019 000 hl pour l’ensemble du vignoble d'Alsace, soit environ 66 hl/ha. C’est un volume légèrement supérieur à celui de 2013, pour lequel la prévision s’élevait à 980 000 hl et le volume récolté (hors DPLC) à 976 115 hl.

Le volume réellement récolté dépendra du grossissement des baies et de leur état sanitaire lors des vendanges. Ces chiffres moyens cachent également de grandes disparités entre les parcelles. Certains secteurs subissent actuellement de fortes contraintes hydriques qui vont avoir des conséquences sur la croissance des baies.

Bennwihr

Bestheim voit l’avenir en bleu

Vigne

Publié le 10/07/2015

En 20 ans, le groupe Bestheim n’a jamais cessé de se constituer au rythme des fusions-absorptions sous l’impulsion des tandems dirigeant Schoepfer-Wagner, puis Schoepfer-Baffrey. En quelques chiffres, Bestheim c’est aujourd’hui 450 familles de vignerons, 1 400 hectares de vigne, une soixantaine de salariés seulement pour un chiffre d’affaires de 55 millions d’€, chiffre appelé à progresser suite à la récente fusion avec la cave de Kientzheim.

Vendredi 3 juillet, l’inauguration de la nouvelle cuverie de 130 000 hl à Bennwihr a été l’occasion pour le directeur, Thierry Schoefper, l’ancien président, Hubert Wagner, et le nouveau, Pierre-Olivier Baffrey, de jeter un coup d’œil dans le rétroviseur de cette « formule 1 » qu’est Bestheim, selon la métaphore filée par le président d’honneur Hubert Wagner, mais également d’essayer d’entrevoir la route qui se dessine dans cette course économique perpétuelle. Une route semble-t-il bien tracée : « Dans un vignoble qui ne cesse de se chercher, Bestheim a trouvé sa ligne directrice depuis longtemps », explique Thierry Schoepfer. Depuis son arrivée à la direction, en 1994, Bestheim exprime une certaine appétence pour les fusions-absorptions, afin de répondre aux objectifs « de performance, de rentabilité » et finalement « de devenir un acteur majeur du vignoble ». Chose faite.

Cela commence en 1997 avec la cave coopérative et la maison de négoce Heim à Westhalten. Puis en 2012, Bestheim absorbe la Divinal et résorbe le passif de cette cave d’Obernai politiquement embarrassant pour une appellation en mal de reconnaissance. En négociateur hors pair, Thierry Schoepfer emporte en 2015 la décision des vignerons de la cave de Kientzheim de se rapprocher de Bestheim, plutôt que de celles de Béblenheim, de Wolfberger ou Ingersheim. Bestheim récupère ainsi dans son giron de terroirs d’excellents crus comme le Schlossberg ou le Patergarten, qu’il qualifie de « bijoux ».

Mais il y a eu également des échecs de rapprochement, rappelle-t-il : « Avec Wolfberger, Turckheim, Wuenheim… Qu’importe ! Nous avons su rester amis. » Bestheim, c’est aujourd’hui « huit entreprises fusionnées, Bennwihr, Westhalten, Obernai, Barr Sigolsheim, Kientzheim, Heim et Sainte Odile… fruit de 21 années de travail ». « Bestheim a fière allure », lance aussi Thierry Schoepfer, mais la course n’est apparemment pas terminée : « En 20 ans, le visage du vignoble a changé, nous en sommes à l’origine et il continuera à changer ». L’objectif étant désormais, selon lui, « d’apporter plus de valeur ajoutée à nos appellations ». Attention aux sorties de route.

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