Interview de Thomas Montagne, président des Vignerons de France (VIF)
« Faisons attention de ne pas avoir trop peur ! »
Interview de Thomas Montagne, président des Vignerons de France (VIF)
Vigne
Publié le 25/04/2016
Sur l’action générale des VIF
Thomas Montagne : « Nous sommes un syndicat de TPE, nous n’attendons pas que l’environnement s’adapte, on va de l’avant, on fonce et c’est nous qui créons notre environnement. Mais il est clair, qu’avec un appui politique, ça va plus vite. Sur notre stand du Salon international de l’agriculture, nous avons dit aux politiques : Foutez-nous la paix ! Laissez-nous travailler ! Cessez de nous mettre des poids que d’autres n’ont pas. C’est un vrai problème de société. Nous avons besoin d’air pour respirer. Nous cherchons à améliorer l’écosystème de nos vignerons, notre environnement économique et juridique. On a trois conditions pour être efficace : l’unité, l’intelligence et le nombre. Les vignerons indépendants comme les coopératives se sentent assez mal représentés dans les interprofessions au niveau national. En Alsace vous l’êtes, mais il y a des dissensions, pourtant j’ai la ferme conviction que vous allez trouver à vous entendre, car cela est nécessaire. »
Sur l'œnotourisme
TM : « C’est Philippe Blanck qui est en charge du dossier au plan national. Il est clair que l’œnotourisme ne se fera pas de manière intelligente en France sans les vignerons indépendants. L’âme de la viticulture, c’est nous qui la représentons. Nous seuls sommes capables d’apporter ce supplément d’âme, c’est ce que nous allons expliquer aux ministres pour obtenir les retombées qui naturellement doivent nous échoir. Nous souhaiterions être référencés comme il se doit sur le site Atout France. Notre site a été refondu, il comporte un volet œnologique avec des offres packagées - comprenant l’hôtel, le transport, la visite de cave, la dégustation, le restaurant -, proposées avec des prestataires. À chacun son métier : nous n'avons pas l’intention de prendre des licences de tour-opérateur. L’œnotourisme est une des réponses à cette question des vins d’importation comme ce pinot blanc à 1,33 €. »
Sur la protection des appellations
TM : « Faisons attention à ne pas avoir trop peur de l’avenir. Les lignes Maginot sont toujours contournées et finissent par céder. Ayons le courage de dire les choses. De gérer nos appellations de manière différente. Vous vous êtes battus pour que certains cépages ne puissent figurer sur des étiquettes de vins de France et finalement le boomerang revient par l’extérieur. Finalement on a mis une barrière réglementaire. Au lieu de s’élever par l’excellence, le système des appellations a tendance à vouloir contraindre les autres strates IGP et VSIG avec des fardeaux administratifs. C’est bien l’excellence qui nous sauvera, et pas d’exercer des contraintes chez les voisins. Soyons visionnaires. Contre ce pinot blanc sud-africain à 1,33 €, nous avons un moyen de nous défendre, c’est notre logo, il est gage de traçabilité. On a une histoire à raconter derrière ce logo. Nous dépensons beaucoup d’argent pour en faire la promotion : 300 000 €. Si nous ne l’utilisons pas, on a tout faux. Il véhicule des images de terroir, d’authenticité, des valeurs qui nous touchent. Nous en sommes les premiers gestionnaires. »
Sur la simplification des taxations douanières
TM : « Si on doit expédier 36 bouteilles en Europe, ça se complique sérieusement, y compris là où on n’a pas de droits d’accises à payer. Pour les ventes à distance en Europe, on doit faire appel à un transitaire fiscal, d’où la complexité administrative. Avec la Confédération européenne des vignerons indépendants (Cevi), nous sommes intervenus à Bruxelles : l’idée, c’est d’obtenir un guichet unique, il ne s’agit pas d’éluder les accises, ce serait utopique, mais il s’agit d’obtenir un système unique, faute de quoi, j’ai expliqué, lors d’un colloque à Bercy, que le business n’attend pas, on se débrouille et on ne se situe pas exactement dans la légalité européenne. »
Sur le label HVE
TM : « Je pense que le risque phytosanitaire pourrait s’avérer nettement plus préjudiciable que les messages sur l’alcool. Il faut en avoir conscience, prendre les options maintenant, être le plus propre possible et le faire savoir. C’est bon pour nous, pour le terroir et pour nos clients. Il n’y a pas trop de questions à se poser. Le label HVE a un spectre plus large que le bio, puisqu’il intègre aussi la biodiversité. Mais ces deux labels (NDLR : ou Terra Vitis) ne sont pas à opposer. 38 % des adhérents sont engagés en démarche environnementale, dont 20 % en bio. Nous sommes donc en avance. »












