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David Lefebvre

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Grand concours des vins d’Alsace à Colmar

1 066 échantillons

Vigne

Publié le 08/05/2017

« À notre surprise, nous enregistrons une baisse du nombre d’échantillons malgré les volumes du millésime, et ce, en provenance de 96 entreprises, contre 116 l’année précédente », introduit Jean-Louis Vézien. Une baisse de participation constante et ininterrompue depuis 2012, où plus de 1 500 échantillons étaient alors régulièrement présentés.

La désaffection du vignoble pour ce concours ne peut s’expliquer dans la faiblesse des volumes du millésime 2016 puisqu’il a été généreux, à 1,17 millions d’hectolitres. La précocité du concours ? « Oui mais trouver une date est compliquée », rétorque Jean-Louis Vézien : « Juin est trop tardif, mai est compliqué, avec les événements et les ponts, nous fait-on savoir ». Autre raison invoquée : la multiplicité des concours, mais également la segmentation par terroir de plus en plus marquée des vins d’Alsace. En aparté, de nombreux professionnels s’interrogent s’il ne faudrait pas donner une tonalité « plus terroir » à ce concours, comme cela se déroule désormais avec les vins Sigillés de la Confrérie Saint-Étienne, en classant les vins par origine géologique. « La question est ouverte, mais pas encore tranchée », informe le directeur du Civa qui note que les vins de lieux n’ont pas forcément besoin de médaille supplémentaire.

La baisse affecte curieusement les crémants d’Alsace, avec 35 échantillons en moins, soit - 21 %, et le pinot gris, - 31 échantillons. Par contre il y a un peu plus de pinot blanc et de gewurztraminer par rapport à 2016.

Avant d’entamer la partie dégustation, Jean-Louis Vézien a rappelé les quelques règles de base nécessaires à la bonne tenue de la sélection, avec au préalable l’étalonnage de la bouche avec un vin type, l’anonymat des vins et la qualité des commentaires. Les entreprises devront également conserver un double des échantillons pendant un an, ainsi que les documents durant cinq ans.

Les résultats sont diffusés sur la page professionnelle du site vinsalsace.com à l’onglet « actions Civa » puis « concours de Colmar ». Et sur le site public à compter de ce 5 mai.

Chez Alexandre Valentin et Anaëlle à Ranrupt

L’une des plus belles prairies de France

Technique

Publié le 06/05/2017

À Stampoumont, sur les hauts de Ranrupt, Alexandre Valentin élève, avec sa compagne Anaëlle, une quarantaine de vaches de race simmental et montbéliarde, dont 15 à la traite. Il produit un lait de haute qualité, avec une moyenne de production de 15 litres par vache et par jour, à 41 g/kg de matière grasse et 32 g/kg de taux protéique. Lequel trouve deux valorisations : consommé directement non loin de là au restaurant hôtel spa La Cheneaudière pour les besoins du chef Roger Bouhassoun, et transformé en yaourts du Climont à Saâles.

La ferme se situe à 700 m d’altitude, sur le massif du Climont. Avec des pâtures sur arène gréseuse, ce qui présente un avantage : « Les sols sont sableux et portants », explique Alexandre. Et un inconvénient à cette altitude : les fenêtres météo pour sécher le foin sont réduites.

Conséquence, Alexandre et Anaëlle jonglent entre l’enrubannage et le séchage des trois coupes. Tout en tenant compte des dates de fauche, et de pâturage, et une rotation d’amendement tous les trois ans avec du fumier issu de la stabulation des vaches en hiver : « On écorne les vaches difficiles », précise Alexandre. « Les vaches sont six mois dedans et six mois dehors. Globalement, la première coupe et les regains sont enrubannés. » La première fauche débute fin mai - début juin, « plus particulièrement sur les parcelles proches des bâtiments, ce qui permet ensuite de pâturer. En septembre, il faut cinq jours de beaux temps, ce qui est rare, sinon c’est la sécheresse ». Alors la troisième coupe est également enrubannée.

Disposant d’une soixantaine d’hectares qu’il conduit en bio, Alexandre Valentin s’était posé la question de s’agrandir. Mais le manque de disponibilité foncière et les investissements conséquents que cela impliquerait en bâtiment, matériel, etc, l’ont conduit à s’orienter vers la pluriactivité, et à faire le choix, avec sa compagne, d’une agriculture de haute qualité environnementale. Le jury des prairies fleuries a souligné la remarquable diversité floristique des parcelles, aux vertus mellifères et de biodiversité exceptionnelles.

Trop perçus de cotisations

Ce qu’il faut contrôler

Vigne

Publié le 02/05/2017

BFS Consulting est un cabinet d’expertise comptable spécialisé dans le contrôle des charges sociales. Il est déjà intervenu dans des domaines viticoles alsaciens, ce qui a donné lieu à des récupérations de cotisations sociales trop versées de l’ordre de 10 000 à 40 000 €. À l’échelle nationale, « on a récupéré 7 millions d’euros de cotisations indûment versées depuis que nous auditons les comptes. »

En préliminaire, il salue le professionnalisme et la réactivité de la MSA d’Alsace… Néanmoins, en Alsace comme ailleurs, « les déclarations faites ne sont pas exemptes d’erreurs » en raison de viticulteurs « plutôt désœuvrés dans la partie tâches administratives ». Ce qui conduit à des erreurs qui induisent à leurs dépens de ne pas bénéficier de réductions importantes, telles la réduction Fillon, ou celle concernant les travailleurs occasionnels. « On peut remonter sur 3 années de cotisation, cette prescription courre à partir de la date de paiement des cotisations. Concrètement, actuellement, sauf émission rectificative, le quatrième trimestre 2013 serait prescrit. »

Contrôler les bordereaux trimestriels

Selon Daniel Buttier, les bordereaux trimestriels sont à contrôler prioritairement. « Ce que ne font pas la plupart des centres de gestion. » Le bordereau trimestriel émane d’une déclaration trimestrielle de main-d’œuvre (DTMO) qui est remplie par les soins de l’exploitant. « Souvent, les erreurs sont commises par l’adhérent qui remplit mal la DTMO, ce qui génère automatiquement des erreurs dans le calcul des cotisations, toujours à son désavantage. » Suite à la DTMO, l’adhérent reçoit le bordereau de cotisations, avec le total des rémunérations, mois par mois, « il faut voir si les bases retenues sont en phase avec les montants déclarés ». Le premier contrôle consiste à contrôler les bases de salaires bruts transmises à la MSA. Des erreurs de saisies à la MSA peuvent être commises.

Le cas des travailleurs occasionnels demandeurs d’emploi

Le deuxième contrôle systématique concerne les réductions et prises en charge TODE (Travailleurs occasionnels demandeurs d’emploi). « Aucune activité autre que la viticulture ne bénéficie d’une réduction de charges sociales, patronales et salariales aussi importante de 34 %. Très significative ! Mobilisez-vous pour que ça ne disparaisse pas ! Cette réduction doit représenter 34 % de la base de salaire brut déclarée. » Dans un cas type présenté, par Daniel Buttier, l’employeur avait surévalué le nombre d’heures et n’avait pas reporté le nombre de jours, donc le salarié n’a eu droit à aucune réduction. « La MSA aurait dû signaler les informations incomplètes ou illogiques ce qu’elle n’a pas fait. Dans ce cas c’est le travailleur qui est pénalisé… » « Les TODE bénéficient d’une réduction de charges sociales importantes, mais limitées à 119 jours ouvrés, soit 6 mois », rappelle l’expert-comptable.

Autre cas typique d’erreur : les heures supplémentaires, où la mention des jours n’est pas précisée, « des erreurs qui entraînent l’abrogation de l’application de la loi Fillon ». « Le montant des heures multiplié par le taux horaire SMIC doit donner le montant SMIC, pour faire appliquer la réduction Fillon ». Elle consiste en « un dispositif zéro cotisation Urssaf qui permet à l’employeur d’un salarié au SMIC de ne plus payer aucune cotisation, hormis l’assurance chômage ». « Souvent le montant Smic est faux. Il faut contrôler car le logiciel est souvent mal programmé ou pas actualisé », prévient Daniel Buttier.

L’accidentologie du personnel administratif plus faible

Plusieurs autres « points prioritaires à contrôler » ont été cités : « Le personnel administratif bénéficie d’un taux de charge « bureau », plus faible lié à son accidentologie plus faible. Le taux bureau est de 1,13 au lieu de 3,22 classiquement pour le salarié viticole. C’est 2 points de charge… ». Autre point, le versement transport qui est applicable ici en Alsace, le taux est de 0,65 approximativement selon les zones. Il y a des déductions de cotisations afférentes. Il faut les demander ! « C’est un avantage particulier à utiliser. »

Réactualiser les déclarations d’effectif

Par ailleurs, en fonction du seuil d’effectif, il y a des réductions supplémentaires pour les entreprises de moins de 20 salariés. Parfois elles ne sont pas appliquées, observe Daniel Buttier, car « il y a souvent des déclarations d’effectifs à envoyer à l’administration. Si ce n’est pas fait, elle applique la situation la moins avantageuse. »

La couverture Pôle emploi est une autre source d’erreur. « Normalement, lorsque l’on est mandataire social, on a une exclusion systématique de la couverture pôle emploi. Il faut donc interroger pôle emploi tous les 3 ans afin de vérifier si on est couvert… Auquel cas on applique ou pas les cotisations afférentes, ou on récupère celles indûment versées… »

Autre point : l’exonération de la CSG CRDS (8 % du salaire brut !) pour les salariés domiciliés fiscalement à l’étranger. S’ils ne paient pas d’impôts en France, lors de la déclaration préalable d’embauche, on doit cocher la case idoine, qui entraîne de facto l’exonération en question.

Confrérie Saint Étienne : Vers une identité forte pour l’Alsace

Se dire les choses !

Vigne

Publié le 30/04/2017

La Confrérie Saint Étienne est sortie de son ambiance feutrée, à l’humanisme bien-pensant, vendredi 21 avril, pour aborder les « sujets du vignoble qui fâchent ». La conférence intitulée « Vers une identité forte pour l’Alsace », première d’une série de quatre, proposée par le confrère Christian Beyer et le grand maître Pascal Schultz, n’a cependant pas attiré le vignoble : une soixantaine de vignerons en tout, malgré la qualité des intervenants qui ont joué la carte du franc-parler : le commerçant en vins Christian Pion comme modérateur, Ian d’Agata, Romain Iltis et Bernard Burtschy, au chevet d’un vignoble en panne de véritable réforme : « Depuis la mise d’origine en 1972, il ne s’est véritablement plus passé grand-chose ! » lance Bernard Burtschy.

« On est tous en réflexion, le Château de la Confrérie nous a semblé être le lieu opportun pour débattre », a expliqué Christian Beyer. Une petite introduction était proposée par les vidéastes Pascal et Caroline Kieffer, avec un micro-trottoir sur l’identité des vins d’Alsace, qui peinent a priori à « trouver des dénominateurs communs. Trop de complexité, trop de mosaïques, 21 000 possibilités avec les cépages, premiers crus, grands crus, et mentions. C’est un frein à leur diffusion », lance le modérateur. Et « le consommateur n’est jamais sûr de ce qu’il achète », témoigne-t-il. Malgré sa succession de petites récoltes, « l’Alsace continue de perdre des marchés ».

Loin de l’arène syndicale, le ton de la soirée était donné. « Que la confrérie prenne ses responsabilités, j’en suis ravi. C’est capital d’avoir un lieu d’échanges comme ici où l’on peut discuter indépendamment de tous les enjeux », a abondé Bernard Burtschy. Mais avec comme préalable la nécessité de « se mettre d’accord sur une base de faits ». « Si nous sommes là, c’est qu’il y a un problème », affirme avec force Marc Beyer. Pourtant le vignoble ne manque pas d’atouts disent à l’unisson les intervenants : « Ses œnotouristes qui sont autant de prescripteurs et d’ambassadeurs potentiels », rappelle Romain Iltis. « Avec l’expression unique et fortement identitaire de ses cépages sur ses terroirs, l’Alsace peut réussir comme la Bourgogne », estime Ian d’Agata. « L’Alsace est l’endroit où il y a tous les terroirs du monde, du gypse, du calcaire oolithique. L’Alsace, c’est 800 terroirs. La Bourgogne, c’est 60 terroirs », rappelle pour sa part Bernard Burtschy. Et n’oublions pas que l’Alsace est une « terre de traditions sommelières, et de sommeliers auréolés », enviée de toutes appellations, ajoute Romain Iltis.

La segmentation des vins d’Alsace

« Il n’y a pas un, mais des consommateurs », rappelle Bernard Burtschy. On distingue au plan mondial trois catégories de vin : « Le basique produit à 1 €, vendu à 3 €, 80 % du marché mondial ; le premium produit à 1,50 € et vendu à 5 €, 15 % du marché mondial ; et le super premium qui représente 5 % du marché mondial. » Force est de constater que l’Alsace couvre sous ses bannières d’appellations l’ensemble des trois catégories, « mais tout le monde se voit en super premium », ironise le journaliste du Figaro. « Les premiers et les grands crus devraient concerner les super premium. » Et pour chacune de ces trois strates, « il faut s’occuper de ces marchés séparément », avec des codes marketings, des réseaux et techniques de commercialisation différents. « La bagarre mondiale, c’est dans la hiérarchisation » prévient Bernard Burtschy. Et elle ne concerne pas que la qualité des vins, mais également leur distribution et leur marketing : « Chaque circuit se situe sur un niveau de hiérarchie, avec ses codes. La donne a totalement changé. Il y a 5 ans, le vigneron passait un tiers de son temps à vendre et deux tiers à le produire, aujourd’hui, c’est l’inverse. » Si l’Alsace ne s’occupe pas rapidement de la hiérarchie de ses vins, son retard risque d’être conséquent sur la hiérarchisation de son marketing et de sa distribution. Ce que confirme Anne-Catherine Le Goff du Civa : « Des cavistes me demandent régulièrement où trouver du vin d’Alsace, de connaître les tranches de prix départ cave. Ils ne savent plus où se fournir en vins d’Alsace. »

Un message simple pour les premiums

Pour Marc Beyer, le problème c’est « la segmentation entre les 20 % supérieurs qui peuvent être complexes et les 80 % restants qui doivent porter un message simple. Chablis, c’est un vin blanc sec. Les Allemands communiquent sur le trocken. Ils vendent le vin deux fois plus cher que nous. Le profil doit être clair, net. L’Alsace a deux styles : les classiques et les liquoreux. Il ne s’agit pas de mélanger les styles. Que la complexité soit réservée à l’élite », affirme le négociant d’Eguisheim. Bernard Burtschy tempère les propos : « Il faut deux niveaux bien distincts : l’entrée de gamme, 80 % du volume et dans laquelle le vin est sec, et ensuite le haut de gamme, où l’on nuance ». Jean-Michel Deiss précise pour sa part que la segmentation ne concerne pas seulement le style, mais débute à la vigne : « Il y a une très grande différence entre des vins d’ambition minimale à 83 hl/ha, élaborés avec le souci quotidien de réduire les coûts et de mécaniser, et la démarche qui consiste à produire à 40 hl/ha et à remettre des gens pour travailler la vigne et récolter des raisins mûrs, perdre en expression aromatique et remplir le fond de bouche. Nous n’avons pas réussi à bien segmenter notre production ». Il constate qu’« à chaque fois qu’on a des débats internes à la profession, un pan entier des Alsaciens ne souhaite pas abandonner la viticulture productiviste semi-industrialisée, et ne veut pas entendre parler d’excellence ». Il propose donc qu’« a minima, on distingue ces deux logiques, se traduisant d’un côté par des vins aromatiques et de l’autre des super premium avec du fond de bouche ».

La conséquence est « une trop grande diversité de qualité et de prix dans chacune de vos catégories », conclut Ian D’Agata. « Comment expliquer et justifier qu’on a du Schœnenbourg à 12 € et à 25 € », interroge Christian Pion, qui confirme l’énorme difficulté des cavistes à justifier certains prix. Ce n’est pas un problème de fierté mais d’ambition, estime le vigneron Denis Hébinger, qui explique la difficulté de cohabiter sous une même bannière avec de telles différences de prix : « En grand cru, je suis à 38 hl, d’autres sont au taquet, le prix du vrac est de 4,50 €/l. Tant que c’est à ce prix, je n’utiliserai pas la bouteille armoriée. »

Parler d’une même voix ?

Avec de telles différences d’objectifs, difficile donc pour le vignoble de parler d’une même voix, et d’abolir ses dissensions : « Ma réflexion pessimiste : nous avons deux groupes fondamentalement différents, cinq gros opérateurs qui représentent 50 % du volume, et dont le prix de vente moyen se situe entre 3,60 et 4 € HT. Puis il y a 5 % de volume écoulé par 30 maisons, dont le prix de vente moyen est de 8,50 € HT. Et entre les deux, un négoce dont je suis inquiet pour l’avenir, qui n’est pas capable d’avoir le prix de revient des cinq grands opérateurs et pas non plus capable de vendre à 8,50 € en moyenne ses cols », affirme Marc Rinaldi. Damien Sohler regrette pour sa part que « le vignoble n’arrive pas à parler d’une seule voix ». Au-delà des divergences d’objectifs, en public en tout cas, dans les déjeuners de presse par exemple, « il est dommage que des domaines se valorisent par rapport aux autres », observe Anne-Catherine Le Goff qui préconise à chacun d’appuyer son discours sur des dénominateurs communs. Une sorte de fierté collective, reprend le vigneron Maurice Barthelmé.

La complexité valorise les vins

Autre sujet central de la soirée, la complexité des vins d’Alsace, qui selon le caviste, ferait fuir la clientèle. « Il ne faut jamais penser qu’une chose est trop complexe. Si elle est perçue comme telle c’est qu’elle est mal expliquée », estime Ian D’Agata, tordant ainsi le cou à certains avis interprofessionnels en mal de simplification. « Même les Californiens et les Australiens se mettent à la complexité, avec les cabernets de Calistoga ou de Saint Hélena… Le Margareth River se vend toujours plus cher que les vins d’Australie, le Barolo se vend toujours plus cher que le Nebiolo du Piemonte. La complexité, c’est avoir des choses intéressantes à dire. » Mais la communication est difficile, concède Ian D’Agata : « Elle doit être précise, utile et répétitive… Précise en ce sens que le message (le contenu de la bouteille) ne doit pas changer. Les premiers crus : oui ça va complexifier les choses, mais c’est une étape essentielle. » « Citez-moi des premiers crus de Volnay ? » interroge Romain Iltis pour couper court. Personne ne répond, et pourtant les volnays s’arrachent à prix d’or. Démonstration est faite que la complexité valorise une appellation.

Attention cependant à bien organiser la complexité : Dans ce concert, « les Alsaces sont mal positionnés », observe Romain Iltis. La consommation premium est faite de vins normalement « faciles d’accès à boire ». Exemple : avec un ami l’après-midi, il faudrait un pinot blanc plutôt qu’un riesling. Le sommelier de la Villa Lalique estime que la gamme premium devrait être pensée en tant que tremplin pour les vins de gastronomie, or en Alsace elle est vouée à d’autres usages comme le crémant. Pour Ian D’Agata : « Il n’y a pas de cépage mineur, il y a des cépages de finalités différentes. Le pinot blanc ou le pinot auxerrois : c’est magnifique ! On devrait avoir de l’auxerrois dans le Hengst. Le Sonnenglanz et le Zinnkœpflé avaient d’excellents sylvaners ». Romain Iltis y va de sa métaphore : « On peut jouer du piano ou du violon, l’important c’est d’apprécier Mozart. Le cépage n’est qu’un interprète. L’occulter totalement n’est pas la solution. »

Mais Bernard Burtschy rappelle que la complexité est réservée aux vins super premium. Pour le reste, le message doit être simple, lisible.

Le cas des entrées de gamme sucrées

Et là se pose la question des entrées de gamme alsaciennes sucrées : « Il faut résoudre le problème. Bergerac a fait une mention sec, ne chipotez pas avec l’acidité, il faut être simple, ça réglerait 90 % des problèmes, ceci pour l’entrée de gamme », argumente Bernard Burtschy. Qui appelle aussi à « faire le ménage dans le bas de gamme. Je prends le cas des Bordeaux à 1 €, il se trouve que le patron de l’appellation est allé aligner les gens qui faisaient du 200 hl/ha. Pas de politique de l’autruche, un moment il faut afficher des objectifs clairs ». Et Léonard Humbrecht met en garde : « Nos jeunes doivent rapidement évoluer vers les terroirs sinon, cela va aller mal très vite ! Croyez-moi ! Il faudra réfléchir sérieusement aux limites de rendements. »

Jérôme Bauer indique pour sa part que le constat est partagé : « Il y a un manque de fierté. Il y a un problème de sucres résiduels, en passe d’ailleurs d’être « arbitré par le marché ». On va avoir l’obligation d’inscrire la mention sec, c’est une petite avancée, on va gagner en lisibilité ». Jérôme Bauer qui souligne par ailleurs la difficulté à dégager des consensus comme sur la question du terme Alsace sur l’étiquette : « On n’a pas su s’accorder sur la taille de police minimale, les entreprises préférant communiquer sur leur marque. Mais on va arriver je pense à un consensus avec une flûte rhénane proposée avec une gravure identitaire. » Projet qui supposerait, si l’on en croit les débats, de recentrer au préalable à la hausse les objectifs qualitatifs de production, comme l’exprime Bernard Burtschy.

Cependant Ian D’Agata se dit optimiste : « Quelque chose de bon va arriver ! » Romain Iltis croit en l’Alsace, comme alternative dans le sillage de la flambée des Bourgognes. Et Bernard Burtschy croît en « un alsace sec et de qualité ». Le journaliste du Figaro qui délivre par ailleurs un satisfecit au groupe Alsace Cru et Terroirs, qui vient de connaître une belle réussite au Bristol à Paris. « Ils ont eu un public extraordinaire. » Et bientôt probablement à New York. « Chassez en meute ! ».

Aides à la conversion bio

Les promesses, les intentions et la réalité des budgets

Vie professionnelle

Publié le 30/04/2017

Il revenait cette année à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) d’accueillir le congrès national de la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab). Il se tenait dans l’enceinte de l’école de management de Strasbourg, mardi 4 avril. Avec en préliminaire un point presse des représentants professionnels de l’agriculture bio du Grand Est : Julien Scharsch pour l’Alsace, Jean Boyé pour la Lorraine et Sylvie Corpart pour la Champagne-Ardenne.

Avec ses 2 000 fermes, pour 120 000 ha, soit 4 % de sa SAU en bio, la grande région Grand Est accuse un certain retard sur les autres régions. La dynamique de conversions a doublé entre 2008 et 2016 et va doubler d'ici 2020. Le marché des produits bios connaît une croissance annuelle de 15 à 20 %, or les pouvoirs publics et politiques ne donnent pas les moyens budgétaires en face des discours, dénoncent à l’unisson les représentants de la bio. « L’enveloppe Feader 2014-2020, sous copilotage État-Région, allouée aux conversions a déjà été consommée aux trois quarts. » « Sur 15 millions d’euros (M€) en Champagne-Ardenne, il reste 3 M€ pour aller jusqu’en 2020 », explique Sylvie Corpart. Pareil en Lorraine, 4 M€ sur 23 M€, et en Alsace à un degré moindre : 6 M€ sur 12 M€.

Pour les structures d’aides et de conseil, c’est le même régime : « On vit à crédit », expliquent les responsables des structures professionnelles bios, « parce que les choix politiques n’ont pas été clairement faits », et que les enveloppes des Régions ont clairement été sous-dimensionnées au départ, malgré les discours d’intention, et malgré la réussite annoncée des filières de la bio. « Tout ceci créé des inquiétudes. On a un souci de cohérence entre les discours politiques lors des campagnes des régionales et la réalité aujourd’hui », renchérit Julien Scharsch. En Lorraine c’est flagrant, explique Jean Boyé : « Quand le ministre Le Foll a annoncé un doublement des surfaces, au CGA (Confédération des agrobiologistes de Lorraine), on a abaissé nos objectifs à 1,5 au lieu du doublement, car l’enveloppe était sous-dimensionnée ». « Clairement, ils n’ont pas vu arriver les crises profondes de l’agriculture conventionnelle », estime Sylvie Corpart. « Injecter des aides plan bâtiment pour aider les filières de l’agriculture conventionnelle, nous sommes d’accord, mais cela ne résout pas les problèmes structurels. Nous pensons que les aides injectées en bio stabilisent l’agriculture sur un plus long terme. »

« Or il nous faut du monde pour accompagner les agriculteurs en conversion », car les crises agricoles motivent des agriculteurs à se convertir voyant le succès de la bio. « Pour ces agriculteurs, nous faisons face à des conversions pas spécialement bien préparées et précipitées. D’où les besoins d’accompagnement. Or la pérennité de financements des structures de conseil est remise en cause. »

La conséquence, pour les représentants, est qu’on s’achemine vers un frein des conversions, lié aux insuffisances budgétaires, alors qu’en aval, la consommation va continuer de croître. Pour répondre à la demande, « la France va donc procéder à des importations massives de produits bios », avec toutes les problématiques de distorsion liées aux différences de cahiers des charges entre les pays que cela comporte, et les risques de discrédits induits sur les labels.

Pourtant, « nos filières sont organisées et prêtes à accueillir de nouveaux exploitants », affirme Sylvie Corpart. Quand les représentants professionnels demandent d’ouvrir le débat, « on est confronté à un refus », affirme Jean Boyé. « Ce qu’on défend pourrait pourtant apporter de la valeur ajoutée au monde paysan dans son ensemble », soutient-il.

Inauguration de la SAS Méthachrist à Woellenheim

Le summum de l’élégance énergétique

Technique

Publié le 28/04/2017

Unique en son genre actuellement en France, la station MéthaChrist à Woellenheim couple la méthanisation de la paille de maïs à l’injection du biogaz dans le réseau de distribution de gaz. Une prouesse technique en ce sens qu’elle réussit là - dans les agro-énergies dites de 2e génération - où d’autres centres de recherche n’en sont encore qu’aux balbutiements. En effet, nombre de projets de recherche testent des voies d’élaboration d’agro-carburants de 2e génération, c’est-à-dire des agro-carburants élaborés non pas à partir de cultures dédiées et vivrières (la partie grain des céréales, du colza, ou les betteraves), mais à partir de résidus de cultures.

Un rendement énergétique record grâce à l’injection

MéthaChrist rassemble ainsi ce qui se fait de mieux actuellement dans ce qu’il est possible de présenter comme bilan carbone en méthanisation agricole. La ressource en biomasse est principalement constituée de pailles de maïs et d’effluents d’élevage. Elle est prélevée sur un périmètre de 10 km. Et il n’y a pas de déperditions du potentiel énergétique tiré de l’exploitation énergétique du biogaz, puisque la totalité de celui-ci est injectée dans le réseau. La production d’énergie à Woellenheim n’est donc pas affectée par les coefficients de rendements inhérents au processus de cogénération d’électricité et de chaleur.

À l’origine de ce projet d’agro-énergies de deuxième génération, il y a un jeune agriculteur, Florian Christ, vers qui tous les regards étaient tournés le 7 avril, lors de l’inauguration de l’installation en service depuis mai 2016. Une inauguration qui a vu affluer - élections obligent - pas moins de quatre sénateurs, de nombreux représentants professionnels, et des élus des collectivités.

La paille de maïs, une ressource locale, abondante, et agricole

Après avoir remercié en priorité son entourage, ses parents, ses grands-parents, son frère Gauthier, et son associé Christian Richert, Florian Christ est revenu sur les étapes de son projet, débuté en 2012. L’expert qu’il est devenu en méthanisation, n’était alors qu’un jeune agriculteur frais émoulu du lycée agricole. « L’idée était de créer de l’énergie avec ce qui est perdu ». Il lui a d’abord fallu évaluer le gisement en biomasse à méthaniser et sa durabilité d’approvisionnement. Et c’est tout naturellement qu’il a écarté la biomasse industrielle exposée à la concurrence d’autres usages, pour se tourner finalement vers la paille de maïs, biomasse locale, abondante, et forcément d’origine agricole. Une ressource collectée auprès d’une centaine d’agriculteurs, qui lui garantit une sécurité d’approvisionnement. Une fois le projet ficelé, et dimensionné à la ressource en biomasse soit 10 900 t, constituées d’un tiers d’effluents de la ferme (disposant d’un quota de 700 000 litres de lait) et de deux tiers de pailles de maïs, est venu le temps de convaincre les élus locaux, les riverains, pour faire accepter le projet. Et enfin les banques, au nombre de trois : le CIC, et les deux Caisses de Crédit Mutuel Ackerland à Ittenheim et Hanau Val de Moder à Pfaffenhoffen.

La construction a débuté en 2015. L’unité injecte depuis mai 2016 du gaz dans le réseau GDS connecté à 110 communes.

Vignoble

Des secteurs lourdement touchés

Vigne

Publié le 27/04/2017

Il faut attendre de voir si ça va repartir, voir si les contre-bourgeons vont redémarrer, disent les techniciens du vignoble. Certaines stations météo ont affiché jusqu’à - 6 °C et - 7 °C, plutôt dans des zones de plaine. Il semble qu’aux embouchures des vallées, Noble à Soultzmatt, vallée verte à Turckheim, vallée de Kaysersberg à Sigolsheim, Val de Villé à Scherwiller-Chatenois, les dégâts sont considérables, ainsi que globalement en plaine, et particulièrement le long des axes de transport routiers et ferroviaires. Et principalement sur les jeunes plants et les cépages au débourrement précoce, comme le muscat et le gewurztraminer. Les parcelles non encore arquées, voire taillées très tardivement seraient moins touchées. Les parcelles non fauchées seraient plus touchées. Des vignerons pensent qu’il faut nettoyer le matériel végétal nécrosé pour favoriser les repousses. Des vignerons en bio appliquent un complexe de 12 plantes lactofermentées, et d’autres vignerons attendent un peu pour ensuite fertiliser et stimuler les repousses. Cette carte des deux départements rassemble un ensemble de témoignages issus des réseaux sociaux.

Pose de nichoirs et implantations de haies

Les services rendus par la biodiversité

Vigne

Publié le 21/04/2017

Au programme de cette matinée écologique, deux interventions, l’une de Camille Grosse et l’autre de Jacques Detemple, de l’association Haies vives d’Alsace, et les explications de Laurent Waeffler, de la Ligue de protection des oiseaux (LPO). Puis, passage aux travaux pratiques avec la pose de 120 nichoirs dans le vignoble et des plantations de haies. Car le gîte pour la macrofaune ne suffit pas, il lui faut aussi le couvert. Une mésange ne va pas se nourrir que de 1 200 drosophiles par jour ou de chenilles, de vers de la grappe ou de cicadelles, il lui faut aussi de quoi manger les autres saisons…

D’ailleurs, plusieurs vignerons s’essaient aujourd’hui à combiner avantageusement les arbres et les vignes. Camille Grosse donne plusieurs exemples d’agroforesterie, rappelant que la vigne est une liane et qu’elle s’accommode parfaitement aux arbres. C’est le système ancestral, dit de joualle, rappelle-t-elle, mis en œuvre aux domaines de Restinclières dans l’Hérault, Olivier de Serres en Ardèche, Émile Grelier en Gironde et François de Soos dans l’Aude. La culture de la vigne est combinée à des arbres valorisés en bois d’œuvre, en fruitiers ou tout simplement à des fins agronomiques. Selon les promoteurs de l’agroforesterie, les bénéfices attendus sur cet aspect agronomique sont beaucoup plus importants que ne le laisserait paraître une vigne concurrencée sous le pied d’un arbre. Le problème n’est pas l’eau, mais l’azote, précise Jacques Detemple, et à un degré moindre la lumière, même s’il est possible d’aménager les parcelles de manière à limiter l’ombre portée des houppiers, ou même de tailler les arbres en têtard et de les placer sur le rang de vigne, pour ne gêner aucunement la viticulture mécanisée. Une aubaine pour le vigneron car un arbre en têtard recèle beaucoup plus de biodiversité qu’un arbre classique. Quant aux branchages de l’année, ils constituent un amendement organique extrêmement fertilisant, par ailleurs mis en valeur à travers le bois raméal fragmenté (BRF).

Que planter ? Du cormier, de l’épine-vinette, du noisetier, des fruitiers, etc. Idéalement jusqu’au 25 décembre, ou au printemps (attention s’il fait sec), en prenant soin de praliner les racines : un quart de terre de forêt, un quart de bouse, un quart d’argile et un quart d’eau, et en paillant le pied, explique Camille Grosse. Jacques Detemple rappelle l’importance de laisser des arbres morts au tronc creux, véritable gîte pour la faune cavernicole, oiseaux, chauves-souris, qui sont de véritables régulateurs d’insectes phytophages.

Attention gelées

Le vignoble en alerte

Vigne

Publié le 19/04/2017

Déjà des vignobles comme le Jura annoncent des récoltes atteintes par les gelées. Dans la nuit de mardi à mercredi, il a été relevé -6 °C en Haute-Loire et les Monts d’Ardèche.

Il n’existe pour l’heure qu’une solution biochimique qui a été présentée, le produit Elicityl, commercialisé par Jouffray-Drillaud, réservé cependant à une utilisation confidentielle.

D’autres voies de lutte ?
- Favoriser l’écoulement de l’air, et donc faucher la parcelle,
- les bougies STOPGEL à base de cire, qui réchauffent l’air de 2 à 7 °C selon les paramètres,
- les chaufferettes,
- ou encore les tours de brassage, dont la tour mobile Schillinger que nous avons présenté suite à la démonstration du WeinInstitut de Blankenhornberger. À la 6e minute

Et brûler un cierge à l’église...

 

Des vignerons ont avancé que le fait de ne pas arquer dans les zones sensibles, retarderait également le gel, mais cela pose la question de la mise en œuvre du liage tardif.

Et enfin la mycorhization de la vigne renforcerait significativement celle-ci contre le gel. C’est du moins ce que pensent des biologistes, (Plenchette) et c’est ce qui explique par exemple qu’une plante comme le poireau, très mycorhizée, résiste au gel.
Enfin une actu de Vitisphère qui souligne l’inquiétude en Champagne et Chablisien…
 

Hervé Schwendenmann succède à Jacques Cattin à la présidence des crémants d’Alsace

Un pragmatique face aux enjeux d’une concurrence forte

Vigne

Publié le 19/04/2017

Aspirant à de nouvelles fonctions politiques en se présentant comme candidat aux élections législatives sur la circonscription de Ribeauvillé, le vigneron négociant de Voegtlinshoffen, Jacques Cattin, a fait savoir aux producteurs et élaborateurs de crémant d’Alsace qu’il ne souhaitait pas renouveler son mandat. Hervé Schwendenmann a été choisi par le conseil d’administration pour lui succéder à la présidence de la plus grande région à crémants de France. Les crémants d’Alsace pèsent près de 35 millions de cols, près de la moitié des crémants de France, et représentent bon an mal an entre le quart et le tiers des vins d’Alsace, tout volume confondu.

« Je tiens à saluer l’œuvre de mon prédécesseur Jacques Cattin qui a tenu pendant 8 ans le syndicat dans une ambiance constructive et sympathique. On va tâcher de perpétuer cet esprit. Il nous laisse une bonne situation. Je lui souhaite bonne chance dans ses nouvelles aspirations. »

« Nos capacités de production au taquet »

Viticulteur à Wuenheim et Vieux-Thann, président du groupe Wolfberger, président de Coop de France Alsace, Hervé Schwendenmann connaît bien la question des crémants d’Alsace. La moitié de la production du groupe Wolfberger, premier opérateur alsacien en chiffre d’affaires à 60 M€, est du crémant d’Alsace. « À 35 millions de cols en rythme de croisière, nous pressentons que nous arrivons au taquet en termes de capacités de production. Et donc le nouveau challenge, c’est la valorisation. » Pour relever ce défi qui fait consensus dans la profession, le nouveau président estime que la solution « passe plus par de l’investissement commercial de la part des entreprises que par le rajout de couches dans les cahiers des charges ». Suivant ainsi la ligne champenoise… « Les efforts qualitatifs sont là. C’est la partie commerciale, le positionnement produit qu’il faut désormais travailler. »

Hervé Schwendenmann compte avoir sur ce sujet l’appui de la nouvelle équipe interprofessionnelle, et espère que le « crémant d’Alsace aura sa part dans le nouveau dispositif interprofessionnel. C’est un chantier en cours ! »

Des crémants exposés à la concurrence

Une volonté de booster le marketing des entreprises, d’autant que les crémants d’Alsace et plus largement de France restent exposés à une forte concurrence. Sur le plan réglementaire, avec des régions bien décidées à exploiter les failles et les faiblesses de la réglementation des crémants, qui oscille entre « simple recette à appliquer » pour obtenir la mention, et véritable produit attaché à un territoire. Mais aussi sur le plan économique, avec de nouvelles régions qui lorgnent sur le succès des effervescents dans leur ensemble.

« Regardons les choses en face »

« Regardons les choses en face. Il y a une faiblesse par rapport à la défense du terme crémant, et c’est une opportunité pour d’autres régions d’en faire », prévient Hervé Schwendenmann. Arrivent sur le marché, suite notamment aux décisions du Conseil d’État, de nouvelles régions d’IGP productrices de mousseux. Sans compter la force des proseccos italiens « dont les volumes dépassent ceux du champagne, désormais, et qui ont massivement investi sur le commerce ». Et le potentiel de développement en crémants des autres régions que sont la Bourgogne, la Loire et le Bordelais, analyse le président. Des signaux qui pourraient « diluer le terme crémant ».

« La meilleure défense, c’est l’attaque »

Face à cette situation, « la meilleure défense, c’est l’attaque ». Fort heureusement, « en innovation marketing dans le crémant, on est plutôt plus libre qu’ailleurs », observe-t-il. « Aujourd’hui, il faut apporter du service et de la valeur immatérielle. Ce que font très bien les Champenois, où la valeur se construit surtout sur l’investissement dans l’image. »

Cependant, si quelques grandes maisons et quelques domaines alsaciens savent aujourd’hui construire leur image de marque, tous n’ont cependant pas encore acquis, comme en Champagne, les rudiments du marketing. « Le souci qu’il faudra régler, c’est la contractualisation. Il n’y a pas de vases communicants en Champagne comme chez nous. Ce serait bien que les vignerons produisent ce qu’ils arrivent à commercialiser, soit en bouteille, soit en vin de base », estime Hervé Schwendenmann, pour qui le travail marketing et le positionnement produit commencent à la vigne.

« Lisser l’offre pour bien préparer le commercial »

À ce point, « un système de réserve serait le bienvenu pour lisser l’offre, ce qui laisse alors les moyens de bien préparer la partie commerciale. À partir du moment où l’on a des volumes stables, on peut attaquer les marchés ». La profession viticole alsacienne ne s’est, à ce jour, pas encore accordée sur le type de modèle de mise en réserve qu’elle souhaite mettre en place.

Contractualiser sur le long terme, voire dédier des vignes sur plusieurs années sont des questions qui se poseront face aux exigences du marketing pour lutter contre une concurrence des vins effervescents qui s’annonce féroce. Même si l’opportunisme de production du crémant peut se comprendre en raison des aléas climatiques, comme des rieslings en 2016.

Face à ce contexte, Hervé Schwendenmann se dit pragmatique : « Je ne suis certainement pas calculateur politique. S’il faut dire les choses, même si elles ne sont pas plaisantes, je le dis. Il faut essayer de prévoir et au moins se poser les bonnes questions. »

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