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David Lefebvre

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Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira)

Des débats contradictoires pour être force de proposition

Vigne

Publié le 03/04/2019

Plus de 50 % des metteurs en marché de vins d’Alsace sont adhérents au Synvira, le Syndicat des vignerons indépendants d’Alsace. L’assemblée générale se tenait le 27 mars au château Kiener à Colmar. Dans son rapport moral, Pierre Bernhard, président, relève la belle récolte 2018, mais des ventes globales en chute, à 909 000 hectolitres.

Pour y faire face, il cite les atouts du vignoble : le potentiel du crémant, la recherche de valorisation par les premiers crus, nécessaire pour attaquer de nouveaux marchés. « Il faut accompagner les adhérents vers ces nouveaux marchés, le positionnement prix, le packaging ». Il évoque également l’œnotourisme comme levier pour faire face aux difficultés. Les vignerons indépendants avec leurs multiples manifestations sont en pointe sur ce dossier. En 2019, la formule de l’Apéro gourmand devrait évoluer et s’étaler durant tout l’été, informe Catherine Schmitt. En projet, une après-midi vin nouveau durant les vendanges. Quant au traditionnel Pique-nique chez le vigneron, il générerait 345 000 € de chiffre d’affaires.

Francis Backert : un vignoble en transition

« Transition » a été le maître mot de l'intervention de Francis Backert, secrétaire général du syndicat. Face « aux fortes attentes sociétales », notamment au sujet de l’environnement, on ne peut pas faire l’impasse des coûts de production. Transition technique également : Francis Backert a fait référence au dernier colloque de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), où un « robot absolument autonome » a été présenté. « On en verra avant que nous partions à la retraite », entrevoit le vigneron de Dorlisheim. Selon lui, il faut préparer le vignoble à la robotisation : « On a tout intérêt à faire du regroupement parcellaire, car programmer le robot pour 10 ares, ça peut être tout sauf rentable ».

Le robot divise

Le groupe des jeunes vignerons comptabilise désormais une centaine de membres, rappelle Pierre Bernhard. « Il est très actif, courageux, son dynamisme est une chance pour les vins d’Alsace », note le président. Attaché à son autonomie financière pour s’assurer une certaine indépendance d’action, ce groupe préserve également sa liberté de parole.

Réponse a été faite à Francis Backert sur la question des robots par Thibault Specht, jeune vigneron de Mittelwihr : « Je pense que si on entre dans ce jeu-là, on aura une perte de cohérence, par rapport à nos objectifs. » Thibault Specht estime que c’est l’image du savoir-faire qui est remise en cause avec la robotisation. « Nous devons faire face à des problèmes de recrutement. Et sur le marché mondial, avec les pays émergents où les salaires sont bien inférieurs, nous aurons du mal à être compétitifs », lui répond Francis Backert.

« On a choisi de faire des vins de terroir »

« Nos prix se rapprochent de ceux des vins sans indication géographique, sauf qu’on a toujours plus de régulation. Donc, il faut se poser la question : soit on veut plus de régulation, mais le prix du kg de raisin vaut plus cher et le vin se vend plus cher. Soit on veut moins de régulation et nos concurrents seront les vins de cépages rhénans, les rieslings d’Afrique du Sud. L’immense majorité du groupe des jeunes a choisi de faire des vins de terroir. Nous essayons de vendre un peu plus cher, nous avons tous des salariés, a répondu de son côté Denis Hébinger. J’estime qu’on ne se pose pas les bonnes questions. À 3,70 €/col, le prix moyen export d’une bouteille de vin d’Alsace, ça ne nous intéresse pas. » « Le fait est que les grands choix régionaux opérés ces dernières années vont à l’inverse des aspirations des jeunes. Ils ferment la porte à ces choix d’avenir », estime de son côté Florian Beck-Hartweg.

C’est Hélène Huttard, jeune vigneronne à Zellenberg, qui reprend le flambeau de la responsabilité du groupe des jeunes. Au programme : de nombreuses animations avec les chefs étoilés d’Alsace, des soirées formation, after-works, dégustations œnoculturelles. « Notre but est de reconnecter les jeunes, que le métier les fasse rêver. De redonner du glamour. Nous souhaitons réinvestir les capitales », déclare la jeune vigneronne.

Niess Viti à Dambach-la-Ville

Affluence record dans les vignes

Vigne

Publié le 02/04/2019

Les opérations « saison morte » chez Niess Viti ont été plutôt dynamiques, avec près d’une quarantaine de châssis Clémens et les outils adaptables pour le désherbage mécanique et l’entretien du cavaillon. Environ 200 vignerons et viticulteurs ont répondu à l’invitation de Gérard Jacquat et ses collaborateurs pour découvrir en action la panoplie d’outils Clémens, la lame Radius, les double disques émotteurs Rollhacke, les bineuses à doigts que Kress fabrique désormais spécifiquement pour Clémens, le tout monté sur les châssis  SB Compact, SB 2 ou Hexagon. Les vignerons cherchent désormais activement des solutions de substitution au désherbage chimique, souhaitées ardemment par la société civile pour des produits ludiques ou culturels, tel que le vin. Ce qui explique le succès rencontré par les équipes Niess Viti, qui répondent présent sur ce marché, accompagnées de Clémens depuis 2013.

Manfred Niess toujours bien présent sur les manifestations ne pouvait que constater l’affluence énorme ce mercredi matin dans les vignes entre Dambach-la-ville et Blienschwiller.

Au programme également, les pulvérisateurs Lipco, sans doute l’un des opérateurs les plus anciens du marché des pulvés à proposer des panneaux récupérateurs. Des pulvé extrêmement bien pensés agronomiquement pour limiter le tassement avec des double-essieux, des panneaux dont l’encombrement en tournière a été limité par un système de levage et bien sûr une efficacité de récupération qui confine le traitement. Sans doute l’une des solutions les plus envisageables dans les zones sensibles à proximité des habitations. Les panneaux Lipco récupèrent ainsi jusqu’à 70% des volumes en début de végétation et 40 % ensuite. Au point que certains viticulteurs proposent un aménagement avec les panneaux devant le tracteur et la cuve derrière pour plus de maniabilité… « On sait déjà faire avec le rognage.»

Bref, les équipes Niess sur le terrain, sont bien décidées à accompagner les viticulteurs confrontés à de nombreux défis sociétaux et écologiques.

Bernard Angelras, président de l’Institut français de la vigne et du vin

L’agroécologie, sans les dogmes

Vigne

Publié le 31/03/2019

Vigneron bio en Costière de Nîmes, sur une centaine d’hectares, Bernard Angelras s’est fixé comme challenge, lors de son arrivée à la présidence de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV), de « mettre en adéquation la recherche, l’évolution et les attentes sociétales ». Des attentes qui « évoluent fortement » et qui imposent à la viticulture et ses pratiques des défis énormes « pour en tenir compte ». Car le vin n’est plus un produit de première nécessité et, de moins en moins, un produit de consommation courante.

C’est donc acté, « la viticulture doit évoluer », mais pas à n’importe quel prix. « On doit être capable de démontrer que des choses sont faisables et d’autres pas », tempère Bernard Angelras, face à un consommateur dont les exigences relèvent parfois ou souvent du « dogme », estime-t-il. « La dernière fois, je suis intervenu devant un groupe de consommateurs qui ne comprenait pas qu’on continue d’utiliser des produits phytosanitaires. Le consommateur de bio pense souvent que c’est non traité : c’est faux. Les gens ne se rendent pas compte que les paysages sont entretenus et que, sans cela, ce serait des friches. »

Aussi inéluctable soit-elle, l’évolution agroécologique demandée par la société requiert « du pragmatisme car on est vite rattrapé par les réalités », prévient Bernard Angelras, qui fait part de son expérience personnelle. « Je mettais des fleurs dans les vignes, parce que je trouve que c’est joli. D’ailleurs, certains n’ont pas compris cet enjeu de paysage pour un produit tel que le vin. Mais, qui dit fleurs, dit abeilles, dit contraintes sur les insecticides. D’abord l’Anses* nous a dit : impossible de traiter en journée, et aujourd’hui on nous dirait : interdiction définitive de traiter, à cause des fleurs. » De tels paradoxes engendrés par les enjeux agroécologiques, la filière n’en manque pas : la bouteille lourde appréciée du consommateur, tout comme la suppression du glyphosate. Deux exemples que cite Bernard Angelras, parce qu’ils dégradent ou risquent de dégrader le bilan carbone de la filière.

Faire de la pédagogie

« Il faut faire de la pédagogie », explique-t-il sur un ton offensif. « Quand j’ai été élu, j’ai dit que nous devions être le bras armé de la filière. » Le président de l’IFV voulait-il dire : soumettre les scientifiques de l’IFV aux besoins du syndicalisme et autres corporatismes ? « On n’est pas des défenseurs de lobby, prévient-il. On se cantonne sur le concret. Et, il n’était pas normal qu’on se passe des compétences des chercheurs de l’IFV. » Un « réseau de compétences important et d’ingénieurs déployés sur les territoires », souligne Bernard Angelras, riche de « ses échanges inter-régionaux ». La recherche appliquée à l’IFV est le lien entre la recherche fondamentale et le vigneron, précise-t-il. Exemple de travaux de recherche appliquée : le programme de testage des variétés résistantes de l’Inra.

Autre pédagogie : celle des signes de qualité. La loi EGAlim impose la certification environnementale des exploitations. « Les certifications paraissent lourdes, mais une fois qu’on y est ça roule. Il faudra cependant tenir compte de la valorisation. Et il faudra l’expliquer au consommateur. » Qui paradoxalement demande toujours plus d’environnement sans être prêt à financer l’effort demandé… « On ne peut plus se contenter de l’agro, souligne Bernard Angelras. Il faut aller de l’agro à la bouteille, et de la bouteille au consommateur. C’est une chaîne ! » Mais le président de l’IFV se dit optimiste : « Se remettre en question, c’est bien ».

 

Lancement officiel du Guide de sensibilisation à la certification Haute Valeur Environnementale en viticulture sur le stand du ministère de l'Agriculture, en présence du ministre Didier Guillaume et des représentants de la filière vins.https://t.co/00SJuU7AVh
#HVE #Vin #vigne pic.twitter.com/yGiAek92Zi

— IFV (@vignevinfrance) 28 février 2019

* Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

Baehrel Agri et Euro Agrar

Denis Baumann cède la direction à Guillaume Koenig

Vie professionnelle

Publié le 27/03/2019

Depuis leur reprise en octobre 2014 par la RWZ, l’une des cinq plus grandes coopératives allemandes de vente et services en machinisme agricole, les établissements Baehrel Agri, sous la conduite de Denis Baumann, sont devenus l’un des principaux acteurs de l’importante restructuration des concessions agricoles qui se joue actuellement en Alsace. En janvier 2016, c’est le fonds de commerce des deux sociétés d’Agri Center dans le Haut Rhin qui est repris par la RWZ : Agricom à Jettingen et AC Équipements à Muespach-le-Haut. Et en septembre 2017, c’est le secteur de l’ancienne concession Massey Ferguson, RG Matériels, situé en Centre Alsace qui est entré dans le giron de Baehrel Agri.

« À ce stade, la RWZ détient 100 % de Baehrel Agri pour la marque Massey Ferguson et 100 % d’Euro Agrar pour Valtra et Fendt », explique Denis Baumann. Avec cinq succursales à Soultz-sous-Forêts, Mommenheim, Marlenheim, Sainte-Croix-en-Plaine et Muespach-le-Haut pour Baehrel Agri, et bientôt une sixième à Sélestat. « Le foncier est réservé dans la ZI du Giessen, visible depuis l’autoroute et accessible par la sortie Sainte-Marie/Tunnel. Le bâtiment est prêt à être construit », poursuit Denis Baumann. Ce qui permettra pour Baehrel Agri d’assurer un bon maillage régional sur sa marque Massey Ferguson, tandis qu’Euro Agrar, pour Fendt et Valtra, couvrira la plaine dans le Haut-Rhin, le Sundgau et plus au sud encore, le Territoire de Belfort et une partie du Doubs.

L’heure est venue pour Denis Baumann qui représente les intérêts de la RWZ en France de passer la main à la tête de Baehrel Agri et d’Euro Agrar. Arrivé en 2015 comme directeur général, il a conduit l’expansion des acquisitions de la RWZ. « Nous réalisions 8 millions d’euros (M€) de chiffre d’affaires avec Baehrel Agri en 2015. Aujourd’hui avec Euro Agrar, cela fait plus de 20 M€. » Les deux entités comprennent 52 collaborateurs. Et c’est Guillaume Koenig qui en assurera désormais la direction générale.

Cet ancien cadre commercial de RG Matériels affiche 20 ans de métier au compteur et a gravi peu à peu les échelons pour devenir chef des ventes d’Euro Agrar. « C’est un nouveau challenge, j’étais déjà bien impliqué au niveau des responsabilités, aujourd’hui j’ai de nouvelles missions et de nouveaux objectifs, mais je suis rassuré car j’ai une super équipe à mes côtés avec laquelle nous allons faire perdurer ce que Denis a mis en place », explique Guillaume Koenig. « Je le connais, je connais son travail, je lui fais confiance », assure Denis Baumann, pour qui une page se tourne, mais pas tout à fait…

DRM et autres tracas administratifs

Séance de psychothérapie collective à Andlau

Vigne

Publié le 27/03/2019

C’est « la pire crise viticole depuis 40 ans », estiment certains. Une pétition en ligne, pour dénoncer la complexité administrative de la Déclaration récapitulative mensuelle (DRM) liée à la multiplicité des appellations-cépage, a incité des jeunes vignerons à organiser une réunion sur la charge administrative, dans le cadre du Grand Débat national. Une trentaine de vignerons se sont ainsi réunis le 12 mars à Andlau à l’initiative de Yann Durrmann et Denis Hébinger. Le premier a organisé le débat et listé plus d’une soixantaine d’obligations administratives : un tiers d’entre elles sont redondantes par manque de connexions entre les administrations et institutions du vignoble. Le second a mis en ligne une pétition sur le site change.org intitulée « Remise en cause de la réforme de la DRM », dont le texte a été rédigé par Jean-Pierre Frick. La réunion s’est tenue dans une ambiance lourde marquée par le suicide, le matin même, d’un vigneron à Bernardswiller, juste après avoir expédié 1 200 hectolitres de vrac.

Trop de temps perdu et de complexité

En introduction, Yann Durrmann prend l’exemple des dossiers d’aides FranceAgriMer à remplir en trois volets, le premier de 150 cases, le deuxième avec 200 cases et le troisième avec 330 cases : « C’est ridicule » ! Puis chacun s’est exprimé : « Un véritable ras-le-bol avec des formulaires et des formulaires », pour Richard Geiger de Bernardvillé. « La DRM est vraiment problématique », pour Louis Metz d’Epfig. « On est déjà surchargé, on est aidé des retraités et on n’a plus de possibilité d’embaucher étant donné la situation », reconnaît Évelyne Kientz de Blienschwiller. « Je cultive 13 hectares, j’achète des raisins, je vends 120 000 bouteilles. En quatre ans, on est passé d’une à deux personnes pour les tâches administratives et on n’y arrive toujours pas », explique Antoine Kreydenweiss d’Andlau. « Je suis double-actif, la Mutualité sociale agricole plus les Douanes, c’est devenu trop compliqué », exprime Stéphane Gassmann d’Andlau, appuyé par Céline Metz, viticultrice à Blienschwiller, en charge de la paperasse en plus de la vinification sur son domaine. Elle pointe les doublons et les aberrations entre le cadastre et les parcelles sur dossiers Pac. Luc Faller d’Itterswiller raconte qu’il a consacré une demi-journée à mettre au clair les problèmes de cartographie et qu’il passe tous les ans un certain nombre d’heures à corriger les erreurs de l’administration.

Le comble est une lettre du contrôle Qualisud que Claude Moritz d’Andlau a reçue récemment : « Nous avons constaté une absence de non-conformité ». Selon Antoine Kreydenweiss, « parfois, il faudrait un traducteur de langage administratif ». Rires dans la salle… Des rires jaunes : « Ça suffit. On n’est pas des idiots ! », s’énerve Alexandre Carl de Dambach-la-Ville. Il raconte ces heures passées au téléphone à patienter pour des services en ligne… Quand ce n’est pas le service qui bug après deux heures de saisie, ajoute Évelyne Kientz.

Angoisse d’être toujours à la limite de légalité

La question des tâches administratives sociales irrite particulièrement : « Pour les vendanges, c’est devenu insupportable », s’écrie Marjorie Muller. « C’est difficile de tout connaître des lois sociales », ajoute Antoine Kreydenweiss. « Exemple avec un salarié qui ne vient que pour 4 heures de vendanges, soumis aux mêmes lourdeurs administratives : c’est vraiment inadapté », fait observer Florian Beck-Hartweg. Philippe Maurer d’Eichhoffen revient sur cette affaire d’un vendangeur qui de façon récurrente a joué sur les failles du système pour faire condamner des vignerons : « Ça révèle un bug syndical et un manque de soutien entre nous », estime-t-il.

Car le sentiment qui domine, « c’est de se sentir toujours dans la limite de la légalité », étant donné la complexité des tâches administratives, soulève Philippe Maurer.

Aux dépens de la famille…

« Nous avons droit aussi à une vie de famille », clame Marjorie Muller de Traenheim. Quant à Gilbert Beck, vigneron préretraité à Dambach-la-Ville, il estime que ce sont ces difficultés qui ont découragé son fils de reprendre son domaine.

… de la mobilisation syndicale…

Il pointe également les défaillances du syndicalisme, notamment dans ce dossier de la DRM. Même analyse pour Frédéric Heitz de Mittelbergheim. Marie-Claire Borès de Reischfeld avait réclamé un audit « pour voir où on en est avec l’administration ». « En fait, le syndicat c’est nous ! On devrait se fédérer pour montrer que nos limites sont atteintes », estime Philippe Maurer. « Pour les déclarations parcellaires, j’ai décidé de ne plus me prendre la tête », indique Antoine Kreydenweiss. « Et pour quelles vendanges tardives ? », interroge Philippe Maurer, faisant allusion à la dévalorisation de ces vins liquoreux. La cause de ces « faiblesses, c’est le manque de temps pour faire de la présence syndicale », estime Gilbert Beck. Ces lourdeurs « posent un problème de démocratie, car ça nous est imposé », renchérit Éric Kamm de Dambach-la-Ville.

… et du boulot !

« J’ai encore la chance que mon père soit là. Mais le jour où il arrêtera, je serai dans l’impasse » poursuit-il. « On ne peut même plus sortir dans les vignes avec ces lourdeurs », souligné Christophe Lindenlaub de Dorlisheim.

Pour Gérard Goepp, vigneron à Heiligenstein, s’ajoute aux lourdeurs administratives, un prix du vrac qui ne rémunère plus le travail. Selon Denis Hébinger d’Eguisheim, « c’est bien le modèle du vigneron vendeur de vin en direct qui est dans la difficulté », à travers ce poids administratif que « seules les grandes structures peuvent assumer ». « On vit une crise. La conséquence est la fin de la vente directe sur la route des vins », estime-t-il. « Notre modèle s’éteint », confirme Yann Durrmann. « Ces deux dernières années sont les pires de mes 42 années de carrière de vigneron », lance Claude Moritz.

En cause, « le millefeuille administratif. Et la DRM, c’est la goutte de trop », de surcroît jugée « inutile ». « Je ne sais pas si l’État se trouvera plus renseigné qu’avant, avec cette DRM. Quoi qu’il en soit, ça va nous foutre dedans », s’alarme-t-il. Il dénonce également les téléprocédures gamma nécessaires pour expédier 18 bouteilles pour Prowein. « C’est déjà 2 heures de travail avant même d’avoir cherché à vendre le vin, quand nos voisins allemands ou autrichiens l’ont déjà vendu. »

« Tout ce temps consacré à l’administratif : on serait plus efficace à le passer à vendre », pointe Claude Hauller de Dambach-la-Ville. « On traverse une très mauvaise passe, reconnaît-il. Et ce n’est pas la DRM qui va nous faire avancer. » D’autant « qu’on n’est pas bureaucrates », ajoute Jérôme Brandner de Mittelbergheim.

La simplification possible ?

Pour Frédéric Hansmann, de la même commune, « les redondances seraient pourtant faciles à supprimer ». Il ajoute avoir eu un entretien avec les services des Douanes « qui disent se satisfaire des mentions blanc, rouge, effervescent ». « Oui ! Les Douanes s’en contenteraient », affirme Christophe Bleesz. D’où l’incompréhension. Pour Florian Beck-Hartweg de Dambach-la-Ville, ce sont en réalité « les vins d’Alsace qui doivent se réinventer ». Attention cependant, « ce n’est pas la dématérialisation qui est en cause, et qui en réalité simplifie les démarches », précise Christophe Lindenlaub. Le problème vient de la multiplicité des codes générés par les cépages, une spécificité alsacienne, qui fait que cette réforme de la DRM est plutôt bien vécue dans les autres appellations, mais très mal ici.

« Certaines tâches administratives pourraient être adaptées aux petites structures, qui pourraient en être exemptées », reprend Florian Beck Hartweg. Quant à Antoine Kreydenweiss, il identifie un « manque d’interfaces » entre les administrations. Entre autres exemples : la DEB et la TVA. Ce qui le fait sortir de ses gonds, c’est le slogan : « Ne vous inquiétez pas, on s’occupe de tout ».

Mittelwihr

En croisade pour replanter des amandiers millénaires

Vigne

Publié le 23/03/2019

La légende dit que c’est le long de la voie romaine traversant les coteaux de Beblenheim et Mittelwihr, que Charlemagne ou ses troupes auraient laissé des amandes. Quoi qu’il en soit, les amandiers du Mandelberg sont une variété locale qui résulte d’une adaptation multiséculaire, unique en Europe, ayant la propriété de fleurir si tôt au sortir de l’hiver qu’aucun autre arbre ne peut rivaliser de précocité. Le contraste paysager de ces coteaux ornés de fleurs d’amandier sur fond de couleurs hivernales est saisissant. « Un paradis pour les chasseurs d’image. »

Mais ce coteau du Mandelberg n’a presque plus de rapport aux amandiers que son nom. Car depuis 50 ans, la mécanisation viticole a peu à peu décimé ce patrimoine variétal, pourtant si identitaire du terroir. Les arbres qui ornaient les vignes et les chemins du Mandelberg ont été coupés pour laisser passer les engins.

Sauf qu’un ancien vigneron, Jean-Jacques Mauler s’échine chaque année à replanter une quarantaine d’arbres à partir des boutures qu’il fait pousser. Sensibilisée par cette volonté farouche de « faire revivre ce patrimoine », Marie-France Siegler, vigneronne sur le Mandelberg, remue ciel et terre depuis quelques semaines pour faire redécouvrir ce spectacle saisissant des amandiers en fleur. France 3, les quotidiens régionaux et même nationaux comme Le Parisien sont venus filmer ce spectacle, interviewer Jean-Jacques Mauler et goûter aux amandes sur kougelhof, accompagné d’un mandelberg. Une amande qui a une autre caractéristique : sa coque d’une remarquable robustesse.

Pour découvrir les amandiers, goûter aux amandes et aux vins des amandiers, contactez Marie-France et Joël Siegler au 06 08 12 94 12 ou siegler-kuster@orange.fr.

Syndicat viticole de Molsheim

Une nouvelle génération pleine d’ambitions culturelles

Vigne

Publié le 22/03/2019

De la consommation courante à l’acte culturel. Les vignerons de Molsheim ne ménagent pas leurs efforts pour faire valoir la qualité de leurs vins et de leurs coteaux en particulier. Ils tenaient leur assemblée générale au restaurant de l’hôtel Diana, le 13 mars dernier, autour d’un repas gastrovinique, concocté par le chef Frédéric Malaisé, et agrémenté des crus en devenir.

Une assemblée générale dans une ambiance décontractée, même si les sujets abordés étaient extrêmement sérieux : rendements 2019, liste des cépages, assemblages, riverains des vignes, et préparation des manifestations viniques d’envergures régionale et nationale.

Assemblage ou monocépage

Henri Kaes cède la présidence de la gestion locale du Bruderthal à Jérôme Neumeyer. Hommage a été rendu au travail de Bernard Weber et Gérard Neumeyer, ainsi que de Philippe Heitz pour avoir obtenu la reconnaissance en 1992. Julien Boehler relève cette incohérence : « La variable entre les grands crus, ce n’est pas le cépage, mais le terroir ». Il prend l’exemple du Zinnkœpflé : les vignerons se sont accordés sur deux versions, l’une liquoreuse et l’autre en sec, à l’exclusion de la mention des cépages. Ils deviennent juste une mention informative et qui n’est plus identitaire. Mais Jérôme Neumeyer estime que le cépage est un marqueur de terroir, en particulier le riesling.

Faut-il alors ajouter une déclinaison supplémentaire d’assemblage à l’offre des cépages et rendre l’offre encore plus complexe ? Julien Albertus estime que la complexité de l’offre n’est pas un frein au marché, bien au contraire. Comme pour le Zinnkœpflé, le cépage, qui ne serait plus la variable identitaire du terroir, deviendrait néanmoins un élément informatif sur la contre-étiquette, jugé nécessaire certes, mais plus en tant qu’élément protecteur de l’appellation…

Faut-il stabiliser, voire diminuer, les rendements ?

Le syndicat viticole se demande s’il faut diminuer les rendements d’appellation compte-tenu des problèmes d'écoulement de stocks sur  le marché du vrac. « L’idée serait surtout de baisser dans une perspective de produire mieux », dit un vigneron, car « la question est de valoriser nos productions ».

Mais cette décision hypothétique de diminution ou de maintien des rendements reste suspendue au fait que « 60 % des volumes de vins d’Alsace sont dans les mains de dix opérateurs », fait remarquer un autre vigneron.

Étiquetage sec, demi-sec, moelleux, liquoreux

Un loup juridique a été soulevé, car l’actuelle réglementation qui encadre la sucrosité du riesling ne permet pas de replier un riesling grand cru en riesling AOC Alsace. La réalité du débat est de savoir s’il faut informer le consommateur par l’étiquette sur la teneur en sucrosité contenue dans le vin. Les vignerons s’interrogent : ces mentions européennes porteront-elles préjudice ou valoriseront-elles l’image du vin ? Ou inversement amélioreront-elles les ventes par une meilleure lisibilité de la sucrosité du contenu ?

Phytosanitaires - riverains

Les millésimes 2017 et 2018 se caractérisent par « peu de pression sanitaire et pas de soucis identifiés avec les riverains ». Henri Kaes en appelle au bon sens des bonnes pratiques, comme « ne pas poudrer le samedi à 11 h 30 ». Il invite aussi à nouer contact avec les riverains et plus largement les Molsheimois, à « privilégier les relations de bon voisinage. On est en position favorable à Molsheim » en raison de la configuration parcellaire et globalement des Molsheimois compréhensifs, même si des questionnements se font de plus en plus nombreux.

Association Vignes Vivantes

De nombreux chantiers pour plus de viticulture écologique

Vigne

Publié le 19/03/2019

Stéphane Bannwarth, président de l’association Vignes Vivantes et vigneron à Obermorschwihr, souhaite ouvrir le champ des possibles face au défi climatique annoncé. Qui risque par ailleurs d’altérer la fertilité des sols viticoles, observe-t-il, même si le millésime 2018 est jugé « généreux ». Face au changement climatique, il s’interroge personnellement sur les orientations à prendre en viticulture. Et face aux problèmes de fertilité, il questionne les pratiques viticoles : aller vers du matériel moins lourd, poursuivre et intensifier les recherches sur les couverts végétaux. Se pose également la gestion agronomique de l’eau, le mode de taille, voire la non-taille que l’on voit poindre ici ou là en Allemagne, les cépages, les formes d’ombrage sur les parcelles, le palissage…

Les vignerons de Vignes Vivantes, qui promeuvent des techniques agroécologiques, tenaient leur assemblée générale le 28 février à Riquewihr. L’association, animée par Isabelle Kuntzmann, compte aujourd’hui 90 adhérents pour 1 486 hectares en Alsace, et 2 adhérents hors Alsace pour 1 204 ha, avec l’arrivée notoire des vignobles Moët et Chandon en Champagne. Invité de la journée, Marc-André Sélosse, scientifique de renom international, spécialiste des mycorhizes, et plus généralement grand communicant scientifique sur la vie biologique des sols, est intervenu gracieusement : il a fait un état des acquis scientifiques sur ce sujet d’intérêt pour les vignerons, permettant ensuite de connaître quelles pratiques les répriment, ou les favorisent.

De l’hydromorphie des sous-sols viticoles

En 2018, un groupe de vignerons s’est déplacé chez Éric Maille à Bergerac pour une formation sur les engrais verts. D’autres ont suivi plusieurs formations de taille Guyot Poussard, de regreffage et de curetage avec François Dal. À noter également une sortie botanique avec le Parc des Ballons des Vosges. L’association bénéficie toujours des analyses de sols selon la méthode Hérody. L’accent est mis sur les problèmes hydrologiques en sous-sols qui affectent une bonne partie des vignes de ce vignoble, même pour les vignes en pente, avait souligné le pédogéologue Yves Hérody en 2018. D’où des aménagements qui seraient nécessaires pour libérer l’eau retenue dans des sous-couches géologiques et qui altèrent la bonne nutrition minérale des vignes…

Vignes Vivantes dispose d’un conservatoire ampélographique à Marbach. L’association travaille par ailleurs sur l’autoconstruction de matériels avec L’Atelier paysan et l’implication remarquable de Rémy Jung pour la co-conception d’outil. En projet, un semoir sous le rang. Et les 26, 27 et 28 mars prochains, une formation à l’autoconstruction d’une barre porte-outils (il reste des places). L’association souhaite également offrir à ses adhérents le choix en semences biologiques de préférence locales. Vignes Vivantes est labellisée GIEE sur ce dossier des couverts et va persévérer dans la compréhension agronomique.

Vignes Vivantes c’est aussi des groupes composts. L’importance de bâcher les andains est désormais bien comprise. Chaux, semences, nichoirs, bâches, les achats peuvent se faire en commun. De même, les dépenses concernant la logistique des prélèvements de sols pour analyses (déplacement, temps) sont « forfaitarisés » dans la cotisation d’adhésion (+ 30 €).

Enfin, la dynamique association travaille sur une cartographie des sols basée sur les analyses BRDA-Hérody, dont Sylvain Perrot-Minot est la cheville ouvrière. À noter que ce dossier, comme d’autres de l’association, est soutenu par le Crédit Agricole Alsace Vosges.

Diplôme et concours de taille 2019

William Jost vainqueur

Vigne

Publié le 15/03/2019

Les techniques de taille évoluent avec une plus grande prise en compte des trajets de sève, mais le concours de taille, très prisé en Alsace, reste toujours sur ses fondamentaux. « C’est une vraie valeur ajoutée pour le CV », observe Didier Pettermann, président du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa). Mais la sélection reste rude. Pour la 40e édition, sur les 81 inscrits au diplôme de taille, seuls 19 l’ont obtenu, informe Jérôme Attard, de la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). L’ensemble des candidats sont cependant invités par les organisateurs à se représenter au diplôme ou au concours en 2020 : « Ça se joue au quart de point près, dans un mouchoir de poche », précise Didier Pettermann.

Organisé conjointement par la CAA, le Civa, le lycée viticole de Rouffach, ce concours bénéficie également d’une intendance assurée par les Jeunes Agriculteurs, en l’occurrence cette année les jeunes viticulteurs de Scherwiller. Pour cette finale 2019, c’est le futur vigneron William Jost, de l’EARL Goesel-Jost à Dorlisheim qui remporte le concours. « J’ai appris avec Jean-Marc Baltzinger et Freddy Boltz, qui disait : « Pense à celui qui descend les baguettes », ce que je me suis efforcé d’appliquer. Tailler, arquer, c’est ce que je préfère », précise le jeune homme. Les diplômes et les lots des vainqueurs du concours ont été remis en présence d’Olivier Sohler, maire de Scherwiller, Flore Ansel, dauphine de la reine des vins d’Alsace, Catherine Greigert, conseillère départementale du canton de Sélestat, Didier Pettermann, et le jury assuré par les conseillers techniques de la CAA, du Civa et de l’EPLEFPA de Rouffach. Pour Karen Saccardy, directrice adjointe en charge des exploitations et du développement pour Les Sillons de Haute Alsace, la formation de taille reste un enjeu majeur : « C’est le premier geste de production du vin ».

Retour sur 40 années de concours de taille avec André Roth, ancien responsable de l’exploitation viticole du lycée de Rouffach, et surtout l’un des pères de l’épreuve : « Il y avait le concours de labour, le concours de pointage et ça manquait en viticulture », introduit-il. Avec François Montavon et Jean Schwach, les conseillers viticoles de la CAA, ensemble ils conçoivent le concours, son système d’évaluation, le jury étant assuré par l’ITV, l’Inra, des professionnels bénévoles, le Suad, le lycée de Rouffach. Force est de constater 40 ans après que le succès perdure, observe André Roth, expliqué au moins en partie par le bien-fondé de la formule du concours définie par ses pères. C’est Jean-Paul Ringeisen qui, d’année en année, démarche les sponsors dont la générosité contribue également à son attrait.

VitiTour

Armbruster fait entrer le numérique en viticulture

Vigne

Publié le 15/03/2019

En introduction, Aymé Dumas, responsable du service technique viti chez Armbruster, a présenté les résultats encourageants de Stopesca, un charbon actif à badigeonner sur les plaies de taille, qui neutralise les toxines du champignon. Également présenté, QualiDrop, un outil de mesure de la qualité de couverture de pulvérisation.

Movida est un outil d’aide à la décision de traiter en fonction de l’évaluation du risque mildiou ou oïdium. Il table sur un modèle mathématique qui intègre nombre de paramètres, dont les données météorologiques à l’échelle de la parcelle, la phénologie du pathogène et celle de la vigne. L’outil s’articule sur quatre piliers paramétrables, énumère Jacques Louvet de Bayer en charge du développement de Movida : « La gestion de la parcelle ; le risque maladie - sensibilité de la parcelle ; la croissance de la vigne - sa physiologie ; et la météo ». Movida répond à deux enjeux principaux : « Obtenir une récolte saine et sans résidus d’intrants ». En pratique, sur son smartphone, le viticulteur voit ses parcelles cartographiées avec une punaise de couleur rouge, orange ou verte, qui lui indique la nécessité ou non de traiter. Il faut compter 150 € par an pour 10 parcelles.

Naïo Technologies est une entreprise toulousaine qui développe des robots. Créée en 2011, elle compte aujourd’hui 50 salariés et propose quatre robots : Dino, Oz, Ted et Jo. À ce jour 100 robots Oz, pour le désherbage en maraîchage, ont été vendus, une vingtaine de Dino pour le maraîchage en planches. Ted et Jo s’adressent à la viticulture. Pour les vignes larges, Ted, un enjambeur qui dispose de 8 heures d’autonomie, certifié pour sa fiabilité, combine trois systèmes de guidage GPS, laser et caméra. Ce robot admettra des outils de désherbage mécanique classiques. Et en projet sur ce robot, un appareil à traiter hyper-bas volumes. « Notre vraie problématique est de voir comment ces robots vont s’intégrer avec les humains dans les exploitations », explique-t-on chez Naïo Technologies.

Troisième présentation lors de cette soirée, Vineview qui propose une cartographie des parcelles pied par pied, au moyen d’un drone qui renseigne sur la vigueur et les manquants. Il en résulte de multiples applications en viticulture de précision et en œnologie de précision pour la sélection intra ou extra-parcellaire, sur la base de ce zonage de la vigueur.

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