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David Lefebvre

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Crédit Agricole Alsace Vosges

Beau succès pour une conférence-débat sur la méthanisation

Technique

Publié le 14/03/2019

De très nombreux exploitants agricoles ont répondu à l’invitation des Caisses de Crédit Agricole locales de Saverne, Pfaffenhoffen et Hochfelden, pour une conférence-débat intitulée « La méthanisation : une solution énergies renouvelables (ENR) à la portée des entreprises agricoles ».

Devant une salle communale bien remplie sont intervenus Christophe Gintz, conseiller ENR à la Chambre d’agriculture, Denis Mécrin, chef de projet biométhane Grand Est pour GRDF, Arthur Masson, spécialiste méthanisation et financement pour le Crédit Agricole Alsace Vosges, Pierre Flandrois, directeur commercial de Utilities Performances, spécialisé dans la maîtrise d’œuvre en méthanisation.

Accueillis par Sonia Richert, présidente de la Caisse locale de Saverne-Marmoutier, Gérard Krieger, maire de Gottesheim, Josiane Walter, directrice des agences de Dettwiller et Hochfelden, les agriculteurs sont très vite entrés dans le vif du débat animé par Michel Freyss, responsable de la filière agri-viti au Crédit Agricole Alsace-Vosges (CAAV), après la présentation générale de Christophe Gintz, les témoignages de Gilbert Weinstein, éleveur-méthaniseur en Alsace Bossue, et la présentation du projet SAS ABH à Wittersheim, réunissant 15 agriculteurs représentés par Christian Suss et Jean-Luc Santer.

Parlons chiffres : sur la vingtaine de méthaniseurs en service, financés en Alsace et dans les Vosges, un seul a connu des déboires financiers, pour des raisons de conception. Un rapide calcul de projection d’amortissement des investissements sur 13 ans fait apparaître un excédent brut d’exploitation de 950 € par kWe installé et par an, estime Patrick Brandt, responsable des engagements au CAAV. Ceci pour une installation de puissance moyenne de 250 kWh.

Ne s’improvise pas

Toutefois, l’importance des investissements fait que les dossiers de financement sont étudiés dans les moindres détails. Il faut pour ainsi dire parler d’accompagnement rapproché sous tous ses aspects : technique, statutaire, administratif, assurances, afin que le montage financier soit au final le plus adapté au projet. Bref, « cela nécessite de la technicité financière et une expertise dédiées », résume Arthur Masson. Et pour que le tout se tienne, le Crédit Agricole dispose désormais d’une base de données nationale permettant de mieux évaluer chaque projet, des données mises en commun par les spécialistes méthanisation que chaque Caisse régionale a missionné.

La valorisation du biogaz par injection directe dans le réseau de gaz naturel assure actuellement la rentabilité optimale, puisqu’il n’y a pas de déperdition de chaleur cogénérée. Denis Mécrin, chef de projet biométhane Est pour GRDF, a annoncé qu’une trentaine d’unités de méthanisation devraient injecter à l’horizon 2020 dans le Grand Est, pour quatorze actuellement. Il y a même 118 « réservations », un développement porté par les nouvelles dispositions légales de la Commission de régulation de l’énergie, obligeant in fine les opérateurs à renforcer le réseau de gaz. Des systèmes de rebours (re-compression du gaz du réseau de distribution vers le réseau de transport), ainsi que l’augmentation du maillage du réseau et du stockage, devraient à terme assouplir les possibilités d’injection. Seul bémol à l’horizon : le plan de programmation pluriannuelle de l’énergie actuellement en débat et les orientations pour la méthanisation qui sont en discussion. « Mais la filière se mobilise… »

Bref, le CAAV voit dans la méthanisation « un levier de développement et de diversification des exploitations agricoles », a résumé Katia Ebersold. Il a consacré en Alsace et dans les Vosges pas moins de 35 millions d’euros de capitaux à la méthanisation agricole sur les 98 M€ affectés aux énergies nouvelles, avec 20 unités en service, 19 en construction et 35 à l’étude.

Étienne Montaigne, expert en économie viticole

La difficile régulation du marché viticole

Vigne

Publié le 17/02/2019

En langage mathématique, la loi de King s’exprime comme suit : « Le revenu viticole se comporte comme une fonction décroissante des rendements ». « Les prix baissent plus vite que les quantités augmentent », traduit Étienne Montaigne. Cet expert en économie viticole, professeur d’université, était le deuxième invité du cycle de conférences Vigne, vins et vignerons de la faculté de marketing et d’agrosciences à Colmar. Elles s’enchaînent en ce début d'année au rythme d’une par semaine. Le 24 janvier au Biopôle de Colmar, Étienne Montaigne intervenait sur la thématique : les échecs et les succès des politiques d’arrachage de l’Union européenne.

Selon la loi de King qui s’applique à toutes les productions agricoles : passé un optimum correspondant à un équilibre entre l’offre et la demande, les surproductions ont des conséquences désastreuses sur le revenu viticole, jusqu’à devenir nul. Et par le caractère exponentiel décroissant de cette loi mathématique, aucune famille viticole, aucun domaine, aucun producteur n’échappent à la spirale de dévalorisation du revenu viticole.

Une régulation difficile et délicate

D’où les volontés politiques fortes et les moyens conséquents dépensés par Bruxelles pour éviter les désastres comme 1907 et 1976 à Montredon (Languedoc) et pour réguler les productions viticoles, de telle sorte que la production soit en phase avec la consommation. Mais « c’est un métier difficile que de réguler les potentiels de production », admet Étienne Montaigne en particulier en viticulture. Il prend l’exemple le plus récent. Quelque 2 milliards d’euros ont été consentis par Bruxelles pour arracher 175 000 hectares, de 1988 à 2004. Quelques années plus tard c’est l’inverse, avec les autorisations de plantation : « Officiellement, l’Europe annonce qu’on va augmenter les surfaces », car l’Europe est déficitaire en vin, du fait notamment que sa balance commerciale en vin est excédentaire d’un peu plus de 7 Md€ et que l’Europe exporte beaucoup de vin.

Plusieurs raisons expliquent cette difficile et délicate régulation par des politiques d’arrachage-replantation, distillation, etc. : en premier lieu savoir prendre en compte le maximum de paramètres. Sur la période 1970-1976 par exemple, Bruxelles n’avait pas bien pris en compte le développement des performances agronomiques, de productivité associé aux programmes de replantation. Conséquence dans les années 1980, la surproduction est importante. Mais il y a surtout les énormes fluctuations annuelles de production en viticulture et 2018 en est un bon exemple… Il y a enfin l’accès à des données fiables. Les États et les filières peinent à mettre en place des observatoires économiques fiables. Et en période de crise, l’accès aux chiffres communiqués par les interprofessions est plutôt réduit… Étienne Montaigne préconise par exemple d’intégrer les données des pépiniéristes.

Toutefois, explique Étienne Montaigne, on ne peut pas reprocher à l’Europe de ne pas avoir aidé à reconvertir ses vignobles vers la qualité comme en 2006.

Groupe Haag à Marlenheim, soirée indoor

Les matériels Ropa et Dewulf présentés aux producteurs de pomme de terre alsaciens

Technique

Publié le 14/02/2019

Le groupe Haag est passé, le 2 juillet dernier, sous la propriété du réseau Colvemat (lire en page 13 de notre numéro du 20 juillet 2018). Cette société de maintenance, location et vente de matériel de manutention et travaux publics, rattachée au Groupe Europe Holding, déjà bien implantée en Alsace avec Steiblé, spécialiste du chariot élévateur, et avec JCB sur le Grand Est et sur Montpellier-Perpignan, ajoute désormais un nouveau métier à ses compétences avec cette entrée dans le machinisme agricole par l’acquisition du Groupe Haag et ses concessions John Deere, JCB Agri, Lemken, Idrofoglia.

C’était donc l’occasion le 5 février pour les planteurs de pomme de terre en congrès à Strasbourg, de rencontrer la nouvelle équipe Haag, avec Pierre Kipp, spécialiste du marché matériel pomme de terre, Yannick Dangelser, nouveau chef d’atelier de la base de Marlenheim, Aurélien Savio, directeur commercial du groupe Haag, Olivier Martin, directeur technique, et Nicolas Pereira, directeur général de Colvemat. Étaient également présents Laurent Sépulcre, directeur de la branche manutention Alsace chez Colvemat, et Guy Beyl, directeur pièces du Groupe Haag. Pour compléter la nouvelle équipe, un nouveau magasinier et un nouveau technicien sont attendus très prochainement, précise Philippe Sesmat, directeur-transition chez Haag, qui passera le relai à Laurent Faure, le 18 février.

En présentation dans le hall d’atelier à Marlenheim, une récolteuse du constructeur bavarois Ropa : la Keiler I. « Dotée d’une trémie d’une capacité de 6 tonnes, cette récolteuse, impressionnante par son gabarit, est à entraînement tout hydraulique. » Les tapis ont remplacé les chaînes. Il en résulte une machine beaucoup moins bruyante, multiparamétrable pour plus de précision et de qualité de récolte, explique Pierre Kipp. 130 ch suffisent à tracter cette récolteuse, dont une unité est en service à Krautergersheim, précise-t-il.

Présentée également, « pour la préparation de sols ou la reprise de plantations pour butter définitivement en cas de besoin », une fraiseuse butteuse Dewulf. Équipée à l’avant d’un décompacteur LSM « pour casser la semelle occasionnée par la fraise » : un rotor comprenant pas moins de 192 dents sur 3 m de large ! Quant à la table de buttage avec pression hydraulique, Dewulf a fait le choix d’un matériau synthétique de type téflon qui n’adhère pas à la terre.

Exposé enfin, une planteuse Dewulf Midema à godets, avec la particularité de créer des sillons dans les buttes, de manière à entraver le cours de l’eau en cas de pluies diluviennes et érosives.

C’est dans ce cadre d’exposition sous intérieur, que les convives de la soirée ont pu rencontrer la nouvelle équipe, 80 personnes en tout, avec un bon repas à base de pommes de terre bien sûr ! Une seconde soirée de ce type sera programmée au mois de mars pour l’ensemble des clients agriculteurs de la base de Marlenheim, précise Philippe Sesmat.

Certification Haute valeur environnementale (HVE)

Le Synvira et la Chambre d'agriculture s’unissent pour former

Vigne

Publié le 06/02/2019

Il n’y a quasiment plus de vignerons aujourd’hui pour contester que des défis environnementaux lourds sont à relever. Seulement, ils préféreraient les relever à leur façon, plutôt que d’une manière imposée par le consommateur. « Avec la certification HVE, au moins je n’ai pas perdu de clients », explique Éric Casimir, du domaine Metz à Itterswiller, 80 000 bouteilles écoulées bon an mal an, et certifié HVE depuis trois ans. Se disant « plutôt bio-sceptique », Éric Casimir estime néanmoins qu’il va devoir se conformer aux exigences d’un consommateur très orienté sur le bio. Et la certification HVE lui permet d’être « psychologiquement prêt ». « Il faut par exemple convaincre ses salariés de la nécessité de retarder la fauche dans les vignes pour la biodiversité », fait observer le vigneron, ce qui ne soulage pas les travaux en vert manuels pour des salariés devant arpenter les vignes.

Selon Éric Casimir, la certification HVE présente une ouverture plus globale que le cahier des charges bios, extrêmement centré sur la question des produits phytosanitaires et des engrais. La certification HVE prend aussi en compte la biodiversité, la gestion de la ressource en eau. Mais on notera qu’il n’y a pas de concurrence entre les deux labels puisque 9 % des exploitations bios sont certifiées HVE et 22 % d’entre elles l’envisageraient.

De surcroît, trois niveaux de qualification sont proposés selon les efforts environnementaux pour s’engager dans la certification HVE. Elle s’inscrit dans une démarche à points permettant de progresser sur le plan de ses pratiques. Toutefois, le logo HVE et « la mention valorisante » ne sont possibles que lorsque le niveau 3 est atteint.

Les sessions de formation en vue d’obtenir la certification HVE ont débuté début janvier avec une quinzaine de vignerons issus des trois familles : négoce, coopérateur et indépendant. Les sessions se tiennent dans les locaux du Synvira à Colmar, car le Syndicat des vignerons indépendants est associé à la Chambre d’agriculture, dans cette formation en vue d’obtenir la certification HVE. Ce sont Marie-Noëlle Lauer, Clémence Bailly et Jérôme Attard, les techniciens conseils de la Chambre d'agriculture, qui interviennent en tant que formateurs. Ils accompagneront également sur le terrain chaque entreprise sur la voie de la certification. « Car ça oblige à plus de rigueur de traçabilité », explique Éric Casimir. Pour l’heure, 1 000 entreprises sont certifiées, dont 40 % de vignerons indépendants.

Université des grands vins (UGV)

Nouveau comité, nouvelle formule

Vigne

Publié le 04/02/2019

« L’Université des grands vins est née en 2013 de la volonté de vignerons alsaciens, rassemblés sous le nom de « groupe transversal Alsace », d’ouvrir les perspectives sur les vins de terroir et les grands vins », explique Florian Beck Hartweg. C’est ce jeune vigneron de Dambach la ville qui reprend les rênes de l’association, en tandem avec Jean-Claude Rieflé, vigneron à Pfaffenheim, et Hélène Richard, pour la partie œnophile ; l’université des grands vins fonctionne sur la rencontre de professionnels et d’amateurs. Ils succèdent à Jean-Michel Deiss.

« Constatant l’inefficacité de son action politique », le groupe Transversal qui rassemblait une vingtaine de vignerons des trois familles, s’était « recentré sur une action philanthropique » et mué en association dont la vocation était « d’instituer au sein de la viticulture alsacienne, la culture des grands vins par la pratique de la dégustation géosensorielle et la rencontre des vignerons ». Aussi, au rythme d’une dizaine d’événements par an, depuis 2013, l’UGV a-t-elle permis de faire venir en Alsace des personnalités du vin tout aussi passionnées que réputées. Et permis de déguster des vins tout aussi renommés qu’inaccessibles. D’ailleurs le 4 février prochain, c’est le château Rayas qui sera à l’honneur, dans une soirée proposée à l’hôtel Europe à Horbourg-Wihr, avec les commentaires du géologue Georges Truc.

Comprendre le message du lieu

L’idée de la « dégustation géosensorielle » terme pouvant paraître comme abscons, repose sur « la compréhension du message du lieu délivré lors d’une dégustation d’un vin de terroir. Quelles sont les clés de lecture pour identifier ce message gustatif ? » Quelles perceptions sensorielles sont relatives à l’expression du lieu ?

Les acquis en neurosciences des perceptions sensorielles et en génétique permettent de considérer qu’il y a deux types de dégustation : l’une plutôt hédonique car elle fait appel à des perceptions sensorielles très personnelles, parce qu’elle dépend de son parcours gustatif, de sa culture gustative, c’est la dégustation aromatique. L’autre dégustation, obligatoirement à l’aveugle, fait appel à un lexique de descripteurs sensoriels qui n’ont rien à voir avec les arômes, mais qui sont relatifs au toucher et aux représentations mentales induites. Exemple : rugueux, lisse, fin, épais, chaud, froid, courbe, droit, vertical, pointu, etc. Et tandis que la perception aromatique est une affaire très personnelle, en lien d’ailleurs avec son identité génétique, celle relative au toucher, dans la bouche en particulier, a un caractère universel. Concrètement, si un vin sent la fraise pour l’un, l’ananas pour un autre dégustateur, en revanche il y a consensus sur ses perceptions tactiles. Quel rapport avec l’expression du lieu ? C’est la géologie et la roche que les vignerons mettent de plus en plus en avant parce qu’elle renvoie à ces notions de perception tactile.

La diversité, un remède à la surcompétition

Selon Jean-Claude Rieflé, « si l’on veut redonner de la valeur aux vins d’Alsace, il faut redonner de la consistance aux discours des vins d’Alsace. Et ce discours ne peut passer que par le terroir », explique-t-il. Terroirs alsaciens, dont la diversité est unique au monde : « Nous sommes le seul vignoble au monde à détenir les trois grands types de roche : cristalline, sédimentaire et volcanique », rappelle Jean-Michel Deiss. Or l’expression de la diversité des terroirs dans les vins « est le seul remède à la surcompétition », estime Jean-Claude Rieflé. Pour les trois vignerons, « l’expression de cette diversité est l’une des clés de la survie des vins d’Alsace ».

En 2019, l’UGV proposera plusieurs formules d’initiation à la dégustation géosensorielle : des formations en petits comités dans le cadre pittoresque de la cave des prélats à Sélestat et des soirées plus grand public, ouvertes désormais aux non-adhérents, avec toujours l’exigence conviviale d’apporter une bonne bouteille pour le repas final. Plusieurs thématiques sont actées : vins et cailloux, Toscane, vins et terroirs volcaniques, soirée Yquem. Grâce au soutien de la Ville de Sélestat et du Crédit Agricole Alsace Vosges pour la partie finances, le coût des soirées continuera d’être avantageux, au regard des vins dégustés et de la qualité de prestation générale.

Isavigne Géofolia Viti

Un logiciel pour préparer l’avenir

Vigne

Publié le 31/01/2019

En 2016, Jean-Claude Koestel, vigneron et pépiniériste à Ergersheim, décède subitement. Carole, sa fille, alors chercheuse en œnologie à l’école de Changins, doit envisager de revenir exploiter le domaine familial aux côtés de sa mère et de son frère Romain. Il est alors crédité de 12 hectares et d’une activité de production de 60 000 plants en pépinière. Le retour de la jeune œnologue se concrétise en 2018. L’occasion pour le domaine Koestel d’ajouter 7 ha à son actif. « Un véritable tournant », constate Carole, pour qui l’organisation du travail doit trouver à s’adapter. Et ce d’autant que, si une partie de la récolte est vendue sous contrats à moyen terme, le domaine Koestel continue de vinifier, conditionner lui-même et de vendre quelque 20 000 bouteilles. Avec l’ambition de développer cette activité à valeur ajoutée. Bref au domaine Jean-Claude Koestel, il ne manque pas de travail pour les 5 UTH comptabilisées. Et ce ne sont pas les charges administratives et autres déclarations auxquelles doit faire face la viticulture aujourd’hui qui vont faciliter ces tâches. « Il y en aurait pour un mi-temps », estime Carole.

Mais le plus important pour cette jeune viticultrice, qui se veut en phase avec les évolutions de la viticulture moderne, est de bien cerner l’état d’avancée des travaux sur l’ensemble de l’exploitation arrivée à une taille critique, d’autant qu’elle compte plus de 100 parcelles.

Elle s’est donc attaché les services de Géofolia, un logiciel de la société Isagri. Ludique et intuitif avec saisie sur smartphone, Géofolia s’appuie sur le parcellaire de la Pac, plus précis que les anciens documents orthophotos. Si le canevas numérique des parcelles est aujourd’hui en phase avec le terrain, reste encore à le rendre cohérent avec le Casier viticole informatisé, et à tenir compte de la complexité cadastrale : « Aujourd’hui, des parcelles comprennent trois îlots cadastraux, avec en plus plusieurs cépages. »*

En l’état, Géofolia est un outil opérationnel pour la gestion des travaux viticoles, d’autant que le domaine fait aussi appel à des prestataires en viticulture : « Il nous permet de gérer au plus près les prestations, l’efficacité des temps consacrés, le suivi et la traçabilité des opérations. Ça libère l’esprit », observe Carole. Géofolia est également utilisé pour l’activité de pépinière, le calendrier des traitements, qui font par ailleurs l’objet d’une traçabilité importante. Le domaine Koestel cultive également des vignes-mères de greffons pour le Service de prospection et multiplication clonale (SPMC) du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), ce qui nécessite un suivi sanitaire très rapproché. Par un système de veille réglementaire, le logiciel se met en phase avec l’actualité réglementaire phytosanitaire.

Lycée agricole d’Obernai, 10 de conduite rurale

Prévenir plutôt que guérir

Pratique

Publié le 29/01/2019

« Le niveau de gravité des accidents de la route est globalement plus important quand il s’agit de conducteur d’engins agricoles, jeunes tout particulièrement », fait observer Marie-Laure Couvet, du lycée agricole d’Obernai. L’enseignement agricole en lycée, ou en Maison familiale et rurale, est désormais l’un des seuls à bénéficier d’une politique de prévention en sécurité routière. Ils sont quatre agents de Police à sillonner les établissements agricoles de France pour proposer le 10 de conduite rurale. L’opération perdure depuis 1972.

Le brigadier Pruvost et le gardien de la paix Martin faisaient étape la semaine dernière au lycée agricole d’Obernai. Ce sont ainsi 85 élèves qui ont été sensibilisés à la circulation des engins agricoles. « Il faut juste avoir 16 ans pour pouvoir conduire un engin agricole, s’ils respectaient l’âge on serait déjà content », fait observer le gardien de la paix Sébastien Martin. « Nous observons durant l’apprentissage de la conduite, que beaucoup de mauvaises habitudes sont prises », ajoute-t-il avec gravité. Et tout particulièrement chez la gent masculine des jeunes conducteurs en milieu agricole. « Ils oublient de s’assurer que les règles élémentaires de sécurité et de vigilance sont prises avant de tourner la clef de contact. » Pour les fonctionnaires de la Police, il s’agit avant tout d’une question d’attitude…

La formation théorique est donc consacrée aux précautions de sécurité à prendre avant de démarrer le tracteur, au Code de la route - la conduite des engins agricoles, connaître les âges réglementaires, les outils, les largeurs, les convois agricoles, la conduite en quads agricoles - et à la sensibilisation à la courtoisie sur la route à laquelle sont conviés plus particulièrement les conducteurs d’engins agricoles. Quant à la partie pratique, elle comporte deux exercices : une marche arrière au rétroviseur avec une remorque, avec toutes les précautions de sécurité qu’il faut prendre avant et pendant la manœuvre, « le contrôle de l’environnement rétro angle mort », et un autre exercice consistant à déplacer une charge avec un chargeur frontal.

« C’est heureux que cette formation se maintienne dans le temps, car les risques sur l’exploitation sont bien réels, une piqûre de rappel sur la réglementation n’est pas de trop », conclut le proviseur Thierry Girodot.

Opération Folle choucroute d’Alsace

Les chefs chouchoutent la choucroute

Pratique

Publié le 26/01/2019

Jusqu'au 10 février, une trentaine de restaurants alsaciens s’implique dans la promotion de la choucroute, en partenariat avec l’Association pour la valorisation de la choucroute d’Alsace. Cette association qui est à l’origine de l’obtention du label IGP (indication géographique protégée), présidée par Sébastien Muller, choucroutier à Meistratzheim, organise cette campagne de promotion, avec le concours des producteurs de choux, présidés par Laurent Heitz. Sur les ondes de France Bleue, chaque jour, un chef proposera la recette d’une préparation culinaire à base de chou.

Les organisateurs ne font pas mystère de vouloir relancer la consommation de cette spécialité bien alsacienne qui occupe d’ailleurs, avec ses 30 000 tonnes et ses 11 choucrouteries, 70 % de la production nationale pour un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros. Deux axes de communication sont proposés. D’abord la mise en avant des bienfaits de la choucroute sur la santé, un produit « détox », concentré en fibres, minéraux, oligoéléments, vitamines, probiotiques, et qui a par ailleurs l’avantage de rendre les repas digestes.

Le second axe consiste à revisiter les plats à la choucroute avec parfois des associations audacieuses. Le chef Roger Bouhassoun, du restaurant la Chenaudière à Colroy-la-Roche, a imaginé un plat sucré. Et devant la presse, mardi 15 janvier, trois chefs ont fait étalage de leur créativité : un soufflet à la choucroute et légumes pour Roger Bouhassoun, des ravioles anguilles rôties et choucroute d’Alsace, sauce riesling aux deux moutardes pour Alexis Albrecht du Couvent de Rhinau, une verrine choucroute d’Alsace cuite et froide, dés de saumon sous espuma au safran d’Alsace, pour Sasha Bender du Freiberg à Obernai.

Navet salé

Instant détox et concentré de vitalité 

Pratique

Publié le 25/01/2019

C’est une production confidentielle. Mais à chaque fois que des vendangeurs la découvrent lors des repas, ils en deviennent des inconditionnels, fait observer Jean-Michel Adès, choucroutier à Krautergersheim. Gorgé de fibres et de vitamines, le navet salé aurait des fonctions détoxifiantes. Si les quelques producteurs de navets adhérents à l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et les trois élaborateurs de navets salés (Adès à Krautergersheim, Speisser à Geispolsheim et Claude à Chavannes-sur-l’Étang) se gardent de mettre en avant ces allégations santé, ils soulignent l’intérêt gustatif et gastronomique de cette spécialité locale. Elle est aussi appelée râpe salée en Franche-Comté, compote de rave en Suisse et navet confit aussi en Alsace.

Une dizaine de producteurs alsaciens se partagent la production de navets sur une surface moyenne d’une quarantaine d’hectares. Trois choucrouteries transforment 900 tonnes de navets en 350 t de navet salé. La racine de navet subit le même processus de transformation lacto-fermentée que la choucroute : une fermentation réductrice vivifiante. Après avoir été râpée, salée à 2 %, elle est entreposée en cuve à l’abri de l’air pour engager ses fermentations, libérer des jus et donc concentrer la matière sèche d’un facteur trois. D’où le concentré de vitalité qui en résulte !

Une niche qui gagne à être connue et mieux valorisée

Mercredi 9 janvier, c’était le lancement de la saison. Les représentants des trois choucrouteries étaient présents chez Jean-Michel Adès, qui accueillait aussi des représentants d’Auchan Illkirch, de la Sodexo, la Draaf, d’Alsace Qualité et de la Fédération des artisans bouchers-charcutiers du Bas-Rhin. Cette dernière, qui distribue une part des navets salés alsaciens dans ses magasins, entend bien que sa consommation s’accompagne de viandes et donc ne pas se laisser damer le pion sur le plan communication par des mouvements végans, a fait observer son président Jean-Luc Hoffmann.

Pour Jean-Michel Adès, le navet salé est une niche alsacienne qui gagne à être connue et mieux valorisée. D’où son appel aux acteurs de la distribution pour qu’ils pratiquent des prix « plus valorisants pour le métier ».

Plus globalement, la filière fruits et légumes d’Alsace peut se targuer d’être la seule région française, dont les volumes et les surfaces ont augmenté en 2018 : un point d’honneur que le président de l’Ifla, Pierre Lammert, a souligné.

Le millésime 2018 vu par les œnologues

La patience, clé de réussite du millésime

Vigne

Publié le 14/01/2019

Il y avait un peu plus d’une centaine de vins à déguster cette année au « speed tasting » des œnologues. La dégustation se tenait à la Maison des vins d’Alsace le 13 décembre dernier. Une dizaine de maisons, coopératives, négoces ou indépendants avaient soumis l’ensemble de leur gamme à une dégustation à l’aveugle, à laquelle ont pris part une quinzaine d’œnologues d’Alsace. Les échantillons sont rassemblés par cépage. Chaque dégustateur glisse dans l’urne le numéro du vin qui lui a plu. Aux termes de la dégustation, les résultats sont dévoilés.

Parmi les vins préférés, aucun n’est particulièrement ressorti, traduisant un millésime homogène, ce qui tord le cou « à certains préjugés selon lesquels la qualité du vin serait en lien avec l’appartenance à telle ou telle famille professionnelle », a introduit Carole Keller-Lefebvre, présidente des œnologues d’Alsace.

Après une période végétative climatiquement très contrastée, « une bonne base printanière puis la sécheresse extrême qui a notamment exposé les secteurs de Colmar, nous avons un millésime à deux facettes », observe Francis Klee. D’un côté la qualité sanitaire parfaite, de l’autre les rendements, et quelques inquiétudes sur de potentielles dilutions qui auraient pu en résulter. « Or il n’en est rien », souligne l’œnologue de Katzenthal. Au final, « nous avons des gewurztraminers épicés qui admettent très bien le rendement ». Peut-être parfois « les fraîcheurs sont un peu légères » liées au « flétrissement en plaine », mais les vins présentent « beaucoup de fruit. Et en coteaux, tous les paramètres sont au rendez-vous ». Même sentiment chez Wolfberger, avec une cuve de 2 200 hl de gewurztraminer, bien notée à l’aveugle, maîtrisée en fraîcheur, alcool et sucres résiduels : « Les maturités et l’état sanitaire nous ont permis de rechercher de l’extraction sans risque de provoquer de la verdeur », confirme Jérôme Keller.

« Un millésime où chaque cépage s’est exprimé »

Au terme de quelques semaines en chais, exit donc les craintes de stress et d’excès d’alcool : « C’est un millésime où chaque cépage s’est exprimé. Mes préférences vont vers les sylvaners frais et charpentés », indique Carole Keller-Lefebvre.

Un pinot noir d’une maison d’Orschwihr, macéré 10 jours avec un quart de grappe entière, dont 4 jours à froid à 8 °C, est bien ressorti. Un autre pinot noir de jeune vigne massale à Eguisheim, très mûr, avec une macération finale à 32 °C et élevé en demi-muid, a également été bien apprécié.

À l’instar de l’ensemble de la profession viticole, l’irrigation fait débat : « Si les rieslings de la Harth ne sont pas irrigués, on aura des problèmes », estime Jérôme Keller. « Il faut tenir compte du fonctionnement organique des sols », fait observer de son côté Sylvain Kamm, œnologue pour Bestheim.

Une des clefs de la réussite de ce millésime était la patience, d’autant mieux récompensée que l’arrière-saison a préservé l’état sanitaire impeccable : « Les vins n’ont pas gagné en alcool mais après dix journées de prolongation, c’était le jour et la nuit », indique Nicolas Secondé, œnologue d’Arthur Metz. « L’effet stress hydrique s’est estompé sous l’effet de la fraîcheur. La pellicule s’est affinée, les vins ont gagné en complexité et en gras. » De l’avis général des œnologues, au début des vendanges, « les maturités en sucres affichaient de l’avance, mais les tanins n’étaient pas mûrs ».

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