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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Crise agricole

La MSA aux côtés des agriculteurs et des salariés

Vie professionnelle

Publié le 05/10/2016

EAV/PHR : Depuis l’été 2015 et le début de la crise agricole, quelles ont été les mesures mises en œuvre par la Mutualité sociale agricole ? :

David Herrscher : En tout, 500 000 € ont été fléchés vers les agriculteurs en difficulté, dont 180 000 € prélevés dans le budget dédié aux actions sociales et sanitaires. Ces fonds ont bénéficié à 143 agriculteurs qui ont été identifiés en commission, de manière parfaitement anonyme et sur la base de critères économiques tels que le bilan, le compte de résultat, mais aussi la déclaration fiscale. En effet, cette aide reste une prestation sociale et familiale, et comme nos enveloppes sont plutôt en baisse, il était primordial de flécher ces aides vers les familles les plus en difficulté, donc considérer l’ensemble des revenus des foyers. Nous avons mené des actions de communication pour informer les exploitants agricoles de la possibilité qui leur était donnée d’échelonner le paiement des cotisations sociales. Une incitation qui a porté ses fruits puisque de 2014 à 2015 nous avons enregistré une hausse de 30 % des échéanciers de paiement. Nous avons également mis en œuvre les mesures prises au niveau national, c’est-à-dire appliqué le calcul des cotisations sur l’année n-1 pour les agriculteurs dégageant un revenu inférieur à 4 184 € et qui en ont fait la demande, ce qui a représenté quelque 650 dossiers en Alsace. Mises bout à bout, ces mesures ont représenté 15 M€ de baisse de cotisation en Alsace, soit 15 M€ qui sont restés dans la trésorerie des exploitations agricoles alsaciennes. Au-delà des mesures économiques, nous avons aussi rapidement créé une Commission filières. Paritaire, elle comprend des salariés, des employeurs et des exploitants agricoles. Sa mission est d’intervenir en amont des situations problématiques. Nous avons rencontré des acteurs du monde agricole (Copvial, Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), Comptoir agricole, Coopérative agricole de céréales) pour discuter avec eux, mettre du liant, présenter ce que nous pouvons faire dans le cadre de cette commission. Nous avons par exemple proposé d’organiser des réunions d’information pour apprendre aux salariés de ces structures à réagir à bon escient face à des personnes en difficulté. Ce sera d’ailleurs aussi le thème d’un colloque que nous organisons le 15 novembre avec Vivea et qui s’adresse aux salariés de la CAA, des Centres de gestion, du Contrôle laitier…

EAV/PHR : Malheureusement la situation s’est encore aggravée en 2016…

DH : Oui, et personne ne pouvait le prévoir. Alors qu’en 2015, nous avions déjà instauré une baisse de trois points des cotisations sociales sur la branche famille pour les employeurs et les chefs d’exploitation sous certaines conditions, nous avons mis en œuvre dès le second appel à cotisation de 2016, soit vers le 15 mai, la mesure nationale de baisse de sept points des cotisations sociales ainsi que de baisse de l’assiette minimale de cotisation pour tous les exploitants agricoles. La mesure de calcul des cotisations sur l’année n-1 a été reconduite, avec cette fois un revenu maximal d’éligibilité de 4 248 € pour un nombre de bénéficiaires à peu près identique. Il est aussi possible d’étaler le paiement des cotisations sociales. Nous ne refusons aucun dossier. Néanmoins, bien que la situation économique s’aggrave et que s’y ajoute le dossier Copvial, notre enveloppe dédiée à la prise en charge des cotisations des agriculteurs en difficulté est en baisse. Nous avons procédé à des demandes de rallonge auprès du ministère de l’Agriculture qui ont pour l’instant été refusées. Mais nous allons réitérer notre demande en insistant sur les traces que laisse le dossier Copvial chez certains éleveurs, puisqu’il y a 3 M€ de créances auprès des éleveurs, certains étant plus touchés que d’autres. Avec 120 dossiers de prise en charge des cotisations des agriculteurs les plus en difficulté, notre enveloppe actuelle est quasiment entièrement consommée. Néanmoins, les agriculteurs qui rencontrent des difficultés doivent continuer à se faire connaître auprès de nos services parce que nous aurons sans doute de nouveaux crédits l’an prochain. Pour cela, ils doivent en discuter avec leur comptable, qui connaît les critères d’éligibilité à la prise en charge des cotisations sociales. Enfin, nous incitons les agriculteurs à faire des simulations ou à nous appeler afin de déterminer s’ils peuvent prétendre à la prime d’activité, qui s’élève en moyenne à 200 €/mois.

EAV/PHR : Vous avez aussi mis en place des mesures d’accompagnement social. Quelles sont-elles ?

DH : Oui, nous sommes passés de cinq à six conseillères sociales pour répondre à la demande qui est croissante. Elles ont beaucoup de travail sur le terrain, auprès des exploitants agricoles, mais aussi des salariés, en lien avec le plan de licenciement lié au dossier Copvial qui concerne quelque 70 personnes. Nous sommes habilités à accompagner l’ensemble de ces salariés, notamment afin de vérifier qu’ils jouissent de l’intégralité de leurs droits sociaux. Pour faciliter la prise de contact avec nos conseillères sociales, nous avons créé une cellule filières en crise que les agriculteurs alsaciens peuvent contacter au 03 89 20 79 27 ou à filieresencrise2015@alsace.msa.fr. Les personnes en recherche d’emploi peuvent aussi s’inscrire auprès de notre entreprise d’insertion par le travail, Germa. Et puis nous sommes en train de mettre sur pied un réseau de psychologues. Les premières séances de consultation pourraient être prises en charge grâce au fonds d’action sanitaire et sociale pour les agriculteurs en difficulté qui en font la demande au 03 89 20 79 27 ou à filieresencrise2015@alsace.msa.fr. En outre, notre objectif est de co-construire, avec la CAA, une cellule Réagir, à l’instar des autres départements de notre grande région. La MSA milite pour la création de cette structure depuis six ans, car elle permettra de détecter les situations les plus fragiles et d’apporter un accompagnement plus personnalisé aux agriculteurs. Si le Conseil régional débloque des crédits, il est impératif qu’ils soient investis dans de nouvelles mesures. La MSA a déjà indiqué depuis longtemps qu’elle mettrait à la disposition de cette structure les collaborateurs les plus utiles à titre gracieux, car elle considère qu’une telle action relève de sa mission de service public.

EAV/PHR : Vous avez été directement concernés par le dossier Copvial. Comment l’avez-vous géré ?

DH : Nous avons soutenu ce dossier pendant plus d’un an, et nous en regrettons la conclusion sur le plan social. Comme nous étions un des plus gros créanciers de Copvial, nous avions demandé et obtenu le statut de créancier contrôleur, ce qui nous a permis de nous exprimer à l’audience. Jusqu’au bout nous avons défendu les éleveurs, demandé une prise en charge et un dédommagement…

EAV/PHR : Selon vous, que faudrait-il faire pour sortir durablement de la crise ?

DH : La MSA se bat au niveau national pour que soient mis en place des dispositifs permettant de placer l’argent gagné les bonnes années sans pour autant payer forcément plus d’impôts et de cotisations sociales. Cela permettrait aux agriculteurs d’affronter des années plus difficiles, sans que l’État ait forcément à mettre en œuvre des aides. Dans le même ordre d’idées, il serait intéressant de pouvoir déplafonner les points de cotisation retraite, car cotiser un maximum les bonnes années pourrait permettre de rattraper les cotisations moindres des mauvaises années. Mais ce sont des mesures difficiles à obtenir. En attendant, plusieurs curseurs sont au vert : le rendement du maïs s’annonce la plupart du temps satisfaisant, le prix du lait est orienté à la hausse tout comme celui du porc, le millésime s’annonce bon. Par contre, le prix de la viande reste une source d’inquiétude.

Arrondissement de Saverne

Le sous-préfet s’imprègne de l’agriculture locale

Vie professionnelle

Publié le 28/09/2016

Une des étapes de ce périple agricole a amené le sous-préfet de l’arrondissement de Saverne, Christophe Lotigié, à rencontrer la famille Boos, à Sarre-Union. Le père, Alain, et le fils, Stéphane, sont associés au sein du Gaec de la Sarre. Stéphane s’est installé en 2010. Cindy, sa sœur, et leur mère, sont salariées de l’exploitation, qui produit 754 000 litres de lait et 30 bœufs bios par an sur une SAU totale de 220 ha, dont 170 ha d’herbe. « En Alsace Bossue, un éleveur laitier sur trois est en bio, indique Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace. Ils livrent leur lait à la coopérative Unicoolait, qui absorbe 150 millions de litres (Ml) de lait de 330 producteurs, dont 20 Ml de lait bio de 60 producteurs. Le volume de lait bio pourrait passer à 30 Ml d’ici deux ans suite à des conversions. »

Les producteurs de lait bio bénéficient d’un prix du lait plus élevé qu’en conventionnel. Mais Véronique Klein précise : « Suite aux aléas climatiques, la différence de prix risque de partir en achat de fourrages bios ». Ce que confirme Daniel Brua, conseiller agricole à la CAA : « Ici le système de production est basé sur l’herbe, dont le niveau de production est aléatoire, et les aliments bios sont plus chers. » Et puis, en ce qui concerne le cas particulier de la famille Boos, qui a investi il y a deux ans dans une étable pour 129 vaches laitières avec deux robots de traite, il y a des emprunts à rembourser : « Le supplément de prix que je touche en bio part dans le remboursement des emprunts. Si j’étais en conventionnel, je n’aurais sans doute pas pu faire face », déclare Alain Boos. Patrick Dietrich, président de la FDSEA du canton d’Alsace Bossue, confirme la gravité de la situation : « Cette fois, c’est la crise de trop. J’ai très peur de ce qui pourrait se passer cet hiver ».

Maintenir une agriculture vivante

Au sous-préfet, qui s’interroge sur la possibilité de développer les circuits courts, les responsables agricoles répondent : « Le bassin de consommation n’est pas très important, avec des revenus plutôt faibles. Or lorsque le volume d’affaires n’est pas suffisant, le coût de la logistique inhérente à ce canal de distribution vient plomber le résultat. Et puis ce mode de commercialisation requiert des emplois qu’il faut pouvoir rémunérer. » Le sous-préfet précise alors sa pensée : « Le 16 novembre, nous allons organiser une journée de réflexion sur le développement touristique. L’agrotourisme pourrait représenter une forme de revenu d’appoint, mais il faut d’abord organiser l’offre touristique. » « Il y a sans doute des choses à faire, d’autres formes de tourisme à imaginer, et on saura le faire, en partenariat avec les collectivités locales, mais cela ne constituera pas une réponse pour tous les agriculteurs. Or aujourd’hui, le défi c’est de maintenir une agriculture vivante », réagit Véronique Klein.

Pour favoriser les circuits courts, Christophe Lotigié met aussi en avant l’éducation des consommateurs : « Il y a un gap entre les discours de posture et les actes d’achat ». Pour le réduire, il préconise la pédagogie - « consentir à mettre 1 € de plus par kg de temps en temps, ce n’est pas grand-chose » - et une attitude positive, qui consiste à « mettre en avant les réussites du monde agricole ». Marc Séné, conseiller départemental du canton d’Ingwiller, évoque alors la dynamique engagée par le Département afin d’approvisionner les cantines des collèges en produits locaux. À l’obstacle que peut représenter le fonctionnement par appels d’offres, Christophe Lotigié répond : « Il est possible de rédiger les cahiers des charges des appels d’offres de manière à privilégier les circuits courts ».

Courir un 100 m avec une veste de plomb

Le Gaec de la Sarre est membre de la Cuma des Prairies d’Alsace, qui a déposé un projet de GIEE. « L’idée c’est de mener des essais pour améliorer l’autonomie fourragère des exploitations et d’animer le groupe de producteurs », décrit Véronique Klein. Problème : le dossier a été déposé au printemps. Et depuis, aucune nouvelle. C’est un exemple d’un frein à leur activité que plusieurs agriculteurs ont relevé au cours de cette journée : la complexité et la lenteur des procédures administratives auxquelles ils doivent se soumettre : « Pour un projet de méthanisation, il faut compter deux à trois ans d’instruction de dossier en France, contre six mois en Allemagne. On nous fait porter une veste de plomb pour courir un 100 mètres », illustre Patrick Dietrich.

« Le temps de l’administration doit se rapprocher du temps économique », confirme Christophe Lotigié, qui évoque le dispositif France Expérimentation. Celui-ci s’adresse aux entreprises qui ont un projet d’investissement générateur de plus-value mais qui se trouve bloqué par la réglementation : « Il faut faire remonter ce genre de cas à la Direction générale des entreprises, qui peut décider de faire de ces projets des sujets d’expérimentation en les dispensant de respecter la réglementation. Et si les objectifs sont atteints, cela démontre que ce n’était pas le projet mais le texte réglementaire qui posait problème. »

Le bois plus rentable que la viande

Une autre étape de ce marathon agricole a conduit Christophe Lotigié à Erckartswiller, chez Pascal Helmlinger, qui élève 50 vaches allaitantes limousines en système naisseur bio sur 90 ha de SAU, entièrement en prairies permanentes. En 2004, il a diversifié son activité en démarrant une activité de commerce de plaquettes de bois. Rapidement, son problème de fond, celui du prix de la viande payé au producteur, est mis sur la table. En effet, la situation de Pascal Helmlinger est un cas d’école. L’activité agricole représente un tiers du chiffre d’affaires et 10 % du revenu ; l’activité forestière deux tiers du chiffre d’affaires et 90 % du revenu, pour des volumes horaires de travail à peu près équivalents. Ce qui fait dire à Pascal Helmlinger : « L’activité liée au bois est plus rentable, donc si j’arrêtais l’activité agricole, je gagnerai mieux ma vie ». Mais Pascal Helmlinger est le dernier agriculteur de la commune. Aussi, en entretenant 90 ha de prairies, ses bêtes contribuent-elles à l’ouverture paysagère d’un site cerné par la forêt des Vosges du Nord. Des aspects qui devraient être pris en compte dans la rémunération des agriculteurs.

MAEC : respecter les engagements

Les MAEC constituent une forme de réponse à cet impératif. Dans le cadre d’un Projet agro-environnemental (PAE) commun entre la CAA et le Parc naturel régional des Vosges du Nord, les agriculteurs peuvent souscrire à des MAEC favorables à la biodiversité. Pascal Helmlinger a ainsi engagé 15 ha dans ce dispositif. Sauf que, alors que 2016 s’achève, les agriculteurs n’ont encore touché aucune subvention au titre de la campagne 2015 : « Ça serait bien d’accélérer un peu les choses », euphémise Véronique Klein. Car au-delà de la bouffée d’oxygène que cela représenterait pour des agriculteurs confrontés à une grave crise, Régis Huss, responsable du service environnement et innovation à la CAA, souligne : « Ces retards de paiement ont tendance à échauder les agriculteurs qui peuvent devenir réticents à se réengager dans de tels contrats ».

Sanglier, corbeaux, ragondins…

Qui dit forêt et prairie dit sangliers. L’an dernier, Pascal Helmlinger a déploré 18 ha de dégâts. « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, a rappelé le sous-préfet. Il s’agit d’arriver à un équilibre entre l’activité agricole et la chasse. Si les dégâts ont tendance à augmenter, il ne faut pas attendre une catastrophe mais faire établir des constats, saisir la DDT, l’ONCFS… Il est possible d’organiser des battues administratives. »

À Buswiller, la ferme du Château, l’EARL Terre et Vie et la ferme S’Clause ont regroupé leurs moyens de production depuis 2012. Jean-Christophe Sussmann, Julien Scharsch et Freddy Leonhart sont les trois chefs de ces exploitations dédiées à la production de légumes sur 25 ha et de grandes cultures sur 160 ha de SAU totale, entièrement en bio. Dans leur secteur, ce sont les corbeaux et les ragondins qui causent des dégâts parfois importants aux cultures. Jean-Christophe Sussmann tente d’y faire face en ayant passé son permis de chasse, en faisant poser des pièges, en exposant des corbeaux morts, mais ce genre de procédés lui attire parfois la vindicte de la population locale, et les pièges sont régulièrement détruits. « Les corbeaux sont classés comme nuisibles, rappelle-t-il. Mais le coût des resemis qu’ils engendrent incombe aux agriculteurs ». Pour lui, la solution est simple : « Autoriser les tirs dans les nids permettrait de réduire la population à un niveau acceptable ». Autre frein « naturel » à la production : l’irrigation, difficile à mettre en place dans leur secteur, ce qui les contraint à concentrer les légumes sur les bonnes terres et les céréales sur les moins bonnes.

Trop de charges, pas assez de débit

Et puis il y a d’autres freins, plutôt d’ordre économique, comme le coût de la main-d’œuvre. Le maraîchage s’accompagnant de quelques opérations de nettoyage et de conditionnement, les trois structures emploient huit temps plein en CDI et dix équivalents temps plein en saisonniers. « Mais à cause de la distorsion de concurrence que représente le coût de la main-d’œuvre en Europe, nous avons du mal à valoriser ce coût. Il faudrait harmoniser les règles d’emploi de la main-d’œuvre saisonnière en Europe. Dans l’immédiat, notre objectif c’est de rationaliser le travail en automatisant davantage les opérations afin d’augmenter le rendement horaire, ce qui nécessite d’investir dans un nouveau bâtiment et dans du parc matériel », détaille Jean-Christophe Sussmann.

Enfin, il y a des freins numériques. En 2011, Jean-Christophe Sussmann a démarré une activité de vente de paniers de légumes en ligne : « C’était un site d’e-commerce, où les consommateurs pouvaient composer eux-mêmes leur panier en piochant dans une vaste gamme de produits. » Mais l’expérience patine : avec l’augmentation du nombre de commandes, la préparation de ces dernières s’avère compliquée, la clientèle est trop dispersée, et surtout le débit internet est insuffisant pour que le logiciel fonctionne correctement… Tant et si bien que Jean-Christophe Sussmann jette l’éponge et se concentre sur sa principale clientèle : 85 % de la production de légumes est vendue aux GMS et 15 % à des grossistes.

Les banques doivent jouer le jeu

À chaque étape de ce parcours, Christophe Lotigié a demandé aux agriculteurs leur ressenti quant à leurs relations avec le secteur bancaire. Trop de frilosité, c’est le constat général. Véronique Klein s’insurge : « En 2009, l’État a sauvé les banques. Et aujourd’hui on fait quoi pour nous ? » Un constat que Christophe Lotigié partage à demi-mot : « Pour que le pays avance, les entreprises doivent prendre des risques, en engageant leurs fonds propres et en étant accompagnées par des banques, qui mesurent les risques qu’elles prennent. »

Gustave Muller

Du maïs et des couverts

Cultures

Publié le 28/09/2016

Cette année, les maïs ont été pénalisés par de mauvaises conditions d’implantation - « d’autant plus après deux années sans véritable hiver », note Jean-Michel Weiss, responsable technique et qualité chez Gustave Muller - un mauvais développement du système racinaire lié aux excès d’eau, et une fin de saison sèche et chaude… À noter aussi une augmentation de la pression exercée par la pyrale : « Après un début de vol timide les 7-8 juin, la population de l’insecte a progressé par pics, de manière assez anarchique, jusqu’à fin juillet, avec un pic de vol atteint les 11-14 juillet. Malgré des traitements insecticides bien positionnés, on observe des tiges trouées », indique Jean-Michel Weiss.

Cette campagne est aussi marquée par la prévalence des coups de feu fusarien. Cette maladie est liée à l’envahissement des vaisseaux par le mycélium du Fusarium, auparavant présent dans la plante de manière asymptomatique, mais qui remonte la tige à la suite d’un stress, ce qui asphyxie la plante. Résultat : les feuilles dessèchent aussi par le haut et peuvent prendre une teinte rosée, des épis pendent… Sur le site internet d’Arvalis-Institut du végétal, on peut lire : « Cette maladie se rencontre le plus souvent en situation de monoculture de maïs irrigué, plutôt en sols filtrants… Des conditions chaudes en fin de cycle, couplées à des restrictions d’irrigation, exacerbent le phénomène. » Et plus loin : « Il semble que l’excès d’eau, notamment d’irrigation, favorise l’émergence de ces problèmes. » Pas étonnant donc que la campagne 2016 soit marquée par une recrudescence du phénomène. La meilleure méthode de lutte ? L’introduction d’une culture d’automne dans la rotation.

Couvrir le sol entre deux maïs

Transition toute trouvée donc avec la présentation d’un essai qui vise lui aussi à briser la monoculture de maïs, non pas avec une culture d’automne mais avec un couvert durant l’interculture. L’objectif visé n’est pas tant agronomique que réglementaire. En effet, dans le cadre de la nouvelle mouture de la Pac, il est possible de déroger à la règle de diversité des cultures (dite aussi des trois cultures) et de pratiquer la monoculture de maïs, à plusieurs conditions : il faut implanter un couvert dans les deux semaines qui suivent la récolte du maïs, ce couvert - qui doit être composé d’une ou plusieurs espèces contenues dans une liste - doit effectivement lever, et ne doit pas être détruit avant le 1er février. En outre, le maïs doit alors représenter plus de 75 % des terres arables, et la couverture hivernale des sols doit se faire sur l’ensemble des terres arables, pas uniquement le maïs.

Cette mesure de dérogation aux règles du verdissement, appelée « Certification maïs », a surtout été pensée pour les exploitations maïsicoles spécialisées du sud de la France. En Alsace, le climat rend plus périlleuse la réussite d’un couvert après la récolte du maïs. Périlleuse mais pas impossible. C’est tout l’objet de l’essai élaboré par les établissements Gustave Muller. Celui-ci comprend cinq couverts différents, qui ont tous été semés le 20 octobre, puis détruits de quatre manières différentes. Puis, trois variétés de vigueurs différentes, de très bonne à faible en passant par moyenne, ont ensuite été semées le 21 avril derrière chaque modalité afin d’appréhender l’effet de chaque couple couvert - mode de destruction sur le maïs qui suit.

Des couverts face à l’hiver

Premier objectif de l’essai : déterminer les espèces, ou leurs mélanges, qui sont les plus à même de procurer un couvert développé en hiver après un semis d’automne. Pour ce faire, le peuplement de chaque couvert a été dénombré en entrée et en sortie d’hiver, et la répartition des espèces établie. Le couvert Late Couv (50 % de seigle, 30 % de navette et 20 % de trèfle) affichait 95 plantes/m2 en entrée d’hiver et 69 plantes/m2 en sortie d’hiver, la navette étant la seule espèce à avoir réellement levé et résisté à l’hiver : « Le seigle, très sensible aux limaces, a été ravagé, et la date de semis est trop tardive pour les légumineuses », explique Jérémy Ditner, technicien chez Gustave Muller. Le deuxième couvert, Chlorofiltre ST (52 % de seigle, 48 % d’avoine), a perdu 50 % de son peuplement durant l’hiver. Si bien qu’en sortie d’hiver il ne restait que 50 pieds/m2. Le seigle a connu le même sort que dans le premier couvert, et l’avoine rude a été détruite par le gel. Le troisième couvert, Chlorofiltre 30 (60 % de seigle, 30 % de vesce, 10 % de trèfle), confirme les observations précédentes. En sortie d’hiver six malheureuses plantes se battaient en duel sur un mètre carré. Le seigle a encore nourri les limaces, quant à la vesce et au trèfle, la date de semis était trop tardive pour obtenir une bonne levée, donc un couvert significatif, ce qui placerait les agriculteurs souscrivant à cette mesure dans l’illégalité. Heureusement, le quatrième couvert, un mélange de ferme composé de 60 % de pois et de féverole et de 40 % d’avoine d’hiver donne de meilleurs résultats, avec 372 plantes/m2 en entrée d’hiver et 255 plantes/m2 en sortie d’hiver, la proportion de légumineuses ayant néanmoins chuté entre-temps. Le cinquième couvert n’était autre qu’un blé, semé à 170 kg/ha, et qui a procuré un honorable 425 plantes/m2 en entrée d’hiver et 284 plantes/m2 en sortie d’hiver. Première conclusion : la navette et les céréales d’hiver sont les grands gagnants de cet essai en termes de peuplement. Mais attention, les céréales peuvent constituer un nid à pucerons. Aussi, pour Jérémy Ditner, les crucifères (navette, radis) constituent-elles le meilleur compromis. Il préconise de les semer à 5 - 10 kg/ha.

Second objectif de l’essai : déterminer la meilleure manière de détruire les couverts afin de pénaliser le moins possible le maïs qui suit. Quatre modalités de destruction ont été testées :

  • mécanique précoce : le plus tôt possible après le 1er février, soit un déchaumage le 18 mars cette année
  • mécanique tardive : juste avant le semis du suivant
  • chimique précoce : dès que les conditions le permettent après le 1er février
  • chimique tardive : deux jours avant le semis du suivant

Sans grande surprise, la meilleure vigueur de départ a été obtenue après le couvert Chlorofiltre 30, dont le maigre peuplement n’était guère en mesure de pénaliser le maïs. La moins bonne vigueur a été obtenue après le mélange de ferme, qui a produit davantage de biomasse que le blé. La comparaison des modes de destruction met en évidence qu’une destruction précoce est toujours plus favorable à l’implantation du maïs qui suit qu’une destruction tardive. Et un mode de destruction s’avère particulièrement pénalisant pour le maïs qui suit : la destruction chimique tardive, puisque la présence de la biomasse issue du couvert complique l’implantation du maïs.

Les techniciens de Gustave Muller se sont aussi plus particulièrement penchés sur les dégâts de limaces. Le maïs implanté après le couvert Chlorofiltre 30 a été le plus épargné par les limaces : « Après avoir consommé la quasi-totalité du couvert, elles ont dû partir plus loin chercher de la nourriture », explique Jérémy Ditner. La destruction mécanique précoce des couverts s’avère un bon moyen de limiter les attaques de limaces. Par contre, la destruction chimique tardive s’est soldée par d’importantes attaques de limaces : « Elles se sont attaquées au maïs après la disparition d’un couvert qui leur avait été favorable jusque-là ».

Fête de la montagne

Rendez-vous à Plaine les 1er et 2 octobre

Élevage

Publié le 20/09/2016

Depuis sa première édition en 1985, la fête de la montagne a bourlingué dans différentes communes de la vallée de la Bruche et du val de Villé. Cette année, elle pose pour la seconde fois ses valises à Plaine. Et, comme à chaque fois, elle a emmené avec elle ce qui constitue le cœur de cette fête pour les éleveurs de montagne : le concours interdépartemental de la race vosgienne. 143 animaux venus de 31 élevages d’Alsace, des Vosges, de la Haute-Saône et du Doubs sont attendus samedi 1er octobre à partir de 10 h pour les derniers préparatifs, et à partir de 13 h pour les premiers défilés. Les animaux seront jugés par section (allaitantes, taries, génisses, jeunes et adultes) par le juge Étienne Adam, éleveur de holstein en Haute-Saône. À l’issue des défilés des différentes sections, cinq bêtes sélectionnées par une commission parmi les animaux proposés par les éleveurs seront mises en vente aux enchères à main levée. Puis Étienne Adam désignera la grande championne.

Un salon professionnel

Le même jour, en parallèle du concours se tiendra un salon professionnel. Les organisations professionnelles agricoles (banques, assureurs, syndicats) y tiendront des stands où les agriculteurs pourront trouver des réponses à leurs questions. Et les concessionnaires agricoles ramèneront du matériel qui permettra d’organiser des démonstrations de fauchage en pente, de réhabilitation de terrains suite aux dégâts de sangliers, de fenaison en toute sécurité…

Les éleveurs à l’honneur

Dimanche, la fête prendra une tournure plus dilettante, avec des animations, des expositions - notamment sur l’agriculture à l’ancienne -, un marché paysan, une mini-ferme, un défilé des enfants avec leurs veaux, la projection d’un film sur les circuits courts… Mais il y aura aussi des temps davantage destinés aux professionnels de l’agriculture, comme l’inauguration à 11 h, au cours de laquelle les personnalités locales auront sans doute quelques messages à faire passer, ou encore le concours et le championnat des jeunes présentateurs, au cours duquel 12 participants âgés de 10 à 21 ans s’attacheront à présenter le mieux possible l’animal de leur choix. Puis les vosgiennes seront de retour dans le ring, avec des défilés par lots d’élevage (lot de trois animaux d’un même élevage, les plus homogènes possible), de famille (lot d’animaux issus d’un même parent femelle) et de descendance (lot d’animaux femelles issus du taureau Gusty) qui précéderont la remise des médailles du concours, avec quelques prix spéciaux (meilleure fromagère, meilleure carrière). Un défilé des éleveurs viendra clôturer ces deux jours de fête autour de la vosgienne : « Chaque éleveur participant viendra dans le ring avec l’animal de son choix et ils recevront tous une cloche », indique Mélanie Gutzwiller, de l’Organisme de sélection de la race bovine vosgienne, qui a participé à l’organisation du concours.

Débardage, pressage…

Et puis certaines animations de la fête de la montagne sauront séduire aussi bien les professionnels que les amateurs. Ainsi, l’espace forêt sera le théâtre de démonstration d’une scierie mobile, des bons gestes pour affûter une tronçonneuse en sécurité, de débardage à cheval, de sculpture sur bois, de matériels forestiers. Sur l’espace apiculture et nature, les visiteurs pourront assister à la mise en pot du miel, à la création de cire pour les abeilles, au pressage de jus qui pourront ensuite être dégustés. Une exposition sera consacrée à l’arboriculture des deux vallées et une autre au concours des prairies fleuries. Les gagnants de l’édition de la vallée de la Bruche et du val de Villé de ce concours seront d’ailleurs dévoilés lors de la cérémonie de remise des médailles qui aura lieu le dimanche.

Une opération de communication

Le comité d’organisation de la fête de la montagne regroupe des membres de l’Association des producteurs fermiers de montagne (APFM), le syndicat de la race vosgienne du Bas-Rhin, la Chambre d'agriculture via l’Adar de la montagne, les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA. Depuis un an, une dizaine de réunions de travail ont permis de peaufiner le programme d’une fête dont « l’objectif est de faire connaître notre métier d’agriculteur de montagne au grand public », explique Julie Humbert, agricultrice à Urbeis, membre de l’APFM et de ce comité d’organisation.

Ce sera donc l’occasion de valoriser un travail effectué dans le cadre d’un stage à l’Adar de la montagne, et qui a abouti à la rédaction d’un « Guide de l’agriculture de montagne pour les curieux », au sous-titre évocateur : « Comment bien vivre ensemble en montagne vosgienne ». Dans la première partie de ce guide illustré, les agriculteurs de montagne expliquent leurs attentes vis-à-vis du public : ne pas jeter de déchets dans une prairie, ne pas les piétiner, respecter la tranquillité des animaux. Dans une seconde partie, ils expliquent pourquoi ils se livrent à certaines pratiques qui peuvent irriter leurs concitoyens : le bruit des tracteurs, les convois qui ralentissent la circulation, les épandages odorants, la boue sur les routes… Dans une dernière partie, les bénéfices que l’agriculture de montagne apporte au monde rural sont exposés : entretien des paysages, agritourisme, labels de qualités, emplois et services à la population. « Trois panneaux seront extraits de ce livret et seront disposés sur le site de la fête, et le livret sera distribué aux visiteurs et aux élus lors de la fête. »

L’entrée à la fête de la montagne est gratuite. Le parking étant assez éloigné du site, des navettes gratuites seront mises en place toutes les 15 minutes.

Houblon

La production repart grâce à un repositionnement réussi

Cultures

Publié le 13/09/2016

Il y a six ans, la filière houblonnière, ancestrale en Alsace et dont elle constitue un symbole fort, vacillait sur ces acquis. Son principal client Anheuser-Busch, qui absorbait à lui seul 70 % de la production alsacienne, rompait purement et simplement le contrat. En décembre 2010, la coopérative des producteurs de houblon Cophoudal se rapproche du Comptoir agricole. Et l’activité est reprise par la coopérative céréalière qui instaure un plan de maintien de la filière. Hors de question en effet de voir toutes les houblonnières démontées. Car étant donné les investissements que cela représente, il y a fort à parier qu’une houblonnière à terre ne se redresse jamais. Les structures sont donc laissées en place, et il y pousse des céréales, en attendant des jours meilleurs.

Repositionnement sur les aromatiques

Pendant ce temps, les équipes du Comptoir agricole se saisissent du dossier, et notamment Antoine Wuchner, spécialiste de la vente des céréales. Lorsqu’il se voit confier la commercialisation du houblon, il comprend qu’il « va falloir passer d’une logique de distribution à une logique de proposition, ce qui requiert de bien connaître le houblon, pour savoir quel type de houblon proposer à quel client. »

Car le marché de la bière - donc du houblon - a changé. Les parts de marché des bières de soif sont grignotées par les parts de marché des bières de spécialités, qu’elles soient produites par un grand groupe ou une microbrasserie, dont le contingent s’est considérablement accru en quelques années. En outre, l’Alsace s’avère dans l’incapacité de rivaliser avec les autres origines sur le créneau des houblons amérisants.

Deux éléments qui ont incité le Comptoir agricole à retravailler son positionnement sur le créneau des houblons aromatiques. Un vaste plan de sélection variétale a permis d’élaborer de nouvelles variétés (aramis, triskel, bouclier, barbe rouge - aux arômes de fruits rouges -, mistral - au parfum exotique). Désormais, un portefeuille de huit variétés aromatiques (soit 95 % de la surface) et deux variétés amérisantes sont emballées dans un nouveau plan marketing, qui vise à positionner les houblons d’Alsace comme des produits de luxe, en lien avec la gastronomie française. Les associations entre mets et bières sont notamment mises en avant.

À la conquête de nouveaux clients

Pour remplacer le client historique, l’équipe commerciale du Comptoir agricole est allée toquer à la porte de l’oncle Sam : « Le marché des aromatiques y est porté par l’essor des microbrasseries et les brasseurs fonctionnent par contractualisation. » De salons en salons, le houblon d’Alsace a séduit les brasseurs américains, puis les Canadiens, puis les Belges… « Désormais, nos houblons sont présents dans toutes les grandes brasseries alsaciennes et dans de nombreuses brasseries belges », se félicite Antoine Wuchner.

Du maintien au développement

Après avoir été réduite à ?? ha en ?? (au plus bas), la surface houblonnière atteint 430 ha en production en 2016, et « il faudrait 100 ha de plus d’ici 2 ans pour répondre à la demande », indique Denis Fend, directeur du Comptoir agricole. « Nous avons bénéficié de nombreux soutiens pour maintenir cette filière. Désormais le marché reprend des couleurs. Le plan de maintien n’est plus à l’ordre du jour. Nous avons devant nous des contrats pour trois à cinq ans. Notre plan de développement est désormais le suivant : augmenter les surfaces, investir dans une unité de pelletisation (NDLR : le houblon peut être commercialisé en frais, pelletisé ou sous forme d’huile) et relancer le plan de sélection variétale. » En effet, le croisement de lignées est interrompu, le travail de sélection reposant actuellement sur les derniers croisements qui ont été effectués.

Lever les freins, par tous les moyens

Aujourd’hui, grâce aux contrats conclus avec ses clients, le Comptoir agricole est en mesure d’assurer une visibilité sur cinq ans aux houblonniers. Malgré cela, la coopérative peine à trouver des volontaires pour développer les surfaces, que ce soient d’anciens ou de nouveaux planteurs. Plusieurs freins ont été identifiés : les investissements importants (dans les houblonnières mais aussi dans les outils de transformation), l’isolement (l’Alsace ne compte que 47 houblonniers) et la dimension des infrastructures requises, qui peut faire peur.

Pour lever ces freins, plusieurs idées ont émergé : octroyer une incitation de 1 000 €/an pendant 5 ans pour toute extension de surface ; garantir un prix minimum pendant une durée minimum afin de sécuriser l’amortissement des investissements ; mettre en place un dispositif de parrainage entre anciens et nouveaux planteurs, les anciens laissant les nouveaux utiliser leurs installations moyennant un système de rétribution qu’il reste à établir ; élaborer une formation dédiée à la production de houblon ; mettre sur pied un îlot de production regroupant quelques producteurs fonctionnant en Cuma. D’ici la fin de cette année, voire le début de la prochaine, 20 ha de houblonnières vont être montés. Reste à en trouver 70, soit l’équivalent de trois-quatre exploitations professionnelles d’une vingtaine d’hectares. « Dès cet hiver, nous allons organiser une formation pour attirer les jeunes et repérer ceux qui ont les aptitudes pour faire de bons houblonniers », indique Matthieu Luthier, responsable développement et communication au Comptoir agricole.

Le sauvetage de cette filière, qui doit son salut à son repositionnement face à l’évolution du jeu de l’offre et de la demande, a été présenté aux élus de la commission agriculture et forêt de la Région Grand Est qui sont allés à la rencontre des houblonniers alsaciens pour mieux connaître cette filière, inconnue au bataillon des productions agricoles lorraines et champardenaises. Pascale Gaillot, présidente de cette commission, a assuré les houblonniers alsaciens de soutien de la Région : « Le soutien aux filières longues et structurantes est inscrit dans notre plan de développement agricole ».

Chiffres clés 2015

  • 481 ha de houblonnières
  • objectif de 700 t/an
  • 47 houblonniers
  • 10 000 m2 stockage
  • 70 % du houblon exporté
  • 72 % de contractualisation
  • un laboratoire d’analyses
  • 22 k€ d’analyses
  • 96 % de la production française de houblon en Alsace

En marge de l’inauguration de la Foire européenne

« La poudrière est prête à exploser »

Vie professionnelle

Publié le 09/09/2016

Vendredi 2 décembre, le Premier ministre Manuel Valls était en déplacement à Strasbourg où il a inauguré la 84e édition de la foire européenne de Strasbourg. Au cours de sa visite de l’espace agricole, le Premier ministre a pris le temps de déguster un morceau de munster, quelques gorgées de bière, de flatter le front d’Espion et de participer à un quiz sur les labels de qualité. Se faisant, les responsables professionnels agricoles alsaciens ont réussi à lui faire passer les messages principaux : la récolte de blé catastrophique, qui met des exploitations déjà fragilisées en difficulté - « Nous attendons des gestes, des actions fortes », a insisté Jean-Paul Bastian, vice-président de la Chambre d'agriculture d’Alsace. La nécessité de remettre la Pac « dans le sens de la marche ». Sans oublier la faillite de l’abattoir de Holtzheim. Jean-Paul Bastian a insisté sur le fait que la liquidation s’est déroulée sans trop de heurts malgré des enjeux financiers et humains importants. Il a demandé que l’État accorde une « attention particulière » aux agriculteurs qui vont devoir faire face à des impayés en pleine période de crise.

Être plus efficace, et plus souple

Mais en marge de cette entrevue éclair, les responsables professionnels agricoles alsaciens ont pu échanger plus longuement avec Marie Guittard, la conseillère agricole du Premier ministre. Ils lui ont exposé la gravité de la situation et formulé des propositions concrètes : « Il faut injecter de la trésorerie pour refinancer les exploitations, et imaginer un plan d’accompagnement pour les exploitations qui ne passeront pas le cap », a indiqué Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin. Denis Nass, son homologue haut-rhinois, qualifie la situation des éleveurs laitiers de ce département - qui ne bénéficient pas du niveau de prix pratiqué par Alsace Lait - de « poudrière prête à exploser ». Et, alors que les coûts de production sont estimés à 34 cts par litre de lait, il ne considère pas qu’avoir obtenu un prix de 27 cts/l de lait auprès de Lactalis soit un succès.

Après quatre campagnes céréalières difficiles, il estime qu'« il faut retravailler les assurances, qui sont imparfaites ». Mais la priorité, c’est « un refinancement très rapide des exploitations ». Et, s’il reconnaît que tout le monde a joué le jeu l’année dernière lors de la mise en œuvre du plan de soutien aux éleveurs français, la méthode ne pourra pas être la même, car elle ne suffira plus. Il faudra être à la fois plus efficace et plus souple. Denis Nass a également demandé une année blanche pour la taxe sur l’eau d’irrigation. Enfin, il s’est insurgé contre le fait que l’absence de revenu entraîne la suppression de la prime à l’emploi, de bourses pour les enfants des agriculteurs concernés…

Pour un plan de refinancement « plus ambitieux »

Paul Fritsch a détaillé quelques remèdes à la crise envisagés par la Coordination rurale : une aide de 500 €/ha, allouée aux agriculteurs pour réensemencer les terres, l’autorisation d’utiliser les semences fermières, la mise en place d’outils fiscaux pour pouvoir défiscaliser et réinjecter des moyens dans les exploitations lorsque le besoin s’en fait sentir.

Thomas Gillig, président des Jeunes Agriculteurs, a appelé à tout mettre en œuvre pour « faire perdurer les exploitations et qu’elles soient transmissibles ». Thomas Blum, administrateur à la Mutualité sociale agricole, a indiqué que l’enveloppe allouée à la prise en charge des cotisations est en baisse par rapport à l’année dernière, alors même que le dossier Copvial alourdit la barque des exploitations alsaciennes. Il a indiqué que les demandes de report d’échéanciers explosent. Didier Braun, responsable du groupe lait à la FDSEA du Bas-Rhin, a déclaré que si des mesures sont prises pour empêcher que le prix du lait n’augmente trop, afin de préserver le pouvoir d’achat des consommateurs, l’inverse doit être vrai aussi.

Jean-Paul Bastian a lui aussi plaidé en faveur d’un plan de refinancement « plus ambitieux ». Et, au-delà, à une refonte de la Pac pour qu’une telle situation ne se reproduise pas à l’avenir : « Il faut tirer les conséquences de la crise et en profiter pour faire passer des idées, comme celle d’une nécessaire mise en place d’outils de régulation de la production, de gestion des crises, d’une révision de l’assurance récolte ».

Mettre des outils dans les valises

« La crise trouve son origine dans le déséquilibre des marchés, aggravé en France par des accidents climatiques qui n’ont pas eu lieu ailleurs et par la concentration de la grande distribution », a rappelé Marie Guittard. Les services de l’État travaillent sur plusieurs leviers pour y faire face. « Nous sommes confrontés à des situations d’endettement et de trésorerie très différentes », expose Marie Guittard, et ce sont ces problèmes qu’il s’agit de traiter en priorité. Aussi des mesures d’urgence pour les exploitations les plus fragiles, c’est-à-dire les jeunes installés, ceux qui sont très spécialisés, ou qui ont consenti récemment de gros investissements, ont-elles été mises en place. Ces mesures sont désignées par des « mots-valises » tels qu’« année blanche », « renforcement de la trésorerie ». Concrètement, il faut définir quel contenu leur donner, c’est-à-dire qui met quoi dans ces valises. Les idées ne manquent pas, les acteurs non plus, ce qui explique que les dispositions ne sont pas calibrées de la même manière partout en France, et qui rend le dispositif peu lisible.

En Alsace, le système mis en place l’année dernière faisait rentrer les exploitations dans trois ou quatre cases selon leur situation, avec pour chacune des mesures adaptées. « Mais cette année il y a plus d’une centaine de dossiers qui ne rentreront dans aucune case et qu’on risque de perdre », a affirmé Denis Nass. L’ensemble des responsables se sont rejoints pour demander que l’État, les Régions, les banques travaillent en concertation pour accélérer l’avancement des dossiers. Et puis une chose est aujourd’hui actée : les Avances de trésorerie remboursable (ATR) des aides Pac 2015 vont rapidement être soldées et une avance de trésorerie sur les aides 2016 va être versée le 16 octobre, soit 6 milliards d’euros pour la ferme France. Autre mesure sur les rails : la réalisation de diagnostics économiques, avec un état des lieux et des conseils individuels, financés par le Conseil régional.

Réinventer de nouveaux amortisseurs

Marie Guittard a également rejoint les responsables professionnels sur la nécessité de réfléchir à un nouveau modèle de Pac qui prenne en compte que l’agriculture est un « secteur capitalistique avec un pas de temps peu réactif. La volatilité des cours et le dérèglement climatique ne vont pas aller en s’atténuant, il s’agit donc de réinventer de nouveaux amortisseurs. La capacité de résilience des exploitations est un problème de fond qui n’a pas été suffisamment travaillé. »

Verger ouvert ce dimanche 28 août à Westhoffen

Traiter mieux, c’est traiter plus

Cultures

Publié le 25/08/2016

« C’est vrai qu’on traite beaucoup », concède Daniel Dettling, la tête un peu basse. Mais il la relève bien vite et affirme : « Il faut qu’on explique pourquoi on le fait. » Alors, pourquoi les vergers requièrent autant de traitements, et particulièrement les pommes ? Le coupable principal, c’est la tavelure, un champignon aux effets redoutables et qui se multiplie vite, particulièrement par temps chaud et humide, ce qui nécessite de cadencer régulièrement les traitements au cours du cycle d’élaboration des pommes, particulièrement long. « Ces traitements, nous aussi on voudrait bien s’en passer, c’est du travail, ça nous coûte cher et on est les plus exposés », indique Daniel Dettling. Mais la nature en a décidé autrement car avec la tavelure, l’absence de protection, c’est l’absence de récolte assurée. Par contre, il est possible d’optimiser les traitements pour qu’ils soient plus efficaces, moins nocifs pour l’environnement… C’est ce que s’attachent à faire les arboriculteurs qui adhèrent au cahier des charges « Vergers écoresponsables », dont Daniel Dettling et l’ensemble des membres de l’association Production fruitière intégrée (PFI) alsacienne, qui regroupe 27 producteurs de pommes soit environ 210 ha et un peu plus de 7 000 t de pommes en vergers écoresponsables et globalgap.

Traiter par petites touches

Ces arboriculteurs élaborent toutes sortes de stratégies pour favoriser la prédation naturelle : nichoirs pour les mésanges, hôtels à insectes, perchoirs pour les rapaces, friands de campagnols… Ils s’interdisent d’utiliser certains produits, parmi les plus nocifs. « Par exemple, pour lutter contre le carpocapse, nous privilégions les produits ovicides aux larvicides, plus agressifs ». Quoique pour Daniel Dettling, la restriction du panel de matières actives ne constitue pas la meilleure des solutions puisqu’elle peut conduire à des impasses. Il illustre son propos : « Lorsque le diméthoate était encore autorisé, on pouvait lutter efficacement contre la mouche de la cerise et la drosophile suzukii pour 7 €/ha, avec peu d’applications. Depuis qu’il a été interdit, on a dû traiter davantage, avec d’autres produits, plus chers, pour maîtriser ces ravageurs. Le coût de la protection est passé à 500 €/ha. »

Pour lui, le moyen le plus efficace pour réduire l’impact des traitements, c’est de mieux les positionner. Pour ce faire, une vingtaine de stations météos sont réparties chez les arboriculteurs de PFI. Les données qui en sont issues sont injectées dans des modèles qui permettent de prédire les périodes où les traitements seront les plus efficaces en fonction du cycle du ravageur. « Le problème, c’est que comme on utilise des produits moins agressifs et qu’on les applique de manière plus ciblée, on doit traiter plus souvent. » Et ça, le voisinage, les consommateurs, ne le comprennent pas. Ils voient juste un pulvérisateur qui passe et repasse sous leurs fenêtres. Ils ne savent généralement pas non plus que, pour étaler sa production de cerises sur deux mois, Daniel Dettling cultive 25 variétés de cerisiers différentes, plus ou moins précoces, et qui n’arrivent donc pas aux mêmes stades au même moment. « Or, par exemple, pour lutter efficacement contre la mouche de la cerise, on doit traiter à un stade bien précis. On essaie donc de procéder par groupes de précocité, mais c’est un vrai casse-tête. On doit sortir souvent le pulvérisateur, mais c’est pour traiter à chaque fois de petites surfaces, au stade optimal », insiste Daniel Dettling.

Bar à jus de fruits et autres douceurs

C’est tout l’objectif des journées portes ouvertes du 28 août : expliquer aux consommateurs pourquoi les arboriculteurs traitent, et les efforts qu’ils déploient pour produire des fruits qui correspondent à leurs attentes, qui sont diverses et parfois difficiles à concilier. Pour ce faire, l’Association nationale pommes poires (ANPP), instigatrice de l’opération Vergers ouverts, a équipé Daniel Dettling d’un kit pédagogique. Et, avec son épouse, ils se chargeront de saupoudrer leurs explications de quelques douceurs : bar à jus de fruit, petite restauration (tartes aux pommes…), dégustation de mirabelles, de quetsches et - peut-être - des toutes premières pommes de la saison… Les plus gourmands pourront repartir chez eux les bras chargés de fruits.

Rendez-vous donc à Westoffen, ce dimanche 28 août, au lieu-dit Faerzerle, sur une parcelle de pommiers deuxième feuille mêlant les variétés idared et boskoop. L’accès sera fléché depuis le centre du village, plus précisément depuis l’église protestante, et depuis le domaine Ansen, une des étapes des Circuits de la Couronne d’or, organisés le même jour par les vignerons de la Couronne d’or, les Jeunes Agriculteurs du canton de Wasselonne et les Randonneurs de Strasbourg.

Afdi du Bas-Rhin

Vers une structure Grand-Est

Vie professionnelle

Publié le 25/08/2016

Le projet Profap se déploie au Congo au moyen de diverses actions concrètes présentées par Bruno Cambier, chef de projet Profap à l’Ircod. L’appui à la filière bovine, à travers la formation d’éleveurs qui sont dotés de lots de bovins pour démarrer leur activité, évolue vers un partenariat avec le Centre de métayage bovin (CMB), structure nationale qui dispose de davantage de moyens d’action. L’action du Profap va donc se recentrer sur l’amélioration du suivi de la trentaine d’éleveurs en place. L’appui à la filière avicole constitue également un enjeu important. Plus de 100 éleveurs ont été formés à cette production. Ils ont été approvisionnés en automne avec 900 poussins de race JA657 et quatre couveuses ont été mises en route et ont produit plus de 700 poussins. La performance d’éclosion était de 50 %, ce qui laisse une marge de manœuvre. L’appui à la filière aliment du bétail s’est traduit par l’organisation de six bourses agricoles mettant en relation les producteurs de céréales (principalement le maïs) et les acheteurs, soit autant de casse-tête logistiques, notamment à cause des difficultés de circulation. Cinq sessions de formation à la culture du maïs ont été organisées pour 80 agriculteurs. Dans certains districts elles ont permis de tripler la production par rapport à l’exercice précédent. 1,7 t de semences de maïs ont été produites et distribuées.

Fédérer trois structures

L’assemblée générale de l’Afdi a cette année été marquée par les conséquences de la réforme territoriale. En effet, comme pour bon nombre d’institutions, la question du rapprochement avec les structures lorraine et champardenaise existantes se pose. Laurent Fischer, président de l’Afdi du Bas-Rhin, a exposé la situation : l’ACCIR, structure équivalente à l’Afdi en Champagne-Ardenne, est structurée différemment et ne dépend pas de subventions puisqu’elle est financée par une cotisation sur la vente des produits agricole. Tandis que l’Afdi de Lorraine était très soutenue par l’ex Conseil régional de Lorraine, devenu Conseil régional d’Alsace Champagne-Ardenne Lorraine, sa subvention à l’Afdi de Lorraine devenant de ce fait plus incertaine. Toujours est-il que par deux fois ces trois structures se sont rencontrées et sont tombées d’accord sur la nécessité de se rapprocher, ce qui devrait prendre la forme d’une seule et unique structure régionale pour le Grand Est. Celle-ci ne remplacera cependant pas les trois structures fondatrices, mais les fédérera, en reprendra certaines missions, et servira d’interlocuteurs aux autres instances de la Grande Région. Son siège social devrait se situer à Laxou et son organisation devrait s’articuler autour de trois collèges au sein desquels il reste à nommer des représentants des diverses OPA membres des structures historiques.

Concours départemental de labour du Bas-Rhin

De l’espoir et du courage

Vie professionnelle

Publié le 25/08/2016

26 concurrents ont croisé le fer de leurs socs lors de cette 63e finale de labour. La remise de leurs prix aux champions a été l’occasion pour les responsables professionnels agricoles de s’exprimer sur l’actualité. À commencer par les Jeunes Agriculteurs, organisateurs de la manifestation, par la voix de leur président Thomas Gillig : « La finale de labour, c’est l’apothéose de la dynamique du réseau JA qui a permis d’animer les campagnes durant tout l’été grâce aux portes ouvertes dans les fermes. C’est aussi l’aboutissement du travail des JA du canton de Hochfelden. » L’intitulé de cette finale, Hop’Fest, prend une résonance toute particulière en ces temps de crise, a noté Thomas Gillig. Hop signifie en effet houblon en anglais (à rapprocher de Hopfe en alsacien) et Hope signifie espoir. « De l’espoir, nous en avons, mais pour combien de temps encore ? » C’est d’ailleurs pour faire preuve d’espoir en cette période difficile que la manifestation a été placée sous le signe du houblon, une production qui a failli disparaître mais qui renaît grâce à l’engagement de la profession et du Comptoir agricole. Un scénario qui fait vaguement penser à celui de la coopérative Copvial et de l’abattoir de Holtzheim. Pour Thomas Gillig, la page de ce dossier douloureux pour l’élevage alsacien doit être tournée pour continuer à aller de l’avant. Mais il faudra « tirer les leçons qui s’imposent et reconstruire la filière sur ce qui nous unit. Il faudra repartir sur des bases saines pour ne pas vaciller à nouveau ».

« Le monde paysan souffre »

Pour Thomas Gillig, les allées noir du monde « montrent que les citoyens ne se détournent pas des valeurs agricoles », qu'« il y a de quoi être fier d’être JA » et qu'« il est primordial de communiquer ». Notamment alors que l’agriculture est « fragilisée par la conjoncture économique et des accidents climatiques ». En effet, les citoyens doivent être conscients qu’être agriculteur, c’est « semer sans savoir si on va récolter, investir sans savoir ce que l’avenir nous réserve, travailler sans savoir comment on sera rémunéré, mais aussi faire vivre les territoires et nourrir la France ». Thomas Gillig ne le cache pas, « l’année à venir sera difficile. Il faudra du courage, et il en faudra à tous les niveaux. Car que penser des aides Pac qui n’arrivent pas, des charges qui augmentent alors que les prix baissent, des normes qu’on nous impose alors qu’on importe des produits qui n’auraient pas pu être produits en France… ? Il va donc falloir avoir le courage de prendre des mesures adaptées, des mesures urgentes et concrètes. Car le monde paysan souffre. » Aussi Thomas Gillig s’est-il exprimé en faveur d’une année blanche, avec prise en charge des intérêts, pas de déchéance de DJA. Il a pris en exemple la ferme qui accueillait cette finale, la ferme Pfister, où plusieurs jeunes se sont installés et où un petit Martin a pointé le bout de son nez quelques jours avant la finale. Car pour Thomas Gillig, la question c’est : «Veut-on encore des agriculteurs dans ce pays » ? Le petit Martin sera-t-il en mesure de perpétuer la tradition familiale ? « Les défis qui nous attendent sont nombreux. Alors forçons le destin, soyons fiers, libres, et debout », a conclu Thomas Gillig.

« Continuer à exercer ce beau métier : nourrir les hommes. »

Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, a félicité les Jeunes Agriculteurs pour le travail accompli : « Cette finale est une réussite et démontre qu’il y a encore des jeunes dynamiques, qui veulent faire découvrir leur savoir-faire. » Puis il a enchaîné sur la conjoncture actuelle, dressant la liste des mauvaises années qui se sont succédé depuis 2012. Parmi elles, 2016 décroche la palme de la médiocrité : « La récolte de blé est catastrophique. On annonce un rendement en blé moyen de 50 q/ha, ce qui signifie que certains agriculteurs ont perdu plus de la moitié de la récolte, ce qui se conjugue à des prix de vente catastrophiques. » Pour Franck Sander, il y a la de quoi se remettre en question pour faire évoluer le modèle agricole : « Nous sommes arrivés au bout de l’ultralibéralisme », estime-t-il. D’ores et déjà, certaines lignes bougent - régulation des prix, adaptation fiscale, consommation locale - mais devraient bouger un peu plus franchement, estime le responsable syndical, « car il y a encore des exploitations qui veulent investir, et la dynamique des installations est restée bonne… » Il a aussi évoqué quelques revendications syndicales plus locales : exonération de la taxe sur le foncier non bâti (TFNB), exonération des semis de Cipan pour réduire les charges, reconnaissance des communes touchées par les intempéries en catastrophe naturelle… « C’est une somme de petites choses qui nous permettront de passer le cap. » Il a conclu en exhortant les agriculteurs à ne pas se décourager : « L’avenir nous appartient. Il y a toujours eu des hauts et des bas. Nous devons persévérer à exercer ce beau métier : nourrir les hommes. »

Le sénateur Guy-Dominique Kennel a lui aussi salué l’organisation « remarquable » de la finale, alors que « le monde agricole dans son ensemble est en souffrance, touché par la crise ». « J’ai entendu vos revendications », a assuré le sénateur, qui a rappelé que le Sénat a fait une proposition de loi contenant une vingtaine de propositions pour à la fois répondre à la situation actuelle des exploitations et faire en sorte qu’elles soient durablement rentables et écologiques. Mais cette proposition de loi a essuyé une motion de rejet à l’Assemblée nationale. C’est pourquoi Guy-Dominique Kennel estime que pour sortir le monde agricole de la crise qu’il traverse, il faudra du « courage politique » : « Je souhaite que le gouvernement écoute et comprenne que le monde agricole se démène pour nous nourrir. »

Des mesures concrètes

Christian Riguet, secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, a salué une manifestation qui, au cœur de l’actualité olympique, illustre à la fois l’adage « l’important c’est de participer », et « le savoir-faire de la profession ». Répondant aux revendications syndicales précédemment exprimées, il a rappelé que « toutes les réponses ne dépendent pas de l’État, mais aussi de Bruxelles. Il s’agit donc de savoir comment prendre les bonnes décisions pour obtenir l’adhésion au niveau européen. » Puis, il a évoqué très concrètement plusieurs mesures mises en œuvre, ou en passe de l’être, pour aides les agriculteurs à faire face à la crise. Ainsi, sept communes ont été placées en état de catastrophe naturelle, et d’autres le seront début septembre. Un arrêté préfectoral devait être publié dès la semaine suivant la manifestation pour invoquer le cas de force majeur face aux obligations qui incombent aux agriculteurs dans le cadre de la Pac. Un arrêté qui devrait concerner à peu près toutes les communes du département. En outre, une procédure de reconnaissance en calamité agricole est en cours pour les cultures non assurables qui ont été dégradées par les intempéries, une réunion sur le calcul de la TFNB est programmée avec la Direction régionale des finances publiques (DRFIP), et les mesures d’allégement des charges prises dans le cadre du plan d’urgence restent valables pour les éleveurs et ont été élargies aux céréaliers. Pour ce qui est du retard constaté dans le versement des aides Pac, Christian Riguet a indiqué que l’outil informatique défaillant est désormais opérationnel et que les dossiers des JA seront traités en priorité. Le solde des aides Pac 2015 devrait donc être versé pour certains le 10 septembre, pour les autres autour du 15 octobre. Et l’avance sur les aides Pac 2016, qui représente 90 % du montant de la Pac de 2015, devrait être versée le 16 octobre.

Syndicat national des labels avicoles de France (Synalaf)

Ne pas remettre en cause ce qui réussit !

Vie professionnelle

Publié le 08/08/2016

Le Synalaf regroupe 17 ODG détenteurs de label rouge en volaille de chair, huit ODG en œufs label rouge, huit groupements en volailles bio et 12 en œufs bios, soit la grande majorité de ces productions en France. La vocation du Synalaf est de défendre et de promouvoir les labels avicoles, mais aussi de coordonner des actions et des programmes de recherche pour améliorer la qualité des volailles fermières label rouge et leur mode d’élevage. Son assemblée générale a été l’occasion de dresser le bilan économique de l’année 2015. La filière volailles de chair label rouge est encore en progression, tirée par les labellisations de poulets (97 millions de poulets labellisés en 2015, + 3 % par rapport à 2014). Les labellisations de découpes de poulet poursuivent leur développement, portées par la demande des consommateurs.

Les pintades label rouge continuent de perdre du terrain depuis les années 2000, notamment parce que les abattoirs ont du mal à les positionner en dehors des fêtes de Noël et de Pâques. Par contre, les volailles festives label rouge sont toujours aussi prisées : les ventes progressent de + 6 %, une progression encore plus marquée pour les petites pièces (+ 20 %). La production des volailles de chair biologiques poursuit sa forte progression, si bien que sur dix poulets prêts à cuire (PAC), sept sont labellisés label rouge ou bio. Les exportations de volailles label rouge et bios sont toujours en progression. Les destinations Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse se développent significativement. Un bilan plutôt positif donc, terni par les trop nombreuses promotions pratiquées sur les volailles label rouge dans les GMS, ce qui entraîne des écarts de prix importants.

Les filières œufs label rouge et biologiques suivent la même tendance, avec une progression des effectifs de pondeuses alternatives en France en 2015 : 2,5 millions en label rouge et 3,9 millions en bio en hausse de respectivement 6 % et 5 % par rapport à 2014. Ces œufs se vendent bien, surtout les bios, mais leurs prix sont toujours en baisse, surtout les bios aussi, ce qui est inquiétant dans la mesure où les coûts de production sont plus élevés en bio. La filière label rouge pourrait bénéficier d’une campagne de communication dans sept pays européens dans le cadre du soutien à la qualité. Avec un budget de 3 M€ pendant trois ans. « Ces chiffres sont encourageants quant à notre capacité à satisfaire les attentes des consommateurs. Le marché français représente 95 % de nos débouchés. Toute tentative qui viserait à progresser sur d’autres marchés, par exemple en développant des productions spécifiques à l’export, ne doit pas nous faire perdre les fondamentaux qui génèrent cette réussite », a commenté Éric Cachan, président du Synalaf.

Défendre une certaine idée du bio

Côté défense des labels et réglementation, les membres du Synalaf ne chôment pas. Le projet de nouvelle réglementation européenne sur l’agriculture biologique les mobilise tout particulièrement. Ce projet propose d’imposer l’utilisation de reproducteurs biologiques, ce que le Synalaf considère comme une entrave à la préservation de la diversité génétique actuelle. Le projet prévoit aussi de supprimer la limitation de taille des élevages, ce qui va à l’encontre de l’image que le Synalaf se fait du bio - des élevages de type fermiers et non industriels, ce qui passe par la limitation de la taille des élevages. Plusieurs amendements émanant du Synalaf ont été repris lors des négociations et le syndicat espère qu’ils figureront dans la future loi européenne. « A minima, nous défendons les principes suivants : non-obligation de reproducteurs biologiques ; limitation de taille des troupeaux, des bâtiments et des exploitations, définition d’un âge d’abattage des poulets et définition de la notion de croissance lente ; définition de la région d’origine de l’alimentation ; pourcentage important de lien au sol », a résumé Éric Cachan. Et de prévenir : « En cas d’attaque médiatique, notre syndicat ne défendra pas les élevages dont la taille des bâtiments dépasse nos préconisations. »

Non au marketage du « fermier »

Le Synalaf mène aussi des actions au niveau national, notamment pour limiter la taille des élevages de poules pondeuses bios, toujours dans l’optique de conserver une production fermière. Autre inquiétude, le développement en cours d’un poulet « sortant à l’extérieur » certifié. Le Synalaf met en garde contre les risques de confusion alors que les critères de production sont très différents. Seuls les poulets label rouge, IGP et bios sont des poulets « fermiers », martèle le syndicat. « Âge élevé, faible densité, taille d’élevage limitée, accès à un véritable parcours… Tous les Français connaissent nos productions fermières avec leurs qualités gustatives ! C’est pourquoi nous ne voulons pas d’un poulet « sortant à l’extérieur », marketé avec des visuels de paysages bucoliques et de poules rustiques : nous le faisons savoir aux opérateurs concernés et nous le dénoncerons auprès des consommateurs si besoin », a déclaré Éric Cachan. Le Synalaf cherche à coller aux évolutions du marché. C’est pourquoi il a proposé à l’Inao des critères de production d’ovoproduits en label rouge.

La sélection en danger

Au terme de plusieurs présentations sur la production de volailles alternatives dans le monde (dont nous ferons écho dans nos colonnes dans de prochaines éditions), Éric Cachan déclare : « Il n’y a pas de vérité universelle pour définir les productions alternatives, seule la notion de positionnement pertinent sur un marché doit être retenue. » Pour lui, les productions avicoles françaises sous signe de qualité ont de l’avance. Et il souhaite que leurs qualités continuent à être valorisées, ce qui peut passer par l’export de « notre génétique, notre savoir-faire et nos produits finis ». Mais pour ce faire, il faudra tirer les leçons du fait marquant de l’année écoulée : l’épisode d’influenza aviaire.Celle-ci a fragilisé la génétique avicole française. « Le maillon sélection-accouvage fait partie des victimes collatérales de l’épidémie puisque les pays tiers ont fermé leurs portes à leurs productions dès décembre 2015. S’il n’est pas aidé, c’est toutes nos filières qui seront en danger. » Julien Turenne, qui représentait le ministère de l’Agriculture, a annoncé qu’une enveloppe de 20 M€ est prévue pour les accouveurs et les éleveurs du secteur palmipèdes et que d’autres dispositifs de soutien aux volailles non-palmipèdes sont en cours d’élaboration.

Les IG : ligne rouge pour le TTIP

« La France est très attentive à la préservation de son modèle alimentaire ». C’est pourquoi, dans le cadre du Traité transatlantique (TTIP), la volaille est reconnue comme « un produit sensible » : « Les produits importés devront respecter la réglementation européenne et les indications géographiques constituent une ligne rouge : sans accord sur ce point, il n’y aura pas d’accord transatlantique », a assuré Julien Turenne. Qui voit aussi dans le TTIP une occasion de « promouvoir les normes européennes, les produits labellisés, de haute qualité, qui pourraient trouver des débouchés aux États-Unis. » Il a annoncé la publication d’un décret sur l’utilisation du terme « fermier » au mois d’août, ce qui devrait clarifier les conditions d’emploi de ce terme. Les services de l’État sont en outre en train de travailler sur un décret concernant l’étiquetage : « Les conditions d’application sont en cours de finalisation ».

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