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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Weenat

La météo sur un plateau

Technique

Publié le 04/08/2016

La technologie Weenat fonctionne sur le mode du « plug and play », indique Léa Thiebaut, chef de projet de la société pour le nord de la France et de l’Europe. C’est-à-dire qu’une fois qu’on a acquis les capteurs, il suffit de les installer dans les champs, d’installer l’application dédiée WeenApp sur son smartphone ou de se connecter à la plateforme de gestion des données dédiée, et c’est parti.

La gamme de Weenat est variée : pluviomètre, tensiomètre, thermomètres, hygromètres, du sol, de l’air, à différentes profondeurs ou hauteurs, mais tous connectés et sans fils. L’idée, c’est que les agriculteurs puissent bénéficier de données météorologiques à la fois plus précises et personnalisées. « C’est particulièrement utile pour les ETA, ou pour les agriculteurs qui ont un parcellaire éclaté. Cela leur permet de savoir qu’il a plu 40 mm à un endroit, contre 10 mm à un autre puisque les capteurs sont géolocalisés », illustre Léa Thiebaut.

Dans l’application, les données sont présentées sous forme de graphiques que l’utilisateur peut simplifier ou enrichir selon ses besoins et qui constituent autant d’outils d’aide à la décision. En outre les données sont enregistrées dans un historique et l’utilisateur bénéficie aussi de prévisions météorologiques, en open source ou géolocalisée et expertisée selon l’offre choisie. Autant d’informations qui permettent d’ajuster les interventions du semis à la récole et de mieux les organiser, de mieux anticiper les risques climatiques, de mieux gérer l’irrigation et la ressource en eau.

Keyfield

Suivez vos produits phytosanitaires à la trace

Technique

Publié le 01/08/2016

Titre : Keyfield. Sous-titre : Cahier de culture automatique. Tout est dit, ou presque, sur la nouvelle solution de gestion des produits phytosanitaires proposée par la société Axe environnement et développée par la société Nexxtep. Celle-ci se présente sous forme d’un kit comprenant trois balises : « Une boxe qui recueille les informations ; une balise mobile, fixée sur le pulvérisateur ; et une balise fixe, positionnée au niveau de la sache de collecte des Emballages vides de produits phytosanitaires (EVPP) », décrit François Rivalland, responsable commercial Nord-Est chez Axe environnement. Objectif : tracer les bidons de produits phytosanitaires de leur arrivée à leur destruction.

Traçabilité totale et infaillible

Pour que Keyfield soit opérationnelle, l’agriculteur enregistre son parcellaire dans un logiciel dédié, et communique la liste de ses produits phytosanitaires à Axe environnement qui lui envoie en retour des tags, soit des étiquettes mentionnant le nom du produit et le volume du contenant. Charge à l’agriculteur de coller les étiquettes sur les bidons correspondants avant de les ranger dans son local phyto. Les étiquettes sont équipées de puces RFID et les balises de lecteurs RFID, ce qui permet de détecter les bidons qui sont versés dans le pulvérisateur et ceux qui sont placés dans la sache de collecte des EVPP. En outre, la balise mobile fixée sur le pulvérisateur permet de le suivre par satellite et donc de savoir quel traitement a été effectué sur quelle parcelle avec quel produit et à quelle quantité. Grâce à une application dédiée, tout cela est enregistré sur le smartphone de l’agriculteur, qui n’a plus qu’à transférer les données vers son logiciel d’enregistrement des pratiques. Paul Subtil, chef de produit objets connectés, liste les avantages de Keyfield : « Les erreurs de saisie sont écartées, la traçabilité est totale, jusqu’à la destruction de l’EVPP ».

Déjà, de nouvelles applications sont en cours d’élaboration : la balise fixée sur le pulvérisateur pourrait être équipée d’un peson qui permettrait de déterminer la quantité de produit qui reste dans un bidon qui ne serait pas vidé. Une amélioration qui devrait permettre d’avoir une image précise de l’état des stocks. Autres progrès en vue : les balises pourraient envoyer des alertes, par exemple si l’agriculteur s’apprête à utiliser un Produit phytopharmaceutique non utilisable (PPNU) ou un produit phytotoxique pour la culture qu’il va traiter. À terme, la balise pourrait aussi envoyer des alertes lorsque le mélange effectué n’est pas conforme à la réglementation. Mais celle-ci est tellement changeante que la mise en œuvre de cette fonctionnalité risque d’être compliquée !

Récoltes

Mornes granges

Cultures

Publié le 21/07/2016

La fenaison s’achève, enfin, après des semaines à attendre une période anticyclonique suffisamment longue pour pouvoir faucher l’herbe, la faner, l’andainer, la presser… Mais la patience forcée dont les éleveurs ont fait preuve ne sera pas forcément récompensée… Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, dépeint en effet une situation contrastée, entre ceux qui ont démarré la fenaison il y a une quinzaine de jours, sur des sols encore mouillés, avec de l’herbe couchée dessus, donc avec une couche inférieure d’herbe très humide. Et la seconde vague de fenaison, qui a bénéficié de meilleures conditions de récolte, avec des températures élevées et peu, voire pas, de précipitations, donc une herbe qui a pu bien sécher. Le spécialiste des fourrages note aussi des différences entre les parcelles : « L’herbe a mieux séché dans les parcelles en pente que dans les fonds de vallée ». Mais une caractéristique commune à tous les foins de 2016 se dégage : « C’est du vieux foin, les stades de récolte optimaux sont largement dépassés et la valeur alimentaire s’en trouve inévitablement dégradée. » C’est encore plus vrai pour les foins issus de la première vague de récolte : « Certains agriculteurs ont dû ressortir des balles de foin des granges parce qu’elles commençaient à chauffer. La qualité de ce fourrage-là sera encore plus mauvaise, avec une diminution de l’appétence, des protéines et des sucres brûlés selon la température atteinte… » Les foins issus de la seconde vague sont moins concernés par ce phénomène : « En ce moment, l’herbe sèche très bien », indiquait Laurent Fritzinger mardi 19 juillet, alors que le thermostat frisait les 40 °C et que, aussi paradoxal que cela puisse paraître après tant d’eau, quelques parcelles de maïs commençaient à exprimer des symptômes de stress hydrique. Laurent Fritzinger estime donc que « si les foins ont été bien séchés, ce ne sera pas si catastrophique que cela, le fourrage obtenu suffira à remplir la panse. » D’autant que si la qualité pêche, la quantité est là : le double de l’année précédente, marquée par la sécheresse, et quelque 20 % de plus qu’une année moyenne. Une hausse de la production qui s’explique par la fenaison tardive, « tous les foins ont été faits en juillet, avec près de quatre semaines de retard », soit autant de semaines de pousse supplémentaires. Mais aussi par des prairies très denses, conséquence des conditions poussantes du mois de mai, de la bonne valorisation des apports d’engrais grâce aux précipitations… Une densité qui a probablement contribué à la verse de certaines prairies sous l’effet des précipitations.

Des fourrages à manipuler avec précaution

Maintenant que le foin est engrangé, que faut-il attendre de la suite des événements ? Du côté des prairies, Laurent Fritzinger ne s’aventure pas à un pronostic. Il constate : « Les prairies reverdissent vite après cette coupe, car il y a encore du potentiel dans le sol. Mais il suffit de quinze jours de canicule pour stopper la pousse » Et tout dépend des pratiques des agriculteurs : « Ceux qui ont ensilé début mai et qui ont pu faire une deuxième coupe mi-juin peuvent déjà envisager une troisième coupe. D’autres ont déjà du regain, avec de belles deuxièmes coupes, équivalentes à la première… »

Du côté des auges, Laurent Fritzinger conseille vivement de faire analyser le fourrage, afin de déterminer sa valeur alimentaire, et notamment son taux de contamination par les spores butyriques. En effet, les fourrages les plus contaminés ne seront pas adaptés aux vaches laitières : « Si on ne cherche que la fibre, il vaudra mieux leur donner de la bonne paille, propre, qui fait autant ruminer. » Pour les vaches allaitantes, les génisses, si la qualité de séchage est bonne, ce fourrage fera l’affaire. « Il faudra peut-être ajouter un peu d’énergie, de céréales, car les animaux risquent de manquer d’énergie et de protéines. » Enfin, plus que le foin, c’est l’ensilage d’herbe qui préoccupe Laurent Fritzinger : « La récolte s’est effectuée dans des conditions exécrables. Il risque d’y avoir beaucoup de contaminations par la terre, des problèmes de conservation. Or c’est un fourrage jeune, riche, traditionnellement réservé aux animaux à besoins élevés, comme les laitières, mais s’il y a trop de butyriques, il vaut mieux ne pas leur en donner. »

Blé : les craintes se confirment

« Catastrophique », « pire que ce que l’on pensait »… Tous les commentaires sur la moisson de blé 2016 vont dans le même sens. Visuellement pourtant, la plupart des parcelles font bonne figure. Mais entre les doigts, les épis s’effritent et il ne reste quasiment rien. « Dans un épi, il y a deux ou trois grains à l’aspect normal, les autres sont rabougris, fusariés, ne contiennent quasiment pas d’amidon, ne pèsent rien », rapporte Laurent Fritzinger. Les premiers échos des moissonneuses-batteuses confirment les impressions : les 40-50 q/ha et les PS à 60-70 ne sont pas rares. L’essentiel des dégâts serait lié à la fusariose, qui a provoqué des avortements. Mais la septoriose a aussi pu impacter la taille des grains. Ceux-ci sont parfois si légers que les conducteurs de moissonneuses-batteuses ont du mal à régler correctement les souffleries : trop fort et les grains s'envolent avec les impuretés. Du coup, il y a pas mal de débris qui passent dans les bennes. Les blés versés ne facilitent pas non plus la récolte, puisqu'il faut réduire la vitesse d'avancement pour bien les relever et les ramasser. Mais d'un autre côté, en l'absence de verse, la rareté des grains permet d'accélérer les débits de chantier.

Orge et colza : des grains, mais petits et légers

En orge, on a « du grain, mais du petit grain », constate Laurent Fritzinger : leur nombre est équivalent à celui de l’année dernière, mais le PMG est réduit de 25 %, et le rendement d’autant. Le PMG du colza semble aussi avoir été affecté par les conditions particulièrement pluvieuses du printemps : « Le PMG est plus proche de 4 g que de 5 g, ce qui joue beaucoup sur le rendement », indique Laurent Fritzinger. Les échos sont très variés : « On entend de tout, du bon comme du moins bon, mais le colza est sans doute une des cultures qui s’en sort le mieux cette année », rapporte Laurent Fritzinger.

Jeunes Agriculteurs. Canton de Haguenau

Myrtilles & Cie

Cultures

Publié le 19/07/2016

Agnès Brandt a repris l’exploitation agricole familiale en 1997 et l’a profondément modifiée. Une pension pour chevaux remplace l’activité laitière. L’ancienne étable accueille désormais des boxes à chevaux : « Cela nous a permis de continuer à utiliser le corps de ferme, à optimiser les lieux pour les rentabiliser. » Et, très vite, la diversification s’amorce. D’abord avec des asperges. Puis avec des petits fruits, et notamment des myrtilles, sur 50 ares. Agnès Brandt, alors seule chef d’exploitation, commercialise toute sa production en direct, à la ferme ou sur les marchés. Peu à peu, cet atelier prend de l’ampleur : « Nous produisons désormais 3 ha de myrtilles de culture, dont 60 % est commercialisé via la coopérative Les Jardins du Ried et le reste en direct. Et nous avons étendu notre gamme aux groseilles, mûres, framboises… » Il y a sept ans, Agnès Brandt a investi dans des locaux adaptés à la transformation. Outre le magasin de vente, il y a donc aussi un local de transformation, un autre de conditionnement, salaison et fumaison, et trois chambres froides : une pour la viande, une pour les achats et une pour les fruits et légumes. La viande n’est pas produite sur place. « C’est Thierry Schweitzer qui nous fournit la matière première et nous qui la salons et la fumons à la ferme », précise Agnès Brandt. Pour le reste, afin de proposer une gamme de produits variés, elle procède à des échanges avec des collègues, par exemple des fraises ou des cerises contre des myrtilles. Grâce à ces investissements, la ferme est en mesure de proposer des soupes, des quiches, des tourtes... Mais, avec les marchés de Neudorf, de Saverne et de Haguenau, cela représente une charge de travail supplémentaire… Tant et si bien qu’après 17 années passées seule à la tête de l’exploitation, Agnès Brandt a été rejointe il y a trois ans par son époux, Cédric. La ferme emploie aussi deux salariés à temps complet, et des saisonniers ponctuellement, en période de récolte.

Myrtilles de culture raisonnée

Celle des myrtilles bat actuellement son plein, elle est même bien entamée, puisque la moitié du potentiel de production est atteint. « C’est pour que les visiteurs puissent encore profiter de la libre cueillette que nous avons organisé notre porte ouverte à cette date », précise Guillaume Fuchs, président des JA du canton. La parcelle de près de 3 ha d’un seul tenant est conduite avec des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement : fauche tardive, perchoirs et nichoirs pour les oiseaux prédateurs des rongeurs, cerf-volant pour effaroucher les étourneaux… Les pieds, dont les plus anciens affichent une vingtaine d’années, sont soigneusement taillés chaque année et irrigués au goutte-à-goutte quand c’est nécessaire. En sortie d’hiver, ils sont traités avec une huile qui détruit la plupart des larves de ravageurs, puis protégés contre le botrytis, la rouille, « mais après la floraison, il n’y a plus aucun traitement », assure Agnès Brandt. En 2014, un nouveau fléau s’est abattu sur les petits fruits : la drosophile suzukii : « Notre production a été amputée de 3 t. Depuis, nous récoltons les fruits fermes, nous ne prenons plus le risque de les laisser mûrir sur pied ». Aussi, pour apprécier tous les arômes des myrtilles, Agnès Brandt conseille de laisser mûrir les fruits encore deux jours après leur cueillette, ils n’en seront que meilleurs !

Idéal pour les diabétiques

La productrice ne tarit pas d’éloge sur ce fruit qui fait désormais la réputation de la ferme, mais qu’elle a dû vendre et défendre lorsqu’elle a amorcé sa production il y a 20 ans : « C’est un fruit qui arrive après les cerises, les fraises et les framboises. » Très pauvre en sucre, il est particulièrement adapté au régime alimentaire des personnes atteintes de diabète. Il est aussi réputé pour améliorer la vision de nuit. L’agricultrice signale : « Nous commercialisons aussi un pur jus de myrtille qui rencontre un succès croissant, avec près de 1 000 bouteilles vendues par an. »

Arboriculture. Pulvérisation

Toucher la cible

Cultures

Publié le 17/07/2016

Lors de la journée professionnelle de l’arboriculture fruitière d’Alsace, proposée récemment par le Verger expérimental d’Alsace et la Chambre d'agriculture d’Alsace, Jean-Paul Douzals a présenté les travaux menés à l’Irstea de Montpellier pour améliorer les techniques de pulvérisation. « Nous ne travaillons pas sur l’efficacité physique des produits, mais sur l’amélioration des techniques de pulvérisation en cherchant à caractériser les procédés qui entrent en jeu lors de l’atomisation, les interactions qui peuvent exister entre les buses, les coformulants, les matières actives… » Les chercheurs testent des buses anti-dérive dans une soufflerie, mesurent les tailles de gouttes obtenues avec différents adjuvants, la performance des pulvérisateurs, notamment dans le cadre du projet EvaSpray Viti qui permet de classer les pulvérisateurs en fonction de leurs performances « un peu comme les réfrigérateurs ou les lave-vaisselle ».

Adapter les doses à la végétation

L’Irstea est également partie prenante du projet Pulvarbo, un projet pluridisciplinaire mené par le Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) et certaines stations expérimentales régionales, qui a pour objectif l’optimisation de la pulvérisation en arboriculture fruitière. « Cela passe par une réduction des quantités de produits phytosanitaires appliqués et notamment par la possibilité d’adapter les doses en fonction du stade végétatif et du volume foliaire à traiter. »

En effet, les doses des produits phytosanitaires à appliquer sont toujours exprimées en litre ou en kilo par hectare cadastral, ou en dose par hectolitre, ce qui ne tient pas du tout compte du stade de la culture, donc de la couverture végétale. Or il est logique de penser qu’il n’est pas nécessaire de traiter à pleine dose au début du cycle de développement d’une culture car une grande partie du produit appliqué est perdue : « Ce n’est pas la peine de mettre la pleine dose s’il n’y a pas la végétation pour la capter ».

Théoriquement, il est donc possible de réduire les doses aux stades précoces, à condition que l’application soit homogène, car pour une même dose de traitement, la dose reçue par les feuilles est plus élevée aux stades précoces que quand le feuillage est développé. « Et cela entraînerait aussi une réduction potentielle de la dérive, pour limiter les pollutions diffuses. » Actuellement, les volumes de bouillie et les doses sont généralement les mêmes, quel que soit le stade végétatif des vergers. L’Irstea travaille donc à la mise au point d’un outil d’aide à la décision qui permettrait d’adapter les doses et les volumes de traitement.

Mais quelle végétation ?

Afin de pouvoir mener à bien ces investigations, il faut d’abord « savoir ce que l’on traite » et donc « caractériser l’évolution de la végétation, à partir d’indicateurs simples, selon leur typologie (gobelet, haie fruitière) pour connaître les surfaces et les volumes à traiter ». Plus facile à écrire qu’à faire, car « soit on considère la surface du mur de feuille, soit on opte pour une approche plutôt par volume, comme si la végétation était un cube, mais alors on ne considère pas le nombre de feuilles à traiter, donc on ne répond que partiellement à l’objectif. » Et puis il s’agit aussi de caractériser la pulvérisation - part qui touche la cible, le sol, qui se volatilise : « Nous disposons de très peu de références et de nouveaux matériels qu’il faut caractériser arrivent sur le marché. » Sachant que l’objectif visé, c’est d’avoir un « dépôt constant sur toute la saison ».

En 2015, 68 parcelles ont été suivies (hauteur des vergers selon les espèces, largeur du rang de végétation, espacement entre les rangs) afin d’étudier l’évolution de la végétation par typologie en cours de saison. L’idée était de trouver un indicateur unique qui pourrait servir à définir une dose. Les chercheurs ont notamment utilisé un lidar doté d’un faisceau lumineux qui balaie la végétation et renvoie une information de distance à chaque fois qu’il rencontre un obstacle, ce qui permet de déterminer le volume de végétation et, peut-être un volume de feuille. La seconde étape vise à construire un abaque d’adaptation des doses basé sur les hypothèses retenues.

Couverture hivernale entre deux maïs

Différentes techniques qui restent à éprouver

Cultures

Publié le 07/07/2016

Les exploitations spécialisées en maïs peuvent bénéficier d’un dispositif d’équivalence à la mesure de diversité des cultures imposée par la Pac. Mais cela requiert de respecter un cahier des charges qui impose une couverture hivernale des sols sur 100 % des terres arables, réalisé au moyen d’un couvert semé pur ou en mélange dans une liste d’espèces préétablie. L’implantation de ce couvert doit être réalisée au plus tard dans les 15 jours qui suivent la récolte du maïs, et la destruction du couvert n’est autorisée qu’à partir du 1er février de l’année suivante. Le cahier des charges recommande aussi de pas fertiliser le couvert hivernal et de privilégier la destruction mécanique du couvert par broyage et/ou roulage.

Outre de déroger à la mesure de diversité des cultures de la Pac, la couverture hivernale des sols entre deux maïs permet de limiter le lessivage hivernal et dans certaines situations de bénéficier d’une ressource de fourrage supplémentaire. Mais, techniquement, il n’est pas toujours évident de semer un couvert à cette période, et surtout d’assurer sa levée. Or la dérogation à la mesure de diversité des cultures est assujettie à une obligation de résultat : « Le couvert doit lever », traduit François Alves, conseiller en agronomie et grandes cultures à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Pour aider les agriculteurs à gérer la couverture hivernale entre deux maïs, la CAA a mis en place un essai sur les terres du lycée agricole de Rouffach. « Nous sommes partis sur des couverts constitués de graminées, dont les semences peuvent être obtenues à la ferme pour limiter les coûts à l’image du blé. » Une fois le maïs précédent récolté, ses résidus ont été broyés. Une partie de la parcelle a ensuite été labourée (modalité labour), l’autre a été travaillée au chisel (modalité non-labour) avant un semis du couvert à l’aide d’une herse rotative combinée à un semoir. Le couvert a été détruit au glyphosate (1,5 l/ha) le 31 mars sur une partie de l’essai, sauf dans le témoin où le labour automnal a été repris par deux passages de vibroculteur avant le semis du maïs suivant le 7 mai. Lors du salon Agriculture de demain, les 1er et 2 juin, plusieurs modalités étaient confrontées à des problèmes de repousse, « qu’il faudra gérer avec le désherbage du maïs », indiquait alors François Alves. Les résultats définitifs de l’essai seront connus cet hiver, après la récolte du maïs.

À côté de cet essai, une modalité a été travaillée au strip-tiller, qui présente l’avantage de laisser beaucoup de résidus en surface, donc de limiter l’érosion. En outre le fait de ne travailler que le futur rang de semis permet de créer un environnement favorable à la levée du maïs sans bouleverser l’interrang. « Mais c’est une technique délicate à mettre en œuvre, notamment du point de vue de la gestion des ravageurs et des adventices », note François Alves.

Comptoir Agrosphère - Les rencontres

Un traité d’innovation appliquée

Cultures

Publié le 05/07/2016

Christian Lux et Clément Weinsando, du Comptoir agricole, animaient un atelier sur la fertilisation phosphatée. « Le phosphore est extrait de mines dont le gisement se raréfie. En outre, l’excès de phosphore dans l’eau provoque de l’eutrophisation qui se traduit par la prolifération d’algues. Comme celle de l’azote, l’utilisation de phosphore pourrait donc à l’avenir faire l’objet de limitations. Et puis les fournisseurs proposent du phosphore organique, par exemple issu d’élevages de volailles, qu’il s’agit de caractériser », introduit Christian Lux. D’autant que le phosphore est difficilement absorbable par les plantes. En effet, il doit se trouver dans la solution du sol, et à moins de 2,5 mm des racines. Or le phosphore apporté sous forme d’engrais est très vite fixé par les cations du sol. Du coup, selon le type de sol, seuls 20 à 15 % du phosphore apporté sont utilisés. « Il vaut donc mieux ne pas trop en apporter au printemps, mais plutôt gérer la fertilisation phosphatée de manière pluriannuelle, en amenant le phosphore en fonction des cultures et de leurs besoins, en prenant en compte que les résidus végétaux, les effluents, contiennent aussi du phosphore », conseille Christian Lux.

Pour mieux appréhender l’efficacité de divers engrais phosphatés et les comparer à la référence, le 18-46, le Comptoir agricole a élaboré un essai répété sur trois sites différents et qui sera conduit sur plusieurs années. Cet essai comporte des engrais apportés en localisé, mais aussi des microgranulés qui sont positionnés dans la raie de semis, ce qui permet d’obtenir une stimulation racinaire avec peu de phosphore. Ou encore des formes d’engrais qui contiennent à la fois du phosphore et des bactéries qui vont solubiliser le phosphore du sol et aider les plantes à l’absorber en facilitant les échanges entre les racines et la solution du sol. Les premiers résultats font apparaître une grande différence de réponse en termes de gain de rendement selon le type de sol et selon le type d’engrais. L’adjonction de bactéries semble tenir ses promesses, la synergie entre azote et phosphore est également intéressante.

Un semis précis et instructif

Bruno Grossetête et Marion Bass travaillent tous les deux pour la société Dekalb. Le premier dans le développement technique, la seconde en tant que commerciale. « Notre premier axe de travail consiste à améliorer le potentiel de rendement des plantes, le second à sécuriser ce rendement en travaillant aussi la tolérance aux maladies, au stress… Mais en fonction de l’environnement, atteindre le rendement maximal sera parfois très difficile », introduit Bruno Grossetête. C’est là qu’intervient la technologie Precision Planting. La technologie, rachetée par Monsanto - dont Dekalb est une marque déposée - a ensuite été revendue à John Deere. Car ce qui intéresse Dekalb, c’est de pouvoir travailler sur les données générées par ce matériel connecté.

Actuellement, la technologie Precision Planting se traduit par un semoir qui présente plusieurs particularités. La première, c’est un contrôle de pression indépendant sur chaque élément semeur qui permet de conserver une profondeur de semis régulière malgré l’hétérogénéité de la parcelle. La pression exercée par le vérin pour garder la même profondeur de semis est enregistrée en temps réel dans un logiciel. Pour l’agriculteur, c’est la garantie d’une levée homogène, à la bonne densité. Pour Dekalb, ce sont des cartographies de la pression qui a été exercée par chaque élément. Deuxième particularité de ce semoir, un sélecteur très précis, qui permet d’éviter les doublons et les manques quel que soit le PMG des semences. La technologie VSet permet en outre de régler électroniquement la densité de semis depuis la cabine, et rang par rang. La troisième particularité de ce semoir réside dans son tube de descente : « C’est un véritable tapis rouge pour les graines », compare Bruno Grossetête. Résultat : le semis est régulier, quelle que soit la vitesse d’avancement.

Enfin, ce semoir est capable de fournir une masse prodigieuse de données géoréférencées qui vont permettre de mieux appréhender la réponse des graines à leur environnement. Diverses données peuvent en effet être croisées - carte des sols, de la végétation, du rendement… - et interprétées. « Grâce à ces investigations, on saura bientôt valoriser les zones à bonne réserve utile d’une parcelle avec un hybride à haut potentiel, semé à une densité élevée, et adapter différemment le semis aux zones plus humides, plus sèches d’une même parcelle… » Bruno Grossetête illustre ses propos avec des courbes de réponse de différents hybrides à la densité de semis en fonction du type de sol. « On constate que certains hybrides gagnent à être semés denses, alors que le rendement d’autres plafonne rapidement. »

Bas volume : va pour 80 l/ha

Didier Lasserre et Lucile Pligot, d’Arvalis-Institut du végétal, animaient un atelier sur la pulvérisation bas volume. Une technique qui consiste à diminuer le volume de bouillie appliquée en dessous de 100 litres/hectare alors qu’en moyenne les agriculteurs traitent à des volumes de 120 - 150 l/ha. « Nous avons cherché à savoir jusqu’où il est possible de descendre sans perdre en efficacité », introduit Lucile Pligot. Tandis que Didier Lasserre rappelle les intérêts de la méthode : « Réduire le volume de bouillie permet de traiter plus rapidement, donc de s’occuper d’un maximum de surfaces dans de bonnes conditions. Et qui dit bonnes conditions dit bonne efficacité, donc possible réduction de doses. » D’autant que pour certains produits, réduire le volume d’eau augmente l’efficacité de la matière active. C’est notamment le cas du glyphosate, qui est chargé négativement et qui se chélate au calcium (Ca2 +) contenu dans l’eau calcaire d’Alsace. Le complexe obtenu est moins efficace. En réduisant le volume de bouillie, on réduit le nombre de cations et on augmente le nombre de molécules de glyphosate, donc la probabilité de former des complexes moins actifs est plus faible.

Pour mener des expérimentations sur cette technique, les équipes d’Arvalis utilisent un quad équipé d’une rampe de 3 mètres. Le dispositif permet de faire varier la vitesse d’avancement, la pression au niveau des buses et leur type. Un essai visait à identifier la ou les meilleures combinaisons volume de bouillie, dose de produit et ajout d’adjuvant sur l’efficacité du Monsoon Active (ou Mondine). Les résultats permettent de conclure qu’on peut « tranquillement réduire le volume de bouillie et la dose de produit, à condition de bien prendre en compte les conditions météorologiques, et que l’ajout d’adjuvant augmente significativement l’efficacité des traitements ».

La pulvérisation bas volume est adaptable à la plupart des traitements, y compris fongicides. Mais Didier Lasserre met tout de même en garde : « Il faut être prudent avec les produits de contact car pour être efficaces ils doivent toucher leur cible avec un maximum d’impacts. Or la diminution du volume de bouillie risque de réduire le nombre d’impacts. » Elle doit donc s’accompagner d’un choix de buses appropriées. Les buses à injection d’air, qui font de grosses gouttes, sont à proscrire. Le volume de bouillie doit donc se raisonner en fonction du type de produit (systémique ou de contact), de la buse (grosse ou petite goutte) et de la cible (les graminées constituent des cibles étroites). Mais Didier Lasserre estime que, dans la majorité des cas, on peut descendre à 80 l/ha sans trop risquer de déconvenues, « toujours à condition de bien prendre en compte les conditions météorologiques ». Et avec une exception : les traitements contre la fusariose. « Là il faut tartiner, pour bien toucher la cible, qui est l’épi, donc il vaut mieux monter à 150 l/ha. »

Vivaces : frapper vite et plusieurs fois

Vincent Bouillon, de la société Syngenta, animait un atelier sur la gestion des vivaces, des adventices « difficiles à gérer parce que ce sont… des vivaces ! » Ce qui implique qu’elles sont issues de tubercules, de rhizomes, de stolons de bulbes, de drageons qu’il faut également détruire et qui sont difficiles à atteindre. La première règle à respecter consiste donc à intervenir tôt, dès que les premiers foyers sont détectés car plus la parcelle est infestée, plus la lutte est difficile. En outre, il s’agit d’utiliser des produits systémiques, qui descendent dans les racines des adventices.

Pour affiner les techniques de désherbage des vivaces, Syngenta a mis en place un jardin de vivaces, c’est-à-dire une sorte de pépinière où des vivaces sont cultivées de manière confinée grâce à une bâche, et où diverses stratégies de traitement sont appliquées afin d’identifier les meilleurs produits, associations de produits, programmes et délais entre deux applications. Un des éléments qui ressort de ces investigations, c’est l’importance du respect de la notion de programme parce qu’au moins deux applications sont en général nécessaires à la maîtrise des vivaces. Il est aussi important de respecter le stade d’application et le bon timing entre les interventions.

Technologie X-pert de Precision Makers

Déléguez à votre tracteur !

Vigne

Publié le 30/06/2016

Un tracteur qui surgit d'entre deux haies fruitières, qui effectue un demi-tour pour passer à la rangée suivante : jusque-là rien d'étonnant. Sauf qu'en regardant bien à travers la vitre, on fait un bond dans le futur : la place du conducteur est vide… absolument vide. Le tracteur se pilote donc tout seul. Par quel miracle ? Ce n'est pas de la sorcellerie, juste une des nombreuses applications permises par l'essor des nouvelles technologies en agriculture.

Apprendre et reproduire

Du 21 au 23 juin, le concessionnaire Fendt Serma de Mommenheim-Houssen et ses partenaires Léon Durrmann d'Andlau et Ostermann viticole de Traenheim ont organisé trois après-midi de démonstration de cette nouvelle technologie dans trois vergers répartis du nord au sud de l'Alsace. Une tournée qu'ils avaient prévue de longue date et dont les préparatifs ont commencé dès cet hiver. Pour l'instant, seuls les tracteurs de la marque Fendt et de la gamme Vario peuvent être équipés de cette technologie qui fonctionne sur le principe de l'enseignement et de la reproduction (Teach & Playback) grâce à une interface qui dialogue avec l'informatique du tracteur. Il faut donc apprendre au tracteur à effectuer le travail en le faisant une fois avec lui.

Pour cela, il s'agit de se fixer un point de départ et d'appuyer sur le bouton « Enregistrer » lorsqu'on commence à rouler. Puis, il suffit de travailler comme si de rien n'était, le tracteur enregistre toutes les actions : conduite, direction, commande des gaz, descente et montée des unités de coupe, état du pulvérisateur… Lorsqu'on a terminé, la tâche qui vient d'être effectuée doit être consignée dans une liste des tâches, de manière à pouvoir la faire refaire au tracteur à l'avenir. Il suffira alors de le repositionner au même point de départ et de renseigner la consigne à effectuer. « En quelque sorte, le tracteur fait un copier-coller des tâches effectuées avec toutes sortes d'outils : pulvérisateur, broyeur, rogneuse… », résume Léon Durrmann, qui traduit les explications délivrées en allemand par M. Kroonen, représentant de la société hollandaise Précision Makers. Cette technologie est donc particulièrement adaptée aux travaux répétitifs.

Seul mais en sécurité

Pour d'évidentes questions de sécurité, il est interdit de laisser un tracteur sans conducteur se promener sur la voie publique, mais le système est « 100 % légal dans le domaine privé », assure Léon Durrmann. D'autant que diverses mesures de sécurité ont été prévues. Un tracteur doté de la technologie X-pert est aussi pourvu d'un pare-chocs spécial, équipé de capteurs à ultrasons. Dès que ces capteurs détectent un obstacle, le tracteur ralentit jusqu'à 1,5 km/h. Et si le pare-chocs rencontre physiquement un obstacle, le moteur se coupe instantanément et le tracteur s'immobilise.

Se délester de tâches répétitives

D'ores et déjà, une trentaine de tracteurs Fendt sont équipés de par le monde de cette nouvelle technologie qui représente un investissement de quelque 35 000 €. Une coquette somme que Freddy Jung, gérant de la concession agricole Serma de Mommenheim, relativise : « C'est certes un peu plus cher que la technologie RTK, qui nécessite 20 000 à 25 000 € d'investissement, mais cela permet de faire des économies de main-d’œuvre. » Pour les trois organisateurs, c'est en effet l'avantage comparatif majeur de cette technologie : « Les agriculteurs en général, et en particulier les viticulteurs et les arboriculteurs, ont beaucoup de travail entre la production, la transformation et la vente de leurs produits. S'ils peuvent se délester de certains travaux rébarbatifs parce que répétitifs pour se concentrer sur d'autres tâches, voir pour s'octroyer du temps libre, ou au moins pour se concentrer sur les outils plutôt que sur la conduite, c'est indéniablement un avantage. » Et dans des professions où les traitements phytosanitaires peuvent s'enchaîner à une fréquence élevée pendant une partie de l'année, réduire l'exposition directe des opérateurs aux produits phytosanitaires constitue sans aucun doute une mesure prophylactique efficace.

Climat, marchés, réglementation, perception sociétale…

Garder la tête hors de l'eau

Vie professionnelle

Publié le 29/06/2016

« Em a drockene Jahr ech noch ken Buer hean gange, àwer im a nàsse », dit un proverbe alsacien. La succession des années 2015 et 2016 en est une triste illustration. En 2015, les récoltes avaient été détériorées du fait du manque d'eau et de températures excessives. Cette année, elles le seront aussi, mais du fait de l'excès d'eau. En cette fin du mois de juin 2016, la pluviométrie annuelle moyenne a été dépassée dans de nombreuses communes du département, et l'ensoleillement est déficitaire. Toutes les cultures, dans tous les secteurs sont impactées. C'est ce dont témoignent Roland Sigwalt et Claude Jehl, les deux associés du Gaec du Cygne, situé à Muttersholtz. Dans ce secteur, les agriculteurs sont habitués aux inondations. Mais cette année, c'est différent. L'inondation a trop duré. « Nous élevons 60 vaches laitières qui produisent 600 000 litres de lait. Notre système de production est basé sur la valorisation de l'herbe. Nous sommes donc totalement tributaires des prairies qui constituent la principale source d'alimentation de notre troupeau. Or cette année le foin sera inconsommable par les bêtes. L'herbe est pourrie, couchée au sol, elle ne sèche pas. En fait, on ne sait même pas quoi faire de ce fourrage dont la valeur alimentaire est dégradée. »

En effet, la terre qui souille l'herbe contient des bactéries butyriques qui peuvent contaminer le troupeau. La qualité du lait - donc son niveau de rémunération - s'en trouveront dégradés. Cela peut aussi engendrer des problèmes sanitaires - donc des frais vétérinaires - voire de la mortalité. Mais composter ce fourrage fait courir un risque de salissement des parcelles où il sera épandu. Son pouvoir méthanogène est faible. Même en litières il pèche par son faible pouvoir absorbant. Et pourtant il faudra bien faucher ces prairies pour qu'elles se régénèrent. « Nous sommes paysans depuis 50 ans, mais nous n'avons jamais vécu ça. L'an dernier, il n'y a pas eu beaucoup d'herbe, mais au moins on a pu la valoriser en fourrage, ce qui ne sera pas le cas cette année. » Pour l'instant, les stocks à court terme de l'exploitation lui permettent encore de subvenir à ses besoins, mais il manquera inexorablement une partie de la récolte. Alors que faire ? Acheter du fourrage : « À qui ? Et avec quelle trésorerie ? », lancent les éleveurs.

Un bouillon de culture

La mauvaise météo en agriculture, c'est celle qui dure. Toutes les cultures sont impactées par les précipitations incessantes. Les betteraves sucrières sont atteintes de rhizoctone, les feuilles jaunissent, la croissance est ralentie donc le rendement sera impacté. Et comme le sol n'est pas couvert par le feuillage, les adventices s'immiscent dans la brèche. Alain Weissenberger, responsable du service filières végétales et agronomie à la Chambre d'agriculture d'Alsace (CAA), explique : « L'excès d'eau et la sécheresse ont les mêmes effets : les racines ne fonctionnent plus, la croissance est bloquée ». Pour illustrer le phénomène, les agriculteurs exposent deux pieds de maïs issus de la même parcelle, mais l'un provient d'une zone inondée, alors que l'autre a été épargné. La différence de gabarit est flagrante. Mais même le maïs qui n'a pas été inondé affiche un système racinaire chétif : « L'abondance des précipitations n'a pas incité les maïs à explorer le sol avec leur système racinaire. »

Denis Digel, responsable de la section fruits et légumes de la FRSEA Alsace, déroule une véritable galerie de gueules cassées : des pommes de terre primeurs vertes, tachées - invendables ; des oignons, de l'ail, des échalotes au feuillage brûlé et aux bulbes pourris - tout aussi invendables, des salades flétries… Principal accusé : le mildiou. « Alors que nous subissons une pression énorme des maladies cryptogamiques, il nous est impossible de rentrer dans les parcelles pour protéger les cultures car le sol est trop humide. » Même constat pour le blé, que les agriculteurs ont peiné à protéger, malgré toute leur bonne volonté.

La vigne est en pleine floraison, « une période déterminante pour la récolte », rappelle Pierre Huchelmann, président cantonal FDSEA de Barr. Or, là aussi, il est compliqué d'entrer dans les vignes pour suivre la cadence infernale imposée par le cycle de reproduction extrêmement rapide du mildiou : « Sur certaines parcelles, il n'y aura pas de récolte. Et sur les 15 % de surfaces en bio, les produits de protection sont plus lessivables donc les viticulteurs doivent en apporter plus. » Les vendanges seront décalées et hétérogènes : « Il faudra sans doute vendanger les parcelles en plusieurs fois pour travailler du raisin à bonne maturité. » Les producteurs de tabac accumulent les difficultés : des parcelles ne sont pas encore plantées, d'autres ont dû être replantées suite aux coulées de boue, la protection contre le mildiou est compliquée, et la prime tabacole ne leur a pas encore été versée pour 2015, témoigne Benoît Heinrich.

Télescopages en vue

Après une récolte d'asperge maigrelette et dans d'exécrables conditions de travail, les aspergeraies meurent asphyxiées. Le botrytis et le mildiou ont écourté une saison des fraises qui avait démarré tardivement… De manière générale, les mouillères laissent des trous béants dans les champs qui constituent autant de vides que les adventices vont s'empresser de combler… Les vers de terre et toute la vie microbienne des sols sont asphyxiés…

Et puis les habitudes de consommation sont bouleversées par la météo : les occasions de sortir le barbecue ont été rares. Grillades et salades se vendent donc moins bien. Enfin, lorsque les parcelles vont redevenir praticables, les agriculteurs vont se retrouver confrontés à une autre difficulté, celle de devoir faire face au télescopage de plusieurs travaux agricoles : récolter, épandre les effluents d'élevage…

Des mesures à la hauteur de la catastrophe

Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA, résume : « Depuis début avril les précipitations sont incessantes. Nous sommes fin juin et d'autres épisodes pluvieux sont encore annoncés. Le constat est terrible. Je ne sais pas comment nous allons nous en sortir d'autant que ces aléas climatiques interviennent dans un contexte de marchés déprimés. Nous n'aurons donc ni volume, ni qualité, ni prix. C'est pourquoi nous demandons que toutes les communes du département qui ont subi des inondations ayant entraîné des dommages aux parcelles agricoles soient classées en état de catastrophe naturelle. »

Autres requêtes des deux syndicats agricoles : de la mansuétude de la part des services administratifs sur des points réglementaires devenus difficiles à respecter, comme les dates de fauche ; l'indemnisation des pertes au titre des calamités agricoles pour toutes les productions non assurables (comme les prairies, les cultures maraîchères) sur l'ensemble du département ; l'avance de la date d'autorisation de récolte et de pâture des jachères. Sur ce dernier point, les responsables professionnels ont demandé une réponse rapide, car « le fourrage que représentent les parcelles en jachère pourrait faire l'affaire de certains éleveurs. » Le cas particulier des surfaces qui n'ont pas pu être semées a aussi été évoqué. En effet, l'assurance climat n'intervient pas sur les parcelles non semées, même si ce sont les conditions météorologiques qui ont empêché le semis.

Enfin, les responsables agricoles ont demandé un plan d'accompagnement généralisé pour les agriculteurs en difficulté : « Nous sommes aussi confrontés à un problème social. Il y a pas mal de désespoir dans les campagnes. Il s'agit d'accompagner les agriculteurs les plus en difficultés, tant d'un point de vue financier que social. »

Une spirale infernale

Claire Dutter, présidente cantonale de la FDSEA de Benfeld, a témoigné des difficultés que peuvent rencontrer les éleveurs : « Avec ce fourrage qui pourrit, se profilent des problèmes sanitaires, qui peuvent dégrader la qualité du lait, donc le niveau de rémunération des éleveurs… Or il n'est pas rare qu'ils aient des dettes auprès de leurs fournisseurs, dont le vétérinaire. »

Une spirale infernale qui met aussi en danger ceux que l'activité agricole fait vivre : difficile pour un vétérinaire, qui peine à se faire rémunérer, de trouver un repreneur pour son cabinet… « Des faillites, des liquidations, il y en a. On parle de 14 % de fermes qui vont cesser leur activité au niveau national. Or un élevage qui s'arrête, on ne le remonte pas. Si l'outil de production est détruit, restera-t-il une agriculture forte et compétitive pour la prochaine décennie ? », s'est interrogée Claire Dutter.

Des pistes concrètes

Stéphane Chipponi, sous-préfet de Sélestat, Jean-Philippe d'Issernio, directeur de la DDT et Isabelle Deblir, attachée parlementaire d'Antoine Herth, ont attentivement écouté les agriculteurs. « Nous allons essayer de trouver des solutions pour passer cette crise ensemble », a réagi le sous-préfet de Sélestat, tandis que Jean-Philippe d'Issernio indiquait que l'état de catastrophe naturelle allait être demandé pour toutes les communes concernées par les inondations. Au-delà, il s'agit d'arriver à une meilleure gestion du réseau hydrique : « La gestion de l'eau doit être collective, sur tout le bassin-versant, pour qu'elle soit la plus rationnelle, la plus coordonnée et la plus pertinente possible », a-t-il insisté. Cela passe notamment par l'entretien des fossés. En effet, l'obstruction d'un certain nombre d'entre eux a empêché l'eau de s'évacuer par gravité, ce qui aurait été plus rapide que par évaporation. Les dégâts auraient donc pu être limités.

Concernant les jachères, « elles sont récoltables et il ne faut pas s'en priver », a assuré Jean-Philippe d'Issernio. Simplement si elles sont fauchées elles ne peuvent plus être considérées comme SIE, ce qui, dans la majorité des cas peut être compensé par l'implantation de Cipan. Il n'empêche, cette subtilité administrative a le don d'agacer Pierre Huchelmann : « Nous sommes en état d'urgence, la situation est dramatique, il faut le prendre en compte ! » « Des solutions existent, il faut y travailler ensemble et faire preuve de solidarité, de confiance réciproque », lui a répondu Jean-Philippe d'Issernio.

« Les exploitations agricoles bas-rhinoises sont globalement peu endettées, mais il y en a aussi qui sortent du circuit. Nous devons leur apporter l'aide qui s'impose », a analysé Jean-Philippe d'Issernio qui a donc demandé que les cas d'agriculteurs les plus en difficultés leur soient remontés directement : « Nous sommes prêts à étudier ces cas de manière individuelle, en réunissant les créanciers, la Mutualité sociale agricole, les banquiers, les impôts, dans la confidentialité, pour prendre en main ces situations le plus tôt possible et éviter la liquidation, le redressement. Il est rare qu'on n'arrive pas à trouver de solution. »

Caisses d'assurance-accidents agricoles d'Alsace

Être vigilant et organisé pour limiter les accidents

Pratique

Publié le 28/06/2016

C'est une bien triste liste qu'égrène Sébastien Rohmer, conseiller spécialisé en prévention à la Caisse d'assurance-accidents agricole (CAAA) : un bras arraché par une presse à balle ronde, deux doigts sectionnés par un taille-haie suite à une mauvaise réception lors d'une chute, une main écrasée par un convoyeur nettoyé sans avoir été éteint, des doigts sectionnés par une scie circulaire, d'autres par un sécateur électrique, d'autres par une vis sans fin nettoyée alors qu'elle était encore en mouvement, des nerfs et des tendons sectionnés au flex parce que la victime prenait une mesure en même temps qu'elle découpait, encore une phalange sectionnée par une vis sans fin, la perte de la vision d'un œil suite au retour d'un crochet fixé sur une sangle qui a lâché, et enfin un accident de tracteur - mortel -, ce dernier s'étant retourné sur sa victime. Des accidents graves donc, et qui, s'ils ne sont pas mortels, vont handicaper les victimes dans leur quotidien et leurs relations aux autres.

Cette augmentation du nombre d'accidents graves concerne essentiellement des non-salariés. Pour Sébastien Rohmer, cela reflète la propension des chefs d'exploitation à s'exposer aux risques plutôt que leur(s) salarié(s), notamment pour les interventions dangereuses : « Ils estiment que cela relève de leur responsabilité, donc ils s'en chargent ». Pour la CAAA, ces accidents représentent des montants de prise en charge importants, au gré des indemnités journalières, des frais d'hospitalisation…

Ne pas s'exposer inutilement

Un certain nombre de ces accidents est lié à la mauvaise utilisation de machines en mouvement. Les agriculteurs sont particulièrement exposés à ce risque, puisqu'ils en utilisent presque tous les jours. Certes la plupart d'entre elles sont aujourd'hui bien sécurisées, « mais il n'est pas rare de voir des agriculteurs se défaire des éléments de sécurité pour mieux accéder au cœur des machines, ou les détourner de l'usage pour lequel elles ont été conçues, ce qui augmente le risque d'accidents », constate Sébastien Rohmer. En effet, les accidents surviennent le plus souvent lorsque la machine présente un dysfonctionnement : « On s'en approche, on l'ausculte pour trouver la panne, on essaie de réparer… » Ou lorsqu'il faut l'entretenir : « Le cas le plus parlant, c'est celui du graissage des presses à balles rondes : c'est bien plus pratique et rapide de graisser les chaînes quand elles tournent que de le faire par étapes successives. »

Or si Sébastien Rohmer a une recommandation à formuler, c'est bien celle-là : « Il faut absolument éteindre les machines avant d'intervenir dessus ! » Ça a l'air facile à respecter comme ça, mais c'est sans compter le poids des habitudes, la transmission des gestes - bons ou mauvais - de génération en génération : « Même les jeunes prennent des risques de ce genre, parce qu'ils ont vu leurs parents procéder ainsi, et parce qu'ils se disent que ça fait partie du métier. » Mais Sébastien Rohmer met en garde : « Les mauvaises habitudes s'installent parce qu'elles ne sont pas systématiquement suivies d'un accident. Vous pouvez décrocher votre téléphone au volant un certain nombre de fois sans qu'il ne se passe rien. Et puis un jour il y aura de la tôle froissée. Ou un mort. Mais pour que cela arrive, il faut statistiquement un certain nombre de situations de prise de risque. » Pour résumer, les accidents n'arrivent que parce qu'on s'expose à un risque. Et souvent aussi parce qu'on multiplie les facteurs de risque : on conduit vite, fatigué, avec des pneus usés… « Le contexte, le moral peuvent jouer aussi », indique Sébastien Rohmer.

Prévoir l'imprévu

Concrètement, comment faire pour éviter de tels accidents ? « On ne peut pas tout éviter. Donc la solution miracle n'existe pas », reconnaît Sébastien Rohmer. Mais il est possible de ne pas tirer le diable par la queue ! Pour les travaux les plus dangereux, faire appel à des entreprises spécialisées, même si cela représente un surcoût, peut s'avérer judicieux. Lorsque l'agriculteur décide d'effectuer les travaux lui-même, il doit utiliser du matériel spécifique, et toujours mettre en œuvre des moyens de protection collectifs plutôt qu'individuels : « Pour travailler en hauteur, on utilisera en priorité un échafaudage plutôt qu'une échelle - qui constitue d'ailleurs un moyen d'accès et pas un poste de travail - ou une nacelle et on disposera un filet anti-chute. Les moyens de protection individuels (harnais, corde) sont à mettre en œuvre de manière secondaire. » Il est également important de fixer des consignes de sécurité, et de les respecter !

Organiser pour gagner du temps

Sébastien Rohmer souligne aussi l'efficacité d'une bonne organisation : « Être organisé permet d'être plus productif, cela entraîne un gain de temps et de confort de travail ». Il illustre : « Étant donné la météo, de nombreux agriculteurs n'ont pas encore pu rentrer leur foin. Dès qu'il va y avoir trois ou quatre jours de beau temps, ils vont se ruer dehors et enchaîner les heures de travail. Pourquoi ne pas profiter de ne pas pouvoir mettre un tracteur dehors pour préparer le matériel de fenaison en changeant les pièces d'usure, en graissant les mécanismes… On peut même anticiper les pannes en prévoyant quelques pièces de rechange - et les outils pour les poser - dans le tracteur. » Une bonne organisation représente donc une décharge en termes de stress et de temps « parce qu'on en perdra moins à faire des allers-retours du champ à l'atelier, à chercher les bonnes pièces et les bons outils… » Sébastien Rohmer cite en exemple un agriculteur suisse qui s'est constitué des kits : « Dès qu'il a eu besoin de quelque chose, il l'a noté puis l'a rajouté dans son kit. Du coup dans son tracteur il a du papier, des stylos, une corde, un couteau… Il a un autre kit qui va avec sa tronçonneuse (lubrifiant, lime, équipement de sécurité). Et comme ça pour chaque activité. » Dans le même ordre d'idée, équiper ses différents véhicules d'une trousse de secours constitue une précaution qui peut s'avérer salvatrice, tout comme de disposer de matériel de signalisation.

Lire les notices des outils, aussi rébarbatif que ce soit, peut néanmoins s'avérer utile. Et puis les agriculteurs doivent savoir s'accorder des pauses : « Cela permet de se reposer l'esprit, de reprendre le travail plus sereinement. » Pour effectuer certaines tâches, il est plus pertinent d'être à deux, voire plus, pour d'autres moins, car on risque la coactivité. Mais si on travaille seul, il faut penser à avoir un téléphone en état de marche sur soi. Il estime aussi que tout le monde devrait être formé aux premiers gestes de secourisme : « Il est important de savoir réagir. La première règle, c'est de se protéger soi, en arrêtant une machine en mouvement, en s'éloignant et en alertant les secours en composant le 18, le 112 ou encore le 15. Ensuite seulement, et si on n'est pas la victime, on peut lui porter secours en effectuant une compression pour arrêter un saignement, en la mettant en position latérale de sécurité… »

Enfin, Sébastien Rohmer insiste sur le devoir d'exemplarité qui incombe aux exploitants agricoles : « Ils doivent montrer le bon exemple à leurs enfants, qui sont souvent leurs futurs repreneurs, ainsi qu'aux salariés, aux apprentis, qui ont tendance à reproduire leurs gestes. »

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