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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Rœschwoog

Une prairie occupée par des gens du voyage

Vie professionnelle

Publié le 22/06/2018

C’est ce qui s’appelle un dialogue de sourd. Dans une ambiance pesante, les différentes parties se sont exprimées, écoutées, mais pas comprises. Les gens du voyage estiment que « personne ne fait rien » pour eux, les représentants de l’État et des collectivités locales leur répondent qu’il y a des aires d’accueil qui ont été aménagées pour les accueillir et que certaines étaient inoccupées le jour de leur installation. « Elles sont trop petites pour accueillir 100 caravanes », rétorque Jean Mayer, responsable du camp, originaire de région parisienne. Pour cela, il faut un terrain de 4 hectares au bas mot. La plupart des aires en font 2.

Au-delà de ces aspects pratiques, persistent des incompréhensions culturelles : « Pourquoi venez-vous ici ? » « Pour prêcher la parole de Dieu à ceux qui veulent l’entendre », répond le pasteur, qui rappelle qu’ils sont évangélistes. Du coup, ce sont 130 groupes de 100 caravanes qui sillonnent les routes de France de mai à août. « Il y a moins de groupes parce que l’État nous l’a demandé, mais ils sont plus importants », rapporte Jean Mayer. Dans le Bas-Rhin, trois aires de grand passage sont actuellement en service : à Wissembourg, Eschau et Benfeld.

Les représentants des collectivités locales auraient au moins apprécié que les gens du voyage annoncent leur venue. « Nous avons envoyé des courriers à plusieurs communes et nous n’avons eu que des refus », avance Jean Mayer. Pour les agriculteurs présents, dont Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA, s’est fait le porte-parole, ce n’est pas une raison pour s’installer de la sorte sur une prairie : « Au minimum les agriculteurs doivent être prévenus avant », estime-t-il. Avant de comparer : « Je ne pense pas que vous apprécieriez si je venais m’installer comme ça dans votre salon ! »

Michel Lorentz, maire de Rœschwoog, affiche sa volonté de trouver des solutions pour ne plus revivre une telle expérience. « De quoi avez-vous besoin au juste ? » « De 3 à 4 hectares, avec de l’eau, de l’électricité et un accès facile », résume le porte-parole des gens du voyage, qui signale que, dans d’autres régions, l’accueil des gens du voyage est mieux organisé, comme en Bretagne, en Vendée, dans le Nord…

Les aires d’accueil : une fausse solution ?

Le Schéma départemental d’accueil des gens du voyage (SDAGV) 2011-2017 prévoyait l’aménagement d’une aire de grand passage ou de deux aires d’accueil dans le secteur (voir carte). D’après Michel Lorentz, « la compétence a été transférée à la communauté de communes, qui ne s’est pas pressée de mener à bien ce dossier ». Néanmoins, un certain nombre de terrains ont été proposés aux services de l’État, « dont un situé entre Drusenheim et Soufflenheim, avec des possibilités de raccordement aux réseaux peu onéreuses », rapporte-t-il. Or, ce terrain est situé dans une zone qui figure au Plan de prévention des risques inondation (PPRI) de la Moder comme un secteur présentant un risque d’inondation tel qu’il est interdit d’y construire quoi que ce soit. En conséquence, les services de l’État ont retoqué ce terrain pour y créer une aire d’accueil. Michel Lorentz s’agace de cette décision : « La Moder est située à 3 km de ce terrain. La probabilité d’occurrence d’une crue centennale n’est que de 1 % par an. Et encore, pas en été, lorsque les gens du voyage occupent les aires, mais plutôt en hiver ». Bref, pour lui, cette décision est « illogique » car dans « un territoire contraint, elle relevait du bon sens ».

Finalement, la Communauté de communes a proposé un autre terrain, situé en bordure du ban de Rohrwiller, mais éloigné des réseaux. L’aire d’accueil devrait donc tout de même voir le jour, d'ici 2019. Mais, d’une superficie de 2 ha, elle s’annonce d’ores et déjà trop petite pour accueillir de grands groupes. Ce qui fait dire à Gérard Lorber que « même s’il y a des aires, l’occupation des prairies agricole continuera ». Et, dès lors, de regretter que la profession agricole ne soit pas associée à l’élaboration du SDAGV. Quant à Michel Lorentz, il estime qu’il serait plus efficace de mettre l’argent dévolu à l’aménagement des aires d’accueil dans une caisse qui permettrait d’indemniser les parties concernées par des installations sauvages. Et qu’il serait bon de mieux coordonner les actions entreprises entre les différentes parties prenantes.

Alsace Soja’Tour 2018

Le soja progresse en plaine d’Alsace

Cultures

Publié le 22/06/2018

La sole régionale de soja ne cesse d’augmenter depuis plusieurs années. Afin de respecter la réglementation en matière de diversification des rotations, d’isoler du maïs semences… Mais pas seulement : « Le soja est une culture bas intrant et une légumineuse. Elle constitue une bonne tête de rotation, se récolte tôt, donc n’occasionne pas de tassement des sols », décrit François Lannuzel, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Mais le soja n’est pas non plus une panacée. Le désherbage, notamment, est assez technique. C’est pourquoi la CAA veut affiner ses connaissances sur cette culture et mène des essais en ce sens.

Trois rendez-vous étaient organisés dans le cadre de l’Alsace Soja’Tour 2018, dont un à La Wantzenau, sur une parcelle de Fabien Metz. « Je cultive du soja sur cette parcelle depuis deux ans. D’abord pour isoler du maïs semences. Mais j’y vois aussi un intérêt agronomique », précise-t-il. Pour la récolte, Fabien Metz adhère à une Cuma, ce qui permet de mutualiser l’investissement et de sécuriser la récolte. Le soja a été semé le 20 avril, après un déchaumage et un faux semis. Aucune fumure de fond n’a été apportée, par contre, Fabien Metz a réinoculé la parcelle avec du rhizoflo (lire en encadré).

Des bénéfices agronomiques difficiles à chiffrer

« Avec un rendement moyen de 35 q/ha, le soja en système non irrigué permet de dégager une marge de quelque 900/ha en débouché alimentaire. Les charges opérationnelles s’élèvent à 440 €/ha, les principaux postes étant la semence et l’inoculation, suivis par le désherbage », explique Fabienne Boizet-Noel, conseillère grandes cultures à la CAA. En débouché non alimentaire, la marge est moindre, mais Fabien Metz tempère : « Si on n’a pas suffisamment de débouchés alimentaires, on peut aussi faire de la semence fermière ce qui permet de réduire le poste des semences dans les charges de l’année suivante ». Et Fabienne Boizet-Noel renchérit : « Le revenu généré par le soja est équivalent, en moyenne, à celui d’une céréale ou d’un maïs dans un contexte de prix céréaliers bas ». Un constat à prendre avec des pincettes en raison du faible pas de temps sur lequel il est établi : moyenne 2016-2017 pour le soja. Mais qui ne prend pas non plus en compte les bénéfices agronomiques induits par la culture, difficiles à chiffrer : reliquat azoté, amélioration de la structure du sol… En outre, le soja était, l’an dernier, éligible à une prime Pac de 40 €/ha, dont le montant est amené à évoluer en fonction des surfaces de protéagineux et de légumineuses plantés en France. En effet, le budget alloué à cette prime est divisé par le nombre d’hectares concernés en France. Par ailleurs, les conseillers rendent attentifs les producteurs : « Le soja pouvait jusqu’à présent entrer dans les SIE. Désormais il ne peut plus être considéré comme tel dès lors qu’il reçoit un traitement phytosanitaire ».

Peu sensible aux ravageurs et aux maladies, le soja est néanmoins susceptible de développer du rhizoctone brun, dont l’agent pathogène est présent en Alsace, tout comme du sclérotinia. Mieux vaut donc ne pas faire plus de deux sojas d’affilée sur une même parcelle. « Le blé est la culture qui a le meilleur effet dépressif sur les maladies et les adventices du soja », indique François Lannuzel.

La principale difficulté dans l’itinéraire technique d’un soja, c’est le désherbage. D’une part parce que la culture est peu couvrante en début de cycle, il convient donc de réguler efficacement les adventices. D’autre part parce qu’un certain nombre de produits homologués provoquent un phénomène de phytotoxicité sur le soja. Et doivent par conséquent être utilisés avec prudence et parcimonie.

Une nouvelle matière active homologuée

François Lannuzel a présenté la synthèse de cinq essais menés depuis 2011 sur des infestations d’adventices mixtes. Il en ressort que les stratégies incluant un traitement de prélevée sont très sécurisantes. Autre stratégie qui fonctionne : effectuer deux passages, un en prélevée à doses réduites, pour revenir en post-levée, par exemple avec du Pulsar. Les stratégies de post-levée intégrale donnent des résultats plus hétérogènes, en lien avec le stade plus développé des adventives, dans des conditions de traitement optimales plus difficiles à obtenir, notamment pour les produits qui requièrent des conditions poussantes. Néanmoins, les stratégies à deux traitements de post-levée peuvent s’avérer intéressantes sur des sites peu infestés. Une autre synthèse de trois essais démontre l’efficacité du binage. Il est possible de le coupler aux traitements chimiques, ce qui permet d’en réduire les doses, donc l’IFT, tout en conservant une bonne efficacité. Et le binage permet d’effectuer un rattrapage de sécurité. Par contre, comme pour le désherbage chimique, il faut réunir des conditions de traitement adaptées.

La nouveauté pour cette campane, c’est l’homologation sur soja du métobromuron, une urée substituée à action racinaire, à mode d’action systémique, qui est préconisée pour les traitements de prélevée à la dose de 3 l, ou 2 l en sols sableux ou présentant moins de 3 % de matière organique, afin d’éviter la phytotoxicité. Le spectre de cette molécule est assez large, puisqu’elle a une action sur les dicotylédones et les graminées. Par contre, elle présente un risque de transfert vers les eaux souterraines. Il convient donc de l’éviter dans les zones de captage et autres secteurs à risque. « Il s’agit d’un produit d’association, à combiner avec du Mercantor, ou du Prowl, ou à rattraper avec du Pulsar. Nous le testons depuis trois ans, et nous avons constaté un gain d’efficacité par rapport au Prowl ou au Mercantor seuls, notamment sur chénopodes, sétaires et digitaires », décrit François Lannuzel, qui commente : « Ce n’est pas une révolution mais une nouvelle corde à notre arc pour alterner les familles chimiques ».

La réunion s’est achevée par la visite d’un essai où la CAA teste différentes stratégies de désherbage : prélevée light suivie d’un rattrapage au Pulsar, pré + post avec ou sans adjuvantation, prélevée + post-levée précoce, différentes modalités d’application du Pulsar, que ce soit en termes de doses ou de stades… Résultats après la moisson !

Millésimes Alsace

L’Engelberg : une acidité par nature

Vigne

Publié le 22/06/2018

Une petite trentaine de personnes, journalistes, cavistes, sommeliers, pour la plupart hollandais, belges ou asiatiques, ont participé à cette visite intitulée « duo nordique », puisqu’elle avait pour objet de faire découvrir deux grands crus parmi les plus septentrionaux d’Alsace, l’Engelberg et l’Altenberg de Wolxheim, tous deux caractérisés par des sols marno-calcaires. Pour ce faire, le groupe était accompagné par sept vignerons officiant dans ces grands crus : Alexandre Arbogast, Pascal Barth, Maurice Heckmann et le domaine Pfister de Dahlenheim, le domaine Bechtold de Kirchheim, la cave du Roi Dagobert de Traenheim, et le domaine Loew de Westhoffen.

Première partie : une petite promenade dans les vignes. L’occasion pour Mélanie Pfister, responsable de la gestion locale de l’Engelberg, d’en désigner les limites : « De ce côté du chemin, vous êtes dans l’Engelberg ; de l’autre côté, vous n’y êtes plus ». Une délimitation qui permet de n’inclure dans le grand cru que les parcelles les plus pentues et les mieux exposées. Ne restent que 15 hectares, plantés essentiellement en riesling (55 %), gewurztraminer (35 %) et pinot gris (10 %). La nature calcaire de ce terroir étant propice à l’élaboration de vins caractérisés par une acidité fine et élégante ainsi qu’un caractère minéral marqué, la gestion locale du grand cru a enjoint les viticulteurs à élaborer des vins secs : « C’est ce que ce terroir permet de faire de mieux », souligne Mélanie Pfister. Une étape conduit les participants dans une ancienne carrière, exploitée jusque dans les années 1950. Rien de tel que cette coupe franche de 20 mètres dans la colline pour observer la succession de couche géologique. « Nous sommes sur du calcaire oolithique très fissuré, sous une épaisseur de sol très mince. »

Seconde partie : la petite et la grande histoire du vignoble de la Couronne d’or et de la colline de Scharrachberg, qui abrite l’Engelberg, narrée par Francis Brière et son épouse Denise. Le terroir a de tout temps été exploité par l’homme pour y produire du vin : les Mérovingiens d’abord, puis les Romains, puis des moines bénédictins, puis l’Évêché de Strasbourg. Est-ce la qualité de ses vins qui explique sa toponymie, « Engelberg » pouvant se traduire par le « mont de l’ange » ? C’est une hypothèse séduisante !

La géologie des lieux n’est sans doute pas étrangère à leur vocation viticole : « On trouve pas moins de 14 étages géologiques différents sur les 100 ha entourant la colline, allant de l’ère secondaire à l’ère quaternaire ». Dont du calcaire oolithique, du Muschelkalk (vestige d’animaux marins), ou encore de gros galets, « charriés par un ancien fleuve ».

Autre particularité des lieux, le positionnement stratégique de la colline de Scharrachberg, qui explique son occupation par divers belligérants successifs au cours de l’histoire. Les Allemands ont notamment fortifié entièrement la colline durant la Première Guerre mondiale, détruisant une bonne partie du vignoble et de la forêt au passage. Avant et après les deux guerres mondiales, la colline était plutôt réputée pour la beauté du point de vue qu’elle offre. Dans les années 1950, la colline est devenue un haut lieu de rencontre festive pour les Strasbourgeois qui y venaient danser. D’où son surnom de la fourmilière. Proche de la capitale européenne, la colline a failli accueillir les institutions européennes ou encore un complexe touristique… Heureusement pour la viticulture alsacienne, ces projets ont avorté, et le grand cru Engelberg continue de produire des vins dont « la colonne vertébrale est structurée sur une acidité franche », décrit Mélanie Pfister.

Ce que les professionnels ont pu constater en dégustant une trentaine de vins. Dix dans une horizontale de riesling, pinot gris et gewurztraminer de 2015. Et le reste dans deux verticales de riesling et de gewurztraminer allant de 1991 à 2016.

Ferme Ruch à Uttenhoffen

Portes ouvertes sur le robot Lely Vector

Élevage

Publié le 14/06/2018

C’est un salarié de rêve : jamais malade, il travaille 24 h sur 24, sans jamais râler, et effectue ses tâches comme sur des rails. D’ailleurs, il est sur des rails. Car il s’agit d’un robot : le robot d’alimentation Lely Vector. « J’aurais quand même préféré prendre un salarié, pour le côté humain, la conversation », sourit Régis Ruch. Mais il aurait fallu trouver un mouton à cinq pattes : un salarié à mi-temps, compétent en élevage ovin… Régis Ruch s’est donc finalement replié sur un robot. Car il fallait absolument trouver une solution au manque de main-d’œuvre, facteur limitant dans cet élevage.

Installé en hors cadre familial en 2005, Régis Ruch ne peut compter que sur un peu d’aide familiale pour élever ses 530 brebis à la prime, ses 20 béliers et leurs agneaux. En outre, sa production est intégralement commercialisée en direct à la ferme et au magasin de producteurs Hop’la, où Régis Ruch doit donc régulièrement assurer des permanences. Autre conséquence coûteuse en main-d’œuvre de ce canal de distribution : il faut pouvoir fournir des agneaux toute l’année, donc les agnelages sont désaisonnalisés, et il y a des brebis qui ont - ou qui vont vêler - ainsi que des agneaux à engraisser toute l’année dans les bâtiments. Même si la majorité du troupeau est dehors.

Des rations à la carte

Depuis 2013, Régis Ruch utilise un bol mélangeur pour nourrir les animaux dans les bâtiments. « Les résultats zootechniques étaient bons, il y avait moins de tri, de refus, une meilleure croissance, moins d’acidoses. » Par contre, le coût en gasoil et en temps est important. Et « comme j’étais obligé de préparer des bols entiers, il y avait parfois des problèmes d’échauffement du fourrage, donc de la perte ». Ce sont tous ces éléments qui ont poussé Régis Ruch à passer au robot d’alimentation : « J’ai investi 150 000 €, soit à peu près autant que pour un tracteur et une mélangeuse, pour un coût journalier d’utilisation inférieur, moins de main-d’œuvre et une plus grande précision. Car désormais je peux faire des rations à la carte, en petite quantité, pour coller au plus près aux besoins des animaux. »

Les 85 ha de SAU étant en herbe, la ration est composée de 98 % d’herbe, complétée avec de la pulpe de betterave et un complément du commerce, dont la quantité est ajustée en fonction des résultats des analyses de fourrages, qui sont effectuées à chaque changement de matière première, et qui sont désormais enregistrées dans le logiciel servant à piloter le robot.

Moins de stress pour tout le monde

Le robot tourne depuis le 23 janvier. Toutes les 60 minutes il quitte sa base, où il recharge ses batteries, pour aller repousser et scanner la hauteur de fourrage à l’auge dans tous les bâtiments. « Dans les bâtiments il est guidé par ultrasons. Entre les bâtiments il circule sur un rail aimanté. » Si la hauteur de fourrage est inférieure à un certain seuil, de retour à la base, il prépare la ration correspondante. Pour cela, un grappin vient sélectionner les différents ingrédients dans l’ordre prédéfini. Le grappin et le bol sont équipés de systèmes de pesée permettant d’obtenir la composition voulue. Puis le robot part la distribuer aux animaux. Qui sont donc nourris 24 h sur 24, à la demande.

« En ce moment, les animaux sont nourris à 70 % la nuit, lorsqu’il fait frais, car en journée il fait chaud et les animaux mangent moins », souligne Régis Ruch. Conséquence : moins de stress. Pour les animaux. Et pour l’éleveur : « Avant ça râlait le matin et le soir à l’heure de l’affouragement. Le robot permet de reproduire les conditions extérieures. Les animaux mangent quand ils veulent. Vont se coucher. Reviennent manger. Du coup il n’y a plus ce phénomène de compétition à l’auge, où les animaux se précipitaient pour être sûrs d’avoir quelque chose à manger. Ils sont plus zen, et ont moins de problèmes digestifs qu’avant. Nourris plus sainement, ils sont en meilleure santé. Je n’ai quasiment pas utilisé d’antibiotiques depuis que le robot fonctionne. »

En ce qui le concerne Régis Ruch constate : « J’ai plus de temps pour m’occuper des animaux. Je suis plus concentré. » Il note aussi l’amélioration de ses conditions de vie : « Je dois remplir la cuisine, deux fois par semaine en été, encore moins en hiver. Je suis débarrassé des astreintes du matin et du soir. Je peux profiter d’une sortie sereinement, par exemple. Car j’ai une application sur mon téléphone qui me permet de suivre le robot, avec des alarmes en cas de dysfonctionnement. Il y a aussi une assistance téléphonique avec l’assurance d’un dépannage sur site dans les deux heures si nécessaire ».

Découvrez le robot Lely Vector au travail en images :

 

Concours des pratiques agroécologiques - prairies et parcours

Un beau spécimen dans la vallée de la Bruche

Cultures

Publié le 14/06/2018

Cette année, le jury du concours a arpenté dix prairies pour en évaluer la fonctionnalité agricole, écologique, apicole, leur valeur paysagère et patrimoniale… Car c’est bien l’objectif essentiel de ce concours : valoriser le travail des éleveurs et démontrer que ces pièces maîtresses des paysages peuvent être à la fois productives et havre de biodiversité.

Jeudi à 11 h, après s’être fait la main sur une parcelle test et sur une prairie d’une autre candidate, le jury a évalué une parcelle de Nicolas Kreis, agriculteur à Bourg-Bruche, plus précisément à la ferme auberge du nouveau chemin, qu’il se prépare à reprendre après le départ à la retraite de ses parents. Pour cette première participation, il a présenté une parcelle de 5,9 hectares située à 550 mètres d’altitude, exploitée par ses parents depuis 25 ans, de manière extensive : « Nous l’utilisons surtout pour produire du foin, et du regain si possible, sinon elle est pâturée », décrit-il. La prairie est fertilisée avec du fumier tous les trois ou quatre ans, les fossés sont curés tous les dix ans. Principale particularité de cette parcelle : son humidité persistante, qui ne permet pas de faucher tôt, au risque d’avoir un fourrage de mauvaise qualité. « La fauche a lieu fin juin début juillet, ce qui explique que le regain est rarement possible », décrit Nicolas Kreis.

Scorsonère et tarier des prés

Le décor planté, le jury se lance à l’assaut de la parcelle. Présidé par Alexandre Valentin, gagnant du coucours en 2016, il est composé de botanistes, agronomes, apiculteurs, cuisiniers, naturalistes… La diversité floristique de la parcelle est passée au peigne fin. Et les commentaires vont bon train : « C’est du fenouil ? » « Ah, il y a de la silène ! »… Tout d’un coup, le groupe s’arrête, François Labolle, directeur du jardin botanique de l’Université de Strasbourg, pense avoir détecté une plante patrimoniale : la scorsonère. Dès lors, il s’agit pour lui de l’identifier, sans la cueillir. Bingo ! C’est bien elle.

Arrivé au bout de leurs investigations, le jury fait le bilan. Les atouts de la prairie sont listés, notamment la mosaïque de milieux qui la compose, avec leur corollaire de flore et de faune variées. Côté flore, il y a des graminées, qui apportent de la fibre, du trèfle, riche en azote, et plusieurs espèces intéressantes d’un point de vue sanitaire ou aromatique. Outre la scorsonère, François Labolle souligne la présence d’orchidées. Une espèce qui ne se serait pas installée si la fumure avait été plus abondante. Côté faune la visite s’est faite au son des grillons, et de nombreux papillons et autres insectes ont été observés. Nicolas Kreis y a déjà constaté la présence du tarier des prés, un oiseau qui niche au sol, et dont les nids peuvent être détruits lorsque les prairies sont fauchées tôt. Une prairie qui ne manque pas d’atouts (puisqu’elle a remporté le concours, lire ci-contre), mais qui présente néanmoins quelques écueils, comme le manque d’ombrage, hormis la lisière de la forêt. Ou encore une productivité moyenne. Nicolas Kreis reconnaît bien sa prairie dans le compte rendu qui lui est fait. « Il la fauche tard pour être sûr d’avoir du fourrage sec, comme en plus elle est hétérogène. Nous envisageons peut-être de construire un séchoir en grange, pour pouvoir rentrer le fourrage un peu plus tôt, parce qu’avec 30 UGB pour 39 ha de prairies nous devrions atteindre l’autonomie fourragère or nous sommes obligés d’acheter du fourrage un an sur trois. » Se faisant, il pointe du doigt l’enjeu économique que la gestion des prairies représente pour les éleveurs. Mais rassure : il ne s’agirait pas de faucher beaucoup plus tôt, juste un peu. Le tarier des prés a encore de beaux jours devant lui dans la clairière du Hang !

Retrouvez un extrait de cette visite en vidéo :

 

Syndicat betteravier d’Alsace

La libéralisation c’est maintenant

Vie professionnelle

Publié le 06/06/2018

Maintenant que la filière betteravière a basculé de plain-pied dans un marché dérégulé, ce sont les marchés qui fixeront les prix. Dans ce contexte, avoir augmenté les surfaces peut être perçu comme une erreur stratégique. Il n’en est rien, affirme Franck Sander, président du syndicat betteravier : « Si la France ne l’avait pas fait, nous aurions perdu des parts de marché ». Il rappelle que pour Erstein, le projet est d’atteindre 8 000 ha de betterave. Désormais, il y aura des périodes difficiles, et d’autres moins. Il s’agit donc de mettre en place des outils de stabilisation du revenu. Un chantier qui est « en bonne voie », estime Franck Sander. « C’est à nous de construire un dispositif adapté à la filière au niveau interprofessionnel ».

La transparence à la base de la confiance

Pour faire face à la volatilité du marché, la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB) a formulé plusieurs propositions : « Des outils de gestion des risques, comme l’épargne de précaution, l’assurance récolte, l’adossement d’une partie de la production sur le marché à terme, et la gestion partenariale de la volatilité à travers l’instrument de stabilisation du revenu sectoriel », précise Éric Lainé, son président. Autant de solutions qui auraient « prouvé leur pertinence dans contexte prix bas », si un travail interprofessionnel constructif avait été mené pour les rendre opérationnelles. Ce qui n’a, pour le moment, pas été le cas. « Je ne fais de procès à personne, mais nos propositions auraient mérité une meilleure écoute », estime Éric Lainé.

Pour lui, la suppression du prix minimum de la betterave constitue un « mauvais signal » quant aux engagements pris et à leur respect. La construction de la contractualisation a donné lieu à des « affrontements difficiles » avec les fabricants, rapporte-t-il. « Nous avions proposé que l’interprofession élabore des indicateurs et que les agriculteurs et les industriels s’appuient dessus pour bâtir les contrats. » Après avoir essuyé une fin de non-recevoir, il semble que les fabricants soient désormais plus ouverts à la mise en place de ces indicateurs. Pour Éric Lainé, il est également indispensable que les contrats mentionnent comment sont rémunérées les betteraves contractées et excédentaires, car, très souvent, « leur prix est décorrélé du prix du marché alors qu’elles permettent de produire le même sucre que les autres ».

Si de nombreux sujets rapprochent la CGB des coopératives de transformation, il en est un qui les sépare : « Je ne comprends pas la forte mobilisation de la coopération pour maintenir l’exclusion du secteur sucre de la future loi EGAlim alors qu’elle vise à objectiver les conditions de rémunération des productions agricoles en utilisant les indicateurs de marché. »

Des atouts de la betterave

Face à la période de turbulence que traverse la filière, Franck Sander rappelle les atouts de la betterave à ceux qui seraient tentés de la remplacer. Par quelle culture d’abord ? La règle de diversité de l’assolement fait que ce ne sera souvent pas par du maïs, mais du blé, du colza ou du soja. « Des cultures alternatives soumises à la même volatilité des prix, et à une volatilité des rendements plus importante encore. » Et Joseph Behr, directeur du syndicat, incite les planteurs à être objectifs quant à l’intérêt de la betterave dans les assolements, la régularité de son rendement, et son important potentiel de gain de rendement : « Le projet Aker va faire décoller ce potentiel, notamment avec des betteraves d’hiver, à la période de production plus longue. »

Cristal Union

Le marché du sucre en pleine zone de turbulence

Vie professionnelle

Publié le 06/06/2018

Certes il y a eu la fin des quotas sucriers, le 1er octobre 2017. Mais Alain Commissaire, directeur général de Cristal Union, explique aussi que le Brésil a fait moins d’alcool et mis 5 millions de tonnes (Mt) de sucre en plus sur le marché. Premier élément de baisse des marchés. Puis, les productions de sucre en Inde et en Thaïlande ont atteint l’équivalent de trois fois la production française. Les stocks se sont accumulés et les prix ont baissé.

Olivier de Bohan, président de Cristal Union, compare la mauvaise passe dans laquelle se trouve le secteur sucrier à une violente tempête. Il a encouragé les planteurs à se projeter dans l’avenir : « Il s’agit d’un défi de plus à relever. Nous en avons déjà relevé d’autres et nous allons le faire encore une fois, tous ensemble. » Il a également tenu à expliquer pourquoi la hausse des surfaces encouragée par le groupe était nécessaire : « Si on n’avait pas augmenté les surfaces, les cours mondiaux auraient chuté quand même. Nous aurions alors subi cette baisse du marché sans pouvoir écraser nos charges fixes et cela aurait été une double peine. » En réponse aux rumeurs qui bruissent dans la campagne alsacienne sur une possible fermeture de l’usine d’Erstein à moyen terme, le comité de direction valorise les investissements qui y ont été faits au cours de la dernière campagne, et René Schotter, président de la section d’Erstein de Cristal Union, précise : « Notre usine a des atouts, notamment un bassin de consommation très proche. La Région saura soutenir la filière, j’en suis convaincu. Mais son avenir est avant tout entre les mains des planteurs. »

La fin du prix minimum garanti de la betterave

« Cristal Union reste le meilleur payeur de la filière française », a tenu à rappeler Olivier de Bohan. « Mais avec la fin des quotas, notre filière devient une filière agricole comme les autres. Nous ne pouvons plus garantir un prix minimum de la betterave pour la récolte 2018 car nous ne sommes plus assurés de pouvoir tenir ce prix. » Conscient que cette mesure représente « un choc culturel pour les planteurs », Olivier de Bohan la justifie en évoquant la pérennité du groupe : « Nous ne devons pas nous affaiblir en nous éloignant des réalités économiques ». Il s’est voulu rassurant : « La préservation du revenu betteravier reste l’objectif de tous les instants de Cristal Union ».

Et d’égrainer un inventaire de facteurs encourageants. À commencer par un rendement qui progresse inexorablement, en lien avec la capacité de la betterave à valoriser à plein régime une durée de végétation qui tend à s’allonger. En outre, la structure financière du groupe est saine : « La dette bancaire est sécurisée pour les cinq ans qui viennent. De quoi aborder cette tempête sur les marchés avec sérénité. » Néanmoins, à court terme, la sobriété sera de mise. Xavier Astolfi, directeur général adjoint de Cristal Union, annonce une réduction des investissements : « Nos outils sont en mesure d’absorber ce ralentissement des investissements tout en restant compétitifs », constate-t-il.

Pour des politiques publiques cohérentes

Pour traverser cette tempête, le groupe coopératif aurait bien besoin de politiques publiques plus cohérentes, que ce soit en France ou en Europe : « C’est bien de défendre les aides européennes. Mais il faut aller au-delà, notamment sur des dossiers comme le Mercosur… Car il y a là un vrai sujet de fond sur le modèle agricole que l’on veut encourager », indique Olivier de Bohan, qui prône davantage de protection pour l’agriculture française et européenne, et qui estime que « le comble est atteint lorsque notre gouvernement soutient les importations d’huile de palme destinée à être intégrée dans des biocarburants ». Et rappelle : « Il faut faire les choses dans l’ordre. Avant qu’une filière betterave sucrière bio pérenne émerge, il faut soutenir la filière sucre européenne par des politiques publiques cohérentes. »

On l’a compris, la betterave sera sans doute moins rémunératrice dans les prochaines années. Certains planteurs pourraient avoir des velléités de baisser leur surface, au profit d’autres cultures. « À partir de quel seuil de surface l’usine d’Erstein fermerait ? », interroge Matthieu Goehry, président de la FRCuma Grand Est. « Nous ne sommes pas dans cette logique. Il ne s’agit pas de raisonner en réduction de production mais en optimisation de la production », répond Olivier de Bohan. « Nous en avons connu d’autres, comme la rhizomanie », rappelle René Schotter.

Projet de loi agriculture et alimentation

Le trop est l’ennemi du bien

Vie professionnelle

Publié le 04/06/2018

Permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail. Tel est le principal objectif de la loi agriculture et alimentation. Le problème, c’est qu’il y en a beaucoup d’autres : promouvoir une agriculture saine et durable ; accompagner la transformation des modèles de production et de consommation ; renforcer la qualité sanitaire, environnementale et nutritionnelle de notre alimentation ; enclencher la sortie des produits phytosanitaires ; renforcer le bien-être animal…

Pour expliquer comment cette loi s’est construite, les députés du Bas-Rhin Martine Wonner et Vincent Thiebaut ont organisé une présentation du projet de loi quelques jours avant l’ouverture des débats. Ils ont rappelé qu’elle est née des États généraux de l’alimentation, au cours desquels citoyens et professionnels - qu’ils soient agriculteurs, industriels, transformateurs, distributeurs… - ont été mis autour de la table. « Une démarche inédite de consultation qui a permis d’élaborer des propositions qui ont été remontées au niveau national afin d’enrichir la préparation du projet de loi », souligne Martine Wonner.

2 500 amendements

Le 31 janvier 2018, le texte a été présenté en Conseil des ministres. Puis a été étudié en commission à l’Assemblée nationale. Un travail qui a débouché sur près de 2 500 amendements. « Pour le fond c’est la commission des affaires économiques qui a été saisie », précise Martine Wonner. Elle a examiné 1874 amendements et en a adopté 234. À l’issue du vote en première lecture, le projet de loi sera examiné par le Sénat, avant de revenir à l’Assemblée nationale.

Le projet de loi vise d’abord à améliorer l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire afin de préserver la capacité de production agricole et la juste rémunération des agriculteurs. En effet, « le salaire horaire moyen du secteur est de 12,24 €/h brut soit 1,3 Smic. Un tiers des agriculteurs ont vécu avec moins de 350 € par mois en 2015. En 2016, le taux de suicide chez les agriculteurs est supérieur de 20 % à la moyenne nationale. Et, en 10 ans près de 25 % des exploitations de France ont disparu, surtout les plus petites, de moins de 6 ha », ont rappelé les députés. La juste rémunération des agriculteurs apparaît donc comme un préalable indispensable aux deux autres objectifs de la loi : Renforcer la qualité sanitaire, environnementale et nutritionnelle des produits pour une alimentation saine, de qualité et durable ; Permettre à chacun d’accéder à une alimentation saine, sûre et durable.

Vers de nouvelles normes et interdictions ?

Or les débats qui ont eu lieu lors de cette réunion, tout comme la pluie de communiqués qui a émaillé cette semaine de débat, ont surtout évoqué les questions du bien-être animal, de la restauration collective, de l’étiquetage des produits, de la sortie des produits phytosanitaires… Des enjeux réels, mais les agriculteurs sont inquiets. Leur plus juste rémunération serait-elle tombée aux oubliettes, noyée dans la masse des autres objectifs de la loi ? Non (lire en encadré). Mais un certain nombre d’amendements sont perçus comme autant de normes supplémentaires qui viendront encore grever les coûts de production des agriculteurs français. Alors que, dans le même temps, les accords de libre-échange qui sont dans les tuyaux ne vont pas réduire les importations de denrées agricoles produites à des niveaux d’exigence souvent inférieurs. Les députés entendent ces craintes : « Le Ceta n’est pas ratifié. Nous serons attentifs à ces aspects », promet Martine Wonner.

Reste que, comme le souligne Thomas Meyer, directeur commercial d’Alsace Lait : « Nous sommes dans une économie de marché ». Se faisant, il pointe du doigt un écueil de cette loi, écrite dans un contexte « de marché mondialisé, avec des coûts de production complètement différents ».

« Il faut mettre en place un prix minimum garanti »

Michel Biero, gérant aux achats de Lidl France, reconnaît bien volontiers que « dans les négociations entre distributeurs et industriels, l’agriculteur est bien souvent la variable d’ajustement ». Et il convient tout aussi volontiers qu’il s’agit d'« inverser les négociations ». Mais, pour lui, « le dire dans une loi ne va rien changer ». Ce qu’il faudrait, c’est « mettre en place un prix minimum garanti. Alors la distribution et les industriels pourront continuer à négocier entre eux, et les agriculteurs vivront de leur métier ». C’est en ce sens que Lidl avait proposé trois amendements : « L’interdiction totale des promotions sur les produits d’élevage sauf en cas de surproduction. La mise en place d’un prix de vente minimum. Et la mise en place d’un prix d’achat minimum pour l’éleveur. »

Martine Wonner et Vincent Thiebaut défendent le projet de loi, qui donne un cadre, dont « le remplissage est entre les mains des acteurs », et doit se faire sur la base de négociations autour du prix de revient, du coût de production…

C’est une avancée. Mais peut-être aurait-il mieux valu concentrer la loi sur ce premier objectif - un chantier suffisamment important en soi - pour lui donner plus de chance d’aboutir à un rééquilibrage concret des négociations commerciales, afin d’assurer un revenu stable aux agriculteurs. Car il s’agit d’un préalable indispensable à la poursuite de la transition agricole.

Colza associé

Une complémentarité gagnante

Cultures

Publié le 04/06/2018

« Avant de savoir faire du colza associé, il faut savoir faire du colza », prévient Gilles Sauzet, ingénieur à Terres Inovia. Cette technique a été développée par des agriculteurs du centre de la France - où la culture du colza est essentielle dans les rotations - et qui ont voulu faire évoluer leurs pratiques vers une agriculture plus durable car ils étaient de plus en plus confrontés à des impasses techniques. L’idée de base, c’est d’associer le colza à des légumineuses, dont on espère une destruction hivernale par le gel. Les bénéfices attendus sont l’introduction d’azote symbiotique, l’augmentation de la densité racinaire, la compétition avec les adventices, la perturbation des ravageurs, la limitation de l’hydromorphie.

Mais la technique comporte des risques. Le plus important étant la compétition qui va s’installer entre la légumineuse et le colza pour les éléments naturels. Compétition qui doit rester modérée afin de ne pas pénaliser le rendement du colza. L’autre difficulté, c’est de maintenir un couvert en place sur une longue durée, sans qu’une espèce ne prenne le dessus sur l’autre, et en arrivant à maîtriser sa vigueur, en culture comme en interculture.

Une question d’équilibre

Réussir un colza associé, c’est donc une question d’équilibre. Et de respect de la physiologie de la culture et de sa plante compagne. « De la levée au stade B4, le colza doit absolument dominer sur la parcelle, car il n’est pas encore en phase de croissance active », illustre Gilles Sauzet. Pour choisir la légumineuse à lui associer, il est préférable de retenir une espèce qui pourra fleurir avant l’hiver, car elle sera alors plus sensible au gel et à la diminution de la durée du jour, ce qui facilitera sa destruction. Le colza et sa plante compagne gagnent aussi à avoir des enracinements différents. « Il faut associer des espèces complémentaires », résume Gilles Sauzet. Qui déconseille l’usage du pois, de la lentille et de la gesse, sensibles au champignon pathogène tellurique Aphanomyces. Le semis doit être précoce, d’autant plus que le sol est superficiel, avec des variétés non élongantes, et à une densité relativement réduite, poursuit l’expert. Deux méthodes de semis sont envisageables : en un passage avec deux trémies ou en deux passages.

L’implantation, une étape essentielle

Le retour du colza sur les parcelles a tendance à sélectionner des adventices, notamment le géranium. Le semis direct a donc été testé car, sans flux de terre, il peut permettre d’en limiter la levée. La comparaison de modalités en semis direct non désherbé, en travail du sol désherbé et en travail du sol non désherbé montre que le semis direct tient la route en termes de rendement. Et que le colza supporte une certaine pression en géraniums si sa vigueur est suffisante. « Dès qu’on atteint 1,5 kg de biomasse, colza + couvert, par mètre carré au 1er décembre, on constate une nette diminution du taux de couverture des adventices », précise Gilles Sauzet. Autre enseignement, l’association semble surtout limiter les levées d’adventices à levée tardive (type gaillet), et avoir moins d’effet sur les adventices à levée précoce (type géranium).

La biomasse perturbe les ravageurs

L’association d’un colza et d’une légumineuse constitue également une réponse agronomique à la problématique des insectes d’automne, grosses altises et charançon du bourgeon terminal, qui développent des résistances totales aux insecticides. Une plante attaquée à l’automne se traduit au printemps par un port buissonnant, car la présence de larves dans la tige principale induit des ramifications qui partent au ras du sol. Or, le taux de plantes buissonnantes diminue quand la biomasse fraîche augmente. « On retrouve le seuil de 1,5 kg de biomasse, colza + couvert, par mètre carré au 1er décembre, qui est plus facile à atteindre en colza associé que seul. »

De l’azote pour tous

Un des objectifs recherchés dans l’association d’un colza et d’une légumineuse est l’introduction d’azote symbiotique par cette dernière. « Mais tant que la légumineuse n’est pas détruite, il n’y a pas de restitution. Et il n’est pas sûr que l’azote de la légumineuse profite au colza », note Gilles Sauzet. Reste qu'« à l’automne nous n’avons jamais observé de carence azotée sur colza associé, contrairement au colza seul ». Un phénomène qui s’explique par la différence de prospection racinaire des deux espèces : « La réalisation d’un profil permet de constater que le système racinaire du colza est constitué d’un pivot qui n’émet de racines secondaires que s’il rencontre un obstacle. Ces dernières sont donc peu présentes sur les 10-12 premiers centimètres. C’est exactement l’inverse de la féverole, dont le système racinaire colonise préférentiellement les 10 premiers centimètres du sol. » Ces deux systèmes racinaires qui se complètent conduisent à une meilleure prospection de sol, améliorant aussi son aération et la minéralisation.

Ce phénomène se vérifie dans les mesures de la teneur en azote des plantes, qui est plus élevée pour un colza associé que pour un colza seul. La destruction de la légumineuse représente un apport de quelque 15 unités d’azote au colza au printemps. Et, si on apporte de l’azote minéral marqué au colza, on constate que le colza associé présente un meilleur Coefficient apparent d’utilisation (CAU) que le colza seul. Un phénomène qui s’explique par le meilleur enracinement du colza associé, qui lui confère une meilleure capacité d’absorption de l’azote provenant de l’engrais. À noter que la quantité d’azote redistribuée par la légumineuse dépend de la quantité de matériel végétal qui entre en contact avec le sol : « La féverole et la lentille présentent des rapports C/N équivalents et devraient donc présenter des redistributions équivalentes. Or celle de la féverole est moins importante que celle de la lentille. » Un phénomène qui s’explique par le fait que la féverole perd ses feuilles mais sa tige reste dressée, alors que la lentille entre entièrement en contact avec le sol.

De l’association à la couverture

Une fois la culture du colza associé maîtrisée, l’étape suivante pourrait être le semis direct sur couverture végétale permanente (SCV). D’emblée, Gilles Sauzet prévient : « En tant que tête d’assolement, le colza reçoit la couverture en premier, d’où un risque important de concurrence si le couvert est trop vigoureux. C’est possible, mais ce n’est pas simple. Et il est préférable de partir de parcelles propres. » Il préconise donc de choisir des variétés d’espèces de couverture à croissance lente, qui couvrent l’interculture sans concurrencer le colza. Différents types de couverts sont envisageables, comme une céréale (avoine, orge, blé précoce) associée à du pois, la première servant de tuteur au second. Une option cependant inenvisageable en cas d’infestation de la parcelle par du ray-grass ou du vulpin, car une application d’anti-graminées détruirait aussi le couvert. De nombreuses pistes restent à explorer. Car cette technique laisse présager d’une réduction des charges de production, d’un gain de produit brut et d’un bilan qui serait aussi positif quant aux émissions de gaz à effet de serre et au stockage de carbone.

Cultures associées de légumineuses à graines

À deux, on est plus fort

Cultures

Publié le 04/06/2018

La culture associée de légumineuse à graine est une technique culturale ancestrale, un temps reléguée au rang de pratique archaïque mais que certains agriculteurs redécouvrent. L’objectif est de proposer une alternative au soja fourrager, en cultivant par exemple du pois protéagineux ou de la féverole. Or en cultures pures, ces plantes ont tendance à verser avant la récolte et peuvent souffrir de la concurrence avec les adventices. D’où l’idée d’associer une légumineuse et une céréale, pour « obtenir un maximum de protéagineux dans le grain récolté, sans fertilisation azotée, sans verse, ni casse, avec peu de travail », indique Maurice Clerc, ingénieur au FiBL.

80 % de légumineuse/40 % de céréales

Lors du semis, associer 80 % de légumineuse à 40 % de céréales en pourcentage de densité de semis en culture pure semble être un équilibre qui fonctionne dans la majorité des situations. Le semis s’effectue au semoir à céréales, en trouvant un compromis entre la date de semis et la profondeur de semis de chaque espèce. La culture gagne à recevoir du compost, et un passage de herse étrille si la météo le permet. La récolte doit être effectuée quand la légumineuse à graine est mûre. La moissonneuse-batteuse usuelle, équipée d’un tamis spécial, doit être réglée en fonction de la légumineuse pour ne pas casser les grains, quitte à avoir un peu de céréale non triée qui passe.

« En général, l’association permet d’obtenir un rendement plus élevé qu’en culture pure », souligne Maurice Clerc. Qui évoque des optimisations possibles, par exemple grâce à des semoirs capables de semer chaque espèce à sa profondeur optimale. « Le principal problème, ce sont les variétés. Comme le soja a pris le dessus en alimentation animale, les sélectionneurs se sont désintéressés des autres légumineuses. Aujourd’hui, la sélection redémarre, mais il va falloir attendre dix ans pour avoir des variétés adaptées. »

Avec du pois, de la féverole, du lupin

Néanmoins, Maurice Clerc évoque plusieurs associations possibles. Avec le pois protéagineux d’abord, intéressant de par sa tolérance au froid et à l’humidité. Le pois protéagineux peut être associé à de l’orge d’automne. « S’il est peu vigoureux, il faut privilégier l’orge à deux rangs. Mais s’il est vigoureux, mieux vaut miser sur de l’orge à six rangs, plus haute et vigoureuse. Car l’effet tuteur de l’orge doit être suffisant pour éviter la verse, et une espèce ne doit pas étouffer l’autre. Il est aussi important que l’association laisse derrière elle un champ propre, pour ne pas avoir à multiplier les déchaumages après moisson et pouvoir semer rapidement un couvert végétal. » Autre association qui a été testée : pois fourrager - triticale, pour profiter de la résistance au froid du premier. « Mais les essais n’ont pas donné de résultat concluant. Le pois fourrager ne s’avère pas maîtrisable : soit il étouffe le triticale, soit il ne lève pas… C’est trop aléatoire. »

L’association de la féverole et de l’avoine d’automne est intéressante : « L’avoine a un effet raccourcisseur sur la féverole, or peu de variétés de féverole sont résistantes à la verse. » Pour synchroniser la maturité des deux espèces, Maurice Clerc conseille de jouer sur la variété d’avoine car « il y a plus de choix qu’en féverole ». Et il précise : « Semer de l’avoine d’automne au printemps ne pose pas de problème. Elle fera moins de rendement que si elle avait été semée à l’automne, mais est aussi moins concurrentielle que l’avoine de printemps pour la féverole. »

Les associations à base de lupin peuvent également être envisagées. « Le lupin peut être toasté et affiche une valeur alimentaire très proche de celle du soja. » Comme il n’existe pas de variété de lupin blanc résistant à l’anthracnose, les essais ont été menés avec du lupin bleu, moins productif. « Les associations lupin bleu et avoine ou triticale sont les deux qui ont le mieux fonctionné. » L’association avec du blé pêche par un effet insuffisant sur les adventices. Avec l’avoine rude, « l’effet propreté est bon, mais l’avoine était trop tardive ».

Avec du soja

Enfin, la légumineuse peut aussi être du soja. « Nous avons testé 25 plantes compagnes allant de l’avoine, à la caméline, au triticale, à la chicorée néozélandaise, une espèce très couvrante, trop même, puisqu’elle a aussi étouffé le soja, en passant par des mélanges de ces espèces. » Plusieurs enseignements peuvent en être tirés. Associer deux légumineuses n’a pas d’intérêt. La concurrence pour l’eau en année sèche constitue un frein. En outre, « la nécessité d’effectuer un sarclage de l’interligne et de la plante compagne sur la ligne et à proximité est rapidement apparue ». Mais même cette précaution prise, en année sèche, « le rendement décroche en association, et ceci d’autant plus que la culture associée est semée dense ».

Depuis les premiers essais, la technique de semis a été améliorée, avec un semoir combiné qui permet de semer les deux espèces en même temps. En 2016, après des conditions de semis très difficiles, l’association soja-sarrasin a donné de bons résultats en termes de propreté. Puis, en 2017, le soja a levé dans des conditions très poussantes et a étouffé toutes les associations, sauf le sarrasin. Maurice Clerc analyse : « La densité de semis a été trop diminuée. L’optimum dépend de l’année, ce qui ne peut pas être anticipé. » La technique n’est donc pas encore au point, mais les travaux se poursuivent : irrigation, utilisation d’espèce compagne tapissante comme le gazon, amélioration variétale, apports de compost pour réduire le phénomène de fatigue des légumineuses. « Il y a encore beaucoup de choses à faire pour occuper tous les créneaux possibles, car il y a aussi des variétés alimentaires de pois, de lupin, de féverole, etc. », avance Maurice Clerc.

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