Rœschwoog
Une prairie occupée par des gens du voyage
Rœschwoog
Vie professionnelle
Publié le 22/06/2018
C’est ce qui s’appelle un dialogue de sourd. Dans une ambiance pesante, les différentes parties se sont exprimées, écoutées, mais pas comprises. Les gens du voyage estiment que « personne ne fait rien » pour eux, les représentants de l’État et des collectivités locales leur répondent qu’il y a des aires d’accueil qui ont été aménagées pour les accueillir et que certaines étaient inoccupées le jour de leur installation. « Elles sont trop petites pour accueillir 100 caravanes », rétorque Jean Mayer, responsable du camp, originaire de région parisienne. Pour cela, il faut un terrain de 4 hectares au bas mot. La plupart des aires en font 2.
Au-delà de ces aspects pratiques, persistent des incompréhensions culturelles : « Pourquoi venez-vous ici ? » « Pour prêcher la parole de Dieu à ceux qui veulent l’entendre », répond le pasteur, qui rappelle qu’ils sont évangélistes. Du coup, ce sont 130 groupes de 100 caravanes qui sillonnent les routes de France de mai à août. « Il y a moins de groupes parce que l’État nous l’a demandé, mais ils sont plus importants », rapporte Jean Mayer. Dans le Bas-Rhin, trois aires de grand passage sont actuellement en service : à Wissembourg, Eschau et Benfeld.
Les représentants des collectivités locales auraient au moins apprécié que les gens du voyage annoncent leur venue. « Nous avons envoyé des courriers à plusieurs communes et nous n’avons eu que des refus », avance Jean Mayer. Pour les agriculteurs présents, dont Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA, s’est fait le porte-parole, ce n’est pas une raison pour s’installer de la sorte sur une prairie : « Au minimum les agriculteurs doivent être prévenus avant », estime-t-il. Avant de comparer : « Je ne pense pas que vous apprécieriez si je venais m’installer comme ça dans votre salon ! »
Michel Lorentz, maire de Rœschwoog, affiche sa volonté de trouver des solutions pour ne plus revivre une telle expérience. « De quoi avez-vous besoin au juste ? » « De 3 à 4 hectares, avec de l’eau, de l’électricité et un accès facile », résume le porte-parole des gens du voyage, qui signale que, dans d’autres régions, l’accueil des gens du voyage est mieux organisé, comme en Bretagne, en Vendée, dans le Nord…
Les aires d’accueil : une fausse solution ?
Le Schéma départemental d’accueil des gens du voyage (SDAGV) 2011-2017 prévoyait l’aménagement d’une aire de grand passage ou de deux aires d’accueil dans le secteur (voir carte). D’après Michel Lorentz, « la compétence a été transférée à la communauté de communes, qui ne s’est pas pressée de mener à bien ce dossier ». Néanmoins, un certain nombre de terrains ont été proposés aux services de l’État, « dont un situé entre Drusenheim et Soufflenheim, avec des possibilités de raccordement aux réseaux peu onéreuses », rapporte-t-il. Or, ce terrain est situé dans une zone qui figure au Plan de prévention des risques inondation (PPRI) de la Moder comme un secteur présentant un risque d’inondation tel qu’il est interdit d’y construire quoi que ce soit. En conséquence, les services de l’État ont retoqué ce terrain pour y créer une aire d’accueil. Michel Lorentz s’agace de cette décision : « La Moder est située à 3 km de ce terrain. La probabilité d’occurrence d’une crue centennale n’est que de 1 % par an. Et encore, pas en été, lorsque les gens du voyage occupent les aires, mais plutôt en hiver ». Bref, pour lui, cette décision est « illogique » car dans « un territoire contraint, elle relevait du bon sens ».
Finalement, la Communauté de communes a proposé un autre terrain, situé en bordure du ban de Rohrwiller, mais éloigné des réseaux. L’aire d’accueil devrait donc tout de même voir le jour, d'ici 2019. Mais, d’une superficie de 2 ha, elle s’annonce d’ores et déjà trop petite pour accueillir de grands groupes. Ce qui fait dire à Gérard Lorber que « même s’il y a des aires, l’occupation des prairies agricole continuera ». Et, dès lors, de regretter que la profession agricole ne soit pas associée à l’élaboration du SDAGV. Quant à Michel Lorentz, il estime qu’il serait plus efficace de mettre l’argent dévolu à l’aménagement des aires d’accueil dans une caisse qui permettrait d’indemniser les parties concernées par des installations sauvages. Et qu’il serait bon de mieux coordonner les actions entreprises entre les différentes parties prenantes.












