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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Châtaigneraies d’Alsace

Un patrimoine historique à valoriser

Technique

Publié le 15/05/2018

En Alsace, les forêts de châtaigniers sont présentes de Thann à Wissembourg, sur les collines surplombant le vignoble alsacien. Ces châtaigneraies ont été implantées derrière les villages, car elles procuraient de multiples services aux populations locales : du bois, des feuilles pour la litière des animaux, un parcours pour les cochons, et des châtaignes pour les hommes. La modernisation les a fait tomber dans l’oubli. Et ces forêts, autrefois conduites en taillis ne sont plus guère entretenues par leurs propriétaires. Résultat : des arbres étriqués, peu vigoureux, voire dépérissants. Dommage. Car d’après Jean Brau, président des propriétaires forestiers des Vosges du Nord : « Le châtaignier est une essence qui a quasiment les mêmes qualités que le chêne mais qui est encore trop souvent considérée comme une essence secondaire, destinée à la fabrication de piquets, ou à la production de bois de chauffage. Elle n’a pas le prestige qu’elle mérite. »

C’est pourquoi il y a quelques années un travail transfrontalier avait été mené pour mieux valoriser cette espèce. De nombreux échanges entre professionnels avaient notamment abouti à l’édition d’un guide, à un concours de design. Aujourd’hui, un projet de valorisation du bois de châtaignier émerge dans la région de Saverne, avec la mise en place d’un atelier de fabrication de bardeaux par l’association Entraide Emploi. Ces sortes de tuiles en bois fendu peuvent être utilisées comme tuiles, ou comme revêtement extérieur. C’est ce qui a par exemple été mis en œuvre sur la salle communale de Gottenhouse, le collège de Duttlenheim, ou encore le chalet du club vosgien au Grand Ballon. La création de cet atelier constituerait un nouveau débouché qui garantirait la valorisation de cette essence, issue à 90 % de forêts privées. Sa bonne valorisation nécessite donc de mobiliser les propriétaires, et de mutualiser les énergies.

Une coupe collective s’organise…

Pour ce faire, une réunion d’information a récemment été organisée par la Chambre d'agriculture d’Alsace et l’Association forestière des Vosges du Nord avec les soutiens du Pays de Saverne Plaine et Plateaux et du Parc Naturel Régional des Vosges du Nord, à Eckarstwiller et Saint Jean Saverne. Ces deux villages comportent une quarantaine d’hectares de forêts privées, partagées entre 310 propriétaires. En amont de cette réunion, 70 d’entre-eux, propriétaires d’une châtaigneraie, avaient été contactés. Et une bonne vingtaine était présente. L’objectif était de leur proposer de procéder à une coupe collective qui se grefferait sur une éclaircie d’amélioration prévue en forêt communale d’Eckartswiller, sur une parcelle de 1,6 ha.

La station se caractérise par « un sol gréseux, superficiel, avec une dalle rocheuse qui affleure régulièrement », présente Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture d’Alsace. La présence d’une mousse répondant au nom vernaculaire de « petit coussin d’argent » est la signature d’un sol acide et pauvre, typique du Piémont des Vosges du Nord. Y poussent des pins, chênes, hêtres, châtaigniers. Claude Hoh a expliqué les principes d’une éclaircie d’amélioration : « Il s’agit de repérer les arbres d’avenir, et de leur faire de la place pour que leurs troncs puissent grossir en vue de les valoriser en bois de sciage. Pour cela, il convient de dégager la couronne de l’arbre - qui constitue son usine à énergie -, de garder son tronc à l’ombre, afin d’éviter la formation de branches, donc de nœuds, et de garder ses racines au frais. » L’éclaircie prévue dans cette forêt devrait permettre de mobiliser 19 m3 de châtaignier, 60 m3 de pin, 24 m3 de chêne, 3 m3 d’acacia, 15 m3 de hêtre et 100 stères de bois de chauffage, soit un revenu net de 2000 €.

… avec des multiples bénéfices attendus

Les parcelles privées adjacentes font en général 12 à 15 m de large. Elles sont caractérisées par des arbres hauts, avec de petites couronnes, ce qui prouve que rien n’a été fait depuis longtemps. Et qu’il serait bénéfique de choisir quelques beaux sujets et de leur faire de la place. Les sujets les plus petits peuvent être valorisés en piquets paravalanche, ou en structure de jeu pour enfant, à hauteur de 70 €/m3 bord de route. Les sujets moyens en bardeaux. Et les plus gros sujets en bois de menuiserie, à hauteur de 100 €/m3 bord de route. Le fruit de cette éclaircie serait ensuite réparti entre les propriétaires, au prorata de leur surface. L’objectif étant qu’un maximum de propriétaires participe, afin de mutualiser les coûts. Pour Claude Hoh, cette démarche volontaire présente de multiples atouts : ramener de la lumière en forêt, donner du travail aux bûcherons, à une entreprise d’insertion, valoriser le bois localement… En tout cas, « c’est mieux que de laisser ces châtaigneraies dépérir ». La consultation des propriétaires va durer tout le mois de mai. « Nous ne martèlerons que les arbres situés dans les forêts de propriétaires participants. Et l’éclaircie sera effectuée à l’automne 2018 ou au courant de l’hiver 2019. »

La réunion s’est poursuivie à Saint Jean Saverne, dans une ambiance toute différente malgré la proximité des deux stations. Et pour cause : « Nous sommes ici dans une vallée encaissée des Vosges du Nord, avec un climat plus frais et plus humide », indique Claude Hoh. Le peuplement aussi est différent, avec du sapin pectiné, de l’érable, du hêtre. Une première halte est effectuée sur un site où un taillis âgé a fait l’objet d’une coupe complète en 2014, générant 30 m3 de bois et un bénéfice de 1 200 € net. « Aujourd’hui, ce taillis se régénère, avec des tiges de 3 à 4 m de haut, dont un peu d’acacia, il sera à retravailler en 2025 ». Puis les participants se sont rendus sur une parcelle moins âgée, où une éclaircie a été réalisée en 2014 (8 m3 de bois, 255 € net). Les arbres ont réagi à cette éclaircie en émettant des pousses basses. La dernière étape a conduit les participants sur un taillis où ont été réalisées des coupes d’éclaircies dynamiques et régulières, réduisant encore la densité de peuplement. Résultat : « Des arbres bien individualisés, dont l’écorce encore lisse signe la vigueur, avec de belles couronnes, gages de bonne santé, et des diamètres importants pour leur âge. » Seul travers de ce peuplement, ses souches ont plus de cent ans et peuvent être fatiguées par le système du taillis qui, avec une coupe tous les 25 ans, s’avère assez intensif. Mais cela n’empêche pas les arbres de ce peuplement de rester dynamiques. À l’avenir, ce taillis continuera d’être régulièrement éclairci, afin de mener les plus beaux sujets jusqu’à 45 ans et 40 cm de diamètre, voire plus, pour une valorisation en menuiserie. Sous le peuplement, des semis naturels d’érables, de chênes, de châtaigniers, laissent augurer d’une châtaigneraie future rajeunie par de nouveaux sujets.

Concours de génisses

Une première participation, pour le « fun »

Élevage

Publié le 11/05/2018

Philippe Willem habite Kleingoeft. Loïs Thieriot habite Schalbach, en Moselle. Ce qui les rassemble, ce sont les études - ils sont tous les deux étudiants au lycée agricole de Château Salins, Philippe en première année de bac Conduite et gestion de l’exploitation agricole (CGEA), et Loïs en première année de bac Sciences et technologies de l’agronomie et du vivant (STAV) - et leur passion pour les animaux. Philippe Willem est le fils de Thierry Willem, agriculteur au sein du Gaec de la Prairie, dont la principale activité est la production de lait, grâce à un troupeau de 110 vaches laitières de race prim’holstein. La SAU de 180 ha se répartit entre 70 ha de prairies naturelles, 50 ha de maïs, 35 ha de blé, 10 ha de colza, 10 ha d’orge et 10 ha de prairies temporaires. Son acolyte, Loïs Thieriot, est stagiaire au Gaec de la Prairie. Il n’est pas issu d’une famille d’agriculteurs, mais passe tout son temps libre à travailler chez un voisin agriculteur. « Depuis que je suis petit, je pose mon sac en rentrant de l’école, et je vais aider à la ferme », sourit-il. Contaminé par le virus de l’agriculture, il suit un cursus agricole dans le but de s’installer à son tour un jour, et produire du lait.

Deux participations à Agrimax

Pour Philipppe Willem, cette participation au festival de l’élevage sera une première. « Mon père n’est pas très concours. Mais ça se faisait de participer à des concours autrefois, notamment du côté de ma mère », note le jeune homme, qui est tout de même soutenu par son père dans cette démarche. Loïs Thieriot a déjà arpenté le ring de Brumath à plusieurs reprises. Enfant, il a pris part à la présentation des veaux. Plus tard, il a déjà présenté des génisses du Gaec Urban à Berstett.

Pour autant, Philippe Willem n’est plus un novice en matière de concours de race. Il a participé deux années de suite à Agrimax, à Metz, avec son lycée. « Chaque année, les profs et les maîtres d’exploitation proposent aux élèves de participer en présentant des animaux de la ferme du lycée. Tous les élèves motivés peuvent se présenter. Mais ensuite les candidats sont sélectionnés sur leur motivation, la qualité de leur travail de présentation », décrivent les élèves. Les couleurs de l’établissement sont donc défendues par les présentateurs les plus motivés et les plus aguerris.

L’essentiel, c’est de participer - et de s’amuser

En outre, Philippe Willem a été formé au pointage au lycée. Une discipline où il semble plutôt bien se débrouiller puisque, là aussi, il s’est distingué parmi les élèves des trois classes de son lycée qui ont participé à un concours de pointage interne. « Nous devions pointer une race laitière et une race à viande. Puis les profs ont fait la moyenne des deux notes. » Et les dix premiers - dont lui - ont été sélectionnés pour participer au concours de pointage à Agrimax. Grâce à un bon classement, il a ensuite pu participer au Salon international de l’agriculture à Paris, où il s’est classé 40e sur 80 participants. Du coup, le pointage des animaux fait désormais partie des tâches qui lui ont été attribuées sur la ferme familiale. Un travail qu’il effectue en collaboration avec un sélectionneur d’Élitest, qui l’a également aidé à choisir les trois génisses partant à Brumath : Mandarine, Masha et Naive.

Les deux amis l’avouent volontiers, s’ils vont à Brumath cette année, c’est surtout pour le plaisir de participer. Pas pour gagner. Philippe Willem explique : « Nous pratiquons une sélection génétique fonctionnelle, pour la production, pas pour les concours ». Il détaille : « Les animaux de concours ont souvent des grands gabarits. Alors que nous, des grands animaux, on n’en veut pas, car on a un problème de place dans la salle de traite. » Mais peu importe de ne pas figurer sur le podium. Loïs renchérit : « Ce qui nous plaît, c’est la préparation des animaux, l’ambiance et la convivialité. » Le passage sur le ring n’est pas forcément le moment le plus agréable : « Il faut que la génisse avance, ça génère un peu de stress ». Non, vraiment, ce qui compte le plus, c’est de se retrouver entre potes, autour de quelques génisses à préparer !

Blé

Une sortie d’hiver sereine

Cultures

Publié le 27/04/2018

« Les blés ont atteint le stade deux nœuds à peu près partout en Alsace », estime Jean-Louis Galais, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, interrogé le 23 avril. Avec les températures élevées qui ont eu cours les jours précédents, ce stade est parfois même dépassé. Et, couplées à un temps sec, elles ont permis de freiner la propagation des maladies cryptogamiques. Or, en sortie d’hiver, il n’était pas rare d’observer des taches de septoriose sur les feuilles du bas. Si les contaminations ont été limitées et ralenties par le temps sec, le retour à un temps plus humide pourrait faire s’exprimer des contaminations. L’évolution de la maladie devra donc être surveillée de près car, pour limiter son impact sur le rendement, il s’agit de protéger les deux dernières feuilles, et elles peuvent être émises assez rapidement.

Un bon début de cycle

Même si l’hiver a été un peu plus rigoureux que les précédents, il n’y a pas eu de pertes de pieds significatives à déplorer en sortie d’hiver. Il n’y a pas non plus eu de pucerons à l’automne, donc peu de cas de jaunisse. Les deux premiers apports d’azote ont été effectués. Il y a 15 jours à trois semaines pour le second, au stade épi 1 cm. Généralement dans de bonnes conditions. « Mais il n’y a parfois pas eu beaucoup d’eau derrière. Donc il en faudrait un peu plus, pour être sûr de bien les valoriser. D’autant que les besoins du blé en azote vont maintenant aller croissant. » Ça tombe bien : des précipitations étaient annoncées pour les jours suivants.

Colza

Les stades s’enchaînent

Cultures

Publié le 27/04/2018

Sitôt fleuris, sitôt fanés ! Les stades du colza se sont enchaînés à vitesse grand V. Si bien que « la floraison est déjà presque terminée, sauf dans les secteurs plus tardifs, comme le Sundgau, où elle commence », décrit Jean-Louis Galais, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Dans les secteurs les plus précoces, les premières siliques sont déjà formées sur la hampe principale. « On se pose quelques questions quant à l’impact des températures élevées sur la fécondation lors de la formation de ces premières siliques », indique Jean-Louis Galais. Reste que les colzas ont bien poussé, et présentent une végétation importante. Le temps des sols gorgés d’eau, qui pouvaient faire craindre une anoxie racinaire, à laquelle le colza est très sensible, ou encore des gelées hivernales, semble déjà bien loin…

Des méligèthes précoces

Cette année, les méligèthes sont apparus relativement tôt, et ont exercé une pression assez importante sur les colzas courant montaison, ce qui a incité la plupart des agriculteurs à protéger les colzas avec un traitement insecticide. Parfois à tort, estime Jean-Louis Galais, car le seuil de nuisibilité est élevé, et varie en fonction de l’état de la culture. Le charançon de la tige n’a généralement pas exercé de pression importante. Le charançon des siliques - qui ouvre la porte à d’autres ravageurs en piquant les siliques - reste à surveiller. Mais sa pression apparaît également faible.

Impact du gibier en forêt

Des enclos pour témoins

Technique

Publié le 24/04/2018

Si les promeneurs sont ravis de voir une biche ou un chevreuil détaler au détour d’un sentier, les forestiers voient la situation d’un autre œil. Car si gracieux qu’ils soient, ces animaux ont un solide appétit, et se repaissent de jeunes pousses d'arbres. Et, surtout, leur population augmente. À tel point que l’équilibre entre le gibier et la forêt est parfois rompu. C’est-à-dire que la population de gibier est trop importante et exerce une pression pénalisant la régénération naturelle de la forêt.

En outre, cerfs et chevreuils sont particulièrement friands du sapin. L’épicéa, lui, se fait bien moins abroutir. Conséquence : « On assiste à une inversion du peuplement, au profit de l’épicéa et au détriment du sapin », constate Pascal Ancel, ingénieur au Centre régional de la propriété forestière (CRPF) du Grand Est. Or c’est justement le sapin que les forestiers aimeraient pouvoir préserver. Car cette essence fait partie de celles qui résisteraient le mieux au changement climatique. « Comme nous assistons à un déséquilibre entre la population de gibier et la forêt dans son état actuel, il s’agit d’adapter la population de gibier à la forêt », indique Pascal Ancel. Les intérêts des gestionnaires forestiers et des chasseurs étant divergents sur la question, les premiers doivent être en mesure de prouver ce déséquilibre, et d’évaluer son ampleur, afin de prendre les mesures qui s’imposent pour rétablir la situation d’équilibre.

Dispositif simple et sélectif

C’est pourquoi le CRPF du Grand Est souhaite développer l’installation d’enclos/exclos témoins, des dispositifs qui permettent d’évaluer l’étendue des dégâts. La version simple consiste en l’implantation d’un enclos de 5 mètres sur 5, permettant d’apprécier l’impact des cervidés en globalité sur les essences de production, les essences secondaires et la biodiversité, mais sans pouvoir faire de distinction entre la responsabilité du cerf et du chevreuil.

Une seconde version, sélective, permet de distinguer la pression exercée par les cerfs de celle exercée par les chevreuils. Ce dispositif se compose d’un enclos de 25 x 25 m équipé de portes à chevreuil laissant pénétrer uniquement ce dernier (zone hors cerf). Et d’un deuxième enclos de 10 x 10 m sans portes (hors chevreuil et cerf) disposé dans un coin de l’enclos 25 x 25 m en ajoutant une clôture de 10. Les portes à chevreuil font 20 à maximum 25 cm de large sur une hauteur de 50 cm maximum.

Les bonnes conditions pour la bonne interprétation

Pour mesurer l’impact du gibier, ces enclos sont équipés de piquets numérotés. Des photos de chaque placette de 1,5 m de rayon sont prises en regardant vers le centre de la placette. Ce qui permet, pour chaque piquet, de noter le nombre total de tiges présentes et le nombre de tiges non viable de chaque essence présente. Pour que les résultats de ces investigations soient exploitables, les enclos doivent être placés dans de bonnes conditions, c’est-à-dire en premier lieu dans une zone suffisamment éclairée afin de permettre la germination et la croissance des essences ciblées. En outre, les zones situées à l’intérieur (enclos) et à l’extérieur (exclos) doivent être comparables en termes de conditions pédoclimatiques, donc pas trop éloignées (5 à 20 m idéalement), mais suffisamment éloignées pour limer l’influence de la clôture sur l’exclos (certains animaux sont attirés par les abords des clôtures). Il est donc envisageable d’implanter ces dispositifs dans des trouées, une plantation après une coupe à blanc, sous un peuplement où la régénération naturelle est recherchée…

Afin d’encourager l’installation de ces enclos, le CRPF a organisé une réunion, où deux exemples ont été présentés. Tout d’abord un enclos simple, en forêt communale de Steige, sous un peuplement installé. Pour Pascal Ancel, la luminosité du site choisi est insuffisante : « Il faudrait avoir moins de 35 m2 de surface terrière par hectare. Ici il y a encore trop de volume de bois sur pied pour avoir une régénération abondante », indique-t-il. Avant de préciser que « le CRPF contrôlera l’implantation des enclos dont il financera les fournitures ».

La deuxième étape a conduit les participants dans la forêt domaniale du Hohwald, pour observer un enclos installé il y a cinq ans dans un puits de lumière. « La surface terrière est plus basse, il y a donc plus de lumière et plus de végétation », commente Pascal Ancel. Avec une population de gibier raisonnable, il devrait donc y avoir à peu près autant de végétation dans l’enclos que dans l’exclos, ce qui n’est objectivement pas le cas. Dans l’enclos, les participants repèrent de l’épicéa, du sapin pectiné, du pin sylvestre, de l’alisier… Il semble y avoir davantage de tiges juvéniles dans l’enclos qu’à ses abords. Mais ce qui frappe le plus le regard, c’est la différence de taille entre les myrtilliers de part et d’autre de la clôture. Ceux-ci sont significativement plus hauts dans l’enclos, car moins abroutis. Autre élément très visuel : la présence de ronce dans l’enclos, alors que l’extérieur en est totalement dépourvu.

Retrouvez cette visite en vidéo :

 

École des jeunes présentateurs

La relève est assurée

Élevage

Publié le 20/04/2018

C’est une école pas tout à fait comme les autres, qui n’ouvre que deux jours tous les deux ans. Et dont le programme de formation est bien précis : il s’agit d’apprendre tout ce qu’il faut savoir pour participer à un concours de race bovine. Et, pour présenter des animaux qui ont une chance de gagner, la base, c’est la sélection génétique. « Nous apprenons aux participants à lire et à analyser les index, qui reflètent ce que les taureaux sont susceptibles de transmettre à leurs filles. Car bien choisir les accouplements permet de compenser certaines faiblesses et d’améliorer la génétique du troupeau. C’est la base du travail de sélection », indique Salomé Vieux, l’une des formatrices de cette école. La finalité des concours de race, c’est de montrer tout ce travail de sélection qui a été effectué en amont. Il s’agit donc de trouver l’animal qui saura le mieux le valoriser, c’est-à-dire « se montrer », et sur lequel il est possible de bien mettre en avant les qualités génétiques du troupeau, et éventuellement masquer quelques défauts.

Des animaux au top de leur forme

Pour pouvoir présenter des animaux au top de leur forme le jour J, il est important de les nourrir correctement. L’alimentation fait donc l’objet d’un module de formation. « L’alimentation, c’est un choix de chaque éleveur, en fonction de ce qu’il y a sur chaque exploitation. Certains ont la possibilité de faire beaucoup d’herbe, d’autres moins », note Salomé Vieux. Du coup, pas de recette miracle pour obtenir une silhouette parfaite. Pas non plus d’aliment miracle pour accroître les performances des animaux. « Nous détaillons les principales caractéristiques de l’alimentation des génisses dans l’optique de participer à un concours. Et les conséquences de l’alimentation sur la croissance et la reproduction. Par exemple, si une génisse graisse trop, elle risque de voir sa fécondité diminuer », poursuit Salomé Vieux.

Vient ensuite la préparation du concours. Le jour J, les animaux doivent être soigneusement préparés. Un travail qui commence par une bonne douche. Là aussi, quelques astuces permettent d’optimiser le résultat : « En appliquant le savon d’abord sur la ligne de dos de l’animal, il coule ensuite sur les flancs », illustre Salomé Vieux. Puis sur les pattes. Tout le corps de l’animal est ainsi savonné et brossé, dans le but d’obtenir un pelage tout propre. Après un temps de séchage, place à la tonte. L’objectif de cette opération est de valoriser les qualités des animaux : une belle ligne de dos, une belle attache de la mamelle, des aplombs bien dessinés… Tous les points forts des animaux peuvent être mis en avant grâce à quelques coups de tondeuse bien placés.

Du calme pour gagner

Enfin, il faut savoir présenter les animaux. Et ça s’apprend avec de l’entraînement, aussi bien de la génisse que de son guide. La génisse doit être habituée à marcher, à la musique, à ne pas s’effrayer au moindre bruit. Le présentateur doit savoir avant tout « rester calme ». Pour les deux formatrices, c’est la base d’une présentation réussie. À cela s’ajoute la manière de tenir le licol, de mener l’animal, d’être en harmonie avec lui, de bien le placer à l’arrêt pour mettre en avant ses qualités, d’être attentif à ce qui se passe autour, et surtout au juge.

Après une journée de samedi très studieuse, entre apprenants et formateurs, la journée de dimanche était plus conviviale : la famille, les amis, les curieux étaient invités à venir découvrir le travail de présentation, et à profiter des grillades proposées sur place par les organisateurs. La prochaine session de l’école des jeunes présentateurs aura lieu dans deux ans. Un rythme qui convient bien aux organisateurs : « Préparer ces deux jours prend pas mal de temps. Nous avons choisi et entraîné les génisses en amont. Il faut assurer la formation et la restauration. En plus du travail que nous avons tous à faire sur nos fermes », note Jean-François Dintinger, président du Syndicat de la race prim’holstein du Bas-Rhin. Et, en ne proposant cette formation qu’un an sur deux, « les personnes qui s’inscrivent sont motivées, et on a plus de chances de les retrouver dans de futurs concours ».

Fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (Fredon)

Vers une structure Grand Est

Cultures

Publié le 20/04/2018

« Créées il y a 120 pour lutter contre phylloxera, les Fédérations régionales de défense contre les organismes nuisibles (Fredon) constituent un réseau d’experts du sanitaire végétal, qui remplit une mission d’intérêt général au service de la protection de l’environnement, de la santé du végétal et de la santé humaine », a rappelé en introduction Albert Elbel, président de la Fredon Alsace. Depuis quatre ans, les Fredon sont d’ailleurs reconnues Organisme à vocation sanitaire (OVS) pour le végétal. « C’est le fruit d’un travail coordonné avec les autres Fredon, et mené en collaboration avec les Groupements de défense sanitaire, reconnus OVS pour l’animal. » Il incombe donc aux Fredon des missions de surveillance du territoire, de prévention des menaces sur la santé des plantes, l’élaboration de mesures de lutte contre les ravageurs et les nuisibles. Pour remplir ces missions, la Fredon Alsace travaille en partenariat avec la Région Grand Est, l’Agence de l’eau Rhin Meuse, la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA), les producteurs de fruits, le réseau des villes et villages fleuris, le Service régional de l’alimentation (Sral).

Albert Elbel a listé les faits marquants de l’année 2017. La traditionnelle journée technique à destination des collectivités publiques a rassemblé 200 personnes à La Wantzenau. La Fredon a orchestré une lutte collective contre les corvidés sur 63 communes du Bas-Rhin (lire en encadré). L’association sanitaire régionale (ASR), regroupant les Fredon et les GDS de la Région Grand Est, a été créée afin de mieux maîtriser les dangers sanitaires en réunissant les organismes techniquement compétents. Cette association « doit maintenant être dynamisée » et accueillir d’autres partenaires techniques.

Une structure unique à trois antennes

Albert Elbel a également évoqué le renforcement de la collaboration entre les trois Fredon. Un rapprochement qui « se passe bien » et qui est l’occasion de « conforter notre position d’OVS et de travailler en commun sur certains dossiers ». Les trois Fredon ont créé un groupe projet réunissant les trois directeurs et trois présidents. Accompagnés d’un consultant, ils se rencontrent tous les mois pour mener des réflexions. Les équipes des trois structures se sont également rencontrées. Et les trois conseils d’administration ont approuvé les premières propositions du groupe projet. Si bien que les trois structures ont décidé de regrouper leurs activités et de mettre en place une seule entité à l’horizon 2020, qui se déploiera dans les trois régions concernées via trois antennes. « Ce projet de structure unique nous encourage à poursuivre nos travaux », a commenté Albert Elbel.

Prospection volontaire de la cicadelle dans le vignoble

Sylvie Spoerry, directrice de la Fredon Alsace depuis un an, a décrit les activités qui occupent ses 16 ETP, dont pas mal de travailleurs temporaires en été. Celles-ci se répartissent entre la surveillance, la prévention - notamment « l’accompagnement vers des pratiques moins gourmandes en produits phytosanitaires » - et la lutte contre les nuisibles et ravageurs.

La surveillance du territoire concerne différents domaines : les grandes cultures, le houblon, l’arboriculture, la viticulture et les Jardins, espaces végétalisés et infrastructures (Jevi). La Fredon surveille des parcelles, ce qui lui permet de participer à la rédaction du Bulletin de santé du végétal (BSV) et d’étudier l’effet non intentionnel des produits phytosanitaires. Et la Fredon surveille plus particulièrement l’évolution des populations de certains agents, potentiellement nuisibles, tels que le frelon asiatique, le cynips du châtaignier, la drosophile suzukii, la punaise diabolique, ou encore la cicadelle, insecte inféodé à la vigne et qui transmet la flavescence dorée. En 2017, 50 parcelles ont été surveillées visuellement de manière aléatoire. Un maillage qui va être augmenté en 2018, en partenariat avec le Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa), dans le cadre d’un projet Interreg. En outre, la Fredon surveille aussi l’émergence des cicadelles à l’aide d’un dispositif financé par le Civa. Nouveauté cette année la prospection volontaire de 1 500 hectares de vigne sur 10 communes par les viticulteurs eux-mêmes. Une action qui répond à une demande de l’AVA, et encadrée par la Fredon, la CAA et le Civa… « L’objectif est de prospecter 20 % du vignoble chaque année de manière collective », indique Sylvie Spoerry, qui souligne le côté formateur de cette action qui permet aux viticulteurs de mieux connaître la maladie, de mieux reconnaître ses symptômes, ce qui facilite sa reconnaissance.

Inspection : la sharka dans le collimateur

Le travail d’inspection de la Fredon se déroule en partie chez les producteurs ou les revendeurs de matériel végétal. Et concerne notamment la surveillance des organismes réglementés (sharka, feu bactérien…). La Fredon effectue aussi des contrôles dans le cadre de mesures ordonnées, qui peuvent déboucher sur des arrachages. Dans les 644 échantillons prélevés dans le cadre de cette activité, le principal agent détecté est le virus de la sharka.

En matière de prévention, la Fredon a accompagné 14 collectivités locales dans leur volonté d’aller vers un entretien des espaces publics sans produits phytosanitaires. Un travail qui porte essentiellement sur le désherbage. Mais la responsable de ce volet, Lucie Boissier, souligne que pour 12 de ces collectivités, cette volonté concerne l’entretien global des espaces verts. « Nous effectuons aussi un bilan avec les communes un à trois ans après la réalisation de l’étude », indique Lucie Boissier. Et la Fredon a répondu à des appels d’offres, portant notamment sur l’initiation à la veille sanitaire des gestionnaires d’espaces verts et sur des actions en faveur de la biodiversité.

83 % des communes sensibilisées à la démarche zéro pesticide

En matière d’arboriculture, l’activité de prévention de la Fredon s’est traduite par 36 réunions de bout de parcelle, des matinées au verger, des conférences, des formations, des sessions labo vert. En viticulture, 138 réunions Rais’Alsace et sept labos verts ont été coanimés avec la CAA de mai à fin juillet, dont une réunion consacrée à la drosophile suzukii juste avant les vendanges. En zone non agricole, la Fredon accompagne 226 communes, soit 25 % des communes alsaciennes, à une démarche d’entretien des espaces verts sans produits phytosanitaires. Elle accompagne aussi des établissements scolaires, de santé publique… « Depuis 2001, 83 % des communes alsaciennes ont été sensibilisées à la démarche zéro pesticide », précise Lucie Boissier. La Fredon effectue un travail d’animation du club « Communes nature » auprès des 146 communes labellisées « 3 libellules », leur permettant ainsi d’échanger entre elles pour amplifier leurs actions.

La Fredon assure aussi la diffusion du bulletin d’information « Comm’une envie de vert ». Enfin, elle a conduit un essai de lutte contre la pyrale du buis qui visait à tester l’efficacité des trichogrammes sur les œufs de la pyrale en complément de l’application de Bacillus thuringiensis.

Élevage porcin

Un robot pour améliorer les conditions de lavage

Élevage

Publié le 13/04/2018

Ce robot se présente sous forme d’un boîtier de réglage central, monté sur roulette et équipé de deux bras télescopiques se terminant chacun par une buse. Le tout étant relié à une pompe - d’un débit conseillé de 30 à 35 l/min - alimentant l’ensemble en eau. Le boîtier sur roulette circule dans l’allée séparant les cases. Et les bras télescopiques se déploient au-dessus des cases, les aspergeant d’eau sous pression, grâce aux buses pivotant de 0 à 45 °. Pour les importateurs, un des atouts du robot, c’est sa facilité d’utilisation. Il « suffit » de régler la pression, la vitesse de balayage des buses, leur inclinaison, de brancher la pompe, le courant et d’appuyer sur start. « En général, nous préconisons deux allers-retours par salle, avec deux angles de buses différents. Un premier avec les buses orientées de manière à envoyer un maximum de pression vers les caillebotis. Un deuxième avec les buses inclinées de manière à ce que les jets nettoient efficacement les cloisons. II est en effet possible de régler l’angle et la vitesse de rotation des buses selon les zones où il s’agit d’insister et selon les obstacles à éviter, qui ne sont pas les mêmes en maternité, qu’en post-sevrage, ou en engraissement », détaille Pierre Promost, commercial et démonstrateur pour Id1port. En déployant les deux bras, il est possible de nettoyer les deux côtés d’une salle en même temps. Mais il est aussi possible de dégager un bras, pour ne traiter qu’un côté de salle à la fois. Il existe des bras de différentes tailles, soit de 50 cm à 1 m de long ; ou de 1,20 à 2,40 m de long. « Le robot pulvérise en général de l’eau. Il n’est pas équipé pour pulvériser autre chose. Mais il est possible d’imaginer un système où la pompe aspirerait du produit désinfectant », précisent les importateurs.

Gain de confort de travail

La démonstration est convaincante. Entre les cases qui ont été traitées par le robot et les autres, la différence est flagrante. Cependant, des résidus subsistent, et certains éléments, comme les mangeoires, restent assez souillés. Les représentants d’Id1port confirment : « Le robot sert à faire le premier passage, celui du décrassage. Après, c’est à vous de juger ce qu’il est nécessaire de faire en fonction de votre degré d’exigence. » Pour les éleveurs présents, il est clair que le robot peut améliorer le confort de travail, puisqu’il permet d’éviter le premier passage, soit le plus laborieux. Mais qu’il reste du travail derrière : démontage de certains équipements pour les laver à part, application d’un détergent, rinçage, finition manuelle…

Actuellement, le robot peut-être commercialisé partout en France, mais Id1port cherche des revendeurs pour assurer un service de proximité réactif aux clients. D’un coût de 33 000 €, il n’est pour l’instant proposé qu’à la vente. « Nous avons pensé à en proposer à la location, mais cela s’est avéré trop compliqué », indique Pierre Promost.

Retrouvez cette démonstration en vidéo :

 

Bûcheronnage et sécurité

Apprendre à dompter le bois sous tension

Pratique

Publié le 13/04/2018

Les travaux forestiers sont la principale source d’accidents pris en charge par les Caisses d’assurance-accidents agricole (CAAA), après l’utilisation de machines agricoles. Il était donc logique qu’elles se saisissent du dossier. Ce qu’elles ont fait en investissant dans un simulateur de bois sous tension. Une acquisition réalisée en partenariat avec la direction territoriale Grand Est de l’Office nationale des forêts (ONF), avec le soutien du Conseil régional Grand Est. L’appareil, de marque Serra, représente un investissement de 56 000 €, pris en charge à hauteur de 36 000 € par le GIE 3 CAAA, 10 000 € par l’ONF et 10 000 € par la Région Grand Est.

Fibres sous tension = risques pour les bûcherons

Cet outil permet, en imprimant des forces opposées à une grume, de créer des tensions dans les fibres du bois afin de reproduire les conditions réelles d’exploitation du bois, et donc d’apprendre à gérer les risques afférents. Lors de la première démonstration publique de l’engin, Fabrice Kolb et Timothée Stoffel, animateur et formateur à l’école de bûcherons de Saverne, en ont fait la démonstration en trois temps.

Tout d’abord ils ont mis en scène le coincement d’une tronçonneuse, puis un éclatement de bois, pour terminer par présenter une méthode permettant de scier un tronc sous tension sans danger. Tandis que le public peut voir la grume s’arrondir sous l’effet de la tension appliquée, Roger Konne, directeur de l’école de bûcherons de Saverne, commente : « Le simulateur permet de mettre le bois sous tensions. Si elles sont mal appréhendées, il peut y avoir un éclatement du bois et un balayage de la tige qui peut venir frapper l’opérateur… »

Éviter des drames

Pour Jean-Michel Habig, président du GIE, l’acquisition de cette machine doit servir à ce que les opérateurs en forêt « prennent conscience des risques auxquels ils sont soumis et acquièrent les bons réflexes, pour éviter d’avoir à déplorer de nouvelles victimes et des drames. » Pour toucher un public le plus large possible avec cet outil, le GIE 3 CAAA et l’ONF ont signé une convention de partenariat à l’issue de cette démonstration. Celle-ci stipule que l’outil reste la propriété de l’école de bûcherons de l’ONF, mais qu’il sera mis à disposition 12 jours par an pour des démonstrations programmées par la CAAA, et qui seront conduites par deux formateurs de l’ONF.

Cet investissement va donc permettre de former le personnel technique de l’ONF et des communes forestières lors des formations dispensées par l’école de bûcherons de Saverne. Mais aussi de sensibiliser d’autres publics : monde rural, lycées agricoles, pompiers, entreprises de travaux forestiers, d’entretien d’espaces verts, salariés des collectivités, de la SNCF, etc. Jusqu’à présent, quatre groupes de cinq personnes ont pu profiter d’une formation d’une demi-journée sur le simulateur dans le cadre des formations « petits-bois et bois moyens » dispensées par l’école de bûcherons de Saverne. Le simulateur sera visible le 5 mai, lors de l’assemblée générale de la CAAA du Haut-Rhin, qui aura pour thème les accidents liés au travail du bois.

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Pâtes d’Alsace Grand’Mère

Une nouvelle gamme, so locale

Cultures

Publié le 06/04/2018

La liste des ingrédients est d’une clarté limpide et rassurante : « Semoule de blé dur de qualité supérieure, 30 % d’œufs frais de poules élevées en plein air, soit 230 g par kg de semoule ». Point final. Du blé et des œufs. Ce sont les deux uniques ingrédients qui composent les pâtes de la nouvelle gamme « L’Alsacienne ». Mais pas n’importe quels œufs. Et surtout pas n’importe quel blé ! Des œufs il y en a en Alsace, mais seul le surplus est destiné aux casseries. Or ce sont ces œufs précassés qui entrent dans le process industriel de l’usine. « J’en trouve, mais je les paie cher », constate Philippe Heimburger.

Le blé, c’est une autre histoire. Car jusqu’à il y a quatre ans, pas le moindre épi de blé dur ne poussait dans la région. La faute à la rigueur des hivers alsaciens. Car les variétés de blé dur sont sensibles au gel. Mais, peu à peu, le changement climatique tend à estomper cette rigueur et à rendre la culture de cette plante envisageable sous nos latitudes. C’est fort de ce constat que Philippe Heimburger est allé frapper à la porte de Jean-Paul Bastian, qui a répercuté sa requête au Comptoir agricole. C’était il y a quatre ans, en 2014. Des essais ont été mis en place. La récolte 2015 est encourageante. Celle de 2016 est catastrophique. « Mais, rappelle Alain Weissenberger, ça a été le cas pour toutes les céréales. » Pas de quoi refroidir les partenaires donc. Qui se sont lancés dans l’aventure à échelle industrielle en 2017. Les 17 hectares de blé dur ont produit quelque 100 tonnes de blé, qui a été transformé en quatre formats de pâtes : des nids fins, des nids plus épais, des nouilles bouclées et, bien évidemment, des spaetzle.

De la qualité sinon rien

Pour l’instant, l’expérience est un succès : « Nous avons obtenu du blé dur de bonne qualité, avec peu de fusariose et une bonne teneur en protéines », constate Alain Weissenberger. Une bonne qualité qui ne doit rien au hasard : « Nous sommes très vigilants sur le précédent. Afin de réduire le risque fusariose, nous préférons un précédent tournesol ou colza, à un précédent maïs. En outre, les producteurs doivent respecter un cahier des charges qui impose le fractionnement de la fertilisation azotée en au moins trois, voire quatre, apports afin d’obtenir la teneur en protéines souhaitée », précise Marc Muller, du Comptoir agricole. En contrepartie de cette qualité, Philippe Heimburger s’est engagé à garantir un revenu minimum à ses apporteurs, même en cas de mauvaise récolte. Et en cas de très mauvaise récolte ? « Eh bien nous ne produirons pas de pâtes de ce millésime », répond stoïquement le chef d’entreprise.

Après la récolte, l’organisme stockeur est chargé de stocker la marchandise et de l’expédier au moulin. À ce stade, la vertu du produit s’écaille un peu, puisque ledit moulin se situe au Luxembourg. Mais Philippe Heimburger n’a pas l’embarras du choix. Blé dur et blé tendre nécessitent des calibrages de mouture différents. Ils sont donc moulus dans des moulins distincts. Et « il n’existe pas de moulin à blé dur indépendant en France. Ils appartiennent tous à la concurrence », précise Philippe Heimburger.

Pour le millésime 2018, c’est une cinquantaine d’hectares qui va être cultivée par six agriculteurs entre Marlenheim et Ebersheim, où les parcelles sont irriguées. Et déjà, un second projet se profile : la production de blé dur bio. Avec toujours des difficultés liées à la sensibilité des variétés au froid et à la fusariose. « Il faut avoir des cartouches pour gérer ça en bio », constate Marc Muller. Premier essai cette année, sur 2 ha. De son côté, Philippe Heimburger annonce d’ores et déjà de nouvelles formes, notamment des pâtes à lasagnes.

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