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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Filière ovine

La galette du berger pour séduire les jeunes

Élevage

Publié le 30/03/2018

Depuis plusieurs années, le Département du Bas-Rhin et la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) promeuvent l’approvisionnement local des restaurants scolaires. Objectifs : maintenir et renforcer le maillage territorial agricole et donner accès à une alimentation de qualité à tous. Pour promouvoir la consommation de viande ovine locale auprès des jeunes consommateurs, l’association Agneau Terroir d’Alsace a proposé un nouveau produit aux collégiens de Niederbronn-les-Bains : la galette du berger, une préparation de viande ovine hachée, moulée en forme de mouton.

Les jeunes, les consommateurs de demain

Stéphane Huchot, président de l’association Agneau terroir d’Alsace, prévient d’emblée : « Ce produit ne sortira pas sur le marché » et ne sera pas non plus proposé régulièrement aux établissements scolaires. Car même en ayant réduit la taille de la galette de 140 à 80 g, le coût de fabrication reste trop élevé par rapport à ce que les établissements scolaires peuvent dépenser par élève et par repas. « On arrive à 1,60 € par galette », précise Stéphane Huchot. Cette opération de lancement est néanmoins amenée à être reconduite. Dès le mois de juin, la galette du berger sera proposée à 90 collèges, qui la serviront sur la base du volontariat. Pour Stéphane Huchot, cette opération de lancement est en tout cas une réussite, puisqu’elle permet de faire déguster de la viande ovine aux enfants, « qui sont les consommateurs de demain ».

Un lancement réussi

Pour cette opération, une vidéo présentant des exploitations agricoles était projetée dans le réfectoire. À part ça, le repas se déroulait normalement, hormis le fait qu’un certain nombre d’élèves arboraient des stickers Agneau Terroir d’Alsace sur diverses parties de leur corps. Pour garantir le succès de la galette du berger, celle-ci était servie façon burger, accompagnée de frites. Dans l’ensemble, les 400 élèves mangent de bon appétit. Seule une minorité rechigne face à une viande qu’ils jugent « trop forte en goût ». Pour compléter le repas, le bar à crudités était achalandé avec des légumes bios des Jardins d’Altaïr et le rayon dessert par des fruits et des laitages de la ferme Herrenstein. Une fois les plateaux rendus, deux élèves menaient l’enquête pour savoir si les convives avaient des restes, et si oui en quelle quantité et pourquoi. Parce qu’il y en avait trop ? Parce que le repas n’a pas plu ?

Au-delà de ce coup d’essai pour la galette du berger, cette manifestation a été l’occasion pour l’association Agneau Terroir d’Alsace de présenter différentes facettes du métier aux élèves et à leurs parents. Le repas des élèves a en effet été suivi d’une démonstration de tonte de mouton et de chien de berger. Quant aux parents, ils pouvaient déguster différents produits élaborés avec de la viande ovine sur le parvis du collège, tout en s’informant sur les dernières actualités du Parc naturel des Vosges du Nord, qui animait un stand sur les prairies fleuries et les producteurs des Vosges du Nord.

Fleurs et plantes d’Alsace

Le printemps, c’est maintenant

Cultures

Publié le 23/03/2018

Mardi 20 mars, premier jour du printemps, l’Alsace s’est réveillée sous les vestiges d’une ultime (?) chute de neige. Pourtant, dans les serres des horticulteurs de Fleurs et Plantes d’Alsace, c’est bel et bien le printemps. Poussez leurs portes et c’est un festival de couleurs et de senteurs qui tranche avec la grisaille et la fraîcheur extérieures. Ce qui n’est pas sans inquiéter les professionnels : les consommateurs sont plus enclins à rester au coin du feu qu’à arranger des jardinières, et la saison a du mal à démarrer : « Je ne sais pas comment on va écouler notre marchandise », constate Claude Barthel, dirigeant de Fleurs Barthel, horticulteur à Dorlisheim.

Mais trêve d’inquiétude, les participants à la première édition de la journée officielle du bonheur arrivent. Cette manifestation, décrit Claude Barthel, « c’est l’occasion de lancer la saison du printemps, de faire visiter nos serres différemment, de montrer les étapes qui précèdent le produit fini, pour que les clients puissent voir comment on plante, comment on cultive les plantes qui, bientôt, orneront jardins, potagers et balcons. » Ce n’est pas la foule des grands jours, mais un petit groupe se constitue. Estelle Kaltenbach, originaire de Saint-Pierre, est une cliente régulière de l’établissement. Sa fidélité, elle la justifie par la qualité des produits qu’elle y trouve, et notamment la longévité des géraniums.

Un jeu de piste haut en couleur

Agnès Mesenbourg, salariée de l’entreprise, présente le jeu imaginé par l’équipe. Il s’agit de cheminer à travers les serres, au gré d’un parcours fléché parsemé d’énigmes à résoudre. Six étapes sont identifiées par des panneaux numérotés. À chacune correspondent une énigme et une solution. Et à chaque solution correspond une pièce de puzzle. Une fois reconstitué en fin de parcours, le puzzle indique un lieu, où les participants reçoivent une récompense. Mais attention, il y a des pièges ! Certaines solutions suggérées ne sont pas les bonnes. Et certaines pièces de puzzle sont donc des pièges. Or la règle du jeu est claire : on ne peut prendre qu’une pièce de puzzle par étape.

C’est parti pour une demi-heure de visite. L’occasion de croiser aussi des salariés au travail, de discuter avec eux. C’est le cas du côté des géraniums, où deux personnes s’attachent à enlever les boutons floraux qui apparaissent : « C’est trop tôt pour faire des fleurs. Ils doivent pousser encore un peu », explique une salariée en CDI intermittent. Et d’expliquer qu’elle fait autre choses tous les jours. « C’est un métier très polyvalent », confirme son collègue dans un sourire. Les salariés semblent eux aussi apprécier l’initiative, qui leur permet d’échanger quelques mots avec des inconnus sur leur lieu de travail.

Une source d’inspiration et de conseils

Sans dévoiler les énigmes, pour ceux qui voudraient encore participer au jeu samedi, sachez que vous aurez besoin de connaissances en dermatologie, en entomologie, en météorologie, en patrimoine local… Et bien sûr en botanique. Les énigmes ne sont pas insurmontables (surtout avec l’aide d’un smartphone), mais pas bêtifiantes non plus. Participer à ce jeu est aussi l’occasion d’enrichir ses connaissances en étymologie et vocabulaire. Savez-vous ce qu’est une plante acaule ? Non ? Alors venez participer ce samedi à la seconde édition du Flower Game, organisé par l’établissement Fleurs Barthel. Surprises, récompense, dialogue et convivialité vous attendent à la fin du parcours.

Mardi 20 mars, d’autres professionnels ont joué le jeu un peu partout en Alsace, en accueillant les clients pour un moment de partage et de convivialité. Au programme : distribution de boutures de « nouvelles plantes », semis de radis à récupérer prêts à consommer 30 jours plus tard, tombola… L’occasion aussi pour les visiteurs de glaner des conseils de jardinage autour de boissons et de douceurs. Le service à la clientèle constitue l’atout principal de la profession : « Nous sommes une source d’inspiration et de conseils. La gamme de plantes s’est considérablement étoffée en quelques années. Les conseils d’entretien qui vont avec sont donc devenus indispensables », note Claude Barthel, qui souligne une autre tendance très forte, celle pour les compositions - notamment jardinières - toutes faites. Lui n’est pas sûr d’y gagner quelque chose, car cela requiert beaucoup plus de main-d’œuvre que de faire pousser un lot de géranium. Mais c’est une demande qui émane de consommateurs en quête de gain de temps et à laquelle « il faut répondre ».

Hervé Wendling, président du syndicat ovin du Bas-Rhin

Les Ovinpiades, un bon moyen de faire parler de l’élevage ovin

Vie professionnelle

Publié le 16/03/2018

« C’est le meilleur résultat que nous avons obtenu depuis que nous participons aux Ovinpiades », se félicite Hervé Wendling. Soit pour la 6e fois depuis 13 ans que les Ovinpiades permettent aux meilleurs jeunes bergers de France de se confronter entre eux. Ces résultats sont donc encourageants pour tout le monde. Les jeunes certes, mais aussi les enseignants des lycées participants, Jean-Pierre Saulet-Moes, le technicien ovin de la Chambre d'agriculture d’Alsace, et les éleveurs, qui ont participé au concours, que ce soit en accueillant les entraînements, en faisant partie du jury…

Cette année, hormis le cas un peu particulier de Louis Frischinger (lire en encadré), les deux candidats Alsaciens sont des fils d’éleveur ovin. Avec leurs 15e et 13e places, les Alsaciens n’atteignent pas encore les sommets, mais s’en approchent : « Il y a peu de différences de points entre ceux qui sont sur le podium et les suivants », indique Hervé Wendling. Les candidats ont donc été départagés dans un mouchoir de poche. Ce qui signifie d’une part que les Alsaciens n’ont pas démérité face à des régions traditionnellement plus tournées vers l’élevage ovin. D’autre part que la victoire s’est jouée dans les détails. Pour Hervé Wendling, leurs bonnes performances montrent que « plus on est motivé et plus on travaille, plus on a de chances de gagner ». Attention, cela ne veut pas dire que le podium est réservé aux bergers de père en fils ! Mais que pour l’atteindre, il faut travailler. Et c’est ce qu’ont fait les candidats Alsaciens, grâce à deux entraînements avec leur classe avant les épreuves régionales, et deux autres après leur qualification. « Ils ont participé aux Ovinpiades de Mirecourt en candidat libre. Là, ils ont été confrontés à des élèves en Certificat de spécialisation Conduite d’un élevage ovin. Cela leur a démontré qu’il fallait progresser pour avoir une chance de gagner à Paris. » Le président du syndicat note que c’est à l’épreuve du quiz que les vainqueurs ont grappillé les points qui ont fait la différence : « Cela montre que si les élèves bénéficiaient d’une formation plus poussée en élevage ovin, ils pourraient faire mieux ». Aussi Hervé Wendling invite les jeunes à persévérer : « Le résultat de Louis Frischinger montre qu’il est possible de faire encore mieux ». Sans oublier la bonne ambiance qui règne durant tout le parcours des Ovinpiades, et particulièrement au Salon international de l’agriculture : « Nous sommes partis à 30 en TGV pour les encourager pendant toute la durée des épreuves, parce que c’est motivant et valorisant d’être soutenu ».

Mieux faire connaître le métier d’éleveur ovin

Pour Hervé Wendling, les Ovinpiades sont un moyen de mieux faire connaître l’élevage ovin aux élèves des lycées. « Les classes qui participent aux Ovinpiades bénéficient d’heures de cours spécifiques, dispensées par Jean-Pierre Saulet-Moes. » Et, d’année en année, la mayonnaise prend : « Les élèves en parlent entre eux, ils sont motivés par le challenge et apprécient de pouvoir être sur le terrain. » Car les entraînements ont lieu dans des fermes ovines. Les frais engendrés sont pris en charge par Inn’Ovin, le syndicat ovin du Bas-Rhin et les éleveurs. « À midi, nous leur servons de l’agneau. Qu’ils apprécient, surtout le steak haché d’agneau ! »

Les Ovinpiades ont donc le mérite de mieux faire connaître le métier d’éleveur ovin à quelques jeunes. Et, qui sait, de provoquer quelques vocations. Mais Hervé Wendling aimerait aller plus loin. Pour que ce contact avec les ovins ne soit pas réservé à quelques-uns, mais touche tous les élèves. D’autant que cela pourrait se faire à moindres frais : « Il serait possible de mettre à disposition quelques agneaux pour créer un petit atelier d’engraissement de plusieurs lots, adossé à quelques heures d’enseignements sur les ovins… Cela permettrait aux élèves de voir évoluer les agneaux. Et, pourquoi pas, de les consommer ensuite au réfectoire ? » Si possible sous forme de steak haché d’agneau tant apprécié !

Faire perdurer la dynamique

Car, rappelle Hervé Wendling, qu’importent les moyens, il faut au mieux développer le cheptel ovin, au moins le maintenir. Pourquoi ? Parce que sans cela la dynamique qui a su être insufflée à la production ces dernières années pourrait retomber. « Il est primordial que nous puissions continuer à assurer la livraison de nos partenaires au sein de l’association Agneau Terroir d’Alsace. Sinon, ils s’en détourneront », illustre Hervé Wendling. Et il y a aussi l’outil d’abattage de Haguenau. Qui doit continuer à être alimenté pour perdurer. Ce qui ne va pas sans des filières d’élevage dynamiques.

Pour y parvenir, Hervé Wendling évoque différentes pistes : « On pourrait imaginer des partenariats entre céréaliers et éleveurs ovins. Au lieu de semer un couvert de moutarde, il suffirait de semer un couvert que les brebis pourraient pâturer. » Elles feraient office de broyeur et d’épandeur à engrais. « Bien sûr, reconnaît Hervé Wendling, ça ne serait pas adapté à toutes les terres et à tous les contextes, mais cela pourrait au moins être testé, et encouragé. » Tout comme la création d’ateliers ovins au sein de structures déjà existantes, afin de diversifier les sources de revenu.

Florian Huchot

Passion mouton

Vie professionnelle

Publié le 16/03/2018

À 17 ans, Florian Huchot participait pour la première fois aux Ovinpiades des jeunes bergers. Après avoir remporté la finale régionale en Alsace, il s’est frotté à la crème des futurs bergers à Paris, sur le ring ovin du Salon international de l’agriculture. Il y a remporté une honorable 15e place, sur une quarantaine de participants. Il faut dire que si Florian Huchot participait pour la première fois aux Ovinpiades, les moutons, c’est son rayon : « Je vis dans ce milieu depuis toujours ». En effet, Florian est le fils de Stéphane Huchot, éleveur ovin à Preuschdorf et président de l’association Agneau Terroir d’Alsace. C’est donc sans surprise qu’après sa scolarité au collège Maréchal de Mac-Mahon à Wœrth, Florian Huchot rejoint les rangs du lycée agricole d’Obernai. Enfin à mi-temps seulement. Puisque le jeune homme a choisi la voie de l’alternance pour décrocher son CAP Grandes cultures. Quand il n’est pas sur les bancs du lycée en train d’acquérir de nouvelles connaissances, il est donc en train de les mettre en pratique chez un éleveur bovin de Gunstett. Ensuite, Florian Huchot souhaite poursuivre ses études avec un bac pro, puis s’installer sur l’exploitation familiale. Une installation qu’il envisage dans la continuité. S’être frotté aux vaches durant son CAP ne l’a pas fait dévier d’un iota de son dessein : « Travailler avec les moutons, j’adore ça. Du fait de la différence de gabarit, la conduite d’élevage est très différente de celle des bovins ». Une passion qui l’a sans aucun doute aidé à décrocher ses bons classements lors des Ovinpiades : « Je connais bien l’animal ». Si bien qu’il n’a peut-être rien appris de plus lors des différentes épreuves ? Pas du tout : « J’ai appris beaucoup de choses, surtout sur la théorie, et notamment sur l’évaluation de l’état de santé des animaux, mais aussi sur l’organisation de la filière ». Aussi Florian Huchot envisage-t-il de participer à une prochaine édition des Ovinpiades, si l’occasion se présente à nouveau.

WeFarmUp

Après la coop, la Cuma… vive le réseau !

Pratique

Publié le 14/03/2018

EAV : Pourquoi avoir créé WeFarmUp ?

Laurent Bernede. Acquérir du matériel génère toujours une dette, qu’elle soit individuelle ou collective, comme dans une Cuma. Le problème, c’est que cet endettement entraîne des annuités qui sont fixes, face à un revenu nettement plus fluctuant. L’idée, avec WeFarmUp, c’est d’apporter une dose de variabilité dans les charges de mécanisation en allant chercher un matériel seulement quand on en a besoin. Il s’agit donc d’un outil qui procure un nouvel élément de compétitivité, grâce à la mise en réseau d’utilisateurs.

EAV. Et ça fonctionne ?

LB. Il y a trois principaux postes de charges en agriculture : les machines, les terres et les intrants (génétique, produits phytosanitaires…). Sur ce dernier poste, essayer de faire des économies peut s’avérer dangereux car cela fait courir un risque. Sur le second, notre outil de travail, c’est très difficile d’économiser ! Reste le premier poste, sur lequel il est possible d’amener de la variabilité, en apportant davantage de flexibilité dans le pilotage du parc matériel. C’est encore plus vrai avec l’essor des nouvelles techniques de production.

EAV. C’est-à-dire ?

LB. Prenez un strip-tiller ou un semoir de semis direct. Vous avez peut-être envie de faire des tests pour déterminer si c’est un matériel qui vous convient, vu l’investissement que cela représente ! Avec WeFarmUp, vous pouvez en louer un près de chez vous. Au lieu de payer un outil 40 000 €, vous allez le payer 50 €/ha, par exemple. En plus, certains agriculteurs proposent de vous accompagner lors de la prise en main. Vous gagnez aussi du temps d’apprentissage !

EAV. Comment WeFarmUp se positionne face aux Cuma, ETA, concessionnaires agricoles ?

LB. WeFarmUp est ouvert à tous les professionnels, qu’ils soient Cuma, ETA, concessionnaire, agriculteur… C’est un outil qui permet de démultiplier l’offre, au service des agriculteurs, qui ont tous des besoins différents. Chacun peut participer en mettant à disposition du matériel sous-utilisé. Pour les Cuma, les ETA, WeFarmUp constitue donc une vitrine supplémentaire. Elles ont la possibilité de créer une page entreprise sur notre site, avec des photos, des vidéos, une description, le catalogue de leur matériel disponible, la liste des certifications dont elles disposent… Cette page sera liée à une URL spécifique.

EAV. Concrètement, comment se passe un échange sur WeFarmUp ?

LB. WeFarmUp est une plateforme web qui reprend les codes de l’économie collaborative, dans laquelle les offreurs sont aussi demandeurs. Pour mettre son matériel en location, il faut s’inscrire puis publier une annonce en renseignant différents critères : caractéristiques techniques de l’outil, photo, tarification, s’il s’agit d’une location ou d’une prestation avec l’expert qui va avec… Pour fixer le prix de location, nous proposons un guide de prix. Pour trouver un matériel, il suffit d’en taper les caractéristiques dans un moteur de recherche. La réservation une fois effectuée, le paiement s’effectue en ligne. Le prélèvement n’est réalisé que si la location est acceptée par l’offreur. Et le paiement est stocké jusqu’à la fin de l’échange. Les deux utilisateurs prennent contact pour définir les modalités de l’échange. WeFarmUp envoie des contrats de location, des états des lieux et une attestation d’assurance. Encore plus simple, il est possible d’utiliser une application mobile qui génère le contrat de location, réalise l’état des lieux et fait signer les utilisateurs. Le locataire remet le chèque de caution au propriétaire. Une fois la location terminée, ils réalisent ensemble l’état des lieux de fin de contrat et le propriétaire rend le chèque de caution au locataire. Le propriétaire est alors payé, et chacun des utilisateurs reçoit les factures correspondantes.

EAV. Malgré ces précautions, certains craignent de récupérer du matériel dégradé…

LB. Effectivement, les principaux freins évoqués sont l’usure du matériel, la casse. Or toutes les locations sans chauffeur effectuées sur WeFarmUp sont assurées par Groupama. Et, en deux ans d’existence, nous n’avons eu à effectuer aucune déclaration de sinistre. En outre, à l’issue de l’échange, l’offreur et le demandeur peuvent s’évaluer. Ils ont donc tout intérêt à ce que l’échange se passe bien. Et c’est ce qu’on constate sur le terrain. Ce sont souvent des gens qui ne se connaissent pas. Donc, l’échange de matériel est un vecteur de rencontre.

EAV. Comment gérez-vous les pics de demande de matériel, comme les semoirs lors des semis, les faneuses à la fenaison ?

LB. Nous avons voulu vérifier cette affirmation qui dit qu’« on a tous besoin du matériel au même moment ». En partenariat avec Arvalis-Institut du végétal, nous avons effectué un carottage de 30 fermes sur un territoire en région toulousaine, en référençant leur parc matériel et en enregistrant les périodes d’utilisation de chaque outil. Sur ces 30 exploitations, 20 possèdent un semoir monograine. En 2016, lors de la journée où un maximum de semoirs étaient utilisés en même temps, il y en avait six qui tournaient. Ce qui signifie que les 14 autres représentent une réserve de compétitivité inexploitée. En fait, les plages d’intervention sont plus importantes que ce qu’on imagine.

Betterave sucrière

Le marché ne peut que remonter

Pratique

Publié le 11/03/2018

« Heureusement que le prix que nous touchons est garanti sur trois ans », constate Franck Sander. Car le prix mondial du sucre est… désespérément bas. Qu’en sera-t-il à l’issue de la période de prix garanti par la contractualisation ? Difficile, voire impossible à dire. Mais Timothé Masson, du service économique de la CGB, est tout de même en mesure de dégager quelques éléments qui permettent d’expliquer l’état actuel du marché. Donc ses possibles évolutions.

6,3 Mt de sucre ont été produites en France cette année, soit 1,7 Mt de plus que lors de la précédente campagne (voire graphique). C’est vrai en France, et dans d’autres pays, qui ont aussi enregistré de bons rendements, combinés à une hausse des surfaces. En face, la consommation française de sucre est stable. « La taxe soda, le développement des édulcorants peuvent éroder la consommation. Mais pour l’instant, les volumes consommés sont stables », précise Timothé Masson. Le volume de sucre exporté en Europe a aussi augmenté (+ 400 000 t), principalement (à 75 %) vers l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. La dépendance de la France à ces marchés lui fait courir deux risques. Dans le cadre des accords de libre-échange du Mercosur, du sucre brésilien pourrait prendre des parts de marché en France. Selon Timothé Masson, c’est peu probable, contrairement à la prise de parts du marché espagnol par les mêmes brésiliens. Et puis il y a le Brexit. « 8 % de la surface betteravière française approvisionne le marché britannique, qui pourrait se tourner vers d’autres origines une fois le Brexit consommé », prévient Timothé Masson. Les 1,3 Mt de sucre français exportées vers les pays tiers (hors Europe) le sont principalement vers la Suisse, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, et l’Afrique de l’Ouest. C’est un volume important (20 % du sucre produit en France) et en augmentation. « Nous sommes donc de plus en plus dépendants du marché mondial », constate Timothé Masson, qui illustre : « Nous avons quasiment atteint la parité de sucre exporté vers l’Italie et Israël ». D’où l’importance de suivre ce marché mondial. Actuellement, le niveau de prix du sucre y est très bas. Après conversion en prix betterave, il atteint 15,40 €/t de betterave, quand celui de la betterave à sucre à destination de l’Europe atteint 21 à 26 €/t.

Des fondamentaux lourds. Et aussi…

Un prix bas qui trouve son origine dans la conjonction de plusieurs éléments négatifs. Avec 190 Mt de sucre produites contre 184 Mt de sucres consommées, il y a un surplus de sucre sur le marché mondial, « dont l’annonce a poussé les cours vers le bas ». À cela s’ajoute un euro fort qui pénalise les exportations. L’impact de la spéculation, qui fait dégringoler les marchés, la position des investisseurs étant surtout orientée à la vente comme pour toutes les denrées agricoles. La lutte des différents pays producteurs pour gagner des parts de marché. La faiblesse généralisée des cours des matières premières. La situation financière et politique au Brésil. Et le fait que cette tendance baissière soit bien enclenchée. Mais Timothé Masson identifie aussi des éléments qui pourraient conduire à une hausse des cours. Certes il y a un surplus de sucre, mais les stocks mondiaux sont bas. Les perspectives d’évolution qui sont établies le sont sans accident climatique. Et tous les éléments baissiers sont déjà à l’œuvre dans le marché. Reste que le prix mondial actuel de 15-16 €/t ne permet pas de couvrir le prix de la betterave qui a été contractualisé entre les producteurs de betterave et les fabricants de sucre. René Schotter, président de la section d’Erstein à Cristal Union s’est néanmoins voulu rassurant : « Ce sera dur pour Cristal Union, mais les prix annoncés seront tenus. » Il a appelé à rester optimiste : « Les prix ne peuvent qu’augmenter. J’en suis convaincu. »

Betterave sucrière

Une conjonction d’éléments préoccupants

Cultures

Publié le 11/03/2018

Au cours de cette réunion, les interventions des planteurs ont été révélatrices d’un certain malaise. Entre l’un qui joue carte sur table, en annonçant les rendements qu’il a obtenus cette année et son potentiel de rendement. Un autre qui se demande si, à ce train-là, la filière a encore un avenir en Alsace. Et un troisième qui se demande si la sucrerie tiendra bien ses engagements de prix, au vu de l’état du marché…

Les responsables agricoles ne nient pas la portée des enjeux à relever. C’est justement pour cela qu’ils ont organisé une réunion conjointe entre l’Institut technique de la betterave (ITB), Cristal Union et le syndicat betteravier d’Alsace : « Après le maïs, la culture la plus rentable dans la région, c’est la betterave », a rappelé Franck Sander, président du syndicat betteravier d’Alsace. En outre, il s’agit d’une culture qui a encore un important potentiel de progression du rendement sous la racine. Ce qui doit permettre d’amener de la compétitivité au sein des exploitations qui la cultivent. Théoriquement. Parce qu’actuellement, la cercosporiose vient jouer les troubles fêtes. Et les prix du sucre sont très bas. Mais Franck Sander relativise la situation : « Il y a toujours eu des hauts et des bas en betterave, comme il y en a pour le blé, le colza, ou le soja. » Une position partagée par René Schotter : « Il faut rester optimiste. Nous avons déjà été confrontés à des crises sanitaires, et nous les avons surmontées. À nous de travailler ensemble pour trouver des solutions. La betterave fait partie du paysage agricole alsacien. La filière sera maintenue car l’agriculture alsacienne en a besoin. »

Un rendement qui continu de progresser

Pour Alexandre Quillet, président de l’ITB, « les craintes sur les prix doivent être compensées par une progression du rendement ». Celle-ci n’a pas cessé depuis 1945, portée par la sélection génétique, le progrès des itinéraires techniques, et… des printemps plus chauds. Résultat, de l’après-guerre à aujourd’hui, la production est passée de 8 à 14,8 t sucre/ha, soit une augmentation de 2 % par an. Accompagnée d’une baisse des charges de production. Mais c’était avant que des souches de l’agent de la cercosporiose résistantes aux fongicides ne se développent. Car la maladie est désormais très présente en Alsace, plus particulièrement dans les secteurs irrigués et le long du Rhin. Car ces deux facteurs contribuent au maintien d’une certaine hygrométrie qui, combinée aux chaleurs estivales, abouti à une cocotte-minute à cercosporiose.

Alexandre Quillet liste trois solutions de lutte à privilégier : la génétique, l’observation parcellaire, et le cuivre. Il invite les planteurs à « prioriser les contraintes », qui sont multiples, lors des choix variétaux. En clair : « La tolérance à la cercosporiose doit être un critère de choix décisif, avant la productivité ». Pour mettre au point une nouvelle variété il faut huit ans, rappelle-t-il. « Donc les variétés plus tolérantes à la cercosporiose ne sont pas encore sur le marché. Mais vont arriver ! » L’observation sur le terrain est primordiale pour détecter la maladie suffisamment tôt pour pouvoir la rattraper en réagissant rapidement. Dans cette course contre la montre « rien ne remplace l’observation parcellaire », soutien Alexandre Quillet. Qui cite le BSV comme un outil utile pour donner des tendances. Et rappelle que le CTBA diffuse des informations régulières. Et puis le modèle de la cercosporiose de la betterave est amené à s’améliorer, sur la base d’essais statistiquement fiables. Concernant la lutte chimique, le constat est sans appel : « Les strobilurines, c’est mort. Les triazoles passent encore mais uniquement à pleine dose. » L’adjonction de cuivre aux programmes de lutte apporte une efficacité supplémentaire. Mais son usage risque tôt ou tard d’être interdit, au même titre que d’autres produits phytosanitaires. Pour l’instant, l’ITB a déposé une demande de dérogation pour pouvoir utiliser du Yucca (cuivre de l’oxychlorure de cuivre). C’est mieux que rien, mais cela reste une solution précaire. « De toute manière, souligne Franck Sander, la solution ne viendra pas que de la chimie, puisque les produits phytosanitaires sont de plus en plus décriés. Nous devons aller plus loin, et apporter des solutions techniques qui conviennent à toutes les situations. C’est-à-dire à la fois à ceux qui sont en zone rouge, et à ceux qui sont moins impactés. »

Des pistes pour endiguer la cercosporiose

Les planteurs ont donc écouté religieusement William Huet, responsable agronomie de Cristal Union, dresser le portrait de leur pire ennemi. Portrait dont il s’agit de s’inspirer afin de construire une stratégie de lutte efficace. « La durée d’humectation foliaire est un critère d’infestation prépondérant. » C’est ce qui explique la précocité de l’apparition des symptômes en 2017. Une précocité qui a pris de court certains planteurs. Car le seuil d’intervention de 5 % de feuilles touchées s’avère totalement inopérant : « Il faut traiter dès les premiers symptômes, voire avant car lorsqu’ils apparaissent, le champignon a déjà réalisé deux cycles, donc la maladie est déjà bien engagée. » La forte corrélation entre le développement de la maladie et l’humectation foliaire a un inconvénient de taille, c’est que ce critère est excessivement ardu à modéliser. D’où la difficulté à mettre au point un modèle robuste. Mais les chercheurs continuent d’y travailler, avec des données issues de stations météorologiques, et des données radar qui permettent d’alimenter les modèles.

Pour remédier à la baisse d’efficacité des solutions chimiques, « nous sommes allés chercher d’anciens produits, qui affichent une certaine efficacité, lorsqu’ils sont associés au cuivre, ce qui permet d’imaginer des programmes alternant les molécules, donc avec un moindre risque d’apparition de résistance », indique William Huet. Autres pistes évoquées lors de cette réunion : tester des matières actives utilisées pour lutter contre les maladies cryptogamiques des céréales, tester des molécules asséchantes, tester des adjuvants, qui permettraient de mieux fixer le cuivre au feuillage, tester des produits à base de Bacillus… Autant de pistes validées par William Huet, avec toutefois quelques réserves : « Ce qui ressort de nos essais sur les adjuvants, c’est que la forme du cuivre prime. » Attention aussi aux fongicides tellement efficaces sur une maladie qu’ils laissent derrière eux une voie royale pour d’autres agents pathogènes. « Il s’agit de privilégier les produits multisites ». Et attention aussi aux produits très décapants, qui peuvent faire plus de mal que de bien en induisant des portes d’entrée dans la plante.

Conclusion de William Huet : « Il faut continuer à travailler sur la modélisation pour bien positionner les interventions, et surtout ne pas retarder le premier traitement ; creuser la piste du cuivre, qui donne de bons résultats ; et celle de la tolérance variétale, en combinant des sources de tolérance différentes. »

Purins d’ortie

Du mythe à l’explication scientifique

Cultures

Publié le 19/02/2018

Lors des réunions techniques consacrées à l’agriculture de conservation et à la lutte contre l’érosion, Rémy Michaël, conseiller érosion à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a présenté des résultats d’essais menés par des agriculteurs de l’ouest de la France visant à utiliser le purin d’ortie pour lutter contre les maladies cryptogamiques des céréales. Ou plutôt pour soutenir la lutte contre ces maladies car, rappelle Rémy Michaël, le purin d’ortie, qui est en fait un extrait fermenté d’ortie, n’est pas considéré comme un fongicide, mais comme un Stimulateur des défenses naturelles (SDN), soit une espèce de fortifiant, qui doit aider les plantes à résister pour empêcher que la maladie ne s’implante. La richesse de l’ortie en acides aminés, oligoéléments, minéraux, vitamines… est une réalité scientifiquement mesurable. De là à penser que l’application d’un extrait fermenté d’ortie sur les cultures pourrait favoriser la photosynthèse, la croissance des feuilles, leur résistance… il n’y a qu’un pas. Que certains franchissent allègrement. Et que d’autres abordent avec davantage de scepticisme.

Des effets difficiles à cerner

Les résultats de ces essais sont certes alléchants, avec des rendements équivalents en blé pour une modalité protégée chimiquement et l’autre avec deux applications de purin à 10 %. Mais Benoît Gassmann, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d'agriculture d’Alsace, qui a étudié la bibliographie sur la question, tempère : « Il s’agit de résultats d’un essai. Lorsqu’on en compile plusieurs, on constate que parfois il y a une efficacité, et parfois pas. Il est très difficile de dégager une tendance significative. L’efficacité du purin d’ortie semble extrêmement dépendante des modalités d’utilisation. Et plutôt que des effets sur le rendement, ou le contrôle des maladies, il semble que le purin d’ortie ait surtout des effets sur la vigueur… »

Les plantes ont une zone de confort

Le caractère aléatoire des effets du purin d’ortie pourrait s’expliquer par des éléments de physiologie qu’Olivier Rapp, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a détaillés. Comme les animaux, les plantes sont parcourues de courants électriques, liés au fonctionnement cellulaire, fait de pertes et de gains d’électrons. Or, pour qu’elle puisse assurer correctement ses fonctions moléculaires, et ne pas gaspiller d’énergie lors de ses échanges avec le milieu extérieur, la cellule apprécie de se situer dans une zone de confort et d’équilibre, correspondant à un certain potentiel oxydo-réducteur (rédox) et à un certain pH, proches de ceux du milieu dans lequel elle se trouve (en l’occurrence le sol). Soit un pH compris entre 5 et 8. Et un potentiel oxydo-réducteur compris entre 350 et 450. Voilà pour la théorie. En pratique, ce bel équilibre est constamment déplacé par des perturbations en tous genres. Que ce soit une oxydation par le travail du sol, qui apporte de l’oxygène, ou encore la pluie, la fertilisation azotée, soufrée… Ou une réduction, par l’apport d’ammoniac, de fumier, de compost…

Le purin d’ortie les aide à y rester

En outre, comme les plantes, leurs ravageurs (qu’ils soient insectes, champignons, bactéries) ont eux aussi leur propre zone de confort. Généralement, elle se situe à un pH similaire, mais à un potentiel oxydo-réducteur plus élevé. Or, notamment sous l’action du climat, il arrive que la plante passe dans la zone de confort d’un ravageur, qui s’engouffre dans la brèche. Et les produits phytosanitaires, développés pour lutter contre les ravageurs des cultures, auraient un effet secondaire indésirable : celui d’entraîner un phénomène de suroxydation qui amènerait la plante encore plus haut sur l’échelle redox. La plante n’aspire qu’à retourner dans sa zone de confort, à l’abri des maladies, même si cela correspond à une dépense énergétique. L’utilisation d’acides organiques, qui ont tendance à réduire le système, peut les y aider. Et c’est ainsi que pourrait agir le purin d’ortie : en aidant la plante à rester dans sa zone de confort, malgré les aléas climatiques. Mais la quantité de facteurs qui entrent en jeu dans ce processus est telle (qualité du purin, nature et intensité des aléas naturels) que cela pourrait expliquer le caractère aléatoire des effets du purin d’ortie.

Association colza-légumineuse

Du soufre pour optimiser l’association

Cultures

Publié le 19/02/2018

Lors des réunions techniques consacrées à l’agriculture de conservation et à la lutte contre l’érosion, Rémy Michaël, conseiller érosion à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a présenté les travaux de Joëlle Fustec, enseignante-chercheuse à l’École supérieure d’agronomie d’Angers, qui s’est penchée sur les effets de la fertilisation sur l’association colza-féverole.

En préambule, il s’agit de rappeler que, pour se développer, les légumineuses utilisent d’abord l’azote du sol. Ce n’est qu’une fois qu’elles ont pu mettre en place des nodosités qu’elles sont capables d’utiliser l’azote atmosphérique. Et tant que la légumineuse vit, elle garde précieusement pour elle la ressource nutritive qu’elle est en mesure de capter. Ce n’est que lors de sa destruction, que par un phénomène de rhizodéposition, la légumineuse va mettre l’azote, et les autres minéraux, qu’elle avait emmagasinés, à disposition de la plante compagne. « Joëlle Fustec estime qu’environ 15 % de l’azote total mobilisé par la légumineuse va à la plante compagne », précise Rémy Michaël. C’est tout l’intérêt de semer une légumineuse dans du colza. Et a fortiori une légumineuse compétitive pour l’azote du sol. En effet, avec du colza associé, il est possible d’atteindre une réduction de la biomasse adventice de 20 à 75 % par rapport à du colza pur. Cette réduction est d’autant plus importante que la biomasse du couvert est importante. D’où l’importance de choisir une légumineuse qui soit en capacité de prendre le dessus sur les adventices. Puis, les deux espèces évoluent de concert. Et, lorsque la légumineuse est théoriquement détruite par le froid hivernal, elle relargue de l’azote pour le colza.

Un couple bien assorti

Dans cette culture en couple, il est intéressant de chercher des espèces complémentaires, notamment avec des systèmes racinaires différents, qui n’explorent pas de la même manière les horizons du sol. C’est le cas du colza et de la féverole. Et c’est sur ce couple bien assorti que Joëlle Fustec, chercheuse à l’Inra d’Angers, a procédé à ses travaux. L’hypothèse qu’elle cherche à vérifier, c’est qu’une fertilisation bien gérée de ce couple permet d’en optimiser les bénéfices. Elle a d’abord mené des essais sous serre, croisant diverses modalités d’espèces (colza pur, féverole pure, colza et féverole) et diverses modalités de fertilisation (azote, soufre, azote et soufre). Elle a pu vérifier la complémentarité des systèmes racinaires des deux espèces, le colza explorant surtout les horizons inférieurs et la féverole les supérieurs. En outre, l’association des deux espèces semble stimuler le développement racinaire du colza : pur il produit 185 cm de racine, associé 215 cm. L’ajout de soufre à la fertilisation azotée a un effet positif sur la production de biomasse du colza pur et du colza associé, qui produit en outre plus de matière sèche dans ses parties aériennes que s’il est seul. En outre, l’apport d’azote favorise l’accumulation d’azote dans les parties aériennes du colza. Et l’apport d’azote et de soufre augmente globalement la concentration en azote des parties aériennes.

Dans un second temps, ces premiers résultats obtenus sous serre ont été confrontés à la réalité du terrain, en croisant les mêmes modalités, sauf que la fertilisation consiste en un apport d’azote et de soufre début mars, puis un second apport, uniquement azoté, début avril. Les résultats de cet essai confirment que le colza associé accumule plus d’azote que le colza pur, surtout lorsque la fertilisation azotée se double d’une fertilisation soufrée. « L’apport de soufre semble avoir un effet significatif sur la croissance racinaire. Mais apporter du soufre sans azote ne sert pas à grand chose », commente Rémy Michaël.

Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA)

Passer la seconde

Cultures

Publié le 16/02/2018

Malgré une grosse attaque de mildiou au printemps, la campagne houblonnière a été « productive et rentable », décrit Jean-Paul Ulrich, président de l’Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA). « La politique commerciale du Comptoir agricole porte ses fruits. Nos dix variétés sont vendues localement et dans plus de dix pays, ce qui laisse entrevoir un futur plus serein. Même si produire autant de variétés constitue un challenge pour les producteurs, il s’agit d’une demande du marché à laquelle nous devons répondre », poursuit-il.

Des variétés spécifiques pour des clients ciblés

Au niveau mondial, « les volumes de production et les prix ont augmenté », indique Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des producteurs de houblon (AGPH). Alors que la surface mondiale était descendue au plus bas à 49 000 hectares, elle va dépasser les 60 000 ha en 2018. S’il rappelle que le houblon « s’achète et se vend au gré d’une bourse internationale, qui connaît des hauts et des bas », il pense « fermement » que la situation a changé. En observateur éclairé de la situation houblonnière internationale, il présage « d’une relative stabilité des prix à moyen terme ».

En outre, les houblonniers alsaciens ont en main un certain nombre d’atouts. Des variétés en propre d’abord : « Nous avons la chance de ne pas nous situer sur le créneau des houblons amérisants mais des aromatiques. Donc pas sur le tout-venant, mais sur le spécifique, en lien avec le mouvement des bières premiums », rappelle Denis Fend, directeur du Comptoir agricole. Du coup, les houblons alsaciens se positionnent sur des créneaux et des clients ciblés. Et leur distribution est assurée par une coopérative forte, dotée d’un service commercial compétent. Marc Moser, président du Comptoir agricole, rappelle que la marque Hop France a été créée afin de « valoriser les houblons de France à l’international ».

Manque de solution pour protéger le houblon

Mais certains points restent à améliorer : « Nous manquons de solutions phytosanitaires efficaces contre les maladies et les ravageurs qui sont de plus en plus agressifs », déplore Jean-Paul Ulrich. En effet, les firmes phytosanitaires sont frileuses à consentir des investissements pour une culture mineure. « Nous devons nous mettre en ordre de marche pour obtenir des dérogations et trouver des solutions alternatives, qu’elles soient préventives ou curatives », soutient Bernard Ingwiller. Et qu’elles soient biologiques, mécaniques ou chimiques. D’autant, rappelle Marc Moser, qu’il s’agit aussi de garantir la qualité sanitaire du houblon. « Avec le coût de la main-d’œuvre, c’est la crainte de ne pas pouvoir livrer un houblon de qualité par manque de solution de protection des cultures qui sort en tête des préoccupations du groupe de jeunes », insiste Jean-Paul Ulrich.

Gagner en productivité

Il s’agit aussi de poursuivre la recherche variétale, pour élaborer des variétés certes aromatiques, mais aussi plus productives et plus résistantes aux maladies. D’une part parce que, par rapport à leurs homologues allemands, les Alsaciens cultivent des variétés à moindre potentiel de rendement, ce qui tend à entamer leur capacité d’investissement. D’autre part, parce que des variétés plus résistantes aux maladies contribueraient à préserver quelques quintaux de rendement. Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, l’amélioration de la productivité passera aussi par le renouvellement des plantations. Une chose est sûre, pour que les producteurs investissent dans les moyens de production, leur revenu doit suivre. Il s’agit donc aussi d’améliorer l’assurance récolte, de développer l’irrigation : « Avec la Région, nous avons ouvert une enveloppe qui doit permettre à chacun d’accéder à l’eau, que ce soit par du stockage, du goutte-à-goutte, des amenées d’eau… », indique Franck Sander. Avec un financement à hauteur de 25 % de l’investissement des dossiers collectifs, il encourage à profiter de ce dispositif.

D’autant que le couplage des aides houblonnières qui avait été obtenu lors de la précédente réforme de la Pac n’est pas gravé dans le marbre : « Le Brexit va avoir un impact énorme sur le budget. Beaucoup de choses vont changer », prévient Franck Sander. Il va donc falloir continuer à défendre les spécificités du houblon au niveau européen, notamment sa certification, dont la suppression serait « mal venue, alors que les consommateurs réclament de la traçabilité », note Bernard Ingwiller.

Autre préoccupation majeure des houblonniers : « Le coût de la main-d’œuvre, qui doit rester raisonnable. Sinon, nous allons encore plus subir le dumping social exercé en Allemagne », dénonce Jean-Paul Ulrich. Enfin, il s’agit de rester attentif aux évolutions du marché. Un travail de devin difficile pour Francis Heitz et Antoine Wuchner, pour qui les niveaux de stock des négociants constituent des signaux : « Tradition a du mal à se vendre. Avec plus d’aramis nous aurions un meilleur mix produit ».

Avoir confiance en l’avenir

« Pour pérenniser cette embellie, nous devons engager une réflexion », estime Bernard Ingwiller. Il souligne qu’une exploitation houblonnière c’est en moyenne 11 ha de houblon en France, contre 17 ha en Allemagne. « Nous devons réussir à augmenter les surfaces sans pour autant forcément changer nos séchoirs et nos machines », estime Jean-Paul Ulrich. Néanmoins, une partie du matériel devra être renouvelée. Pour cela, les producteurs peuvent compter sur le soutien de la Région, qui a mis en place un plan d’aide au développement de la filière houblon. Plan qui porte ses fruits, puisque des houblonnières se sont d’ores et déjà remontées. Mais, pour Jean-Paul Ulrich, il est « impératif de développer encore le volume de production ». Cela passera par la poursuite de l’accompagnement des extensions de surface, mais aussi par la création de nouveaux ateliers par des jeunes.

« Arriver à installer un jeune en partant de rien serait un très bon signal », confirme Denis Fend, qui encourage : « En Alsace, nous ne serons jamais de grands céréaliers, il faut investir dans des cultures à haute valeur ajoutée ». Une vision que partage Franck Sander : « Le houblon a toute sa place dans le modèle alsacien car il apporte une diversification de trésorerie. C’est vrai pour les producteurs, et pour la coopérative. » Néanmoins, Bernard Ingwiller comprend que la jeune génération puisse éprouver quelque réticence à se lancer dans le houblon, en raison des difficultés rencontrées par le passé : « Le houblon, c’est une culture pérenne, un engagement de vie, qui requiert des investissements lourds, surtout dans un contexte de changement climatique que nous devons prendre en compte pour garantir la stabilité des volumes et des alpha… Il y a donc de nombreux sujets à investiguer pour retrouver confiance dans la filière et monter dans le train en marche alors que la conjoncture est bonne. »

Vers une interprofession avec les brasseurs

Pour Franck Sander, la pérennité de la filière passera aussi par une meilleure répartition de la marge et de la valeur ajoutée. Il serait donc de bon ton de mettre au point une stratégie de structuration de la filière. D’autant que cela permettrait d’espérer un soutien dans le cadre du plan d’investissement de 5 milliards d’euros prévu par l’État. Franck Sander évoque donc la possibilité de créer une interprofession dans le cadre d’un plan de filière, et de contractualiser les relations commerciales. « Si on arrive à faire ça avec les brasseurs, les producteurs auront plus de visibilité sur leur capacité à gérer des investissements », assure-t-il.

Ça tombe bien, Maxime Costilhes, délégué général des Brasseurs de France, était venu assister à cette assemblée générale avec une brassée de bonnes nouvelles. La première c’est que le marché de la bière se porte bien : « La consommation par habitant augmente, notamment celle de bière craft. C’est une tendance lourde que nous pensons durable parce qu’elle s’est faite à budget restreint pour les consommateurs et parce qu’elle concerne un public jeune. » La deuxième c’est que les brasseurs sont prêts à « passer de clients à partenaires » des houblonniers. Notamment via la contractualisation : « Les brasseurs qui l’ont mise en place en sont satisfaits ». La troisième c’est que, animés par une volonté de relocaliser leurs approvisionnements, et ainsi répondre à la demande des consommateurs, les brasseurs sont prêts à aider les producteurs, par exemple via le financement de programmes de recherche. « Nous travaillons déjà sur l’orge avec les malteurs. Nous pouvons travailler sur le houblon. » Et pourquoi pas le houblon bio, puisque les brasseurs sont confrontés à d’importantes difficultés d’approvisionnement. En outre, Brasseurs de France aimerait aussi voir l’activité de pelletisation relocalisée en France. « Nous sommes prêts à travailler en partenariat pour trouver des fonds et mener des investissements », annonce Maxime Costilhes. Qui termine par une quatrième et dernière bonne nouvelle : « Les brasseurs sont prêts à construire une interprofession. Ce sera le gros sujet du Salon international de l’agriculture. »

Surfer sur la dynamique actuelle

D’autres signaux permettent d’envisager l’avenir avec sérénité. De plus en plus de néoproducteurs se lancent dans divers projets de production de houblon. Une dynamique que les producteurs historiques voient d’un bon œil : « À nous de nous remettre en question pour gagner en productivité et limiter nos charges ». C’est à cette fin qu’un groupe de réflexion et de communication a été créé durant l’année au sein de l’APHA : « Notre objectif est d’améliorer nos méthodes de lutte contre le mildiou, d’étudier des alternatives au défanage chimique, de développer l’irrigation et d’optimiser la récolte », indique Francis Woehl, membre de l’association. Dans le cadre de ce groupe, les producteurs ont vu deux prototypes d’outils de défanage et prévoient d’organiser deux démonstrations : l’une de destruction d’engrais verts et l’autre d’une arracheuse de souche en vue d’une replantation.

Les producteurs avaient invité Christophe Barbot, de la Chambre d'agriculture d’Alsace, à intervenir sur l’intérêt de la mise en place de couverts dans les houblonnières, le houblon, culture pérenne à écartement entre les rangs importants, étant à l’image de la vigne particulièrement sensible au risque érosif.

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