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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Engins agricoles

Les règles pour circuler en sécurité

Pratique

Publié le 14/02/2018

Après l’assemblée générale statutaire des syndicats des entrepreneurs des territoires du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, Sébastien Rohmer, conseiller en prévention à la Caisse d’assurance-accidents agricole (CAAA) d’Alsace a présenté une synthèse des règles à respecter pour conduire une machine agricole du Bas-Rhin de la manière la plus sécuritaire possible. Cela passe d’abord par le respect des différents codes, du travail, de la route…

Une Feuille des mines, certifiant que la machine peut accéder à un ensemble routier, doit notamment être transmise à l’acheteur. La machine doit porter une plaque reprenant les caractéristiques du véhicule. Et le code du travail stipule qu’il est nécessaire de fournir une notice d’utilisation dans la langue du pays où la machine est vendue. Les machines agricoles sont soumises à une obligation d’immatriculation : carte grise pour les tracteurs, remorques et Machines automotrices genre agricole (Maga) ; réception Dreal (barré rouge) pour les autres engins.

Des règles différentes selon les âges, les machines…

La loi Macron du 6 août 2015 sur le permis de conduire stipule que « tout conducteur de véhicules et appareils agricoles ou forestiers, attachés à une exploitation agricole ou forestière, une Entreprise de travaux agricoles (ETA) ou une Cuma, est autorisé à conduire ces véhicules pendant la durée de leurs activités agricoles ou forestières sans être titulaire d’un quelconque permis dès l’âge de 16 ans. Tout autre titulaire d’un permis B peut conduire tous les véhicules agricoles et forestiers dont la vitesse n’excède pas 40 km/h. » Avant 18 ans, la conduite d’engins agricoles est cependant limitée à des ensembles de moins de 18 mètres de long, et à des automoteurs de moins de 2,5 m de large. Ce n’est qu’à partir de 18 ans qu’il est possible de conduire des convois à deux remorques, des automoteurs excédant 2,5 m de large, ou encore un convoi transportant du personnel, avec des règles assez strictes.

Les machines agricoles doivent comporter un dispositif d’éclairage bien précis, notamment un ou des gyrophares, qui doivent être visibles à 50 m tous azimuts. Les feux de croisement doivent être allumés de jour comme de nuit dès lors que la largeur de l’engin dépasse 2,5 m. Tous les tracteurs de plus de 3,5 t doivent détenir un triangle de présignalisation à 30 m. Dès que la largeur dépasse 2,55 m, il faut des panneaux réfléchissants rouge et blanc à chaque extrémité. Au-dessus de 3,5 m de large, on se situe dans la catégorie du convoi agricole, ce qui requiert une voiture pilote portant la signalisation « convoi agricole ». Enfin, au-delà de 4,5 m de large, on entre dans la catégorie du convoi exceptionnel.

Gare au danger électrique

Depuis le 1er janvier 2010, tous les tracteurs doivent être équipés d’un arceau de sécurité ou d’une structure de sécurité anti-retournement. Les conducteurs de moins de 18 ans doivent en outre obligatoirement porter une ceinture de sécurité. Pour éviter les accidents, Sébastien Rohmer recommande de ne pas laisser les clés sur le matériel, de vérifier l’accouplement des freins, de respecter la signalisation, de nettoyer les éventuelles salissures laissées sur la voirie car, en cas d’accident qui leur serait lié, la responsabilité de l’agriculteur peut être engagée. Il rappelle aussi que 40 % des accidents de tracteur ont lieu à la montée ou à la descente. Enfin, il recommande de faire un tour de reconnaissance des parcelles pour repérer les lignes haute tension. Et, si le véhicule entre malgré tout en contact avec une ligne, il faut rester dans la cabine, qui est un élément isolant. S’il faut en sortir, il s’agit de sauter à pieds joints pour ne pas toucher simultanément la machine et le sol. Puis de se déplacer soit à cloche pied ou par petits pas.

Entrepreneurs du territoire

Bas-Rhin et Haut-Rhin main dans la main

Vie professionnelle

Publié le 13/02/2018

C’est devant une salle pleine d’entrepreneurs alsaciens que Claude Gretter, président des entrepreneurs des territoires (EDT) du Haut-Rhin et vice-président des EDT du Grand-Est, ainsi que Bernard Diss, président des EDT du Bas-Rhin, ont animé cette première assemblée générale en commun. Après un tour de table de présentation des participants, Claude Gretter a fait le point sur la dernière campagne. Le pessimisme de 2016 laisse la place à l’optimisme : hausse des surfaces et des rendements en colza, + 7 % de surface de soja, très bon rendement des orges, surface de maïs en progression et rendement moyen très honnête, à 113 q/ha, sont autant de raisons de se réjouir pour les entrepreneurs des territoires. « On aura toujours besoin de moissonneuses en Alsace », constate Claude Gretter.

Les assemblées générales statutaires se sont poursuivies paisiblement, tant du côté du Haut-Rhin que du Bas-Rhin. Les comptes ont été approuvés, les membres sortants des bureaux ont été renouvelés dans leurs fonctions, les niveaux des cotisations sont maintenus… Et les syndicats vont poursuivre leurs actions, entre journées de formation (Écophyto) et de détente (paella). Les principaux événements à venir sont un voyage d’étude, qui aura lieu du 13 au 16 février, et qui permettra aux participants de visiter des usines Amazone et Claas, et le congrès des entrepreneurs des territoires, qui se déroulera cette année à Ajaccio, du 31 mai au 2 juin.

Pour des entreprises plus performantes

Dans son rapport d’activité, Éric Brodhag, secrétaire général, a évoqué le programme EDT 2020, qui comprend notamment un outil qui doit permettre à chaque entreprise d’identifier ses points faibles, que ce soit la relation client, la gestion des impayés, la communication… Un diagnostic préalable indispensable à la mise en œuvre d’éventuelles solutions. « L’objectif, c’est que les entrepeneurs puissent s’améliorer sur la base du volontariat. »

Les entrepreneurs ont également évoqué la normalisation des règles de circulation des machines agricoles en Europe. Une normalisation qui permettrait d’homologuer une machine une fois pour tous les pays européens. Et les constructeurs souhaitent globaliser l’offre en tracteurs capables de rouler à plus de 40 km/h. Ce qui ne va pas sans poser quelques interrogations, notamment sur le type de permis à détenir pour les conduire.

Vers une plus grande reconnaissance de la profession

Robert Dieudonné, président des EDT de Lorraine et du Grand Est, a salué l’initiative de rapprochement des deux départements. Et a appelé à aller encore plus loin : « Les administrations fonctionnent désormais à l’échelon du Grand Est et leurs interlocuteurs doivent donc également être structurés à cette échelle. Les entrepreneurs de travaux forestiers ont déjà une belle équipe Grand Est, qui leur permet de se faire entendre. Les entrepreneurs de travaux agricoles et ruraux doivent encore se structurer, pour être davantage visibles dans le paysage régional, tout en conservant des représentants plus locaux. Cela demande de l’investissement. »

L’embauche d’un animateur au niveau des EDT du Grand Est est donc à l’étude. Un des objectifs de cette embauche serait aussi de capter davantage d’adhérents. Il s’agit en effet d’un enjeu important puisque la fédération nationale travaille à l’élaboration d’une convention collective spécifique aux entrepreneurs des territoires. « Or pour pouvoir être reconnus comme une branche professionnelle nous devons regrouper un certain nombre d’adhérents et d’employeurs de main-d’œuvre », explique Robert Dieudonné.

Houblon

Le savoir-faire alsacien s’exporte

Cultures

Publié le 10/02/2018

Le succès de la première édition de cette formation l’avait suggéré, celui de la seconde le confirme : le houblon a le vent en poupe. Ils sont en effet nombreux à vouloir en cultiver. Qu’ils soient microbrasseurs désireux de développer une activité de micro-houblonnier, agriculteurs en quête de diversification, jeune en cours d’installation… Ces aspirants houblonniers sont issus de tous milieux, ont des projets très divers, et viennent de toute la France, voire de Belgique, mais aucun du Grand Est. Parmi eux, certains sont très aguerris à la culture du houblon, comme cet agriculteur belge, qui en produit déjà, mais affirme apprendre encore des choses, « surtout dans les détails », et apprécie de pouvoir comparer sa méthode de travail à celle d’un confrère alsacien.

La formation très complète proposée par le Comptoir agricole permet aux stagiaires de balayer tous les aspects de la filière houblonnière, au gré de six modules : organisation de la filière et marché mondial, aspects agronomiques, économie et gestion des charges en production, process et qualité, découverte d’une houblonnière, gestion des ressources humaines. Heureusement pour les stagiaires, certains modules donnaient lieu à des visites sur le terrain : le site de la coopérative à Brumath et les installations de Sébastien Holtzmann, producteur de houblon à Wingersheim.

Une pousse qui peut atteindre 20 cm/jour

En cette saison, pas grand-chose à voir dans les houblonnières, aussi Sébastien Holtzmann accueille-t-il les groupes dans son hangar. Il déroule le fil d’une saison houblonnière en présentant les outils qu’il utilise pour réaliser les différents travaux. Mais, avant de démarrer, il précise : « Je cultive 20 hectares de houblonnière, je suis donc équipé en conséquence. Selon les dimensions de votre projet vous n’aurez pas forcément besoin de tous ces outils. » Puis, il commence à partager son expérience, par l’hiver, saison « morte » dédiée au remplacement des poteaux, câbles endommagés, à l’apport de compost, et à l’entretien du matériel de récolte.

La première opération dans les houblonnières, c’est la taille, que Sébastien Holtzmann étale de mi-février à début avril pour répartir le travail. L’objectif est de raser la butte de terre pour mettre la souche à nu. Vient ensuite la mise en place du tuteurage qui doit être finie le 10 avril pour accueillir les lianes qui commencent alors à pousser à une vitesse vertigineuse. L’ébroussage consiste à détourer les souches pour enlever 90 % des jets et n’en garder qu’une dizaine. Seuls trois d’entre eux seront mis au fil « enroulés dans le sens des aiguilles d’une montre, précise Sébastien Holtzmann. À ce stade, le houblon peut pousser de 20 cm/jour, il ne faut donc pas traîner pour le remettre au fil sinon les lianes s’emmêlent. » Le buttage permet d’étouffer les rejets qui n’ont pas été mis au fil, et de stimuler la pousse de petites radicelles superficielles.

Une culture sous haute surveillance

Les principales maladies du houblon sont le mildiou et l’oïdium. « Il faut être très vigilant pour éviter les contaminations primaires, indique Sébastien Holtzmann. À partir de mi-juin, l’outil que j’utilise le plus c’est le quad, pour aller surveiller les houblonnières et ne déclencher les traitements que si c’est nécessaire. » Ce qui implique aussi de les surveiller par le haut, grâce au mirador fixé sur un tracteur. Les ravageurs du houblon sont les charançons, les pucerons et les araignées rouges : « Je ne traite contre les pucerons que si c’est vraiment nécessaire. Car ce traitement affecte aussi les auxiliaires, et laisse plus de place aux araignées rouges », décrit Sébastien Holtzmann, qui envisage de convertir une partie de sa surface en agriculture biologique.

La récolte du houblon s’effectue lorsque la plante atteint 20 % de matière sèche, « c’est à ce stade qu’on bénéficie du meilleur équilibre entre la qualité aromatique et le risque de dégradation », indique Sébastien Holtzmann, devant la cueilleuse, sorte de « moissonneuse-batteuse fixe qui sépare les cônes du reste ». Là aussi, l’équipement du houblonnier est conséquent, « mais avec du temps et des compétences en mécanique, il doit être possible d’en concevoir un modèle réduit », estime Sébastien Holtzmann, qui la décrit comme « une série de tambours rotatifs puis une succession de tapis inclinés ». Lui-même a apporté plusieurs modifications au modèle de base. Notamment parce qu’il doit en modifier constamment les réglages en fonction des variétés, de l’heure à laquelle le houblon a été récolté…

Le séchage, une étape cruciale

Enfin Sébastien Holtzmann guide les stagiaires dans son séchoir, « dimensionné en fonction de la cueilleuse ». Car, après la récolte, le séchage du houblon ne peut pas attendre. Une étape cruciale, qui dure environ 6 heures, et où s’exprime tout le savoir-faire des houblonniers. « Avec un mauvais séchage, vous pouvez flinguer la récolte », prévient Sébastien Holtzmann. Le chargement doit être homogène, et il faut savoir sortir les cônes sur la table de refroidissement au bon moment. Soit entre 9 et 10 % d’humidité. Dernières étapes : la cellule de conditionnement, où le houblon va être ventilé avec de l’air frais pour qu’il soit moins cassant. Et la presse, qui permet de conditionner les cônes en ballots de 55 kg. Avant expédition, stockage, transformation… et dégustation !

Campagne laitière 2016-2017

La rançon des mauvais fourrages

Élevage

Publié le 09/02/2018

« Nous sommes ce que nous mangeons », affirme la primatologue Jane Goodall. Il en va de même pour les vaches laitières. Comme elles ont été privées d’une alimentation de qualité sur les six premiers mois de production suite à l’exécrable récolte fourragère de 2016, les éleveurs ont dû les soutenir à coup de complémentation des rations, ce qui a accru les coûts de production.

Le contexte économique de cette campagne, lui, était plutôt bon. Au niveau national, le prix du lait est remonté. Localement, Alsace Lait, qui avait su préserver un prix du lait correct en 2016, a maintenu ses tarifs en 2017. « Ce contexte économique plus favorable explique une hausse globale de la marge des éleveurs sur cette campagne », indique Philippe Caussanel, responsable du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace. D’autant que, si le début de la campagne a été techniquement difficile, la barre a pu être redressée en deuxième partie de campagne, avec des ensilages d’herbe et de maïs corrects.

Théo Kuhm, technicien élevage laitier au service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace, est entré dans les détails des résultats du groupe rassemblé en réunion à Dauendorf. Sur la période du 1er octobre 2016 au 30 septembre 2017, l’effectif du troupeau a augmenté, mais la quantité de lait brute produite a diminué. Les taux ont augmenté, mais les cellules aussi. « C’est dû à des flambées de mammites dans certains élevages », explique-t-il. Il a comparé des résultats d’analyses d’ensilages d’herbe de 2016 et de 2017 (voir les graphiques), qui montrent leur différentiel de qualité. Des résultats qui confirment aussi l’importance de faucher tôt, car « cela rapporte toujours des points de MAT. » Pour le maïs ensilage, même constat, alors que celui de 2016 n’était pas très digestible, celui de 2017 était plus humide, plus digestible et plus riche en MAT.

Ne pas abuser de la carotte

Dans le groupe étudié, la piètre qualité des fourrages s’est traduite par une hausse de l’utilisation des concentrés de 23 g, et une augmentation du coût de la complémentation de 9 €/t. Ce n’est pas la seule conséquence de la dégradation de la qualité de l’alimentation des vaches : le niveau de vêlage des génisses a diminué de 0,6 %, conséquence d’une baisse de leur fertilité. Et celui, global, du troupeau a baissé de 0,2 %. La comparaison des résultats des élevages équipés d’un robot de traite à ceux équipés d’un système de traite traditionnelle révèle que les premiers atteignent une productivité moyenne de 10 222 litres de lait à 7 %, contre 9 000 l pour les seconds. Les cellules sont généralement mieux maîtrisées en système robot mais, pour Théo Kuhm, il s’agit plus de la conséquence des conditions de logement que des systèmes de traite.

Il souligne aussi la complémentation élevée en système robot, avec 290 g de concentrés en moyenne. Qui s’explique par le fait que, dans le système de traite robotisée, les concentrés sont utilisés comme carotte pour inciter les vaches à aller se faire traire. « Mais, dans le détail des chiffres, on trouve des élevages qui ont des niveaux de productivité équivalents avec des différences de coût de complémentation de près de 30 €/1 000 l. Il y a donc moyen d’en donner moins, en adaptant les quantités au stade des vaches », conclut Théo Kuhm.

Conduite d’élevage. Détection des gestations

Gestadetect, un test simple et fiable

Élevage

Publié le 08/02/2018

Jusqu’à tout récemment, pour confirmer ou infirmer la gestation d’une vache après son insémination, les éleveurs avaient deux options : l’échographie ou la palpation. Deux options qui fonctionnent, mais qui ont chacune des inconvénients. La première n’est pas très précoce, requiert un équipement spécifique, ou l’intervention d’un spécialiste. La seconde n’est pas non plus très précoce, et intrusive pour les animaux.

La nouvelle venue sur le marché, Gestadetect, affranchit les éleveurs de ces inconvénients. Le principe de cette espèce de test de grossesse pour vache repose sur le dosage de protéines associées à la gestation (PAG), qui ne sont produites qu’à partir de 28 jours de gestation. Ces protéines circulent dans le sang de la vache gestante, donc passent dans son lait, où elles sont détectées au moyen d’un test Élisa. Philippe Caussanel, responsable du service élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace, avance une sensibilité de 99 % (si le test conclut que la vache est pleine, elle l’est effectivement dans 99 % des cas) et une spécificité de 95 % (si le test conclut que la vache est vide, elle l’est effectivement dans 95 % des cas). Il subsiste donc quelques cas qui peuvent être douteux, mais la fiabilité du test est tout de même très bonne.

Autres avantages : sa simplicité, puisqu’il suffit de prélever un échantillon de lait ; sa précocité, puisque le test est réalisable 28 jours après l’insémination ; sa praticité et sa sécurité puisqu’il n’est plus nécessaire de manipuler les animaux et de pratiquer des gestes qui peuvent être sources de transmissions de maladies…

Gare aux mélanges de lait

En pratique, le service Gestadetect est ouvert aux éleveurs adhérents au Contrôle de performances depuis le 1er janvier 2018. Il est recommandé d’effectuer deux tests Gestadetect : un premier au moins 28 jours après l’insémination, qui vise à rapidement détecter les vaches vides ; un autre deux à trois mois après le début de la gestation, pour détecter d’éventuelles pertes d’embryon. La prise d’échantillon doit se faire pendant un contrôle True test ou Lactocorder afin de ne pas mélanger le lait de deux vaches.

Car c’est là l’une des seules limites de la technique : le risque de mélanger le lait de deux vaches, ce qui pourrait conclure à la gestation d’une vache d’après le lait de la précédente, ou inversement. Ce frein est plus important pour la traite robotisée. Des investigations sont en cours pour le lever. Elles semblent démontrer que, pour les robots Lely, le problème pourrait être résolu assez facilement. Mais pour les robots Delaval, les choses se corsent : « Il y aurait trop de lait résiduel dans le système de traite entre deux vaches », explique Philippe Caussanel.

Champichoux à Geispolsheim

Un bâtiment qui pousse comme un champignon

Cultures

Publié le 07/02/2018

Martin Schwaederlé est producteur de champignons depuis 1993. À cette époque, il a repris l’exploitation familiale, sise à Geispolsheim, où ses parents cultivaient du chou à choucroute et des céréales. La diversification dans la production de champignon, c’est le projet qu’a porté Martin Schwaederlé pour capter davantage de valeur ajoutée et pérenniser son installation. 25 ans après, le pari semble gagné. Désormais, les 53 ha de SAU sont cultivées uniquement en céréales et ne représentent plus que 10 % du chiffre d’affaires de l’entreprise. Martin Schwaederlé a en effet rapidement fait le choix de simplifier les cultures de plein champ pour investir dans la production de champignons. « Au départ, je les produisais et je les vendais bruts, mais après deux ou trois années de production, j’ai commencé à les transformer pour augmenter la marge nette », raconte-t-il. Au fil des ans, la gamme passe de quelques références à une quarantaine. « Et quelques nouveautés sont en cours d’élaboration », confie Martin Schwaederlé.

Vue imprenable sur la transformation

Les infrastructures de l’entreprise évoluent à l’aune de son activité. Au départ, Martin Schwaederlé installe sa première champignonnière dans un ancien hangar, situé dans le village. À partir de 1995, il y adosse un petit laboratoire culinaire de 40 m2. En 2009, il construit un bâtiment neuf à l’extérieur du village, sur 1 400 m2. À l’époque, cet investissement peut sembler démesuré. Mais Martin Schwaederlé a déjà sa feuille de route bien en tête. Il s’agit de transférer et agrandir la champignonnière sur ce site et de créer un magasin de vente directe, pour accompagner la montée en puissance de la production de champignons. Mais pas que. Après cette première phase, l’entrepreneur se lance dans la seconde en 2016. Il s’agit de créer un laboratoire de transformation de 350 m2, adossé à une salle de réception pour les visiteurs. Car l’idée, c’est d’accueillir des groupes de visiteurs. Au programme : projection d’un film sur l’entreprise, visite de la champignonnière, puis des ateliers de transformation, pour finir par le magasin de vente. Le laboratoire devant répondre à des normes d’hygiène strictes, il est équipé de vitres qui donnent sur un couloir emprunté par les visiteurs. « L’idée, c’est de tout montrer aux consommateurs, de la production à la transformation, pour donner confiance », explique Martin Schwaederlé.

En avant toute !

Concilier un laboratoire conforme à toutes les normes en vigueur, que ce soit en matière d’hygiène, de traçabilité, ou encore de sécurité, et qui soit en même temps ouvert au public n’est pas une mince affaire. Pourtant, Martin Schwaederlé, n’en est pas peu fier : « L’architecte, c’est moi ! » C’est en effet lui qui a dessiné les plans de ce nouveau laboratoire, entièrement thermo-régulé, et régi par le principe de la marche en avant. Les champignons sont cueillis au gré de leur pousse dans la champignonnière, d’où ils passent, directement ou via une chambre froide, dans la légumerie où ils sont lavés et coupés sous différentes formes en fonction de leur destination. La légumerie donne sur un espace dédié à la fabrication des pâtes, destinées aux quiches, tartes, et autres tourtes. Dans le local de cuisson, trônent un four XXL, une cellule de refroidissement, une friteuse géante et une baratte toute aussi imposante. Elle sert à mélanger les différents ingrédients pour obtenir des garnitures qui sont ensuite assemblées au reste des ingrédients dans la zone de confection. C’est là que, sur de vastes plans de travail en inox, les fonds de tarte et autres pâtes à nems ou à ravioles sont garnis.

De l’autre côté de cette enfilade d’ateliers se situe une série de chambres froides. L’une d’elles est dédiée aux matières premières, une autre aux produits semi-transformés avant leur emballage… C’est ici aussi que se situe un local dédié aux consommables, une cellule de plonge et le bureau de la cheffe de production, qui organise le travail de l’équipe et gère la traçabilité (lire en encadré). Après la zone d’emballage se situe une troisième chambre froide où les références sont stockées en fonction de leur jour de fabrication et de leur destination. À noter que l’entreprise est aussi équipée d’une chambre froide négative, et qu’une quatrième chambre froide est en cours d’installation.

Le choix de la qualité et de la fiabilité

L’entrepreneur a mis à profit les contacts qu’il a noués au fil de ses 25 années d’expérience dans le métier. « Pour choisir le matériel notamment, j’ai interrogé mes fournisseurs, je me suis fié aux recommandations qu’ils ont pu me faire grâce à leurs retours d’expérience sur la qualité du matériel. » Idem pour le choix des revêtements qui n’a pas été une mince affaire, tant ils doivent répondre à de nombreux critères. Enfin, pour concrétiser ses plans, Martin Schwaederlé a fait appel à une quinzaine d’entreprises locales, parfois allemandes, également choisies pour leur réputation de fiabilité.

L’entrepreneur fait aussi appel aux services de la Chambre d'agriculture pour l’accompagner dans l’élaboration et le suivi de son Plan de maîtrise sanitaire (PMS), qui comprend des normes en matière de traçabilité, d’hygiène du personnel… Il se doit en effet d’être irréprochable : « Certains de mes clients réalisent des audits chez moi pour s’assurer de la qualité des produits que nous leur fournissons. »

Projet Interreg Rhin supérieur Elena

Partager les expériences pour en retirer le meilleur

Élevage

Publié le 06/02/2018

Le bassin du Rhin supérieur, c’est une partie de la Rhénanie-Palatinat, du Bade-Wurtemberg, cinq cantons Suisse et l’Alsace. Trois régions de trois pays différents qui ont néanmoins des problématiques communes en matière d’élevage. Pour que cette activité perdure, se développe et se modernise, elle doit pouvoir s’asseoir sur des filières qu’il s’agit donc de consolider, tant en termes de débouchés que d’approvisionnements. Il s’agit aussi d’accompagner les éleveurs, pour les aider à accroître leur compétitivité.

Pour atteindre ces objectifs, plusieurs partenaires œuvrent main dans la main : la Chambre d'agriculture d’Alsace et du Grand Est, le Landesverband für Leistungsprüfungen in der Tierzucht (LKV) du Bade-Wurtemberg et l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). Et se concentrent sur trois productions : l’élevage caprin, porcin et bovin lait. Pour trois raisons différentes.

Maintenir ou créer des filières

En ce qui concerne l’élevage caprin, il s’agit de répondre à une importante demande de lait de chèvre, notamment de la part de la laiterie allemande Monte Ziego. « L’objectif, c’est de créer un bassin de production de lait de chèvre dans le Rhin supérieur », affirme Philippe Caussanel, responsable du service élevage à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Ce créneau étant encore réduit à portion congrue en Alsace, tout est à construire : « Le nombre d’éleveurs caprins au Contrôle laitier va passer de six à une quinzaine en un an », annonce-t-il. De loin pas encore de quoi répondre à la demande de Monte Ziego. Mais c’est un début.

La filière porcine est surtout confrontée à l’érosion du nombre de structures d’abattage. Un phénomène qu’il est impératif d’enrayer au risque de ne plus pouvoir valoriser dans des conditions correctes le travail des producteurs. « Pour maintenir nos filières porcines, nous devons travailler de manière transfrontalière », affirme donc Philippe Caussanel.

Un financement européen

Dans le cadre du projet Elena, cinq axes de travail ont été identifiés en matière d’élevage bovin lait. Tout d’abord la santé des animaux : « Il s’agit d’enregistrer, comparer et évaluer les pratiques. En Allemagne, des données sont enregistrées en routine dans 1 000 élevages. Nous allons travailler de manière transfrontalière sur la valorisation de ces données. »

Autre axe de travail : les outils de conseil, afin de trouver des passerelles entre ceux qui sont utilisés dans les trois pays. Ou encore les robots, l’alimentation : « Chaque pays a son système de mesure de la valeur fourragère des rations, il est donc intéressant de les comparer », note Philippe Caussanel. Un travail qui a commencé par l’analyse d’un même fourrage en France et en Allemagne. Premières conclusions : la méthode d’analyse française fournit une valeur de cellulose brute plus élevée que la méthode allemande. À l’inverse, la teneur en amidon obtenue en France est inférieure à celle obtenue en Allemagne ! Enfin, le dernier axe de travail concerne la production de lait sans OGM, un domaine dans lequel l’Allemagne a un an d’avance sur la France.

Enfin, il convient de souligner que le projet Elena fonctionne grâce à des fonds européens, qui permettent notamment de financer une partie du temps de travail des conseillers agricoles impliqués dans le projet. Les réunions hivernales organisées par Alsace Conseil Élevage rentrent dans ce cadre. Et les éleveurs allemands et suisses bénéficieront du même type de formation.

Conduite d’élevage. Tarissement

Mieux vaut bien tarir que guérir

Élevage

Publié le 05/02/2018

Une vache tarie, a priori, c’est une vache improductive. Mais une vache tarie, c’est aussi une vache qui a produit, et surtout qui va encore produire ! Le tarissement, c’est en quelque sorte la petite pause qui va permettre de mieux repartir. Car c’est durant ce temps que les tissus lactifères se régénèrent. Pour que les vaches puissent profiter au mieux de cette pause bien méritée, le tarissement se prépare donc très en amont. Dès que la gestation, certificat d’une future lactation, est confirmée. Car le tarissement précède à la fois le vêlage, la nouvelle lactation, et la remise en reproduction.

Or le vêlage constitue un stade délicat dans la vie d’une vache. Dans les semaines qui précèdent et qui suivent chaque mise bas, les mères subissent un déficit énergétique, combiné à une baisse de leur immunité et une hypocalcémie. « Un bon tarissement permet de réduire les risques liés à ces fluctuations physiologiques », souligne Théo Kuhm, conseiller à Alsace Conseil Élevage, lors d’une des réunions hivernales de ce service de la Chambre d'agriculture d’Alsace. En outre, les risques liés à un tarissement mal mené sont multiples : infection de la mamelle (hausse des cellules, mammites…), développement d’une maladie métabolique, hypocalcémie, vache grasse, vêlage difficile, voire non délivrance, fièvre de lait…

Une gestion au cas par cas

Le tarissement vise en premier lieu à procurer à la mamelle un repos physiologique suffisant. La durée minimale du tarissement est fixée à 46 jours. En effet, l’involution mammaire dure 25 jours, et la régénération des lactocytes 21 jours. Mais l’idéal, c’est un tarissement qui dure six à sept semaines. Sept jours après le jour du tarissement, un bouchon de kératine se forme dans les trayons de 50 % des vaches laitières. Bouchon qui a pour mission d’empêcher l’intrusion de germes. Mais il y a des vaches chez lesquelles ce bouchon ne se forme pas, d’autres chez qui il se forme plus lentement… Il revient alors à l’éleveur de prendre les mesures qui s’imposent en fonction de l’historique des cellules et des mammites de l’exploitation, et de chaque vache (lire en encadré).

Soigner aussi la panse

Durant la période de tarissement, il faut aussi assurer la bonne fonctionnalité de la panse. Car plus une vache arrive à manger avant le vêlage, moins elle aura de problèmes par la suite. Mais deux freins s’opposent à cette intention. Le veau, qui prend de la place dans l’abdomen de la vache, limite sa capacité d’ingestion. Et la ration du tarissement, qui est moins concentrée en énergie, et qui peut provoquer une régression des papilles ruminales. Il est donc conseillé de les entretenir à l’aide de fourrages grossiers de la future ration. « Sinon, on court le risque d’un amaigrissement, voire d’acétonémie », prévient Théo Kuhm.

Préparer le vêlage

Alors qu’en fin de gestation la baisse de l’immunité entraîne un risque inflammatoire accru, il s’agit de mettre les vaches taries dans des conditions qui le minimisent. Ce qui passe notamment par une ration et des conditions de vie adaptées. D’une ration d’entretien pendant les cinq premières semaines du tarissement, Théo Kuhm conseille de passer à une ration de préparation au vêlage, dont la densité augmente progressivement, trois semaines avant le jour J. Le jour du vêlage, il s’agit de placer la vache dans un lieu, propre, confortable, avec de l’eau et de la nourriture à disposition, et de s’armer de patience. Mieux vaut en effet ne pas trop intervenir, et laisser au maximum la nature faire les choses, recommande le technicien en élevage laitier.

La bonne santé du veau dépend en grande partie de la quantité et de la qualité du colostrum qu’il va pouvoir ingérer. Or la future mère commence à élaborer cette bombe à anticorps trois semaines avant l’arrivée de son petit. À la naissance, le processus de digestion n’est pas encore en place. Les anticorps passent donc directement du colostrum au système sanguin du veau en traversant la paroi intestinale. Donc, plus il boit son élixir de vie tôt, mieux c’est : « Dans les six premières heures de vie, c’est l’idéal. »

Et la reproduction

Enfin, une vache qui a vêlé, c’est une vache qui va potentiellement revenir à l’insémination. Il s’agit donc d’assurer le bon fonctionnement de son système reproducteur, ce qui passe par une couverture énergétique suffisante et une nourriture de qualité. « La reproduction se gère dès le tarissement. Car pour qu’un follicule se développe, et avoir une ovulation de qualité, il s’agit de limiter l’amaigrissement des vaches. L’insémination ne doit d’ailleurs pas être effectuée à tout prix. La décision doit être prise en fonction de l’état de chaque vache », indique Théo Kuhm.

De ce qui précède, il découle qu’un tarissement mal géré peut avoir de nombreux impacts : risque de maladie métabolique, problèmes de reproduction, de mamelles. Donc que cette phase, a priori improductive, a en fait un impact économique non négligeable : « Les conséquences d’un mauvais tarissement peuvent vous coûter jusqu’à 350 € sur une lactation, soit 24 000 € sur un troupeau de 70 vaches », conclut Théo Kuhm.

Kuhn

Du travail du sol de dentelle

Technique

Publié le 02/02/2018

Au Kuhn Center for Progress de Monswiller, les experts parlent aux experts. Dès l’arrivée sur le site, le ton est donné : sur le parvis trônent d’imposantes machines d’un rouge rutilant. Passé les portes d’entrée, le spectacle continu, et le public est invité à flâner parmi une large sélection d’outils conçus et fabriqués par Kuhn. Et du public, il y en avait ce soir-là : « Nous avons organisé cette journée avec nos partenaires revendeurs, et nous avons eu de très nombreux retours, nous attendons près de 300 agriculteurs. Cela va au-delà de nos espérances et prouve l’intérêt des professionnels pour ces techniques », se félicite Christian Fischer, responsable commercial du groupe.

Pour Kuhn, ces événements sont évidemment l’occasion de présenter ses produits, sa démarche, mais aussi de se rapprocher des clients. En effet, c’est l’occasion de faire se rencontrer ceux qui utilisent le matériel et ceux qui l’élaborent, soit chez Kuhn, une trentaine de responsables produits rien que pour la gamme d’outils de travail du sol, « des experts qui élaborent des solutions adaptées aux besoins des clients », décrit Christian Fischer.

Des produits et des services

Une formule qui a du succès. Si bien que l’affluence a obligé les organisateurs à procéder en deux passages, la capacité d’accueil des gradins étant dépassée. Christian Fischer a rapidement présenté l’entreprise, qui fête cette année ses 190 ans puisqu’elle a vu le jour en 1828, à Saverne. La fabrication de machines agricoles dans ses ateliers débute quelques années plus tard, en 1864. Puis, Kuhn traverse les siècles en réalisant régulièrement de nouvelles acquisitions, qui lui permettent de se positionner aussi bien sur le marché des charrues que des semoirs ou encore des outils de pulvérisation. « Nous sommes sans cesse en train d’innover. 4 % du chiffre d’affaires est réinvesti en recherche et développement. C’est ce qui nous permet d’être précurseurs en semis direct, en nouvelles technologies… »

En ce qui concerne le sujet du jour, Kuhn propose une gamme complète d’outils de déchaumage, à disques ou à dents, des semoirs, et notamment l’Espro, un outil qui a été consacré Machine de l’année lors du Sima en 2015, et qui a depuis été décliné en plusieurs versions. Des outils c’est bien, avec des services c’est mieux. Kuhn propose donc aussi des extensions de garantie, des solutions de financement, un service de livraison de pièces de rechange réactif, un service de diagnostic de pannes…

Faux semis et couverts végétaux

Après ces présentations d’usage, Mathieu Meyer, responsable formation produits chez Kuhn, est entré dans le vif du sujet : « La gestion chimique des adventices va devenir de plus en plus problématique. Il s’agit donc de trouver des alternatives mécaniques afin d’éviter leur développement. » Il n’y a pas de recette miracle à espérer : « C’est une stratégie à construire en faisant des compromis entre des facteurs météorologiques, humains… Car dans chaque exploitation, le stock semencier d’adventices évolue différemment, selon que les déjections animales retournent au sol, l’assolement, la rotation, les modes de raisonnement des itinéraires techniques… » Parmi les solutions mécaniques, les faux-semis sont d’ores et déjà couramment pratiqués. Il s’agit d’effectuer un travail du sol superficiel (environs 5 cm) qui va stimuler la levée des adventices. Réalisé idéalement juste après la moisson, ce travail doit laisser un sol fin, humide et bien rappuyé à l’aide d’un rouleau efficace. Un sol qui soit favorable à la levée des adventices, qui seront ensuite détruites par un autre passage d’outil mécanique.

Une autre solution consiste à mettre les adventives en compétition avec un couvert végétal, qui doit lever plus rapidement qu’elles et les étouffer. Faire lever les adventices, faire pousser un couvert, c’est bien beau. Encore faut-il pouvoir les détruire efficacement avant la culture suivante ! Pour y parvenir, Kuhn propose une gamme d’outils : « À dents ou à disques, il n’y a pas de solution idéale. Le gros avantage des outils à dents, c’est leur polyvalence, car en changeant le type de dent, on obtient des résultats très différents. Ils procurent aussi un meilleur nivellement du sol, une meilleure répartition de la paille, mais ils sont plus tirants et sortent davantage de cailloux que les outils à disques. Ces derniers vont plus vite, émiettent mieux le sol et coupent les débris végétaux. » Certains outils, comme le Performer, combinent des disques à l’avant, suivis de dents : « Le terrain est préparé en un seul passage, mais il faut de la puissance, minimum 250 à 300 ch », indique Mathieu Meyer.

Prolander, un vibrodéchaumeur

À cet instant, les portes du Kuhn Center for Progress s’ouvrent, les lumières s’éteignent, et un tracteur fait son entrée sous un ballet de faisceaux lumineux rouges et en musique. Il est attelé au Prolander, un outil que Pierre Reymann, responsable produit déchaumage qualifie de « vibrodéchaumeur ». Cet outil combine une barre niveleuse à l’avant, capable d’écrêter un labour, de niveler le sol. Suivent cinq rangées de dents vibrantes hautes, avec un grand dégagement et un pas assez serré de 15,5 cm, ce qui procure de la terre fine, ouvre le sol sur 3 à 15 cm de profondeur selon les réglages, achève de niveler le sol et répartit les résidus. À noter que la distance entre chaque rangée de dents augmente car le flux de terre augmente. « Cela contribue au dégagement élevé, gage d’un débit de chantier élevé. » Vient ensuite un rouleau, qui rappuie le sol et fait la jauge. « L’outil est simple et confortable d’utilisation, avec un réglage hydraulique de série depuis la cabine, que ce soit pour la barre niveleuse ou les dents. » Deux types de rouleaux sont proposés : le double rouleau barres-cranté sera idéal pour émietter le sol ; le double rouleau U assurera un bon contacte terre/graine, tout en limitant le lissage. Autant de caractéristiques qui font du Prolander une machine polyvalente.

Mathieu Meyer revient en piste pour parler des couverts, dont les bénéfices agronomiques se doublent d’impératifs législatifs : « En interculture longue, la couverture des sols est obligatoire, que ce soit par des Cipan, ou à certaines conditions, des repousses de colza, de céréales ou un mulch », rappelle-t-il. Mais c’est aux Cipan que revient la palme des bénéfices agronomiques - amélioration de la structure des sols, recyclage des minéraux, limitation du lessivage, de l’érosion, amélioration de la teneur en azote organique, réduction du salissement par adventices, augmentation de l’activité biologique, éventuellement fixation de l’azote atmosphérique par les légumineuses… - Si bien que Mathieu Meyer estime qu’elles vont devenir un outil de plus en plus indispensable. Là aussi, pas de solution toute faite : « La réussite d’un couvert dépendra de la rotation, du mode d’implantation, de destruction, de la date de semis du suivant… » Pour maximiser les bénéfices agronomiques du couvert, de plus en plus d’agriculteurs choisissent des couverts multi-espèces. Une manière de bénéficier des atouts de chacune et d’assurer la levée d’au moins quelques-unes. Mais, au semis, le risque est d’assister à une calibration des graines en fonction de leur poids, de leur taille, de leur densité. Résultat : un mélange hétérogène des graines dans la trémie. Et un couvert irrégulier.

Espro : un semoir, une foule de possibilités

Heureusement, les constructeurs mettent des solutions sur le marché. C’est le cas du semoir traîné pour semis simplifié Espro, qui fait son entrée sur le catwalk, en version 6000 RC. Frédéric Gerber, responsable produits TCS, décrit un semoir assez long, d’où des sections qui travaillent indépendamment afin de réduire la taille des fourrières, et qui se règlent depuis un boîtier. À l’avant, il est possible d’installer une roue de rappui, ou une lame de nivellement, relevables hydrauliquement. Viennent ensuite deux rangées de disques de 460 mm de diamètre, à la vitesse de rotation importante, qui émiettent finement la terre afin d’optimiser la levée. Vient ensuite une rangée de roues de rappui, qui ont été particulièrement travaillées pour faire de l’Espro une machine la moins tirante possible. Résultats : des pneus de grand diamètre, étroits afin d’éviter la formation d’un bourrelet de terre à l’avant, et décalés afin d’optimiser le passage des débris végétaux. Cette rangée de roues est suivie de la barre de semis Crossflex, conçue pour assurer un placement de la semence à une profondeur précise, même à vitesse d’avancement élevée. Elle se compose notamment de doubles disques décalés pour pousser les résidus hors du sillon. Des roulettes de rappui et des dents de herse viennent finir le travail.

Le semoir Espro 6000 RC est équipé d’une trémie compartimentée, avec deux doseurs, deux têtes de répartition et deux rampes de semis. Il est donc possible de simplement semer une culture, mais aussi de semer une culture principale combinée à de la fertilisation, de semer un mélange de semences… « Il est possible de mettre un type différent de graine dans chaque compartiment de la trémie, puis de les faire se mélanger dans la tête de répartition pour éviter leur calibration dans la trémie. Ou alors de mettre un type différent de graine dans chaque compartiment et d’utiliser les deux rampes de semis pour semer chaque type de graine à une profondeur spécifique… »

Retrouvez la rencontre Experts Kuhn consacrée aux TCS en images :

Ainsi qu'un vidéo de présentation du semoir Espro au Sima 2015 :

Et du vibrodéchaumeur Prolander au Sima 2017 :

 

EARL des Hautes Chaumes

Le bois leur va si bien

Élevage

Publié le 02/02/2018

Jusqu’à l’hiver dernier, le troupeau de l’EARL des Hautes Chaumes était logé dans une étable datant de 2003, sur aire paillée avec une aire extérieure bétonnée, et une alimentation au râtelier. Mais la place y était insuffisante, et les génisses passaient l’hiver en pension chez d’autres agriculteurs et à la Maison du fromage à Gunsbach. « Nous avions donc besoin de place, mais le plan d’occupation des sols nous interdisait de réaliser le projet de construction que nous avions en tête depuis dix ans. Du coup, nous avons eu le temps de mûrir notre projet », raconte Michel Deybach.

Lorsque la réglementation a changé, leur ouvrant la possibilité de construire, les éleveurs avaient bien identifié leurs priorités : un bâtiment pratique, qui requiert peu de matériel, respectueux du bien-être animal et intégré dans le paysage. Le bâtiment qui héberge les vaches laitières et les porcs est en bois, la maison d’habitation des éleveurs aussi. Pour que le nouveau bâtiment, dédié aux génisses, aux vaches allaitantes et à leur suite, s’intègre dans un ensemble cohérent, le bois s’est imposé. « Ici, nous n’accueillons pas de public. C’est donc un choix très personnel. Nous vendons des produits naturels, donc construire avec un matériel naturel, pour nous, c’est cohérent », argumente Michel Deybach. Leur choix s’est porté sur du douglas, une essence locale, imputrescible et non traitée à l’autoclave. Certes, le bois va grisailler, mais pour Michel Deybach, ça fait partie de la vie du bâtiment.

Un chantier rondement mené

La décision de construire le bâtiment a été prise l’hiver dernier. Le permis de construire a été déposé en juin. Séduits par un bâtiment de stockage Roiné qui avait été construit dans la vallée, les Deybach sont entrés en contact avec l’entreprise bretonne. « Nous voulions absolument un plancher de paillage, et ils nous ont dit qu’ils n’en faisaient pas. Donc, dans un premier temps nous les avons mis de côté. Mais, finalement ils nous ont rappelés pour nous dire qu’ils pouvaient réaliser notre projet. Le fait qu’ils se remettent en question et qu’ils profitent de notre chantier pour expérimenter de nouvelles techniques, ça nous a plu. Nous avons eu un très bon contact avec le commercial du secteur, qui nous a montré de nombreuses photos de leurs réalisations précédentes, dans lesquelles nous avons retrouvé certaines de nos idées », raconte Michel Deybach.

L’affaire est donc conclue avec la société Roiné. Le terrassement a été confié à l’entreprise Kempf. Et a été réalisée en une quinzaine de jours, avec la participation des éleveurs. L’entreprise Doller Construction a coulé la dalle et érigé les murs en béton. La charpente a été conçue et préfabriquée par Roiné en Bretagne. L’ensemble des éléments a ensuite été livré le 8 novembre, et la pose a été sous-traitée aux Charpentes Fritsch, un charpentier de la vallée de Munster, « que nous connaissions déjà ». C’est donc en toute confiance que la charpente a été montée avec l’aide des éleveurs. Le 9 décembre, les bêtes intégraient leur nouveau logement.

Un plancher de paillage fonctionnel

Le plancher de paillage était l’une des exigences des Deybach. L’intégralité de leur paille est achetée en plaine. Il s’agit dons d’une charge qu’il est essentiel de pouvoir correctement maîtriser. Or, le plancher de paillage permet déjà d’économiser une pailleuse. Il procure aussi un gain de temps : « Pour 50 bêtes, le paillage nous prend un quart d’heure par jour. »

Les éleveurs peuvent doser la paille fraîche à apporter en fonction de la quantité de paille qu’il y a déjà sur l’aire paillée. Puis, une fois que la paille est descendue, ils peuvent facilement répartir la paille dans l’aire paillée grâce à des passages d’homme. Les éleveurs apprécient de disposer d’un stock d’appoint de paille dans le bâtiment, qu’il leur suffit de monter sur le plancher au chargeur. « C’est très fonctionnel, et on évite de soulever de la poussière », se félicite Michel Deybach, satisfait en tout point par cet investissement.

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