Auteur
Image

Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

Retrouvez ses derniers articles ci-dessous :

Ensilage shredlage

Attentes et effets

Cultures

Publié le 18/01/2018

Avant d’entrer dans les subtilités de l’ensilage, Philippe Le Stanguennec en a rappelé les bases. Premier commandement : « Le maïs est récolté entre 32 et 35 % de matière sèche, car c’est à ce stade que se situe le meilleur compromis entre rendement, aptitude à la fermentation, digestibilité, et maturité de l’amidon ». Deuxième commandement : « Une coupe franche. Pour favoriser la rumination, le tassement du silo, et éviter les refus. » Troisième commandement : « Avoir des particules suffisamment longues pour favoriser la rumination, environ 15 %, mais aussi des particules plus fines, pour soutenir la digestibilité et le tassement ». Objectif : 8 à 10 mm à l’auge, ce qui suggère d’adapter la longueur de coupe à la récolte à toute une série de paramètres (humidité, technique de reprise, quantité de concentré dans la ration). Quatrième commandement : les grains de maïs doivent être éclatés, sinon ils ne sont pas digérés et représentent une perte d’UFL. Donc soit des céréales à ajouter, soit du lait perdu. Cinquième commandement : tasser énergiquement les silos pour en chasser rapidement et efficacement l’air, afin d’assurer une baisse du pH rapide et éviter les mauvaises fermentations. Sixième commandement : utiliser des bâches de qualité et les lester abondamment afin de préserver le milieu anaérobie, ce qui permet d’éviter échauffements et moisissures. Septième commandement : respecter un délai minimum de trois semaines de fermentation pour obtenir un fourrage stabilisé. Huitième commandement : ne pas perdre de vue que la fermentation continue passé ce délai, et que le grain devient plus digestible sous l’effet de la dégradation enzymatique de son enveloppe.

Un fourrage tout en un

La technique d’ensilage shredlage vient essentiellement modifier le troisième commandement. Son objectif ? Un fourrage unique qui associe énergie, fibre efficace et amidon, tout en maintenant les performances laitières et en préservant la santé des animaux. La technique pour y parvenir ? Obtenir des parties végétatives déchirées et des grains pulvérisés pour augmenter la surface d’attaque des micro-organismes dans le rumen et obtenir une digestibilité maximale. Et, comme les brins longs stimulent le rumen, la technique s’appuie aussi sur une coupe plus longue, pour faire ruminer les animaux. Ces fibres plus longues sont obtenues grâce à un nombre de couteaux réduits et un différentiel de rotation de 50 % entre les rouleaux d’alimentation, ainsi qu’un rainurage en spirale qui croise le rainurage transversal. Résultat : des fibres qui oscillent entre 21 et 26 mm de long (contre 10 à 18 mm en ensilage classique). Avec de telles longueurs de brin, la théorie de la technique shredlage veut qu’il n’y ait plus besoin de paille pour faire ruminer les animaux.

Une théorie qu’un certain nombre d’instituts agricoles ont cherché à vérifier. Les premiers résultats, issus d’essais menés aux États-Unis et en Allemagne sont peu concordants, que ce soit sur le niveau d’ingestion, l’efficacité des rations et l’évolution des performances. La technique a été mise en œuvre en Alsace lors de la dernière campagne. Impossible de tirer des conclusions en matière de performances d’élevage. Mais les premiers utilisateurs confirment l’efficacité d’éclatement des grains, et l’absence de refus à l’auge, y compris pour les brins les plus longs.

À compositions différentes, UF équivalentes

Philippe Le Stanguennec a détaillé les résultats d’une étude allemande où l’effet de l’ensilage shredlage est comparé à celui d’un ensilage classique, avec ou sans paille, dans une ration proche de celles couramment pratiquées en Alsace. Premier constat, la part de particules supérieures à 19 mm augmente effectivement avec la technique shredlage. Assez logiquement, la densité au silo est plus faible, de l’ordre de 10 % de moins pour de l’ensilage shredlage comparé à de l’ensilage classique. Le suivi de l’évolution du silo révèle que le pH diminue un peu moins vite et un peu moins bas en ensilage shredlage. Néanmoins, l’objectif d’un pH de 4 est atteint dans les deux cas.

L’étude de la composition des deux fourrages permet de mettre en évidence quelques différences. L’ensilage shredlage est moins riche en acide lactique, mais contient plus d’acide acétique et plus d’azote ammoniacal, « ce qui suggère un risque de perte de matière azotée plus élevé », commente Philippe Le Stanguennec. Après 90 jours de conservation, les pertes fermentaires apparaissent sensiblement plus élevées en ensilage shredlage qu’en ensilage classique. Néanmoins aucune différence statistiquement significative en termes d’UF n’est mise en évidence.

Effet sur l’état corporel, mais peu sur le lait

L’épreuve de la digestion révèle un peu plus de grains non digérés dans les bouses issues d’ensilage classique que d’ensilage shredlage, ce qui tend à démontrer la qualité de l’éclatement des grains avec cette technique. De toutes les modalités, c’est l’ensilage shredlage avec paille qui procure l’ingestion la plus élevée. Par contre, de par la longueur de coupe, la digestibilité des tiges et des feuilles de l’ensilage shredlage semble moins bonne. Le temps de rumination s’avère plus élevé pour l’ensilage shredlage que classique sans paille. L’évolution du pH du rumen est similaire dans toutes les modalités, sauf la modalité classique sans paille, où le pH fluctue davantage.

Au niveau du lait, il y a peu d’effet sur la production et les taux. « Le lait produit avec de l’ensilage shredlage contient un peu moins d’urée, peut-être en lien avec la teneur élevée du fourrage en azote ammoniacal, et le risque de perte de matière azotée », note Philippe Le Stanguennec. Sur les vaches fraîchement vêlées, le bilan est assez positif, avec notamment un gras dorsal un peu plus épais avec de l’ensilage shredlage, ce qui traduit une moindre perte d’état corporel.

Adapter la ration pour obtenir des bénéfices

Un autre essai, mené par le Contrôle laitier d’Ille-et-Vilaine, suggère que la technique d’ensilage shredlage n’améliore pas la qualité du fourrage mais a un effet sur la digestion par les animaux, permettant effectivement de supprimer la paille des rations, avec des économies de temps de travail à la clé. « L’ensilage shredlage aurait donc surtout un intérêt dans les rations à dominante maïs. Et son intérêt économique n’est réel que si la ration est adaptée en conséquence », souligne Philippe Le Stanguennec, un exemple d’évolution de ration à l’appui, avec suppression de la paille, diminution de l’enrubannage de luzerne, augmentation de l’ensilage de maïs, augmentation de l’urée et suppression du bicarbonate. Une évolution qui doit permettre de gagner 5 cents/vache/jour, en tenant compte du coût plus élevé de l’ensilage shredlage, de l’ordre de 25 à 45 €/ha en plus.

Maïs ensilage

Préconisations variétales pour 2018

Cultures

Publié le 17/01/2018

La campagne de maïs ensilage 2017 a été globalement bonne, avec de bons rendements, tant au niveau de la partie végétative que des grains. « La fin de cycle a été assez rapide, entraînant parfois de la sénescence des plantes, et se traduisant par une période d’ensilage restreinte, dans de bonnes conditions », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA).

À l’ouverture des silos, les ensilages de maïs 2017 ont révélé de bonnes valeurs alimentaires, notamment de bonnes valeurs énergétiques (UF). Pour certaines variétés, les UF sont tirées par l’amidon. Il s’agit donc de les associer à de l’herbe pour éviter l’acidose. Pour d’autres variétés, les UF sont davantage le fruit de la partie végétative. Ces dernières peuvent alors passer en plat unique, ou être associées à des céréales. Une des caractéristiques de l’année a été l’infestation de certaines parcelles par du charbon commun, un phénomène qui apparaît fortement lié à la sensibilité variétale.

Pas de corrélation gabarit-rendement

La CAA a mis en place trois essais variétaux cette année, au nord, au sud et en Centre Alsace. L’essai de Bitschhoffen comprenait 27 variétés. Il a été semé le 11 avril et récolté le 1er septembre. Parmi les variétés demi-précoces (environ indices 280-330), justeen (grain type corné), LG 31.295 (grain type corné) et P9234 (variété dentée la plus tardive de ce groupe de précocité), sortent en tête en termes de rendement mesuré en tMS/ha. Par contre, justeen s’avère sensible au charbon sur tige. L’essai comprenait la variété san mario RH, qui sort dernière en rendement, mais qui a été sélectionnée pour sa richesse en huile, autre source d’énergie que l’amidon. Elle aurait donc pu s’avérer intéressante si ses épis n’avaient pas été envahis par du charbon.

Les différentes mesures réalisées par les techniciens de la CAA mettent en évidence l’absence de corrélation significative entre le gabarit et le rendement. Ce n’est donc pas parce qu’un maïs est haut et beau qu’il va faire du tonnage de matière sèche. À l’inverse, un maïs visuellement un peu chétif peut surprendre… La valeur énergétique dans cette série de précocité est en moyenne de 0,93 UFL/kg MS. L’analyse des données révèle que certaines variétés ont des valeurs énergétiques proches, mais des teneurs en amidon variables. Ce qui prouve bien que l’amidon n’est pas la seule source d’énergie du maïs fourrage. En réalisant la synthèse des données collectées à Bitschhoffen et Traubach-le-Bas, P9234, une variété plutôt typée grain, sort en tête en termes de rendement, suivie par justeen, kilomeris, ES floreal, muesli CS, LG 31.295.

Des variétés sensibles au charbon

Parmi les variétés demi-tardives (environ indices 370-430), LG 30.444 sort première en matière de rendement en tMS/ha, talonnée par P9911 et DKC4621. ES jasmine et LBS 4414 affichent également de bons rendements. La valeur énergétique moyenne de cette série est de 0,95 UFL/kg MS. Et c’est LG 30.444 qui sort en tête en UFL/ha. Il y a eu peu de charbon sur épi dans cette série. Par contre, la variété RGT luxxida en a développé sur tiges. En réalisant la synthèse des données collectées pour cette série à Bitschhoffen et Traubach-le-Bas, P9911 s’avère très régulière et toujours au-dessus de la moyenne. Les variétés DKC4590, ES jasmine, LBS 4414 et LG 30.444 donnent également satisfaction. Le potentiel de rendement de RGT emerixx atteint difficilement celui de son prédécesseur futurixx.

À noter que si DKC4590 affiche de bons rendements, elle ne figure pas parmi les variétés préconisées par la CAA pour le maïs ensilage. En effet, il s’agit d’une variété typée grain. « Elle peut dépanner, mais il ne faut pas en faire trop pour l’ensilage, car sa digestibilité est assez faible. » Enfin, parmi les variétés tardives, sur l’essai d’Uttenheim, P0725 arrive en tête. P9911 en est très proche avec un indice un peu plus précoce, ce qui lui confère un aspect plus sécurisant pour un rendement similaire. Vient ensuite LG 30.444. Dans cette série, la variété la plus touchée par le charbon est RGT ixabel, avec 60 % de tiges affectées, suivie par LG 30.681.

Objectif lait, ou viande !

Pour construire le tableau final des variétés préconisées pour 2018, les conseillers de la CAA ont sélectionné les variétés sur leur rendement, mais aussi sur leur valeur alimentaire, leur stay green… « Votre objectif, c’est de produire du lait, ou de la viande. Or, par exemple, parmi les dentées, certaines variétés ont tendance à mobiliser les réserves de la tige en fin de cycle pour remplir les grains, ce qui n’est pas forcément bon pour l’ensilage », indique Laurent Fritzinger. Libre à chacun de panacher les variétés, ce qui peut permettre de cumuler leurs bénéfices et d’atténuer leurs points faibles, mais Laurent Fritzinger conseille vivement de rester dans les mêmes gammes de précocité, au risque de se trouver confronté à des différences de stade importantes à l’heure de la récolte. Par contre, le type de variété, dentée ou cornée, aurait peu d’incidence. En effet, la digestibilité de l’amidon des grains dentés et cornés est similaire au stade où l’ensilage de la plante entière doit être effectué, c’est-à-dire à 32-35 % de MS plante entière. C’est après que la digestibilité de l’amidon évolue différemment dans les deux types de grains mais cela ne joue plus puisque les maïs sont déjà ensilés à ces stades-là.

Maïs grain

Économiser les solutions pour les préserver

Cultures

Publié le 16/01/2018

Ces réunions techniques suivaient de près la divulgation par l’Aprona des résultats de sa campagne de prospection sur la qualité des eaux souterraines d’Alsace. Campagne qui a révélé une présence assez généralisée des molécules phytopharmaceutiques et de leurs dérivés dans la nappe. « C’est un enjeu sociétal qu’il s’agit de relever en améliorant les pratiques agricoles. Car leur impact sur les milieux, et notamment l’eau, constitue un enjeu pour tous, y compris les agriculteurs », estime Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace.

Si les cinq molécules les plus fréquemment quantifiées dans les eaux souterraines sont désormais retirées du marché, la sixième est le nicosulfuron (Pampa), un herbicide foliaire, utilisé à des grammages pourtant généralement peu élevés. Et, en septième position, arrive le S-métolachlore (Camix, Dual Gold), un herbicide racinaire, dont les dérivés sont aussi fréquemment détectés. Parmi les cinq métabolites les plus retrouvés figurent quatre métabolites du S-métolachlore. « Cette molécule, autorisée sur maïs, betterave, soja, est utilisée à assez grande échelle, mais est aussi assez lessivable. C’est un problème, parce qu’elle risque d’être interdite alors qu’elle est efficace. Or, si le panel de solutions est trop réduit, on va au-devant de résistances. C’est déjà le cas d’adventices qui ont développé des résistances aux sulfonylurées », analyse le conseiller agricole.

Économiser le S-métolachlore pour le préserver

La classification HRAC (Herbicide Resistance Action Committee) des substances actives herbicides, établie selon leurs modes d’action, les répartit en 23 groupes et sous-groupes, avec des risques d’apparition de résistances plus ou moins importants. La famille des chloroacétamide, à laquelle appartient le S-métolachlore, apparaît dans le groupe K3, avec un faible risque de résistance. « Donc si on enlève le groupe K3, il ne restera quasiment plus que des solutions anti-graminées à risque de résistance plus élevé », constate Laurent Fritzinger, qui conclut : « Il faut modifier nos pratiques pour conserver cette solution à notre gamme ».

Il a ensuite présenté une synthèse de 23 essais pluriannuels, menés soit sur une flore simple, soit sur une flore dicotylédone complexe, soit sur une flore graminée complexe. Les différentes modalités ont été notées selon leur efficacité et leur risque de transfert vers les eaux souterraines. Ces essais visaient notamment à comparer les performances de programmes avec et sans S-métolachlore.

D’autant que sa supériorité n’est pas toujours réelle

En traitements de prélevée, sur une flore simple, de bons résultats sont obtenus avec de l’Adengo sans S-métolachlore. « Il n’y a donc pas d’intérêt à l’utiliser. » Sur une flore dicotylédone complexe, les efficacités sont très aléatoires, que ce soit avec ou sans S-métolachlore, puisque dans tous les cas les traitements ne sont pas forcément adaptés à la flore. Sur flore graminée complexe, aucune modalité ne donne vraiment satisfaction, ce qui suggère de les gérer en post. « Toute flore confondue, le S-métolachlore apporte un petit gain d’efficacité. Mais il y a aussi des échecs, que cette molécule soit utilisée ou pas. Ce qui suggère qu’il est possible de trouver des programmes qui fournissent de bons résultats sans S-métolachlore », résume Laurent Fritzinger.

Dans les situations où la pression en graminées est importante, faire un anti-graminées de prélevée, avec Adengo + Isard, Dakota ou Adengo + Atic Aqua puis éventuellement un traitement de rattrapage. Dans les traitements de post-levée, le risque de transfert de matières actives vers les eaux souterraines diminue dès lors que les modalités ne comprennent pas de S-métolachlore. « Si cette molécule sécurise l’infestation dans les parcelles présentant une pression en graminées élevée, il est possible d’obtenir de bons résultats avec des alternatives comme Isard, Adengo, Atic Aqua, Dakota-P… », indique Laurent Fritzinger

Alternatives au S-métolachlore

En stratégie de pré + post, les meilleures alternatives au S-métolachlore sont Isard et Adengo. Deux produits qui peuvent toutefois être un peu plus sensibles à la sécheresse du sol que le S-métolachlore, qui présente la propriété de bien se réactiver, même après 10 jours sans précipitations. Si tout le désherbage est géré en post, Laurent Fritzinger préconise un T1 avec Elumis + Isard puis un T2 avec Elumis. Ou un T1 avec Mondine + Isard puis un T2 avec Mondine. « Il est plus simple de trouver des alternatives au S-métolachlore en maïs qu’en soja ou en betterave, où il n’existe qu’une seule alternative, l’Isard, qui n’est utilisable qu’un an sur deux… », conclut Laurent Fritzinger.

Porc. Manifestation FDSEA-JA

Respecter le prix de l’alimentation

Vie professionnelle

Publié le 09/01/2018

« L’année dernière nous étions venus pour dénoncer le prix du lait, cette année nous venons pour dénoncer le prix auquel est bradé le porc », note Julien Moureau, animateur à la FDSEA du Bas-Rhin. Les manifestations se suivent et se ressemblent… sans pour autant être suivies d’effets significatifs et durables. Les États généraux de l’alimentation ont entrouvert une porte sur une issue favorable aux producteurs, dont la voix semblait enfin entendue. Porte entrouverte sitôt refermée avec fracas.

Le spectacle du rayon boucherie de l’enseigne Leclerc de Marmoutier laisse en effet un goût amer. C’était la promo de la semaine, vigoureusement mise en avant sur le prospectus publicitaire, au même titre qu’aurait pu l’être un lot de 10 paires de chaussettes. Un îlot entier lui est consacré, auréolé de banderoles colorées. Y sont disposés d’imposants jambons, de la longe, du filet mignon… À des prix défiants toute concurrence : 1,29 €/kg d’épaule, 1,59 €/kg de jambon… « Des prix qui ne couvrent même pas nos coûts de production », se désole Jean Kauffmann, responsable du groupe porc à la FDSEA du Bas-Rhin. Car, selon les cours de l’aliment, le prix de revient pour les producteurs oscille autour de 1,45 €/kg.

On est donc loin des intentions des États généraux de l’alimentation qui ont conclu à la nécessité de la construction d’un prix rémunérateur pour tous les acteurs de la filière, prenant donc aussi en compte les coûts de production des éleveurs. Une mesure figurant dans une charte, signée par tous les acteurs de la filière. Les mêmes États généraux de l’alimentation concluent à la nécessité de mieux encadrer les promotions, pour en finir avec la guerre des prix que se livrent les grandes enseignes de la distribution. « Nous ne sommes pas contre les promotions, mais là les prix pratiqués sont abusivement bas », déplore encore Jean Kauffmann. Dans les conclusions des États généraux de l’alimentation, il était d’ailleurs aussi question de relever le seuil de revente à perte économique pour les produits alimentaires… Il ne reste plus qu’à attendre la loi issue des États généraux de l’alimentation, dont la promulgation a été annoncée par le président de la République Emmanuel Macron au premier semestre 2018…

Pour avoir un produit de qualité, il faut mettre le prix

En attendant, cette opération de promotion passe d’autant plus mal que les éleveurs de porcs ont vécu des années difficiles de 2013 à 2016. Cet été-là, le marché du porc s’est enfin redressé, porté notamment par la demande asiatique, ce qui laissait augurer des jours meilleurs pour les éleveurs. Mais si les distributeurs réduisent leur travail à néant, l’embellie pourrait ne pas durer. Une chose est sûre, ces pratiques jettent le flou dans l’esprit du consommateur : « Moi quand je vois du porc à ce prix-là, je me demande bien ce qu’on leur donne à manger… », commente une cliente.

Les éleveurs, eux, le savent. Ils savent aussi comment ils ont amélioré leurs pratiques pour proposer un produit sain, tout en améliorant le bien-être des animaux et en réduisant l’impact environnemental de leur activité. Et ils savent aussi que ces améliorations ont un coût, qu’il s’agit de compenser : « Pour avoir un produit de qualité, il faut mettre le prix », martèle Jean Kauffmann. Cela ne passera que par le respect des engagements de tous les acteurs des différentes filières, et par des travaux concertés sur la construction des prix.

Retrouvez cette manifestation en images, avec notre interview de Mathieu Schneider, éleveur de porcs à Schwenheim et reponsable du groupe porc chez les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin :

 

Maïs grain

Chrysomèle, pyrale : le point sur les ravageurs

Technique

Publié le 04/01/2018

Depuis que la chrysomèle des racines du maïs a été détectée en Alsace, l’évolution des populations de ce ravageur du maïs non endémique fait l’objet d’un réseau de surveillance. Année après année, la tendance se confirme : la chrysomèle prend ses quartiers en Alsace. « On en trouve dans trois quarts des pièges, mais on ne constate toujours pas de dégâts », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. La chrysomèle est aussi bien implantée de l’autre côté du Rhin, où l’évolution de la situation laisse peu d’espoir quant à une possible régression de l’insecte : « Dans le Bade-Wurtemberg, le nombre de chrysomèles par piège est passé de 50 à 170 en un an », rapporte Laurent Fritzinger. Résultat, les autorités compétentes ont remis en place des restrictions à la culture du maïs en Allemagne. La rotation reste et restera en effet la meilleure des méthodes de lutte - d’autant que les solutions chimiques sont sur la sellette. Car si les larves de chrysomèle ne trouvent pas de jeunes racines de maïs pour se nourrir, elles meurent. C’est pourquoi la Chambre d'agriculture d’Alsace préconise la rotation dans les secteurs où les captures sont les plus importantes. Au-delà de 100 chrysomèles capturées par piège, il serait bon d’agir à l’échelle de la petite région agricole. « L’éradication du ravageur n’étant plus possible, il faut chercher à limiter son expansion par tous les moyens », argumente Laurent Fritzinger.

Une année à pyrales

À dire d’agriculteurs, la pression en pyrales a été assez élevée durant la campagne écoulée. Un constat que les techniciens agricoles viennent tempérer en le mettant en perspective : « Il y a certes eu plus de pyrales que les deux dernières années, mais on sort de trois années avec une pression relativement faible par rapport à des années comme 2010 ou 2013, où la pression était encore plus élevée. » Pour suivre l’évolution du ravageur, la Chambre d'agriculture d’Alsace, Arvalis-Institut du végétal, ainsi que d’autres partenaires du réseau de surveillance biologique du territoire mettent chaque année en place un réseau de prospection, réalisé sur des parcelles vierges de toute protection. Résultat cette année : « Sur 20 % des sites, aucune larve n’a été détectée. Et sur 60 % des sites, le nombre de larves était compris entre 0 et 0,25 larve par pied. Sachant que le risque d’avoir une incidence sur le rendement n’est réel qu’à partir de 0,2 larve par pied. Le risque était donc faible dans 70 % des parcelles et moyen dans 20 % », rapporte Lucile Pligot d’Arvalis-Institut du végétal. La dynamique de vol de l’insecte est suivie en mettant en cage des cannes de maïs infectées. Résultats : le pic de nymphose a eu lieu le 13 juin, au même moment qu’apparaissaient les premiers papillons, dont le pic de vol a eu lieu le 27 juin, suivi par un pic de ponte, le 4 juillet.

Positionner les traitements avec une rigoureuse approximation

Désormais, la survie de l’insecte va dépendre de l’hiver : « La pyrale survit mieux à un hiver froid et sec qu’à un hiver froid et humide. » La lutte est d’abord prophylactique. Elle passe par un broyage des cannes le plus rapidement, le plus collectivement et le plus bas possible après la récolte. « Lors de la prospection, nous nous sommes rendu compte que les larves descendent rapidement dans les cannes. C’est pourquoi il faut intervenir rapidement, sinon les larves sont déjà trop basses et on n’arrive plus à les atteindre avec le broyage. »

Il existe un autre levier de lutte préventive : la date de semis. Plus elle est tardive, plus le maïs est petit au moment du pic de vol, et attire moins les pyrales qu’un voisin plus opulent. Vient ensuite le temps de la lutte curative. Or, pour limiter la propagation du ravageur, il est difficile de faire quoi que ce soit au stade de la nymphose, ou encore d’agir sur sa fécondation, ou sa fertilité. C’est donc au pic de vol qu’il faut traiter. Pour l’identifier, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Arvalis - institut du végétal, réalisent des suivis afin de détecter l’émergence des adultes et de relayer ce stade clé sur le terrain, notamment via le Bulletin de santé du végétal. La lutte curative peut être biologique, avec des trichogrammes, dont l’efficacité s’avère néanmoins limitée en cas de forte infestation et dépendante des conditions climatiques. Cette année, par exemple, « il a fait trop chaud pour que les trichogrammes soient vraiment efficaces ». La lutte peut aussi être chimique. Dans l’idéal, les traitements doivent correspondre au pic de vol, ce qui se fait mieux avec un enjambeur qu’avec un tracteur. Quoi qu’il en soit, le positionnement se fait toujours de manière approximative, puisqu’on ne sait qu’on a atteint le pic de vol que lorsque les comptages diminuent… Les essais menés par la Chambre d'agriculture d’Alsace révèlent un avantage au traitement au pic de vol par rapport au traitement au stade limite passage tracteur (LPT). La méthode de lutte préconisée est donc la suivante : en situation de risque faible, un broyage des cannes, et un traitement biologique ou chimique ; en situation de risque fort, un broyage des cannes, et un traitement chimique, soit au stade LPT avec du Coragen à 0,125 l/ha, soit au pic de vol, toujours avec du Coragen, mais à 0,100 l/ha. Enfin, Lucile Pligot rend les agriculteurs attentifs aux risques de confusion, notamment avec la fusariose de la tige qui peut engendrer des pieds mous, donc des maïs qui versent, et des têtes qui cassent.

Groupe Haag

John Deere et Lemken en démonstration

Technique

Publié le 22/12/2017

Pour les concessionnaires agricoles, les journées de démonstration au champ sont l’occasion de déployer les atouts des matériels qu’ils proposent à la vente. Les prospectus, les sites internet, c’est bien, mais rien de tel que d’observer le travail effectué par une charrue, de prendre en main les commandes d’un tracteur, pour découvrir ses fonctions et sa maniabilité. Vendredi 15 décembre, aux abords de Wahlenheim, le groupe Haag proposait aux agriculteurs de prendre en main quatre tracteurs John Deere, dont deux nouveaux modèles mis sur le marché en 2017.

Il s’agit d’abord du modèle 5100 R, dernier né de la série 5R. Un tracteur compact, haut de gamme, bien adapté au système polyculture élevage, décrit Aurélien Savio, chef des ventes du groupe Haag. Ses principales caractéristiques sont un pont et une cabine suspendus, une nouvelle transmission robotisée, un accoudoir multifonctions et une cabine avec une visibilité à 360 °. De facture américaine, ce tracteur développe une puissance jusqu’à 125 ch. « Il allie maniabilité, confort et puissance », résume Aurélien Savio.

L’autre nouveau modèle présenté complète la gamme des 6R par le haut, avec un gabarit plus important et un empattement qui a évolué. Il s’agit plus précisément de deux nouveaux modèles puisque le 6250R développe jusqu’à 290 ch de puissance, et le 6230R jusqu’à 270 ch. « Ils sont équipés d’un nouvel accoudoir avec le joystick Command Pro, qui centralise toutes les commandes du tracteur, une nouveauté chez John Deere », décrit Aurélien Savio, qui poursuit : « Il s’agit de tracteurs adaptés au contexte alsacien, avec un rapport poids/puissance exceptionnel ».

Des outils de travail du sol Lemken

Ces tracteurs pouvaient être testés sur route ou observés au travail au champ, attelés à des outils de travail du sol Lemken, notamment deux charrues, la Juwel 7 et la Juwel 8, elles aussi particulièrement adaptées au contexte alsacien, et disponibles en trois versions : MV, avec des réglages mécaniques ; V, avec des réglages électrohydrauliques ; et TCP, pour Turn Contro Pro, c’est-à-dire tout Isobus, les réglages s’effectuant alors depuis la cabine. Étaient également présentés : le Rubin 12, un déchaumeur à très grands disques donc à grand dégagement, idéal pour gérer les cannes de maïs, ainsi qu’un combiné de semis associant une herse rotative Zirkon 12 et un semoir Saphir 7, « un semoir mécanique simple, équipé d’une rampe de semis à double disque assurant un placement précis des graines donc une levée régulière », décrit Nicolas Soehnlen, responsable des ventes chez Lemken en Alsace.

Techniques Agricoles

Des portes ouvertes très conviviales

Technique

Publié le 21/12/2017

Jeudi 7 décembre, le concessionnaire agricole Techniques Agricoles, filiale du groupe Raiffeisen, organisait une journée portes ouvertes sur son site de Hohengoeft. L’occasion de mettre en avant ses partenaires, et notamment le tractoriste Deutz Fahr, avec la présentation de la toute nouvelle gamme des quatre cylindres, développant des puissances de 120 à 175 ch version Style en Power Shift, RCShift et TTV. Mais toute la gamme des tracteurs Deutz Fahr était présentée, des tracteurs vignerons à ceux davantage développés pour les exploitations de grandes cultures ou de polyculture élevage. L’occasion donc, pour Claude Hauer, directeur de la concession, et son équipe, de montrer que « nous sommes en mesure de répondre à toutes les demandes en agriculture, y compris avec des outils équipés des dernières innovations technologiques ». Au-delà de Deutz-Fahr, Techniques Agricoles présentait aussi du matériel de ses autres partenaires. Les historiques, comme Kuhn, Sodimac… Et les nouveaux, comme Fliegl, fournisseur de bennes agricoles ; et Tehnos, constructeur de broyeurs. Deux constructeurs pour lesquels Techniques Agricoles bénéficie de l’exclusivité des ventes dans le Bas-Rhin. Pour présenter tous ces outils agricoles, l’équipe de Techniques Agricoles était bien évidemment à pied d’œuvre. Et les échanges ont été « très positifs », se félicite Claude Hauer. D’ailleurs M. Muller, gérant du site de Berrwiller était présent pour répondre aux questions plus spécifiquement viticoles.

Des investissements pour le futur

Près de 300 personnes se sont déplacées chez le concessionnaire, que ce soit pour profiter des 15 % de remise qui étaient effectuées sur tout le magasin, découvrir de nouveaux outils, parler technique ou pour partager un moment de convivialité. En effet, à midi, le concessionnaire proposait à ses clients de partager une choucroute de la ferme de Louise. Ce repas était d’ailleurs servi dans l’atelier du concessionnaire, ce qui permettait de prendre la mesure des investissements récemment réalisés : rénovation des fenêtres, du chauffage, de l’éclairage… Au final, de meilleures conditions de travail, pour continuer à servir les clients avec efficacité, et pour longtemps !

Comptoir agricole

Pas de blé, mais de nouvelles sections

Cultures

Publié le 20/12/2017

Assister aux assemblées de section du Comptoir agricole exige un petit exercice de mémoire. En effet, les chiffres qui vont suivre ne correspondent pas à la campagne qui s’est achevée récemment, mais à celle de 2016-2017, soit l’année économique qui s’est clôturée au 30 juin 2017, et qui a commencé, en juillet 2016, par la récolte de blé « la plus médiocre de ces 40 dernières années et une qualité compliquée à gérer », pose Marc Moser, président du Comptoir agricole, en ouverture de l’assemblé de section de Traenheim. La collecte du maïs qui a suivi a été très hétérogène, avec en moyenne 101 q/ha. Et des prix non rémunérateurs. Conséquences : des situations économiques compliquées dans certaines exploitations agricoles. « Le Comptoir agricole en a pris la mesure et agit en conséquence en accompagnant ses adhérents », assure Marc Moser. Pour la coopérative, les faits qui ont marqué cet exercice sont l’intégration pleine et entière de l’activité élevage, née de la liquidation de Copvial, et qui apparaît - positivement - pour la première fois dans les chiffres du groupe. Et puis le Comptoir agricole a aussi restructuré son activité viticole (lire en encadré page 5).

L’activité houblon progresse

Ce décor planté, Marc Moser a commenté quelques chiffres. L’exercice 2016-2017 se clôture sur un chiffre d’affaires en hausse de 16 %, passant de 179 à 208 millions d’euros (M€). Par rapport à l’exercice précédent, les cartes sont sensiblement rebattues. L’activité céréales reste en tête, mais affiche une légère régression, tout comme le secteur des agrofournitures. La part de l’activité pommes de terre est également en légère régression, en lien avec une réduction du volume commercialisé. En effet, la surface a peu évolué, mais la valorisation des tonnages a été malmenée par des problèmes de qualité qui ont engendré des déchets. L’activité houblon progresse en volume (661 tonnes commercialisées contre 641 t), et surtout en valeur. La contribution du maïs semences au chiffre d’affaires global augmente, surtout du fait de la hausse des surfaces, qui ont gagné plus de 400 ha entre les deux campagnes. La nouvelle activité vigne a généré 7,80 M€ de chiffre d’affaires. Et, après neuf mois d’activité, la filière Élevage a généré 23,30 M€, « soit à peu de chose près l’équivalent du poids de Copvial, ce qui prouve la confiance que les éleveurs alsaciens ont accordée à cette nouvelle organisation », analyse Marc Moser.

Pas de blé meunier en 2016

Si l’activité de l’exercice 2016-2017 démontre la volonté du Comptoir agricole de se diversifier, son cœur de métier reste la collecte et la vente de céréales. Une activité que Denis Fend, directeur du Comptoir agricole, a détaillée. Durant l’exercice considéré, le volume de blé collecté a baissé de 38 % par rapport au précédent. Celui de colza régresse également. Et, tandis que le volume de maïs reste stable, ceux d’orge, de tournesol et de soja progressent, parfois significativement, reflétant la diversification des assolements pratiqués par les adhérents de la coopérative. La baisse du volume de blé collecté s’explique par un cycle cultural qui s’est déroulé dans un contexte climatique globalement défavorable, avec un hiver doux, « ce qui n’est jamais de très bon augure pour la suite », et un mois de juin pluvieux. Le rendement a effectivement été catastrophique, à 49 q/ha, soit une baisse de 41 % par rapport à l’exercice précédent. Surtout, le poids spécifique (PS) de 67, et la contamination généralisée par les mycotoxines ont écarté toute possibilité d’envisager des débouchés meuniers. Quant au rendement en maïs, il affiche une hausse de 9 % par rapport à l’exercice précédent, avec une humidité moyenne de 28 %, et une qualité sanitaire satisfaisante. À noter aussi qu’en raison de la mauvaise collecte de blé et des fourrages de manière générale, le report du maïs grain vers le maïs ensilage a été assez important. En outre, la surface dédiée au maïs était en baisse de 6 %. Si bien que malgré la hausse du rendement, le tonnage de maïs collecté est stable.

Des blés difficiles à commercialiser

Antoine Wuchner, responsable des ventes à Eurépi, la filiale du Comptoir agricole dédiée à la commercialisation des céréales collectées, décrit le contexte dans lequel cette récolte a été commercialisée : « Quasiment tous les lots de blé dépassaient les seuils réglementaires de teneur en mycotoxines. Dans ce contexte, le fait d’avoir des rendements faibles n’était donc pas forcément préjudiciable, parce qu’il a fallu trouver des débouchés pour ces blés. Mais d’abord, il a fallu racheter les blés de qualité meunière qui avaient été prévendus pour profiter des bons prix. Des ventes que nous n’avons donc pas été en mesure d’honorer. » Forcément, les performances d’Eurépi s’en sont trouvées pénalisées. Pour le maïs, même si la sécheresse estivale a fait craindre une baisse de rendement, cela n’a pas engendré de volatilité sur les marchés, car l’offre mondiale est importante. Antoine Wuchner a aussi livré quelques éléments sur la situation actuelle des marchés. Malgré quelques pics de nervosité, les bonnes récoltes au Brésil, en Ukraine et en Russie laissent peu d’espoir de voir les cours remonter. Pour cela, il faudrait vraiment assister à « des événements climatiques marqués ».

Chiffre d’affaires appro en baisse

Richard Macé, nouveau responsable de l’activité appro, en a détaillé les résultats. Le chiffre d’affaires généré est en baisse de 3 M€, à 40 M€. Les ventes de produits phytosanitaires y contribuent à hauteur de 24 %, celles de semences à 28 %, celles d’engrais à 41 %, et les autres fournitures (filets, bâches) à hauteur de 7 %. Le chiffre d’affaires généré par les ventes d’engrais est en baisse de 15 %, car un certain nombre d’exploitations ont fait l’impasse sur les fumures de fond. Les ventes de produits phytosanitaires baissent aussi de 7 %, ce qui s’explique à la fois par l’interdiction des néonicotinoïdes et par une pression modérée des adventices et maladies cryptogamiques due à un printemps sec. « C’est aussi le signe du développement des techniques alternatives de protection des cultures auxquelles notre service technique travaille assidûment », commente Richard Macé. Le chiffre d’affaires généré par les ventes de semences augmente de 2 %. Ces derniers temps, des firmes semencières, ou phytosanitaires, se sont regroupées. En leur donnant plus de poids, ces regroupements ne devraient pas inverser la tendance. « Dans ce contexte, le modèle des unions de coopératives se justifie car il permet de peser davantage dans les négociations », souligne Richard Macé. Le cours du pétrole affiche actuellement une tendance haussière, sans qu’aucun indice de chute ne se profile. Un constat inquiétant puisque le cours des engrais est structurellement calé à celui du pétrole. À cela s’ajoutent des usines de production d’engrais vieillissantes, et une demande importante de la part des pays émergents, qui font que la matière devient très rare, entraînant une inflation des cours. Le constat est similaire pour le phosphore, la potasse, et même le soufre. « Heureusement nous avons pu acheter des engrais en période creuse et les stocker », rassure Richard Macé. De quoi passer la prochaine campagne sereinement.

Des résultats consolidés par les nouvelles activités

Le rapport financier, présenté par Marc Belleil, directeur financier, révèle que les investissements restent faibles, passant de 1,90 à 1,30 M€. « Après une période d’investissements lourds, ceux-ci se résument désormais à la maintenance des équipements », explique-t-il. L’intégration des activités élevage et viticulture a contraint Marc Belleil à présenter le compte de résultats en deux temps. D’abord à périmètre constant, c’est-à-dire sans les bénéfices et charges liés aux nouvelles activités. Le chiffre d’affaires généré par l’activité céréales apparaît en baisse de 1,80 M€. Celui lié aux ventes de houblon passe de 4,8 à 5,60 M€. Au final, le chiffre d’affaires est en légère diminution. Mais, si on ajoute les nouvelles activités, soit 7,80 M€ de chiffre d’affaires généré par l’activité vigne, et les 23,30 M€ générés par l’activité élevage, le chiffre d’affaires lié à l’ensemble des activités passe à 208 M€. À périmètre fixe, le résultat net passe de 60 000 à 500 000 €. Avec la vigne et l’élevage il atteint 1,10 M€. « Nous avons réduit les investissements au strict nécessaire pour pouvoir accompagner les agriculteurs. Ce qui nous a permis de d’ores et déjà provisionner des ristournes à hauteur de 900 000 € sur les appro et à hauteur de 140 000 € sur l’activité vigne », commente Marc Moser.

Au bilan, les capitaux propres progressent avec l’intégration des capitaux propres des deux coopératives viticoles. Ils passent de 106,80 à 115,90 M€. Le fonds de roulement est positif. « C’est une bonne chose car nous avons un besoin structurel de financement des stocks de céréales et d’intrants. Cela nous permet même d’avoir une trésorerie positive, ce qui est rare », souligne Marc Belleil. Le bilan consolidé du groupe, c’est-à-dire qui intègre les résultats du Comptoir agricole et de ses filiales fait apparaître un chiffre d’affaires en hausse, passant de 298 à 317 M€. Le résultat suit la même tendance, passant de 500 000 à 1 M€. « Ces résultats sont le reflet de la bonne santé financière de la coopérative, qui est donc à même d’accompagner ses adhérents », commente Marc Moser. Et c’est ce que reflète le gap entre les 317 M€ de chiffre d’affaires et le 1 M€ de résultat.

Logistique, IFT et bio

Malgré les investissements consentis ces dernières années, les difficultés liées aux engorgements des silos en période de collecte perdurent. Mais il n’y a pas de solution miracle, sauf à consentir encore de nouveaux investissements qui seraient peu rentables au regard des bénéfices qui en seraient retirés sur une période d’utilisation aussi brève, explique Denis Fend. La solution la moins onéreuse, et qui a déjà parfois été utilisée, c’est le dégagement par transport de nuit. Mais elle n’est pas idéale : « Il faut avoir de la visibilité pour être sûr de rentabiliser les camions et les chauffeurs qui sont affrétés », poursuit le directeur.

Lors de l’assemblée de section de Traenheim, les questions des adhérents ont notamment porté sur le positionnement du Comptoir agricole quant à l’usage des produits phytosanitaires. Car les agriculteurs sont lucides quant aux restrictions d’usage qui s’annoncent. « Nous travaillons depuis 30 ans à la réduction des doses, rappelle Denis Fend. Mais nous aurions dû le faire savoir plus tôt. » Après la réduction des IFT, le Comptoir agricole va s’attacher à mesurer la percolation des matières actives, afin d’identifier les plus problématiques. Denis Fend a regretté que les Certificats d’économie de produits phytosanitaires (CEPP) à peine mis en œuvre pour inviter les distributeurs à encourager les pratiques alternatives, soient déjà remis en question dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Le 11 octobre, le président de la République a réitéré sa volonté de séparer le conseil et la vente des produits phytosanitaires. « Si c’est le cas, nous ne pourrons plus être proactifs sur la question », note Denis Fend.

Enfin, les adhérents ont questionné le positionnement de leur coopérative sur le développement des filières biologiques. Denis Fend a rappelé que le Comptoir agricole collecte des céréales, des pommes de terre, du houblon et des bovins bios. En outre, il fournit de l’aliment bio pour les volailles, et accompagne l’essor de la viticulture biologique. « Mais, dans les systèmes de grandes cultures sans élevage, les céréales bios sont difficiles à valoriser. Et les itinéraires techniques sont compliqués à mettre au point. Dans ces conditions il nous apparaît difficile de développer la collecte de céréales bios, sauf à trouver des niches, c’est le cas de la charte que nous avons récemment signée avec les bretzels Burgard pour les approvisionner en farine bio locale », explique Denis Fend.

25e anniversaire de la coopérative Alsaraifort

Petit mais costaud !

Cultures

Publié le 15/12/2017

Jeudi 7 décembre, suite à son assemblée générale, la coopérative Alsaraifort fêtait son 25e anniversaire. « Nous sommes ici réunis en famille », précise Joseph Lutz, ancien président et fondateur de la coopérative Alsaraifort, devant une assemblée constituée des producteurs, actuels et anciens, de l’unique transformateur, et des partenaires de la filière. En effet, les discours officiels, empreints de solennité et d’hommages appuyés, étaient aussi émaillés de blagues, de piques, et d’anecdotes !

Une blancheur incomparable

Joseph Lutz a retracé l'« histoire unique » du raifort. Autrefois, chaque ferme alsacienne en entretenait quelques pieds dans le jardin, pour un usage domestique. Dans les années 1950, la famille Urban a décidé de cultiver la racine à plus grande échelle. « C’était très novateur », souligne Joseph Lutz. D’autant que ces pionniers sont allés jusqu’à peler et râper les racines à la main. « Cette blancheur, c’est ce qui fait encore la particularité du raifort alsacien. Celui qui est produit en Allemagne ou en Autriche n’est pas pelé donc il a une teinte grisâtre. » Dans les années 1960-1970, la culture du raifort se développe surtout sur les bans de Mietesheim et Wissembourg.

« J’ai commencé par en planter une rangée dans le tabac en 1977 », raconte Joseph Lutz, aussitôt corrigé par son épouse : « Nous avons planté ! » À cette époque, la demande de l’usine Raifalsa, alors dirigée par Georges Urban et sa sœur Marguerite Schmidt, est croissante. Aussi Joseph Lutz fait-il la promotion de la culture auprès de ses collègues tabaculteurs. « Ce sont deux cultures qui se marient bien : il faut être habitué au travail manuel. » À partir de la fin des années 1980, Gérard Neuhard est mandaté par la Chambre d'agriculture pour s’occuper du groupe de 30 producteurs. Il l’anime, organise des essais, des visites à l’étranger, parfois à plus de 1 000 km… Bref, ne ménage pas ses efforts pour améliorer les techniques de production et structurer la filière. Des efforts couronnés par la création de la coopérative Alsaraifort en 1992.

Deux ans après, Raifalsa traverse quelques perturbations. Georges Urban et Marguerite Schmidt n’ont pas de successeur. La sucrerie d’Erstein se porte acquéreur de l’usine. Mais le divorce est vite prononcé. Raifalsa est alors rachetée par Rémy Lienhard, qui investit dans une unité de production de 1 500 m2. Mais, au bout de trois années d’exploitation, il se retire de l’affaire, et l’entreprise est revendue à Ernest Trautmann et son fils Denis. « Avec eux, on a pu discuter. Et c’est ce qui a permis de pérenniser la filière », affirme Joseph Lutz. En 2006, il cède le poste de la présidence d’Alsaraifort à Christophe Scharrenberger. Deux ans plus tard, la coopérative adhère à Planète Légumes.

Des pistes de modernisation

Aujourd’hui, la coopérative regroupe 17 exploitants sur 21 ha. Le principal acheteur reste Raifalsa, devenu Alélor, qui transforme environ 150 tonnes de racines par an. Le noyau dur des producteurs se situe toujours dans le secteur historique, au nord de Mietesheim, mais aussi autour de Brumath. « Depuis trois quatre ans, il y a aussi des producteurs le long du Rhin », témoigne Pierre Geist, l’actuel conseiller de la Chambre d'agriculture d’Alsace en charge de la filière raifort. Après avoir diminué jusqu’en 2010, où il n’y avait plus que 13 producteurs, l’effectif augmente à nouveau. L’évolution des surfaces est similaire, et la surface moyenne par producteur augmente. « Le rendement est très fluctuant, de 6 à 10 t/ha, car il est très tributaire des aléas climatiques », décrit Pierre Geist. Une piste envisageable pour lisser ces aléas serait d’équiper les parcelles de raifort de systèmes d’irrigation.

C’est un des axes de travail évoqués au cours de cette réunion anniversaire, mais pas le seul : développer le désherbage mécanique, mécaniser davantage la récolte, planter les racines dans des buttes hautes… Les idées ne manquent pas pour rendre la culture plus attractive auprès des jeunes producteurs. Car c’est là que le bât blesse : la culture du raifort est assez contraignante. Les racines se récoltent de la fin de l’automne au début du printemps, donc dans des conditions difficiles. « Il faut compter 600 à 800 heures de travail », estime Christophe Scharrenberger. « Or notre mission est aujourd’hui de renouveler les générations. Depuis 2010, 12 nouveaux producteurs se sont lancés dans le raifort mais certains ont déjà arrêté », constate Pierre Geist.

Des velléités de sortir de la confidentialité

Les freins au développement de la filière résident aussi dans la confidentialité de la culture en France - les 21 ha de raifort alsaciens sont les seuls de tout l’hexagone - qui n’intéresse donc ni les constructeurs de matériel agricole, ni les firmes phytosanitaires. Pour obtenir des autorisations d’usage, le raifort était d’abord considéré comme une Plante à parfum, aromatique, médicinale et condimentaire (PPAMC), puis comme une carotte… Alors qu’il appartient à la famille des crucifères. Quoi qu’il en soit, la culture mineure manque de solutions de traitement homologuées. Et certains ravageurs posent problème (rouille, rhizoctone, altises) « Heureusement, nous entretenons de très bonnes relations avec nos homologues allemands, autrichiens, hongrois », se félicite Pierre Geist.

Culture marginale, le raifort n’a bénéficié que de peu de soutiens financiers pour prospérer. Si cette microfilière perdure, c’est surtout grâce à l’engagement et au soutien de quelques hommes. Aujourd’hui la production de raifort reste stable, mais n’augmente pas vraiment. Joseph Lutz rêve de davantage d’actions de sensibilisation auprès des consommateurs pour promouvoir ce condiment si particulier, voire d’un dépôt de dossier de demande d’indication géographique protégée (IGP)…

Qualité de l’eau souterraine en Alsace

« Il faut continuer à faire progresser les techniques »

Cultures

Publié le 08/12/2017

Tout le monde aurait aimé pouvoir analyser et commenter des chiffres différents. Mais les résultats de l’étude de l’Aprona sont ce qu’ils sont (lire en encadré). Et il s’agit désormais « d’examiner les politiques publiques existantes, et d’en construire de nouvelles », a déclaré Frédéric Pfliegersdoerffer, président de l’Aprona, lors de son allocution d’ouverture de la demi-journée de restitution des résultats. Pour Christian Guirlinger, président de la commission Environnement de la Région Grand Est, ces résultats ont le mérite d’arriver à temps : « Ils vont permettre d’anticiper les politiques à mener et d’identifier des pistes de travail pour adapter les actions engagées afin de réduire la pollution par les produits phytosanitaires ».

Une table ronde réunissant Guy Dietrich, de l’Agence de l’eau Rhin Meuse, Cécile Billaud, de l’Agence régionale de Santé Grand Est, Fabien Metz, de la Chambre d'agriculture d’Alsace, Jean-Philippe Torterotot, directeur régional adjoint de la Dreal Grand Est, et Christian Guirlinger a fait suite à la présentation des résultats. L’étude met notamment en évidence la rémanence importante de certaines substances actives. « Il faut avancer sur la compréhension de ces phénomènes », a estimé Jean-Philippe Torterotot. Il a aussi considéré qu'« on ne peut pas comparer ces résultats à ceux qu’on aurait eus si on n’avait rien fait. L’échec aurait été de ne rien faire et de ne pas s’intéresser à la situation. » Une analyse que partage Christian Guirlinger, pour qui ces résultats « vont permettre d’agir pour corriger le tir ».

« Accepter le temps long de la nature et des phénomènes chimiques »

Fabien Metz a rappelé que les agriculteurs utilisent les produits phytosanitaires dans le respect d’un cadre réglementaire, avec des AMM, des doses maximales… « Malgré cela, constater que des molécules migrent vers la nappe nous interpelle. Pour quelles raisons certains produits phytosanitaires migrent plus ou moins en fonction des secteurs ? Le savoir nous permettra de mieux adapter nos pratiques. » Il a rappelé que les agriculteurs utilisent des produits phytosanitaires pour préserver les cultures des ravageurs et pour respecter des normes de qualité sanitaires. S’ils n’en utilisent pas, ils risquent une perte de rendement, ou de qualité, donc de revenu. Et s’ils utilisent des alternatives aux produits phytosanitaires, cela engendre un surcoût qu'ils ont du mal à répercuter sur le prix de vente, car il est dicté par un marché mondial, où la concurrence est rude, et par une logique de prix bas.

Pour Guy Dietrich, ces résultats ne sont pas une surprise puisqu’ils convergent avec les données des Agences de l’eau. Il s’est félicité de la stabilisation enregistrée pour les nitrates, bien qu’il considère que leur teneur soit toujours inquiétante. Quant aux résultats sur les produits phytosanitaires, « il faut accepter le temps long de la nature et des phénomènes chimiques ». Reste que « le nombre élevé de molécules retrouvées, et leur possible effet cocktail, sont préoccupants».

« La présence de résidus de produits phytosanitaires dans l’eau est un sujet à préoccupation sanitaire fort, qui figure parmi les quatre priorités de la politique nationale de santé, avec la pollution de l’air et les perturbateurs endocriniens », a indiqué Cécile Billaud. Il existe certes des procédés de traitement de l’eau pour la rendre potable, mais pour protéger la santé des populations, il faut en installer plus, et « mieux protéger la ressource en eau potable en amont ».

Des actions à poursuivre

Les participants sont revenus sur les actions qui ont d’ores et déjà été engagées, et que nous avons évoquées dans notre précédente édition. Guy Dietrich a rappelé que  l’Agence de l’eau Rhin Meuse finance des postes de conseillers, participe au financement des conversions à l’agriculture biologique et de différents plans (AgriMieux, FertiMieux, Ecophyto…). « Il est nécessaire de mobiliser de nouveaux financements », a-t-il lancé. Jean-Philippe Torterotot a souligné que, de 1991 à aujourd’hui, le nombre de substances phytosanitaires autorisées est passé de 1 200 à 300, ce qui démontre la restriction qui est faite à leur usage. Fabien Metz a indiqué que la profession agricole a engagé diverses actions. Parmi elles, il a plus longuement évoqué le réseau Dephy, dont il fait partie, et qui vise à « faire se rencontrer les agriculteurs afin de faire évoluer les pratiques». Puis à vulgariser et diffuser ces nouvelles connaissances. « Dans mon groupe, l’IFT moyen a baissé de 28 %, sans conséquence sur le revenu. Cette marge de progrès peut être démultipliée. Mais pour atteindre une baisse de 50 % des IFT, il faudra d’autres accompagnements », a-t-il estimé. Techniques, mais aussi financiers, car les solutions de biocontrôle ont un coût qu’il faut pouvoir répercuter sur le prix de vente. C’est le cas en agriculture biologique, mais c’est plus difficile en agriculture conventionnelle : « Ce n’est pas moi qui fixe mon prix de vente. Si on veut pouvoir le faire, il faut trouver d’autres façons de vendre. »

D’autres à engager

Que faire à l’avenir pour que, dans six ans, la qualité des eaux souterraines se soit améliorée ? Pour Jean-Philippe Torterotot, il s’agit de « ne baisser la garde sur aucune piste car il n’y aura pas de solution unique. » Certes il faut continuer à faire progresser les techniques. Mais la substitution de molécules par d’autres ne réduit pas la contamination globale, a-t-il souligné. Il s’agit donc de chercher des produits moins problématiques. Et l’Inra y travaille. Jean-Philippe Torterotot a aussi estimé que les solutions passeront par une évolution des modèles de production. Mais pas seulement. « C’est l’ensemble du système agricole, de l’alimentation et des filières de consommation qu’il faut revisiter. Et c’est le travail qui est engagé dans le cadre des États généraux de l’alimentation. »

Pour Guy Dietrich, il s’agit d’identifier les secteurs les plus dégradés, et d’y «mettre le paquet», notamment en identifiant des assolements qui concilient qualité de l’eau et revenu des agriculteurs. L’Agence de l’eau travaille donc à l’implantation de cultures « water friendly » dans ces secteurs sensibles. Sur le reste du territoire, il faut « continuer les efforts, élargir la voie ouverte par les fermes Dephy pour passer du niveau expérimental à une application massive de ces pratiques dans toutes les exploitations agricoles alsaciennes. » Reste la question de la compensation des surcoûts engendrés. « Il faudra trouver des moyens financiers », a constaté Guy Dietrich.

Pour Fabien Metz, une partie de la solution réside dans le développement de filières locales, au sein desquelles les producteurs peuvent peser dans les négociations tarifaires. Mais il constate aussi : « L’alimentation ne représente plus en moyenne que 13 % du budget d’un ménage. On peut manger partout, de tout, et n’importe quoi en n’importe quelle saison. La nourriture a perdu sa valeur. » Christian Guirlinger approuve : « Il ne faut pas se voiler la face, les responsables, c’est chacun d’entre nous, lorsque nous consommons des produits importés de pays où les pratiques sont toutes autres. »

Les vidéos