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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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État de la nappe phréatique en Alsace

Des résultats en demi-teinte

Cultures

Publié le 30/11/2017

Le projet Ermes (Évolution de la ressource et monitoring des eaux souterraines) vise à dresser un état des lieux de la qualité des eaux de la nappe phréatique d’Alsace et des aquifères du Sundgau. Il est réalisé par l’Aprona, en partenariat avec la Région Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin Meuse. Au total, près de 400 paramètres ont été analysés : nitrates, chlorures, produits phytosanitaires, métaux, métalloïdes, dioxines, furanes, PCB, substances pharmaceutiques, adjuvants alimentaires… Dans un premier temps, l’Aprona a réalisé l’analyse des résultats obtenus sur les nitrates et les produit phytosanitaires, qui concernent essentiellement le secteur agricole. Pour les autres polluants, les résultats seront présentés dans un deuxième temps.

Par rapport à la précédente étude de 2009, la méthodologie a quelque peu évolué. 137 substances, correspondant à des produits phytosanitaires ou à leurs métabolites ont été recherchées, contre 43 en 2009. Les prélèvements ont été effectués de mi-août à mi-octobre 2016 dans la couche superficielle de la nappe, soit de 0 à 50 m de profondeur. Le réseau de mesure comprenait 825 ouvrages, 674 sur la nappe d’Alsace et 151 dans les aquifères du Sundgau. Il s’agit de captages d’eau potable, de puits agricoles, de puits d’incendie, de sources… Au total, près de 224 000 mesures ont été analysées. À noter aussi que, depuis 2009, le réseau de mesure a été densifié en bordure ouest de la nappe afin d’obtenir une plus grande finesse d’informations sur cette zone. Mais ce réseau densifié n’a été utilisé que pour affiner les cartes et ajuster les connaissances de cette zone complexe. Pour étudier l’évolution des teneurs, l’Aprona a basé ses calculs sur le réseau non densifié, soit le même qu’en 2009, afin de ne pas créer de distorsions dans les résultats.

Nitrates : du mieux et du moins bon

En ce qui concerne les nitrates, la situation se stabilise globalement depuis 2009. La teneur moyenne en nitrates passe de 25 mg/l à 24,6 mg/l. En 2016, 10,8 % des points dépassent la limite de qualité de 50 mg/l (contre 10,7 % en 2009) et 16,3 % le seuil d’alerte de 40 mg/l (contre 17,8 % en 2009). La cartographie des teneurs en nitrates confirme que certaines zones, déjà identifiées en 2003 puis 2009, sont plus concernées que d’autres par cet enjeu. Il s’agit principalement de la bordure ouest de la nappe phréatique d’Alsace. Cette cartographie révèle que si dans certaines zones la qualité de l’eau s’améliore - notamment dans les secteurs les plus dégradés - dans d’autres elle stagne, voire se dégrade. Dans les aquifères du Sundgau, la teneur moyenne en nitrates est passée de 23,5 à 23,4 mg/l. Et le nombre de points dépassant le seuil d’alerte de 40 mg/l est en recul de 22,4 % à 19,2 %. Là aussi, l’évolution de la situation est géographiquement contrastée.

Globalement, l’étude de l’évolution des teneurs en nitrates dans le temps révèle que depuis 2003, la situation s’améliore doucement. Certes la progression est lente, mais elle se poursuit sur la même lancée. Il s’agit donc d’un résultat très positif, qui démontre que les actions mises en œuvre par la profession agricole en zones vulnérables portent leurs fruits. Ces mesures de lutte contre la fuite de nitrates ont été mises en place avant celles visant à réduire l’impact des produits phytosanitaires. Il est donc assez logique de constater de meilleurs résultats pour les nitrates que pour les produits phytosanitaires.

Produits phytosanitaires : plus de résidus

De 43 substances recherchées en 2009, le panel est passé à 137 en 2016 (113 substances actives et 24 métabolites). En nappe phréatique, il n’y a que 7,2 % des points où la concentration en substances phytopharmaceutiques est inférieure au seuil de détection. La majorité (64,3 %) présente une concentration inférieure à 0,1 µg/l pour une substance ou comprise entre 0,4 et 0,5 µg/l pour la somme. Mais 28,5 % des points de mesure affichent des concentrations en produits phytosanitaires supérieures à 0,1 µg/l, dont 2,8 % de points qui dépassent le seuil de 2 µg/l pour au moins un produit phytosanitaire. 77 des 113 produits phytosanitaires recherchés ont été détectés au moins une fois, et 21 substances dépassent la teneur de 0,1 µg/l. La plupart sont des herbicides ou leurs métabolites. Ce qui paraît logique étant donné que leur application se fait le plus souvent sur le sol, avant la levée des adventices, ou sur de jeunes plantules. Parmi elles, les cinq substances les plus détectées sont l’atrazine, trois de ses dérivés, et la simazine. Les trois substances suivantes sont le nicosulfuron, le S-métolachlore et la bentazone, des substances herbicides autorisées sur maïs et/ou betterave. Avec 15,3 % de points au-dessus de la limite de qualité de 0,1 μg/l, la déisopropyl-déséthyl-atrazine (DEDIA), métabolite de métabolite de l’atrazine, apparaît comme la substance la plus préoccupante : à elle seule elle représente 38 % des points supérieurs à 0,1 μg/l.

Dans les aquifères du Sundgau, il y a à la fois davantage de points où la concentration en substances phytopharmaceutiques est inférieure au seuil de détection (29,1 %), et davantage de points où la teneur en produits phytosanitaires est supérieure à 0,1 µg/l pour une substance ou à 0,5 µg/l pour la somme (39,1 %). 37 des 113 produits phytosanitaires recherchés ont été détectés au moins une fois, et 10 dépassent la teneur de 0,1 µg/l. La fréquence de quantification des substances est similaire à celle de la nappe puisque l’atrazine et ses dérivés tiennent le haut du pavé. Une particularité : la bentazone, une substance active herbicide autorisée sur maïs arrive en 4e position. Au total, 10 molécules présentent des teneurs supérieures à 0,1 µg/l. Il s’agit surtout de l’atrazine et de ses dérivés.

Dans son étude, l’Aprona fait la distinction entre des métabolites dont la toxicité est établie, et qui sont donc intégrés dans le contrôle sanitaire, et 24 autres métabolites, non inclus dans la liste de surveillance de l’état chimique parce que leur toxicité n’a pas été établie. Des avis sont en cours d’élaboration par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) pour huit d’entre elles. Et dans d’autres pays (Suisse, Allemagne, Pays-Bas), la teneur en ces molécules n’a pas été reconnue comme un paramètre pertinent pour estimer la qualité de l’eau. Elles ne sont donc pas recherchées dans les analyses d’eau. L’étude de l’Aprona montre que ces molécules sont détectées quasiment partout, et à des concentrations relativement hautes sur une part significative des points de mesure. Dans la nappe phréatique, 61,2 % des points dépassent 0,1 µg/l, dont 6 % étant au-dessus de 2 µg/l. Et 22 des 24 métabolites recherchés sont quantifiés au moins une fois. Cette fois, ce sont les métabolites du S-métolachlore qui sont les plus détectés : au moins un des quatre métabolites du S-métolachlore est quantifié sur 90 % des points de mesure. Dans les aquifères du Sundgau, 53 % des points de mesure dépassent 0,1 µg/l. Et un point est au-dessus la teneur de 2 µg/l. Sur les 21 métabolites analysés, 16 le sont au moins une fois. Là aussi, les substances les plus fréquemment retrouvées sont des métabolites du S-métolachlore.

Des seuils plus souvent dépassés

Voici pour l’état des lieux de 2016. Mais, depuis 2009, la qualité de l’eau de la nappe s’est-elle améliorée ou dégradée ? Pour répondre à cette question, l’Aprona a restreint le champ de son étude aux 43 molécules qui ont été analysées en 2009 et 2016. Le nombre de points exempts de produits phytosanitaires passe de 13,5 à 8,4 %, ce qui s’explique aussi par l’amélioration des performances analytiques des laboratoires. Une augmentation de 2 % du nombre de points dépassant le seuil de 0,1 µg/l est constaté (passant de 11,3 à 13,3 %). Cette augmentation des fréquences de dépassement se vérifie surtout pour le S-métolachlore, le nicosulfuron et la bentazone. En outre, 21 molécules présentent des seuils de dépassement, contre 16 en 2009. Et 38 molécules différentes sont quantifiées en 2016 contre 34 en 2009. Enfin, neuf molécules dépassent pour la première fois le seuil de 0,1 µg/l. Mais ces molécules sont désormais pour la plupart interdites, et restent peu quantifiées (moins de 1 % des mesures).

Dans les aquifères du Sundgau, l’étude de l’évolution des teneurs en produits phytosanitaires de 2010 à 2016 est plus positive car la qualité de l’eau s’améliore globalement pour les 43 molécules considérées. En effet, le nombre de points dépassant 0,1 µg/l diminue de 3,5 %. En outre, 17 molécules sont quantifiées en 2016, contre 19 en 2010. Les deux molécules qui dépassent le plus souvent le seuil de 0,1 µg/l en 2010 comme en 2016 sont l’atrazine et un de ses dérivés, avec, à chaque fois une tendance à la baisse, annonciatrice d’une disparition, certes lente, de cette molécule et de ses dérivés de l’environnement. La troisième molécule qui dépasse le plus souvent le seuil de 0,1 µg/l est l’AMPA, un dérivé du glyphosate. Il est suivi par le glyphosate lui-même (1,3 % des points de mesure).

Des vestiges du passé

L’étude de l’Aprona confirme donc la contamination des eaux souterraines par des substances actives et leurs dérivés. Mais il est intéressant de constater que, parmi les 25 molécules les plus retrouvées, 19 sont retirées du marché depuis 2003 et ne sont donc d’ores et déjà plus utilisées. Il s’agit donc de conséquences de pratiques issues du passé, contre lesquelles l’évolution des pratiques actuelles ne peut pas grand-chose. En outre, toujours parmi ces 25 molécules les plus retrouvées, figurent un certain nombre de métabolites, qui peuvent être toxiques, mais pas forcément. Donc, si on ne considère que les matières actives encore autorisées, le tableau est bien moins sombre. Les substances qui sont le plus détectées sont le nicosulfuron, le S-métolachlore, et la bentazone. Arrive ensuite le bromacil, une molécule désormais retirée du marché et dont la présence dans les eaux souterraines est principalement due à une pollution d’origine industrielle, suite à une fuite dans une usine de fabrication.

La profession agricole mobilisée sur le sujet

La profession agricole a mis en place un certain nombre de mesures afin de réduire son recours aux produits phytosanitaires. Des mesures qui portent leurs fruits puisque la consommation de substances actives (hors soufre et cuivre) est en baisse régulière en Alsace depuis 2010. Une baisse masquée par la hausse de la consommation de soufre et de cuivre, homologués pour lutter contre les ravageurs des cultures en agriculture biologique, et de plus en plus utilisés par les agriculteurs conventionnels aussi, notamment parce que cela leur permet d’utiliser moins de produits de synthèse.

Il y a d’abord des mesures réglementaires, comme le Certiphyto, obligatoire pour manipuler des produits phytosanitaires depuis 2015. Sur les 12 000 exploitations alsaciennes, 9 000 ont été formées. Le gap est constitué des exploitations qui sous-traitent ces travaux. À cela s’ajoutent les contrôles des pulvérisateurs, obligatoires tous les cinq ans, et qui visent à vérifier la conformité du matériel utilisé.

Dans le cadre du Plan végétal pour l’environnement (PVE), un dispositif national dont les objectifs sont la réduction de l’impact des produits phytosanitaires et la consommation d’énergie par l’activité agricole, les agriculteurs ont pu bénéficier d’aides à l’investissement dans du matériel plus performant, ou encore des aires de lavage des pulvérisateurs. Un dispositif qui a été bien utilisé puisqu’entre 2009 et 2015 près de 2 000 investissements ont été subventionnés. En tête de ce dispositif arrivent les outils de désherbage mécanique, suivis par les systèmes de guidage par GPS, et les aires de lavage et de remplissage des pulvérisateurs. Ce qui a permis de réduire à la fois les pollutions diffuses, grâce à une meilleure gestion des tourières, des coupures de tronçon… et les pollutions ponctuelles en évitant les débordements de cuve, le rinçage vers les réseaux.

Cela fait aussi plus de 20 ans que la profession agricole a mis en place des opérations Agri-Mieux et Ferti-Mieux, dans le cadre desquelles des pratiques agricoles alternatives sont testées et diffusées en zone vulnérable. Dans les zones de captages prioritaires, s’ajoutent à cela des conseils individuels et la contractualisation de Mesures agroenvironnementales (MAE) sur près de 13 000 ha.

Les conseils émanant de la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), notamment via ses bulletins techniques, intègrent désormais systématiquement des mesures de techniques alternatives. Et des formations sont régulièrement proposées aux agriculteurs pour aller vers des techniques de traitement plus efficientes et économes. En outre, des essais sont conduits afin de trouver des alternatives aux produits phytosanitaires. Ainsi, des matières actives moins sujettes au risque de transfert vers les eaux souterraines que le S-métolachlore ont été testées, avec des efficacités correctes, notamment sur les graminées, dont le niveau d’infestation doit être maîtrisé au risque de voir le stock semencier du sol augmenter.

Depuis 2010, dans le cadre du plan Écophyto, des groupes d’agriculteurs se sont créés afin de réduire leur dépendance aux produits phytosanitaires de synthèse. Il s’agit du réseau de ferme Dephy (lire aussi en pages 5 et 14), bien développé en Alsace avec 24 maraîchers, 25 viticulteurs et 26 agriculteurs. Dans les fermes Dephy du Nord Est, entre 2010 et 2015, l’Indice de fréquence de traitement (IFT) a été réduit de 12 % en grandes cultures et polyculture élevage, 30 % en cultures légumières 17 % en viticulture et 6 % en arboriculture.

En 2016, une convention territoriale d’engagement entre les prescripteurs a été signée à l’échelle alsacienne pour des actions correctives et préventives sur les ressources en eau. 32 signataires représentant l’ensemble des filières agricoles sont concernés. Cette convention permet notamment des échanges entre les conseillers agricoles et les technico-commerciaux des négoces sur les résultats des analyses d’eau des captages et les programmes de désherbage afin d’aboutir à des conseils communs propres à faire évoluer les pratiques des agriculteurs.

Les conversions à l’Agriculture biologique (AB) sont encouragées. La profession cherche aussi à construire de nouvelles filières à bas intrants, notamment de production de biomasse, mais aussi des circuits courts valorisant les produits de l’élevage, propres à maintenir les surfaces en herbe. Enfin, la CAA étudie la possibilité d’intégrer de « nouvelles » cultures peu exigeantes en intrants dans les assolements.

Des résultats à compléter

En ce qui concerne les nitrates, les efforts portent leurs fruits et doivent donc être maintenus, voire intensifiés, notamment dans les zones sensibles. L’amélioration du spectre de produits phytosanitaires détectés dans l’eau passera sans doute par un changement de système, qui devra être adapté au public et au territoire. La réponse sera donc forcément plurielle. Il faudra être vigilant quant aux résultats qui seront obtenus pour les autres polluants et prendre les mesures qui s’imposent dans tous les domaines. En effet, la priorité qui a été donnée à la publication des résultats sur les nitrates et les produits phytosanitaires ne doit pas jeter l’opprobre sur une catégorie socioprofessionnelle, et faire oublier que, au-delà de l’activité agricole, la pollution mesurée résulte de bien d’autres facteurs qui interfèrent avec notre environnement quotidien. Enfin, si la nappe phréatique alimente en eau potable 80 % de la population alsacienne, les résultats énoncés plus haut ne reflètent pas la qualité de l’eau potable distribuée aux robinets, qui fait l’objet de traitements destinés à garantir une qualité conforme aux critères de potabilité.

Portes ouvertes du réseau de fermes Dephy

Une pépinière de nouveaux systèmes agricoles

Cultures

Publié le 30/11/2017

Les produits phytosanitaires ne sont pas utilisés par les agriculteurs pour le plaisir de dilapider leur argent ou d’aller faire un tour de tracteur de bon matin. Ils le sont parce que dans les systèmes actuels, les cultures sont confrontées à des maladies, des ravageurs, des adventices, et que la préservation de la culture, donc du revenu de l’agriculteur, requiert des soins. C’est vrai en agriculture conventionnelle, c’est vrai aussi en agriculture biologique. Mais les moyens utilisés pour y parvenir ne sont pas les mêmes. L’agriculture doit cependant évoluer, afin de tendre vers une utilisation plus parcimonieuse des produits phytosanitaires. Le plan Écophyto, copiloté par les ministères de l’Agriculture et de l’Environnement, fixe des objectifs à cette transition. Plus précisément, le plan Écophyto II réaffirme l’objectif de réduction de moitié du recours aux produits phytosanitaires en France, mais le repousse à l’horizon 2025, avec un objectif intermédiaire de moins 25 % en 2020.

Dans ce cadre, le dispositif Dephy Ferme rassemble depuis 2010 des groupes d’agriculteurs au sein d’un réseau d’exploitations engagées volontairement dans la réduction du recours aux produits phytosanitaires. Chaque groupe est accompagné d’un ingénieur réseau. Leur objectif : démontrer, expérimenter et produire des références sur les systèmes économes en produits phytosanitaires. Les techniques utilisées sont multiples : résistance variétale, optimisation de la qualité de pulvérisation, allongement des rotations, désherbage mécanique, amélioration de la biodiversité fonctionnelle… Avec des virages pas toujours faciles à prendre, techniquement et psychologiquement, car souvent associés à une prise de risque, d’où l’importance des échanges entre agriculteurs au sein des groupes. Une méthode qui permet d’améliorer petit à petit les IFT pour, au final, aboutir à des résultats significatifs. Les techniques une fois éprouvées, elles sont diffusées au moyen d’actions de communication au niveau local, et relayées au niveau national par une cellule d’animation, notamment sur le site www.ecophytopic.fr.

De 3 000 à 30 000, à…

Le plan Écophyto II veut démultiplier les actions mises en œuvre dans le cadre du réseau Dephy, notamment via l’action 30 000, qui vise à multiplier par dix le nombre d’exploitations engagées, actuellement de l’ordre de 3 000, ce qui aboutirait à 30 000 exploitations, d’où le nom qui a été donné à ces « groupes 30 000 ». Ces derniers sont mobilisés autour d’un projet collectif de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires décliné à l’échelle de chaque exploitation. Chaque groupe choisit la structure qui va l’accompagner dans ses démarches. Ils peuvent être suivis par des animateurs aux compétences reconnues durant trois ans. La première étape consiste à établir un diagnostic des pratiques, et à définir un plan d’action avec chaque membre du groupe, en fonction des marges de progrès identifiées pour chacun. L’objectif de réduction est dans un premier temps fixé à 30 % de l’IFT, mais ça peut être davantage. « L’objectif est de garantir la rémunération correcte des agriculteurs et la reproductibilité de la méthode », précise Alfred Klinghammer, responsable Écophyto à la Chambre régionale d’agriculture Grand Est, qui rappelle que la démarche est volontaire, avec un accompagnement technique mais pas financier.

Financé par la vente de produits phytosanitaires

L’innovation n’est pas une sommation, les groupes peuvent utiliser les techniques dont l’efficacité a déjà été éprouvée. Par contre le projet du groupe doit être clairement exposé, tout comme les objectifs et les moyens mis en œuvre pour les atteindre. L’évolution des pratiques fera ensuite l’objet d’un suivi, notamment à travers le calcul des IFT, collectifs et individuels. Mais l’accompagnement sera allégé par rapport à celui dont ont bénéficié les groupes Dephy originels, qui ont en quelque sorte déblayé le terrain. Par contre, comme leurs aînés des groupes Dephy, les groupes 30 000 ont vocation à diffuser auprès d’autres exploitations agricoles. Ces échanges d’expériences sont un élément clé de la réussite du projet. En Région Grand Est, 44 groupes font l’objet d’une reconnaissance groupe 30 000 depuis 2016, 33 en grandes cultures et polyculture élevage, 9 en viticulture et 2 en horticulture. L’accompagnement de ces groupes est financé par une enveloppe gérée par l’Agence de l’eau, et qui est issue de l’élargissement de la redevance pour pollutions diffuses issue de la vente de produits phytosanitaires.

Lait de chèvre bio

De belles opportunités à saisir

Élevage

Publié le 28/11/2017

« Chaque litre de lait de chèvre fermenté que nous produisons est un litre de lait de chèvre vendu », affirme Christian Haessig, de la laiterie du Climont à Saales. À quelques kilomètres de là, sur l’autre rive du Rhin, la laiterie Monte Ziego, travaille 1 Ml de lait de chèvre. « Mon objectif, c’est de passer à 10 Ml d’ici cinq ans », avance Martin Buhl. Idéalement avec du lait collecté localement. Et ce volume, qui peut sembler colossal, il ne craint pas de ne pouvoir l’obtenir. « Simplement, si ce n’est pas localement, j’irai le chercher ailleurs ». C’est aussi ce que fait, à contrecœur, la société Biodéal qui élabore des produits au lait de chèvre et de brebis en Haute-Saône, mais avec du lait qui provient majoritairement d’Aveyron. Une situation qui ne satisfait pas Adnan Jaoui, fondateur de la société.

Les trois entrepreneurs, tous embarqués dans la même quête de lait de chèvre bio, avaient donc pris leur bâton de pèlerin pour prêcher tout l’intérêt de produire localement un produit destiné à être transformé par des industriels à taille - plus ou moins - humaine. Qui plus est, ils sont tous prêts à rétribuer équitablement les producteurs afin d’assurer leur approvisionnement régulier en un produit de qualité. Ils se sont retrouvés face à une assemblée constituée de… trois producteurs et le double de représentants d’organismes professionnels agricoles. Pour eux, alors que la filière laitière s’empêtre dans une crise du beurre révélatrice de ses dysfonctionnements, c’est une déception. Car même si convertir un atelier bovin en atelier caprin - ne serait-ce qu’en partie - ne se fait pas d’un coup de baguette magique, bénéficier d’un juste prix constitue l’opportunité d’envisager l’avenir plus sereinement.

De l’Aveyron à la Haute-Saône

À tour de rôle, ils ont présenté leur entreprise. Adnan Jaoui, ingénieur AgroParisTech, a créé une première laiterie en 2000, puis il a repris la fromagerie Roussey, à Selles, en Haute-Saône, en 2011, et a redémarré la fruitière de Lavigney en 2013. Un développement qui permet à l’entité Biodéal d’élaborer une gamme de 25 produits frais au lait de chèvre et de brebis collecté en Aveyron. En 2015, il initie une filière de lait de chèvre et de brebis bio en Franche-Comté avec le soutien de l’État et des collectivités locales. « Nous poursuivons la construction de cette filière équitable de lait bio de chèvre et de brebis. » Aujourd’hui, Biodéal travaille avec cinq producteurs locaux, plus une installation en cours et quelques porteurs de projet dans les cartons. Ces cinq producteurs échangent avec Biodéal sur la qualité du lait, les moyens de production, le prix… Mais cette phase embryonnaire engendre un certain nombre de difficultés : « Comme nous n’avons pas assez de producteurs, les volumes ne sont pas suffisants, notamment en début et en fin de lactation. » Et, toujours par manque de volume, ce sont les éleveurs qui prennent en charge la collecte. « Ils sont équipés et dédommagés pour cela », précise Adnan Jaoui. Enfin, le suivi technique nécessaire à l’amélioration de la qualité du lait fait défaut. Les livraisons actuelles ne couvrent en tout cas pas le volume transformé par Biodéal, qui s’approvisionne donc toujours en lait de chèvre dans d’autres bassins de production. Jusqu’où ira Biodéal pour localiser son approvisionnement ? Tout dépend du volume à collecter, répond Adnan Jaoui. Mais la rentabilité de la collecte a été évaluée à 90 km autour des deux laiteries.

Un produit santé qui plaît

Avant d’être transformateur, Christian Haessig, dirigeant de la laiterie du Climont, a mené de front les activités d’agriculteur et de transformateur, et en a vu « les atouts et les inconvénients. » Avec son épouse, ils ont choisi de se consacrer à la laiterie, qui transforme environ 600 000 l de lait, dont un tiers est valorisé en bio, même si quasiment toute la collecte est bio. Un choix assumé par Christian Haessig, qui préfère voir ses produits bien en vue au rayon traditionnel. La gamme de produits élaborés à la laiterie du Climont comprend le K-philus, un produit « santé » élaboré avec du lait fermenté, que ce soit de vache, de brebis, ou de chèvre. « C’est un marché qui se développe », constate Christian Haessig, qui est donc à l’affût de relations locales pour asseoir l’approvisionnement en lait de chèvre. D’autant que des travaux sont en cours à la laiterie : ils vont se traduire par un doublement de la surface de l’usine. Un investissement qui reflète la confiance de l’entrepreneur quant à la possibilité de « construire une filière locale, équitable, fondée sur un partenariat équilibré entre des producteurs et une unité de transformation à taille humaine ». Il ne lui reste « plus qu’à » rencontrer des producteurs prêts à nouer de telles relations commerciales… C’est le cas d’Alban Wehrle, qui est en train de monter un atelier caprin à Mackenheim. Dans 500 m2, il accueillera 120 chèvres de race alpine, dont le lait sera intégralement livré à la laiterie du Climont. Pour l’instant, la laiterie transforme 2 000 l de lait de brebis et environ 500 l de lait de chèvre par semaine, en provenance d’un unique producteur vosgien. Et ce sont encore les producteurs qui assurent la collecte et la livraison. « Mais nous sommes en train de nous équiper pour collecter à la fois du lait de vache, de brebis, et de chèvre », indique Christian Haessig.

Un marché et un outil propres à générer une filière

Avec la laiterie Monte Ziego, on reste dans la même division, par rapport aux géants de l’industrie laitière, mais on change tout de même de catégorie : « Nous travaillons avec quinze fournisseurs de lait de chèvre, et nous transformons 1 Ml de lait chèvre par an. Mais dans cinq ans, nous voulons passer à 10 Ml de lait », avance Martin Buhl, dirigeant de la laiterie. Qui plus est, du lait certifié Demeter. Un objectif qui peut sembler utopique, voire carrément irréalisable. Mais Martin Buhl est on ne peut plus sérieux : « Notre activité principale est la laiterie. Mais nous y avons adossé une unité de déshydratation de lait qui permet de fabriquer du lait de chèvre en poudre. » Un investissement de 20 M€ qui permet d’écrêter les pics de production estivaux. En effet, la production de lait de chèvre est fluctuante. Or la fromagerie écoule surtout sa production via la grande distribution, qui a une demande plus forte vers Noël et Pâques. Donc, pour avoir assez de lait à ces périodes, la laiterie a besoin de s’assurer un certain volume d’approvisionnement qui engendre une surproduction en été. Il fallait trouver un moyen de valoriser le surplus estival.

À cela s’ajoute un contexte réglementaire favorable. Depuis 2015, les fabricants d’aliments infantiles sont autorisés à intégrer de la poudre de lait de chèvre dans leur recette. Un ingrédient qui intéresse au plus haut point le fabricant Holle, une référence en matière d’alimentation infantile bio. Il y a donc un nouveau marché à saisir. Pour amortir l’unité de déshydratation, Monte Ziego cherche de nouveaux producteurs, prioritairement en Alsace, en Forêt-Noire et dans les Vosges, afin de maîtriser le coût de la collecte. Tous les producteurs actuels sont certifiés Demeter, les nouveaux devront l’être aussi. La laiterie propose un suivi technique poussé à ses fournisseurs. Pour Martin Buhl, le modèle économique qu’il défend représente une opportunité de dynamiser la production laitière en moyenne et haute montagne. Car, pour lui, l’avenir de l’agriculture rhénane ne se construira pas au niveau mondial, mais local, avec une agriculture à haute valeur ajoutée. « Cet outil, c’est un instrument de développement d’une filière locale qu’il faut savoir bien utiliser, estime Martin Buhl. Tous les collecteurs de lait de chèvre sont confrontés à la surproduction estivale. Nnotre projet peut intéresser des collègues. » Un appel du pied visiblement entendu : « Il doit être possible de trouver des synergies entre des opérateurs qui ne sont pas des concurrents mais des partenaires », estime Adnan Jaoui.

Banque alimentaire du Bas-Rhin

La collecte, c’est ce week-end

Pratique

Publié le 22/11/2017

En 2016, la collecte a permis de récupérer près de 336 tonnes de denrées alimentaires, soit près de 15 % du stock annuel de 2 000 t de denrées de la Banque alimentaire du Bas-Rhin. Or elle occupe une place primordiale dans l’aide alimentaire aux personnes en difficulté puisqu’elle irrigue une centaine de partenaires (associations, foyers d’hébergement, épiceries sociales, etc.). Ainsi, grâce à la Banque alimentaire du Bas-Rhin 5 millions de repas sont distribués chaque année à plus de 42 000 bénéficiaires.

Plus que le soutien alimentaire de base, la Banque alimentaire mène aussi des actions d’information et de formation auprès des associations adhérentes. Elle constitue, pour ceux qui sont en situation de précarité, un tremplin pour le retour à l’emploi. En 2016, 36 personnes en contrats d’insertion, dont 16 bénéficiaires du RSA et deux travailleurs handicapés ont été embauchés et formés à des postes variés : logistique, chauffeur-livreur, préparateur de commandes, cariste, gestionnaire de stock… Un poste clé puisque les associations partenaires passent commande des produits dont elles ont besoin dans une liste, sous réserve de disponibilité. « C’est une particularité de la Banque alimentaire du Bas-Rhin, souligne Coralie Tijou, sa directrice. D’autres structures livrent des denrées imposées. Ce n’est pas notre philosophie. »

Nouveau local et atelier pédagogique

Fin octobre 2017, la Banque alimentaire a déménagé dans de nouveaux locaux lui permettant d’accomplir sa mission avec plus de sécurité et d’efficacité. Désormais sise à Illkirch-Graffenstaden, elle dispose de 2 700 m2 d’entrepôts (contre 1 800 m2 auparavant). Un gain de 1 000 m2 au sol, mais aussi de hauteur sous plafond, qui a permis de mettre en place des racks plus haut. Avec 500 m2 d’espaces dédiés aux services administratifs, les salariés œuvrent dans de meilleures conditions. Les 700 000 € déboursés pour les travaux d’aménagement sont contrebalancés par la réduction des coûts liés au stockage externe (auparavant la Banque alimentaire devait louer d’autres locaux et des chambres froides) et de la taxe foncière. Doté d’un parking et de trois portes, ce nouveau local permet aussi une circulation plus fluide et plus sûre des véhicules de livraison.

Enfin, au sous-sol, un atelier pédagogique a été créé. Confrontée à une réduction des subventions dont elle bénéficie, la Banque alimentaire a entamé une démarche volontaire afin de consolider son approvisionnement auprès des grandes surfaces. À cela s’ajoute la réglementation anti-gaspillage, qui interdit aux supermarchés de détruire leurs invendus. Les deux facteurs combinés se sont traduits par un doublement de la ramasse de produits frais que la Banque alimentaire a dû apprendre à gérer. C’est tout l’objectif de cet atelier, qui doit permettre de valoriser ce qui était jeté (près de 200 t de fruits et légumes frais chaque année) en transformant les fruits en confitures et les légumes en soupes. Découvrez les nouveaux locaux de la banque alimentaire en images :

Le Conseil départemental solidaire

« Le taux de pauvreté est de 12 % en Alsace, a rappelé Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin, lors du lancement officiel de la collecte. Il n’est pas acceptable que la précarité s’installe dans la durée. La méthode employée par la Banque alimentaire et ses partenaires pour lever les obstacles à la sortie de la précarité a l’avantage de responsabiliser et de redonner de la dignité aux bénéficiaires. » Le Département soutien donc la Banque alimentaire et les épiceries sociales pour un budget annuel de 300 000 €. Et plus de 100 agents du Département du Bas-Rhin ainsi que 38 jeunes employés au titre du service civique vont participer à la collecte. Les heures de bénévolat effectuées viendront abonder un compte épargne temps solidaire, destiné à soutenir en interne des collègues confrontés à des difficultés familiales ou médicales en leur permettant de s’absenter sans perte de rémunération. « Une action qui profite donc aux personnes en situation de précarité, et aux agents eux-mêmes », se félicite Frédéric Bierry.

Le monde du foot aussi

La Banque alimentaire peut aussi compter sur le soutien du District d’Alsace de football, dont les clubs adhérents ont collecté 1 t de denrées lors de l’opération Foot de Cœur. En outre les licenciés sont invités à s’engager en tant que bénévole lors de la collecte nationale, tout comme les salariés et volontaires du District d’Alsace. Nouveauté cette année : un challenge social, avec la publication sur la toile de photos d’acteurs du football alsaciens prenant part à la collecte accompagnées du slogan « Le 24 et 25 #jefaismaba », reprenant ainsi le hashtag de la collecte nationale. « Grâce à nos nombreux abonnés ça va faire le buzz et inciter les gens à participer à la collecte », espère René Marbach, président du District d’Alsace de football.

Mois de la bio. Au Gaec de Rosen-Guth à Dettwiller

Concilier robot et pâturage en bio

Élevage

Publié le 17/11/2017

Le Gaec de Rosen-Guth est situé à Dettwiller. Plus précisément sur les hauteurs de Rosenwiller, pas très loin de l’autoroute A4 et de la LGV Est européenne depuis qu’une sortie d’exploitation a été réalisée en 1987. À l’époque, la SAU était de 90 hectares, et 50 vaches laitières (VL) produisaient quelque 300 000 l de lait par an. Guillaume Guth a rejoint l’exploitation familiale en 2009. Au départ avec un plan d’installation en conventionnel. Mais la conjoncture en lait bio est bonne, une aide à la conversion incitative est en place… Aussi les agriculteurs procèdent-ils à une étude d’impact de la conversion à l’agriculture biologique, qui s’avère intéressante. La décision est prise en quelques semaines.

« Nous pratiquions déjà un élevage extensif et, sortir avec le pulvérisateur, ce n’était vraiment pas ce que j’aimais faire… », argumente Guillaume Guth. « C’était un choix de conversion rapide, confirme Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il a été stimulé par plusieurs facteurs : une coopérative demandeuse, ce qui représente l’assurance d’être collecté et de bénéficier d’un accompagnement, des parents qui n’étaient pas réticents, un mode d’élevage déjà assez extensif, herbagé, avec des vaches pas trop poussées. »

La principale difficulté, c’est que les vaches ne pâturaient plus du tout. « Or, même si le cahier des charges de l’agriculture biologique ne donne pas d’objectif chiffré, le pâturage est une obligation », indique Philippe Le Stanguennec. « Nous avons donc recommencé à faire pâturer les vaches en implantant 10 ha de pâture derrière l’étable. Et nous avons ensemencé progressivement de plus en plus de prairies temporaires autour de l’exploitation », rapporte Guillaume Guth. « Au début, c’était une contrainte, reconnaît-il. Mais plus maintenant. Certes c’est du travail, il faut déplacer les clôtures, changer les batteries. Mais nous y trouvons du plaisir et de l’intérêt. » Tant et si bien qu’ils seraient encore prêts à développer la surface pâturée s’ils n’étaient pas coincés par la ressource en foncier.

Pas de traite, pas de pâture

En 2011, face à la perspective de devoir travailler seul sur l’exploitation - son frère, Jérémy, ne l’a rejoint qu’en 2016 -, Guillaume Guth procède à une extension et à un réaménagement de l’étable afin de faciliter le travail. Les génisses rejoignent le bâtiment principal, le sens des logettes est modifié pour permettre un raclage automatique… Et c’est dans la même optique de diminuer la charge de travail qu’il investit dans un robot de traite Delaval. Les vaches circulent alors librement entre l’étable, la pâture et le robot, ce qui ne va pas sans occasionner quelques difficultés : « Quand on ouvrait les portes de l’étable, toutes les vaches sortaient, et le robot était quasiment inutilisé pendant cinq heures. Or comme il était déjà un peu limite par rapport à la taille du troupeau, il aurait mieux valu qu’il fonctionne tout le temps. Car si on doit tout le temps pousser les vaches pour qu’elles aillent au robot, on perd l’avantage du gain de temps qu’il est censé apporter ! »

En 2015, le stade de 90 vaches pour un robot est atteint. Pour le désengorger, Guillaume Guth investit dans un second robot et, pour rationaliser le déplacement des vaches, dans des portes intelligentes. Elles permettent de donner accès ou non aux vaches au pâturage en fonction du délai avant la prochaine traite : si sa dernière traite remonte à trop longtemps, la vache n’aura pas accès à la pâture tant qu’elle ne sera pas retournée au robot pour se faire traire. Leur circulation reste donc libre, mais contrôlée.

Du méteil pour l’autonomie fourragère

La SAU et l’assolement actuel de l’exploitation ne permettent pas d’atteindre l’autonomie fourragère. Les agriculteurs achètent donc de l’herbe sur pied et des céréales à une exploitation de Weyersheim. Pour accroître l’autonomie fourragère de l’exploitation et mieux compléter le maïs ensilage, Guillaume Guth a essayé cette année sur 10 ha une double culture : du méteil (200 kg de semences fermières de triticale + 50 kg de pois fourrager), suivi d’un maïs ensilage. « L’avantage d’un méteil par rapport à un ray-grass, c’est qu’il va couvrir le sol sans consommer la réserve en eau qui doit bénéficier au maïs », indique l’éleveur, qui avance un second argument : les prairies qui souffrent de manière de plus en plus récurrente de la chaleur et du manque d’eau en début d’été. Le méteil étant récolté avant, il constituerait une forme d’assurance.

Pour cet essai, le méteil a été fauché et ensilé le 1er juin, puis le maïs a été implanté au strip-tiller derrière : « J’avais peur d’assécher le sol en le travaillant », témoigne Guillaume Guth. Avec 17 tonnes de MS/ha (10 pour le méteil, 7 pour le maïs), l’essai est concluant. Ainsi les agriculteurs prévoient de réitérer l’expérience cette année, mais sur 30 ha et en enrichissant le méteil avec de la féverole afin d’améliorer la teneur en matière azotée totale (MAT) du fourrage. Un « challenge personnel » que Philippe Le Stanguennec encourage pour des raisons avant tout économiques : « Par rapport au conventionnel, les prix des correcteurs azotés ou du soja bios sont doublés. »

Retrouvez aussi notre reportage vidéo :

 

Santé et bien-être animal

Un colloque transfrontalier pour comparer les pratiques

Élevage

Publié le 16/11/2017

Un animal de rente, qu’il soit élevé en France, en Allemagne ou en Suisse, reste un animal de rente, avec des besoins et des comportements identiques. Et, les bactéries et les virus ne s’arrêtant pas aux frontières, la gestion des épizooties requiert une coopération internationale. C’est pourquoi, dans le cadre de la Conférence du Rhin supérieur (CRS), le groupe de travail dédié aux questions agricoles a comparé les pratiques d’élevage, leur encadrement réglementaire et les mesures d’accompagnements existantes dans les trois régions transfrontalières (Alsace pour la France, une partie du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat pour l’Allemagne, les cantons de Bâle-Ville et Bâle-Campagne pour la Suisse).

L’objectif, à terme, étant de réfléchir à des pistes de coopération transfrontalières. Mercredi 8 novembre, les travaux ont été restitués lors d’un colloque organisé au lycée agricole d’Obernai. « Il s’agit du point d’orgue d’une démarche entamée en juin 2016, et qui réunit l’ensemble des parties prenantes du bien-être animal, des éleveurs aux consommateurs », a indiqué Benoît Fabbri, directeur régional adjoint de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt Grand Est.

Être prêt à payer le prix juste du bien-être animal

La France, l’Allemagne, et tous les pays membres de l’Union européenne sont tenus de transposer dans le droit national la directive 98/58/CE, qui définit les exigences concernant les conditions d’élevage. Sur cette base, chaque pays peut mettre en place une réglementation plus contraignante. La Suisse n’est pas concernée par la directive 98/58/CE, ce qui ne l’empêche pas de poser des exigences plus élevées en matière de bien-être animal, comme le montrent les travaux du groupe expert.

Karl Silberer, vice-président du BLHV (Badische Landwirtschaftliche Hauptverband), a donné le point de vue du professionnel, soulignant les progrès considérables déjà atteints par la profession, notamment en matière de bâtiments d’élevage, et le fait que le bien-être animal ne se résume pas à des normes, mais qu’il s’agit aussi d’une « relation de confiance » entre l’éleveur et ses animaux. Peter Zbinden, conseiller scientifique à l’Office fédéral de l’agriculture de Berne, s’est exprimé sur les aspects économiques. En Suisse, a-t-il rapporté, les consommateurs et les contribuables sont les fondements du bien-être animal grâce à leur contribution financière. En effet, les labels mettant en avant le bien-être animal rencontrent un vif succès sur le marché. Et les consommateurs sont prêts à en payer le prix juste.

Accompagner les producteurs

Différents ateliers de réflexion ont permis d’évoquer au cas par cas les différentes espèces, ainsi que la valorisation des produits respectueux du bien-être animal, ou encore la santé et la biosécurité. Sébastien Stoessel, président du service élevage de la Chambre d'agriculture d’Alsace, participait à l’atelier dédié aux volailles. De la discussion qui a eu lieu entre les différents acteurs, il ressort que « nos objectifs ne sont pas si différents, mais il faut accompagner les producteurs pour qu’ils puissent répondre aux demandes des consommateurs. En effet, les éleveurs réalisent des investissements sur des périodes longues, aussi les changements nécessitent-ils de l’accompagnement. Et l’amélioration des pratiques passe généralement par une hausse de la charge de travail qu’il faut rémunérer. »

À l’issue du colloque, le groupe de travail a proposé la mise en place d’un réseau de vétérinaires destiné à la gestion de crises sanitaires par le biais de rencontres régulières, de formations et d’exercices communs. En effet, la biosécurité est gérée de manière différente dans chaque pays. En cas de crise sanitaire, en France, la surveillance, les prises de décision sont centralisées au niveau national, tandis qu’en Allemagne et en Suisse cela relève de la responsabilité des Lander. Autres propositions faites à l’issue du colloque : la poursuite des échanges transfrontaliers à travers des journées professionnelles, le développement de l’information et de la communication, que ce soit en direction des professionnels ou du grand public.

Au cours de ce colloque, le bien-être des animaux et des opérateurs au sein des abattoirs n’a pas été évoqué. Pour autant, le sujet n’est pas écarté : « Il faut en parler car, contrairement à ce que montre le marketing, les animaux ne passent pas du pré au gril », a estimé un participant.

Plein Air Création

Un dérouleur-enrouleur polyvalent

Technique

Publié le 13/11/2017

Derrière la société Plein Air Création, il y a la famille Engel. Le père, Materne, est viticulteur à la cave de Beblenheim. Et, récemment, il a quitté volontairement son emploi chez Osram, dans le cadre d’un plan de licenciement. Avec ses filles et son épouse, ils se sont lancé le défi de créer une entreprise de métallerie et de petite chaudronnerie. Il faut dire qu’à eux quatre, ils accumulent les compétences.

Materne connaît bien les travaux dans les vignes et a des idées pour les faciliter. Céline, sa fille, est diplômée en métallerie et chaudronnerie. Elle est donc capable de coucher les idées de son papa sur le papier (ou plutôt sur ordinateur), puis de les forger en atelier. Son autre fille, Nadège, est diplômée en gestion et création d’entreprise. Et son épouse Gabrielle a l’habitude de gérer les aspects administratifs. Le 1er mai 2017, ils ont donc créé cette entreprise à quatre. Et s’attellent désormais à proposer des solutions aux agriculteurs et viticulteurs du secteur.

Enrouler et dérouler simultanément

Vendredi 27 octobre, à Avolsheim, Materne Engel s’affairait donc autour d’un modèle de dérouleur-enrouleur de fils de palissage sorti de son esprit et des ateliers de Plein Air Création. Celui-ci est très polyvalent. Il est capable de rembobiner du vieux fil pendant que du nouveau se déroule. L’idéal pour réaliser des travaux d’entretien ou de réparation.

Lors de travaux d’installation d’une parcelle, il permet de dérouler quatre fils simultanément grâce à son système de freinage des arceaux. Pour démonter ou restructurer une parcelle, il est capable d’enrouler hydrauliquement ou manuellement (ou électriquement en option grâce à une télécommande) les anciens fils. Et, comme ils sont enroulés proprement, l’appareil permet de réutiliser les fils en inox ou en acier galvanisé, et ainsi de réaliser des économies d’achat de fil neuf.

Après les vendanges, l’appareil est aussi capable d’enrouler simultanément les fils releveurs en plastique, jusque 12 fils simultanément théoriquement. Mais Materne Engel conseille de procéder à quatre, voire six lignes simultanément maximum, sinon « le chantier risque de devenir ingérable ». Et si la parcelle est longue, « mieux vaut procéder en deux fois ». En morte-saison, les bobines bien enroulées peuvent être stockées directement sur l’appareil.

Du fil de fer barbelé à la fibre optique, en passant par les tuyaux

Grâce à une tourelle pivotant à 380 ° sur laquelle sont montés deux arceaux entraîneurs permettant de mettre, par exemple de l’ancien fil d’un côté et du nouveau de l’autre, cet enrouleur dérouleur est donc très polyvalent. En effet, en plus des travaux dans les vignes, il peut aussi être utilisé pour gérer du fil de fer barbelé, du fil électrique, de la fibre optique, de la clôture électrique, des tuyaux… Passer le fil dans le guide-fil, l’attacher à son support, et c’est parti :

Pour remplacer un ancien fil, Materne Engel préconise d’enlever la goupille, pour passer en roue libre et ne pas utiliser le régime moteur du tracteur, mais plutôt enrouler le fil mécaniquement. Un disque de frein avec deux mâchoires réglables est situé entre les deux arceaux entraîneur afin de régler la vitesse d’enroulement. Deux disques séparateurs sont livrés avec l’appareil, ce qui facilite la sortie du fil en bobines bien régulières.

Arrache-cep, remorques…

Plein Air Création propose aussi un arrache cep, conçu pour sortir facilement les pieds de vigne malades d’une parcelle destinée à être replantée. Après arrachage, une option tarière permet de préparer le trou pour accueillir le prochain cep. La pince de l’arrache-cep a été récemment modifiée pour une maniabilité accrue, et éviter de couper les pieds en deux. Du coup, l’appareil est aussi capable de sortir des piquets en béton. « Nous sommes aussi spécialisés dans la conception de remorques sur mesure, avec un châssis simple et polyvalent, qui permet de moduler la remorque dans ses dimensions et ses équipements », indique Nadège Engel. Du coup, les agriculteurs peuvent profiter d’une remorque pour réaliser plusieurs types de travaux.

C’est dans ce même esprit d’économie de moyens que Plein Air Création propose de modifier d’anciennes remorques. « Par exemple celles qui sont équipées de vis d’Archimède. En coupant le fond pour le remettre à plat, en les équipant d’un vérin et d’une porte, il est possible de les transformer en remorque multifonctions, capable de transporter du bois, des céréales, du raisin en vrac ou en bottiches… »

Enfin, Plein Air Création propose de mettre son logiciel de dessin 3D au service de ses clients : « Nous pouvons conceptualiser une modification d’outil imaginé par un agriculteur ou un viticulteur en vue de son amélioration », explique Nadège Engel.

Projet Life Alister

Des couverts pour le hamster

Cultures

Publié le 10/11/2017

Les mesures que les agriculteurs mettent en œuvre dans les zones hamster pour préserver l’espèce peuvent s’avérer contraignantes pour eux. Aussi bénéficient-ils d’une contrepartie financière, qui prend la forme de mesures agroenvironnementales collectives. Dans ce cadre, l’implantation d’un couvert avant le 31 juillet pourrait devenir une obligation (avec des dérogations possibles en cas d’obstacle climatique). C’est pourquoi la Chambre d'agriculture d’Alsace mène une expérimentation où différents mélanges de Cipan sont semés plus ou moins rapidement après la récolte, avec des techniques d’implantation différentes (déchaumage puis semis classique, semis direct, semis à la herse étrille).

Les trois mélanges testés (lire en encadré) sont conformes aux préconisations des scientifiques qui ont étudié les effets du bol alimentaire du hamster sur la pérennité des populations. Ils contiennent donc tous au moins une graminée, une légumineuse et du tournesol. En tout, selon les mélanges, de 4 à 12 espèces. « Chaque agriculteur a ensuite choisi les mélanges qu’il souhaitait mettre en place dans les différentes parcelles, notamment en fonction de la culture suivante. Par exemple si le suivant est une betterave, il vaut mieux ne pas avoir de radis dans le mélange », illustre Thomas Blum, président de la Cuma de la Plaine, dont 7 membres ont participé à l’expérimentation, sur 14 agriculteurs au total.

Un objectif gastronomique et agronomique

Aidée par des étudiants en première année de BTS Agronomie et production végétale (APV) du lycée agricole d’Obernai, Annabelle Revel-Mouroz, conseillère au service environnement et innovation de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), a ensuite effectué toute une série de notations sur ces parcelles. La biomasse produite a notamment été mesurée, « car l’idéal serait de transformer une contrainte environnementale en atout agronomique », avance Thomas Blum. « Nous allons aussi chiffrer la quantité d’azote restituée par les couverts », complète Philippe Osswald. Puis l’effet sur les cultures suivantes d’un mode d’implantation classique, c’est-à-dire un semis tardif d’espèces qui se développent rapidement, comme les crucifères, à l’épandeur à engrais, et d’un semis précoce d’espèces qui se développent moins vite, sera comparé.

Vendredi 3 novembre, les agriculteurs situés en zone hamster et les agriculteurs du réseau Base étaient conviés à découvrir les itinéraires techniques mis en œuvre sur une sélection de parcelle. Ils se sont retrouvés à Dorlisheim, sur une parcelle cultivée par Thomas Blum. La moisson y a été effectuée le 10 juillet. Le 26 juillet, il a pratiqué un traitement au glyphosate afin de détruire les liserons, en prévision de l’implantation d’une betterave. Le couvert numéro deux y a été semé quatre jours après, le 1er août, au semoir de semis direct SD 750 A. Mis à disposition de la Cuma de la Plaine, ce semoir a été cofinancé par la CAA et l’Union européenne dans le cadre du projet Life Alister.

Semer tôt, mais pas dans le sec

À quelques mètres de là, Joffrey Jost a récolté un blé de maïs ensilage le 8 juillet et a semé un couvert le 12 juillet au semoir de semis direct SD 750 A. Cette fois le couvert est un peu particulier, puisque Joffrey Jost a utilisé des semences qu’il avait achetées l’année dernière sans pouvoir s’en servir. On y trouve donc du tournesol, de la phacélie, de la vesce commune, du trèfle d’Alexandrie, du trèfle incarnat, du trèfle de Perse et de l’avoine rude. « Le semis a été effectué en conditions sèches. Il y a eu quelques précipitations après, mais pas très importantes », commente Joffrey Jost, qui avait justement choisi ce couvert pour sa capacité à résister aux aléas climatiques, comme la sécheresse. « Mais, au mois d’août, il ne couvrait pas bien le sol », regrette l’agriculteur, qui envisageait de le valoriser avec une fauche ou du pâturage. C’est aussi pour cela qu’il avait privilégié le semis direct : « Pour avoir moins de terre à la récolte et pour pouvoir semer rapidement, donc profiter d’un maximum de précipitations et d’ensoleillement ».

Le 12 octobre, la production de biomasse chez Thomas Blum était de 1,1 tonne de MS/ha, contre 3 t MS/ha chez Joffrey Jost. Un résultat assez surprenant puisque, visuellement, lors de la visite du 3 novembre, la tendance semblait plutôt inverse. Ce qui peut s’expliquer par le fait que le couvert de Thomas Blum a continué à se développer depuis, alors que chez Joffrey Jost il a commencé à régresser. En effet, ce dernier est composé en majorité d’espèces de jours longs, qui sont arrivées à maturité. D’ailleurs, Joffrey Jost est encore dans l’incertitude quant à la manière dont il va gérer la destruction du couvert, le désherbage et l’implantation de la culture suivante.

Moins d’adventices après un semis direct

Annabelle Revel-Mouroz a présenté les premiers résultats issus de la collecte des données. En commençant par un bilan climatique de l’été 2017, au cours duquel les précipitations ont été déficitaires de plus de 10 % par rapport aux normales saisonnières. Néanmoins, la troisième décade de juillet a été bien arrosée, ce qui a favorisé la levée des couverts semés à cette période. La température moyenne a été légèrement supérieure aux normales en août. Et deux pics de chaleur ont été enregistrés en juillet. « L’effet de la date de semis est important. Plus les semis sont effectués tôt, plus ils cumulent de précipitations et de chaleur, et la production de biomasse en profite. » Autre constat, pour un même couvert et une même date de semis, il peut y avoir une production de biomasse très différente, ce qui suggère que les conditions locales jouent un rôle important. Par ailleurs, la technique d’implantation ne semble pas avoir d’incidence significative sur le développement du couvert. Par contre, davantage d’adventices se développent après un déchaumage qu’après un semis direct. Et c’est dans le mélange numéro deux que les adventices ont le plus proliféré, suggérant qu’une densité de semis plus importante pourrait être envisagée.

Cette journée était aussi l’occasion de présenter le dernier outil acquis par la Cuma de la Plaine, un rouleau écraseur de type Faca, qui doit permettre de casser les couverts afin de faciliter l’action du gel en hiver. Une démonstration et des explications à retrouver ici :

 

GIEE de Westhalten

Partage d’une expérience collective

Vigne

Publié le 02/11/2017

« Aucun d’entre nous n’est plus intelligent que l’ensemble d’entre nous. » Cette citation de Kenneth Blanchard, spécialiste du management, résume assez bien le principe de la méthode Repère (Réseau d’échange et de projets sur le pilotage de la recherche et l’expertise), fruit du Grenelle de l’environnement, et qui vise à proposer une nouvelle forme de pilotage de la recherche, en y intégrant mieux les raisonnements et les contraintes des différents acteurs d’un projet.

Construire une nouvelle vérité

C’est cette nouvelle forme de travail collaborative qui a été mise en œuvre à Westhalten. Dans les années 1970, ce village, situé au fond d’une cuvette tapissée de vignes, a été envahi par plusieurs coulées d’eau boueuse qui ont profondément marqué les esprits des habitants. Pour les éviter, les vignerons ont enherbé les interrangs, et entretenu les cavaillons à l’aide de solutions chimiques. « Ça fonctionnait bien comme ça, mais on a voulu trouver une solution alternative au désherbage chimique », expose Jean-François Lallemand, président du syndicat viticole de Westhalten. Mais comment faire pour se passer de désherbant ? Cette question de base énoncée, Jean Masson, coordinateur du projet à l’Inra, a rassemblé « toutes les personnes susceptibles d’avoir un avis sur la question ». Autant dire qu’il y avait du monde, et que chacun avait une réponse différente…

« Nous avons alors énoncé un principe de reconnaissance, pour que chacun puisse expliquer son raisonnement, et que chacun trouve les moyens d’écouter les autres. Car l’objectif c’est de dépasser les images et les modes de raisonnement de ces acteurs très différents pour les croiser, et arriver à penser ensemble et différemment. Du coup, comme on construit une nouvelle vérité sur la somme des expertises de chacun, tout le monde entre dans l’incertitude. » Une étape enrichissante sur le plan humain : « Les viticulteurs ont fait venir leurs parents, qui ont raconté pourquoi ils avaient mis en place telle ou telle méthode. Ces échanges ont permis de révéler les contraintes héritées, de légitimer la démarche de la jeune génération, tout en reconnaissant le travail des anciens », relate Jean Masson.

Du cavaillon « propre » au cavaillon couvert

L’étape suivante a consisté à révéler les contraintes, ce qui fait que la situation a du mal à évoluer. « Des contraintes, il y en a par wagons, mais on peut les faire tomber. » Pour ce faire, elles ont été transcrites en une liste de questions auxquelles les acteurs ont tenté d’apporter des réponses. Vient ensuite une phase délicate, celle de l’engagement : concrètement, chaque viticulteur s’engage à ne plus utiliser de désherbant chimique sur combien d’hectares ? En tout, plus de 40 ha. Ce qui représente de 5 à 40 % du domaine engagé par viticulteur. Mais avec une nouvelle question : si le cavaillon n’est plus désherbé, qu’est ce qui va y pousser ? Et en voulant le garder « propre », « peut-être qu’on fait faux » ?

C’est à ce stade qu’émerge l’idée d’aller chercher sur la lande sèche qui surplombe le vignoble une espèce endémique qui pourrait coloniser le cavaillon et contenir les adventices sans concurrencer la vigne. Une idée qui, de prime abord, ne séduit pas les associations de protection de l’environnement, pour qui la lande, classée Natura 2000, constitue un sanctuaire de biodiversité. Mais, finalement, à force de discussions, tous les acteurs arrivent à trouver un accord. Car, bien menée, l’idée est bonne d’un point de vue écologique : elle va à la fois permettre d’utiliser moins de produits chimiques, et de créer une continuité écologique entre le vignoble et le milieu naturel. La plante est identifiée parmi celles de la lande pour son port bas et rampant, qui ne gêne pas le travail et assure une bonne couverture du sol, et pour ses besoins en eau modérés, qui doivent donc limiter la concurrence avec la vigne. Il s’agit de la piloselle.

Le droit à l’erreur

« À ce stade, ce qui est difficile, c’est d’agir en situation d’incertitude. On ne sait pas où on va. Mais on sait comment le faire, car on en a discuté. Et on sait aussi qu’on a le droit à l’erreur », relate Jean Masson. La piloselle est donc implantée. Avec plus ou moins de succès. Chez certains elle meurt. Chez d’autres elle s’installe. Du coup certains viticulteurs abandonnent, d’autres poursuivent. « Nous plantons trois mottes entre deux pieds de vigne. À raison de 25-30 cts/motte, c’est le juste compromis entre le coût d’implantation et l’efficacité de couverture du sol que nous avons trouvé », indique Jean-François Lallemand. L’implantation se fait à la main et à genoux - « comme de la salade » - et est suivie d’un arrosage.

À partir de la deuxième année, un entretien du peuplement par fauchage devient nécessaire. Le constructeur de matériel viticole Siegwald a donc mis au point une faucheuse qui enjambe un rang de vigne, pour une meilleure visibilité, et qui est équipée de têtes de fauche inclinables pour bien épouser le sol. « Nous pratiquons une à deux fauches annuelles. Une suffit si elle est bien placée », témoigne Jean-François Lallemand.

Après trois années d’expérience, les viticulteurs ont tiré quelques leçons : ne pas implanter la piloselle sous une vigne trop jeune, et surtout soigner l’implantation. « On a parfois enregistré des baisses de rendement et de vigueur la deuxième et/ou la troisième année. Mais c’était dans parcelles où la piloselle ne s’était pas bien implantée, ce qui avait laissé de la place au ray-grass et au trèfle qui se sont développés et qui ont concurrencé la vigne. » Aucune différence à la vinification n’a pour l’heure été mise en évidence.

Désherbage mécanique

En parallèle, la Cuma qui s’adosse au GIEE de Westhalten fait l’acquisition de deux outils permettant de travailler le sol, l’un avec des disques, l’autre avec des lames, permettant de travailler mécaniquement le cavaillon. Les cadres ont été choisis pour leur capacité d’adaptation aux différentes configurations de parcelles. Certains viticulteurs n’utilise qu’un des outils, d’autres jonglent avec les deux : « Les deux outils ne font pas le même travail, donc ne procurent pas le même résultat », témoigne Jean-François Lallemand. Les disques scalpent les adventices, et l’outil peut être passé relativement vite, jusqu’à 5 km/h. Tandis que les lames travaillant entre les ceps, il faut leur laisser un temps d’effacement, au risque d’abîmer des ceps. « Souvent, pour le dernier passage, on utilise l’outil à lames, car cela permet de niveler le sol et donc de faciliter les transports de seaux durant les vendanges. »

Un enherbement local pour l’interrang

Une idée en faisant germer d’autres, les membres du GIEE de Westhalten, encouragés par l’expérience de la piloselle, ont eu envie de revoir l’enherbement des interrangs, potentiellement trop concurrentiel de la vigne. Un écueil qui pourrait être évité en utilisant des plantes sauvages qui poussent sur la lande sèche, donc qui seraient moins gourmandes en eau. « Nous avons organisé un atelier avec des botanistes qui ont dressé une liste des espèces, avec les caractéristiques de chaque plante. Une trentaine d’espèces ont été sélectionnées pour leur port étalé et leur cycle décalé avec celui de la vigne », décrit Mélanie Mermet, animatrice du GIEE.

En 2016, les agents du Conservatoire des sites alsaciens (CSA) sont allés récolter les graines sur la lande. Nungesser Semences les a multipliées, d’abord en serre, puis en champ. « Actuellement, nous sommes en train de constituer le mélange, c’est-à-dire de définir quel sera le pourcentage de graminées, de légumineuses… Il sera planté à l’automne prochain. Notre objectif, c’est de concevoir un mélange suffisamment riche pour arriver à une autosélection des espèces en fonction des caractéristiques de chaque parcelle pour que le couvert s’auto-entretienne et devienne pérenne. »

Un cercle vertueux

La méthode de travail sur laquelle repos le (s) projet (s) du GIEE de Westhalten a vocation à être transmise et reproduite. Aussi « durant tout ce travail, des phrases énoncées par les participants ont été répertoriées et articulées lors de la rédaction de deux articles scientifiques, publiés dans d’éminentes revues. Les acteurs du projet apparaissent donc parmi les coauteurs des articles. C’est très rare », souligne Jean Masson.

De la mise en commun des échecs et de l’entraide qui ont découlé du projet sont nés des liens d’amitié fort entre les viticulteurs de Westhalten. Déjà, ils sont repartis pour un nouveau cycle de travail. Avec comme question de base : Comment lutter contre le botrytis et le mildiou sans produits phytosanitaires de synthèse… Vaste programme !

Retrouvez l'expérience du GIEE de Westhalten en vidéo :

 
 

 

Alimentation durable

L’Alsace centrale se mobilise

Vie professionnelle

Publié le 31/10/2017

Ce forum était l’occasion de faire le point sur les actions déjà engagées par les différents acteurs au sein du territoire. Et de leur donner l’opportunité de se rencontrer et d’exprimer leurs attentes, leurs regrets, leurs inquiétudes, leurs espoirs. Car si fournir une alimentation durable à tous les citoyens est un objectif partagé, les échanges qui ont eu lieu au cours de ce forum ont aussi révélé que la notion d’alimentation durable, et des moyens à mettre en œuvre pour l’atteindre, sont sources de divergences d’opinions. Mais c’est bien tout l’intérêt de ce genre de rencontres : prendre conscience de ces divergences, et les entendre, pour mieux les intégrer dans des projets qui, pour réussir, ne peuvent qu’être collectifs, donc fédérateurs.

Répartis par tables, les participants sont invités à débuter la matinée de travail en inscrivant deux mots-clés en lien avec le thème de l’alimentation durable. Leur inventaire à la Prévert est le reflet de sensibilités divergentes : développement durable, éducation, bio, proximité, relocalisation, circuits courts, santé, communication, engagement, ensemble, qualité, lien, environnement, bien-être, économie circulaire, durabilité… Pour certains c’est en effet la protection de l’environnement qui arrive en tête, pour d’autres le soutien à l’économie locale, alors que d’autres encore mettent en avant la santé, le lien social, ou l’éducation.

Pour Marcel Bauer, président du Pôle d’équilibre territorial et rural (PETR) Sélestat Alsace Centrale, le territoire d’Alsace Centrale a « tout sous la main » pour réussir la transition vers une alimentation plus durable « ce qui n’empêche pas de se poser des questions ». En effet, cette transition touche à la fois à la nécessité éthique de nourrir tous les hommes de manière équitable. Et à une multitude d’autres domaines : préservation du foncier agricole, de la qualité de l’eau, lutte contre le gaspillage, éducation, approvisionnement en denrées locales des citoyens consommateurs, accompagnement des producteurs vers une agriculture plus raisonnée, voire biologique, structuration de nouvelles filières de production, émergence de nouveaux modes de distribution…

Gaspiller, c’est dépassé !

L’État, représenté à ce forum par Marie-José Amara, chef de projet alimentation à la Draaf Grand Est, « a pour objectif d’assurer à tous l’accès à une alimentation sûre et de qualité », rappelle-t-elle. Pour mener à bien cette mission, les priorités sont la justice sociale, l’éducation et la lutte contre le gaspillage. Car il y a de quoi faire en la matière : 89 millions de tonnes (Mt) de denrées alimentaires sont perdues chaque année en Europe, soit 179 kg/habitant/an. Autrement dit, 57 % des calories produites par habitants sont perdues. Et, si rien n’est fait, la tendance n’ira pas en s’inversant. Pire, le gaspillage progresserait de 40 % d'ici 2020. Or l’enjeu est d’abord éthique, car une partie de la population mondiale souffre de malnutrition quand une autre est rattrapée par l’obésité et le diabète. « 900 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde. Et en France 4 millions de personnes bénéficient d’une aide alimentaire », indique Marie-José Amara. Mais il est aussi économique : « 30 % des denrées alimentaires sont gaspillées entre la production et la consommation, cela représente un budget de 400 € par ménage ». Des chiffres qui prennent encore plus de sens lorsqu’ils sont placés dans la perspective d’une population mondiale à l’horizon 2050 de 9 milliards d’humains, à nourrir dans un contexte de changement climatique renforçant l’instabilité des marchés, et de ressources limitées.

« La loi du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire hiérarchise les actions de lutte dans l’ordre de priorité suivant : prévention, don, alimentation animale, compostage et méthanisation », indique Marie-José Amara. En avril, un second pacte de lutte contre le gaspillage alimentaire devrait être mis en œuvre. Il comprend notamment la promotion de la territorialisation des méthodes de lutte contre le gaspillage. Et l’État devrait s’engager à promouvoir, via les Draaf, les Dreal et l’Ademe, les Réseaux pour éviter le gaspillage alimentaire (Regal) et les Projets alimentaires territoriaux (PAT). Dans ces cadres, des actions peuvent être envisagées à tous les niveaux. Lors de la production, en encourageant le glanage, le don et un calibrage plus raisonné des produits. Lors de la distribution en baissant le prix des denrées dont la date de péremption approche, ou en distribuant ces denrées aux associations d’aide alimentaire. Lors de la consommation, en n’achetant que le nécessaire, en adaptant mieux les portions, en accommodant les restes. Retrouvez les conseils d’Agathe la patate pour lutter contre le gaspillage alimentaire :

Un enjeu environnemental

L’Alsace Centrale compte neuf captages d’alimentation en eau potable, « dont cinq sont concernés par des problématiques de pollution persistante, que ce soit par les nitrates et les produits phytosanitaires, ce qui concerne 13 000 abonnés », indique Christine Guionie, du SDEA. Une démarche volontariste d’adaptation des pratiques agricoles a donc été engagée afin de concilier une agriculture et une protection des captages durables. Deux études ont donc été commandées auprès de deux structures différentes afin d’identifier les productions agricoles qui cumuleraient un débouché et un profil agro-écologique intéressants. Conclusion : le soja est la seule production citée en agriculture biologique et conventionnelle, toutes les autres solutions identifiées passent par l’agriculture biologique, que ce soit la production de grandes cultures, de lait ou de viande.

Actuellement, 656 fermes sont labellisées agriculture biologique en Alsace, rappelle Emmanuel Rieffel, de l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). Structure qui a justement pour mission de développer des filières bios locales. « Il y a des freins à lever, il faut éduquer la demande, communiquer et, pour pouvoir monter des filières complètes, il faut élargir la notion de territoire », rapporte-t-il. D’autres freins sont évoqués par les participants, comme les différentiels d’exigences entre cahiers des charges bios, et coûts de production au sein même de l’Europe, qui plus est, au-delà. Néanmoins, le rythme des conversions à l’agriculture biologique est soutenu. Et Emmanuel Rieffel peut citer au moins deux exemples de réalisations locales concrètes : l’enseigne Leclerc de Sélestat, qui commercialise des fruits et légumes bios et locaux. Et le moulin Kircher, d’Ebersheim, qui transforme des céréales bios produites en Alsace.

Miser sur les filières de proximité

Mais qu’entend-on par local au juste, s’interrogent des participants ? Aude Forget, conseillère à la Chambre d'agriculture d’Alsace, rappelle : « Les filières de proximité rassemblent des circuits courts et des circuits plus longs dont les outils de production et de transformation se situent sur le territoire. Attention aussi, un circuit peut être court, parce qu’il y a peu d’intermédiaires, mais pas forcément local. Donc le terme circuit court n’est pas strictement synonyme de proximité ». Aussi, plus que les circuits courts, ce sont les filières de proximité que la Chambre d'agriculture d’Alsace entend défendre. D’autant que « nous avons la chance d’avoir en Alsace un maillage très important de filières de proximité, qui concernent une gamme de produits très diversifiés », note Aude Forget.

Sa collègue, Violette Guillaume, complète : « La Chambre d'agriculture accompagne les projets de filières de proximité des études de faisabilité à la commercialisation. » Pour un agriculteur se lancer dans la vente directe consiste à apprendre deux nouveaux métiers : la transformation et la vente. Un défi qui ne semble néanmoins pas les arrêter. En effet, rien qu’en Alsace Centrale, 90 producteurs pratiquent la vente directe. Et la Chambre d'agriculture a accompagné l’émergence de magasins collectifs, comme Fermes et compagnie, Cœur paysan, et d’autres sont en gestation. Un drive fermier est bien installé à Schirmeck, un autre devrait suivre à Villé.

RHD : objectif structurer

Toutes ces initiatives fonctionnent bien pour relocaliser l’alimentation à domicile. Mais en ce qui concerne la Restauration hors domicile (RHD), le chantier s’avère plus ardu. « Un million de repas sont servis dans les collèges et périscolaires du territoire et certains gestionnaires de ces structures sont intéressés par l’approvisionnement local de leurs structures », indique Jean-Marc Riebel, vice-président du PETR et du SDEA. Mais plusieurs facteurs entravent les bonnes volontés : un système de marchés publics inadapté, une production locale et raisonnée - voire bio - insuffisante, et des filières qui doivent encore mieux s’organiser pour répondre à cette demande. « La Chambre d'agriculture et le Conseil départemental ont noué un partenariat pour accompagner les collèges vers l’approvisionnement en produits locaux », indique Violette Guillaume. Mais ceci requiert une structuration de la production pour aboutir à une logistique qui permette un approvisionnement local sans surcoût. Et de la lucidité : « On ne pourra pas assurer tout l’approvisionnement localement », estime Violette Guillaume.

C’est pourquoi des conventions sont aussi passées avec les grossistes qui fournissent le complément de gamme, et avec les sociétés de restauration privées, afin que l’approvisionnement se fasse du plus au moins local selon les disponibilités. Pas à pas, le cheminement vers une alimentation locale durable en RHD progresse : « En 2016, la Chambre d'agriculture a participé au lancement de la plateforme d’approvisionnement local ApproAlsace, permettant aux professionnels de la restauration d’accéder à une gamme de produits alsaciens », avance Violette Guillaume. D’autres obstacles restent à franchir. Notamment en matière d’infrastructures d’abattage. Car celles qui existent connaissent des difficultés alors que pour assurer un approvisionnement en viande locale il en faudrait davantage.

L’éducation par le plaisir

Le territoire comprend neuf collèges qui adhèrent à la démarche « Mangeons sain, jetons moins », qui véhicule des valeurs de « solidarité, de santé de développement durable et qui intègre tous les acteurs du collège afin de créer du lien », indique Laurence Muller-Bronn, vice-présidente du Conseil départemental. D’autres structures œuvrent pour éduquer les générations futures à adopter une alimentation durable. Ainsi, la Maison de la nature du Ried et d’Alsace Centrale a déployé l’opération « Mangeons sain » dans les restaurants scolaires du territoire. « La première approche a été de former les cuisiniers, puis d’accompagner les collèges », rapporte Denis Gerber directeur de la Maison de la nature du Ried et d’Alsace centrale. Cinq associations ont accompagné 20 collèges ce qui a permis de sensibiliser 800 élèves, donc potentiellement autant de familles, auxquelles ont été proposés des ateliers de cuisine parents-enfants. « La troisième action vise à faire le lien avec les producteurs du territoire », annonce Denis Gerber. Des actions similaires ont été menées dans les périscolaires : « L’antigaspi attitude » a été prônée dans 39 périscolaires et le dispositif « Les éco-restos du périsco » prévoit 70 heures d’accompagnement sur une année.

Marie-José Amara évoque aussi « Les Classes du goût », une action pilotée par le ministère de l’Agriculture dans le cadre du PNA, avec une approche fondée sur le plaisir sensoriel que procure la nourriture. « Les encadrants sont tout d’abord formés pour leur faire vivre la formation qu’ils mettront ensuite en place dans les classes avec des ateliers qui font appel aux cinq sens. Les enfants sont invités à goûter des choses, à enrichir leur vocabulaire pour les décrire, dire ce qu’ils aiment ou pas… », décrit-elle. Et, destinée aux collèges et lycées, la charte « Plaisir à la cantine » témoigne de l’engagement de l’établissement à proposer une restauration de qualité.

Les initiatives pour une alimentation durable en Alsace Centrale ne manquent pas. Reste à accompagner les producteurs en leur proposant des solutions adaptées, plutôt qu’en accumulant les interdictions. Et à ne pas mettre la charrue avant les bœufs, au risque de décourager certains acteurs, ou de proposer une alimentation de qualité, mais qui ne serait accessible qu’à une minorité.

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