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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Travaux pratiques dans la forêt-école d’Albé

Des clés pour défricher et faire fructifier un héritage forestier

Cultures

Publié le 20/10/2017

Les héritages ne sont pas toujours des cadeaux. Hériter d’une forêt, quand on n’y connaît rien mais qu’on a envie d’entretenir ce patrimoine, peut laisser le néophyte perplexe. Que faire de cette forêt ? Comment l’entretenir ? La valoriser ? C’est à ces questions que le Centre régional de la propriété forestière (CRPF) Grand Est, l’association forestière de la vallée de Villé et la fédération Forestiers d’Alsace ont répondu lors de la première sortie de terrain sur la forêt-école d’Albé.

Une forêt en héritage, mais laquelle ?

Avant d’envisager toute intervention, il est bon de délimiter précisément la parcelle dont on a hérité. Pour ce faire, rien de tel que de se plonger dans le plan cadastral, ou encore sur le portail de l’IGN. C’est ce qu’ont fait Marc Debus, technicien forestier à la Chambre d'agriculture, et Maren Baumeister, technicienne au CRPF, en amont de cette réunion. C’est ainsi qu’ils ont constaté que la forêt-école est composée d’un regroupement de plusieurs parcelles formant un ensemble de 220,34 ares. « Il s’agit d’une étape importante, car elle permet de se repérer, d’identifier les pistes, les limites de propriété », souligne Marc Debus. La forêt-école est traversée par une piste, qui constitue une porte de sortie pour le bois récolté. Mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois, seul apparaît un « chemin d’exploitation ». « Il s’agit d’un accès où la circulation est libre pour les riverains, c’est-à-dire ceux qu’il dessert, et dont l’entretien leur est dévolu », décrit Maren Baumeister. Si la parcelle n’est pas riveraine du chemin, il n’y a pas d’autre solution que de passer chez les voisins. « S’il n’y a pas d’autre solution pour exploiter une parcelle enclavée, il existe une tolérance qui le permet, à condition de prendre le chemin le plus court et qui cause le moins de dégâts », précise Maren Baumeister. Il est aussi possible d’utiliser les pistes communales, à condition d’en avoir préalablement demandé l’autorisation en mairie.

Défricher la réglementation

Deuxième étape incontournable, identifier les réglementations qui s’appliquent à la parcelle. Une démarche qui débute en mairie, afin de consulter le PLU. Cela va notamment permettre de déterminer si la parcelle est concernée par un espace boisé classé, ce qui empêche son défrichement, ou si elle est soumise à une réglementation de boisement. Trois types de zonage existent : soit le boisement est interdit, soit il est libre, soit il est réglementé, c’est-à-dire qu’il est possible, mais à certaines conditions. Annexée au PLU, cette réglementation se rencontre surtout dans les vallées, où elle est mise en place afin de lutter contre la fermeture paysagère. « Si la réglementation n’est pas renouvelée au bout de dix ans, les zones interdites de boisement basculent en zone de boisement réglementé », informe Maren Baumeister. À ces deux premiers types de réglementation s’ajoutent les réglementations environnementales, type Natura 2000, qui sont consultables sur le site de la Dreal. En Alsace, un certain nombre de forêts sont inscrites au site du massif des Vosges. Conséquence, les travaux importants, tels que les coupes à blanc, ou ceux qui représentent une emprise importante, doivent faire l’objet d’une déclaration à la Dreal quatre mois au préalable. Dernière couche réglementaire à considérer, celle relative aux captages d’eau qui impliquent des limitations en termes de coupe, de création de voies d’accès…

Éclaircir pour y voir plus clair

Ces deux premières étapes bureaucratiques franchies, l’heureux nouveau propriétaire peut arpenter sa forêt pour la caractériser en termes d’essences et de structures. Travaux pratiques à la forêt-école, avec une première étape dans une station composée d’un peuplement irrégulier, sous forme d’un mélange à deux étages. L’étage inférieur est composé d’un taillis de châtaigniers et l’étage supérieur d’une futaie de chênes et de hêtres, aussi appelé une « réserve » d’arbres. Que faire face à un tel peuplement ? « Dans un premier temps, enlever tout le bois sec permet d’y voir plus clair. Mais enlever tout ce qui est moche serait une erreur. Il faut trouver les arbres d’avenir et leur faire de la place grâce à une éclaircie, une coupe d’amélioration. »

Privilégier les essences adaptées

Avant de penser à régénérer une forêt, il est préconisé de vérifier l’adéquation des essences en place avec les caractéristiques de sol, de topographie, d’exposition et de météo de la station. Travaux pratiques sur cette même station : « Nous nous situons à 550 m d’altitude, sur la partie haute de l’étage collinéen. La parcelle, située en haut de versant, peu pentu, est orientée au sud », décrit Maren Baumeister. Équipée d’une tarière, elle effectue un prélèvement qui fait apparaître une terre grise, gréseuse, qualifiée d’arkose.

« Il peut aussi être utile d’observer la présence de plantes indicatrices, telles que la myrtille, révélatrice d’un pH acide », complète Marc Debus, qui recommande l’utilisation du Guide des essences élaboré par le CRPF. Un ouvrage qui, en fonction de ces critères, liste les essences adaptées aux différentes stations. Ici, il s’agit du chêne sessile, du hêtre, de l’érable, du bouleau… Maren Baumeister précise : « Nous sommes en présence d’un sol assez filtrant, qui plus est sur un haut de versant exposé au sud. Le principal facteur limitant au développement des arbres est donc la ressource en eau. » Dans un contexte de changement climatique, et sachant que le hêtre est une essence gourmande en eau, elle recommande de ne pas le laisser devenir envahissant au détriment du chêne sessile, essence plus adaptée au climat de demain.

Zoom sur le châtaignier

Quelques mètres plus loin, le peuplement change, pour laisser la place à un taillis simple de châtaigniers. Premier constat : l’importance des dégâts de gibier, notamment de cerfs. Le second n’est guère plus réjouissant : « Les tiges sont restées trop longtemps en compétition. On observe des tiges longues, avec des houppiers trop petits. Le risque, si on ouvre le peuplement maintenant en pratiquant une éclaircie, c’est de voir des gourmands apparaître sur les troncs. C’est une opération qu’il aurait fallu effectuer il y a cinq ans déjà », constate Marc Debus. L’autre risque encouru avec une ouverture trop brutale du peuplement, c’est de stresser les arbres d’avenir, ce qui peut se traduire par de la roulure, soit un décollement des cernes d’accroissement sur un voire deux cercles. Un phénomène qui compromet la valorisation en bois d’œuvre. De nombreux taillis de châtaigniers sont dans le même cas en Alsace, où l’essence est surtout valorisée en bois de chauffage. « C’est dommage, estiment les techniciens, car le châtaignier mérite une vraie sylviculture. En Allemagne, en Autriche, il est utilisé dans la confection de charpentes, de bardage, d’aires de jeu, de piquets paravalanche… »

Du bon dosage des éclaircies

Encore un peu plus loin, le taillis laisse place à une futaie. Cette fois, il y a eu une éclaircie d’entretien. Un peu trop vigoureuse, car certains arbres d’avenir se sont couverts de gourmands, ce qui peut dégrader la qualité du bois. Mais, pour Marc Debus, il est « urgent de ne rien faire, car certains gourmands vont sécher d’eux-mêmes ». Un groupe de bouleau attire l’attention des participants. Maren Baumeister voit plusieurs raisons de les laisser en place : « Pour la biodiversité, et parce que le bouleau est un très bon éducateur pour le hêtre. En lui faisant de l’ombre, il l’incite à pousser droit. On peut donc l’utiliser comme un auxiliaire de culture. »

Le dernier arrêt s’effectue dans une futaie de chênes et de hêtres. « Elle est de bonne qualité. Quoiqu’un peu dense », estime Marc Debus, en observant le manque de régénération au sol, de branches basses, et le resserrement des houppiers. Il estime la densité à 500 - 600 tiges par hectare, pour un diamètre moyen des arbres de 30 cm. « Ils ne sont donc pas encore tout à fait mûrs et peuvent encore grossir. » S’ils peuvent encore grossir, mais qu’ils sont déjà un peu serrés, une éclaircie légère peut être envisagée. Il s’agit alors de « désigner les arbres d’avenir et de travailler autour d’eux pour leur donner une chance de développer leur houppier ».

Ce travail de caractérisation des peuplements Marc Debus et Maren Baumeister incitent les sylviculteurs à le faire dans toutes leurs parcelles. Objectif : élaborer un plan des différents peuplements, avec le nombre de tiges par hectare, leur diamètre moyen, le volume de bois… « La surface terrière est un autre indicateur intéressant. Elle correspond à la somme, en mètres carrés par hectare, des sections à 1,30 m des arbres mesurés depuis un point donné. Pour chaque essence, des seuils à ne pas dépasser ont été définis, car elles supportent plus ou moins bien la concurrence », décrit Maren Baumeister. Et puis cet indicateur donne une idée du capital sur pied donc, par exemple, de l’intensité des éclaircies à effectuer. Reste ensuite à récolter - et à vendre - tout ce beau bois. Mais ça, c’est un autre chapitre…

Horsch

Robustesse et polyvalence

Technique

Publié le 20/10/2017

« Nous sommes revendeurs des produits Horsch depuis toujours, indique Olivier Meintzer, responsable commercial chez Niess. Nous organisons cette démonstration parce que voir les machines au travail, c’est toujours mieux que de les voir dans les prospectus. » L’entreprise, spécialisée dans la vente de matériels agricoles neufs et d’occasion, déploie son savoir-faire sur le territoire grâce à quatre sites, situés à Hoffen, Dambach-la-Ville, Marlenheim et Fénétrange. Une proximité qui lui permet d’être à l’écoute des agriculteurs alsaciens, souvent maïsiculteurs, et qui sont donc à la recherche des solutions adaptées à la gestion des volumes de résidus importants que laisse cette culture. Les salariés de Niess sont présents en force pour orchestrer cette démonstration sur une parcelle dont le maïs a été récemment récolté. Et dans des conditions de travail du sol rendues difficiles par un épisode pluvieux récent, sur une terre humide et collante. Qu’à cela ne tienne, les organisateurs font contre mauvaise fortune bon cœur : « Au moins ça nous permet de voir les limites des machines ! »

Terrano : flexible et polyvalent

« Les déchaumeurs Terrano et les semoirs Pronto sont les outils les plus distribués dans la région, mais nous proposons de nombreuses alternatives à disques ou à dents, qui peuvent travailler dans les cannes de maïs », introduit Henri Goetzmann, inspecteur commercial Horsch France pour le nord-est de la France. Mais commençons par les basiques. Le Terrano FX s’inscrit dans la gamme des outils à dents. Cet outil de travail du sol porté comporte trois rangées de dents TerraGrip espacées de 30 cm, avec un dégagement de 85 cm sous bâti. « La dernière génération de Terrano bénéficie d’un châssis renforcé. Les dents y sont fixées par un système de boulons en biais, pour mieux répartir les forces », décrit l’inspecteur commercial. Les dents, équipées d’une sécurité ressort, permettent de travailler jusqu’à 30 cm de profondeur. Si une dent doit dégager face à un obstacle, « grâce à la triangulation des points de force, le travail en profondeur reste régulier », assure Henri Goetzmann. Les dents peuvent être modifiées avec différents équipements en fonction du résultat souhaité. « Sur la pointe MulchMix, il est possible de positionner les ailerons à deux hauteurs différentes, ce qui donnera deux résultats très différents : soit un travail en profondeur, soit un scalpage du sol sur les 3-4 premiers centimètres. » Sur le même étançon, il est possible de monter des pointes de fissuration, qui sont plus adaptées à une restructuration complète du sol, mais sans dilution des résidus. Les rangées de dents sont suivies de disques de nivellement, puis d’un rouleau, que l’agriculteur peut choisir au sein d’une large gamme. « Tous ces éléments font du Terrano un outil flexible et polyvalent, qui peut travailler de 4 à 35 cm de profondeur, en allant de la fissuration au foisonnement intensif », conclut Henri Goetzmann.

Pronto 3DC : un semis vite fait bien fait

Le deuxième modèle s’avance. Il s’agit du Pronto 3DC, un modèle de semoir conçu pour le semis rapide. Il s’agit donc d’une machine compacte et légère, présentée en version 3 m et équipée du système PPF (pour placement précis de la fertilisation) qui permet de positionner de la fertilisation en localisé au moment du semis. « Le semis a lieu derrière un packer, donc après un ré-appui ciblé du sol, pour que la profondeur de semis soit régulière ». Le rouleau est équipé de pneus étroits non décalés. Un choix dicté par l’objectif de régularité du semis. Henri Goetzmann explique : « Chaque pneu bouge de la terre. S’ils sont décalés, ils doivent en bouger davantage, et digérer ce volume de terre devient plus difficile. S’ils ne sont pas décalés, ils se répartissent mieux la terre et, comme ils sont étroits, ils assurent un ré-appui homogène devant chaque élément de semis. En effet, la rampe de semis est conçue pour que chaque élément de semis passe derrière chaque bord de pneu. Il y a donc à la fois une zone ré-appuyée sur la ligne de semis et des zones non ré-appuyées entre les lignes de semis, ce qui permet de gérer les excédents hydriques. » Au niveau des éléments de semis, les graines sont captées par des languettes en téflon, qui permettent de les canaliser et de les plaquer au fond du sillon. Enfin, une roulette en caoutchouc et une herse viennent refermer le sillon avec de la terre et des résidus végétaux.

Joker : une compacité adaptée au parcellaire morcelé

Le Joker 3 CT, présenté pour la première fois en Alsace en version 3 m portée, est un outil de travail qui combine disques et dents. « De par sa compacité, il est adapté à votre parcellaire morcelé », introduit Henri Goetzmann. Il se compose à l’avant d’une rangée de dents espacées de 60 cm, qui permettent une restructuration en profondeur, et un travail superficiel intensif, par exemple pour préparer un lit de semence. Il s’agit des mêmes dents TerraGrip que sur le Terrano, qui peuvent donc aussi être équipées de pointes de fissuration pour effectuer une restructuration. Les dents sont suivies par deux rangées de disques, qui assurent l’émiettement des mottes. « Comme un bras porte deux disques, il y a davantage de place pour laisser circuler la matière », souligne Henri Goetzmann. Lors de la démonstration, le Joker 3 CT était équipé d’un rouleau RollFlex, idéal pour préparer des lits de semence, car « il génère des projections, des zones de ré-appui pour la fraîcheur et des zones non consolidées pour permettre l’infiltration des excédents hydriques ».

Rouleau WinterPacker : bien préparer l’hivernage des sols

À ce stade de la démonstration, le Terrano 3 FX revient sur le devant de la scène, équipé à l’arrière d’un rouleau WinterPacker, conçu pour une utilisation tardive, avant l’hiver. Un travail du sol qui a pour objectif d’optimiser l’effet du gel. Ce rouleau a la particularité de présenter une profondeur de travail maîtrisée, mais sans ré-appui. « Il est donc très adapté aux structures alsaciennes puisqu’il permet de travailler en conditions humides sans occasionner de lissage et sans risque de bourrage, tout en laissant une structure ouverte. »

Avatar : Horsch ouvre un nouveau chapitre du semis direct

Nouveauté chez Horsch, l’Avatar 3.16 SD est un semoir de semis direct ou simplifié, conçu pour pouvoir semer à la fois sur un sol préparé en faisant bouger le moins de terre possible, mais aussi en direct sous un couvert. Pour arriver à un tel résultat, les équipes de Horsch ont élaboré une nouvelle rampe de semis, « qui combine toute la philosophie Horsch : entretien réduit, usure et coût d’utilisation optimisés… » Avant les éléments semeurs, il n’y a aucun élément qui travaille le sol. La pression appliquée sur chaque élément semeur peut être très importante, jusqu’à 310 kg. À cela s’ajoute un débattement important, pour accompagner le terrain. « Chaque disque est lié au bras par un palier lubrifié à vie, qui ne requiert donc aucun entretien. Le contrôle de la profondeur de semis s’effectue par une roue de jauge située sur le côté. Et les réglages s’effectuent par un système de boulons », poursuit Henri Goetzmann. La mise en terre des graines est assurée par un coutre protégé par une plaquette en carbure. La fermeture du sillon est assurée par une roulette caoutchouc, ou en acier en option, qui peut s’escamoter en conditions humides. Bénéficiant de six positions de réglage, ces roulettes peuvent être lisses ou dentées. « Opter pour des roues dentées permet d’optimiser la fermeture du sillon en conditions difficiles. En effet, chaque pignon correspond à un point de poussée sur le sol. » L’Avatar est particulièrement adapté au semis « low disturbance », consistant à limiter le brassage de terre, donc les levées de graminées résistantes. L’angle des disques a notamment été travaillé en ce sens. « Il est de 6°, soit le minimum pour ouvrir un sillon propre tout en remuant le moins de terre possible. » En outre, les disques sont légèrement couchés, de 3°, afin de limiter les phénomènes de projection et le lissage sur le bord du sillon. Et d’emmener moins de paille au fond du sillon. Plusieurs trémies peuvent être montées sur l’Avatar, de manière à avoir jusqu’à trois dosages de produits différents. Les graines peuvent être dirigées à la fois vers la rangée de semis avant et arrière, mais il est aussi possible de diriger une sorte de graine vers la rangée avant et une autre vers la rangée arrière, afin de réaliser des semis de cultures associées. Un apport d’engrais au semis est également possible. Enfin un microgranulateur permet, par exemple, l’apport d’un anti-limace.

La démonstration s’est achevée par un court passage de Terrano MT, un combiné semi-porté de deux rangées de disques à l’avant et de deux rangées de dents à pointes fines à l’arrière, qui procure un travail à la fois intensif et superficiel. Il permet un travail en profondeur, avec une certaine capacité de restructuration, sans remonter de mottes en surface. « À l’avant on retrouve le principe du Joker, puis deux rangées de dents TerraGrip espacées de 40 cm et de manière à ce qu’il y ait toujours un passage de dent derrière chaque roue, afin d’effacer leur travail. » Les dents et les disques travaillent de manière indépendante. Mais, comme les disques doivent tourner vite, ce type d’outil doit être attelé derrière un tracteur capable de développer une puissance de 300 ch.

Retrouvez cette démonstration en images :

 

Projet Life Alister

Les étudiants mettent la main à la pâte

Cultures

Publié le 20/10/2017

Quatorze agriculteurs, dont sept membres de la Cuma de la Plaine, ont participé à cette expérimentation en semant des Cipan multi-espèces avec différentes techniques d’implantation, comme le semis direct ou, de façon plus classique, avec un semis à la volée après un déchaumage. « L’expérimentation recouvre une centaine d’hectares, je n’aurais jamais pu en venir à bout toute seule », constate Annabelle Revel-Mouroz, conseillère au service environnement et innovation de la Chambre d’agriculture Alsace, partenaire du projet Life Alister qui pilote ces essais.

Dans un premier temps, ce sont les agriculteurs participants qui ont été mis à contribution. « Ils ont effectué des notations relatives au développement du couvert, à sa hauteur, à sa composition en termes d’espèces, à la présence d’adventices… » Puis des étudiants du lycée agricole d’Obernai ont été appelés à la rescousse. « Pour moi, c’est un gain de temps considérable, et pour eux cela constitue un exercice très pédagogique », avance Annabelle Revel-Mouroz. En effet, la conseillère est d’abord intervenue auprès des élèves en salle, fin septembre, afin de leur présenter la problématique liée au grand hamster et les enjeux du projet Life Alister. Puis elle les a accompagnés dans l’élaboration de la fiche de notation, qu’ils sont allés valider sur le terrain. Ce support permet de codifier les observations faites sur les parcelles de l’expérimentation. Les critères sont très variés : espèces végétales du couvert présentes, présence d’adventices, taux de couverture du sol, hauteur du couvert, présence d’insectes, de mollusques, de fleurs…

Efficacité et pédagogie

Les 10 et 12 octobre, les 18 étudiants participant à l’étude ont arpenté les parcelles pour effectuer des relevés et prélever des échantillons de 50 x 50 cm en lançant à quatre reprises un quadrat, de façon à prélever l’équivalent d’1m2 de biomasse par modalité. Et ils ont noté les parcelles en se servant des fiches qu’ils avaient précédemment élaborées. Les échantillons seront ensuite pesés, séchés et repesés afin de déterminer leur teneur en matière sèche. Quelques échantillons vont être envoyés à la Sadef afin d’être analysés plus finement (rapport C/N, teneurs en N, P et K…). Annabelle Revel-Mouroz espère bien pouvoir encore exploiter les données avec les étudiants, afin de mettre en évidence et d’expliquer les différentes productions de biomasse générées par ces Cipan. Une chose est sûre : « Ils auront un retour sur les résultats de l’expérimentation ».

Et les agriculteurs aussi, puisque l’objectif de l’expérimentation, c’est bien d’obtenir des références sur le comportement des différents mélanges en fonction des pratiques. Références qui pourront servir à tous les agriculteurs lors du choix de leur Cipan dans les prochaines années. D’ores et déjà, des différences apparaissent entre les couverts. « Il avait été demandé aux agriculteurs de semer les couverts rapidement après la moisson du blé, dans le but de réduire au maximum la période de sol nu en été. Certains ont été semés dès le 9 juillet, et sont plus développés que ceux qui ont été semés mi-juillet. Et d’autres qui n’ont pu être semés que plus tard ne sont pas montés en fleurs. On aura donc sans doute des différences de biomasse significatives entre des couverts qui ont eu plus ou moins de temps pour se développer », constate Annabelle Revel-Mouroz. Elle précise : « Les différences de développement pouvant aussi s’expliquer par des différences de conditions météorologiques après le semis, il serait intéressant de combiner les données issues de l’essai avec les données météorologiques. »

Bas-Rhin motoculture (BRM)

Sulky, Rabe et Valtra en démonstration

Technique

Publié le 19/10/2017

Les agriculteurs étaient accueillis sur le site de la démonstration par Francis Conrath, gérant de BRM, et Alexandre Fornès, le fils de Benoît Fornès, qui avaient conjointement organisé cet événement. « Nous présentons un semoir Sulky Xeos Pro attelé à un Valtra N174 direct quatre cylindres, un déchaumeur décompacteur Sunbird de Rabe attelé à un Valtra T174 six cylindres avec autoguidage, et la charrue Super Albatros six socs à largeur variable, avec tête de suspension hydraulique. Tous ces outils sont attelés à des tracteurs Valtra équipés de consoles Smart Touch, visibles pour la première fois en Alsace, qui permettent, avec un seul doigt, de régler tout le tracteur », décrit Francis Conrath.

Le déchaumeur à disques Sunbird était présenté associé à un décompacteur à quatre dents. « Le décompacteur sert à effacer les traces de tracteur, et les disques à effectuer des préparations de sol, du mulching », précise Joseph Brenckle, inspecteur commercial Rabe. Des opérations qui peuvent être effectuées séparément, en dissociant les deux outils, ou en un seul passage en les associant. Le déchaumeur Sunbird se caractérise par ses disques de grand diamètre (660 mm) équipés d’une sécurité ressort qui permet aux disques de s’effacer face à un obstacle pour ne pas casser le bras. Sur chaque disque une forte pression peut être exercée : 220 kg. Le Sunbird peut être équipé de différents types de rouleaux, ou d’un peigne. Il était présenté ce jour-là avec un double rouleau barre. « Les réglages s’effectuent par un système de vérin hydraulique, qui sert aussi à relever l’outil. L’entretien est très simple. En effet, les axes sont en téflon, donc le graissage est inutile », complète Joseph Brenckle.

La nouvelle charrue Super Albatros 140 de Rabe était présentée en version varilarge à six corps équipés de versoirs spéciaux à claire-voie, et à rasettes spécifiques au maïs. Mais la principale particularité de cette charrue réside dans sa suspension intégrée sur tête d’attelage, une nouveauté qui absorbe les chocs en position attelée, ce qui permet de passer d’un champ à l’autre sans forcément passer en roue de transport, et limite les à-coups lors des retournements.

Un semoir super-robuste

Le nouveau combiné de semis pneumatique Sulky Xeos Pro comporte une roto herse montée à l’avant, à raison de quatre rotors par mètre, « ce qui assure un bon émiettement sans requérir une puissance de traction trop importante », indique Jean-François Huppé, inspecteur commercial Sulky. Ces éléments sont suivis d’un rouleau tracker, ou rayonneur, qui sert à rappuyer le sol en profondeur devant la future ligne de semis. Puis arrivent les éléments semeurs, encadrés par deux rangées de disques crénelés montés sur des parallélogrammes, et qui affichent une pression d’enterrage de 100 kg. L’ensemble se termine par une roulette de rappui, suivie d’une herse niveleuse. « Ce semoir pneumatique est équipé de l’entraînement électronique de la distribution et de la technologie DPA (débit proportionnel à l’avancement) assistée par radar », précise l’inspecteur commercial Sulky. Si le transport de la graine se fait de manière pneumatique, un système de décompression au niveau de l’élément semeur permet de la déposer en douceur dans le sillon.

Jean-François Huppé avance : « Ce semoir est le seul sur le marché à présenter une telle capacité d’enterrage, ce qui autorise son utilisation en système traditionnel, en travail simplifié ou encore en conditions extrêmes, par exemple sur des sols durs, ou argileux. Il s’agit d’un semoir très robuste, équipé d’une ligne de semis identique à celles des semoirs de semis direct. Une robustesse qui lui permet de travailler à grande vitesse, jusque 12-13 km/h. Enfin, Sulky étant une société familiale et française, le semoir Sulky Xeos Pro est un semoir Made in France. »

Retrouvez cette démonstration en vidéo :

 

Campagne de blé 2017

Une pression très faible des maladies

Cultures

Publié le 19/10/2017

Face à la faible pression en maladies cryptogamiques sur blé cette année, « les différents prescripteurs avaient des points de vue différents sur les stratégies à adopter », constate Laurent Fritzinger, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. La Chambre d'agriculture d’Alsace était, dans la majorité des situations, partisane des impasses. Laurent Fritzinger justifie : « Il n’y avait que quelques foyers de rouille jaune, car le rayonnement important a limité le développement de l’agent pathogène. La rouille brune, la septoriose et la fusariose étaient très rares. Ce faible niveau de pression s’est traduit par une nuisibilité très faible, de 4 à 5 q/ha, contre 30 q/ha en 2016. »

Les symptômes les plus marqués de l’année ont donc été ceux dus à l’oïdium, des taches physiologiques, et des dégâts de gel très localisés. Pour Laurent Fritzinger, avec un risque climatique faible, et en l’absence de symptômes, les impasses sur les traitements, que ce soit contre les maladies foliaires ou des épis, se justifiaient dans la grande majorité des cas. « Dans nos essais nous avons procédé à des traitements qui se sont traduits par une contre-performance économique de 50 à 130 €/ha de dépense en produits phytosanitaires qui n’ont pas permis de significativement améliorer le rendement. Sauf sur la variété SY moisson, très sensible à la septoriose, qui valorise un peu un traitement contre les maladies foliaires. » Même constat pour les traitements visant la fusariose. Conclusion de Laurent Fritzinger : « Ces résultats valident à nouveau notre grille de décision ».

Variétés : un choix très personnel

La Chambre d'agriculture a mis en place des essais variétaux sur trois sites. Les préconisations émises (résumées dans le schéma ci-contre) regroupent les variétés qui ont donné de bons rendements sur chaque site, et chaque année (l’année 2016 a été exclue de l’analyse des données en raison de sa particularité). De la compilation des données récoltées, il ressort que les variétés orloge, pibrac et absalon combinent un rendement et une teneur en protéines supérieurs à la moyenne. En effet, la tendance générale est à une dilution de la teneur en protéines avec l’augmentation du rendement. Parmi les nouvelles variétés mises sur le marché figure orloge, qui cumule une tolérance un peu trop limite à la verse, à la septoriose et à la fusariose. Filon et chevignon semblent plus tolérantes à la septoriose, et affichent un bon comportement vis-à-vis de la rouille jaune. « Il y a des nouveautés intéressantes en septoriose, mais aucune avec un bon profil confirmé face à la fusariose, sauf peut-être chevignon, mais cela reste à confirmer lors des prochaines campagnes », conclut Mickaël Haffner.

Quoi qu’il en soit, aucune variété n’étant parfaite, les conseillers préconisent de les choisir en fonction des caractéristiques et des objectifs principaux de chaque exploitation : date de semis, productivité régulière, tolérance à la septoriose, profil DON, teneur en protéines, tolérance à la verse ou au chlortoluron. Quant à la densité de semis, ils préconisent de l’augmenter en cas de semis tardif, afin d’assurer le nombre de plants par mètre carré en sortie d’hiver. Et d’augmenter la densité de semis de 50 grains par mètre carré en mauvaises conditions.

Filière courte

Du soja au tofu en direct

Cultures

Publié le 12/10/2017

Valérie Hoang et sa mère sont des boat people. Elles ont quitté leur pays d’origine, le Viêt Nam, en 1981. D’abord hébergées en foyer à Paris, elles se sont ensuite installées à Strasbourg, où elles ont refait leur vie, en reprenant une des premières épiceries asiatiques de la ville, en 1994. Et, dans l’arrière-boutique, elles ont recommencé à faire ce que leurs ancêtres ont fait de génération en génération avant elles : fabriquer du tofu.

À l’époque, les graines de soja arrivaient du Canada, par l’intermédiaire d’un grossiste spécialisé en produits asiatiques. Puis elles se sont approvisionnées quelques années à la CAC, avant d’être démarchées par une entreprise toulousaine, Soytouch. Parallèlement, les deux femmes élargissent leur gamme, avec du tofu bio, des tofus aromatisés… Petit à petit, la demande prend de l’ampleur, et Valérie et sa mère se retrouvent à l’étroit dans leur local. Le jour où Valérie doit refuser de nouveaux clients, la nécessité de déménager pour s’agrandir se fait clairement sentir.

De l'étable à l'atelier de fabrication de tofu

Leur choix s’est arrêté sur Schwindratzheim, surtout pour la proximité avec l’autoroute. « Je réalise 90 % de mon chiffre d’affaires auprès de six clients, essentiellement des grossistes, qui revendent le tofu en magasins asiatiques ou diététiques, en France et aussi beaucoup en Allemagne », indique Valérie. La vente directe à la boutique de Strasbourg ne représentant qu’une portion congrue du chiffre d’affaires, quitter la ville et donc perdre cette petite clientèle n’a pas représenté un frein. « Par contre, j’ai mesuré le temps de trajet pour effectuer mes livraisons. Schwindratzheim, c’était juste la limite. » Avec son compagnon, Pierre Coustillas, Valérie y fait l’acquisition d’un ensemble comprenant une maison d’habitation et des dépendances. L’ancienne étable est transformée par leurs soins en atelier de fabrication de tofu. « Désormais, je m’organise pour faire des journées de grosse production, et d’autres où je produis un peu moins mais où j’effectue les livraisons », raconte Valérie.

Choisir la bonne variété

De l’autre côté de la rue, Christian Richert et son fils, Nicolas, produisent du lait et en vendent un peu en direct. C’est en allant chercher du lait avec leurs filles que Valérie et son compagnon font la connaissance de leurs voisins, et leur expliquent l’objectif de leurs travaux. « Et un jour, Nicolas m’a proposé de produire du soja », raconte Valérie. Elle accepte tout de suite, mais avec des pincettes : « J’avais un peu de réticence parce que j’avais peur que la qualité des graines change et que ça perturbe mon processus de fabrication. » L’accord est donc le suivant : OK pour faire un essai.

Mais les agriculteurs planifient d’emblée de planter 5 ha. « On s’est dit que si la qualité ne convenait pas, on pourrait toujours vendre notre soja à la coopérative », explique Christian. Dès le départ, il se trouve confronté à une première difficulté : quelle variété semer pour correspondre aux besoins de leur voisine ? Les agriculteurs se renseignent à gauche et à droite et, sachant qu’il leur faut du soja de qualité alimentaire d’une précocité adaptée au climat alsacien, ils optent pour la variété ES Mentor, une variété 00 qu’ils achètent au Comptoir agricole.

Une année de production sur 5 ha

« En Alsace, le soja n’a ni ravageur, ni maladie. Le point clé, c’est donc le désherbage. Aussi ai-je effectué deux faux-semis, en mars et en avril », détaille Christian. Puis le soja a été semé mi-mai, après les maïs, sur une parcelle plane pour faciliter la récolte, c’est-à-dire réussir à ramasser les gousses les plus basses, mais sans terre ni cailloux. « Sinon, je perds un temps fou à nettoyer les graines », précise Valérie. Le semis a été effectué en plein, au semoir à céréales, à raison de 700 000 grains/ha. Et les semences ont été préalablement inoculées avec la bactérie Rhizobium japonicum, naturellement absente des sols européens, mais qui permet au soja de mettre en place ses nodosités. « C’est aussi pour cela qu’on ne peut pas semer le soja trop tôt. Le sol doit être à 12 °C pour que la bactérie soit active », souligne Christian. « Ensuite, j’ai été très méthodique dans les traitements. » Il y a d’abord eu un traitement de post-semis prélevée pour contrôler les graminées, puis un deuxième passage au stade première feuille trifoliée et un troisième passage au stade troisième feuille trifoliée, notamment pour contrôler les chénopodes.

La récolte a été effectuée le 28 septembre, à 12 % d’humidité. Bien sec donc puisque la récolte doit pouvoir se conserver correctement une année entière. « Et comme nous ne disposons pas encore d’infrastructure de stockage adaptée, cette première récolte est stockée en big bag », précise Christian. Au final, le rendement s’élève à 3,5 t/ha, soit de quoi fournir les 15 t transformées annuellement par Valérie, à raison de 5 000 à 5 500 tofus de 200 g par semaine, et de quoi ressemer la parcelle l’an prochain. Une performance satisfaisante pour une culture introduite dans un délai très court : « On a commencé à en parler en février pour semer en mai. »

« Je n’avais jamais mangé le fruit de ma propre récolte »

La récolte engrangée, les deux parties tirent un premier bilan satisfaisant de cette expérience. « C’est un partenariat gagnant-gagnant », se félicite Christian. Pour Tofu Hong parce que leur matière première, exonérée de frais de transport, est moins chère ; et parce qu’ils peuvent jouer la carte de la production locale. Pour les agriculteurs parce que cela leur permet de dégager davantage de plus-value qu’en circuit traditionnel, et de compter une quatrième culture dans leur assolement. Qui plus est, une culture adaptée aux enjeux liés au classement de la commune en zone vulnérable puisque le soja n’a pas du tout été fertilisé. Et Christian et Nicolas retirent une certaine fierté de voir leur production valorisée en direct : « Je n’avais jamais mangé le fruit de ma propre récolte », constate Christian. Enfin, il y a le tourteau de soja, que les agriculteurs ont commencé à valoriser en en donnant un peu à leurs vaches laitières. Mais la valorisation de ce qui constitue un déchet pour Tofu Hong peut encore être optimisée. « Nous allons l’analyser, pour avoir une idée plus précise de sa composition chimique, donc de combien il est possible d’en donner aux vaches. Et l’idéal serait de l’ensiler, pour améliorer sa conservation », avance Christian.

L’année prochaine, la parcelle sera ressemée en soja, ce qui devrait permettre des économies d’inoculum. Et après ? La question reste ouverte : « Je ne suis pas très chaud pour faire un blé. Car avec mon assolement actuel j’arrive à bien gérer les reliquats azotés. Après un soja ce sera différent, et j’ai un peu peur qu’un blé ne verse », argumente Christian.

Campagne de blé 2017

Le rendement par le nombre de grains

Cultures

Publié le 08/10/2017

En préambule, rembobinons le film en arrière. Les préparations de sol et les semis ont été effectués dans de bonnes conditions. Il y a donc eu peu de pertes à la levée. Puis, l’hiver est arrivé, et avec lui le froid. Conséquences : « Une pression des pucerons limitée, des blés peu développés à l’entrée de l’hiver, un fond de cuve de septoriose quasiment inexistant », détaille Mickaël Haffner, conseiller agricole à l’Adar de l’Alsace du Nord. Les mois de décembre et de janvier se sont caractérisés par la rareté des précipitations, qui n’ont pas permis de recharger la réserve hydrique des sols. La sortie d’hiver s’est caractérisée par une période de tallage courte, qui s’est traduite par un nombre réduit de talles, ce qui explique que peu d’épis sont arrivés à montaison.

Les premiers apports d’azote réalisés au mois de février ont été bien valorisés car suivis de précipitations. Ce qui n’a généralement pas été le cas des deuxièmes apports, rarement suivis de précipitations, le mois d’avril ayant été peu arrosé. Le retour des pluies fin avril - début mai a permis de valoriser les deuxième et troisième apports simultanément. Fin avril, un épisode de gel tardif a frappé l’Alsace, avec des dégâts qui sont restés très localisés sur blé et orge, suivi par un mois de mai arrosé, avec des températures moyennes relativement élevées pour la saison.

La période qui sépare l’épiaison de la floraison a été assez brève. Et la floraison s’est déroulée en l’absence de précipitations, laissant augurer d’une faible pression en fusariose. Les conditions de fécondation étant idéales, la fertilité a été très bonne, se traduisant par un nombre de grains élevé par épis, ce qui a compensé le faible nombre de talles. Le mois de juin, avec des températures relativement élevées, a fait courir un risque d’échaudage. La récolte s’est déroulée dans de bonnes conditions. Et se solde par un rendement moyen pour l’Alsace de 78 q/ha, de bons PS (à 78 - 82 pour les premiers battages, puis 4 à 6 points de moins suite au retour des précipitations), et une bonne teneur en protéines.

Beaucoup - voire trop - de grains

Le graphique ci-dessus permet d’étudier la mise en place des différentes composantes du rendement en 2017 par rapport à la moyenne sur la période 2011-2015. Le faible nombre d’épis par mètre carré trouve son origine dans l’installation rapide et intense des températures hivernales, qui a conduit à des blés peu développés en entrée d’hiver. Suivi d’un intervalle court entre la reprise de végétation et la montaison. Ainsi la période de tallage a été réduite et ce potentiel n’a pu complètement s’exprimer. Les nombres de grains par mètre carré et par épi sont en hausse parce qu’à la période stratégique de la méiose, c’est-à-dire lors de la formation des grains de pollen, les conditions ont été optimales. Celles-ci l’ont également été durant la période qui sépare l’épiaison de la floraison.

Par contre le poids de mille grains apparaît en baisse. « C’est la conséquence de plusieurs pics de températures supérieures à 25 °C qui ont impacté le remplissage des grains. Cependant, le rendement final n’aurait peut-être pas été meilleur sans ces conditions échaudantes, avance Mickaël Haffner. En effet, il y avait tellement de grains à remplir que les plantes n’auraient peut-être pas pu combler les besoins en remplissage de chaque grain. »

Betteraves sucrières

Tous contre la cercosporiose !

Cultures

Publié le 06/10/2017

La cercosporiose. C’est la bête noire des betteraviers alsaciens. Car la maladie est désormais très présente sur l’ensemble du territoire, et particulièrement dans les secteurs irrigués. En outre, les fortes attaques de 2016 et 2017 ont mis à jour des souches de champignon résistantes aux fongicides. L’homologation du cuivre pour lutter contre la maladie aide beaucoup les betteraviers. Mais il faut aller plus loin, notamment en matière de génétique. « De nouvelles variétés arrivent sur le marché, avec des différences de comportement importantes. Il nous a donc paru important de faire le point sur la maladie », indiquait Michel Butscha, adjoint au responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein, en préambule de cette rencontre technique.

Des outils de suivi de la maladie existent, comme CercoTOP, mais « doivent encore être optimisés pour accroître leur précision dans la détermination de l’apparition de la maladie, ce qui permettra d’améliorer le positionnement des traitements parfois trop tardifs ». En effet, pour lutter efficacement contre la cercosporiose, il s’agit de commencer à traiter avant même l’apparition des symptômes : « Si on voit des taches, il est trop tard, on ne fera plus que courir derrière la maladie », commente Michel Butscha. Autre problème : la cercosporiose n’est pas le seul ennemi de la betterave. « On ne peut pas relâcher la pression sur les autres parasites. Il s’agit donc de privilégier des variétés qui cumulent plusieurs tolérances », estime Michel Butscha. Et donc aussi accepter la baisse du potentiel de rendement de ces variétés multitolérantes. « C’est un virage à prendre pour être plus serein à l’avenir. Car sachant que la multiplication des traitements n’est pas une solution envisageable, ce n’est que par la génétique que la lutte progressera », estime Michel Butscha. Qui déroule une série de scénarios, avec des variétés plus ou moins tolérantes, des stratégies de traitements plus ou moins coûteuses et plus ou moins efficaces. Et dont il ressort que la marge est plus intéressante dans les stratégies utilisant des variétés tolérantes à la cercosporiose. Car leur moindre productivité est compensée par des traitements moins coûteux et/ou par une perte de rendement imputable à la cercosporiose moins importante qu’avec une variété sensible.

Résistance multigénique

Camille Barre, sélectionneuse au sein de la société SESVanderHave, a détaillé le mode d’action de l’agent pathogène, qui entre dans les plantes en passant par les stomates, puis se développe entre les cellules. Avec la lumière et la chaleur, le champignon va produire de la cercosporine, une phytotoxine qui va tuer les cellules des feuilles. Le champignon se développe d’abord dans les feuilles les plus anciennes, puis sporule et s’attaque aux feuilles nouvellement émises par la betterave. Mais pour produire de nouvelles feuilles, la betterave puise dans ses réserves, d’où les pertes de rendement enregistrées.

Pour élaborer de nouvelles variétés, combinant tolérance à la cercosporiose et rendement, la société SESVanderHave met à profit les avancées permises par les nouvelles technologies. Les notations sont effectuées à partir d’images acquises par des caméras embarquées dans des drones. La présence de gènes de résistance dans le matériel végétal est vérifiée par des analyses moléculaires, ce qui permet d’accélérer le cycle de sélection. « Notre objectif est d’aboutir à une résistance multigénique, avec plusieurs gènes qui font barrière à l’agent pathogène. Il s’agit d’une résistance plus stable, plus difficile à contourner, mais aussi plus lente à transférer », indique Camille Barre. C’est pourquoi regrouper des gènes de résistance dans du matériel végétal constitue l’un des axes de travail du projet Aker, qui vise à améliorer la compétitivité de la betterave.

Une résistance aux strobilurines exponentielle

Si la lutte génétique progresse, la lutte chimique reste un complément indispensable. Il est donc nécessaire de gérer les problèmes de résistance aux fongicides afin de maintenir la productivité de la culture. « Des isolats de l’agent pathogène résistants à différentes familles chimiques existent naturellement, indique Frédéric Cannaert, chef de marché betterave chez Syngenta. C’est la pression de sélection exercée par certaines pratiques agricoles qui peut faire basculer l’équilibre entre les différents isolats, conduisant au développement de résistances et à une baisse d’efficacité des fongicides. » Un phénomène qui peut être accéléré par une mauvaise utilisation des fongicides. Il s’agit donc de veiller à les utiliser « au bon moment, à la bonne dose, à la bonne cadence, et avec une bonne qualité de pulvérisation ». (NDLR : lors de cette réunion, les coopérateurs ont d’ailleurs pu observer, grâce à un dispositif de démonstration, comment optimiser la qualité de pulvérisation et limiter les effets de la dérive.)

Malgré ces mesures de précaution, la résistance de l’agent de la cercosporiose aux strobilurines est exponentielle : « De 9 % d’isolats résistants en 2013, nous sommes passés à 88 % d’isolats résistants en 2017 », indique Frédéric Cannaert, sachant que les prélèvements sont effectués là où des cas sont soupçonnés. Afin d’élargir l’éventail des solutions de lutte chimique, Syngenta a déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché pour un produit phytosanitaire associant deux formes de cuivre à d’autres matières actives présentant différents sites d’action dans la cellule. Un produit qui pourrait être commercialisé en 2019, voire avant.

Un paquet génétique lourd à porter

Ce produit, qui vient d’obtenir une dérogation temporaire pour cet usage, a d’ailleurs été testé cette année dans un essai portant sur la stratégie de lutte fongicide réalisé à Schoenau. Si l’essai a confirmé l’efficacité du produit, il n’en reste pas moins que son application correspond à une forte dose de cuivre, dont le devenir dans le sol pose question. Des alternatives au cuivre ont donc été testées, avec parfois des résultats encourageants, constituant autant de pistes à creuser.

Conduits par William Huet, responsable du département agronomie et services aux adhérents du groupe Cristal Union, les planteurs ont ensuite pu visiter la plateforme qui présente plus de 88 variétés : « Cette parcelle a dû être traitée, sinon on n’aurait rien vu tellement la pression en cercosporiose était importante, a-t-il indiqué. Il faut surtout regarder ce qui a été perdu au niveau des feuilles, parce qu’une betterave peut être verte parce qu’elle a émis de nouvelles feuilles. Mais cela se traduira par une perte de richesse. » Au fil des variétés, il commente : « En plus d’être tolérante à la cercosporiose, la variété idéale devrait aussi l’être au rhizoctone, à la rhizomanie, aux nématodes… Ça fait un paquet génétique lourd à porter. »

Campagne betteravière 2017

Un bon démarrage pour la sucrerie d’Erstein

Cultures

Publié le 05/10/2017

La campagne betteravière a démarré le 12 septembre et se terminera début janvier 2018. Une campagne plus longue que les précédentes donc pour les planteurs qui approvisionnent l’usine d’Erstein, situés sur une vaste zone couvrant l’Alsace, la Moselle et les territoires frontaliers allemands. Une zone qui a d’ailleurs enregistré cette année une augmentation des surfaces dédiées à la betterave de 10 % en moyenne.

À la fin de cette semaine (semaine 40), 20 % des surfaces auront été arrachées. Le rendement s’établit à ce jour à environ 78 tonnes à 16 ° à l’hectare, pour une richesse moyenne de 17,50 °, après une semaine remarquable à près de 18 °.

Les betteraves qui ont jusqu’ici approvisionné la sucrerie sont propres, grâce aux très bonnes conditions d’arrachage fin septembre et au chargement par avaleurs. Les pluies annoncées sont cependant les bienvenues car les sols commencent à devenir très secs.

C’est donc un bon démarrage de campagne pour la sucrerie d’Erstein.

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