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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Fête des bergers

Une très belle affluence

Élevage

Publié le 28/09/2017

Lors de la dernière édition de la fête des bergers, 200 repas avaient été vendus en prévente, et la fête s’était achevée sur le score de 1 000 repas vendus. Pour cette édition 2017, « nous totalisons déjà 400 repas en prévente. J’espère qu’on aura prévu assez pour tout le monde… », indiquait Perrine Ludwig, présidente des Jeunes Agriculteurs du canton de Saverne, alors que les premiers convives commençaient à se diriger vers l’imposant chapiteau prévu pour les accueillir. Verdict au lendemain de la fête : aucun gaspillage alimentaire. Les 850 assiettes du berger (gigot et brochettes d’agneau accompagnés de frites et de flageolets) prévues ont été servies à midi, soit plus de 1 000 repas en tout avec les grillades, et 350 tartes flambées ont été enfournées le soir.

Entre ces deux pauses gastronomiques, les visiteurs ont pu pleinement profiter d’un soleil radieux et de températures clémentes pour flâner entre les diverses animations proposées : exposition avicole, visite de la ferme Stoffel, démonstration de tonte de mouton, de chien de troupeau, marché du terroir, promenade en calèche ou en poneys, exposition de matériel agricole (notamment dédié à l’élevage ovin, en partenariat avec Cobevim), démonstration de récolte d’herbe, de sciage de bois… Missionnés par les membres du Syndicat ovin du Bas-Rhin pour les seconder dans la gestion de l’intendance de la partie restauration, les 60 bénévoles mobilisés par les Jeunes Agriculteurs du canton de Saverne n’ont pas failli à leur réputation d’efficacité.

Le plan de relance génétique est acté

À l’heure de l’inauguration officielle, responsables professionnels et élus locaux se sont succédé pour féliciter les organisateurs, dire leur plaisir de voir la filière ovine maintenir la dynamique qu’elle a engagée il y a quelques années, et l’importance d’organiser de telles manifestations pour communiquer sur le métier d’agriculteur auprès du grand public. Hervé Wendling, président du Syndicat ovin du Bas-Rhin, a indiqué que, par le biais de la Fédération nationale ovine, les éleveurs ovins resteront vigilants sur le sort qui sera réservé à cette production dans le cadre de la future Pac. Et, sur la prédation, l’autre sujet « chaud » du moment, il a été très clair : « Nous ne tolérerons aucune attaque sur notre territoire. Il est temps de mettre en place un véritable plan loup ! » Il a tenu à mettre à l’honneur Jean Bernhard et Lucien Simler pour leur engagement en faveur de l’élevage ovin.

En écho à Véronique Klein, qui représentait la Chambre d'agriculture d’Alsace, et qui a plaidé pour la relocalisation de l’alimentation, et la transparence des agriculteurs sur leurs pratiques, Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, a dénoncé le problème d’image dont souffre l’agriculture : « On nous colle une étiquette qui ne correspond pas à la réalité. Les éleveurs soignent leurs animaux, la terre est le patrimoine des agriculteurs, qui prennent soin de leur outil de travail. C’est ce que nous montrons lors de telles manifestations ». Et, sans remettre en cause les bénéfices apportés par la Pac, il a tout de même relevé le caractère artificiel de cette rémunération. Or, pour lui, le maintien d’une agriculture dynamique passe par « la rémunération du travail ».

Patrick Bastian, vice-président de la commission agriculture et forêt de la Région Grand Est, a eu le plaisir d’annoncer aux éleveurs ovins que le plan de relance génétique pour lequel ils se sont tant mobilisés - et qui représente un certain montant - est acté par les instances régionales. Sur le sujet du loup, il a fait preuve de la même fermeté qu’Hervé Wendling. Pour lui, le loup et l’élevage en plein champ ne sont « pas compatibles. » L’inauguration officielle a été clôturée par Frédéric Bierry, président du Conseil départemental, qui a listé les services rendus par l’agriculture et qui justifient donc l’engagement du Département à ses côtés. L’entretien des paysages, « qui font la richesse de l’Alsace ». Une alimentation saine, « qui ne peut l’être que si elle est locale ». C’est pourquoi le Conseil départemental poursuit l’objectif d’approvisionner tous les restaurants des collèges bas-rhinois, mais aussi ceux des hôpitaux, des maisons de retraite en produits locaux. Il a aussi souligné le lien entre l’agriculture et l’industrie agroalimentaire, « pourvoyeuse d’emplois et d’attractivité pour le territoire ». Deux secteurs qui constituent des viviers d’emplois que le Département compte solliciter afin de favoriser le retour à l’emploi.

En conclusion, Hervé Wendling a tenu à remercier tous les partenaires de l’association Agneau Terroir d’Alsace, sans qui la dynamique de la filière ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui, et l’ensemble des éleveurs ovins qui se sont engagés nombreux pour faire de cette fête une réussite : « Ce genre de manifestation permet de redynamiser les membres du syndicat. Travailler ensemble crée de la solidarité. Et ça fait plaisir ! »

Labour de compétition

L’Alsace en force

Vie professionnelle

Publié le 28/09/2017

Ils étaient cinq. Cinq Alsaciens à avoir déplacé tracteurs et charrues jusque dans l’Oise pour s’adonner à leur passion : les concours de labour. Parmi eux, Valentin Meyer, 24 ans, salarié sur l’exploitation agricole familiale située à Hohengœft. Valentin Meyer taquine la charrue depuis qu’il a 14 ans. Et déroule un palmarès à faire frémir les lombrics : trois fois premier au niveau départemental, deux fois deuxième au niveau régional, il a aussi été déjà une fois vice-champion de France.

Cette année, il concourait dans la catégorie labour en planches, où il s’est classé premier au niveau départemental, régional, et termine une nouvelle fois vice-champion de France. « C’est la deuxième fois que je rate la première place de peu », se désole le jeune homme. D’autant qu’à son époque, son père, Denis Meyer, a lui aussi frôlé la première marche du podium à deux reprises. Mais Valentin Meyer ne se décourage pas, et retentera sa chance d’être sacré champion de France dès l’an prochain. Il aura alors atteint ses cinq participations réglementaires. Ce sera donc la compétition de la dernière chance. Aussi Valentin Meyer va-t-il mettre les bouchées doubles pour ses entraînements, dont l’objectif consiste essentiellement à trouver un réglage assez passe-partout, qui donne de bons résultats quelles que soient les conditions. Et à labourer dans diverses situations afin d’avoir les bons réflexes le jour du concours.

Un entraînement intensif

À 18 ans, « bientôt 19 », Romain Friess, « roule à plat » depuis trois ans. Comprenez qu’il participe aux concours de labour dans la catégorie du labour à plat, c’est-à-dire avec des charrues réversibles. Avant cela, et durant trois ans, il a labouré dans la catégorie charrues de ferme, réservée aux concurrents ne disposant pas de matériel de compétition. Actuellement étudiant en alternance en deuxième année de BTS Acse à Bar-le-Duc, le jeune homme se destine à reprendre la ferme et l’ETA familiales avec son frère, Thomas. Et à abonder son palmarès de laboureur de compétition. En 2015, il a été deuxième au niveau départemental, et deuxième au niveau régional. En 2016, il a fini deuxième au niveau départemental. Et en 2017, il se classe au premier rang départemental et régional avant de décrocher la quatrième place au niveau national. En constante progression, Romain Friess va poursuivre sur sa lancée dans la même catégorie. Son objectif ? Un titre national. Ses moyens ? Un entraînement encore plus intensif.

Tous les concurrents décrivent les mêmes conditions de labour très sèches du site à Margny-lès-Compiègne. Des conditions difficiles dues à la présence de repousses de céréales qui avaient absorbé l’humidité, et accentuées par la présence éparse de paille. « C’était compliqué de rester droit, car la charrue prend toujours le chemin le plus facile, donc quand elle rencontre des mottes dures, elle saute », explique Valentin Meyer. La solution ? Labourer les yeux rivés en permanence sur les sillons, et la main sur les manettes qui commandent les vérins, afin de compenser la largeur de travail. « On avait du mal à faire rentrer la charrue dans la terre », rapporte aussi Romain Friess. Une difficulté qui peut être contournée en lestant la charrue avec des poids.

Du matériel de pro

Les deux concurrents témoignent aussi de l’importance de bénéficier d’un bon matériel. Romain Friess roule en New Holland et modifie régulièrement sa charrue Kverneland, achetée d’occasion. Valentin Meyer apporte des améliorations à sa charrue Kverneland chaque année depuis huit ans. Et, pour la tracter, il roule en Massey. Il tient d’ailleurs à remercier le constructeur, qui lui a mis un tracteur à disposition : « Je suis allé sur leur stand au Sima et je leur ai demandé s’ils pouvaient me prêter un tracteur. Ils ont été d’accord et je n’ai eu qu’à aller le récupérer chez mon concessionnaire. Ça a vraiment été pratique pour moi d’avoir un tracteur dédié à mes entraînements de début juillet à fin septembre. »

Les laboureurs alsaciens tiennent à remercier les sponsors et donateurs de lots. Parmi eux, plus particulièrement la Région Grand Est et le Crédit Mutuel, qui leur ont donné un coup de pouce financier en participant aux frais de transport. Et Patrick Bastian, qui leur a mis un camion et un chauffeur à disposition pour filer dans l’Oise après la finale régionale, qui avait lieu en Meuse le week-end précédent. « Quand les concours s’enchaînent ainsi, la logistique est difficile à gérer, donc c’était vraiment un stress en moins. » Ils remercient aussi l’association France labour, les membres du jury… Bref tous ceux qui ont participé à l’organisation des concours.

Fête de la gastronomie

Des Étoiles plein les pots

Pratique

Publié le 22/09/2017

12 potiers en activité à Soufflenheim. Trois à Betschdorf. La profession semble en voie d’extinction… Mais les potiers d’Alsace résistent encore et toujours à la contrefaçon low cost. Avec plus ou moins de succès. Il y a eu des licenciements, la création d’une association des potiers d’Alsace, d’un poinçon apposé sous chacune des poteries façonnées dans les ateliers alsaciens afin d’en garantir l’authenticité… Mais la situation économique de ces petites entreprises artisanales peine à s’améliorer.

Sensibles à ces difficultés, les chefs étoilés fédérés au sein des Étoiles d’Alsace, ont voulu apporter leur soutien aux potiers, dont l’art « fait partie intégrante de notre patrimoine », souligne Michel Husser, président par intérim des Étoiles d’Alsace*. Ainsi, du 22 septembre au 1er octobre, les chefs serviront à leurs convives des mets élaborés ou dressés dans des poteries alsaciennes. Objectif affiché : « Donner de nouvelles perspectives d’utilisation domestique de ces poteries aux consommateurs ». Car ce sera l’occasion pour les potiers de démontrer leur capacité à innover, en proposant d’autres formes, d’autres décors, pour des contenants résolument design. Et pour les chefs de valoriser l’étendue des possibilités offertes par ces poteries si intimement liées à la gastronomie locale : baeckeoffe, kougelhof, ne sauraient qui mijoter, qui dorer dans d’autres récipients. Mais sont loin d’être les seuls plats à se bonifier au contact de la terre cuite. Pierre Siegfried-Burger, président des potiers d’Alsace, ne peut que se féliciter de cette initiative, qui correspond parfaitement au thème de l’édition 2017 de la fête de la gastronomie, « Au cœur du produit ». En effet, les chefs vont « privilégier des produits du terroir, estampillés, et les servir dans des plats du terroir ».

Soutien des collectivités locales

Même satisfaction du côté des élus locaux. Lors de la présentation officielle de l’opération, Vincent Debes, conseiller départemental et vice-président de l’ADT, a indiqué que le fait qu’il soit copié atteste de la valeur du travail des potiers alsaciens. Il a également déclaré qu’il irait à la rencontre de tous les potiers, « pour identifier leurs besoins » et comment le Conseil départemental peut les accompagner, « notamment en matière de communication, de marketing ». Denis Hommel, également conseiller départemental, a rappelé que les ateliers de poterie artisanale d’Alsace figurent parmi les rares à résister dans la moitié nord de la France. Et que l’enjeu relève donc du « sauvetage d’un pan de patrimoine ». Camille Scheydecker, maire de Soufflenheim, a souligné que « toutes les initiatives sont souhaitables » pour « redresser la barre » et sortir de cette « période de crise ».

Évelyne Isinger, conseillère régionale, a rappelé que le secteur de l’artisanat occupe une place importante de l’économie locale de la Région Grand Est, et plus particulièrement en Alsace-Moselle. « C’est pourquoi la Région a entamé une démarche en faveur de l’artisanat, matérialisée par un Contrat territorial d’objectif visant à établir un diagnostic de la situation du territoire, faire la promotion des artisans et mettre en place des actions concrètes pour lever des freins tels que la concurrence déloyale, les difficultés à investir, à transmettre les entreprises… » Ce contrat devrait être signé en février. En attendant, Évelyne Isinger a salué cette initiative commune, « remarquable et originale » et souhaité que potiers et restaurateurs avancent ensemble « de manière pérenne ».

Retrouvez l’interview de Pierre Siegfried et Michel Husser :

 

Récolte du houblon

Des arômes exceptionnels

Cultures

Publié le 21/09/2017

Pascal Fuchs est planteur de houblon depuis quatre générations à Ohlungen. L’EARL Fuchs est également composée de son fils, Guillaume, installé depuis 2011, et de son épouse, Martine, salariée de l’exploitation. Les époux étant tous les deux descendants d’agriculteurs, leur parcellaire est dispersé sur les bans d’Ohlungen, Minversheim et Schwindratzheim. « Au départ, le houblon se situait à Ohlungen. Mais, dans les années 1990, nous avons acheté une cueilleuse et nous l’avons installée dans un ancien séchoir à tabac, situé sur le site de Minversheim, avec le séchoir et le conditionnement. Nous avons donc progressivement transféré les houblonnières vers Minversheim. Il ne nous en reste plus que 3 hectares à Ohlungen, qui vont bientôt déménager aussi, suite à un remembrement. » Toutes les houblonnières de l’EARL seront alors rassemblées sur les bans de Minversheim et Schwindratzheim, de part et d’autre de l’autoroute A4.

Neuf variétés sur 20 ha

Lors de la dernière crise houblonnière, les Fuchs cultivaient 12 ha de houblon. « Notre fils projetait de s’installer. Nous envisagions donc d’augmenter la surface. Mais nous avons abandonné ce projet. À la place notre fils a investi dans un poulailler à son nom en 2011. » De leur côté, ils ont enlevé 6 ha de houblonnière, et les ont remplacés par 5 ha d’un collègue qui arrêtait. Et ont mis un coup de frein aux investissements. La crise passée, la surface de houblonnière a progressivement augmenté pour atteindre 20 ha, dont 4 ha nouvellement plantés, qui n’ont donc pas encore atteint leur plein potentiel de production.

Avant la crise, les houblonniers ne cultivaient que deux variétés, tradition et strisselspalt. Désormais, les houblonnières portent pas moins de neuf variétés : « Savinjski golding, tradition, triskel, strisselspalt, aramis, brewers gold, nugget, barbe rouge et bouclier », énumère Pascal Fuchs.

Objectif 23 ha pour la 5e génération

Avec leur cueilleuse, leur séchoir, leurs trois tracteurs fruitiers, deux arracheuses, deux pulvérisateurs, une tailleuse, deux buteuses, une nacelle pour la mise au fil et le nettoyage des houblonnières, la famille Fuchs a la capacité de produire et conditionner 23 ha de houblon. « C’était notre objectif, avant la crise, et avant d’investir dans un poulailler », indique Pascal Fuchs. Leur fils cadet, Anthony, actuellement en BTS Acse en alternance à Besançon, souhaite également s’installer sur l’exploitation familiale. Cette nouvelle étape sera probablement l’occasion d’ériger 2 à 3 ha de nouvelles houblonnières, pour atteindre les 23 ha.

Déjà, Pascal Fuchs se réjouit de voir ses fils reprendre le flambeau, pour la 5e génération, et prévoit : « Même si on ne sait pas combien de temps elles vont rester productives, nous allons planter de nouvelles variétés aromatiques, comme cascade, triskel, ou barbe rouge, car elles sont très demandées ». Les houblonniers devront cependant trouver d’ici là une solution à leur difficulté à embaucher de la main-d’œuvre saisonnière, indispensable aux travaux de taille et de mise au fil.

Potentiel entamé par le gel et l’oïdium

En attendant, Pascal Fuchs achève en ce moment même sa récolte de houblon 2017. Comme à chaque fois, il a déterminé la date de début de la cueillette sur la base de ses observations et de mesures de matière sèche : « On peut commencer quand la plante est à 20 % de matière sèche ». Puis la récolte se déroule au gré de l’avancement de la maturité des différentes variétés. Le 25 août, les houblonniers ont commencé à rentrer la variété savinjski golding, dont la récolte s’est avérée à peu près équivalente à celle de l’an passé. Puis, le 1er septembre, les arracheuses se sont attaquées aux lianes de tradition. Cette fois avec 40 % de rendement en moins par rapport à l’an passé. Le 8 septembre, c’est la variété strisselspalt qui a été descendue, avec une baisse du rendement de 30 % par rapport à l’an passé. Le 14 septembre, la récolte d’aramis a débuté, et les rendements se sont avérés bons. Autre bonne nouvelle, alors que cette variété est sensible à l’oïdium, elle présentait peu de dégâts.

Pascal Fuchs analyse ces premiers résultats : « Nous enregistrons une baisse des rendements surtout parce qu’ils étaient très bons chez nous l’an passé. Nous avions fait 2,5 t/ha de strisselspalt, contre 1,5 t/ha cette année. Par ailleurs, il y a eu l’épisode de gel au printemps, qui a affecté certaines variétés plus que d’autres. Et enfin une pression en mildiou assez élevée dès le printemps. » Cette maladie préoccupe de plus en plus Pascal Fuchs : « Ça devient compliqué de lutter efficacement car nous n’avons plus aucun produit curatif. Nous n’avons plus que des solutions de lutte préventive. » Aussi Pascal Fuchs place-t-il beaucoup d’espoirs dans la recherche de variétés génétiquement plus tolérantes à la maladie. En attendant, il ne faut surtout pas relâcher la cadence des traitements contre le mildiou et l’oïdium, environ tous les 14 jours, selon la météo. Et respecter scrupuleusement des mesures prophylactiques, tels que le nettoyage de l’échafaudage de tous les résidus de culture dans les huit jours suivant la récolte.

Des SMS de contentement pour les odeurs

Comme chaque année, pendant les 18 jours de travail effectif que dure la récolte (plus ou moins deux jours selon les rendements), Pascal Fuchs et sa famille se sont levés tôt, pour se mettre au travail dès 7 h, répartis en deux équipes : une à l’étable, l’autre au houblon. Puis, c’est houblon pour tout le monde, y compris les deux salariés saisonniers, soit cinq personnes par jour : « Il y en a deux qui cherchent le houblon, un qui accroche les lianes à la cueilleuse… », décrit Pascal Fuchs, qui lui est au four et au moulin, mais surtout au four, et jusque tard le soir.

Le séchoir fonctionne grâce à un système de tiroirs superposés : le houblon arrive humide par en haut dans une colonne où circule de l’air chaud. Toutes les 2 h environ, selon les caractéristiques des cônes, il descend d’un étage. C’est là que tout le savoir-faire de Pascal Fuchs s’exprime. Il ouvre un tiroir : chaleur humide et arômes envahissent l’atmosphère. Il plonge ses mains dans les cônes, les palpe, en frotte une poignée sur sa main, et hume les arômes ainsi extraits. Un examen organoleptique qui lui permet de reconnaître la variété à laquelle il a à faire, et de savoir si elle est suffisamment séchée, ou si le tiroir doit être refermé encore un moment.

La durée de séchage est généralement de 6 h, mais peut monter jusqu’à 8 h. La variété nugget, par exemple, exige 7 h de séchage, car « ses cônes sont très durs, et riches en acides alpha », explique Pascal Fuchs. Cette année, le séchoir exhale de délicieuses odeurs : « Les houblons ont vraiment beaucoup d’arômes. J’ai même reçu des SMS d’habitants du village. Pas pour se plaindre des odeurs, mais pour s’en réjouir ! », se félicite Pascal Fuchs. À raison de 280 à 300 kg de houblon sec sorti de chaque tiroir, la cadence de travail est d’environ 1 600 à 2 000 kg de houblon par jour. « Tout dépend de l’humidité à laquelle on les rentre. »

Une production d’avenir

Pascal Fuchs envisage l’avenir avec sérénité : « Il y a toujours eu des hauts et des bas dans le houblon. Mais quelle production n’en a pas ? Je fais entièrement confiance à ma coopérative, le Comptoir agricole, qui a su diversifier notre gamme variétale et nos acheteurs. » L’optimisme de Pascal Fuchs est aussi porté par l’essor des brasseries artisanales, qui produisent une multitude de bières dans lesquelles le houblon, voire les mélanges de houblons, tient une place primordiale car c’est ce qui permet de créer des bières originales. Même la perspective de voir des agriculteurs se lancer dans la culture de houblon hors d’Alsace ne l’ébranle pas d’un iota. Aussi Pascal Fuchs encourage-t-il vivement les futurs installés à s’intéresser à cette culture : « Ils seront accueillis à bras ouverts, chiffres à l’appui ». D’autant que les investissements dans les houblonnières, le matériel de récolte, de séchage, peuvent bénéficier de soutiens régionaux, souligne-t-il.

Retrouvez la récolte du houblon en images chez Pascal Fuchs à Ohlungen :

 

Grand contournement ouest (GCO)

Non à la surenchère environnementale

Vie professionnelle

Publié le 20/09/2017

« Nous avions mobilisé une trentaine de tracteurs, il y en a plus que prévu », estime Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, en jetant un regard circulaire sur la place de la République, où se sont rassemblés les agriculteurs pour protester contre le GCO. La mobilisation était importante donc, pour cette énième manifestation agricole suscitée par le projet de GCO. Celui-ci présente en effet la particularité de cristalliser plusieurs enjeux sur lesquels les agriculteurs alsaciens sont, et deviennent, de plus en plus chatouilleux.

Premièrement, il consomme du foncier. L’emprise foncière de l’ouvrage est estimée à 300 ha, ce qui concerne 22 communes et 500 agriculteurs. Or, dans une région où la densité de population est élevée, donc l’emprise des zones artificialisées importante, la ressource en terres agricoles se fait rare et doit être préservée. Si tant est qu’on veuille maintenir un modèle agricole familial… Mais il s’agit d’un autre débat.

Une notion de « juste » compensation relative

Deuxièmement, en plus de sectionner des parcelles agricoles, les rendant impropres à la mise en culture, le tracé du GCO passe par des zones boisées, des zones humides, des zones habitées par le grand hamster… Et, sur ce point, la réglementation est claire : il faut compenser, c’est-à-dire contrebalancer les effets néfastes d’un aménagement pour l’environnement. Le problème, c’est que la notion de « juste » compensation est toute relative. On peut vouloir compenser un peu, beaucoup, passionnément. Les agriculteurs savent qu’ils ne pourront pas y couper, mais craignent que la mise en œuvre des mesures compensatoires se fasse sur des terres agricoles, en sus de celles déjà prélevées par l’infrastructure. Autrement dit, pour eux, ce serait une double peine. D’un autre côté, les associations de protection de l’environnement chargent la barque des compensations environnementales. Dans l’espoir au mieux de faire capoter le projet, (théorie évoquée par certains manifestants), ou du moins de parvenir à rétablir une situation écologique proche de celle antérieure au projet. Récemment, le Conseil national de la protection de la nature (CNPN) a donc retoqué le projet de compensations environnementales au GCO tel que présenté par les concessionnaires, jugeant ces dernières insuffisantes.

Un jugement qui a mis le feu aux poudres dans la campagne alsacienne. Car, en matière de protection de l’environnement, les agriculteurs sont particulièrement sollicités par rapport aux autres catégories socioprofessionnelles : traitements phytosanitaires, pratiques de fertilisation, entretien des cours d’eau, gestion de la fauche et du pâturage… Absolument tout est encadré pour éviter les dérives au sein d’une profession qui œuvre en interface directe avec l’environnement. Mais le travail en ce sens des agriculteurs est si peu, ou si mal, valorisé par le reste de la société que bon nombre d’entre eux oscillent entre agacement et découragement.

Un remembrement nécessaire

Fabien Metz, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin et président du canton de Brumath, illustre l’impact du GCO sur son secteur, où l’embranchement sur l’A4 va consommer 60 ha de terres au niveau de Vendenheim, rien que pour l’emprise directe de l’ouvrage. À cela, il faut ajouter des zones de stockage temporaires qui ne seront pas cultivables pendant la durée des travaux, alors que « le secteur comporte des cultures de légumes de plein champ irriguées, qui représentent une source de valeur ajoutée importante pour les agriculteurs, et dont les installations d’irrigation devraient être déplacées ailleurs pour compenser la perte de surface. » Mais où ? Et à quel prix ?

Avec le Conseil départemental et les communes concernées (plus certaines communes limitrophes), la profession agricole, avec la Chambre d'agriculture d’Alsace, avait entamé un travail de concertation pour arriver à un projet de remembrement qui tienne la route. « Le remembrement est un outil qui permet de compenser l’impact de la perte de foncier pour les agriculteurs les plus touchés, en mutualisant cette perte à un ensemble plus large d’agriculteurs », explique Fabien Metz. Un travail d’autant plus important que le projet de tracé disloque des îlots de culture qu’il s’agit de réorganiser. Or ce projet d’aménagement foncier est remis en cause par le CNPN, au prétexte qu’en préservant l’intérêt agricole, il desservirait la protection de l’environnement. Pour Fabien Metz, l’attaque est difficile à encaisser. Car le projet de remembrement « intègre des mesures environnementales, avec l’agrandissement de bandes enherbées le long des cours d’eau, un réaménagement des abords de la Souffel… » Des aménagements qui, selon le responsable agricole, ne peuvent se faire qu’avec une « vision globale du territoire », d’où l’intérêt de procéder à un large remembrement. Il illustre : « À Weyersheim, il y a des prairies remarquables, elles sont préservées par le remembrement, qui prévoit aussi de mettre en place des corridors écologiques entre les différentes zones remembrées. »

Trouver une autre forme de mutualisation des préjudices

Un exemple de compensation environnemental hérisse particulièrement les agriculteurs. La construction de l’ouvrage nécessite de prélever plusieurs dizaines d’hectares à la forêt alsacienne, notamment en forêt du Grittwald, près de Vendenheim. Pour compenser cette atteinte à l’environnement, la Sanef proposait de reboiser une surface équivalente sur l’ensemble de son territoire. Mais le CNPN estime que, pour compenser la perte subie, le reboisement doit se faire sur le même secteur. Et les agriculteurs craignent qu’il se fasse à leur détriment, sur des terres agricoles. Fabien Metz estime qu’il faut alors trouver « une autre forme de mutualisation des préjudices » qui permette de préserver l’espace dédié à l’agriculture. Car, après tout, « il reste une forme d’espace naturel, avec de la biodiversité en termes de faune et de flore ».

Loin d’apaiser les relations entre agriculteurs et acteurs de la préservation de l’environnement, le GCO attise les braises. Pour clôturer leur manifestation, les agriculteurs ont déversé pneus, drêches et fumier devant les locaux d’Alsace Nature.

Retrouvez la manifestation en images :

 

Maïs ensilage shredlage

Premiers ensilages en Alsace

Technique

Publié le 15/09/2017

Un certain nombre d’entreprises de travaux agricoles ont investi cette année dans la technologie shredlage. Parmis elles figure l’ETA Friess, située à Rohr : « Le shredlage est une technique qui vient des États-Unis, et qui consiste à utiliser un éclateur spécial », explique Rémy Friess, gérant de l’ETA. Les rouleaux shredlage ont un profil en dents de scie et sont rainurés en croix. Les rouleaux avant et arrière tournent en sens contraire avec un différentiel de vitesse de rotation de 50 %. En passant à travers les rouleaux, la partie intérieure tendre des tiges est broyée dans le sens de la longueur, les rafles et les feuilles sont broyées, défibrées, et les grains de maïs éclatés. Mais pour que les tiges soient broyées dans le sens de la longueur, il faut partir de brins plus longs, donc d’un hachage plus grossier, ce qui suggère aussi d’équiper l’ensileuse d’un autre type de rotor, qui requiert plus de puissance. Le coût des chantiers s’en trouve augmenté, et leur débit diminué, « mais dans notre cas c’est compensé par l’augmentation de la puissance de l’ensileuse », indique Rémy Friess. L’entrepreneur a investi dans une ensileuse Claas Jaguar 960 équipée de la technologie shredlage parce qu’il a senti la demande se développer : « Les éleveurs sont à la recherche de solutions pour dégager de la marge. Or la technique du shredlage doit permettre d’accroître les performances alimentaires du maïs ensilage », indique Rémy Friess.

Plus grossier, mais plus accessible

Avec cette technique, le fourrage est fortement déchiqueté, la surface de contact du maïs est donc augmentée, et il est alors plus accessible aux micro-organismes du rumen, donc plus digestible. En outre, avec davantage de particules grossières, il fournit dans le même temps des fibres. Ce qui pourrait permettre d’améliorer le fonctionnement du rumen, tout en diminuant les apports de foin sec et/ou de paille.

C’est après avoir lu plusieurs articles élogieux sur la technique du shredlage dans la presse spécialisée que les associés du Gaec de la Marjolaine, à Littenheim, ont décidé de la tester. Devant le silo qui se remplit avec les 21 ha de maïs ensilé en shredlage, contre 50 ha ensilés classiquement, Pierre Rheinhart, commente : « Il s’agit d’un maïs semé en dérobé après une céréale. Il est encore un peu vert pour être récolté, nous sommes à 29 - 30 % de matière sèche, mais nos autres parcelles ont été récoltées à l’optimum, soit 32 - 35 % de matière sèche, et on ne voulait pas multiplier les chantiers. Pour l’instant la qualité de la coupe a l’air bonne. On verra à l’ouverture du silo. »

Combiner énergie et fibrosité

Les éleveurs gèrent un troupeau de 150 vaches laitières de race prim holstein qu’ils nourrissent avec une ration composée de deux tiers d’ensilage de maïs, un tiers d’herbe, 1,5 à 2 kg de céréales, du tourteau de colza et de soja, des drêches de brasserie, du regain, et 200 à 300 g de paille. Pierre Rheinhart développe les raisons qui ont poussé les associés à tester la technique : « Notre principal objectif, c’est d’améliorer la santé des animaux. Notre production moyenne est d’environ 10 000 l de lait par vache, donc je ne pense pas qu’on en tirera beaucoup plus avec le shredlage. Par contre, à ce niveau de productivité, on risque vite l’acidose. On est toujours un peu sur le fil en début de lactation. Donc on cherche à diminuer le phénomène d’acidose, en faisant davantage ruminer les vaches. » Pour lui, l’avantage du maïs shredlage c’est de combiner énergie, puisque la cellulose est mieux attaquée dans la panse, et rumination, grâce aux fibres. « J’ai toujours trouvé ça un peu absurde de chercher d’une part à amener de l’énergie avec un type de fourrage, puis à la diluer avec un autre. Parce que si on a un maïs avec trop d’UF, on est souvent juste en fibrosité. Avec le maïs shredlage, on devrait combiner les effets positifs du maïs et de la paille. » Avec, peut-être, des économies de paille à la clé.

Limiter les refus et l’acidose

Les éleveurs espèrent aussi valoriser un maximum de fourrage : « Pour atténuer le risque d’acidose, on cherche à ne pas couper trop court. Mais en même temps les brins trop longs sont refusés par les vaches. Avec le shredlage, on a aussi des brins longs, mais comme ils sont lacérés, on espère avoir moins de refus, tout en limitant l’acidose. Si on y parvient et qu’on arrive à diminuer les frais vétérinaires, ce sera un plus ».

Pour cette première tentative, la longueur de coupe a donc été réglée à 24 mm. Et, comme la nouvelle Claas Jaguar de l’ETA Friess est équipée d’un analyseur d’humidité, ce sera bien 24 mm quelles que soient les variations de la teneur en matière sèche au sein de la parcelle. En effet, situé sur la goulotte, l’analyseur mesure en temps réel l’humidité du maïs, ce qui permet d’ajuster la longueur de coupe.

« Le silo contenant le maïs shredlage sera attaqué en janvier-février, puis nous reviendrons à un silo contenant du maïs ensilage classique, où nous avons mis du conservateur, en prévision de l’été. Notre salle de traite est équipée d’un compteur, donc nous verrons bien si nous constatons un changement à ce moment-là », conclu Pierre Rheinhart. Et, si la technique du shredlage tient ses promesses, les éleveurs n’hésiteront pas à convertir toute leur surface en ensilage à cette méthode.

Retrouvez le chantier d’ensilage shredlage au Gaec de la Marjolaine en images :

 

Concours régional de la race charolaise

L’EARL Kolb Thierry et Hubert rafle la mise

Élevage

Publié le 12/09/2017

Cette année, 11 éleveurs et 35 animaux ont participé au concours régional de la race charolaise. « Un record pour le nombre d’éleveurs », souligne Thierry Kolb, président du Syndicat des éleveurs charolais d’Alsace. Qui s’est particulièrement distingué lors de cette édition, puisqu’il a décroché les deux grands prix d’honneur avec Nevada, un veau mâle qui, à 7 mois, présente suffisamment de qualité pour que les juges, par ce titre, lui présagent un avenir prometteur. Et avec Numismatique, une jeune femelle de 8 mois, également prometteuse. « C’est le résultat de 14 années de travail de sélection puisque nous sommes présents sans discontinuité depuis 2003 », confie-t-il en aparté.

Bonne génétique ne saurait mentir puisque les deux lauréats sont issus de souches ayant fait leur preuve dans le cheptel du naisseur. En effet, Colombie, la grand-mère de Nevada, a été prix d’honneur veau en 2008 à la foire européenne et l’éleveur a présenté cette année deux autres de ses petites-filles. Concernant Numismatique, ses qualités ne sont pas non plus le simple fruit du hasard mais celui d’un accouplement entre Espion, le taureau acheté par le Syndicat charolais d’Alsace et l’Association des jeunes éleveurs de charolais (Ajec) qui a été grand prix d’honneur en 2014 à Strasbourg et 2016 à Wingersheim et celui d’une souche femelle qui marque le cheptel de l’EARL Kolb. En effet, et pour n’en citer qu’une, Ludique SC, issue de la même grand-mère et du même grand-père, après avoir fait un 1er prix de section en veau à Strasbourg en 2015, a fait prix d’honneur junior 2016 à Wingersheim, puis 2e prix d’honneur au concours national allemand en octobre 2016 et enfin championne à Eurogénétique en avril 2017 ! « Depuis mes débuts au concours alsacien, j’ai présenté à chaque édition au moins un animal issu de chacune des deux souches. Ce qui prouve leur qualité ! »

À l’heure de la remise des prix, Thierry Kolb avait donc le sourire, mais aussi les traits tirés. Face à une rangée d’animaux (les gagnants de chaque section) et aux responsables professionnels et politiques, il a remercié les juges - Thierry Lechenault de Saint Thibault en Côte-d’Or et Thomas Samyn d’Arnicourt dans les Ardennes - et les éleveurs qui ont participé au concours : « Ce n’est pas évident de préparer les animaux qui vont participer à un concours. Cela demande du temps et de l’argent. » Du temps pour les soins, le dressage, la préparation et de l’argent pour les frais d’alimentation supplémentaires et les frais vétérinaires et d’analyses. Et ce travail de préparation est d’autant plus difficile dans la conjoncture agricole actuelle. Les éleveurs sont particulièrement touchés, souligne Thierry Kolb. « Ils doivent être présents pour leurs bêtes 365 jours par an et les journées sont longues… Ce qui fait que leur salaire horaire est le plus faible de la profession. » Avant de procéder à la remise des prix, il a chaleureusement remercié les partenaires du concours (lire en encadré ci-dessus). Les personnalités se sont ensuite succédé dans le ring pour remettre leur trophée aux éleveurs qui se sont distingués par la qualité des animaux présentés. Et, l’essentiel étant de participer, Thierry Kolb a annoncé que tous les éleveurs recevront de nombreux lots dont des bouteilles d’excellent vin de la cave de Cleebourg, offertes par le Comptoir agricole et le Crédit Mutuel.

« Un très beau spectacle »

Pour conclure cette petite cérémonie, la parole a été laissée aux jeunes. Gaetan Vix, président de l’Ajec depuis septembre dernier, a présenté cette association qui compte 25 membres et dont l’objectif est le partage de la culture charolaise et l’émulation. Il a invité le public à participer nombreux au repas charolais, qui aura lieu le 9 septembre dans le cadre de la foire européenne de Strasbourg. Quant à Thomas Samyn, le jeune juge venu des Ardennes, il a félicité les organisateurs du concours. Il a relevé un « groupe dynamique », qui a su orchestrer un « très beau spectacle », à même d’amener le public à porter un « nouveau regard sur la race ».

Durant toute la manifestation, le public pouvait s’essayer à deviner le poids de Corde, une vache du Gaec Ernwein à Oberhausbergen, dans la perspective de remporter un VTT. Après être passée sur la balance, Corde affiche un poids de 1 080 kg. L’heureuse gagnante est Simone Anstett, c’est elle qui a estimé le poids de l’animal avec le plus de précision.

Le sous-préfet de l’arrondissement de Saverne à la rencontre des forestiers

La forêt grignotée

Vie professionnelle

Publié le 11/09/2017

Première étape de cette sortie : la forêt du Hinterwald, à Bust. Jean Braud, vice-président de Forestiers d’Alsace, président des propriétaires forestiers des Vosges du Nord et forestier à la retraite est lui-même copropriétaire de ce bois. Il a particulièrement insisté sur les dégâts infligés aux arbres par le gibier, et notamment par les cerfs. « Pour protéger les jeunes arbres, il faudrait tout clôturer, mais c’est un gouffre financier. » En effet, les subventions de plantation post-tempête n’incluaient pas la protection contre le gibier. Les forestiers privés en sont donc pour leurs frais.

Et l’addition est salée. Dans cette forêt, la perte sur l’accroissement après une coupe d’éclaircie d’épicéas écorcés par le cerf est estimée à 70 €/ha/an, ce qui peut être comparé au prix de location de la chasse : 30 €/ha/an. Et la forêt de Bust est loin d’être un cas particulier. « Il y a de gros dossiers de demande d’indemnisation. Par exemple à Ernolsheim-lès-Saverne, où des dégâts d’écorçages de cerfs sont constatés sur quelque 20 ha », rapporte Jean Braud, pour qui l’indemnisation ne représente qu’une maigre consolation. « Ce qui intéresse les forestiers, c’est de faire de beaux arbres. » Les dégâts sur les épicéas provoquent une pourriture du bois sur 2 à 6 m de hauteur du tronc ce qui, dans une coupe d’éclaircie de la forêt du Hinterwald, a entraîné une perte de 20 % de la valeur de la coupe. Face à ce phénomène, les plans de chasse sont certes augmentés. Mais les attributions ne sont pas toujours réalisées par les locataires de chasse. Et les leviers d’action des propriétaires forestiers pour y remédier sont limités. « La loi locale est mal faite à ce niveau-là », estime Jean Braud. Certains propriétaires en viennent à clôturer l’ensemble de leurs parcelles, à poser des produits répulsifs… « Mais ça coûte cher ».

Offre inélastique vs demande élastique

Transition toute trouvée pour évoquer un autre problème : le prix du bois. En effet, celui-ci ne permet pas toujours de valoriser le produit à sa juste valeur. Jean Braud évoque ainsi le cas du hêtre. « Les bois français entrent en concurrence avec du hêtre en provenance de Roumanie. » Il y aurait aussi un problème d’inadaptation des scieries françaises à la demande. Celle des menuisiers et des ébénistes a évolué avec celles des consommateurs, désormais friands d’agencements au détriment du mobilier plus traditionnel. Conséquence : il leur faut du panneau. Jean Braud cite le cas d’une ébénisterie de luxe qui s’approvisionne en essences précieuses en Autriche, alors que ces bois sont aussi produits en France. L’adaptation est en cours - « une industrie de sciage de hêtre est en train de se développer dans les Vosges du Nord » - mais cela prendra encore du temps.

Il faut dire qu’alors que la forêt évolue à un rythme séculaire, le secteur du bois connaît des mutations profondes à un pas de temps beaucoup plus rapide. La demande en bois énergie a ainsi explosé en quelques années. Si bien que le bois énergie vient grappiller sur le bois de palette : « C’est un sujet à surveiller de près, car ce phénomène peut gêner l’approvisionnement en bois des caisseries », prévient Jean Braud.

Des biens sans maîtres mais pas sans dangers

Le morcellement extrême de la forêt privée d’Alsace - « 83 000 propriétaires privés pour 80 000 ha » - complique les chantiers de sylviculture. Le morcellement et le micro-parcellaire sont la cause principale de la sous-exploitation de la petite forêt privée alsacienne. Moins de 50 % de l’accroissement biologique y est récolté. La deuxième cause de la sous-exploitation est le manque de desserte de ces parcelles. Aussi, des chantiers collectifs sont organisés pour en réduire les coûts. Mais, parmi ces petites parcelles figure une part significative de biens sans maître. C’est-à-dire des parcelles dont les propriétaires ignorent jusqu’à l’existence, leur trace s’étant effacée au fil des successions. Jean Braud y voit un danger : celui de voir ces petites parcelles non entretenues devenir des facteurs de propagation de feux de forêt, d’amplification des chutes d’arbres liées au vent par effet de domino…

Enfin, pour Forestiers d’Alsace, fédération née en 2015 de la fusion de Bois et Forêts 67 et de Forêts Services 68, la réforme territoriale s’est traduite par une baisse importante de ses financements, qui a conduit au licenciement de quatre conseillers forestiers. En plus des emplois perdus, Jean Braud déplore la « perte de connaissance sur la forêt » que ces départs représentent.

Interbev

Manger de tout, un peu de tout

Vie professionnelle

Publié le 10/09/2017

Delphine Franck est diététicienne nutritionniste à son compte, au sein du cabinet DietaCoach, et fait partie du réseau de diététiciennes qui œuvrent pour l’interprofession Interbev. Sa silhouette fuselée ne laisse aucun doute sur ses compétences en matière de nutrition. « Cette conférence a pour but d’aider les femmes à choisir la viande, à la cuisiner et à savoir la doser dans les assiettes, pour elle et pour le reste de la famille, car ce sont encore souvent elles qui sont derrière les fourneaux », indique Delphine Franck, lucide quant à l’évolution pachydermique de la place de la femme dans la société.

Il s’agit donc dans un premier temps de définir le poids de la viande dans une alimentation équilibrée. Ou plutôt de la famille « viande, œufs, poissons », qui se caractérise notamment par sa richesse en protéines. Et qui a donc toute sa place dans une alimentation équilibrée. Car Delphine Franck, le martèle : « Toutes les familles d’aliments sont complémentaires. Aucune ne devrait être supprimée pour atteindre un bon équilibre alimentaire. »

Des qualités nutritionnelles de la viande

Or les préjugés sur la viande ont la dent dure. « On en mangerait trop, elle serait grasse, on pourrait s’en passer, et elle favoriserait certains cancers », liste Delphine Franck, qui ne s’en tient qu’aux griefs nutritionnels attribués à la viande. Mais, se faisant, on oublie ses qualités nutritionnelles : « La viande, les œufs et le poisson renferment des protéines de bonne qualité, du fer héminique, absorbable à 25 %, contrairement au fer contenu dans les végétaux, non-héminique, qui n’est absorbable qu’à 5-10 % ».

Des qualités qui font de la viande un aliment presque encore plus important pour les femmes que pour les hommes. En effet, leur musculature est moins développée que celle des hommes. Elles sont donc structurellement plus sensibles au risque de sarcopénie, c’est-à-dire de dégradation des muscles. Un phénomène naturel, lié au vieillissement. Deux facteurs permettent de le freiner : l’activité physique et l’absorption de protéines. Mais surtout pas l’un sans l’autre ! « Les protéines ne sont pas stockées dans l’organisme. Soit elles servent à faire du muscle, soit elles sont éliminées par les reins. Il ne sert donc à rien d’absorber des protéines sans pratiquer une activité physique. Au contraire, c’est mauvais pour les reins, qui sont très sollicités », explique Delphine Franck, qui rapporte des cas d’adeptes de régimes hyperprotéinés atteints d’insuffisance rénale. Et, du fait de leur cycle menstruel, les femmes sont aussi plus sujettes aux carences en fer.

Viande et légumes, le duo gagnant

Une fois la viande revenue en odeur de sainteté, il reste à savoir comment la consommer. Delphine Franck rappelle que depuis 2014 un étiquetage simplifié de la viande a été mis en place : « Il est plus facile à comprendre, le mode de préparation des différents morceaux y apparaît clairement. » Justement, pour retirer un maximum de bienfaits de la viande, Delphine Franck préconise de varier les modes de cuisson, qui permettent de plus ou moins préserver les différentes catégories de nutriments : « Le fer est thermosensible. Il est davantage préservé lorsque la viande est juste grillée, plutôt que bouillie, ou braisée », illustre Delphine Franck. Enfin, reste à savoir adapter les portions : « L’idéal, c’est une portion de la famille viande, poisson, œufs, de la taille de la paume de la main et de l’épaisseur du petit doigt, une à deux fois par jour », indique Delphine Franck, qui précise : « Une fois par jour c’est sûr. Deux fois par jour c’est si on veut. »

Avant de livrer encore quelques conseils de dégustation. Le combo gagnant, c’est la viande et les légumes. Parce que le fer est mieux absorbé par l’organisme lorsqu’il arrive accompagné de vitamine C. À l’inverse, le thé et le café limitent l’absorption du fer. Après un repas comportant de la viande, mieux vaut donc attendre deux heures après le repas pour s’octroyer un p’tit noir, pas trop sucré de préférence… Quoique. Delphine Franck ne bannit aucune catégorie d’aliments. Son credo : « Manger de tout, un peu de tout. » Pour elle, lutter contre l’obésité, le diabète, revient à retrouver des comportements sains, que ce soit en matière d’activité physique ou d’alimentation. Si elle devait bannir un aliment, ce serait plutôt une catégorie tout entière : celle des produits transformés industriellement, et hyper marketés.

Visite de l’usine Raifalsa-Alélor-Domaine des terres rouges

« C’est costaud ! »

Vie professionnelle

Publié le 07/09/2017

Pour un dimanche après-midi, le parking de l’usine Raifalsa-Alélor-Domaine des terres rouges était particulièrement animé, ce 27 août. Les places sont rares, et une nuée de visiteurs s’agglutine autour d’un présentoir, où différents produits estampillés Raifalsa, Alélor ou Domaine des terres rouges sont proposés à la dégustation. Parmi les différentes sortes de moutarde, figure même une racine de raifort, juste épluchée, avec une râpe. Il suffit de goûter une pincée de raifort pour retrouver le goût si particulier de ce condiment phare de la gastronomie alsacienne. « Ça goûte ! », « c’est costaud », commentent les dégustateurs.

Ce présentoir est le point de départ des visites guidées de l’usine. Il permet aux visiteurs de patienter. Pas très longtemps car, au vu de l’affluence, les visites s’enchaînent, avec un départ tous les quarts d’heure. Ça va être notre tour. Le gros du groupe est composé de locaux qui, forcément, connaissent les marques et les produits, mais n’ont jamais eu l’occasion de visiter l’usine. Et qui se réjouissent de cette aubaine. Certains s’équipent du quiz qui leur permettra de, peut-être, remporter un panier garni. C’est parti ! Notre guide pose le décor : « Raifalsa-Alélor est l’unique entreprise de transformation de raifort en France. Et la dernière moutarderie d’Alsace. »

Devant le stock où les racines de raifort vont patienter un an avant leur transformation, il explique : « Nous travaillons avec des agriculteurs qui produisent du raifort dans un rayon de 50 km autour de l’usine, ce qui permet de limiter la durée du transport. Les racines sont récoltées à partir de septembre jusqu’en mars et elles sont placées le plus rapidement possible en chambres froides, à 0-4 °C. C'est important pour préserver la qualité du produit final. »

Prochaine étape, les ateliers de transformation. Dans la première pièce, trop exiguë pour accueillir tout le groupe, il explique que les racines sont coupées en morceaux et grossièrement épluchées dans une parmentière. L’épluchage est ensuite peaufiné à la main par des ouvrières, à la fois immunisées face aux émanations de raifort et qui ont acquis une agilité qui leur permet de traiter de 25 à 30 kg de racine par heure. Vient ensuite l’atelier de transformation. Il y règne une fraîcheur bienvenue et les chromes y brillent de mille feux. C’est ici que le raifort est trempé dans du vinaigre blanc pour l’aseptiser, puis broyé, et placé dans des cuves, où d’autres ingrédients - top secret - seront ajoutés en fonction des recettes. Direction ensuite le conditionnement, où le raifort sera conditionné en pots, seaux, bacs, avant de rejoindre le stock.

Un piquant qui se développe

Le conditionnement, c’est le cœur de l’usine. Parce que de l’autre côté, là où nous emmène notre guide en passant par le stock d’ingrédients, il y a la moutarderie. Dans une ambiance emplie d’effluves à la fois familières et indéfinissables, le guide présente la matière première : les graines de moutarde. Il y en a des noires, très pimentées, et des blanches, plus douces, donc plus adaptées à l’élaboration de la moutarde douce d’Alsace. Broyées dans une éclateuse, les graines procurent de la farine de moutarde. « Ça n’a pas beaucoup de goût », annonce le guide en en faisant tourner un échantillon. Quand même, le piquant de la moutarde est bien présent !

En fonction du réglage de la meule, il est possible d’obtenir différentes moutures de farine qui donneront des moutardes de consistances différentes. Dans des cuves, la farine est additionnée aux ingrédients propres à chaque recette : le vinaigre et le sel sont des incontournables. En effet, c’est au contact du vinaigre que le piquant de la moutarde se développe. Un ancien employé de l’usine, qui participe à la visite, se souvient bien à quel point les émanations de moutarde piquent les yeux !

Une fois chaque recette élaborée, la moutarde est laissée quelques heures en cuve, pour refroidir et gagner en goût. À un visiteur qui s’étonne de l’apparente simplicité des équipements, le guide confirme que la technologie a peu évolué depuis 1873, date de création de la marque. Et rappelle la dimension modeste de l’entreprise, qui élabore 1 100 t de moutarde chaque année, et emploie une vingtaine de salariés, dont 10 en production. Après avoir fait le plein de connaissances, la dernière étape de la visite - le magasin d’usine - est l’occasion pour les visiteurs de faire le plein de spécialités de Mietesheim. Sur le parking, une navette attend les visiteurs pour les emmener sur le site de Fermes en folie. Une navette à l’image de l’événement : une charrette à bancs décorée de fanions multicolores et tractée par un vieux tracteur rouge dont le conducteur, protégé des rayons du soleil par un parasol Meteor, n’hésite pas à faire usage de son klaxon !

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