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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Arrondissement de Saverne

Le sous-préfet à la rencontre de jeunes agriculteurs

Vie professionnelle

Publié le 25/08/2017

Parmi les communes de son arrondissement, Baerendorf apparaît comme l’endroit idéal pour parler d’installation. Car, en plus d’arborer la Croix de guerre pour avoir été détruite à 65 % en 1944, la commune abrite encore six fermes en activités. Certes, on en comptait 47 il y a un quart de siècle, époque à laquelle les tas de fumier et les bouses de vaches fleurissaient dans les rues du village. Mais, dans chacune des fermes subsistantes, la relève est assurée, souligne Jean-Marc Masseran, éleveur laitier à Baerendorf. « C’est le fruit du travail de plusieurs générations, de remembrements qui ont permis de construire les structures actuelles. »

Baerendorf n’a donc pas perdu sa vocation agricole. Sur les six fermes, quatre sont spécialisées dans la production laitière, deux dans la viande. Elles cumulent au total 1 000 ha de terres agricoles, dont 50 % en herbe, 30 % en céréales, 15 % de maïs et 5 % de colza, 1 350 bovins et 2,5 Ml de lait. « En 30 ans, le nombre d’animaux n’a pas diminué dans le village, mais il est plus propre », constate malicieusement Jean-Marc Masseran. L’éleveur y voit la preuve qu’il suffit d’une bonne gestion pour concilier agriculture dynamique et cadre de vie agréable.

Mieux valoriser le système pâturant

Outre le sous-préfet, cette sortie rassemblait, entre autres, le nouveau président des Jeunes Agriculteurs du canton d’Alsace Bossue, Éric Geyer, Guy Dierbach, vice-président cantonal de la FDSEA, Cécile Alpy, de la DDT, les jeunes et leurs familles, ainsi que Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace, qui orchestrait le tout. « L’objectif de cette sortie est de prendre connaissance des inquiétudes, des projets de futurs jeunes installés et d’un jeune déjà installé depuis quelques années », a-t-elle introduit. Ce thème de l’installation, le sous-préfet y tenait. « La moyenne d’âge des agriculteurs du département est de 56 ans, un peu moins à Barendorf, mais dans 10 ans, la moitié d’entre eux auront atteint l’âge de la retraite. »

L’installation est donc un « thème important » car il s’agit d’anticiper le renouvellement des générations, que ce soit dans ou hors cadre familial. Le sous-préfet a d’ailleurs noté le retard du Bas-Rhin en la matière. « Seule une installation se fait hors cadre familial dans le département, contre trois au niveau national. Il y a donc du travail à faire si on ne veut pas perdre les investissements qui ont été réalisés. » Conscient des difficultés auxquels se heurtent les agriculteurs (prix bas, intermédiaires, retards de paiement de subvention, faibles revenus…),  il a souligné la force qu’ils tirent de leur rôle « d’entretien du cadre de vie en milieu rural » et de pourvoyeurs d’une alimentation de qualité.

Mieux rémunérer le travail

« L’image des paysans reste positive auprès d’une grande partie de la population », a affirmé Christophe Lotigié. Il n’a d’ailleurs guère de doute sur la fin de règne annoncée du dogme du prix bas. « De plus en plus de consommateurs sont prêts à dépenser plus pour leur alimentation. » En ce sens, le sous-préfet a évoqué plusieurs pistes à travailler : le tourisme, pour booster la vente directe dans une région qui a du potentiel ; et la communication sur le système pâturant, insuffisamment valorisé. « Lactalis y réfléchit », glisse Véronique Klein, qui, elle, appelle de ses vœux un meilleur accompagnement des consommateurs vers les produits de producteurs. Avec, pourquoi pas, un rayon dédié dans les grandes surfaces ? « La grande distribution s’adaptera à la demande, car elle en est tributaire », estime Christophe Lotigié.

Les témoignages des jeunes agriculteurs diffèrent par bien des aspects (lire en encadré), mais se sont tous rejoints sur un point : leur travail n’est pas assez bien rémunéré. « Le problème, c’est que le prix de vente est égal au coût de production », résume Céline Untereiner. Autre source d’inquiétude commune : la main-d’œuvre, qui se fait de plus en plus rare et/ou constitue une charge importante dans les comptes des exploitations. « Notre salarié gagne plus que nous. Et il a droit à des jours de récupération que nous ne nous accordons pas », témoigne une agricultrice. « Vous, vous avez le patrimoine, le capital », répond le sous-préfet. « Oui, mais si on ne le vend pas, ou pas à sa juste valeur, ça ne vaut pas grand-chose. Ce système ne peut pas continuer… »

Une nécessaire simplification administrative

Tous les jeunes sont aussi agacés par un environnement administratif et juridique très fluctuant. Le sous-préfet a reconnu la « complexité infinie » du système français, tout en rappelant que c’était la contrepartie d’un État de droit. Pour lui, « il y a toujours une solution », il s’agit d’une « question d’interprétation des règles en fonction des contextes. » En réponse aux témoignages attestant de la lourdeur des procédures administratives, Christophe Lotigié s’est déclaré « 1 000 fois d’accord sur la nécessité de simplification administrative. C’est la complexité qui induit des erreurs, du temps perdu et du stress », a-t-il déclaré, tout en invoquant le droit à l’erreur. Et Jean-Marc Masseran a tenu à souligner le travail des agents de la DDT. « Quand on oublie de faire une demande de subvention, on nous appelle. »

En réaction aux témoignages des jeunes agriculteurs, Éric Geyler a souligné l'« engagement contraignant » que représente ce choix professionnel et le défi de moderniser les structures que doivent relever les jeunes face à une raréfaction de la main-d’œuvre. « Un besoin de modernisation que doit comprendre le grand public. »

Un nouveau système de soutien à l’installation

La réunion s’est achevée par la présentation du nouveau système de soutien à l’installation. Les prêts bonifiés n’existent plus et sont remplacés par une DJA de base de 16 000 €, auxquels s’ajoutent des bonus en cas de respect de certains critères (conversion bio, culture de légumineuses, adhésion à un GIEE, à une Cuma, création d’emploi, projet d’investissement et montant investi…). La nouvelle DJA prend ainsi mieux en compte le montant des investissements réalisés et « il est possible d’atteindre assez rapidement 40 000 € de DJA», avance Daniel Brua, technicien à la chambre d’agriculture. Les dossiers déposés à partir de juillet seront soumis à ce nouveau dispositif. Par contre, le temps que le dispositif soit rodé, il faut s’attendre à des délais de paiement.

Conseil départemental du Bas-Rhin - Chambre d'agriculture d’Alsace

Soutenir l’agriculture pour dynamiser les territoires ruraux

Vie professionnelle

Publié le 28/07/2017

Cette année, pour présenter le contrat d’objectif 2017 qui lie le Conseil départemental du Bas-Rhin (CD 67) et la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA), les deux institutions ont choisi de se retrouver en montagne. En l’absence de Frédéric Bierry, président du Conseil départemental, retenu par d’autres obligations, c’est Frédérique Mozziconacci, conseillère départementale du canton de Mutzig, qui a accueilli les participants à cette rencontre sur le terrain.

Priorité aux hommes

Jean-Paul Bastian, vice-président de la CAA, a souligné la « dynamique favorable » qui a permis à l’agriculture de montagne de considérablement évoluer en 30 ans. Il y a eu l’évolution de la Pac, qui a été plus favorable à l’agriculture de montagne, notamment via la convergence des aides des soutiens différenciés, le soutien aux petites races. Et plus localement, les agriculteurs ont pu bénéficier de soutien à l’investissement dans le cadre du Plan bâtiment, des fruits d’un partenariat « historique » entre la CAA et la Communauté de communes de la Vallée de la Bruche, présidée par Pierre Grandadam. « Tout cela mis bout à bout a permis à un certain nombre de projets d’aboutir. » Sans oublier la volonté des agriculteurs de montagne qui, les circuits de collecte de lait des coopératives laitières n’allant pas jusque chez eux, ont fait le pari de la vente directe. Un allant qu’a relevé également Pierre Grandadam : « Les agriculteurs de montagne ont su créer leurs propres réseaux de commercialisation ». Les résultats, ce sont de belles prairies, bien entretenues, des paysages ouverts, de bons produits, des touristes, des emplois… Selon lui, cette réussite, l’agriculture de montagne la doit à la stratégie qui a été utilisée : « Il faut d’abord s’occuper des hommes qui élèvent des bêtes, qui mangent de l’herbe, pour élaborer de bons produits. Il faut s’en occuper comme ça, et dans cet ordre, sinon, ce n’est pas pérenne. »

En écho à cette analyse, Julie Humbert, présidente de l’Association des producteurs fermiers de montagne, a présenté cette structure qui accompagne une trentaine de producteurs fermiers dans leurs démarches de vente directe, que ce soit pour la promotion des produits fermiers, la recherche de nouveaux circuits de commercialisation ou l’appui technique. L’association a aussi élaboré un guide intitulé « L’agriculture de montagne pour les curieux », ainsi que des panneaux qui visent à expliquer les pratiques des agriculteurs à la population, et pourquoi il est important de respecter les prairies et les troupeaux. L’occasion pour Julie Humbert de faire un petit appel du pied pour soutenir le financement de ces panneaux !

L’emploi, priorité des priorités

Évoquant « une rencontre organisée depuis plus de 30 ans pour échanger sur la politique agricole menée par le Département », Marcel Bauer, conseiller départemental, a rappelé qu’elle consiste à « retravailler les objectifs du partenariat dans le cadre de compétences modifiées et de finances réduites ». Ce qui n’empêche pas le Département de vouloir rester partenaire du monde agricole. Et de se fixer trois priorités en la matière. La première consiste à « développer l’emploi en agriculture, notamment pour faciliter le retour à l’emploi des bénéficiaires du RSA ». La seconde est d’encourager l’expansion des circuits courts. Et la troisième est de faire du Département du Bas-Rhin un territoire à énergie positive.

« Alors que l’agriculture est dans une passe difficile, l’objectif de cette rencontre est de redéfinir notre partenariat pour les trois ans à venir », a déclaré Jean-Paul Bastian. Les rendements 2017 s’annoncent meilleurs. Mais c’est vrai partout dans le monde, ce qui pèse sur les cours des denrées agricoles. Le même jour (NDLR le 20 juillet) se tenait la conférence sur l’alimentation, dont l’un des objectifs est de répondre à cette crise, notamment via une répartition plus équitable de la valeur ajoutée au sein des filières. Et on ne peut que s’en féliciter. Mais Jean-Paul Bastian estime qu’il faut aussi travailler localement. Et notamment poursuivre les travaux de remembrement, d’aménagement du territoire, par exemple dans le cadre de projets d’irrigation. Et il a listé d’autres priorités : encourager la demande pour que tous les projets trouvent des débouchés ; soutenir la diversification, « inscrite de longue date dans l’ADN de l’agriculture départementale » et source d’emplois. Patrick Bastian, conseiller régional, en a cité d’autres : travailler sur l’approvisionnement local de la restauration hors domicile (RHD), et maintenir la qualité sanitaire du cheptel départemental, qui est « bonne » mais reste « fragile ». Il s’agit donc de faire perdurer le partenariat entre la CAA et le CD 67, malgré les changements de compétences et les coupes budgétaires. « Un défi à relever ensemble. »

RHD et aménagement du territoire

Marcel Bauer a pu les rassurer sur plusieurs points. Non seulement le Département se fixe l’objectif ambitieux d’atteindre 50 % de produits locaux et 25 % de produits bios dans l’approvisionnement des restaurants hors domicile qui relèvent de sa compétence (collèges, Ehpad). « Il faudra que l’offre en produits locaux suive et que les filières s’organisent. » Et le Département compte bien continuer à mettre en œuvre ses compétences en matière d’aménagement du foncier. Chaque année, il consacre 1 million d’euros (M€) à la gestion durable du foncier, notamment via des opérations de remembrement.

À plusieurs reprises au cours de cette journée les retards de paiement des MAE ont été évoqués. Si tout le monde s’accorde sur le caractère inadmissible de ces retards, Jean-Paul Bastian et Patrick Bastian mettent en garde : les MAE sont le vecteur de soutiens spécifiques, adaptés aux territoires, et l’agriculture française a besoin de tels soutiens pour rester diversifiée.

Base Alsace

De l’art de semer du maïs

Cultures

Publié le 24/07/2017

TCS, semis direct, strip-till, green tillage… les méthodes alternatives au labour pour implanter du maïs sont nombreuses et déclinables à l’envi en fonction des contraintes pédoclimatiques et des objectifs de chacun. C’est ce que la visite de parcelles de maïs organisée par le réseau Base Alsace a démontré.

Le green-tillage, du strip-till à l’envers

La visite débutait à Landersheim, sur une parcelle que Christophe Diss décrit comme « argilo-calcaire, avec beaucoup de magnésie et des argiles qui travaillent beaucoup, formant d’importantes fentes de retrait par temps sec ». Un sol très drainant donc, et non irrigable, à défaut de pouvoir accéder à la nappe. Par contre, le sol est profond, bien pourvu en matière organique, en phosphore et en potasse. Le maïs tient une place capitale dans l’assolement de cet éleveur, qui cherche à optimiser la production de lait par vache. À cela s’ajoute le besoin en paille, qui aboutit à un assolement composé pour moitié de céréales à paille et pour moitié de maïs, précise Christophe Diss, qui a opté pour une rotation 2/2, soit deux années de cultures de printemps, suivies de deux années de culture d’hiver. Une rotation qui présente notamment un intérêt pour la lutte contre les graminées en assolement maïs-blé. En 2010, il a fait le choix de remiser sa charrue, surtout pour faire des économies de gasoil. Et a investi dans un Terrano Horsch. Depuis 2012, entre les cultures principales il implante des couverts composés de féverole, pois, vesce, orge de printemps qu’il récole en fourrage pour l’alimentation des génisses. Avec des expériences plus ou moins concluantes.

La dernière en date, c’est le green-tillage, soit du strip-till à l’envers. En effet, avec le strip-till on réalise une préparation du sol dans un couvert. Alors qu'avec le green-tillage on sème un couvert dans une préparation de sol. L’itinéraire technique peut être résumé de la manière suivante : récolte du couvert, création de billons (photo 1), semis de féverole entre les billons, semis du maïs dans les billons (photo 2), destruction progressive de la féverole (photo 3). L’idée, c’est que le sol soit couvert par la féverole, que le maïs profite de la chaleur emmagasinée dans les billons pour lever rapidement, et que les excès d’eau ne ravinent pas les lignes de semis de maïs, mais soient dirigés vers l’interrang protégé par le couvert. Une des principales difficultés de la technique consiste à maîtriser la féverole, qui doit couvrir le sol tout en permettant au maïs de s’implanter. Visuellement, la parcelle conduite avec cette technique n’a pas à rougir. Mais Christophe Diss envisage des améliorations. En effet, il a constaté l’absence de nodosités sur la féverole, qu’il met sur le compte d’un excès d’azote. C’est pourquoi il envisage de l’associer à un triticale, pour pomper l’azote, et de détruire les deux espèces en deux temps. D’autres idées ont été évoquées, comme celle d’équiper l’avant du tracteur d’un rolofaca pour rouler la féverole et l’arrière du tracteur d’une bineuse pour semer le maïs. Avec le risque de voir la féverole repartir…

Quand l’interculture devient précédent

Christophe Diss a aussi présenté une parcelle de « maïs d’interculture », c’est-à-dire implanté derrière un méteil fourrager de type Anton Sidler (photo 4) composé de féverole, pois, triticale, trèfle incarnat et vesce velue d’hiver. « L’objectif recherché, explique-t-il, en plus de la couverture hivernale du sol, réside dans une amélioration du profil énergie/protéines des fourrages récoltés sur une même parcelle conduite en double culture la même année. » En effet, le maïs d'interculture permet d'obtenir un fourrage de maïs et méteil de 13 à 15 MAT (7 pour le maïs, 20 pour le méteil) et de 0,9 à 0,92 UFL. Le rendement total des deux récoltes devant atteindre un objectif minimal de 15 à 16 t en non irrigué. Le méteil doit être récolté au stade gonflement du triticale, pas plus tard, afin de bénéficier du maximum de sa valeur alimentaire. Cette année, Christophe Diss l’a récolté le 15 mai, en combiné de fauche sur andain, pour limiter le nombre de passages.

La principale difficulté, liée à la quantité de biomasse récoltée, c’est le séchage : « Après 36 h de cagnard, le cœur de l’andain n’était pas encore sec », témoigne Christophe Diss. Le maïs suivant a été semé le 25 mai, avec un indice de précocité qui permet de limiter le nombre de chantiers d’ensilage, soit une variété précoce à ultra-précoce. « Le facteur limitant de cette technique, c’est l’eau parce que le méteil en pompe pas mal. Je la réserve donc aux parcelles à bonne réserve hydrique », indique Christophe Diss. « C’est vrai qu’une luzernière serait plus simple à conduire, concède-t-il. Mais la luzerne est plus faible en densité énergétique (moins de 0,8 UFL) et nécessite un complément en système de vaches laitières hautes productrices. De plus, la parcelle n’est pas bloquée sur trois ou quatre ans, mais est disponible pour enchaîner sur une autre production. »

Taupins : ne pas - trop - baisser la garde

La visite s’est poursuivie sur des parcelles de Jacques Adloff et Thierry Willem, du Gaec de la prairie, à Kleingœft. Sur la première, après la récolte de 4 tonnes de MS/ha de méteil qui a été ensilé, les agriculteurs ont apporté 10 t/ha de compost correspondant à la phase solide du fumier, obtenue grâce à un séparateur de phase. Un double déchaumage, profond puis superficiel, a permis d’incorporer 140 unités d’urée. Puis la terre a été roulée, pour rappuyer et garder l’humidité, avant le semis du maïs. « C’est la deuxième année de suite que nous faisons du méteil sur cette parcelle. Cette année nous l’avons semé en direct. Nous avons eu des repousses de colza que nous avons décidé de laisser jusqu’à la récolte qui a eu lieu le 23 mai pour un semis de maïs le 26 mai », précise Jacques Adloff.

Sur une autre parcelle conduite en TCS, du maïs a d’abord été semé le 6 avril, mais suite à une attaque de taupins, 5 ha ont dû être ressemés le 16 mai. « Je n’avais rien fait contre les taupins depuis six ans, j’ai eu une bonne piqûre de rappel », sourit, un peu jaune, Thierry Willem, qui a observé quasiment un taupin par grain de maïs. Avant le maïs, la parcelle portait un mélange fermier composé d’avoine, vesce, pois, qui a été roulé une fois gelé et après un passage de strip-tiller, afin de mieux en voir les traces.

Le sorgho, alternative au maïs en conditions séchantes

La dernière étape de la journée a conduit les membres du réseau à Jetterswiller, sur les terres de l’EARL Bornert, qui n’ont « pas vu de charrue depuis 1997 », indique Nicolas Bornert. Il a présenté une parcelle de sorgho, qui constitue une alternative efficace au maïs en système laitier face à des sols superficiels et/ou à faible réserve hydrique. En effet, le sorgho bénéficie d’un pouvoir de succion élevé qui lui permet d’extraire l’eau particulaire du sol. « Dans ces sols qualifiés de bleu, très argileux et magnésiens, au pH alcalin, et très durs en surface, le sorgho passe toujours bien. C’est la culture principale depuis 2006. » Ce sorgho fait suite à cinq céréales et il a été implanté derrière un couvert de vesce, pois, avoine, orge, féverole et tournesol qui a été enrubanné. « Sans couvert, ce serait trop difficile, estime Nicolas Bornert, il apporte de la stabilité en surface ». Dans la foulée il y a eu un passage de dents à 7 cm, puis deux passages de déchaumeur à disques indépendants. Le sorgho a été semé début mai, en plein au Pronto à 4 cm. Comme il a été envahi par les chénopodes et a souffert du sec, Nicolas Bornert a dû soigner son désherbage. « C’est la principale difficulté », confie-t-il. Sinon, « la semence n’est pas chère, il n’y a pas de traitement insecticide, les besoins en azote sont faibles, donc, au final, les charges sont moitié moins élevées que pour un maïs, avance Nicolas Bornert. C’est donc une bonne solution pour couper les cultures d’hiver et, économiquement, il n’a jamais été une charge. » Le sorgho sera récolté en fourrage, théoriquement début octobre. Il laissera la place aux céréales, sachant que « le sorgho est un très mauvais précédent. Il pompe beaucoup d’eau et sécrète de la sorgoleone, qui a un effet allélopathique », précise Nicolas Bornert. Ceci dit, cet effet est très apprécié dans les systèmes sans labour.

Enfin, la tournée s’est achevée par une parcelle de maïs semé en direct après un couvert de céréales de printemps récolté en fourrage et dont les repousses ont été détruites chimiquement au printemps avec 0,5 à 1 l de glyphosate adjuvé. L’itinéraire est identique dans la modalité adjacente où une reprise très superficielle a été effectuée au printemps avec un outil à disque. Le maïs a été semé au MaxEmerge 2 et a bien profité des températures élevées du début de l’été.

Jeunes Agriculteurs. Canton de Hochfelden

Portes ouvertes sur le lait

Vie professionnelle

Publié le 24/07/2017

Nichées au détour de ruelles de Bossendorf, les infrastructures du Gaec Winckel s’étendent au cœur des champs alentour, formant une grappe de bâtiments. Laurent Winckel a repris les rênes de l’exploitation avec son frère, Antoine, en janvier 2013. Les deux frères ont suivi la même formation agricole au lycée d’Obernai, à quelques années d’écart. Et Laurent a commencé à travailler à la ferme, en attendant qu’Antoine finisse ses études pour le rejoindre. Une fois ce cap franchi, les deux frères décident rapidement d’investir, à la fois pour pouvoir continuer à vivre de leur métier, pour gagner en confort de travail, et dégager du temps, une denrée précieuse !

Aussi, dès 2014 débutent-ils les travaux de terrassement de ce qui sera la future étable. Les vaches laitières y entrent en octobre 2016. « Nous avons fait une bonne partie des travaux nous-mêmes, sauf le béton et l’électricité », indique Antoine Winckel. Avec une difficulté : « Le terrain affiche une pente de 2 % à laquelle nous avons dû nous adapter ». Ce qui se traduit par un léger dénivelé dans le bâtiment. « Il faut penser à serrer le frein à main du tracteur, sinon il s’en va ! », commente Laurent. Les deux frères en ont profité pour moderniser leur système de traite. Laurent était plutôt pro-robot ; et Antoine pro-roto. Et comme c’est lui qui est plus spécifiquement en charge de la production laitière, c’est lui qui a eu le dernier mot ! Grâce à un argumentaire bien étayé : « Le roto est moins cher que le robot à long terme. Le coût d’entretien est raisonnable. Et puis, quand la traite est finie, tout est fait. Car nous pouvons en profiter pour faire les soins aux vaches qui en ont besoin, donner le lait aux veaux… Certes, il reste la contrainte de la traite, mais le roto permet de gagner en confort de travail. » Depuis le 6 octobre 2016, c’est donc avec un roto Westphalia que la traite est assurée.

Un mois après le déménagement des vaches dans leur nouveau logis, le troupeau avait déjà grossi de 20 génisses : « Nous avions anticipé en utilisant des semences sexées ». Ce qui a aussi permis aux éleveurs de poursuivre leur travail de sélection axé sur les aplombs, la productivité, et la santé générale des bêtes. Les effets du changement d’étable ne se sont pas fait attendre : « Nous avons constaté une diminution des cellules, des mammites et une amélioration de la qualité du lait ».

Des projets

Inquiets à cause des crises liées au prix du lait, les deux frères le sont. « Mais suite à nos investissements, nous n’avons pas d’autre choix que de produire du lait », constate Antoine. Alors les deux frères caressent l’espoir de pouvoir augmenter leur litrage : « Nous ne sommes pas encore au taquet, l’étable a été conçue pour accueillir 140 vaches laitières. Actuellement nous ne pouvons pas la remplir car nous n’avons pas suffisamment de litrages contractualisés, mais nous n’attendons que ça », indiquent-ils. Une augmentation du litrage qu’il conviendrait d’adosser à une augmentation de la SAU, pour pourvoir aux besoins en fourrage et en paille. Et pourquoi pas à l’embauche d’un salarié, pour abattre la charge de travail supplémentaire.

Compostage

Transmuter les effluents

Technique

Publié le 13/07/2017

Vulnérable, l’aire d’alimentation de captage de Bouxwiller l’est à plusieurs titres. La géologie de son sous-sol, caractérisé par des failles au niveau du Batsberg, conduit à une circulation de l’eau chaotique. Et, à l’inverse d’autres captages, il est impossible d’y envisager des interconnexions, qui peuvent permettre de rétablir la qualité d’une eau dégradée par dilution. Il n’y a donc pas de plan B. Aussi les collectivités publiques sont-elles particulièrement vigilantes à la préservation de la ressource en eau, et encouragent les initiatives allant dans ce sens. C’est ainsi que des agriculteurs du secteur se sont regroupés et participent régulièrement à des réunions d’information, des réunions techniques… La dernière en date avait lieu à Riedheim, jeudi 29 juin, et portait sur le compostage.

Des teneurs en nitrate en baisse

En introduction, Jérôme Thien, agent développement durable de la ville de Bouxwiller, a donné quelques nouvelles de la qualité de l’eau. Et elles sont plutôt bonnes : « Depuis la mise en place du captage, les teneurs en nitrate diminuent. La teneur moyenne a même diminué de cinq points entre 2015 et 2016. Mais les premières analyses de 2017 repartent à la hausse », décrit-il. En cause : les fameuses failles du Batsberg, qui conduisent à une évolution erratique des concentrations en éléments. « Mais la tendance de fond est à la baisse », affirme Jérôme Thien, courbe à l’appui. Il souligne d’ailleurs les efforts qui ont permis d’atteindre ce résultat, notamment sur la disposition des tas de fumier. Le constat est le même pour les résidus de produits phytosanitaires : « On trouve encore des dérivés d’atrazine, mais pas d’autres molécules ». Contrairement à d’autres captages, où du s-métolachlore est détecté.

Plus de souplesse avec les composts

David Kraemer, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a procédé à quelques rappels sur la directive Nitrate, adoptée en 1991 avec deux objectifs : réduire la pollution de l’eau par les nitrates, et prévenir l’extension de cette pollution. La directive européenne a été transposée en droit français avec des dispositions en matière de suivi de la qualité de l’eau, de délimitation de zones vulnérables, et l’établissement d’un code de bonnes pratiques. C’est ainsi que, le captage de Bouxwiller ayant été classé en zone vulnérable, les agriculteurs y sont soumis à diverses obligations : équilibre de la fertilisation azotée, établissement d’un plan de fumure et enregistrement des pratiques, respect d’un calendrier et de conditions d’épandage, d’une certaine capacité de stockage… Les fertilisants sont classés en quatre types, avec des calendriers d’épandage différents pour chacun. De ces calendriers il ressort que « la mise en place d’engrais verts apporte de la souplesse aux épandages ». Et qu'« élaborer du compost constitue un levier pour gérer les liserons, parce que cela permet de laisser le temps aux liserons de se développer, pour mieux les atteindre, avant d’implanter une Cipan pour pouvoir épandre les effluents ». Les composts sont aussi plus adaptés aux agriculteurs qui pratiquent le semis direct par rapport à des fumiers qu’ils ne peuvent pas enfouir puisqu’ils s’interdisent tout travail du sol. Enfin, les conditions d’épandage sont plus souples pour les fumiers solides, les composts que pour les autres types d’effluents.

Un produit vivant à savoir soigner

David Kraemer a ensuite détaillé le processus de compostage, qui consiste en « la transformation contrôlée d’un produit en un autre par l’action des micro-organismes, ce qui nécessite de l’oxygène, de l’eau, un rapport C/N équilibré et une montée en température ». C’est ce besoin en oxygène qui explique qu’une des techniques de compostage les plus utilisées consiste à disposer les effluents en andain, et à régulièrement les retourner pour les aérer. L’humidité du tas est un autre paramètre à maîtriser car il s’agit de conserver un bon équilibre. Si le tas est trop humide il risque de donner du « beurre noir ». Pour rectifier le tir, il est possible d’ajouter de la paille. S’il est trop sec, il devient pailleux et il convient alors d’ajouter de l’eau ou du lisier lors d’une aération. Le compostage conduit à une diminution du volume de matière, donc à une concentration des éléments dans le produit, à une réduction des odeurs, et permet d’obtenir un produit plus stable, plus facile à épandre, et hygiénisé grâce à la montée en température. Le compostage fait intervenir successivement des bactéries, puis des champignons. Il est possible de les laisser agir plus ou moins longtemps, en fonction de l’usage destiné au compost. Un compost frais va booster la vie du sol. Tandis qu’un compost mâture renforcera sa teneur en matière organique. Il s’agit donc de distinguer différents produits. Le fumier assaini n’est laissé en tas qu’une quinzaine de jours. Il est encore en phase thermophile, et riche en biomasse microbienne. Les composts jeunes ont entre un et trois mois, ils ont été retournés deux à trois fois. La température est encore élevée au cœur du tas. Le rapport C/N est compris entre 10 et 15. L’humification des chaînes carbonées s’amorce. Les composts très retournés ont environs 4 mois et ont été retournés environ cinq fois. Ils correspondent à un produit très stable et homogène. Les composts mûrs ont entre 4 et 6 mois. Proches de l’humus, ils sont plus considérés comme un amendement que comme un fertilisant car l’effet fertilisant s’exprime à long terme. « Au-delà de quatre mois, il devient nécessaire de bâcher les tas pour ne pas perdre en potentiel fertilisant », indique David Kraemer. Ces différents types de composts ne s’épandent ni aux mêmes doses, ni aux mêmes périodes. C’est pourquoi David Kraemer conseille de conduire plusieurs tas en parallèle, afin d’avoir aussi bien des produits fertilisants qu’amendants, et de pouvoir les valoriser différemment selon les cultures.

Cette demi-journée technique s'est achevée par une démonstration à retrouver en vidéo ci-dessous :

 

Houblon : chaleur et mildiou entament le potentiel de rendement

Cultures

Publié le 12/07/2017

Après un démarrage de la campagne plutôt positif, avec des travaux de préparation du sol, de taille et de mise au fil qui ont pu être effectués dans de bonnes conditions, les houblonnières ont subi les effets du coup de gel de fin avril : « La croissance des lianes a été bloquée, mais il n’y a pas eu de gros dégâts », rapporte Michèle Dauger, du service agronomie et environnement au Comptoir agricole. Autre difficulté rencontrée par les houblonniers, celle de trouver de la main-d’œuvre saisonnière pour effectuer les travaux de mise au fil. Un phénomène qui devient récurrent, mais qui a été particulièrement exacerbé cette année du fait de la précocité du démarrage de la saison d’autres cultures. Le déficit pluviométrique du mois de mai a ensuite compliqué les travaux de buttage, qui ont conduit à la formation de grosses mottes. Puis le temps chaud et sec qui a caractérisé le début de l’été s’est traduit à différents niveaux dans les houblonnières. La floraison démarre actuellement, avec 2 à 3 semaines d’avance, et devrait durer environ un mois, selon les variétés, les conditions pédoclimatiques… Le rythme de croissance des lianes est ralenti, ce qui se traduit par un potentiel de végétation plus faible par rapport à une année moyenne, « mais cela peut se rattraper s’il y a des précipitations », souligne Bernadette Laugel, du service agronomie et environnement au Comptoir agricole, qui rappelle que « ce sont les mois de juillet et d’août qui font le houblon ».

Une pression en mildiou importante

Comme les trois dernières années, cette campagne houblonnière se caractérise par une pression en mildiou élevée. La maladie s’est déclarée assez précocement au printemps, et a rapidement causé quelques soucis dans les parcelles les plus atteintes, si bien que la profession a demandé une dérogation pour pouvoir utiliser un autre produit contre le mildiou dans les houblonnières. Dérogation qui a été accordée, mais « un peu tard », regrette Bernadette Laugel. Le temps chaud et sec n’est pas propice au développement du champignon. Mais, avec le retour des précipitations, « il faut se méfier ». Du mildiou comme de l’oïdium d’ailleurs !

Des conditions estivales déterminantes

Parmi les autres ravageurs des houblonnières, les deux conseillères signalent quelques attaques de pucerons qui ont nécessité des traitements, mais de manière très limitée et localisée, de même que pour les charançons. Les araignées sont présentes et à surveiller. À l’heure actuelle, ce qui entame le plus le potentiel de rendement, c’est la chaleur, à laquelle il faut ajouter les effets du mildiou, qui a pu engendrer des pertes de rameaux latéraux et de têtes dans les parcelles les plus atteintes. De là à miser sur petite récolte, Bernadette Laugel et Michèle Dauger ne franchissent pas le pas : « Tout dépendra des conditions estivales. Si l’été est frais et humide, ça ira. S’il est chaud et sec, ce sera plus compliqué. » Les premiers cônes sont attendus pour le 15 août. Rendez-vous pour le verdict en septembre !

Betteraves sucrières : une avance qui pourrait se répercuter à la récolte

Cultures

Publié le 12/07/2017

Comme les autres cultures, certaines parcelles de betteraves sucrières ont souffert de l’épisode de gel de la fin avril. Mais au final, seuls 100 ha ont dû être ressemés. Un coup dur pour les planteurs concernés mais, au regard de la surface que travaille la sucrerie d’Erstein, « ce n’est pas significatif », tempère Laurent Rudloff, responsable du service agrobetteravier de la sucrerie. Les températures élevées du printemps et du début de l’été ont permis aux betteraves de prendre une semaine d’avance végétative. Pendant de la chaleur et de la faible pluviométrie, l’irrigation a démarré « de bonne heure » dans les secteurs équipés. Et, dans les parcelles légères et non irrigables, les betteraves commencent à souffrir. Mais c’est plutôt l’exception que la règle, aussi Laurent Rudloff estime-t-il que « la plaine est plutôt belle et le potentiel est bon ». Le rendement final dépendra des conditions estivales : « S’il fait très sec, les parcelles les plus séchantes seront impactées par le manque d’eau. Mais il est encore trop tôt pour se prononcer. » Une chose est sûre, l’irrigation, qui a débuté début juin, se poursuit « à un rythme soutenu » malgré le retour des précipitations début juillet.

La cercosporiose s’est déclarée dans les secteurs les plus sensibles. « Il s’agit de respecter les préconisations pour assurer une bonne protection du feuillage », indique Laurent Rudloff. Et le rhizoctone reste discret. Pour la suite, « avec l’augmentation des surfaces et la hausse espérée des rendements, les volumes à transformer à la sucrerie seront sans aucun doute plus importants. Et il faut se préparer à commencer la campagne d’arrachage de bonne heure », conclut Laurent Rudloff.

Enrichissement des sols en matière organique

C’est possible, mais à des degrés divers

Technique

Publié le 12/07/2017

De par leur capacité à fixer du carbone, les sols apparaissent comme une solution pour contrer les effets sur le climat des émissions de gaz à effet de serre d’origine anthropique. La communauté scientifique se penche donc de plus belle sur les sols, et va de découvertes en découvertes. Car, et les rencontres professionnelles Rittmo l’ont une fois de plus démontré, le fonctionnement du sol est si complexe, qu’il est difficile d’en avoir une vision à la fois fidèle, simple et globale. Certaines théories, jusqu’ici largement répandues, sont mises en touche par les dernières avancées de la recherche. De nouvelles théories émergent, et d’autres demeurent. Il est ainsi couramment admis par la communauté scientifique qu’il suffirait d’augmenter chaque année de 4 ‰ la quantité de carbone stockée dans les sols pour compenser l’ensemble des émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Cette théorie sous-tend l’initiative 4 pour 1 000, « qui propose de mettre en œuvre un stockage durable et pérenne du carbone dans les sols au profit de la lutte contre le changement climatique, mais aussi de leur fertilité », a déclaré Michel Mustin, président de Rittmo, en introduction des 27e rencontres professionnelles du centre de recherche. Car l’un ne pourra pas se faire sans l’autre, au risque de voir les agriculteurs se détourner de ce projet. Il faudra même aller plus loin, estime Michel Mustin, et mettre en œuvre des mécanismes de certification et de soutien financier, sur la base de référentiels, qui requerront donc des méthodes de mesure fiables. Et puis il s’agira aussi de démontrer que le stockage du carbone « a bien les effets attendus » !

La priorité : maintenir le stock existant

Claire Chenu, enseignante-chercheuse à AgroParisTech, a présenté les processus et les facteurs d’enrichissement des sols en carbones. « La matière organique constitue la ressource trophique pour l’activité biologique du sol, qui la consomme par biodégradation et minéralisation », a-t-elle rappelé. Le carbone constitue environ la moitié de sa composition. Les molécules de matière organique résident pour des temps très variables dans le sol, de quelques jours à quelques siècles, en fonction de leur nature, de l’abondance des décomposeurs, des facteurs pédoclimatiques et des pratiques agricoles. Et c’est tant mieux, parce qu’il faut à la fois des molécules qui se dégradent vite, pour entretenir la fonctionnalité du sol, et d’autres qui se dégradent plus lentement, surtout si on veut stocker davantage de carbone dans les sols. Ce qui peut se faire en actionnant deux leviers : augmenter les entrées, ou diminuer les sorties. Mais il apparaît plus efficace de chercher à augmenter les entrées de carbone que d’essayer de réduire la minéralisation. Et, si les mécanismes de stockage du carbone sont encore imparfaitement connus, trois choses sont sûres : « Le stockage est lent, plafonné, et réversible. » Alors que le déstockage de carbone peut être rapide et important. « La priorité est donc de maintenir le stock existant », en conclut Claire Chenu.

Le non-labour déplace le stock sans l’augmenter

Il est donc intéressant de savoir comment ce stock se forme, donc comment évolue la matière organique dans le sol : « Les dernières études démontrent qu’elle est progressivement découpée en éléments plus simples par les micro-organismes. Il n’y a pas de reformation de molécules complexes au sein du sol. Et aucune molécule de matière organique ne reste plus de 50 ans dans le sol, hormis les charbons. Les matières organiques persistantes seraient rendues inaccessibles à l’action des micro-organismes, par exemple par une protection physique, qui serait détruite par le travail du sol », a décrit Claire Chenu. Elle a ensuite présenté les résultats d’une méta-analyse du carbone stocké en non-labour et en labour : « Les quantités de carbone supplémentaire stockées apparaissent nettement inférieures à ce qui avait été anticipé, et très variables, ce qui suggère que le non-labour déplace la matière organique en surface, ce qui est très bien, mais ne permet pas de stocker davantage de carbone. »

Des sols inégaux face à la capacité de stockage

La matière organique peut aussi être piégée, notamment sur les argiles. « La nature et l’abondance de la phase minérale du sol seraient donc un facteur majeur de stabilisation du carbone dans les sols. Et la quantité de carbone associée aux argiles et aux limons fins serait plafonnée, ce qui suggère une limitation de la quantité de carbone séquestrée imposée par la texture du sol. On parle de limite de saturation », a détaillé Claire Chenu. Au regard de ces éléments, il apparaît donc pertinent d’identifier où porter les efforts pour stocker du carbone, c’est-à-dire les sols où règne un déficit de saturation.

Et puis, dans les sols, le carbone organique se trouve en interaction biotique avec la vie du sol, qui en assimile une partie pour en faire de la biomasse, et en expire une autre partie sous forme de CO2. On sait par exemple que le rendement d’assimilation, soit la part de carbone allant à la biomasse sur la totalité du carbone utilisé par les micro-organismes, est supérieur chez les champignons que chez les bactéries. Et on peut donc supposer qu’il est possible de contrôler l’assimilation du carbone organique en faisant varier la composition de la communauté microbienne des sols. Le priming effect, c’est-à-dire le fait que l’apport de matière organique fraîche provoque une surminéralisation de la matière organique déjà stockée dans le sol, va dans le même sens : « L’apport de matières organiques stimule les bactéries, puis les champignons, qui libèrent des enzymes leur permettant de décomposer des composés organiques pauvres en énergie et riches en azote. Les plantes peuvent initier cette boucle en exsudant certaines molécules, ce qui aboutit à la libération d’éléments minéraux, nourrissant la plante en retour. Cet effet serait dépendant à la fois de l’état de la communauté microbienne du sol, et du C/N de la biomasse apportée. La persistance de la matière organique à plus ou moins long terme relève donc bien d’une caractéristique propre à chaque écosystème. »

La couverture permanente des sols augmente les entrées

Pour stocker efficacement du carbone, il apparaît plus pertinent de travailler sur les racines que sur les parties aériennes. Sous cet éclairage, les prairies, les cultures intermédiaires apparaissent comme des leviers particulièrement intéressants. « Il semble également plus pertinent de stocker du carbone en profondeur, car la matière organique persiste plus longtemps dans les horizons profonds, d’où l’intérêt de l’agroforesterie ». La comparaison de différents systèmes de culture révèle que l’agriculture de conservation, qui combine non-labour et couverture permanente des sols, permettrait de stocker plus de carbone que l’agriculture conventionnelle, bas intrants ou encore biologique. Pour Claire Chenu, ce résultat s’explique surtout par l’augmentation des entrées, liée à la couverture permanente des sols.

« Enrichir les sols en matière organique, c’est possible. Cela met en jeu de nombreux processus et facteurs qui doivent encore être affinés. Mais nous disposons déjà de suffisamment d’éléments pour entreprendre », a conclu Claire Chenu.

Plateforme blé Arvalis - institut du végétal et Chambre d'agriculture d’Alsace

Les bonnes clés pour se faire du blé

Cultures

Publié le 03/07/2017

La campagne 2016-2017 de blé s’annonce bien meilleure que la précédente, a déclaré Patrick Bastian, élu de la Chambre d'agriculture d’Alsace, pour introduire cette visite. Ce n’était pas très difficile : on se souvient encore des excès d’eau au printemps, qui ont favorisé le développement des maladies, et du verdict final, lorsque les enveloppes des épis se sont avérées quasiment vides… Alors que les accidents climatiques apparaissent de plus en plus fréquents et violents, Patrick Bastian l’affirme : « La technique est primordiale, c’est elle qui nous permettra de nous adapter à ces évolutions. »

Peu de maladies cryptogamiques

L’un des aspects techniques qui conditionne la réussite du blé est sa protection contre les maladies cryptogamiques. Elle se gère grâce à l’observation au champ et à l’utilisation de modèles qui permettent de prédire l’évolution des principales maladies, notamment la fusariose et la septoriose. « Aujourd’hui en Alsace, le risque se raisonne à partir du niveau d’intensité de la maladie, de la sensibilité variétale et du risque climatique. Arvalis - institut du végétal a élaboré une grille de décision qui, en fonction du précédent et de la sensibilité variétale, renseigne sur la conduite à tenir en matière de protection contre la fusariose », indique Alain Weissenberger, responsable du service filières végétales et agronomie à la Chambre d'agriculture d’Alsace. « Après un maïs en non-labour et avec une variété assez sensible à la fois à la fusariose et à la septoriose, il faudrait prévoir un produit efficace contre la fusariose et aussi contre la septoriose, quitte à en faire l’économie si le risque climatique est faible. À l’inverse, si le précédent n’est pas à risque et que la variété choisie est tolérante à la fusariose, on peut faire l’impasse sur le traitement contre la fusariose et se contenter de traiter contre la septoriose entre le stade deux feuilles et le stade gonflement, en fonction du risque et du climat. Si la variété est tolérante aux deux maladies, la théorie consiste à faire l’impasse. Mais par précaution, il vaut peut-être mieux acheter un produit mixte en morte-saison plutôt qu’en pleine saison, où on aura moins de choix », suggère Alain Weissenberger. La plateforme comporte un essai visant à comparer l’efficacité de différents programmes de protection sur quatre variétés de blé présentant des profils sanitaires différents. Une des modalités comprend un produit de bio contrôle (Nectar), dont l’objectif est de permettre de réduire la dose de fongicide classique. Les autres sont plus classiques et l’une d’entre elles, dite flash, consiste à adapter la stratégie à la situation. Pour ce faire, les techniciens ont utilisé le modèle Precept, qui simule le développement de la septoriose en fonction des données météorologiques. Les contaminations ont été très faibles à l’automne et en hiver, en raison des températures faibles et de la rareté des précipitations. Le mois d’avril a été particulièrement sec, ce qui a posé des problèmes de valorisation de l’azote mais a évité le développement des maladies. « L’objectif de la protection est de protéger l’épi et les deux dernières feuilles, car ce sont elles qui font le rendement. Donc après la floraison, la protection n’est plus nécessaire car les contaminations seront trop tardives pour causer des dégâts », rappelle Alain Weissenberger. Sur la base de ce modèle et des observations de terrain, la modalité flash a donc consisté en un traitement à demi-dose d’Elatus Era sur Advisor, la variété la plus sensible aux maladies, en une impasse totale sur SY Moisson, Foxyl, et même Cellule bien que son profil sanitaire soit un peu moins bon que celui des deux précédentes. Un choix justifié notamment par l’absence de précipitation durant la phase critique de la floraison, donc au risque fusariose limité. Verdict à la moisson ! Mais une chose est sûre : les dégâts liés à la fusariose seront bien moins importants que l’année dernière. On observe très peu de symptômes, y compris dans les situations non protégées. Seule situation un peu plus préoccupante : les épis gelés, qui semblent plus affectés par la maladie.

Des pistes pour déplafonner les rendements

Alors que le rendement moyen du maïs continu d’augmenter régulièrement, celui du blé n’évolue plus autant : « Il progresse de 0,64 q/ha/an, alors que celui du maïs augmente de plus de 1 q/ha/an », constate Didier Lasserre, ingénieur à Arvalis - institut du végétal, qui pointe du doigt un biais induit par des modalités différentes d’inscription des variétés pour le blé et le maïs. Pour le maïs, une nouvelle variété doit obligatoirement améliorer le rendement pour être inscrite. Pour le blé ce n’est pas le cas en raison des bonus liés aux qualités boulangères et technologiques. Néanmoins, Arvalis - institut du végétal et la Chambre d'agriculture d’Alsace ont mis en place un essai visant à chiffrer l’écart entre le rendement du secteur et le potentiel maximal de l’année, et à identifier le poids des facteurs limitants dans cet écart. L’essai comporte huit modalités. La première correspond à la conduite locale de référence. Dans les sept autres modalités, un intrant a été ajouté : plus d’azote (280 unités en quatre apports), un traitement contre les maladies cryptogamiques renforcé, un insecticide d’automne, un insecticide de printemps, de la fertilisation soufrée, de la fertilisation phosphatée, et le tout cumulé dans une dernière modalité intitulée potentiel max, qui doit donc permettre de constater l’effet de pratiques non limitantes. « L’idée c’est de voir si on gagne du rendement, avec quelles modalités, et à quel prix, donc de savoir si c’est rentable de lever les facteurs limitants », indique Didier Lasserre. Ce dernier distingue les intrants de capital (phosphore, potasse, herbicide), des intrants de seuil (contre les pucerons, la verse…), et proportionnels (comme l’azote). Il estime d’ailleurs que « les blés alsaciens sont parfois un peu sous fertilisés ». Ce qu’il explique par une « barrière psychologique » à 200 unités d’azote, qui mériterait pourtant parfois d’être franchie : « On estime que pour faire un quintal de blé il faut 3 unités d’azote. Donc pour faire 100 q il faut 300 unités d’azote. Si on enlève la fourniture du sol et la minéralisation, il faudrait apporter 220 à 240 unités en au minimum trois apports », schématise Didier Lasserre, qui rappelle que le maïs pousse quand l’azote du sol se minéralise, ce qui est moins vrai pour le blé, et justifie donc une fertilisation azotée un peu renforcée. Didier Lasserre estime aussi que les blés alsaciens sont souvent semés trop dense. Ou encore que l’irrigation est parfois arrêtée trop tôt : « Il faut la poursuivre jusque 25 jours après l’épiaison. »

Variétés : un choix stratégique

« Quel est votre principal critère de choix variétal ? », demande Thomas Munsch, d’Arvalis - institut du végétal. Sans surprise, c’est la productivité, répondent les agriculteurs. Mais pas seulement : le profil sanitaire est également important car il peut permettre de réaliser des économies de traitement. Les meilleures variétés sont donc celles qui cumulent productivité et tolérance aux maladies. Parmi les critères secondaires de choix figurent aussi la teneur en protéines du blé, un critère important pour l’export, ou encore la qualité boulangère du blé, qui facilite l’obtention de débouchés intéressants par les collecteurs, et l’adaptation des variétés aux conditions pédoclimatiques locales : « Les variétés précoces sont plus sensibles au risque de gel au printemps. Les variétés plus tardives au risque d’échaudage lors du remplissage… », illustre Thomas Munsch. Guillaume Pfrimmer, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a ensuite présenté aux agriculteurs la vitrine de 40 variétés testées sur cette plateforme. Parmi elles, citons Diamento, régulière, Mogador, au potentiel de rendement intéressant mais moins bonne sur les maladies, LG Absalon, à suivre, Filon, qui affiche une très bonne productivité, Descartes, un SY Moisson renforcé en septoriose, et une référence en matière de tolérance à la fusariose, Chevignon, avec un bon potentiel…

Blé

Des apports d’azote difficilement valorisés

Cultures

Publié le 03/07/2017

Depuis que les blés sont semés, la météorologie s’est caractérisée par un déficit de températures en hiver et un déficit de précipitations en hiver et au début du printemps. En effet, avec des températures moyennes dépassant péniblement 0 °C en décembre et en janvier, les blés n’ont que peu tallé et émis de feuilles. Le tallage s’est donc avéré limité, d’autant plus que le semis était tardif : « Plus les semis ont été réalisés tôt, plus le tallage a été lent et long. Plus les semis ont été réalisés tard, plus le tallage a été rapide et court », détaille Jean-Louis Galais, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Soit le contre-pied de l’année dernière, qui avait été marquée par des excès de talles. Face à des blés clairs et chétifs, la mesure qui s’est avérée la plus efficace a été de réaliser un apport d’azote au tallage : « Réaliser cet apport a permis de ne pas perdre les talles qu’on avait. Par contre ce n’était pas forcément nécessaire de faire un apport important car, à ce stade, les besoins du blé ne sont pas très élevés. D’ailleurs, ce n’est pas l’azote qui fait le tallage, ce sont les températures. Apporter de l’azote a permis de faire plus de végétations. Les talles montent plus, mais on n’en fait pas monter plus », précise Jean-Louis Galais. Et puis cet apport était à raisonner à la parcelle : « Il était surtout justifié dans les situations caillouteuses, hydromorphes, moins face à des blés sains et exubérants. »

600 épis par mètre carré

Cette stratégie s’est avérée d’autant plus payante que, par la suite, les agriculteurs se sont trouvés confrontés à des difficultés de valorisation de l’azote liées au manque de précipitations. « Il y a eu des précipitations en février - mars qui ont permis de valoriser les premiers apports. Mais ensuite, du 20 mars à fin avril il n’a quasiment plus plu alors que les blés atteignaient le stade critique d’épis 1 cm. » Ce sont donc des blés assez clairs qui ont abordé la phase de montaison, et la montée des épis s’est parfois effectuée en situation stressée. « À ce stade, nous étions très inquiets mais, finalement, les apports d’azote réalisés tardivement de manière un peu forcée ont permis aux blés de récupérer. » La plupart des blés se sont donc rattrapés en deuxième partie de campagne grâce à des pluviométries et des températures favorables à la fin de la montaison et à la floraison. Dans la plupart des situations, on dénombre quelque 500 à 600 épis par mètre carré, ce qui n’est pas limitant et qui correspond au seuil au-dessus duquel on est relativement assuré d’atteindre un bon niveau de rendement.

Coup de chaud à la fécondation

Avoir des épis c’est bien. Mais avoir des grains, c’est encore mieux ! Et cela passe par une fécondation efficace, ce qui nécessite notamment du pollen. Celui-ci se forme au cours de la méiose qui, cette année, a été précédée d’un coup de froid qui a fait craindre pour la qualité et la quantité de pollen. Ces craintes sont aujourd’hui levées puisque l’impact sur les blés semble limité. Viennent ensuite l’épiaison et la floraison, qui peuvent mal se dérouler en cas de manque d’azote notamment. C’est au moment de la floraison que se fait la fécondation, donc la formation du nombre de grains par épis. Or, à ce moment-là, un pic de chaleur a été enregistré, induisant un risque de coulure des fleurs. Pour le vérifier, il s’agit d’écarter les glumes et glumelles d’un épillet afin de vérifier la présence effective d’un épi. « Ce coup de chaud a eu un impact limité sur la qualité de la fécondation », estime Jean-Louis Galais. Les températures sont ensuite revenues à la normale, permettant d’atteindre une taille potentielle des grains correcte. La phase de remplissage est désormais en cours. Et le rendement final est donc désormais suspendu au mercure. « On estime la perte de PMG à 0,78 g par jour de température supérieure à 25 °C, rappelle Jean-Louis Galais. Or on a déjà enregistré 14 jours à plus de 25 °C. Cela signifie qu’à chaque fois que le mercure dépasse les 25 °C, cela a un impact sur le PMG, surtout en cas de stress hydrique. Car alors les blés ne sont plus capables de transpirer, donc de réguler leur température. » La semaine qui vient de s’écouler a donc été capitale car « s’il y a une perte de rendement, ce sera à cause du PMG », affirme le conseiller agricole.

Début des moissons estimé au 20 juillet

« Le PMG est d’ailleurs la composante qui plafonne le plus souvent le rendement final », estime Jean-Louis Galais. Or, pour éviter l’échaudage, les deux seuls leviers sont de jouer sur les dates de semis, en pratiquant des semis plus précoces, et le choix variétal, en choisissant des variétés qui font moins d’épis mais des grains plus gros. « L’an passé, il y avait une relation négative entre le nombre d’épis et le rendement. Autrement dit, ce sont les blés les plus moches qui ont été les plus productifs car il y avait moins de biomasse à entretenir », rapporte Jean-Louis Galais.

Vendredi 16 juin, lors de la visite de la plateforme blé d’Arvalis - institut du végétal et de la Chambre d'agriculture d’Alsace (lire aussi en pages 16-17), Jean-Louis Galais a achevé son premier bilan de la campagne 2016-2017 en rappelant qu’entre l’épiaison et la maturité des blés, il faut cumuler 770 °C. La maturité devrait donc être atteinte le 1er juillet. Il ne restera plus alors aux blés qu’à sécher, à raison de 8 % d’humidité tous les 100 °C, ce qui laisse augurer d’un début des moissons au 20 juillet. « Mais s’il faut chaud, ce sera plus rapide ».

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