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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Grand hamster. Programme Life Alister

Un programme ancré sur le terrain

Cultures

Publié le 11/10/2018

Deux principaux facteurs de diminution de populations de grand hamster ont été identifiés : l’évolution des pratiques agricoles et la fragmentation de l’habitat, liée à l’artificialisation des terres. Les pratiques agricoles défavorables au grand hamster sont celles qui laissent les sols trop longtemps nus, l’exposant à ses prédateurs et le privant de ressources nutritives. Et le manque de diversité culturale, qui tend à appauvrir son régime alimentaire. Pour identifier les pratiques les plus favorables au grand hamster, la Chambre d'agriculture a testé l’effet de l’implantation de différentes cultures intermédiaires, de la modification des techniques de travail du sol…

C’est à cette fin que la Cuma de la Plaine a été créée, pour que les agriculteurs expérimentateurs puissent disposer du matériel nécessaire à la réalisation de ces pratiques. Le matériel, présenté sur l’exploitation de Jean-Luc Meppiel, agriculteur à Oberschaeffolsheim et membre de la Cuma, a été entièrement financé par le programme Life Alister et mis à disposition de la Cuma via la Chambre d'agriculture. Parmi ces outils, une houe rotative et une herse étrille (acquise dans un second temps par la Cuma), deux outils utilisés pour procéder à du désherbage mécanique, par exemple dans des céréales au printemps, ou à du sous-semis entre les rangs de blé, une des techniques mises en place durant ces années d’essais pour optimiser la couverture du sol « avec plus ou moins de succès », rapporte Annabelle Revel-Mouroz, conseillère spécialisée en protection des milieux à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Francis Humann, qui pratique l’agriculture biologique, témoigne : « Après avoir semé un blé à l’automne, je sème dedans un pois au semoir direct au printemps. Puis j’effectue un passage de houe pour alléger le sol et un passage de herse pour arracher les filaments d’adventices. »

Dans le panel d’outils figure aussi un semoir à semis direct, qui permet d’implanter une culture dans les chaumes de la culture précédente sans procéder à aucun travail du sol au préalable, ce qui évite d’abîmer les terriers et les galeries du rongeur, et raccourcit la période de sol nu entre deux cultures. Fin 2017, le programme a financé un rolofaca, un rouleau équipé d’une lame qui permet d’écraser un couvert d’interculture et de le transformer en mulch : « La croissance du couvert est stoppée, mais on conserve un microclimat, des ressources nutritives favorables à la faune et, à terme, de la matière organique pour le sol », décrit Annabelle Revel-Mouroz. C’est aussi grâce au programme Life Alister que la Cuma de la Plaine a pu acquérir un strip-tiller, outil qui propose un compromis entre le non-labour et le travail du sol puisqu’il travaille seulement la future ligne de semis, soit environ un tiers de la parcelle.

Découvrez le matériel de la Cuma de la Plaine en vidéo :

Toutes ces techniques favorables au grand hamster s’accompagnent néanmoins de quelques contraintes techniques : « Il faut réussir à maîtriser la concurrence que le couvert exerce sur la culture car il s’agit d’atteindre un équilibre entre préservation du couvert et du rendement de la culture », illustre Annabelle Revel-Mouroz. Ce qui, en système conventionnel, passe par l’application de petites doses d’herbicide.

Petites bêtes, grands effets

Quelle que soit l’obédience des agriculteurs membres de la Cuma, participer au programme Life Alister a changé leur manière de travailler : « Il y a plus de réflexion et aussi plus de passages, avec de la satisfaction mais pas toujours », témoigne Marius Rhinn, agriculteur à Griesheim-près-Molsheim. Francis Humann poursuit : « Partager les expériences des uns et des autres nous a permis de progresser. Cela minimise l’effet des échecs et maximise le nombre d’expérimentations que nous pouvons mener. Il y a aussi eu des passages à l’acte qui n’auraient peut-être pas eu lieu sans la Cuma. » Les agriculteurs ont par exemple acquis du matériel qui leur était utile, sans financement du Life Alister, comme une rotohétrilleuse.

La Chambre d'agriculture a mené des essais afin d’évaluer l’impact de ces pratiques sur la biodiversité au sens large. En 2017 et  2018, des parcelles ont été équipées de pièges à insectes qui ont été relevés toutes les semaines de mai à septembre, que ce soit dans du maïs ou du blé, avec ou sans couvert. « Cette étude a mis en évidence un plus grand nombre d’insectes dans les parcelles avec couvert, ce qui suggère que ces derniers procurent un microclimat favorable à la biodiversité, notamment après la moisson des céréales à paille », analyse Annabelle Revel-Mouroz. En outre, les essais révèlent que les parcelles étudiées se caractérisent par une assez grande diversité d’espèces par rapport à d’autres régions françaises, et par la présence d’espèces dont la population est stabilisée en Alsace alors qu’elle est en baisse ailleurs. « C’est un résultat très encourageant, car il signifie qu’en cas de perturbation de l’environnement certaines des espèces présentes seront en capacité de résister », commente Annabelle Revel-Mouroz. Cela reflète donc une bonne capacité de résilience du système. Sans oublier que les grands hamsters sont des consommateurs de ces insectes, et que certains, comme les carabes, constituent des alliés pour les agriculteurs puisqu’ils prélèvent des ravageurs des cultures, comme les limaces.

La Chambre d'agriculture a également procédé au Tea bag index (TBI) dans plusieurs parcelles d’expérimentation. Pour l’instant, les résultats ne font pas apparaître de différences significatives entre les parcelles conduites avec des pratiques favorables au grand hamster et les autres. Pour Annabelle Revel-Mouroz, l’expérimentation mérite d’être conduite à long terme car l’effet des changements de pratique sur l’activité biologique des sols n’est pas instantané.

Des tubes et des films

Pour contrer la fragmentation de l’habitat du grand hamster, des chercheurs du CNRS ont élaboré des tubes anti-prédation (TAP), permettant aux rongeurs de franchir des infrastructures routières, mais aussi d’échapper à la prédation (lire ci-contre). « L’idée, c’est de créer des connexions, pour encourager les populations de hamster à se disperser », explique Julie Fleitz, ingénieure au CNRS. L’efficacité de ces TAP a été testée en laboratoire et validée en milieu semi-naturel. Ils devraient maintenant venir enrichir les ouvrages existants et futurs.

Dernière réalisation présentée lors de cette journée : trois vidéos visibles sur la chaîne YouTube du projet Life Alister : une présentation du projet, un tuto blé et un tuto maïs. Pour conclure ces échanges, Bernard Gerber, conseiller régional, a salué « le travail d’équipe mené autour de cette petite bête ». Parmi les participants à cette journée de restitution et d’échange figurait un groupe de Hollandais, également confrontés à la problématique de préservation des populations de grand hamster. Preuve que l’un des objectifs du programme Life Alister est d’ores et déjà atteint puisque les solutions qui en sont issues doivent servir de modèle aux autres pays européens.

Découvrez la vidéo de présentation du volet agricole du projet Life Alister :

 

Bureland - Sica Les producteurs alsaciens et lorrains

Éclosion d’une unité de conditionnement

Élevage

Publié le 05/10/2018

Il aura fallu 9,50 M€ d’investissement pour qu’éclose le nouveau centre de conditionnement d’œufs de la Sica Les producteurs alsaciens et lorrains. Avec 5 000 m2 de bâtiments, plusieurs robots high-tech, et un objectif de 190 millions d’œufs emballés annuellement, contre 120 millions auparavant, répartis sur trois sites différents, le projet impressionne par son envergure.

Mais Alfred Zacher, président du conseil d’administration, préfère mettre en avant les hommes et les femmes qui ont permis l’aboutissement de ce projet. Il cite : « André Roeckel et Romain Martin, les anciens qui ont mené le bateau jusqu’ici ». Les 15 familles d’éleveurs de poules pondeuses de la région Grand Est intégrés à la Sica : « C’est la solidarité qui règne au sein de ce groupe qui a permis de passer à l’étape supérieure ». Les plus jeunes éleveurs, qui ont porté ce projet à bras-le-corps à coups de vidéos, de maquettes, et de conviction auprès des collectivités locales et des banques. Les salariés, qui ont été bousculés dans leurs habitudes de travail, mis à contribution pour mettre en route l’outil - avec les difficultés inhérentes à ce type d’exercice - mais dont les conditions de travail doivent, à terme, être améliorées. Les nouveaux salariés, qui ont connu le baptême du feu. Les futurs éleveurs, qui vont bientôt venir grossir les rangs de la Sica, puisque quatre nouvelles familles sont annoncées d'ici 2019, avec des modes d’élevage alternatifs pour répondre à l’augmentation de la demande pour ces parts de marché.

Des robots et des hommes

L’outil en lui-même comprend un local de stockage des emballages et des suremballages. Les œufs sont livrés par camions, sur des palettes déchargées sur des quais de déchargement. Ils sont d’abord stockés dans un local, où ils sont classés par type de production et par date de ponte. Lorsque les œufs partent en conditionnement, la première étape consiste à les extraire des alvéoles à l’aide d’un robot équipé de ventouses. Les alvéoles en plastiques passent dans une laveuse, pour repartir propres chez les éleveurs.

Les œufs sont déposés sur un tapis qui les guide vers la zone de mirage, où sont déclassés les œufs cassés, fêlés et sales. Pour les détecter, la ligne est équipée de micromarteaux qui tapotent les œufs : la résonance n’est pas la même pour un œuf fêlé que pour un œuf intact. Pour l’instant les œufs cassés partent à l’équarrissage. Mais ils pourraient trouver un débouché en méthanisation en partenariat avec la société Agrivalor. Les œufs fêlés et sales partent en casserie, en région parisienne ou en Allemagne.

Les œufs intacts sont ensuite séparés par calibre, grâce à des pesons, et marqués. En fonction de la demande du client figurent : la date de consommation recommandée (DCR), le code de traçabilité de l’élevage, la date de ponte. En fonction de leur calibrage et de leur marquage, les œufs sont dispatchés dans différentes lignes d’emballage, où ils sont déposés dans des alvéoles en carton. À ce stade, la suite des opérations est encore manuelle : des opérateurs placent les boîtes d’œufs dans des cartons et y apposent l’étiquette de traçabilité. Puis, des robots palettiseurs prennent le relais. À terme, il devrait y en avoir quatre.

Traçabilité intégrale

L’ensemble du circuit est tracé et informatisé. Chaque lot d’emballage est accompagné d’une fiche de traçabilité qui est scannée en sortie de dépôt, afin de pouvoir remonter jusqu’au fournisseur en cas de défaut de fabrication, et de gérer les stocks. Chaque palette d’œufs est également tracée avec une étiquette informatique, qui permet de savoir de quel éleveur proviennent les œufs qui passent dans la calibreuse. Chaque boîte d’œufs est marquée d’une étiquette portant la DCR, le numéro de centre de conditionnement, le calibre, parfois la date de ponte, et un QR code, qui est lu par les robots palettiseurs, afin que les bons cartons soient placés sur les bonnes palettes.

Actuellement, le groupement produit et commercialise 160 millions d’œufs par an sous les marques Bureland, œufs de nos villages, et sous diverses marques de distributeurs. Rien que sous la marque Bureland, la gamme est très diversifiée, avec des œufs datés du jour de ponte, plein air, extra-frais, bio, sol, éleveur engagé… Une segmentation qui tend à démultiplier les types d’emballage et justifie l’investissement dans des équipements adaptés. Bien que très automatisé et informatisé, ce processus emploie tout de même 50 salariés répartis en deux équipes qui permettent de faire fonctionner l’outil de 6 h à 19 h 30. Découvrez le centre de conditionnement en images :

Un projet structurant pour la filière

Pour Alfred Zacher, une telle réalisation était devenue nécessaire pour « assurer l’avenir de la filière, accueillir une nouvelle génération de producteurs et continuer à rester présent sur tous les tous les créneaux de commercialisation, de la vente directe à la ferme aux GMS, en passant par les grossistes. » Son fils, Mathias, avance d’autres arguments qui ont pesé en faveur de la construction de cet outil : la nécessité de moderniser des installations vieillissantes, d’anticiper les évolutions réglementaires, d’améliorer les conditions de travail, les performances économiques, l’impact territorial et environnemental…

Le projet n’aurait pas vu le jour sans l’engagement de plusieurs personnes. Alfred Zacher cite notamment Étienne Wolff, maire de Brumath et conseiller départemental, qui a facilité l’implantation du site dans la zone industrielle de Brumath Nord, soit au centre des trois anciens sites de conditionnement - qui sont aussi les plus gros fournisseurs du centre de conditionnement - et à proximité des axes routiers. Patrick Bastian qui, surmontant une prudence initiale liée au montant de l’investissement, a fait avancer le projet : « Ce qui m’a convaincu, c’est que ce projet contribue à renforcer une filière. Car derrière ce centre, il y a des couvoirs, des fabricants d’aliments, des éleveurs… Tout cela méritait d’investir. Et ses trois porteurs de projets ont fait preuve de beaucoup de pragmatisme et de professionnalisme. » Il a donc œuvré pour obtenir un soutien de la Région Grand Est. Soutien qui s’est avéré supérieur à celui que pouvait octroyer la seule Région Alsace : « Ça a ouvert l’horizon, et les banquiers ont suivi », rapporte-t-il. Jean Rottner, président de la Région Grand Est, confirme : « La Région dispose d’un budget ciblé pour soutenir les industries agroalimentaires, les nouvelles technologies… Avec votre projet, vous avez coché un certain nombre de cases, ce qui vous a permis de bénéficier d’une aide de 1,35 M€ sur un budget total de 4,50 M€. » Alfred Zacher remercie également Jean-Michel Staerlé, responsable de développement à l’Adira, le Crédit Mutuel, le Crédit Agricole et Alsabail qui ont contribué au financement du projet, ainsi que les familles Martin, Roeckel et Zacher qui, en se portant caution, « se sont lancées dans l’aventure en engageant leurs propres deniers ».

Après les tâtonnements du début, l’outil est désormais rodé. La certification International food standard (IFS) a été obtenue en août 2018, l’agrément sanitaire a été accordé suite à l’inspection de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) début septembre, et le site a été audité avec succès par un important client fin septembre. Le chiffre d’affaires est attendu en hausse, à près de 12 M€.

Blé

Moins de chimie, mais plus d’aléas

Cultures

Publié le 04/10/2018

Les mois de décembre et janvier ont été chauds, mais le mois de février a été marqué par le gel : « Le froid s’est installé de manière progressive, sans impacter les céréales qui ont eu le temps de s’endurcir progressivement », note Pierre Geist, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. « D’ailleurs, précise-t-il, du début à la fin du tallage, le blé résiste bien au gel. C’est moins vrai après, donc le risque augmente si le blé est plus avancé et confronté à une gelée tardive, quelle que soit la variété. » En avril et en juillet, les températures sont reparties à la hausse, et même bien au-dessus des normales saisonnières. Les précipitations ont été importantes d’octobre à décembre, sans toutefois pénaliser les semis de blé. « Ils ont été réalisés du 8 au 25 octobre, soit la même plage que les années précédentes et dans de bonnes conditions, avec une levée rapide. »

Après un mois de janvier très pluvieux, « qui a pu provoquer de mauvais enracinements », février et mars ont été plutôt secs. En sortie d’hiver, les reliquats azotés se sont avérés plutôt faibles, mais le tallage a été correct et le stade épi 1 cm a été atteint normalement, début avril. Le conseiller signale quelques cas de carences en soufre lorsqu’il n’y a pas eu d’apport car l’élément a été lessivé par les précipitations importantes. « Il existe des seuils de précipitation par type de sol qui doivent déclencher un apport de soufre, à réaliser lors du premier apport d’azote », précise Pierre Geist. Lorsque les températures se sont emballées au mois d’avril, la croissance du blé a suivi : « La montaison a été très rapide et la valorisation du second apport a été compliquée, d’où une production de biomasse limitée, entraînant un nombre d’épis dans la fourchette basse dans certaines parcelles et une réduction du nombre de fleurs formées. » Au stade épiaison, les blés avaient huit jours d’avance par rapport aux deux années précédentes.

La septoriose a été quasiment absente cette année puisque les premières taches ont été observées sur la F3 début mai. Par contre, la fusariose a pu être favorisée par les épisodes orageux en fonction des secteurs. À noter aussi que la variété nemo, censée être tolérante à la rouille jaune a développé la maladie, ce qui fait penser à un contournement de facteur de résistance par l’agent pathogène. « C’est à surveiller car il s’agit d’une maladie qui se propage très vite », interpelle Pierre Geist. Au final, le blé a été de bonne qualité sous tous critères, mais le rendement a été moyen, à 72 q/ha en Alsace : « Les composantes de rendement qui pêchent le plus sont le nombre de grains par épis et le poids de mille grains », conclut Pierre Geist.

Septoriose : critère de choix variétal n° 1

Comme chaque année, les collecteurs, Arvalis et la Chambre d'agriculture ont mené des essais variétaux, répartis sur l’ensemble du territoire. Filon est la variété la plus performante en termes de rendement : elle sort à 106 % de la moyenne des essais, mais avec une variabilité de rendement importante selon les sites. Ses points négatifs sont sa sensibilité à la verse et à la fusariose. Par contre, c’est une variété qui peut se mettre en terres superficielles. Elle est suivie par chevignon, qui fait 104 % de la moyenne des essais, et qui est plus régulière. Sacramento, à 103,6 %, « n’a pas vraiment de tare, hormis celle d’exprimer les mycotoxines, ce qui suggère d’éviter de l’implanter après un maïs grain ». Fructidor arrive à égalité et se comporte bien quels que soient les sites. Tenor, à 102,8 %, affiche un bon PS, un bon taux de protéines, « c’est une variété précoce, peu sensible aux mycotoxines », note Pierre Geist. Suit un peloton formé des variétés nemo, diamento et absalon. « Nous n’avons pas testé les variétés solindo et advisor, mais elles l’ont été par Arvalis et semblent aussi intéressantes », précise Pierre Geist.

Au final, les variétés préconisées par la Chambre d'agriculture pour la prochaine campagne sont advisor, chevignon, diamento, filon, fructidor, absalon, nemo, cesario, sacramento… Pour les conseillers agricoles, les critères de choix variétaux doivent être, et dans cet ordre : la tolérance à la septoriose car il s’agit de la maladie la plus nuisible en Alsace, la tolérance à la fusariose, la tolérance aux rouilles brunes et jaunes, qui risquent d’être de plus en plus prégnantes avec la hausse des températures estivales, et la tolérance à la verse.

Maladies cryptogamiques : adapter la stratégie au contexte

Pour 2019, la gamme de solutions chimiques pour lutter contre les maladies cryprogamiques du blé risque encore de s’amoindrir. D’ores et déjà, Laurent Fritzinger annonce qu’une seule application de tébuconazole (matière active contenue dans les produits Horizon, Prosaro) est autorisée par an. Et que les produits contenant de l’epoxiconazole ne seront plus mélangeables. « Ce qui revient à limiter fortement l’utilisation des produits à base d’epoxiconazole en solo, puisque pour éviter l’apparition de résistance on cherche à associer différentes matières actives », note le conseiller.

Il rappelle que la lutte chimique contre la fusariose s’apparente à un jeu de roulette russe : « Il n’y a que deux jours pour intervenir au bon moment, c’est-à-dire quand les premières étamines sont visibles, car c’est à ce moment que l’épillet est ouvert et réceptif au produit. S’il pleut et qu’il faut retarder l’intervention après les contaminations, l’efficacité du traitement sera moins bonne, donc mieux vaut jouer sur la tolérance variétale. » En matière de lutte chimique, la famille des triazoles affiche la meilleure efficacité pour un coût d’environ 40 €/ha. Il existe aussi des produits de moyenne gamme qui suffisent lorsque la pression n’est pas trop élevée. Sinon « il faut les compléter avec d’autres matières actives sur les épis et alterner les familles chimiques. »

Désherbage : à la carte

« L’entrée de la gestion du désherbage, c’est le risque de concurrence à l’automne », rappelle Pierre Geist. Si ce dernier est important, « alors il faut miser sur un traitement d’automne. S’il est faible on peut opter pour un traitement de printemps. » Parfois même on peut ne pas désherber du tout, même si cette opportunité reste « exceptionnelle » en système conventionnel. Le choix des matières actives est ensuite à réfléchir en fonction de la flore présente qui est le plus souvent composée d’un mélange de graminées et de dicotylédones. Pour les traitements de prélevée, il ne reste plus beaucoup de familles de produits. Pierre Geist cite la spécialité Trooper (flufénacet et pendiméthaline), dont l’action est « à renforcer », par exemple avec Defi (prosulfocarbe). L’isoproturon, désormais interdit, « peut être remplacé par du chlortoluron, sauf sur les sols drainés ou saturés en eau. » Parmi les antidicotylédones, les produits type Allié (carfentrazone-éthyle et metsulfuron-méthyle) sont à positionner tôt, sur des adventices d’une à trois feuilles. « Sur les plus développées, de trois à quatre feuilles, il faut privilégier la famille des sulfonylurées. Les produits à base d’hormones peuvent être utilisés encore plus tard, mais mieux vaut éliminer les adventices le plus tôt possible », préconise Pierre Geist.

Régulateurs de croissance : impasse possible

En matière de régulateur de croissance, aucune nouveauté à se mettre sous la dent. Par contre, certaines spécialités ont été interdites. « L’application d’un régulateur de croissance est une intervention dont on peut se passer deux ans sur trois », rappelle Laurent Fritzinger. La première entrée pour en faire l’économie est la sensibilité variétale car avec une variété sensible, « il faut quasiment traiter à coup sûr ». Le deuxième critère, c’est la densité de pied en sortie d’hiver, elle-même conditionnée par la densité de semis, qui ne doit pas être trop importante. « C’est en avril et début mai, durant la montaison, que se joue le risque de verse. Car c’est lorsque la plante cherche le soleil que sa tige s’allonge et qu’elle devient plus sensible à la verse », poursuit Laurent Fritzinger. Le dernier critère d’évitement de la verse, c’est la gestion de la fertilisation azotée, qui doit être raisonnée, en particulier au premier apport. L’application d’un régulateur de croissance doit se faire par un temps poussant, pour que le produit migre dans la plante, « avec une bonne hygrométrie, une température moyenne de 10 °C et une amplitude thermique inférieure à 15 °C ». La Chambre d'agriculture a élaboré une grille d’évaluation du risque de verse. S’il est faible, il est possible de faire l’impasse sur les régulateurs de croissance. Sinon « une application de Cycocel bien placée à épi 1 cm suffit souvent ». Enfin, Laurent Fritzinger attire l’attention sur un point réglementaire : « Le mélange de produits qui portent la phrase de risque H301 est interdit ».

Dégâts de sangliers

« Il faut tirer, tirer, tirer »

Vie professionnelle

Publié le 28/09/2018

Ce n’est plus une prairie, c’est une vaste étendue de mottes de terre. Face à l’ampleur des dégâts, Bertrand Richard, qui cultive cette prairie sur les hauteurs de Steige, est amer, d’autant qu’il affirme avoir signalé les dégâts lorsqu’ils ont commencé. Mais la réponse apportée par les chasseurs locaux n’a, semble-t-il, pas été assez rapide, ou pas assez efficace. « Maintenant, le mal est fait ! » Et le cas de Bertrand Richard n’est pas unique. C’est même plutôt la règle dans le val de Villé. Les élus locaux le confirment : les prairies sont devenues un vaste terrain de jeux pour les sangliers. La FDSEA renchérit : cette progression des dégâts de sangliers sur prairie concernerait même tout le département. « De nombreux agriculteurs nous ont alertés pour signaler des dégâts sur prairie, en montagne comme en plaine », indique Laurent Fischer, responsable du dossier chasse à la FDSEA du Bas-Rhin.

Des sangliers avides de protéines

Pour les agriculteurs, la cause de cette progression n’est pas compliquée à établir : c’est parce que la population de sangliers est trop importante. Actuellement, quelque 17 000 sangliers sont officiellement abattus chaque année dans le Bas-Rhin. Mais « si les dégâts augmentent, c’est que la population augmente. Et qu’il faut la réduire », plaide Laurent Fischer. Rejoint par Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA : « Ce n’est pas compliqué : si on veut limiter les dégâts, il faut réduire la population. Il n’y a pas 36 solutions. » Les chasseurs, eux, sont plus nuancés : « Les sangliers ont un an de sécheresse derrière eux. Ils sont actuellement à la recherche de protéines qu’ils trouvent dans les prairies sous forme de vers, ce qui les pousse à sortir de la forêt », explique Pascal Perrotey-Doridant, directeur du fonds d’indemnisation des dégâts de sangliers. Un argumentaire que les agriculteurs balaient d’un revers de main : « Nous ne sommes pas responsables de la sécheresse », lance Bertrand Richard. Au contraire. Les agriculteurs en sont les premières victimes. Et ces dégâts de sangliers ne font qu’alourdir leur peine : le manque de fourrage est déjà problématique. Les prairies saccagées, même si elles sont ressemées, ne pourront pas être récoltées l’an prochain, et les éleveurs ne peuvent même pas compter sur une indemnisation décente : « Comme il n’y a pas de regain à cause de la sécheresse, il n’y a pas de perte de récolte, donc pas d’indemnisation », dénonce Bertrand Richard.

Autre effet collatéral : « Nous sommes nombreux à avoir souscrit des MAE pour nos prairies. Dans l’état actuel, elles ne correspondent pas au cahier des charges. Et l’administration peut nous sanctionner pour cela. » En outre, il y a un problème d’estimation des dégâts, poursuit Laurent Fischer. Car si visuellement « seule » une partie d’une prairie est retournée, dans les faits, c’est bien la totalité de la parcelle que l’agriculteur devra broyer, égaliser, ressemer, fertiliser… « Une prairie, ce n’est pas comme une culture de maïs », souligne Gérard Lauler, agriculteur à Breitenbach. Même restaurée, elle va mettre plusieurs années à retrouver son plein niveau de production. Du coup, il estime que « les indemnisations ne compensent pas les pertes. » Ici, les cailloux affleurent et « il y a beaucoup plus de travail de remise en état que ce qui nous est payé. » Sans parler du préjudice moral : « Ces prés, c’est notre outil de travail. Nous n’avons que ça pour nourrir nos bêtes. »

Désormais, les agriculteurs touchés s’interrogent. Deux options s’offrent à eux : ressemer les prairies maintenant au risque de voir ces jeunes semis saccagés par les sangliers, ou ne pas le faire, au risque de compromettre toute récolte de fourrage sur ces prairies l’année prochaine. « Les meilleurs dégâts ce sont ceux qui n’existent pas, résume Yohann Lecoustey, directeur adjoint de la FDSEA, Car après, il faut quand même les réparer, et les agriculteurs n’ont pas que ça à faire. » Enfin dernier sujet d’inquiétude : la peste porcine africaine, véhiculée par les sangliers, est potentiellement transmissible aux élevages porcins. Car si la maladie, présente en Belgique, devait atteindre la France, la viande porcine française ne pourra plus être exportée, et les cours pourraient chuter.

Tir : « Toutes les vannes sont ouvertes »

Pascal Perrotey-Doridant, directeur du fonds d’indemnisation des dégâts de sangliers, rappelle que des mesures ont déjà été prises pour endiguer le phénomène. Une commission rassemblant les services de l’État, la fédération des chasseurs, la FDSEA et les lieutenants de louveterie (NDLR : des agents bénévoles de l’État ayant une mission de service public) a été créée et « passe à la moulinette les dégâts de gibier constatés pour chaque locataire de chasse ». S’ils sont trop élevés et persistent à l’être après en avoir été avertis, les locataires de chasse peuvent être mis en demeure. Et, après deux mises en demeure, le propriétaire de la chasse peut se séparer de son locataire. « Jamais aucun maire n’a osé résilier de contrat de chasse avec un chasseur », nuance Laurent Fischer. Et la méthode engendre d’autres problèmes. En effet : qui tire si le contrat de chasse est résilié ?

« Ici, nous avons affaire à des dégâts lourds », estime Philippe Wolff, responsable de l’unité chasse et pêche à la Direction départementale des territoires (DDT). En matière de tirs « toutes les vannes sont ouvertes », indique-t-il. Les sangliers peuvent être tirés du 15 avril 2018 au 1er février 2019, y compris la nuit (hormis en bois, forêt, et bosquet, sauf exception, lire ci-dessous) et sous toutes les formes : mâles, laies, marcassins. Un arrêté complémentaire a été pris pour autoriser le tir de nuit avec une source lumineuse jusqu’au 31 octobre. Le tir de nuit est également autorisé en forêt du 15 octobre au mois de mai, même si cette pratique prête à contestation puisque si elle permet de prélever quelques individus, elle risque aussi d’en inciter d’autres à quitter la forêt. L’extension de cette pratique pourra être étudiée en Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDFS). Mais, pour Philippe Wolff, il s’agit d’un palliatif non indispensable. La solution la plus efficace pour réduire les populations reste les battues, si possible coordonnées. Ce que confirme le lieutenant de louveterie local qui rappelle que les maires peuvent imposer des battues à leurs adjudicataires. Dans un secteur où prairies et forêts se touchent, Gérard Lorber propose de « tirer les sangliers aux points d’agrainage et, s’ils sortent de la forêt, les tirer aussi en prairies. »

Trop de sangliers, et pas assez de chasseurs

En 2017, le FIDS a indemnisé 971 929,32 € de dégâts pour 913 ha de cultures détruites, contre 559 686,25 € pour 522 ha en 2018. Pour Pascal Perrotey-Doridant, c’est bien la preuve qu’on peut arriver à inverser la tendance. Mais aux incitations à tirer davantage, il oppose le vieillissement de la population de chasseurs. En effet, ce « hobby » ne fait plus rêver les foules. La FDSEA s’est approchée de la fédération des chasseurs pour faire passer leur permis de chasse à des agriculteurs. « Ça aurait permis de rajeunir la population de chasseurs, mais on nous a répondu qu’il n’y avait pas assez de formateurs », déplore Laurent Fischer. Réponse de Christian Muller, de la fédération départementale des chasseurs du Bas-Rhin : « Nous avons lancé un appel aux candidats pour passer le permis de chasse : nous avons eu trois réponses. » Il précise : « C’est vrai qu’il manque des inspecteurs, mais nous sommes en train de régler ce problème ». Il affirme : « Des battues concertées ont été organisées au mois de juillet dans les secteurs de Fouchy et de Neuve-Église ».

« Il faut avancer sur l’estimation des dégâts et l’indemnisation de la remise en état », estime Laurent Fischer. Les agriculteurs souhaitent que les dégâts en zone de montagne fassent l’objet d’un traitement particulier, tant pour l’estimation que pour l’indemnisation. Tandis que Jean-Marc Riebel, président de la communauté de communes de la vallée de Villé, pointe un écueil : « Comme par le passé, les indemnisations des dégâts subis par les agriculteurs ne suivaient pas, ils ont arrêté de les déclarer. Or il faut le faire. Cela permettra de coordonner les battues, un sujet que nous avons à travailler avec les chasseurs. » Philippe Wolff a annoncé que des battues vont être organisées à partir du mois de novembre sur une quarantaine de lots. Le bilan sera dressé en hiver. En outre, il s’est exprimé en faveur de l’élaboration d’une méthode d’estimation et d’indemnisation des dégâts propres aux zones de montagne. Les différentes parties ont décidé qu’après qu’un estimateur est venu évaluer les dégâts, les travaux de restauration de la prairie visitée seront confiés à une ETA qui enverra la facture directement au FIDS. Une expérience qui doit permettre de comparer le coût réel des travaux à l’indemnisation touchée par les agriculteurs. Et de réajuster le tir en cas de déséquilibre manifeste…

Politique agricole commune

La profession agricole rencontre les députés européens

Vie professionnelle

Publié le 21/09/2018

Responsables d’Organisations professionnelles agricoles, de syndicats agricoles, élus locaux, représentants de l’État, ils étaient nombreux à assister à cette soirée d’échanges, qui a débuté par une visite de l’exploitation agricole de Franck Sander, et plus précisément de son atelier consacré à la production de houblon. Une visite qui a permis de poser quelques jalons pour la suite du débat puisqu’ont été abordés des thèmes comme la difficulté à recruter de la main-d’œuvre, l’importance d’encourager la diversification des agriculteurs y compris dans des activités telles que la méthanisation ou le photovoltaïque, le manque de solutions phytosanitaires homologuées pour les cultures mineures comme le houblon, les distorsions de concurrence avec l’Allemagne, qui bénéficie à la fois d’un coût de la main-d’œuvre moindre et de davantage de solutions phytosanitaires homologuées, la nécessité de pouvoir travailler en filières organisées. Franck Sander a d’ailleurs évoqué l’élaboration en cours d’une interprofession réunissant producteurs de houblon et brasseurs français : « Des avocats d’affaire sont en train d’en fixer le cadre », a-t-il indiqué.

Pour une agriculture diversifiée et pourvoyeuse d’emplois

« Cette rencontre avait été prévue à l’issue du blocage de raffineries qui avait pour objectif de réclamer la définition d’un vrai projet agricole, et de dénoncer l’importation de denrées agricoles produites avec des règles moins strictes que celles auxquelles sont soumis les agriculteurs français », a rappelé Hervé Lapie, président de la FRSEA Grand Est. Cette réunion avait pour vocation de donner à chacun l’occasion d’exprimer ses attentes pour la prochaine Pac : « Nous n’allons pas rentrer dans la caisse à outils des différentes mesures qui pourraient être prises, prévient Hervé Lapie, mais présenter notre ambition pour l’agriculture du Grand Est, qui est une agriculture diversifiée et pourvoyeuse d’emplois. »

Pour le président de la FRSEA Grand Est, l’agriculture européenne doit rester une agriculture de production, mais diversifiée. « C’est la solution pour l’agriculture de demain. Chaque agriculteur doit pouvoir trouver son projet pour créer de la valeur ajoutée sur son exploitation », estime-t-il. Autres valeurs défendues : « Une agriculture familiale », avec « des filières organisées ». Ses attentes sont fortes en matière de sécurisation des revenus : « Nous avons besoin d’outils à même de nous donner de la compétitivité ». Car en filigrane de la question du revenu financier, c’est la reconnaissance du métier qui est en jeu : « Le secteur agricole rend service aux consommateurs européens. Or les revenus des agriculteurs sont très inférieurs au revenu français moyen depuis 2012. Il s’agit de redonner de la dignité et de la valeur au métier d’agriculteur. De nous donner les moyens d’entreprendre, de nous rémunérer, d’installer des jeunes… Car un métier qui ne se renouvelle pas est un métier qui meurt. » Sans oublier qu’au-delà de produire une alimentation saine, de qualité et en quantité suffisante, les paysans détiennent aussi les clés de la sauvegarde de la biodiversité, de l’évolution du climat, de la dynamique des territoires ruraux, plaide Hervé Lapie : « L’agriculture c’est de l’environnement, et sans agriculture il n’y a pas d’environnement ».

Renouveler les générations

La question du renouvellement des générations est bien évidemment au cœur des préoccupations des Jeunes Agriculteurs, représentés par Étienne Losser, président des JA du Grand Est : « Seuls 6,5 % des agriculteurs européens ont moins de 35 ans. La population agricole est vieillissante. » Plus généralement, Étienne Losser a le sentiment que « le C de la Pac a été perdu, il n’y a plus de projet commun, les règles ne sont plus les mêmes pour tout le monde, ce qui induit des distorsions de concurrence. L’objectif de régulation des marchés a été abandonné et les paiements découplés ont entraîné des situations de rente, détachées de l’acte de production. »

Face à ce constat, les Jeunes Agriculteurs plaident pour une politique d’installation européenne favorisant le renouvellement des générations. Et pour une Pac qui « accompagne les filières, prévoit des dispositifs pour mieux gérer les risques, comme la diversification, les fonds de mutualisation, l’assurance risque… » Concrètement, les Jeunes Agriculteurs soutiennent une définition de l’actif agricole basée sur l’acte de production, sur des critères de revenu et de temps de travail dans l’objectif de favoriser l’accès au foncier et de limiter les situations de rente. Autre mesure suggérée : conditionner le maintien des aides à un projet de transmission.

Un double enjeu, économique et environnemental

Pour la députée européenne Angélique Delahaye, la prochaine Pac doit répondre à un double enjeu de performance économique et environnementale : « Il est absurde d’opposer agriculture et environnement. Les premières victimes du changement climatique sont les agriculteurs. » Or, regrette la députée européenne, le projet déposé par la Commission ne contient pas un mot sur la gestion des risques et des crises. « Il s’agit pourtant d’inventer de nouveaux systèmes de gestion, car les systèmes fiscaux ne sont pas suffisants. »

Anne Sander a, quant à elle, insisté sur la nécessité de « jouer collectif pour ne pas être perdant ». Coutumière des dossiers afférents à l’emploi, la députée européenne a rappelé que l’objectif de l’Europe « n’est pas de restreindre la mobilité et le marché de l’emploi car il y a besoin de cette mobilité, notamment pour l’agriculture ». Mais que cette mobilité doit être accompagnée, notamment en travaillant sur « la coordination de la sécurité sociale, l’encadrement du contrat de travail, sujet sur lequel il y a d’ailleurs des spécificités agricoles à porter. »

« Le vrai risque, c’est que la Pac devienne moins agricole et moins commune », estime le député européen Arnaud Danjean. Moins agricole parce que, comme ces dossiers soulèvent aussi des questions environnementales, sociales, fiscales et commerciales, ils sont traités par d’autres acteurs que ceux émanant des structures agricoles. Et « ce qui est décidé en commission agricole peut être détricoté par d’autres commissions ». Moins commune parce que « nous assistons à des replis nationaux dans tous les domaines depuis dix ans, avec le Brexit pour paroxysme. Il s’agit donc de savoir placer le curseur entre une nécessaire flexibilité liée aux spécificités de chaque pays et une renationalisation totale dont nous sortirions perdants. » Arnaud Danjean pointe une autre menace pour la Pac : « Une négligence croissante pour la ruralité, avec beaucoup de méconnaissance de la part des élus. »

Mettre de la chair sur le squelette

« Le projet qui a été mis sur la table par le commissaire agricole Phil Hogan fixe un cadre, un squelette, et chaque pays doit construire une stratégie qui sera analysée. Il s’agit de remettre de la chair sur ce squelette, ce qui requiert de savoir ce que l’on met dans ce cadre commun. Nous avons besoin de vos avis, de vos propositions… », a indiqué Michel Dantin, qui a pris des notes à plusieurs reprises au cours de la soirée. Et il va falloir faire vite puisque les députés européens ont jusqu’au 10 novembre pour proposer des amendements. Ensuite, en termes de calendrier, la seule date certaine est celle des prochaines élections européennes, qui auront lieu le 26 mai.

Une autre chose est sûre : le budget européen dédié à la Pac va diminuer, ne serait-ce que parce qu’il y a un pays en moins, le Royaume-Uni, qui contribuait plus à la Pac qu’il n’en bénéficiait. Et aussi parce que « la réalité internationale oblige à avancer sur les politiques de défense, de sécurité communes et de répression de la délinquance. » Mais pour Michel Dantin, couper de façon drastique dans le budget de la Pac « alors que d’autres puissances sont en train de réarmer leurs budgets agricoles, que ce soit les États-Unis, la Chine, l’Inde… » n’est pas une option satisfaisante. Donc, pour défendre ce budget, « la France doit prendre des positions claires ».

Concrètement. Les aides couplées : « Nous nous battons pour les défendre. Mais il faut les faire évoluer, en y associant autre chose. » La conditionnalité : « Il faut tirer le bilan du verdissement et déterminer ce qu’on maintient, ce qu’on simplifie ». Michel Dantin rapporte que la Commission européenne envisage de consacrer 30 % du budget de la Pac au second pilier : « Il y a un consensus pour dire qu’au regard du budget ce n’est pas possible. » Luc Barbier, président de la FDSEA de Meurthe-et-Moselle, met en garde sur le règlement Omnibus, qui modifie l’approche de la Pac : « En déconnectant les aides directes vers des aides à l’investissement, on risque de laisser des producteurs de côté. » Il évoque aussi les zones intermédiaires, dont cinq départements de la région Grand Est pourraient relever : « Avec quel accompagnement ? Sur quel budget ? Et par quel biais ? ». Michel Dantin évoque aussi la question des fonds mutuels, que « la fièvre porcine peut faire avancer… » Quant à Patrick Bastian, tout en défendant les aides du second pilier, notamment à l’investissement et à la modernisation, il regrette leur « gestion désastreuse ». Michel Dantin précise qu’il ne s’agit pas là d’un problème européen, mais français : « La gestion des aides du second pilier a été confiée aux Régions sans cadre ni cahier des charges. Chacun a son mea culpa à faire », car trop de mesures différentes ont été mises en place : « Il faut en choisir moins, et qu’elles soient plus structurantes. »

Mais avant de rentrer dans les rouages technocratiques, il faut défendre le budget de la Pac. « L’autosuffisance alimentaire n’est pas acquise et doit être défendue. C’est un argument qui avait permis à Dacian Ciolos de sauver le budget de la Pac après la crise alimentaire de 2011. » Autres arguments avancés par le député européen : le maintien de la valeur ajoutée dans les territoires ruraux européens et la sécurité sanitaire. Il estime en outre que la sécheresse peut avoir un impact sur les tractations européennes : « Quand la baguette de pain va augmenter, ça va faire bouger les cartes », avance-t-il.

Filière volaille de chair bio

Le GIE Les Plumes bios du Grand Est est né

Élevage

Publié le 20/09/2018

Le GIE Les Plumes bios du Grand Est émane de la filière longue poulets bios lancée en 2010 en Alsace. À l’époque, il y avait quatre éleveurs, un couvoir, deux abattoirs et une production de quelque 500 poulets par semaine. Peu à peu, la filière s’est structurée, notamment par la création d’une association d’éleveurs, Les Plumes bios du Grand Est, en 2015. « Aujourd’hui nous sommes 15 éleveurs, 55 bâtiments, le couvoir de l’Est, la minoterie Dornier, les abattoirs Siebert et Meyer, deux centres de formation - à Rouffach et à l’Alpa de Nancy -, l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba) et la Chambre d'agriculture Grand Est (Crage). Et nous produisons quelque 5 000 poulets par semaine, soit 260 000 poulets par an », décrit Francis Humann, président du nouveau GIE et de l’association d’éleveurs.

Toutes ces parties prenantes étaient déjà en relation, mais la création d’un GIE de moyens permet d’associer producteurs et fournisseurs dans une même entité tout en conservant des structures juridiques distinctes. Objectif : « Apporter la synergie nécessaire au bon fonctionnement de l’ensemble en mettant tous les opérateurs autour de la table afin d’identifier les freins et de les lever en optimisant l’organisation du travail, le planning, le soutien technique, pour progresser ensemble vers une filière plus innovante, plus respectueuse de l’environnement et apportant un vrai plus sur les exploitations. » Concrètement, le GIE aura un conseil d’administration et un fonctionnement collégial, avec des rencontres tous les trimestres entre les différents acteurs.

La reconnaissance en tant que GIE permet en outre de bénéficier d’un soutien financier pour structurer la filière, notamment de la part de la Région Grand Est. Les éleveurs continueront à bénéficier du soutien technique de la Crage, notamment pour la veille sanitaire. L’animation sera assurée par l’Opaba, qui s’apprête, elle aussi, à se structurer avec ses homologues du Grand Est en janvier. « Fabricant d’aliment, couvoir, abattoir, éleveur, chaque opérateur fait son métier et doit être correctement rémunéré pour cela. C’est ce que permet le GIE, en mettant en commun nos compétences et nos métiers. Mais c’est une démarche qui demande l’adhésion de tous, et notamment des éleveurs qui doivent assurer l’approvisionnement local de l’aliment », poursuit Francis Humann. Le GIE doit notamment permettre de mieux planifier la production. Car les abattoirs, qui sont aussi metteurs en marché, doivent s’adapter à une consommation de volaille qui évolue vers davantage de découpes et de produits transformés.

Enfin, la création de ce GIE sera aussi l’occasion de mettre sur le papier certaines formalités orales en vue de l’intégration de futurs nouveaux membres. « Le GIE doit permettre à chacun de connaître les règles au départ », indique Francis Humann. Car le GIE a déjà un projet dans les cartons : la diversification des éleveurs dans la production de pintades bios.

Kuhn

Toujours plus strong

Technique

Publié le 20/09/2018

Demain, il faudra nourrir de plus en plus de monde avec de moins en moins d’agriculteurs. Les machines agricoles sont donc de plus en plus grandes et de plus en plus perfectionnées. Et, pour les assembler, il faut pousser les murs. C’est ce qui est en train de se passer à Saverne et Monswiller, le fief du constructeur alsacien de machines agricoles Kuhn.

Une logistique à flux tendu

Le 13 septembre dernier, Kuhn inaugurait son centre logistique (CLC), implanté au cœur de l’usine de Saverne : un outil de 10 000 m² représentant un investissement de 20 millions d’euros (M€). Son objectif : alimenter en pièces les lignes de montage de sous-ensemble en mode « juste à temps », c’est-à-dire que seules les pièces nécessaires au montage sont préparées. Une évolution rendue nécessaire par l’élargissement de la gamme d’outils à monter, et leurs équipements de plus en plus spécifiques. À la clé, des économies de temps pour changer de ligne (une demi-journée contre deux jours), et une économie de place au niveau des ateliers de montage qui devrait permettre d’installer de nouvelles lignes.

Le chantier du CLC a nécessité la destruction de trois bâtiments. Les travaux ont commencé en février 2016. Il a fallu terrasser 12 000 m3 de terre, poser 1 200 t de charpente métallique… Désormais, chaque jour, une trentaine de camions livrent les pièces détachées, qui passent par un contrôle qualité avant d’entrer au stock. À l’intérieur, le bâtiment prend la forme d’un « magasin grande hauteur automatisé » : une sorte de bibliothèque composée de six allées formées par des racks de 20 m de haut comportant 35 000 emplacements, entre lesquels s’agitent trois robots qui préparent les commandes en piochant parmi les multiples références. Les commandes sont élaborées au bon moment et à la bonne quantité par des opérateurs. Une fois la commande complétée par les robots, elle est expédiée à la chaîne de montage adéquate grâce à des trains logistiques, qui empruntent des boucles de livraison au fil desquelles les wagons se détachent.

Une extension de 23 M€ pour MGM

Il y a 10 ans, Kuhn investissait dans une infrastructure dédiée au montage des grandes machines (MGM) sur le site de Monswiller, pour 28 M€. Un investissement rendu nécessaire car « avec l’augmentation de la gamme et de la taille des machines, l’outil existant arrivait à saturation », rappelle Yves Guehl, directeur des opérations sur le site de Monswiller. Avant d’illustrer : en 10 ans, la taille des outils a augmenté de 30 %, ils sont désormais tous bardés d’électronique - ce qui contribue à augmenter le nombre de composants et le temps d’assemblage - et plus de 30 projets de machines XXL sont dans les cartons des ingénieurs.

Dès lors, le Groupe Kuhn va encore étendre ses infrastructures industrielles à Monswiller : des lignes de montage supplémentaires, l’extension des zones de stockage et un nouveau bâtiment d’expédition représentant 26 000 m2 pour un investissement total de 23 M€, seront réalisés dans le prolongement des bâtiments existants. 290 salariés sont actuellement employés par MGM, et le projet devrait créer jusqu’à 160 emplois, ce qui porterait cet effectif à 450 personnes. L’objectif annoncé par les dirigeants du groupe est de démarrer l’exploitation de cette extension fin 2019. Le processus est engagé puisque les permis de construire ont été accordés, précise Pierre Kaetzel, maire de Monswiller, dont 14 % du ban sera couvert par Kuhn à l’issue de l’opération. Conclusion de Thierry Krier, président de Kuhn Group et directeur général de Kuhn SA : « Ce projet marquera l’histoire du groupe ».

Préparer l’avenir

« Avec ce projet d’extension, nous arrivons aux limites du site de Monswiller dans sa configuration actuelle », annonce Dominique Schneider, directeur général délégué aux finances. Avec 100 000 m2 de bâtiments érigés sur ce site pour 100 M€ d’investissement en 20 ans, les parcelles sont quasiment intégralement utilisées. Or, déjà d’autres projets nécessitant du foncier se profilent. C’est pourquoi le groupe constitue une réserve de foncier en acquérant une parcelle de 34 hectares de forêt adjacente. « Nous devons disposer d’une réserve foncière à long terme, sinon nous ne pourrons pas mener de projets à court terme », justifie Dominique Schneider. Parmi eux, il cite : l’agrandissement de Kuhn Parts et d’un atelier de mécano-soudure, la construction d’un nouveau site de R & D, visant à regrouper ce pôle qui emploie 150 personnes… Or cette parcelle était classée en forêt de protection, où les travaux autorisés sont strictement limités par le code forestier. Il a donc fallu le soutien de l’État et des collectivités locales pour obtenir le déclassement de ce terrain. Mais le groupe Kuhn se défend de procéder à une artificialisation inconsidérée du territoire : avant le défrichement - qui devrait intervenir fin 2021 - une compensation aura été organisée avec l’Office national des forêts (ONF), et une étude environnementale aura été menée.

Pour Patrick Hetzel, député du Bas-Rhin, « cette première administrative est conforme à l’intérêt général ». Une vision que partage Jean-Luc Marx, préfet de la Région Grand Est, pour qui il faut savoir utiliser l’espace avec sagesse : « Le partage de l’espace évolue, on ne peut pas le figer ». Il rappelle qu’avec 39 % du territoire couvert par la forêt, l’Alsace est un des territoires les plus boisés de France, et que ce taux de boisement s’est accru. Et, s’il se dit « pénétré par la nécessité de préserver les espaces forestiers » parce que leur régénération est menacée par le changement climatique et la pression exercée par le gibier, il estime que « des surfaces peuvent être échangées ». Reste que dans un avenir assez proche, ces extensions vont impliquer d’autres travaux, notamment de voirie, pour les adapter aux dimensions des engins qui sortent des usines Kuhn.

Retrouvez l'inauguration du CLC en images :

 

Gastronomie

Les bas morceaux rehaussés

Pratique

Publié le 19/09/2018

L’expression « bas morceaux » désigne les morceaux situés à la base de la carcasse d’un animal en position debout. Et il y en a dans toutes les carcasses : Samuel Balzer, de la boucherie éponyme, cite la poitrine ou le pied pour le porc, le navarin pour l’agneau, la basse côte pour le bœuf… S’ils ont été qualifiés de « bas », c’est donc en raison de leur positionnement anatomique. Pas de leur qualité gastronomique. Il n’empêche, ce qualificatif à connotation péjorative participe peut-être un peu de leur délaissement par les consommateurs. Pourtant, rappelle Jacqueline Riedinger Balzer, présidente des bouchers-charcutiers-traiteurs d’Alsace, ils sont la base de nombreuses spécialités qui font la réputation de la cuisine à la française : pot-au-feu, bœuf bourguignon, blanquette…

Pour elle, qualifier ces morceaux de « bas » relèverait même de l’injustice. Car non seulement ils sont à même de stimuler la créativité des chefs de cuisine, mais aussi de révéler tout le savoir-faire des artisans bouchers-charcutiers-traiteurs, capables de transformer une carcasse dans son ensemble : « Valoriser tous les morceaux, c’est faire preuve de respect envers le produit », argumente-t-elle. Autrefois, rappelle-t-elle, les bas morceaux étaient cuisinés et ce n’est qu’avec les restes de ces plats qu’on confectionnait un hachis, lui-même valorisé en diverses préparations (en Alsace des Fleischschnaka, des Fleischkiechle). Or, en dix ans, la viande hachée n’a cessé de gagner des parts de marché, c’est-à-dire que les bas morceaux sont hachés directement. « On saute une case », regrette Jacqueline Riedinger Balzer ? Car cette case correspond à un patrimoine à préserver et à transmettre. C’est tout l’objectif de l’opération « Haut les bas morceaux », qui sera l’occasion de redécouvrir des recettes ancestrales, de (ré) apprendre à cuisiner ces morceaux - souvent moins chers, pour ne rien gâcher.

Du 21 septembre au 28 octobre, les bas morceaux seront donc à la carte de 12 restaurants membres des Étoiles d’Alsace, et sur les étals de 14 bouchers-charcutiers-traiteurs. « Les artisans ont un rôle important à jouer dans la revalorisation de ces morceaux, car ils peuvent inciter les clients à prendre d’autres morceaux que les filets, les entrecôtes… », souligne Jacqueline Riedinger Balzer. Mais cette opération fournit aussi aux cuisiniers l’occasion de sortir des filets, entrecôtes, bavettes et autres carpaccio. D’ailleurs, pour élaborer les recettes qui seront proposées lors de cette opération « nous avons constitué des binômes entre chefs et artisans qui ont travaillé dans une formidable synergie », indique Jacqueline Riedinger Balzer.

« Une cuisine qui cocotte »

Paleron de veau confit, salade de queue de bœuf au foie gras d’oie, poitrine d’agneau farcie aux trois poivrons… Voici quelques recettes innovantes nées de ce travail collaboratif entre chefs et artisans. « Les bas morceaux sont intéressants à travailler car ils sont révélateurs des talents du cuisinier, de sa maîtrise de la température, du temps de cuisson, qui doit souvent être long, ce qui explique que ces morceaux sont trop souvent délaissés », note Antoine Husser, président des Étoiles d’Alsace. Pourtant, estime le chef, ces morceaux ont leur place sur toutes les cartes de restaurants : « C’est une cuisine qui cocotte, qui permet de faire beaucoup de choses avec des épices, des herbes, qui exhalent de multiples odeurs et saveurs. »

Enfin, à noter qu’en partenariat avec Alsace Destination Tourisme, les recettes proposées durant cette opération ont été réunies dans un recueil, édité à 10 000 exemplaires, qui sera diffusé pendant toute la durée de l’opération dans les boucheries et restaurants participants. Histoire de pouvoir aussi réhabiliter les bas morceaux à la maison.

Grands Moulins de Strasbourg

Cherche repreneur

Vie professionnelle

Publié le 19/09/2018

L’entreprise bénéficie d’un outil industriel fonctionnel, même s’il profiterait de quelques investissements supplémentaires pour être modernisé, d’un important bassin de consommation, donc de clients fiables et fidèles, de blés de qualité… Mais traîne deux boulets : une amende de 29 millions d’euros (M€) infligée par l’Autorité de la concurrence pour des accords commerciaux jugés illicites, et un impayé de presque 20 M€ à l’export.

Dans ce contexte, l’entreprise peine à assurer son fonctionnement. D’où la mise en redressement judiciaire, pour tenter de trouver un repreneur à même de préserver l’activité du groupe, donc le débouché qu’elle représente pour ses fournisseurs de matière première, dont fait partie le Comptoir agricole : « Bon an mal an nous livrons un tiers des blés collectés par le groupe Comptoir agricole aux Grands Moulins de Strasbourg », indique Denis Fend, directeur de la coopérative. Il précise que la production alsacienne de blé est largement déficitaire : « La production est de 400 000 tonnes de blé par an, pour une capacité d’écrasement régionale de quelque 700 000 t ». Dont 350 000 t par an par le site de Strasbourg des GMS (soit 1 200 t par jour et 25 à 30 millions de sachets de farine conditionnés annuellement), peut-on lire sur le site internet du groupe.

Des gains de compétitivité à trouver

Après une semaine de mise sous redressement judiciaire, Vincent Thiry, directeur juridique des GMS, ne peut que constater : « L’avenir dépendra de notre repreneur et de son projet. Notre objectif est de trouver un repreneur à même de préserver et maintenir le groupe dans toutes ses activités. Nous sommes en ordre de marche pour atteindre cet objectif. Nous multiplions les pistes et les contacts. Car nous croyons au potentiel que représente notre outil industriel, notre marché, avec une clientèle qui nous fait confiance, tout comme nos fournisseurs. Nous avons conscience que nous sommes un acteur important de l’économie locale. Et que la situation actuelle est compliquée pour tout le monde. » Le second souffle que cherche actuellement l’entreprise passera sans doute par des investissements qui permettront de gagner en performance et en compétitivité.

Chrysomèle des racines du maïs

Le ravageur prend ses quartiers dans le Rhin supérieur

Cultures

Publié le 18/09/2018

Les partenaires réunis au sein du projet transfrontalier Innov. AR ont organisé une journée dédiée à la chrysomèle afin de prendre connaissance des dernières recommandations pour endiguer la progression des populations de ce ravageur, dont les captures ont explosé de chaque côté du Rhin durant la campagne maïsicole 2018.

Dans le Bade-Wurtemberg, il n’y a désormais presque aucun piège sans infestation. Et la hausse des captures est généralisée à toute la bande rhénane. Raphaël Maurath, du Landkreis Breisgau Hochschwartzwald, illustre : dans l’arrondissement de l’Ortenau (N.D.L.R. : arrondissement du Bade-Wurtemberg situé dans le district de Fribourg-en-Brisgau), en 2018, 20 556 adultes ont été piégés par 150 pièges, soit en moyenne 134 adultes par piège. Certes « il n’y a pas encore de dégâts visibles ni sur les racines ni sur les feuilles, rapporte Raphaël Maurath. Mais la chrysomèle constitue une menace pour la production à l’avenir ».

En Alsace, « au 29 août 2018, le nombre de captures était de 21 196 sur 135 pièges, dont 127 ont capturé, contre 5 831 captures l’an dernier sur 144 pièges », rapporte Jean-Louis Galais, conseiller à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Au-delà de l’explosion du nombre de captures, il attire l’attention sur la proportion de pièges qui capturent. Elle est désormais de 94 %, « ce qui reflète la colonisation du territoire ». En outre, si la moyenne est de 157 captures par piège, la médiane est de 43 captures par piège, ce qui reflète des niveaux de capture importants sur quelques pièges.

Les recommandations de lutte élaborées par Arvalis (voir tableau) dépendent de la densité de population de la chrysomèle, et de la sensibilité du maïs au stress hydrique. « Comme la chrysomèle dégrade le système racinaire, elle affecte la capacité de la plante à aller puiser de l’eau », explique, Jean Baptise Thibord, d’Arvalis. Si la tendance aux périodes de sécheresse estivales devait se prolonger, les seuils de nuisibilité de la chrysomèle pourraient donc être plus rapidement atteints que prévu. En matière de seuil de nuisibilité, Jean Baptise Thibord n’a pas de chiffre unique à avancer : « Les seuils de nuisibilité sont très différents en fonction des conditions locales, des itinéraires techniques, de l’exposition au stress hydrique. L’abondance des chrysomèles ne fait pas tout et nous sommes en train de conduire des essais qui visent à établir des seuils de nuisibilité dans différentes conditions. »

Modéliser les populations

La chrysomèle faisant désormais partie du pool entomologique du Rhin supérieur, l’enjeu consiste désormais à pouvoir prédire son développement afin d’optimiser la surveillance des adultes en simplifiant les protocoles, c’est-à-dire en faisant coïncider les périodes de captures avec les vols. Cela passe par un travail de modélisation du développement phénologique des populations de chrysomèle dans le Rhin supérieur, sur lequel s’est penchée Doriane Hamernig, d’Arvalis. Modéliser le cycle de la chrysomèle devrait en outre pouvoir permettre de formuler des recommandations en matière de dates de semis. Une technique de lutte envisageable étant soit d’avancer les semis, avec pour objectif d’avoir des systèmes racinaires plus développés, donc plus résistants, lors de l’émergence des larves ; soit de retarder les semis, afin d’affamer les premiers stades larvaires en l’absence de racines de maïs.

« La modélisation du développement phénologique consiste à prévoir la proportion de la population qui atteint chaque stade pour une date donnée », précise Doriane Hamernig. Pour ce faire, elle a testé des modèles élaborés aux États-Unis, qui prédisent la date d’émergence de 50 % des adultes, ce qui correspond au pic de vol. Puis ces modèles ont été ajustés en fonction des données issues des captures réalisées en Alsace et dans le Bade-Wurtemberg entre 2014 et 2017 et de données météorologiques. « Car, illustre-t-elle, plus il fait chaud, plus la chrysomèle se développe. » De ces données, il ressort que la date d’émergence de 50 % des adultes se situe entre le 26 juillet et le 26 août, mais est très variable, ce qu’il s’agirait justement de préciser à l’aide d’un modèle, tout comme la variabilité des pics de vol d’une même année en fonction des zones. Doriane Hamernig a étudié trois modèles : « Le modèle davis1 prédit l’émergence des adultes en fonction d’un cumul de degrés jours à partir de la levée de la diapause. Le modèle davis2 est similaire et intègre en plus des données climatiques moyennes du lieu concerné. Le modèle Elliott est un modèle phénologique mécaniste considérant différents compartiments - les œufs, les stades larvaires et les pupes, et les adultes - et intégrant les températures du sol, calculées à partir de la température de l’air. »

Résultats des investigations : « Le modèle davis1 atteint une précision de 10 jours. Mais les pics de vol de certaines années sont mal prédits comme 2016, 2011 ou 2013. Ce modèle a donc du mal à discriminer les années précoces et très tardives. Le modèle davis2 est légèrement plus précis et prend mieux en compte l’effet des années. Enfin, le modèle Elliott n’est ni précis, ni très performant. » Les différents modèles ont également tourné en 2018, qui s’est caractérisée par des températures excédentaires au mois d’avril, ce qui laissait présager des pics de vol plus précoces, ce que les modèles ont effectivement prévu, et de manière encore plus précoce que ce qui a été effectivement détecté sur le terrain. Didier Lasserre avance une explication à ce résultat : « Les pièges ont été posés le 10 juillet et les premières captures ont été observées le 15 juillet. Les pièges ont donc peut-être été posés trop tard. »

Conclusion de Doriane Hamernig : « Les modèles actuels permettent de prédire la date d’émergence de 50 % des adultes avec une précision de 9-10 jours ce qui n’est pas suffisant. Et certaines années - notamment précoces - sont mal prédites. Pour améliorer ces modèles il faudrait ajouter d’autres facteurs climatiques, comme l’humidité à la pupaison, et les effets des températures extrêmes sur la population de chrysomèle. »

Développer des techniques de lutte alternative

Si la rotation reste la meilleure des méthodes de lutte, des leviers alternatifs existent : « Insecticides bios contre les adultes, levures, confusion sexuelle à l’aide de phéromones, favoriser la présence d’auxiliaires avec des bandes enherbées, des installations pour insectes, pour oiseaux, application de nématodes enthomopathogène… », liste Mareile Zunker, du LTZ Karlsruhe. Actuellement, la méthode la plus aboutie est celle utilisant un nématode parasitoïde (spécialité Dianem, lire en page suivante). Par contre, « les biostimulants du sol n’ont pas eu le succès escompté », constate Mareile Zunker, qui cite aussi des mesures prophylactiques comme la gestion des pailles de maïs, qui sont une source d’infection.

Pour que la lutte par les nématodes soit efficace (l’efficacité moyenne est de 50 à 60 %, mais peut aller de 30 à 90 %), de bonnes conditions d’application sont nécessaires. En effet, l’application des nématodes s’effectue en parallèle du semis. Ils sont généralement incorporés vivants dans le sol lors du semis ou quelque 10 jours après, de 2 à 10 cm de profondeur, ce qui les expose à la chaleur et peut poser problème. Or ils doivent survivre dans le sol jusqu’à l’apparition des larves de chrysomèle. Des essais sont en cours sur d’autres souches de nématodes, qui pourraient apporter un gain d’efficacité. Quoi qu’il en soit, les nématodes sont en général plus efficaces que les standards chimiques. Enfin, le LTZ mène des essais sur des associations de cultures, type maïs ensilage/féverole, avec « des résultats prometteurs », rapporte Mareile Zunker, qui conclu : « Le panel de méthodes de lutte augmente, le potentiel est là. Il s’agit désormais d’encourager le recours aux solutions biologiques par la réglementation. » Car la meilleure méthode de lutte restera la rotation, combinée à l’utilisation de produits « à bas risque », ce qui requiert « une harmonisation de la réglementation européenne en la matière ».

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