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Bérengère de Butler

Bérengère de Butler est journaliste à l'Est agricole et viticole.

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Bienvenue à la ferme

Une offre clarifiée

Pratique

Publié le 22/11/2018

« 45 % des consommateurs connaissent la marque Bienvenue à la ferme, mais la plupart ne savent pas ce qu’il y a derrière », rapporte Valérie Simon, animatrice du réseau Bienvenue à la ferme en Alsace, citant une étude réalisée au niveau national pour la marque de vente directe et d’accueil à la ferme portée par les Chambres d’agriculture. D’où la volonté de recentrer l’offre des 8 000 agriculteurs du réseau sur deux items, Mangez fermier, qui regroupe l’offre en produits fermiers, et Vivez fermier, qui rassemble la restauration, l’hébergement, les activités à la ferme… Avec un message unique - « Venez nous voir » - qui doit porter l’idée que, « derrière chaque produit, il y a un producteur », souligne Valérie Simon. Ainsi repositionnée, la marque doit être mieux comprise et, par ricochet, les bénéfices de l’adhésion au réseau améliorés.

Cette évolution s’accompagne de la rédaction de nouveaux cahiers des charges. Celui de l’offre Vivez fermier a été validé en juin : « Il est axé sur le respect d’une ambiance fermière et ne comporte pas d’éléments réglementaires », indique Valérie Simon. Par contre, son obtention sera assujettie à la détention d’une certification type Meublé de tourisme ou Gîtes de France.

Un suivi personnalisé pour les adhérents

Les services liés à l’adhésion au réseau Bienvenue à la ferme évoluent également. Principale nouveauté : un suivi personnalisé. Avec une première visite deux ans après l’agrément, puis une visite tous les cinq ans. Ce suivi comprend un diagnostic commercial, qui débouchera sur l’élaboration d’un plan de progrès. Ces visites seront aussi l’occasion de vérifier la conformité des adhérents au (x) cahier (s) des charges et de prodiguer des conseils pour améliorer leur offre. « Nous allons effectuer les premières visites début 2019 », annonce Violette Guillaumé.

Autre nouveauté : les adhérents vont progressivement être équipés d’un kit d’accueil comprenant des flèches directionnelles, un tablier, des autocollants, des sacs kraft, des tote bag, un panonceau d’agrément, des sachets de graines, des stylos, des pic-prix…

Nouvelle cotisation

En 2018, la construction de la cotisation évolue. Elle comprend désormais trois niveaux. Une partie est destinée à l’association, soit 30 €, un montant qui reste inchangé. Somme à laquelle s’ajoute un droit d’entrée, dont le prix a doublé de 2017 à 2018, passant de 50 à 100 €, mais qui inclut le kit de communication, d’une valeur de 45 €. Une part de la cotisation revient aux organismes coordonnant le réseau, dont la Chambre d'agriculture. Et cette part a augmenté, passant de 4 830 € en 2017 à 17 640 € en 2018. Une hausse qui s’explique par la mise en place du service de suivi personnalisé. En effet, il va représenter une charge de travail supplémentaire pour les conseillers, qu’il s’agit de rémunérer. Enfin, une part de la cotisation va au réseau national, géré par l’Assemblée permanente des Chambres d’agriculture (APCA). Son montant dépendait autrefois des démarches poursuivies par les adhérents. Désormais, il est unique.

Au final, après être passée par pas mal de « turbulences », convient Georges Kuntz, président de Bienvenue à la ferme en Alsace, cette nouvelle construction de la cotisation s’avère « plus simple et plus claire », et devrait rester stable. Les cotisations constituent d’ailleurs une ligne majeure des comptes d’exploitation de l’association, suivies par le soutien accordé par la Région Grand Est. Résultat : les comptes de l’association sont équilibrés, avec un excédent de plus de 9 000 € en 2017.

Un réseau Grand Est en construction

En 2019, le réseau Grand Est devrait prendre de l’ampleur. D’ores et déjà, il bénéficie d’une animatrice, d’une élue et d’une directrice. Des journées d’échange ont été organisées et d’autres sont à venir : le 26 novembre sur l’accueil d’enfants, et le 8 janvier sur l’organisation d’une porte ouverte à la ferme. Animateurs et élus prévoient en outre un voyage d’étude en Allemagne, plus précisément dans le sud du Bade Wurtemberg en mars 2019.

Concours du plus beau rayon de fruits et légumes d’Alsace 2018

Du très haut niveau

Pratique

Publié le 15/11/2018

Du 2 au 6 octobre derniers, plusieurs jurys composés de producteurs, grossistes, directeurs de magasin, responsable de centrales d’achat, salariés de Sodexo, journalistes, ont arpenté les rayons des 50 points de vente ayant participé à la cinquième édition de ce concours. Ces derniers étaient classés en catégories, afin de pouvoir comparer ce qui est comparable. Il y en avait cinq : les supérettes, les supermarchés, les hypermarchés, les magasins de producteurs et les restaurants Sodexo, représentant la restauration hors domicile.

Les réalisations des chefs de rayon fruits et légumes étaient notées sur différents critères : impression générale, soin apporté à la présentation, assortiment de la gamme, respect de la saisonnalité, présentation des produits, qualité et fraîcheur, information du consommateur (étiquetage), qualité, utilisation des objets publicitaires élaborés par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) pour mettre en avant et valoriser les fruits et légumes d’Alsace, mise en valeur des produits bios, de saison…

Pour des étalages attractifs 365 jours par an

C’est Pierre Lammert, président de l’Ifla, qui a accueilli les participants à la cérémonie de remise des prix à la cave du Roi Dagobert à Traenheim. Ses remerciements sont allés à la Région Grand Est, aux jurés, à Sara Guntz et Yannick Wihr, chevilles ouvrières de ce concours à l’Ifla, à Boris Wendling, vice-président de l’Ifla où il représente les distributeurs, et bien sûr aux magasins et restaurants participant : « Nous avons vu de très belles choses, fruits d’importants efforts pour mettre en avant les fruits et légumes d’Alsace », s’est félicité Pierre Lammert, qui estime que la mise en avant de ces produits par des étalages attractifs constitue un atout pour les producteurs, les distributeurs et les consommateurs. Car cela incite les consommateurs à manger davantage de fruits et légumes. Donc à en acheter plus. D’après lui, les ventes de fruits et légumes augmenteraient de 10 à 30 % dans les magasins participants durant l’opération. Du coup, pourquoi se limiter à quatre jours par an ? Pour Pierre Lammert, il y a tout intérêt à mettre les fruits et légumes d’Alsace en lumière 365 jours par an.

Nous faisions partie du jury, retrouvez notre tournée en images, avec une interview de Sara Guntz :

 

Appro

Corteva Agriscience investit 16 M€ à Cernay

Cultures

Publié le 09/11/2018

Corteva Agriscience, c’est la nouvelle entité née de la fusion de DuPont et Dow AgroSciences, consommée le 1er septembre 2017. Fusion qui va se traduire par la séparation des activités de DowDuPont en trois sociétés distinctes, sans liens financiers et toutes trois cotées en Bourse. Corteva Agriscience (de Core, le cœur, et Teva, la nature) regroupera les activités agricoles de DowDuPont : essentiellement protection des cultures et semences.

Des produits d’origine naturelle

Un jeu de chaises musicales qui se traduit par des restructurations et la réorganisation de l’outil industriel. Un site de fabrication de produits phytosanitaires a notamment été fermé en Angleterre. En Alsace, Corteva Agriscience compte trois sites de production, à Drusenheim (Dow AgroSciences), Cernay et Uffholtz (DuPont). Le site de Cernay, s’en sort plutôt bien : « Il devient un centre européen pour différentes actions… », indique Jean-Philippe Legendre, directeur de Corteva Agriscience France. Créé en 1982, ce site, spécialisé dans la synthèse, la formulation et le conditionnement de produits phytosanitaires, emploie actuellement 380 personnes et une centaine d’intérimaires. Bientôt plus.

Car la création de Corteva Agriscience va faire tripler le budget dédié à l’investissement. Et Cernay va hériter d’une des activités supprimées en Angleterre : le conditionnement de trois spécialités phytosanitaires. Qui plus est des produits qui ne sont - a priori - pas menacés d’un retrait d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) puisqu’il s’agit de dérivés de produits naturels. Le Spinosad (spécialité Success 4…) est un produit obtenu par fermentation bactérienne, utilisable en agriculture biologique en vigne, arboriculture, maraîchage pour lutter contre des insectes ravageurs des cultures. Le Spinetoram (spécialité Radiant…) est également un insecticide, essentiellement autorisé pour des usages sur vigne. L’Inatreq active est un fongicide obtenu par fermentation bactérienne de Streptomyces, dont la matière active vient d’être autorisée en Europe pour des usages sur grandes cultures contre la septoriose et la rouille.

Création d’emplois

Pour Patrice Swinnen, directeur de production des sites de Cernay et Uffholtz, l’annonce de cet investissement ne pouvait être qu’une bonne nouvelle : « Il marque la confiance de Corteva Agriscience pour son site de Cernay, qui voit sa capacité de production renforcée, sa gamme de compétences élargie avec le conditionnement de produits naturels qui répondent à la demande de la société et des agriculteurs. » Outre la construction d’une nouvelle unité de conditionnement de 4 000 m2, l’investissement de 16 M€ couvre également la transformation de trois lignes de production déjà existantes sur le site de Cernay, pour permettre d’accroître leur débit. La nouvelle installation devrait être opérationnelle en septembre 2019. À terme, cet investissement devrait entraîner la création de 50 postes d'ici 2022, dont 20 d’intérimaires.

La production des sites alsaciens est destinée au marché domestique mais également, pour une grande part, à l’exportation. « Cet investissement doit donc contribuer à développer les exportations françaises. Il marque aussi notre capacité d’innovation, portée par quelque 7 000 chercheurs qui ont pour mission de développer des solutions innovantes répondant aux exigences croissantes des consommateurs en matière de développement durable, de moyens de production. Ce projet représente une avancée dans la transition pour produire avec une pression chimique moindre », s’est félicité Éric Dereudre, directeur Europe du Nord de Corteva Agriscience. En espérant que le cadre réglementaire le permette : « La réglementation européenne en matière de produits phytosanitaires est très exigeante, ce qui nous pousse à l’être. Mais la situation peut devenir problématique en cas de surtransposition de la loi ». Une disposition de la loi issue des États généraux de l’alimentation consiste, par exemple, à interdire la production et le stockage en France de produits phytosanitaires interdits à la commercialisation en France. Ce qui concerne un certain nombre de spécialités produites par Corteva Agriscience en France.

D’autres nouveautés à venir

Cet investissement, c’est la partie émergée de l’iceberg. « Chaque année, Corteva Agriscience investit quelque 10 % de son chiffre d’affaires, soit 1,4 milliard de dollars (Md$) dans la recherche et le développement avec l’ambition de fournir des solutions aux agriculteurs, grâce à un portefeuille équilibré entre des produits phytosanitaires innovants et des semences », souligne Éric Dereudre. Dans les quatre prochaines années, quatre spécialités à base de matières actives innovantes vont être mises sur le marché par Corteva Agriscience. Zorvec est un anti-mildiou homologué sur pomme de terre et vigne qui sera disponible pour la prochaine campagne. Arylex, un herbicide développé sur céréales, devrait être homologué sur colza, où il constituerait une solution de désherbage en postlevé, pour un désherbage plus ciblé. InaTreq active, fongicide grandes cultures d’origine naturelle, est en cours d’évaluation en France et pourrait être mis sur le marché en 2020. Enfin, Nitrapyrine est un inhibiteur de nitrification développé pour optimiser l’efficacité des engrais azotés.

« Tous ces produits reposent sur de nouvelles matières actives, issues de familles chimiques différentes de celles qui sont actuellement sur le marché », souligne Jean-Philippe Legendre. Ils vont donc permettre d’alterner les modes d’action des solutions de contrôle des ravageurs, alternance indispensable à l’évitement de l’apparition de phénomènes de résistance. Une bonne nouvelle donc pour le monde agricole, car la mise sur le marché de solutions réellement innovantes se fait de plus en plus rare. Éric Dereudre rappelle : « Il faut compter une dizaine d’années de recherche, d’études et de développement avant qu’un produit phytosanitaire soit mis le marché. » Et les produits dits « naturels », ou de biocontrôle, sont en général encore un peu plus difficiles à inventer et à produire à l’échelle industrielle. Dans le cas du Spinosad, par exemple, la molécule active est instable. L’élaboration d’une spécialité commerciale a donc nécessité de stabiliser cette molécule, ce qui a été effectué par greffage. Un stratagème dont l’élaboration nécessite du temps et des moyens.

Que ce soit dans le domaine des applications foliaires, des traitements de semences, des biostimulants, les équipes de Corteva Agriscience sont amenées à innover pour concilier efficacité et innocuité. Pour gagner en expertise dans ces domaines émergents, Corteva Agriscience noue donc des partenariats avec des sociétés tierces. « Notre critère numéro 1 c’est la performance de nos produits », tient à préciser Éric Dereudre. Au-delà des produits phytosanitaires et des semences, Corteva Agriscience va aussi développer un troisième volet d’activité : le digital. « Nous travaillons sur des outils devant permettre d’optimiser les traitements », indique Jean-Philippe Legendre. Soit des outils d’aide à la décision, des solutions d’e-learning, de pilotage des interventions par imagerie satellite…

Prés-vergers

Du bois plutôt que des fruits

Technique

Publié le 06/11/2018

Les prés-vergers qui façonnent les paysages d’Alsace Bossue et des Vosges du Nord sont un vestige de l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne en 1870. « Pour l’Allemagne, l’Alsace c’est un peu le Sud, alors que pour la France c’est un peu la Sibérie », compare Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Dès lors, les autorités allemandes ont dévolu ce nouveau territoire à la production de fruits. Les vergers familiaux, autrefois situés au cœur des villages, ont été transférés en périphérie, et développés. À cette évolution s’est greffée une économie du fruit, qui a bien fonctionné jusque dans les années 1970, mais qui périclite depuis : « Le manque de débouchés pour les fruits remet en cause le fonctionnement du système », constate Claude Hoh. Les agriculteurs qui essaient encore de commercialiser cette production n’arrivent pas à la valoriser correctement : à peine 12 cts/kg pour des pommes bios, 20 cts/kg pour les quetsches, témoignent-ils. Du coup les fruits ne sont plus guère ramassés et constituent un danger pour les animaux qui pâturent dans les prés. L’excès de quetsche n’est pas très bon pour leur transit. Pire, une pomme mal engagée peut étouffer une vache.

« La conservation des vergers traditionnels est inscrite dans la charte du territoire du Parc naturel régional des Vosges du Nord », note Cécile Bayeur, responsable agriculture et gestion des espaces ouverts. Une volonté politique qui a donné lieu à différentes actions : plantations d’arbres, cours de taille et d’entretien, commandes groupées d’arbres organisées par les associations arboricoles. Plusieurs leviers de valorisation des récoltes existent, comme un pressoir à jus de pommes, un atelier de pressage de noix en huile, des plateformes de collecte de fruits… Mais ça ne suffit pas à rééquilibrer l’important différentiel entre le potentiel de production et les besoins. Rien que sur le ban de Butten, « il y a plus d’arbres que d’habitants », indique Claude Hoh. Très précisément 4 042, surtout des quetschiers, pruniers, pommiers, mais aussi des mirabelliers, cerisiers, poiriers, noyers. Qui produisent quelque 342 tonnes de fruits, estime Claude Hoh, ce qui représente « 120 000 litres de jus de pomme ou 500 l d’eau-de-vie ou encore 180 000 tartes ». De quoi nourrir plusieurs fois tous les habitants de Butten, même convertis au régime frugivore…

Faire évoluer les prés-vergers

Dommage, car le concept de pré-verger est plutôt intéressant d’un point de vue agronomique. En effet, il permet de maximiser la production agricole, en exploitant au mieux l’espace aérien et souterrain : les précipitations, l’ensoleillement, les réserves nutritives, tout est optimisé. Alors, plutôt que de laisser ces vergers péricliter et pénaliser les performances d’élevage, Claude Hoh propose de faire évoluer progressivement ces prés-vergers. Première étape : sortir les quetschiers qui arrivent en bout de course et qui produisent les fruits les plus difficiles à valoriser. Les remplacer par d’autres espèces, soit d’arbres fruitiers plus adaptés à la demande, par exemple des pommiers précoces, soit des essences destinées à la production de bois, comme l’alisier, le cormier, l’érable champêtre, le tilleul, le noyer… Il restera alors à organiser des chantiers de récolte concertés, pour valoriser au mieux ces nouveaux produits. Mais pas avant plusieurs décennies, ce qui laisse le temps aux producteurs de s’organiser !

Pour Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d'agriculture d’Alsace et éleveuse en Alsace Bossue, le modèle des prés-vergers doit perdurer : « Nous sommes nombreux à pratiquer l’agriculture biologique, ce qui implique l’obligation de faire pâturer nos troupeaux. Or avec le dérèglement climatique, les épisodes de fortes chaleurs estivales risquent de se répéter, et nous devons pouvoir procurer de l’ombre aux animaux. Sans oublier que les arbres constituent des puits de carbone et contribuent donc à atténuer le changement climatique. »

Fruits et légumes bios d’Alsace

Vers un cahier des charges plus restrictif

Cultures

Publié le 02/11/2018

Les ventes de fruits et légumes bios progressent depuis plusieurs années. Au premier semestre 2018, elles représentent 14,3 % du volume de vente tous circuits de distribution confondus. Tous les autres critères permettant de décrypter les tendances de consommation vont dans le même sens : « La fréquence d’achat de produits bios a augmenté de 5 % en GMS, le nombre de clients progresse, le chiffre d’affaires et les volumes de vente aussi. À ce niveau-là, le bio n’est plus un marché de niche. Et il faut pouvoir proposer des fruits et légumes bios toute l’année », indique Boris Wendling, chef de groupe Scofel Auchan. Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), confirme : « La grande distribution, la restauration hors domicile, les collectivités, tout le monde demande du bio. Il est donc nécessaire de développer ces productions. »

Pour plus de visibilité, à double sens

La production alsacienne s’adapte. « En 2017, 31,3 % des vergers étaient bios, soit quelque 380 hectares et 160 fermes, dont 36 en orientation principale », décrit Thomas Burger, arboriculteur et administrateur à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). En 2018, 11 nouveaux producteurs ont rejoint les rangs des arboriculteurs bios, surtout sur des projets de diversification. En légumes bios, la tendance est similaire. 15 % des surfaces alsaciennes en légumes sont en bio, ce qui représente 545 ha et 149 fermes dont 84 en orientation principale. « 21 nouveaux producteurs se sont convertis en 2017, autant en 2018 », indique Dany Schmidt, producteur de légumes et trésorier de l’Opaba. Il analyse : « Avec une demande de plus en plus soutenue pour les produits bios, on assiste à une véritable orientation de la grande distribution vers ces produits, ce qui pose la question de la répartition des volumes. »

Pour se positionner, les producteurs aimeraient pouvoir se fonder sur des prévisionnels de mise en marché, qui permettraient d’anticiper la mise en culture. Mais si les producteurs ont besoin de visibilité sur leurs débouchés, les distributeurs ont aussi besoin d’en avoir sur leurs sources d’approvisionnement. En effet, Boris Wendling pointe un achalandage en produits bios parfois difficile, ne serait-ce que parce que l’impact de la météo sur le niveau de production est plus difficile à gérer en agriculture biologique. Aussi appelle-t-il de ses vœux « une collaboration plus poussée entre producteurs et distributeurs ». C’est dans cet objectif, et afin de mettre en avant la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, que l’Ifla et l’Opaba ont récemment invité leurs acheteurs à visiter la ferme du Château à Buswiller (lire en encadré). « L’un des piliers de la bio, c’est de parvenir à établir des relations commerciales équitables entre les différents acteurs de la filière, rappelle Julien Scharsch, président de l’Opaba, d’où l’importance de nous rencontrer pour mieux connaître nos métiers respectifs. »

« Nous n’avons pas l’intention de nous orienter vers des méga structures »

Pour que cette collaboration reste fructueuse, il faudra que les contraintes économiques des uns et des autres s’accordent. Soumis à d’autres contraintes de production, les produits alsaciens bios sont souvent un peu plus chers que ceux d’autres origines. Au risque d’être boudés par les consommateurs et, dès lors, par les distributeurs. Les raisons qui expliquent ce différentiel de coût de production sont multiples : rareté et cherté du foncier, morcellement du parcellaire limitant la mécanisation, volonté de préserver un modèle agricole familial… « Nous n’avons pas l’intention de nous orienter vers des méga structures », prévient Dany Schmidt. C’est incompatible avec les fondements de la bio : « Nous sommes responsables d’un capital agronomique et humain à transmettre et à faire fructifier », décrit-il. Dès lors, hors de question de cultiver des carottes sur des centaines d’hectares, aussi bios soient-elles réglementairement parlant.

Mais, pour Dany Schmidt, ce qui augmente le coût de production alsacien, c’est la main-d’œuvre : « Nous avons toujours cherché à favoriser l’emploi local, mais nous avons de plus en plus de mal à en trouver localement. Cela nous interpelle quant à nos possibilités de développement futur. Car nous songeons à abandonner les cultures trop gourmandes en main-d’œuvre. » Le deuxième élément d’inquiétude qu’identifient les producteurs bios, c’est l’accès à l’eau. Mais, avec une nappe phréatique abondante, relativement accessible selon les secteurs, et le soutien des collectivités locales, ce frein devrait pouvoir être levé par une irrigation raisonnée des cultures.

Pour contrebalancer ces freins les producteurs bios locaux veulent valoriser leurs atouts en élaborant un cahier des charges spécifique à la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, « plus restrictif et plus régionaliste » que le cahier des charges national de l’agriculture biologique. Objectif : aboutir à un cadre qui « réponde mieux à nos attentes et à celles de la distribution, notamment en incluant des règles éthiques », précise Dany Schmidt.

Agriculture de montagne

Ces prairies tant convoitées

Cultures

Publié le 02/11/2018

La remise des prix de l’édition 2018-2019 du Concours général agricole (CGA) des pratiques agroécologiques prairies et parcours (voir les lauréats en encadré) a été l’occasion de présenter un état des lieux de l’agriculture de montagne. Il a été réalisé par l’Association des producteurs fermiers de montagne (APFM), dans le cadre d’une convention signée entre les communautés de commune de la vallée de Villé et de la vallée de Bruche avec la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Convention visant à soutenir et promouvoir l’agriculture de montagne. « Cette convention existe depuis 2002. Elle a été renouvelée en janvier suite à une réunion avec les élus qui s’est conclue sur la nécessité de dresser un état des lieux de l’existant, pour mieux appréhender l’activité des agriculteurs et comment ils interagissent avec les autres acteurs du territoire », indique Prescillia Remy, conseillère spécialisée en agriculture de montagne à la CAA.

« L’objectif de cette enquête est de mieux définir les besoins des agriculteurs, pour cibler l’offre de formation, le travail des techniciens », précise Julie Humbert, présidente de l’APFM. Pour prendre cette photographie, 81 exploitations ont été sollicitées et 77 % d’entre elles ont répondu à un questionnaire. Celui-ci révèle une agriculture assez dynamique, avec 11 installations en 5 ans (9 reprises et 2 créations), même si la majorité des agriculteurs ont entre 50 et 60 ans, ce qui suggère qu’un certain nombre d’exploitations vont changer de mains dans les années à venir. Mais ces fermes ne sont pas moribondes pour autant ! Seules 14 % sont en phase de cessation progressive, contre 39 % en rythme de croisière et 47 % en phase de développement, c’est-à-dire en quête de surfaces supplémentaires, ayant un projet de construction de locaux, de développement d’un nouveau produit, d’élaboration d’une activité agrotouristique…

Un besoin en prés de fauche

47 % des agriculteurs ayant répondu au questionnaire sont à la recherche de surfaces supplémentaires, notamment de prés de fauche. Une vingtaine d’exploitations n’atteint pas l’autonomie fourragère. Pour expliquer ce déficit, les agriculteurs concernés avancent, dans l’ordre de priorité : les dégâts de sangliers, les excès climatiques, le manque de productivité des terrains, le manque de surface et de connaissance techniques.

L’agriculture du territoire se caractérise par une forte prévalence de l’activité d’élevage (80 % des exploitations) et de transformation : 55 % des exploitations du secteur transforment leurs produits, 93 % d’entre elles le font directement à la ferme et 7 % avec un atelier collectif. 68 % des agriculteurs pratiquent la vente directe. Les avantages des circuits courts sont, pour eux, la meilleure plus-value, la meilleure valorisation des produits et le contact direct avec le client. Par contre, ils pointent une surcharge de temps de travail, un excès de normes ainsi que des difficultés à gérer la main-d’œuvre et les invendus.

L’élevage apparaît au cœur des préoccupations des consommateurs. Car, d’après les producteurs, sept questions sur dix qui leur sont adressées par les consommateurs concernent les conditions d’élevage. D’où l’importance de communiquer sur les pratiques des agriculteurs de montagne. L’usage d’internet se répand dans les fermes, mais 34 % des agriculteurs déclarent avoir besoin d’approfondissement pour mieux maîtriser les outils informatiques, internet, les réseaux sociaux…

Ce questionnaire a été l’occasion de produire un baromètre de l’agriculture de montagne. Les agriculteurs se disent épanouis dans leur travail, apprécient le contact avec leurs clients, se sentent valorisés et appréciés et ont le sentiment de bien valoriser leurs produits. Par contre, ils se sentent débordés de travail, d’effectuer des tâches pénibles. Ils ressentent à la fois une hausse de la concurrence et un climat d’entraide qui perdure. Ils estiment ne pas manquer de formation et n’ont pas trop peur de l’avenir. À noter que les questionnaires ont été remplis au printemps dernier, avant la sécheresse donc, et que leurs réponses ne seraient peut-être pas tout à fait les mêmes aujourd’hui…

Améliorer les techniques fourragères

Quoi qu’il en soit, cette enquête va constituer une bonne base de travail pour la suite. Elle va être complétée par un second questionnaire, destiné aux collectivités et aux Associations foncières pastorales (AFP). L’APFM a élaboré quelques pistes d’action pour la période 2019-2024. Ses membres suggèrent la création d’un organe local qui regrouperait agriculteurs, AFP et élus locaux pour travailler sur les besoins en foncier. « Les MAE, qui représentent en moyenne 9 % du chiffre d’affaires des exploitations de montagne, doivent être reconduites. Nous devons aussi travailler sur les techniques fourragères, la vente de viande en direct, et accompagner les agriculteurs les plus dépendants de la Pac », détaille Julie Humbert. Autre action évoquée : l’élaboration de cartes rassemblant les producteurs pratiquant la vente directe, la mutualisation des déplacements vers les points de vente, la réalisation d’enquêtes auprès des consommateurs.

Lutter contre le dérèglement climatique

Enfin, face à la sécheresse qui sévit encore actuellement, et qui pourrait devenir un phénomène récurrent, Jean-Marc Riebel, président de la Communauté de communes de la vallée de Villé, encourage les agriculteurs à inscrire l’adaptation au dérèglement climatique dans les objectifs de la nouvelle convention. Antoine Herth évoque quant à lui la possibilité de créer des systèmes de contractualisation avec des agriculteurs de plaine qui pourraient produire des fourrages type luzerne dans le cadre de la diversification de leur assolement.

Techniques Agricoles

Pleins feux sur Deutz et Kuhn

Technique

Publié le 18/10/2018

Quatre outils de travail du sol Kuhn étaient présentés par Aurélien Weckel et Maxime Paulen, technico-commerciaux de la concession. La charrue Vari Master 123 à cinq corps, sans rasettes mais avec des déflecteurs qui permettent de garder de la matière organique en surface. Le broyeur RM320, adapté à la gestion des cannes de maïs, à la destruction des couverts… Le semoir pneumatique Venta à distribution électrique, un des derniers nés de la gamme de semoirs Kuhn. Il se compose d’une herse rotative intégrée à un semoir. « Les deux éléments ont été développés ensemble en intégrant tous les points forts de la gamme historique », indique Denis Delcey, inspecteur commercial chez Kuhn. Il cite : la robustesse, la capacité d’avalement importante, y compris en conditions difficiles… La compacité de l’ensemble a été particulièrement travaillée. Cela se traduit par un semoir qui revient sur la herse, permettant d’accepter une trémie de grosse capacité.

Autre objet d’attention particulière de la part des concepteurs : le confort de travail. Ce qui a abouti à plusieurs brevets. L’un concerne le système de mise en route et d’arrêt du doseur en bout de parcelle. Un autre, le système d’accouplement de la herse et du semoir, qui peut se faire et se défaire en 10 minutes afin, par exemple, de remplacer la herse par un outil à disque si les conditions de travail le requièrent. Ce semoir se caractérise aussi par ces nombreux réglages faciles à réaliser y compris depuis la cabine du tracteur, comme la profondeur de travail de la barre niveleuse arrière, la profondeur de travail de la herse… Mais d’autres réglages sont aussi accessibles à portée de main, comme celui de la profondeur de semis. Un vérin permet de basculer le semoir sur la herse pour faciliter les demi-tours. Et tout a été pensé pour faciliter l’accès à la trémie. Enfin, comme rien ne remplace le savoir-faire et l’œil de l’expert, le semoir a été conçu pour offrir une bonne visibilité sur la barre de semis depuis la cabine du tracteur.

Optimer XL : un déchaumeur robuste

Le déchaumeur Optimer XL à grands disques de 620 mm de diamètre procurant une profondeur de travail du sol allant de 5 à 15 cm était présenté en version 3 m. « Il est conçu tant pour réaliser des travaux de déchaumage que de préparation du sol », avance Denis Delcey. Les pièces sont moulées dans les bras de fixation, procurant une grande robustesse. Leur espacement et leur orientation confèrent à cet outil un grand dégagement.

Là aussi, les réglages ont été pensés pour être faciles et améliorer le confort d’utilisation. L’Optimer peut être équipé du rouleau T-Liner, particulièrement adapté à la région puisqu’il est capable de découper des pailles de maïs, de rappuyer le sol en profondeur, et qu’il est équipé de décrotteurs qui nettoient les rayons en continu.

Deutz : nouvelle série 6 plus sûre

Tous ces outils étaient attelés à des tracteurs Deutz, 4 ou 6 cylindres, et en particulier deux représentants de la nouvelle série 6, les modèles 6120 et 6140, tous deux à 4 cylindres, répondant à la nouvelle norme Tier 4 final ainsi qu’à la directive Mother régulation, qui porte essentiellement sur des éléments de sécurité : « Double circuit de freinage, protections sur les graisseurs, homologation 50 km/h », décrit Patrick Dodane, responsable régional des ventes pour le groupe Same Deutz Fahr.

Ces deux modèles sont disponibles avec la boîte de vitesses Power Shift ou la boîte TTV à variation continue. « Ce sont des tracteurs faciles, qui s’adaptent à tous types de travaux, du travail du sol au semis en passant par le chargement », décrit Patrick Dodane. Autre atout de ces tracteurs : une hydraulique importante, qui permet au tracteur d’alimenter l’attelage de façon optimale.

Suppression du dispositif TODE

Qui veut la peau des cultures spéciales ?

Vie professionnelle

Publié le 12/10/2018

Le dispositif de réduction des charges pour l’emploi de travailleurs occasionnels, plus connu sous de nom de dispositif TODE (pour Travailleur occasionnel demandeur d’emploi), est le fruit d’une réflexion menée par les responsables professionnels agricoles alsaciens afin d’atténuer le déséquilibre qui pénalise les agriculteurs alsaciens par rapport à leurs confrères allemands, qui bénéficient d’une main-d’œuvre moins chère, rappelle Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Sa disparition annoncée reste donc en travers de la gorge de ces mêmes agriculteurs alsaciens. Certes, souligne Yves Séguy secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, le dispositif TODE doit être remplacé par un nouveau système d’allégement du coût de l’emploi, censé être « amplifié, élargi et porté à un niveau plus incitatif », de telle sorte qu’« au niveau national, toutes cultures confondues, la ferme France doit s’y retrouver ».

Mais soit l’Alsace ne fait définitivement pas partie de la France, soit les règles de l’arithmétique ne s’y appliquent pas… Car d’après le calcul de la FDSEA du Bas-Rhin, le coût du travail pour un saisonnier rémunéré au Smic augmentera de 189 €/mois, soit 1,25 €/heure de travail. Joseph Behr, explique : « Il faut distinguer les travailleurs occasionnels des travailleurs permanents. » Pour les premiers, la suppression du dispositif TODE s’accompagne de la suppression du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), le tout étant remplacé par un nouveau système d’allégement qui ne compense pas la perte des deux dispositifs précédents. Les seconds ne bénéficiaient pas du TODE et ne perdent « que » le CICE, remplacé par un nouveau dispositif. Le gap est donc moins important pour les travailleurs permanents. Sauf que dans une région comme l’Alsace, où les productions spéciales sont nombreuses, les besoins en main-d’œuvre sont importants, et essentiellement saisonniers ! « À l’échelle du Grand Est, 155 000 contrats de saisonniers sont concernés, cela représente environ 20 millions d’euros de pertes », avance Étienne Losser, président des Jeunes Agriculteurs du Grand Est, qui affirme : « Localement, on ne s’y retrouve pas ».

Risque de délocalisation

Jean-Charles Jost, producteur d’asperges à Bilwisheim, témoigne : « Le coût de la main-d’œuvre peut dépasser 50 % de notre coût de revient. Malgré le CICE et le TODE, le coût de la main-d’œuvre en France était encore un des plus élevés d’Europe. Donc, je ne comprends pas cette décision. Si ça continue comme ça, dans dix ans, il n’y aura plus d’asperges en Alsace. Les prochaines années seront décisives. » Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, confirme ces craintes : « Les gens, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, ne viennent plus travailler chez nous pour le Smic. Étant donné le niveau de charges en France, on ne peut pas les payer plus. Dans d’autres pays, les employeurs ont moins de charges, donc ils peuvent mieux rétribuer les salariés, qui préfèrent aller y travailler. »

Christian Romain, président de Fleurs et Plantes d’Alsace, alerte sur le risque de délocalisation de certaines productions. « On dit toujours que l’agriculture n’est pas délocalisable, mais ce n’est pas vrai », confirme Albert Binder, vice-président du Syndicat des producteurs de semences de maïs d’Alsace, une production qui est intégralement exportée. « Si ce n’est pas nous qui produisons, les Russes et les Polonais le feront », prévient-il. Gérard Lorber avance deux chiffres qui tendent à prouver que le processus de délocalisation des cultures à plus-value est déjà en marche : « La surface consacrée aux asperges a diminué de 56 % en France en 20 ans, alors que dans le même temps elle a augmenté de 112 % en Allemagne ». Pour Gérard Lorber, ce constat est essentiellement lié aux distorsions de concurrence qui règnent entre les deux pays. Franck Sander confirme : « Nous sommes en compétition avec le monde. La libre circulation des marchandises doit s’accompagner de choix stratégiques. »

Risque de baisse qualitative

L’autre risque qu’avancent les responsables syndicaux, c’est une baisse de la qualité des productions agricoles locales. « En viticulture, on a une réponse au manque de main-d’œuvre : les vendanges mécaniques », avertit Luc Anstotz, viticulteur à Balbronn. Cette réforme va dans le sens inverse des efforts qui ont été consentis en Alsace pour construire une agriculture diversifiée, élaborer des circuits courts : « On a beau avoir la meilleure volonté du monde, pour aller de l’avant nous avons besoin de soutien. Car sans résultat économique, on ne fait rien », lance Véronique Klein. Pour elle, si le déséquilibre du coût de la main-d’œuvre persiste en Europe, « ça n’ira pas ». « Nous avons besoin d’une harmonisation européenne. Et, à ce niveau-là, nous ne pouvons rien faire, c’est à l’État de le faire. » Agricultrice biologique, elle signale aussi que ce type d’agriculture est gourmande en main-d’œuvre, et risque donc d’être particulièrement impactée par cette réforme. Et, sans même parler d’agriculture biologique, Pierre Barth indique : « Les agriculteurs sont disposés à utiliser moins de produits phytosanitaires, mais les méthodes alternatives, par exemple le désherbage mécanique, requièrent souvent davantage de main-d’œuvre. »

Recul pour l’emploi local

Joseph Lechner, président de la commission emploi FRSEA Alsace et producteur de houblon, qualifie la réforme de « recul », alors que le déficit de main-d’œuvre s’installe : « Quel système voulons-nous ? Du détachement ? Des prestataires étrangers ? » Pour Christian Schneider, représentant de la MSA, une chose est sûre : « Les entrepreneurs trouveront toujours un moyen de rentrer leur récolte ». Mais ce ne sera pas forcément au bénéfice de l’emploi local. Or « l’agriculture a un rôle à jouer pour réduire le chômage. Malheureusement ce type de décision va dans le sens inverse », assène Franck Sander. Yves Séguy et Christophe Fotré, directeur départemental des territoires (DDT), ont assuré qu’ils feront entendre les craintes des agriculteurs pour l’avenir des cultures spéciales en Alsace : « Nous serons attentifs pour accompagner ce changement, et pour que les employeurs agricoles n’en soient pas les victimes. Une attention particulière doit être portée à l’Alsace, qui se caractérise par une mosaïque de cultures spéciales. »

Châtaigniers d’Alsace

Des bardeaux pour débouché

Cultures

Publié le 12/10/2018

Dans le châtaignier, c’est un peu comme dans le cochon : tout est bon ! Les châtaignes, bien sûr, mais aussi le miel, et son bois. Des jeunes tiges utilisées pour le plessage aux plus nobles grumes, employées en charpente, en menuiserie, en ébénisterie, où l’essence est réputée tant pour ses propriétés répulsives envers les insectes que pour son imputrescibilité.

Une autre utilisation traditionnelle du châtaignier est la fabrication de bardeaux, sortes de tuiles fabriquées en bois fendu, ce qui assure un écoulement optimal de l’eau à leur surface. Ces bardeaux ou tavaillons (les premiers étant plus grands et savoyards, les seconds plus petits et jurassiens) sont utilisés aussi bien pour couvrir un mur qu’une toiture. Historiquement, ils sont fabriqués en épicéa ou en mélèze dans les zones montagneuses. L’usage de bardeaux n’est pas à proprement parler une tradition alsacienne. Par contre, le châtaignier était utilisé pour fabriquer les « Schendel », cette languette de bois qui assure l’étanchéité du joint entre deux tuiles lors de la pose de « Biberschwanz » (tuile alsacienne en queue de castor) en couverture simple.

Un projet social et solidaire

« Le châtaignier est historiquement peu utilisé en charpente en Alsace », constate Bernard Zapf, président d’Entraide Emploi, qui a créé un atelier de fabrication de bardeaux pour mieux valoriser les châtaigneraies alsaciennes. Entraide Emploi est une association d’entreprises et d’associations d’insertion qui, en 2017, employait 34 permanents et quelque 340 personnes en situation d’insertion sur le territoire de Saverne, dans des activités aussi variées que l’entretien d’espaces verts, la fabrication d’emballages industriels, le bûcheronnage… « Nous affichons un taux d’insertion de 64 % pour 2017 », souligne Bernard Zapf, qui précise que l’association accompagne 698 personnes dans le cadre d’un suivi social (demande de RSA, allocations). « En 2017, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 3,9 millions d’euros. »

C’est le directeur d’Entraide Emploi, Raymond Kern, qui a eu l’idée de créer cet atelier avec Jean Braud, ingénieur sylvicole retraité, membre du conseil d’administration d’Entraide Emploi et ancien président d’Alternative Bois, l’une des associations fondatrices d’Entraide Emploi. Entre l’idée et la confection des premiers bardeaux au début du mois de septembre, deux ans se sont écoulés. Les porteurs du projet ont notamment effectué un voyage d’étude en Touraine, pour s’imprégner de la technique de fabrication. Le projet a bénéficié de subventions du Pays de Saverne Plaine et Plateau dans le cadre du programme Territoires à énergie positive, « puisqu’il va dans le sens de la construction BBC, du retour à l’emploi, des circuits courts », note Jean Braud. Et le Parc naturel régional des Vosges du Nord a apporté son soutien au montage du dossier.

Pour l’instant, l’atelier est hébergé à la Maison des entrepreneurs de Saverne, dans un local mis gratuitement à disposition par la Communauté de communes pour deux ans. Cette activité emploie deux personnes, dont Christian Durrenbach, chef d’atelier, menuisier charpentier de métier, et un salarié en insertion. L’atelier s’approvisionne en bois issu des châtaigneraies locales, via la coopérative sylvicole Cosylval, « qui mobilise d’ores et déjà quelque 500 m3 de châtaigniers par an », précise Claude Hoh, conseiller forestier à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Il estime qu’il est possible de prélever 1 000 m3 de châtaigniers par an sans compromettre la régénération de ces forêts.

Production locale pour usage local

En Alsace, quelques réalisations ont déjà utilisé des barbeaux : la pyramide qui abrite le local de vente d’Entraide Emploi au siège de Monswiller a été rénovée il y a un an avec des bardeaux de red cedar (Sequoia sempervirens). À quelques encablures de là, la salle des fêtes de Gottenhouse est couverte de tavaillons de châtaigniers, et l’Ehpad de Thal-Marmoutier, dirigé par Bernard Zapf, de tavaillons de mélèze.

Le nouvel atelier a déjà honoré ses premières commandes : 24 m2 de tavaillons pour habiller les joues de chiens-assis situés sur la toiture du château de La Petite Pierre en cours de rénovation, et 150 m2 de tavaillons pour l’Écomusée d’Ungersheim.

Découvrez ce nouvel atelier en vidéo :

 

Betteraves sucrières - cercosporiose

Résister grâce à la résistance

Cultures

Publié le 11/10/2018

La dernière réunion technique de Cristal Union avait lieu dans un contexte marqué par deux problématiques majeures, « mais pas sans solutions », souligne René Schotter, président de la section d’Erstein de Cristal Union. La première, c’est la cercosporiose. Justement, une bonne partie de cette réunion lui était consacrée, avec la présentation des améliorations en termes de déclenchement des traitements, d’élaboration des programmes fongicides… La propagation de la maladie est telle que désormais l’Alsace n’est plus la seule région betteravière française concernée, ce qui pourrait faire bouger les lignes en matière de nouvelles homologations, espère René Schotter.

L’autre volet de la lutte est génétique, avec là aussi un écueil à surmonter : certaines variétés, qui apportent un plus en matière de tolérance à la cercosporiose, ne sont pas inscrites parce qu’elles n’apportent pas de gain de rendement. Une règle d’inscription des variétés que betteraviers et sélectionneurs souhaitent donc voir évoluer.

« Il est plus facile de casser que de construire »

La seconde problématique, c’est le prix. « Le contexte mondial est difficile », concède René Schotter. L’Inde, la Thaïlande et le Brésil ont produit beaucoup de sucre en 2018, mais ce dernier annonce une baisse de sa production pour 2019. L’Inde, par contre, continue de soutenir la production de sucre de canne afin d’endiguer l’exode rural. Et, avec la fin des quotas betteraviers, les Européens ont cumulé une hausse des surfaces avec de bons rendements. Résultat : « Il y a eu du sucre bradé sur le marché », indique René Schotter, qui précise que Cristal Union n’a pas adopté cette stratégie. Malgré cela, le constat est là : « - 150 €/t de sucre en un an », résume René Schotter.

Le prix pour la campagne 2018 sera annoncé dans quelques mois. Dans ce contexte morose, René Schotter affirme que la coopérative fera son maximum pour assurer la meilleure rémunération de la betterave à ses adhérents et milite pour le maintien de la filière en Alsace : « Il est plus facile de casser que de construire », prévient-il.

Désherbage mécanique

William Huet, responsable du département agronomie de Cristal Union, se veut également optimiste : « Nous avons déjà réussi à trouver des parades à d’autres maladies, nous continuons à travailler et nous enregistrons des progrès pour circonscrire la cercosporiose. ». Néanmoins, il constate que ce qui a changé c’est que « nous sommes à un tournant en matière de lutte chimique car il y a de moins en moins de spécialités mises sur le marché. » Mais la betterave présente l’avantage d’être une culture sarclée, donc adaptée aux interventions de désherbage mécanique. Une thématique que Cristal Union travaille depuis plusieurs années, dans la perspective du retrait de certaines molécules herbicides du marché. « En conventionnel, il est possible d’économiser deux passages d’herbicide en intégrant du désherbage mécanique », estime William Huet.

C’est dans cette optique que la société Stecomat était invitée à présenter deux outils de désherbage mécanique. D’une part, une herse étrille Treffler, conçue pour effectuer un travail en plein quelques jours après le semis, avant la levée des betteraves. « En système bio cela ne pose pas de problème, car en raison des faux semis, les semis sont plus tardifs et sont donc effectués dans des sols réchauffés qui assurent une émergence plus rapide », commente William Huet. « À raison de deux trois passages avant l’émergence des betteraves, on arrive à extraire de nombreux filaments et à obtenir un décalage entre la culture et la flore adventice », poursuit-il. « Pour obtenir une efficacité optimale, il est possible de régler la pression des dents au sol en continu grâce à des capteurs qui tendent ou détendent des câbles reliés aux dents en fonction des caractéristiques du sol », explique Dirk Den Bakker, commercial Stecomat, devant une parcelle de betteraves atteignant le stade 4-6 feuilles. La herse y a été passée trois fois sans abîmer le feuillage des betteraves et permet d’obtenir un enherbement très limité.

Le second outil présenté, une bineuse autoguidée à caméra numérique Steketee Ic Light, vient en relais de la herse étrille, pour travailler l’interrang lorsque la culture est installée. Les caméras servent d’assistance au guidage par GPS. L’objectif est d’effectuer un travail en surface, pour assainir la couche superficielle du sol en coupant les adventices, sans faire remonter en surface d’autres graines. Pour éviter d’endommager la culture, il est possible d’écarter les lames, de régler la profondeur des socs et d’adapter la vitesse d’avancement. Différents accessoires sont disponibles : « Des moulinets en caoutchouc permettent de travailler sur le rang jusqu’à un certain stade », précise Dirk Den Bakker.

La variété comme premier levier de lutte

Devant l’essai consacré aux fongicides, Michel Butscha, adjoint responsable betteravier à la sucrerie d’Erstein, fixe : « Le premier levier de lutte, c’est la variété, car en matière de fongicides, les produits actuellement homologués ont une efficacité limitée dans le temps ». Les dates d’intervention sont déterminantes dans la réussite de la protection. Parallèlement aux nombreuses expérimentations dans le réseau d’essais de Cristal Union, les techniciens recueillent aussi les données auprès des agriculteurs : date de semis, de traitement, note de satisfaction : « Cela nous permet de mieux comprendre la dynamique de la maladie ». Depuis cet été, un Outil d’aide à la décision « VigilanceCerco » est disponible en ligne sur le site extranet des adhérents cristalcoop.fr. « Cet outil est le fruit de six années d’observation et d’expérimentation. En fonction du risque d’infection journalier, il permet d’indiquer à nos planteurs la date propice du premier traitement et la fréquence de traitement à respecter », indique Michel Butscha. Généralement le premier traitement doit être positionné quelque 830 à 850 degrés jour base zéro après le semis. Cette année, il était important de bien suivre les avis de traitement du début de cycle. Après une fin mai humide et un mois de juin très chaud, le risque d’infection journalier était soutenu tout le mois de juin, demandant ainsi deux interventions espacées de seulement 18 jours. Du coup, dans la parcelle d’essais, cinq traitements ont été appliqués. « On aurait pu en éviter un avec une bonne variété et en affinant notre stratégie fongicide. Notre objectif est de revenir rapidement à trois traitements maximum grâce à l’amélioration variétale » précise Michel Butscha.

Plusieurs programmes fongicides ont été testés et présentent une bonne efficacité en fonction de leur composition et de leur positionnement. L’association de produits à action systémique et de contact (cuivre) reste indispensable pour une meilleure efficacité. Le meilleur programme expérimental est celui qui intègre la molécule Methyl Thiophanate. L’utilisation de cuivre associé au soufre, employé en agriculture biologique, présente également un grand intérêt par son efficacité et offre la possibilité de réduire les quantités de cuivre dans les traitements.

La plateforme variétale visitée, à Schœnau, présentait l’avantage de se situer au cœur du Ried, à quelques encablures du Rhin, donc dans un secteur irrigué et avec des rosées plus importantes, entraînant une forte pression cercosporiose. Aline Barbière, responsable relation culture à la sucrerie d’Erstein, constate : « Nous avons pu voir la maladie progresser depuis les bordures de forêt, en lien avec l’humidité procurée par les arbres, et depuis les zones plus arrosées par couverture intégrale ainsi que les zones d’arrivée des enrouleurs. »

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